À. FEILLET
JUAN ( Don), personnage dramatique. Voyez Don Juan.
JUAN D’AUTRICHE (Don), fils naturel de l’empereur Charles-Quint, naquit à Ratisbonne, suivant le jésuite Strada, le 24 février 1545. Le nom de sa mère a été si bien gardé, qu’on en est réduit aux conjectures, quoique Barbe de Blomberg , belle patricienne de Ratisbonne, passe généralement pour lui avoir donné le jour. D’autres veulent qu’il ait été le fils d’une comtesse ou d’une boulangère de Bruxelles ; quelques écrivains ont même été jusqu’à signaler ce prince comme le fruit d’un inceste commis par l’empereur avec sa sœur Marie de Hongrie, assertion trop grave pour être accueillie sans preuves. Charles-Quint ne le reconnut point durant son règne, et le confia aux soins
| de don Louis Quixada, seigneur de Villa-Garcia, son mattre d'hôtel. Celui-ci l’'emmena en Espagne, et l’éleva en simple gentilhomme. L'empereur, après son abdication, confia le secret à son fils Philippe 11, qui résolut de le révéler | à toute sa cour. Dans cette intention, il ordonna une grande chasse aux environs de Valladolid, et s’y rendit avec la plus haute noblesse. Quixada, qui eut l’air de se trouver là fortuitement, présenta son élève au roi. Philippe demanda à don Juan qui il était, et s’il connaissait son père, Le jeune homme ayant rougi à cette question , le roi lui dit : « Nous n'avons , vous et moi, qu’un même père, l’invincible empereur Charles, monarque des Espagnes. » À ces mots, il l'embrassa et l’appela son frère, à la grande surprise et aux applaudissements de tous ceux qui étaient présents.
Don Juan était bien fait, d’une figure noble et martiale. Il plut si fort au roi, que, renonçant au projet de lui faire embrasser l’état ecclésiastique, ce prince lui permit de courir la carrière des armes. En 1570, les Maures de Grenade s'étant soulevés, don Juan les força d'abandonner pour jamais la presqu'île Ibérique. Le succès de cette expédition répandit sa renommée dans toute l’Europe, et fut cause qu’on le choisit pour commander la flotte que les princes chrétiens destinaient à combaftre les Turcs. La bataille de Lépante, gagnée le 7 octobre 1571, le couvrit d’une gloire nouvelle, qui porta ombrage au soupçonneux Philippe. Don Juan, après avoir pris Tunis et d’autres places sur la côte d'Afrique, fut rappelé pour défendre le Milanais, attaqué par les Français. Il repassa en Espagne en 1576, et fut envoyé presque aussitôt, avec le titre de gouverneur général, dans les provinces des Pays-Bas, où l'insurrection faisait chaque jour des progrès. Il traversa la France incognito, et, après une entrevue avec le duc de Guise à Joinville ‘il arriva à Luxembourg le 4 novembre 1576, le même jour que les Espagnols saccageaient Anvers.
Il était impossible de se présenter à un peuple mécontent sous de plus favorables auspices. À proprement parler, le Luxembourg seul était complétement soumis. Dix ans de guerre civile avaient relâché ou rompu ailleurs tous les liens de l’obéissance. Don Juan procéda par les voies de la conciliation ; il fit sortir des Pays-Bas les régiments espagnols, et accepta les conditions que lui-présentèrent les états. L’édit perpétuel, signé à Marche-en-Famène, le 12 février 1577, ne put toutefois déterminer le prince d'Orange à entrer dans la pacification. Ce profond politique désirait une rupture ; elle eut lieu plus tôt qu’il ne l’espérait. Don Juan, voyant que son autorité était purement nominale, que chacun s’ingérait de le gouverner, et qu’il n’avaït aucun moyen de coaction ni de défense, songea à s'emparer de quelque forteresse , d’où il donnerait des ordres, et où sa personne serait en sûreté. Étant venu à Namur, sous prétexte d’y recevoir la reine Marguerite de Navarre, qui allait aux eaux de Spa, il s’'empara du château de cette ville, et écrivit au magistrat qu'il avait été réduit à prendre cette mesure extrême par la raison que, malgré ses efforts pour rétablir l’ordre, il ne retirait pas de ses sacrifices tout le fruit qu’il en attendait; que notamment l’on n'avait pas observé les deux points principaux de l’édit perpétuel, savoir la conservation de la religion catholique et le respect dû au roi; que même un complot avait été formé contre sa propre vie. Les accusations, les apologies , les lettres interceptées publiées à cette époque, forment une masse énorme de pampblets, que l’historien n’a pas le droit de dédaigner. Avant d'en appeler aux armes, on se fit une guerre de plume et de chicane.
