JUIF ERRANT — JUIFS
| curent ainsi heureux sous l’administration sacerdotale et le | gouvernement des Perses, jusqu'aux conquêtes d'Alexandre (331); ils eurent un grand-pontife, avec un sénat des anciens qui composèrent le Sanhédrin, institution attribuée à à Moïse, mais dont l’histoire ne parle pas avant l'exil. On peut comparer l'existence des Juifs d’alors (il ne peut à cette époque être question de l’État juif) à celle des Grecs modernes avant la révolution de 1821 : comme ces derniers avaient sous le rapport spirituel un représentant dans le patriarche qui résidait à Constantinople, les Israélites de même avaient un chef reconnu par l’autorité supé. rieure, qui leur garantissait leur existence religieuse. C’est alors que se développa réellement la constitution mosaïque ; monarchique par l’hérédité du grand-pontife, qui était le chef suprême; aristocratique par le sanhédrin, qui se complétait lui-même parmi les docteurs les plus sages et les plus instruits; démocratique enfin, par légalité de tous devant la loi. Le dernier patriarche fut Gamliel. Le patriarcat de Palestine dura jusqu’au commmencement du cinquième siècle’ av. J.-C.
Maïs le moment approchait où l'empire des Perses ailait s’écrouler. Alexandre, après avoir soumis les nations voisines de la Macédoine, subjugue l'Asie Mineure, écrase Darius sous les murs d’Issus, s'empare de Tyr et se dirige sur Jérusalem. Les Israélites, qu’il avait sommés de lui fournir des vivres pendant qu’il assiégeait Tyr, ayant refusé | de lui obéir, il marcha contre eux pour les châtier. Jaddus, alors grand-prêtre, vint au-devant de lui. A sa vue, le vainqueur de tant de nations se laissa fléchir. 11 entra avec lui dans Jérusalem , offrit dans le temple un sacrifice à Dieu, et exempta les Israélites du tribut de chaque septième année, attendu la loi qui leur défendait d'ensemencer les terres et de moissonner pendant l’année sabbatique. A la mort d’Alexandre, la Judée est adjngée, avec la Syrie et la Phénicie, à Laomédon. Ptolémée Soter, ayant défait ce prince , tenta de soumettre les Juifs ; mais seuls il refusèrent de violer le serment qu’ils avaient prêté à Laomédon. Ptolémée assiégea Jérusalem, et sachant bien que les Juifs n’oseraient se défendre un jour de sabbat, il choisit ce jour pour um assaut général. Ainsi, la superstition livra la ville. 11 s’en rendit maître, et conquit par suite la Judée entière, d'où il emmena plus de cent mille captifs. Le traitement plein de douceur dont il usa à leur égard en attira un grand nombre en Égypte, et principalement à Alexandrie.
La Judée passe sous la domination d’Antigone. Sous ce prince, comme sous Séleucus, et depuis sous Ptolémée, en qui commence la race des Lagides, Jérusalem jouit d’une paix profonde. Mais les rois syriens, à qui échut ensuite M
Judée, non-seulement minèrent les Israélites par des tributs excessifs, mais les persécutèrent encore pour leur religion. Antiochus Épiphanes fit élever au milieu du temple la statue de Jupiter olÿmpien, défendit la circoncision , ordonna de sacrifier des porcs, dévasta le pays, et fit mourir plusieurs de ceux qui étaient restés fidèles à la loi. Mais après de nom breux martyrs, la Judée trouva des défenseurs. Un prêtre de Modin, nommé Mathatias, ayant courageusement résisté à l’ordre de sacrifier aux idoles, et même tué, dans cette occasion, un officier syrien, se vit contraint de fuir avec ses fils; quelques autres hommes intrépides le suivirent sur des montagnes désertes. Altaqué par l’armée d'Antiochus, il est vainqueur, el sa victoire grossit sa troupe. 1] fait abjurer aux siens le scrupule superstitieux qui empêchait les Israélites de se défendre le jour du sabbat, et par sa valeur plusieurs villes sont affranchies du joug syrien. Judas Machabée, son fils, rassemble ceux qui sont demeurés fidèles à la loi de Dieu, bat les Syriens, entre vainqueur à Jérusa
lem, et rétablit en 165 le culte divin. Après sa mort (161), ses frères, Jonathas et Simon, continuent son œuvre, et poursuivent la délivrance de la patrie; le roi est forcé de faire la paix. Jean Hyrcan, fils de Simon, roi et gran !-jrêtre, étend sa domination en Samarie et dans Pidumée, Mais sous le règne de ses petits-fils, Hyrean et Arisludu!e, le
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pays perdit son indépendance, Pompée, appelé comme arbitre entre les deux frères, qui se disputaient le trône, conquit Jérusalem lan 63, et fit de la Judée une province romaine. Crassus pilla en 54 les trésors du temple. Antigone, fils d’Aristobule, qui avait été emmené en captivité, recouyra le trône, l’an 42, avec le secours des Parthes. Mais Hécode, fils d'Antipater, surnommé le Grand, soutenu par les Romains, prit en 37 Jérusalem, fit mourir Antigone et Hyrcan , le dernier rejeton mâle des Machabées, Quoiqu'il eût relevé le temple, il n’en fut pas moins haï comme étranger et à cause de ses cruautés. Archélaus, son fils et son successeur, fut détrôné, l’an 8 après J.-C., par Auguste, et la Judée se vit incorporée à la Syrie; elle eut pour gouverneur Coponius, chevalier romain, qui prit le titre de procurateur de la Judée.
