JOVIEN — JOYEUSE
| guerite de Lorraine, sœur de la reine. Ses noces, dont le par Jovien lui-même, d’après l’engagement qu’il en avait |
roi fit les frais, furent célébrées avec un faste ét une magnificence sans exemple, « La dépense y fut faite si grande, dit un auteur contemporain, y compris les mascarades, combats à pied et à cheval, joustes, tournois, musique, danses d’hommes et femmes , et chevaux , présents, et livrées , que le bruit estoit que le roy n’en seroit quitte pour 1,200,000 écus. » Depuis l’époque de son mariage, en 1582
jusqu’à celle de sa mort, en 1587, le duc de Joyeuse fut en butte
| à la haine du peuple, indigné des prodigalités de Henri III
envers son mignon bien aimé, et à la jalousie des grands , envieux de la faveur dont il jouissait, Pour tâcher de se réhabiliter, Joyeuse prit le commandement de l’armée qui devait marcher contre les huguenots et leur chef, le roi de Navarre. Les deux armées se rencontrèrent dans les plaines de Coutras; le duc de Joyeuse y perdit la bataille, et fut blessé mortellement. Henri réclama son corps, et lui fit faire des funérailles magnifiques, dans l’église des Augustins de Paris.
JOYEUSE (François DE), frère puiné du précédent, né en 1562, cardinal et suecessivement archevêque de Narbonne, de Toulouse et de Rouen, fut un des auteurs de l’abjuration de Henri IV, auquel il rendit ensuite le service de rompre son premier mariage. Président de l’assemblée du clergé en 1605, il fut nommé l’année suivante légat du pape en France à l’occasion du baptème du dauphin. Il sacra Marie de Médicis et Louis XIII, présida les états de 1614, et mourul à Avignon, en 1615.
JOYEUSE (Henri DE), comte du Bouchage, frère des deux précédents, célèbre sous le nom de père Ange, naquit à Toulouse, en 1563. Il eut dès sa jeunesse le dessein d’embrasser l’état ecclésiastique, mais la volonté de son père et de sa famille contrarièrent ce projet. Il entra alors dans la carrière des armes, et épousa Catherine de La Valette, sœur du duc d'Épernon. Devenu veuf, après peu d'années de mariage, le comte du Bouchage put suivre librement sa première vocation, et prononça ses vœux de capucin, le 4 décembre 1587. Après la journée des Barricades, il sortit de sa retraite, et se rendit à Chartres, à la tête d’une procession de ligueurs, pour engager Henri XL à revenir dans la capitale. Suivant d’Aubigné, il fit ce voyage pieds nus, couronné d’épines, charge d’une lourde croix de bois, accompagné de deux religieux qui le fustigeaient, et chantant avec toute la troupe le Miserere. Ayant été envoyé en Gascogne, pendant les troubles de la Ligue, le frère Ange se trouva à Toulouse à l’époque de la mort d’un autre de ses frères, Scipion DE JOYEUSE, tué en combattant contre les huguenots. Le peuple et la noblesse du pays le prièrent alors de prendre le commandement des troupes, et le pape l’ayant relevé de ses vœux, il céda aux instances qui lui furent faites. Il continua longtemps la guerre contre Henri JV, et ne se soumit à ce prince qu’après sa conversion. 11 futensuite nommé maréchal de France, grand-maître de la garde-robe et gouverneur du Languedoc, puis abandonna de nouveau ses emplois pour rentrer dans le cloître. On rapporte que se trouvant un jour à un balcon avec Henri IV, ce dernier lui dit : « Mon cousin, ces gens-là qui nous regardent disent de moi que je suis un buguenot converti, et vous un capucin renié, » et que cette plaisanterie le décida à reprendre l’habit de son ordre, A dater de cette époque il pratiqua sa règle dans son austérité, et se livra à la prédication avec un grand succès. « Il étoit difficile, dit un écrivain contemporain, que cet homme si mortifié, couvert d’un pauvre habit, ceint d’une corde et les pieds nus, qu'on avoit veu si enjoué avec le dames, si redoutable à la tête des armées, si propre dan ses habits et dans son équipage, n’eût pas inspiré la péni tence, » Le père Ange mourut à Rivoli, en 1608, au retour d’un voyage à Rome, qu'il avait entrepris, pieds nus, pendant l'hiver. C’est de lui que Voltaire a dit :
Vicieux, pénitent, courlisan, solitaire, Il prit, quitta, reprit la cuirusse et la haire, F,. Dansou.