Dans l'intervalle, des troupes espagnoles et allemandes rentraient clandestinement dans le pays. Le prince d'Orange, invité à se rendre à Bruxelles, sentit que le moment d'agir était arrivé. Le 22 octobre 14577 il futélu par les états de Brabant ruward de leur province, espèce de protectorat et | de régence conférée dans les circonstances extraordinaires. ! Par crainte de la {yrannie, on se mit à démolir les places
fortes, à peu près comme on démolit la Bastille, au milieu des cérémonies et des réjouissances, et l’on continua de négocier avec don Juan, quoique ceux qui conduisaient les les affaires fussent déterminés à repousser tout arrangement définitif. Excédé de ces pourparlers, don Juan sentait son épée brûler à son côté. Alexandre Farnèse, son neveu, vint se ranger sous ses ordres avec un corps considérable. Il n’y avait pas un an que l’édit perpétuel avait été consenti, et déjà il n’en était plus question. Les hostilités commencèrent, non pas sans que les états négligeassent de déclarer le prince aggresseur ; car il fallait être en règle. Le 31 décembre 1577, un rude combat fut livré près de Gembloux. La victoire resta au frère de Philippe; il n’en jouit pas longtemps : attaqué du pourpre, il décéda le 1°" octobre 157$, dans son camp retranché de Namur, et dans la trente-troisième année de son âge. On a cru que sa fin avait été avancée par la jalousie du roi; mais cette opinion, il faut le dire, n’a aucun fondement. Philippe perdait plus que personne à la mort de ce prince magnanime, général consommé, adoré du soldat, et qui faisait alors triompher la cause qu'il était chargé de défendre.
La vie de don Juan a été écrite en espagnol par D. Laurent van der Hammen (Madrid, 1627 ) ; elle l’a été aussi en français, d’une manière assez exacte, mais d’un syle ridicule, par Bruslé de Mont-Plein-Champ ( Amsterdam, 1690) ; d’un style brillant, mais d’une manière romanesque, par M. Alexis Dumesnil (Paris, 1827). Don Juan est le héros d’un drame de M. Casimir Delavigne. DE REIFFENBERG
JUAN D’AUTRICHE (Don), né en 1629, fils de Philippe IV, roi d'Espagne, et d’une actrice nommée Maria Calderonna, remarquable par de brillantes facultés intellectuelles, fut appelé en 1647 à prendre le commandement en chef de l’armée espagnole en Italie, et fit rentrer dans le
‘ devoir les Napolitains révoltés. De 1652 à 1654 il eut à tenir tête aux Français, qui faisaient de nombreuses irruptions sur le territoire espagnol, et en 1656 il fut chargé de la direction de la guerre soutenue contre eux par l'Espagne dans les Pays-Bas. Heureux d’abord, il vit la fortune abandonner ses drapeaux quand Turenne eut été envoyé contre lui, et perdit, le 14 juin 1658, la bataille des Dunes. Une autre campagne, brillamment commencée en Portugal, se termina de même, en 1660, par une défaite, Les intrigues du con-
fesseur de la reine eurent pour résultat de le faire exiler à | Consuegra ; mais ce prêtre ayant à son tour été banni de la |
cour, don Juan fut nommé vice-roi d'Aragon. Plus tard, Charles IT le rappela à sa cour, et le nomma son ministre. Il mourut en 1679.
JUAN FERNANDEZ (lles), groupe de deux tles situées dans l’océan Pacifique, à 700 kilom. environ de la côte du Chili, dont elles dépendent. Elles portent le nom du navigateur espagnol qui les a découvertes. Leur sol est très-montueux; les quelques habitants qui s’y trouvent se livre:t à la pêche. C'est dans l’une de ces Î'es , celle de Mas Tierra, que séjourna pendant plusieurs années le matelot écossais Alexandre Selkirk, dont l'histoire a inspiré à Dani-1 de Foë son chef-d'œuvre, Robinson Crusoé.
JUAREZ (Bemro), né au Mexique, en 1809, dans l'État d'Oaxaca, était de race indienne. Reçu avocat, il se fit remarquer dans cette profession, devint représentant au Congrès en 1856, et président de la Cour su prême en 1857, Chef du parti constitutionnel, il organisa, après la chute de Comonfort, uu gouvernement à la Vera-Cruz, lutta avec avantage contre Zuolaga, puis contre Miramon, qui vint l’assiéger en mars 1860. Après avoir, par sà ré sistance, contraint son a lversaire à lever le siège, il prit à son tour l'ofleusive, triompha par les armes conime par les promesses 1e réforme qu'il avait faites, entra à Mexico le 11 janvier 1861, et fit confirmer, le 11 juin suivant , son pouvoir par le suffrage, qui le nomma président, Reconnu dès le :ommercernent de sa lutte par les États-Unis, auxiuels il avait accordé le protectorat sur la Sonora, il ne tarda pas à l'être aussi par l'Angleterre,
JUAN D'AUTRIC
1, — JL BILE
la France et les autres puissances; maïs, aux difficultés que son gouvernement rencontra dan: l’intérieur, se joi= goirent bientôt des complications étrangères.