Claude avait donné à {ous les Juifs de l'empire romain le droit de citoyen. Mais l'arbitraire des Romains, qui abusaient de la victoire avec d'autant plus de violence qu’elle leur avait plus coûté, la haine des partis opposés , les dissensions intestines et l’antipathie des Juifs et des Grecs firent croître la misère et le mécontentement, qui éclatèrent par une révolte contre les Romains. Cette lutte opiniâtre finit à la prise de Jérusalem par Titus; la ruine du temple, le massacre et la captivité de plusieurs milliers d’Israélites en furent la suite. L'an 70 après J.-C. les Juifs se virent dispersés. Protégés par Nerva (97), ils furent traités avec rigueur, en 105, par Trajan. Diverses tentatives eurent lieu pour secouer le joug romain; elles finirent par des exécutions en masses; des ordonnances cruelles vinrent abattre les Juifs et humilier le judaïsme. Antonin le Pieux révoqua ces ordonnances ; mais lorsqu’en 350 le christianisme monta sur le trône avec Constantin, des édits de l'empire et des actes des conciles vinrent empirer le sort des malheureux Israélites. Vers cette époque, on trouve déjà des Juifs en Illÿrie, en Espagne, à Minorque, dans les Gaules, en Belgique, dans la Narbonnaise, dans la Celtique ou la Lyonnaise, et dans quelques villes du Rhin. Ils se livraient partout à l’agriculture, au commerce, à l’industrie, possédaient des terres , exerçaient des emplois, servaient dans l’armée, et avaient leur juridiction particulière. En 418 le service militaire leur fut interdit, ef dans le cours du cinquième siècle ils furent de plus en plus asservis. En Italie, en Sicile et en Sardaigne, ils vécurent heureux; dans l'empire byzantin, ils furent opprimés. En France, ils ne se virent pas trop maltraités durant le cinquième siècle; mais avec le sixième siècle commencent pour eux des vexations de toutes natures, etmême d’horribles persécutions ; il y en avait alors dans la Provence, dans le Dauphiné, dans la Bresse, dans le duché de Bourgogne et dans la Franche-Comté. Les Juifs et les chrétiens étaient tellement liés alors, qu'il n'était pas rare de voir un Juif épouser une chrétienne , et pareïllement un chrélien se marier avec une juive. On attachaït une grande importance à la conversion des Juifs, et l'autorité souveraine secondait les efforts des ecclésiastiques qui se faisaient un devoir de l’entreprendre. On baptisait même les Juifs par force ; souvent on les bannissait pour avoir refusé le baptême.
