JUGULAIRES — JUIF ERRANT
tant, les effèts sont analogues. Le gonflement des veines jugulaires instruit de l'espèce de danger qu'ont de pareils actes : il est la preuve qu'alors le sang reflue ou au moins
stagne vers le cerveau, d’où il peut résulter des congestions, |
des étourdissements , des coups de sang, et même l’apoplexie. Mais si un effort d'expiration suflit pour gonfler les veines jugulaires, l'action d’inspirer, et surtout le soupir, les désemplit et les efface jusqu’au point de creuser ensillon l'endroit de la peau qui leur correspond et les couvre. Et si l’une d'elles vient à être ouverte, soit par une saignée, soit involontairement dans le cours d’une opération, de l'air peut s’y introduire pendant l’inspiration, se mêler au sang
et se rendre avec lui dans le cœur, qui presque aussitôt |
cesse de battre et pour toujours. C’est dans la juste appréhension de tels malheurs qu’on pratique si rarement aujour-
d'hui des saignées jugulaires. Il est prudent d'éviter toute |
compression de ces veines, si importantes à cause de leurs aboutissants. Il est des systèmes de cravates qui produisent en partie les effets de la pendaison. D° Isidore Bourpon.
JUGURTHA, petit-fils de Massiniss a et neveu de Micipsa, roi de Numidie, fut élevé avec les enfants de ce dernier, bien qu’il fût né d’une concubine, Dès sa première jeunesse, il se fit remarquer par sa force et sa beauté, et se concilia l'affection générale. Micipsa craignit qu’il ne Pemportât sur ses enfants, et conçut la pensée de le faire périr; mais il renonça bientôt à ce projet, et résolut de l’éloigner. Il l’envoya donc à Scipion, à la tête d’une armée, pour le seconder dans la guerre qu'il faisait alors à Numance. Là Jugurtha se distingua, et à son retour le roi l'adopta, et voulut qu’il régnât avec ses fils Adherbal et Hiempsal.
Malgré les promesses qu’il avait faites à Micipsa mourant, il fit tuer Hiempsal , et s’empara de toute la part qui revegait à Adherbal, se déclarant seul souverain de toute la Numidie. Le prince chassé recourut aux Romains. Il vint lui-même se plaindre au sénat. Jugurtha gagna les commissaires. Ils déclarèrent que le meurtre avait été le résultat de la légitime défense, et attribuèrent à son auteur les plus riches provinces, au détriment d’Adherbal. Aussitôt Jugurtha les envahit, et son adversaire s’enfuit dans Cirtha (aujourd’hui Constantine), où il fut assiégé après avoir perdu une bataille. Quand il se fut rendu par capitulation, il fut impitoyablement égorgé. Le peuple romain, indigné, demandait vengeance, et le sénat déclara la guerre. Jugurtha #oulut encore conjurer l’orage à force d'argent, mais ses ambassadeurs ne furent point reçus : on leur ordonna de sortir de l'Italie sous dix jours. Le commandement fut donné à Calpurnius Pison, habile général, dont les talents étaient obscurcis par une basse cupidité. II commença par prendre beaucoup de places, puis il se laissa séduire, et, de concert avec Scaurus, vendit la paix à Jugurtha. Quand on sut à Rome les indignes menées de Calpurnius, le peuple s’irrita ; il écouta les éloquentes harangues de Memmus. On manda Jugurtha pour venir subir le jugernent de son crime. Cependant, il parvint à gagner un tribun, qui, de concert avec lui, lui imposa silence au moment où il allait prononcer sa défense, en sorte que l’assemblée se sépara sans avoir rien fait. À Rome même, Jugurtha avait fait tuer Massiva, fils de Gulussa et neveu de Micipsa, parce que le peuple paraïissait disposé à lui donner la Numidie. Aussitôt on lui ordonna de quitter Rome, où il était sous ja garantie d’un sauf-conduit.
