‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 452 sur 522 · JUBILÉ — JUDAÏSME · texte numérisé non relu

JUBILÉ — JUDAÏSME

C'est à l’exemple de cette institution qu'a été établi? j'ubilé célébré par l’église romaine. Les papes avaient dès les premiers siècles accordé des indulgences à ceux qui visitaient les tombeaux des apôtres, ou faisaient quelques bonnes œuvres déterminées. Boniface VIIL fut le premier qui donna à celte faveur la forme dans laquelle nous la voyons encore. En 1300 fut célébré avec la plus grande pompe le premier jubilé chrétien, et le pontife déclara par une constitution que la même indul:ence se gagnerail lous les siècles. Mais dès 1350 Clément VI ordonna qu'elle reviendrait tous les cinquante ans, et fut le premier qui lui donna le nom de jubilé, par allusion à l’année jubilaire des Juifs. En 1389, Urbain V abrégea encore ce terme, et le mit à trente-trois ans, en lhonneur des années de la vie de Jésus; mais Nicolas V le remit à cinquante, en 1449. En 1470, Paul IT .e fixa à vingt-cinq ans; et enfin Sixte IV, en 1473, confirma cette dernière réduction, qui subsiste encore. Outre ce grand jubilé, les papes en accordent d’autres à leur élection, et dans des occasions importantes.

Pour gagner les indulgences attachées au jubilé, il fallait autrefois faire le voyage de Rome; et cette capitale du monde ne pouvait suffire à la foule des pieux pèlerins qui venaient visiter les tombeaux des bienheureux apôtres. Pour faire participer un plus grand nombre de fidèles à cette grâce extraordinaire, les papes substiluèrent d’autres pratiques religieuses et des œuvres de charité à ce voyage, souvent impossible pour la plupart des chrétiens.

JUDA, quatrième fils de Jacob et de Lia. Lorsque ses frères voulurent tuer Joseph. ce fut lui qui leur conseilla de s'en défaire en le vendant.

La tribu de Juda est issue de ce fils de Jacob. Elle fut de toutes la plus nombreuse et la plus puissante ; elle occupait toute la partie méridionale de la Palestine. La royauté passa de la tribu de Bnjamin, dont état Saül, dans celle de Juda, d’où sortit David et les rois ses successeurs. Après la séparation des dix tribus, celles de -Juda et de Benjamin, restées attachées à la maison de David, formèrent le royaume de Juda (rival de celui d'Israël, et qui lui survécut (voyez Hépreux). Le royaume de Juda se reconslitua après le relour de la captivité de Babylone, et les deux tribus ne formèrent plus qu'un seul peuple. C’est du nom de Juda qu’on a formé celui des Juifs.

JUDA HAKKADOCH, c’est-à-dire Le Saint, rabbin célèbre, naquit en 120 de notre ère, dans la Galilée, et mourut en 194. On le regarde généralement comme l’auteur de la Mischnn, première parlie du Talmud, code du droit civil et canonique des Juifs, à la rédaction duquel il consacra trente années. Il 1° composa dans la persuasion que sa nation dispersée oublierait ls rites, et s’éloignerait de la raison et de la jurisprudence: de ses ancêtres. si on ls confiait à li mémoire. Avant lui, les divers professeurs expliquaient capricieusement la tradition, tan(ôt suivant la capacité des étudiants, tantôt selon que le demandaient les circonstances. Juda en fit une espèce de ystème ou de cours. qu'on suivit exactement depus (ans toutes les écoles. Juda, grâce à cet ouvrage, dont les Juifs apprécièrent l'utilité, devint le chef de la nation, et exerça sur elle une si grande autorité, que quelques-uns de ses disciples ayant osé le quitter pour aller fonder un établissement à Lydde, : urent tous un mauvais regard, c’est-à-dire moururent {ous d’un chàtinent exemplaire. Siméon, fils de Lachis, ayant 056 soutenir que le prince devrait être fouetté lorsqu il péchait, Juda envoya ses officiers pour l’arréler, et il lui eûl sans doute fait chèrement exp er sa hardiesse, s’il ne s'élait pas dérobé à sa vengeance par une prompte fuile. Les juifs, qui s’enorgueillissent encore de la gloire de Juda, lui donnent, comme nous l’avons dit, le nom de $ int, à cause de la pureté de sa vie. Si pourtant il fallait en

DINT DE LA CONVERS. — T. XI

citer ici les preuves que nous en donnent ses pan*syristes. cela pourrait passer pour une plaisanterie. Juda, qui avait fini par se mettre au-dessus des lois et par exercer sur ses concitoyens une autorité absolue, conserva son orgueil jusqu'à sa mort. Quand il la sentit venir, il prescrivit quon portt son corps en grande pompe, et qu'on pleurät dans toutes les grandes villes par où passerait le cortège funebre, qui ne devait pas traverser les petites.

