JOSÈPHE — JOSÉPHINE
en outre de la calomnier avec une activité si infatigable, qu’on jeta dans l’esprit du jeune triomphateur les soupçons les plus déplorables. Bref, il débarqua en France avec 1] dessein arrêté d’un divorce. Mais Joséphine eut qu’à revoir le maitre de la France ( car il régnait déjà sur elle par l'opinion) pour reprendre son ancien empire. Après le 18 brumaire, elle alla d’abord s’établir avec lui au Luxembourg et bientôt après aux Tuileries.
Le gouvernement consulaire fut fondé. De cette époque date pour Joséphine une nouvelle existence. Toutes les qualités qui jusque là l’avaient rendue si chère dans la vie privée reçoivent une extension nouvelle : elle peut accomplir tout le bien qu’elle médite, Le premier consul, et plus
! tard l’empereur, cherchait à opérer une fusion dans les in-
térêts comme dans les opinions : c’était à son profit particulier que le chef de l’État travaillait. Sa femme, elle, ne songeait qu’à répandre des bienfaits, à sécher des larmes, à soulager des misères : elle appelait non-seulement auprès d’elle ses vieux amis pour les approcher du maître d'où découlaient alors toutes les faveurs; elle plaidait même encore la cause de tous ceux qui souffraient : il suffisait à
| ses yeux d’être dans le malheur pour avoir des droits. Elle
fit rayer de la liste fatale une foule d’émigrés, qui rentrèrent dans la possession-des biens que la révolution n'avait pas eu le temps de faire vendre; ne leur restait-il plus rien, elle obtenait des places ou en faisait créer pour eux. Cette bienfaisance si admirable ne se concentrait pas dans une seule classe, elle s’étendait à toutes. Mais ce qui relève les dons et les inculque dans la mémoire, c’est la délicatesse ; elle se montrait chez Joséphine comme une sorte d'instinet continuel ; les riches, les pauvres, les grands, les petits, en ressentaient l'influence, Cette délicatesse était d’autant plus ravissante qu'elle avait sa source dans une bonté inaltérable. Mais c’est surtout à l'égard de Napoléon qu’elle fit preuve d’un dévouement qui ne se démentit jamais. Ce dévouement, Bonaparte savait le sentir; et elle en profta plus d’une fois pour prévenir ou tenter de prévenir de grandes catastrophes : elle essaya de sauver la vie du duc d’Enghien, elle obtint la grâce de MM. de Polignac. Sans cesse occupée à deviner les volontés, les désirs de Napoléon, elle s’inspirait une activité qui répondait à la sienne : excursions, voyages lointains, entrepris à toute heure de jour et de nuit, jamais elle ne se fit attendre une minute, C'était entrer dans une des convenances les plus difficiles de sa position, à un âge où les femmes commencent à subir la nécessité d’une vie sédentaire,
« La bonté, a dit M. de Beausset, dans ses Mémoires, n’était pas le seul trait dominant de son caractère; dans l’occasion, ce caractère devenait ferme et élevé. » Elle en donna une preuve incontestable dans une des circonstances les plus cruelles de sa vie : Le second mariage de Joséphine demeura stérile, etNapoléon perdit son neveu, fils de Louis Bonaparte, qui avait épousé Hortense, fille de Joséphine. Napoléon regardait cet enfant comme l'héritier de toutes ses grandeurs : c'était lui qui devait perpétuer la dynastie impériale. L'empereur reconnut alors la nécessité d’un divorce : celle mesure coûta beaucoup à son cœur, Il attendit, hésita, avant d'adopter un parti définitif. L'inflexibilité de la pensée politique l'emporta enfin : il fallait qu'il enlevât la couronne de la tête où lui-même l'avait mise; après avoir fait Joséphine impératrice, lui seul allait lui ravir cette place pour la donner à une autre, Nulle femme ne pourrait se résigner sans lutte et sans combat à une pareille infortune; elle était &’autant plus déchirante qu'aux regrets d’une si éclatante prospérité se joignait l’attachement de l'épouse, M. de Beausset a tracé le tableau le plus touchant de ces scènes d'intérieur, où Josephine appela tout à son secours, jusqu’à cette adresse qui, dans les crises les plus violentes, n’abandonne jamais complétement le beau sexe, Le jeudi 80 novembre 1809 , l'explication la plus vive eut lieu entre Joséphine et Bonaparte... L’impératrice poussa des cris trèse violents et perdit connaissance. Napoléon, entr’ouvrant une