La guerre recommença, sous les ordres du consul Postu- #mius Albinus. L'année se passa sans actions mémorables ; mais dès que le consul fut parti, les Romains, commandés par son frère, essuyèrent une grande défaite, et l’armée passa sous le joug. Le sénat annula les conventions conclues avec l'ennemi, et fit partir Métellus , qui battit complétement Jugurtha. Celui-ci, après avoir négocié, changea de pensée, et résolut de tenter de nouveau le sort des armes. Dans cette nouvelle campagne, il sut manœuvrer si habile- “ment que Mélellus ne put terminer la guerre. Marius se
DICT. DE LA UONVERS, — T, XI
fit envoyer à sa place. Cependant Métellus remporta encore une nouvelle victoire, et Jugurtha, qui avait failli lui être livré par la trahison de Bomilcar, appela à son secours les Gétules et le roi de Mauritanie Bocchus. Sur ces entrefaites, Marius était arrivé en Afrique. D'abord il prit Capsa et un fort appelé Mulucha; mais à l'approche de Jugurtha et de Bocchus , il voulut se retirer vers la côte. Subitement attaqué, il fut obligé de se rétrancher sur une montagne, où il demeura cerné de tous côtés. Pendant que les barbares se livraient à la joie, Marius fondit sur eux et les mit en pleine déroute. Quatre mois après, Jugurtha et Bocchus essayèrent une nouvelle attaque; mais ils furent si vigoureusement reçus que presque toute leur armée périt : elle était d'environ 96,000 hommes. Bocchus, roi de Mauritanie, fit la paix, et sut attirer Jugurtha à sa cour pour le livrer à Sylla, qui le fit charger de chaînes et conduire à Cirtha, où était Marius. Ainsi finit la guerre, et la Numidie devint province romaine. Jugurtha orna le triomphe du vainqueur, fut très-maltraité par la populace, et mourut de faim dans un cachof au bout de six jours, ou bien il y fut mis à mort immédiatement après la
| solennité. Ses deux fils furent retenus prisonniers à Ve-
nouse. P. DE GOLBÉRY.
JUIF ERRANT. Le juif errant fait le fonds d’une légende merveilleuse consacrée depuis plusieurs siècles. Ce curieux personnage à, dit-on, toujours cinq sous dans sa poche. Ce malheureux ne peut mourir; vainement, pour obtenir une fin à ses indicibles fatigues, implore-t-il les abîmes de la mer, les gouffres de la terre, le fer des batailles, l’artillerie des forts et des flottes, la hache du bourreau. Un arrêt d’en haut défend sa vie contre tous ces fléaux de l'humanité et contre le dard de la mort. Il naquit dans la tribu de Nephtali à Jérusalem, lan 3992, sept à huit ans avant Jésus-Christ. 11 se nommait Abbassuérus ou Ahasvérus; son père était charpentier. A huit ans, déjà petit mauvais sujet, il servit, avec l'étoile d'Orient, de guide aux rois mages , allant à Bethléem adorer le nouveau-né des nations. Il avait fait avec eux d’avance la condition quil serait bien régalé en route. Arrivé à Bethléem, il y vit dans une crêche, un enfant qui venait de naître, et reconnut à côté le charpentier Joseph, compagnon de son père. A son retcur à Jérusalem, il raconta tout ce dont il avait été témoin, le miracle de l’étoile marchante, la pompe, les riches habits de ceux qu’elle précédait, les présents inestimables, l’or, l’encens et la myrrhe, que trois rois d'Orient, deux blancs, l’autre noir, avaient déposés dans une misérable étable, aux pieds d’un enfant de pauvres, que sa mère, pleine de joie, venait de mettre au monde. Cette nouvelle arriva jusqu'aux oreilles d'Hérode : il fit comparaître devant lui ie jeune Abbassuérus , qui la lui confirma. Le nom de roi des Juifs, donné à un enfant au berceau, effraya le tétrarque soupçonneux ; et la déclaration naïve du petit charpentier, qui en eut plus tard une si vive repentance, fut immédiatement suivie du massacre des innocents. Abbassuérus se mit à suivre, quelques années après, les prédications de saint Jean-Baptiste, et fut même témoin de son martyre. Mais voici venir les abominables actions de l’insensible et impie Abbassuérus, ce Juif sans pitié. « J'ai vu, dit-il lui-même dans une de ses histoires, Jésus- Christ, sur une ânesse, entrer triomphant dans Jérusalem ; j'ai connu le traître Judas, et j'ai travaillé, en qualité de charpentier, à la croix sur laquelle fut attaché le Sauveur du monde. Lorsque les gardes le conduisaient au calvaire, portant lui-même cette croix, ils me supplièrent, comme ils passaient devant mon atelier, de l’y laisser reposer un moment; et moi, mille fois plus barbare qu'eux, je refusai , et accompagnai mon refus d’abominables injures : alors j'entendis une voix qui me dit : « Va toi-même, et marche sans {te reposer; parcours toute la terre sans t’arrêter ni te fixer nulle part, jusqu’à ce que je revienne. » Je me sentis alors frappé de Dieu : dès le lendemain de Ja mort du Sauveur, accomplissant ma sentence je parli:, et je commençai mes d7
voyages, l’an 33 de la naissance de Jésus-Christ, en la quarante et unième année de mon âge, Malheureux que je suis! attends pour me reposer la fin du monde. »
DENNE-BaRoN.