JUDAÏSME. On comprend sous cette dénomination la croyance, les lois et les idées religieuses des Juifs. Les prophètes qui parurent au retour de l’exil de Babylone ne préchèrent point le rétablissement de l'État mosaique et de l'indépendance politique de la nation juive, mais la fidélité envers Dieu et l'empire de la vraie doctrine sur le monde comme devant ôtre le résultat d’une sanctification religieuse. Quand il n'y eut plus de prophètes, et lorsque le respect canonique des saintes Écritures eut été peu à peu fondé par Esdras et ses successeurs, dans le courant du deuxième siècle de l'ère chrétienne, il se produisit nécessairement une remarquable différence à l’égard de l’ancien hébraïsme, aussi bien dans les idées religieuses qui se développèrent dès lors que dans la pratique ; différence provenant de l’antagonisme existant entre la situation où se trouvaient maintenant les Juifs et les exigences de la lettre de l’ancienne loi. D'un autre côté, la connaissance des mœurs et des écrits des Perses et des Grecs donna aux esprits une plus grande activité, et amena dans les anciennes institutions des modifications introduites par des autorités plus jeunes, comme résultat nécessaire des circonstances nouvelles; en même temps que la tyrannie des Romains, les vices des paiens et de continuelles persécutions faisaient dominer certaines opinions et certaines pratiques nouvelles. Ces innovations devaient produire des divisions et des luttes (voyez PHarrsiens et SADDuGÉENS ), et par conséquent ne tardèrent point à revêtir une forme précise. [nsensiblement, d’antiques traditions et des interprétations plus modernes (voyez TAL. MuD ), d'anciennes institutions et de nouvelles idées remplacèrent la lettre mosaïque ainsi que la doctrine hébraïque, et devinrent à partir du troisième siècle des parties complémentaires du judaïsme, qui, indépendamment de la loi écrite, reconnut alors une loi orale. Naguère encore il avait trouvé accès parmi quelques princes et quelques familles de païens ; maintenant il se trouva supplanté soit par le christianisme, soit par des doctrines précises; et la vie judaïque devint alors plus inaccessible aux idées qui se répandaient de toutes parts. Le mahométisme a cependant conservé beaucoup d'éléments judaïques. La base donnée du troisième au cinquième siècle au judaïsme par le Talmud s’est maintenue chez la grande majorité des juifs, malgré l'opposition des Caraïtes et de quelques autres sectes bientôt disparues ; et du sixième au dixième siècle elle se répandit de la Palestine et de la Babylonie , et plus tard encore de l'Italie, dans toutes les contrées habitées par des juifs, à l'exception peut-être de la Chineet de l'Inde. Commentée déjà philosophiquement par Philon, puis, à partir du neuvième siècle, fortifiée par la critique, et maintenue jusque dans ces derniers temps par des docteurs de la loi et par des philosophes, tels que Maimonides et Mendelsohn, le progrès ne lui a pas plus fait défaut que les luttes intérieures ‘ voyez CABALE, JuIvE | Littérature] et SyNAGoGuE).