Manquant de ressources et ne ponvant se soutenir qu’au moyen de réquisitions et d’exactions, il fut amené à ne pas remplir les engagements pécuniaires du Mexique en— vers l’Angleterre, la France et l'Espasne. Ces trois puissances se réunirent pour obtenir satisfaction par les armes; mais, à la suite des conférences de la Soledad et d’Orizaba , le 23 mars et le 6 axril 1862, ayant d'taché VE“nagne ainsi que l'Angleterre de l’alliance qui le menaçait, Juarez n'eut plus que la France contre Ini. Malgré notre échec à Puehla, ilne tarda pas à rec innaître l’impos— sibilit: de ja résistance, se vit obligé de quitter Mexico, et de se retirer à San-Luis de Potosi, puis à Zcafetas. Maximilien ayant été éta! li empereur, il soûtint contre lui nne uerre incessante degrérillas. Aussitôt que le corps expéditionnaire français eut quitté le Mexique, il prit l'offensive, et, le 24 juin 1866, ses troupes firent cipituler la ville de Matamoros. Celle de Queretaro fut prise le 15 mai 1867, et Juarez traduisit Maximilien devant un conseil de: guerre, qui le condamna à mort le 19 juin. Quelques jours après, Mexico et la Vera-Cruz rentraient en sa prssession. Réélu président au mois d’octobre 1867, il exerça le pouvoir avec modé:ation, malsré plusieurs tentatives de révolte qu’il eut à réprimer, Au mois d'avril 1869, it accorda une amnistie à tous les Mexicains qui avaient adhéré au gouvernement de Maximilien.
Juarez est mort subitement d’anoplexie le {8 juillet 1872, à Mexico, Il a eu pour successeur M. Lerdo de Tejada. Le Congrès déclara, le 18 avril 1873, que Juarez avait bien mérité de la patrie, et décida que son jour de naïssance serait pour la nation nn jour de réjouissance, et l’anniversaire de sa mort un jour de deuil.
JUBA, roi de Numidie, fils d'Hiempsal 11, petit-neveu de Massinissa, se rangea du côté de Pompée, dans sa luite contre César. Le lieulenant de César, Q. Curion, fut ancanti, l’an 49 avant J.-C., avec deux légions q'ilavait fait passer en Afrique, par Juba et le Pomptien
, Attius Varus, Anrès la bataille de Pharsale, les parti-
sans de Pompée vinrent, sous la conduite de Métellus Scipion, se ranger autour de lui; il suecomba avec eux sous les armes de César, l’an 46 avant J.-C., à la bataille de Thapsus, à l1 suite de laquelle il se donna la mort.
Son fils, Jupa II, fut élevé à Rome, Auguste, qui le maria à la jeune Cléopâtre, fille du triumvir Antoige et de Cléopâtre, reine d'Égypte, lui donna à gouverner une partie du royaume de son père, qui étail devenu province romaine. avec les possession s de Bocchus, prince de Mauritanie. Prince éclairé et savant, il cultiva l’histoire et les sciences naturelles, et Pline nous a conservé quelques morceaux qui font regretter la perte de ses écrits.
JUBÉ, nom que l'on donne à l’'ambon des églises, et qui vient, dit-on, de ce que le diacre. le sous-diacre ou le lecteur, avant de commencer ce qu’il devait y chan. ter ou réciter, demandait ou célébrait sa b'nédiction en lui adressant ces paroles : Jube, Domine, benedicere.
JUBILÉ, « Vous sanctilierez la cinquantième année, dit le Pentateuue, et vous annoncerez la liberté à tous, parce que c’est le jubilé. En cette année tout homme rentrera dans le bien qu’il possédait, et chacun retournera à sa première famille.» Pour empêcher que tout le territoire devi nt la proie de quelques familles, le législateur juif avait pris les plus sages précautions : les terres et les fermes nécessaires à une famille étaient déclarées inaliénables, et on n’en pou vait sortir lorsqu'elles avaient été assignées. Seulement le possesseur avait le droit de les engager pour un temps; mais à l'epoque fixée il en reprenait la jouisance, en acquittant l'emprunt qu'il avait fait. S'il se trouvait insolvable de cinquant en cinquante ans, le jubilé rendait à la famille tous sé droits anciens.