Dans le royaume des Parthes, et depuis 226 dans l’empire persan, leur sort, à quelques persécutions isolées près, fut plus supportable. Les Israélites de la Palestine, qui, en 510, prirent Jérusalem, avec le secours de la Perse, rèvèrent l'indépendance de leur patrie, mais ils furent humiliés par l’empereur Héraclius. L'islamisme, répandu successivement, en 627, dans l'Asie occidentale, la Perse, l’Égypte, l'Afrique, l’Espagne ef la Sicile, influa sur la position des Israélites de ces contrées : à l’exception des persécutions isolées dont ils furent victimes en Mauritanie lan 790, et en Egypte l'an 1010, ils vécurent tranquilles sous les khalifes et les princes arabes ; ils s’accrurent en Espagne sous les Maures, et leur culture intellectuelle alla en augmentant depuis le huitième siècle. Ils y devinrent même conseillers des rois. Les orages partiels qui fondirent sur
eux à Grenade, en 1063, et à Cordoue, en 1157, furent généralement des conséquences d'événements politiques. Dès le neuvième siècle il y eut des communautés juives au Caire, à Fez et à Maroc; au onzième siècle leur nombre diminua à Babylone et s’accrut en Palestine. Ils furent en honneur chez les khans mongols. Mais combien leur sort fut triste dans l’Europe chrétienne, en Occident, et surtout dans les pays féodaux, là où régnait le droit du plus fort et où s’exerçait la puissance sacerdotale !
Par des sacrifices d’argent, ils rendaient quelquefois leur condition supportable en Italie, et ils eurent des temps heureux à Naples. En 1261 et 1435 éclatèrent néanmoins contre eux des persécutions dans plusieurs villes d’Italie. Les papes les prenaient presque toujours sous leur protection. Depuis le treizième siècle ils furent assujettis à porter des marques distinctives, et depuis le quinzième siècle à habiter des quartiers séparés (ghetti). Les Juifs de la Sicile, qui possédaient des biens fonciers et une constitution communale régulière, ne se virent pas fourmentés par les Arabes et les Normands, et furent ménagés par l’empereur Frédéric JI. Plus tard ils furent assujettis à d’accablantes contributions et à l’humiliante obligation de porter sur leurs vêtements une marque distinctive. Après de vains efforts tentés depuis {428 pour les convertir, ils furent, en 1493, expulsés de l’île, au nombre de 100,000, sur l’ordre de Ferdinand le Catholique. Ils se dirigèrent vers le royaume de Naples.
En France, heureux dans le huitième siècle et le neuvième siècle, surtout à Paris, à Lyon, en Languedoc et dans la Provence, ils possédèrent des terres, et leurs affaires furent administrées par un magister Judæorum. Mais ils furent persécutés par le clergé sous les faibles Carlovingiens. Pour justifier les cruautés et les exécutions sanglantes dont ils devinrent victimes depuis le onzième siècle jusqu'au milieu du quatorzième siècle, on inventa des contes absurdes, des profanations d’hosties, des empoisonnements de puits, des crucifiements d'enfants chrétiens. Tour à tour chassés et rappelés au prix de sommes immenses, ils obtinrent enfin un gardien ou juge ; mais en 1395 ils furent bannis pour toujours du midi de la France.
En Angleterre il y eut des Israélites dès le neuvième siècle. En 1189, le jour du couronnement de Richard Cœur de lion, éclata contre eux un tumulte sanglant. Sous Henri I ils souffrirent une foule d’injustices, malgré la liberté qu’ils croyaient avoir acquise de Jean sans Terre au prix de 4,000 marcs d'argent. On leur prit leurs biens et leur synagogue. En 1270 on les priva du droit de posséder des terres ; on les chassa enfin en 1290, après avoir cherché à les convertir. Ils se rendirent en France et en Allemagne.
Dans l’Empire ils étaient la prapriété des empereurs, qui les vendaient et les cédaient. Il y en avait au huitième sièele dans les villes rhénanes; dans le dixième, en Saxe et en Bohème ; dans le onzième, en Souabe, dans la Franconie et à Vienne; dans le douzième, il y en avait dans le Brandebourg et dans la Saxe; ils étaient imposés de diverses manières, mis en gage, donnés et chassés par les gouvernements. Les croisades leur furent fatales. Sur les pas des croisés marchaient pour les malheureux descendants de Jacob la terreur et l’extermination. Vers le quatorzième siècle il n’y eut plus, à l’exception de l’Autriche, d’Israélites en Allemagne. Ils furent massacrés et brûlés par milliers ; plusieurs se précipitèrent dans les flammes des synagogues embrasées.
En Suisse il y eut des Juifs dès le treizième siècle, et dès le quatorzième ils y furent persécutés.
En Pologne et dans la Li{huanie ils jouirent non-seulement de la protection du pouvoir, mais ils eurent même depuis le quatorzième siècle des droits réels.