Toutefois, il faut dans le judaïsme distinguer d’abord la partie dogmatique, ou le rapport de Dieu avec l'homme; puis la partie historique et symbolique, ou l’alliance de Diku avec Israel, ainsi que les actions religieuses et les institutions qui en découlent; enfin, sa partie morale et sa partie sociale et juridique. Les éléments dogmatiques, provenus du monothéisme le plus sévère, y ont reçu les formes les plus diverses ; de même que l'étude des sources religieuses ÿ à suivi souvent les directions les plus opposées, et que les doctrines relatives au Messie, à l'âme et au monde des esprits y ont subi d’essentielles modifications. On y rencontre aussi, surtout dans les œuvres des époques les plus reculées, des idées

très-divergentes sur le monde et la vie, sur la science et sur Fimportance de certaines pratiques. Une foule innombrable d'opinions sent tombées dans l’oubli le plus complet , des cérémonies sont devenues hors d'usage à des doctrines ont été modifiées ou ont cessé d’être admises, L'éducation, l’étude, le culte ont dû eux-mêmes subir l'influence de ces développements; les lois sur le droit juif ont été en grande partie abolies dans beaucoup d’États , et les lois sociales changées. Aussi la véritable pratique dans le judaïsme estelle souvent aujourd’hui étrangère, quelquéfois même contraire à la lettre, et pour la bien connaître faut-il être profondément initié aux doctrines judaïques, à leurs développements et à leurs transformations. Le judaïsme a toujours été l’objet de nombreuses accusations; de là en partie les lois barbares instituées contre les juifs. La persécution dévote et fanatique des juifs ainsi que les luttes d’opinions existant parmi les juifs eux-mêmes ont eu d’ailleurs pour résultat de favoriser le perfectionnement du judaïsme, surtout en France , où une appréciation calme et exempte de préjugés a démontré que ceux qui professent le judaïsme ne sont à aucun égard inférieurs aux autres citoyens, et que leur foi religieuse ne met aucun obstacle à l’accomplissement de leurs devoirs, soit comme hommes, soit comme citoyens.

JUDAITES. Voyez CAÏNITES.

JUD2S ISCARIOTE,, ainsi appelé de sa ville natale, Arioth, dans la tribu de Juda, était le fils de Simon et l’un des douze Apôtres. Dans les voyages de Jésus, c'était lui qui était chargé de tenir la caisse ; mission dont, au rapport de saint Jean, il ne s’acquitta pas sans commettre maintes infidélités. C’est aussi lui qui vendit Jésus pour 30 sekel (environ 75 fr.) au sanhédrin juif, On a cherché à expliquer cette trahison infâme en disant qu’ambitieux des richesses et des grandeurs de ce bas monde, il était impatient de voir Jésus se manifester comme Messie. Cet espoir fut en tout cas déçu, et Judas sependit de désespoir. L'argent qu’il avait reçu fut employé à acheter un champ qui servit de sépulture aux étrangers. Le

JUDAS MACHABÉE, c’est-à-dire le Marteau, héros juif, sorti de la race des Asmonéens, et qui dirigea, à la mort de son père, le prêtre Maltathias, la guerre d’indépendance que sa nation soutint contre le roi de Syrie, Antiochus Épiphanes, et ses successeurs. L'an 166 avant J.-C, il défit dans plusieurs batailles les généraux syriens Gorgias, Lysias et Nicanor, et ilétait sur le point de conclure une alliance avec les Romains, quand une armée &yrienne supérieure à la sienne le força d'accepter un nouveau combat dans lequel il perdit la vie, 160 ans avant J.-C. Les deux livres des Machabées , qui font partie de l’Ancien- Testament, renferment une double version de ses faits et gestes militaires, très-différentée en beaucoup de points.

JUDAS THADDEE ou LEBBÉE. Voyez June (Saint).

JUDE (Saint), aussi nommé JUDAS THADDÉE ou LEBBÉE, un des douze Apôtres, était probablement fils d’Alphée et frère de Jacques le Mineur. La tradition ecclésiastique de l'Occident le fait précher en Perse et y soufrir le martyre; mais celle de l'Orient le fait voyager dans l'Arabie , la Syrie et la Palestine, et mourir à Édesse, Suivant d’autres versions, il aurait plus tard visité encore l’Assyrie et terminé ses jours en Phénicie. L’épitre qui porte son nom, et qu’on trouve dans le canon de la Bible, ne paraît pas être de lui; car on y lit plus d’un passage faisant allusion à la condition des chrétiens et aux prédications des Apôtres, à une époque de beaucoup postérieure, leur mort. C’est un autre Thaddée, suivant la version d’un des Septante, que Jésus aurait envoyé à Abgar , souverain d'Édesse.

; JUDÉE, Voyez PALESTINE.

JUDÉE (Arbre de). Voyez Gainter ( Botanique).