Nous n’avons pas besoin de dire qu’il n’est question d’Abbassuérus dans aucun Évangile, pas même dans ceux qui ont été déclarés apocryphes. D’après les recherches de M. Magnin, la première version relative au Juif errant se trouverait dans l'Histoire d'Angleterre de Matthieu Paris, moine de Saint-Albans, au treizième siècle. 11 l'appelle Cartophilus, et en fait le portier de Ponce Pilate. A partir de V'année 1547 on l'appelle Ahasvérus, et des gens de qualité
affirment lavoir rencontré. Sa légende se réimprime de tous -
côtés. Elle se formule dans une complainte que le peuple chante encore, Schubart tira un heureux parti de cette légende dans une ballade. M. Edgard Quinet y a trouvé le sujet d’un drame mystico-philosophique, et M. Eugène Sue le sujet d’un roman populaire; MM. Scribe et de Saint-Georges en ont fait un opéra, dont M. Halévy a composé la musique. À L. Louver.
JUIFS. C’est le nom que depuis l'exil de Babylone on
donné aux Hébreux ou Israélites. Il est dérivé de Swhoudi (Juda), dont ils sont les descendants, ceux des dix tribus ayant été exilés avant la destruction du premier temple. Toutefois, le mot juif a reçu pendant longtemps une acception si avilissante, appliquée même à ceux qui ne professent pas la religion juive, que les sectateurs de Moïse ont cru de nos jours devoir reprendre leur nom biblique d’Israélites, et les chrétiens, qui ne croient pas devoir perpétuer l’humiliation de ceux qui sont leurs aînés dans une religion monothéiste, ont approuvé ce changement, dont la France a eu l’initiative.
La captivité de Babylone dut avoir pour effet de répandre dans d’autres contrées les saines idées sur la Divinité, qui jusque là paraissent n'avoir été le partage que du peuple israélite. Toutefois, sa nouvelle situalion ne lui fut pas trop pénible, à part l’exil, peine douloureuse seulement pour la génération qui en avait été victime. Déjà, du temps de Nabuchodonosor, des jeunes gens des familles les plus distinguées parmi les Israélites étaient élevés dans le palais du roi, et préparés à remphr des fonctions importantes dans l'État et à la cour. Lorsque le royaume de Babylone tomba comme celui des Mèdes, sous la puissance des Perses, la position des Israélites n’empira pas. Fortune, influence éducation, agréments de la vie, tout leur fut accessible, moyennant laptitude et Je zèle nécessaires, moyennant surtout le patriotisme. Leur position fut meilleure que celle de leurs descendants qui habitent aujourd’hui l'Allemagne et l’Italie. Le changement de dynastie dans le royaume babylonien leur fournit l’occasion de demander leur retour en Palestine. Cyrus n'avait aucun intérêt à s’y opposer. Depuis 536 avant J.-C., des Israélites revinrent par milliers dans leur patrie, à différentes époques, avec l'autorisation des rois de Perse, Ce retour enfin, généralement octroyé par Cyrus, avait surtout été désiré par la classe sacerdotale, qui recouvrait ainsi son influence, et par la classe pauvre, qui n'ayant rien à perdre à Babylone, pouvait espérer de tout gagner en Palestine. Enfin, ce retour fut accepté avec enthousiasme par quelques familles puissantes, parmi lesquelles l'amour de la patrie était resté vivant. Aussi ce furent des prêtres, des lévites, des familles de Benjamin et de Juda qui composèrent, sous la conduite de Zérubabel, la majorité de ceux qui revinrent en Palesline. Sous le règne de Darius Hystapes, ils obtinrent l'autorisation de reconstruire le temple, qui fut rebâti de 521 à 516; les villes désertes se repeuplèrent; le mosaïsme se rétablit, et par les soins de Néhémie, Jérusalem fut, en 444, entourée d’une muraille, Nébémie réédifia Jérusalem, assista le peuple pauvre contre les injustes exactions des riches, mit en honneur, s’il ne rédigea pas, les lois contre l'usure qu'on lit dans le Pentateuque, et rendit l'observation du sabbat plus rigoureuse. Les Israélites de la Palestine vé-