JUDÉE (Baume de). Voyez Ginéan ( Baume de).

JUDICA ( Dimanche du ), nom que l’on donne quelquefois au dimanche de la Passion, parce que l’introït de la messe commence ce jour-là par les mots Judica me, Domine, (Psaume XLI, 1).

JUDAISME — JUDICIAIRE

JUDICATUM SOLVI (Caution). Voyez Caurior, tome IV, page 713. .

JUDICIAIRE (Genre), celui des trois genres d’éloquence qui à particulièrement pour mission d’accuser ou de défendre, de faire absoudre ou de faire condamner.

JUDICIAIRE (Pouvoir). Cest l'autorité à qui, dans un système général de gouvernement, est réservé le droit de rendre la justice. La séparation du pouvoir judiciaire des pouvoirs législatifet exécutif est une nécessité sociale, Le pouvoir judiciaire émane du souverain : prince ou nation ; quelquefois il prend sa source dans l’élection, quelquefois ilestinvesti de l’inamovibilité, comme d’une garantie d'indépendance (voyez Junior [Organisation ]). Le pouvoir judiciaire, a dit Henrion de Pansey, comprend deux éléments, la juridiction et le commandement, qui a lui-même pour sanction l'exécution.

JUDICIAIRE (Organisation). C’est la loi du 20 avril 1810 qui, respectée et maintenue dans la plupart de ses dispositions , sert encore aujourd’hui de base et de règle à notre organisation judiciaire.

11 faut distinguer d’abord lestribunaux judiciaires proprement dits et les tribunaux administratifs.

A la tête dela hiérarchie judiciaire, en France, on trouve la personne du chef de l'État dans une monarchie; mais la justice se rend au nom de la nation dans une république. Au-dessus des cours et de tous les tribunaux domine la cour de cassation, chargée de surveiller l'application desloïs; immédiatement au-dessous d’elle, les cours d’appel, qui forment le second degré de juridiction par rapport aux tribunaux de commerce et d’arrondissement. Ces. derniers, qu’on appelle encoretribunau x de premîère instance, jugent les appels des justices de paix, dernier degré de la hiérarchie des tribunaux civils. La même hiérarchie et les mémes tribunaux se retrouvent en matière criminelle. La surveillance qu’elle exerce sur l’application des lois civiles, la cour de cassation l’étend à l'observation des lois criminelles. Les cours d'assises serecrutent parmi les cours d’appel et les tribunaux civils ou’de {re instance, pour connaître des crimes, avec adjonction de jurés. C’est aussi la cour d'appel qui juge en matière de police correctionnelle les appels des tribunaux du département où elle siége ; dans les autres départements. du ressort, ces appels sont jugés par le tribunal du cheflieu de chaque département. Les matières de police co rrectionnelle et les appels des tribunaux de police sont jugés par les tribunaux d'arrondissement. Enfin, les matières. de simple police sont jugées selon les règles déterminées par la loi, tantôt par le juge de paix, tantôt par le maire. Quant aux tribunaux de commerce et aux conseils deprud'hommes, leur nombre, leur répartition et leurs attributions sont déterminés par divers décrets spéciaux.

Auprès de chaque cour ou tribunal, à l'exception des justices de paix et des tribunaux de commerce, se trouve placée, à chaque degré de la hiérarchie judiciaire, sous le nom général de ministère public,une magistrature dont les membres, nommés et révocables par le chef de l’État, ont pour mission de surveiller, maintenir et requérir l’exécution des lois, de poursuivre d'office cette exécution dans toutes les dispositions qui intéressent l'ordre publie, le gouvernement, le domaine national, les droits de l’État et les droits des personnes incapables de se détendre ellesmêmes, telles que les mineurs, les femmes, les absents, etc.

* Une institution nouvelle, l'assistance judiciaire, est

venue compléter l’organisation de la justice, qui a subi d’ailleurs des modifications plus ou moins profondes par la création et l'abolition successives de juridictions et de tribunaux d'exception.

Les tribunaux administratifs sont la cour des comptes, le conseil d'État, et les conseils de préfecture,

Avant 1780, l'ordre judiciaire, formé au milieu de l’anarchie féodale et des luttes de l'Église et du pouvoir séculier,

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