Favorisés par Casimir II, les Juifs se multiphièrent en Pologne dès cette époque par les nombreuses émigrations de la Suisse et de l’Allemagne.
Il yen euten Russie dans le dixième et dans lequatorzième siècle; mais plus tard ils en furent expulsés.
La Hongrie eut des Juifs depuis le onzième siècle ; mais dans le quatorzième et le quinzième siècle, des persécutions éclatèrent contre eux.
En £spagne, les Juifs restèrent jusqu’à la moitié du quatorzièrae siècle assez paisiblement en possession de priviléges importants, qu’ils étaient parvenus à y obtenir à la suite de l'invasion de l’islamisme, qui avait été pour eux une époque d’émancipation. Ils étaient chez les chrétiens, ainsi que les Maures, banquiers, fondeurs, ciseleurs, marchands, armateurs, ingénieurs, architectes. Dans la partie chrétienne de la Péninsule on en brülait bien quelques-uns, de temps à autre, en qualité de magiciens et de nécromanciens, mais on avait recours à eux, à cause de ce génie industriel et commercial qui en tous lieux est le propre des descendants d’Israel. Dans les seuls domaines de Castille, comprenant
compta jusqu’à plus de 850,000, qui payaient aux chapitres et aux prélats la somme énorme de 25,648,500 dineros. Mais à la longue l’appauvrissement de la noblesse, résultat de son orgueilleuse oïsiveté, l'influence toujours plus grande du clergé , et des habitudes usuraires reprochées aux Juifs, provoquèrent contre eux l’animadversion publique, qui se traduisit bientôt en oppressions et en persécutions. Peu à peu on leur enleva le droit de résider là où bon leur semblait ; on diminua leurs priviléges et on accrut les impôts auxquels ils étaient assujettis. Dans Je royaume d’Aragon, à la suite d’une grande sécheresse, on les expulsa des villes. En 1391 et 1392, à la suite d’émeutes dirigées contre eux à Séville, à Cordoue, à Tolède, à Valence, en Catalogne et à Majorque, on les égorgea par milliers. Ils n’échappèrent à ce massacre qu’en adoptant le christianisme ou bien en se réfugiant en Afrique. Au quinzième siècle, linauisition d’Espagne mit la persécution contre eux à l’ordre du Jour. A partir de 1480 on les brûla par milliers, et en 1492 on finit par les expuiser complétement. Des 300,000 qui s'étaient réfugiés en Portugal, dans la Provence et en Italie, il ne resta, au bout de huit ans, qu’une faible et misérable partie. Tolérés en Espagne depuis 1837, les Juifs y sont aujourd’hui en petit nombre, si tant est même qu’il y en ait qui aient été tentés de profiter de cet adoucissement de la législation à leur égard.
En Portugal, où on les rencontre dès le onzième siècle, ils étaient répartis en sept districts, et vivaient sous l’autorité religieuse d’un grand-rabbin. En 1429 on leur imposa un vêtement particulier, En 1492 on y accueillit pour huit mois, contre un impôt de 8 liards d’or par tête, 80,000 Juifs espagnols, que les aulo-da-fe de l'Espagne avaient chassés, Au bout de ces huit mois, les pauvres acceptèrent le baptême et les riches quittèrent le pays. En 1495 le roi Emmanuel ordonna l'expulsion du Portugal de tous les Juifs; on enleva aux plus pauvres tous leurs enfants âgés de moins de quatorze ans, et on les embarqua pour les iles des Serpents. En 1506 on égorgea à Lisbonne plus de 2,000 Juifs nouveau-convertis. Les persécutions contre les Juifs, demeurés en secret fidèles à la foi de leurs pères, durèrent sans interruption dans la péninsule Pyrénéenne jusqu’à ce que la défense d’émigrer eut été levée, en 1629 ; et beaucoup plus tard encore on continuait à en faire des auto-da-fe, par exemple en 1655. Ce ne fut qu'en 1773 qu'on abolit les distinctions établies entre les anciens et les nouveaux chrétiens. Aujourd’hui même le Portugal ne leur accorde pas de droits civils, et on ne rencontre guère dans ce pays que des Juifs allemands,
C'est de la sorte qu'au commencement du seizième siècle l'Europe occidentale n'eut presque plus de Juifs, Mais on en rencontrait encore en Allemagne, en Italie en Pologne, dans l'empire ture et dans les États africains. Leur nombre D’élait pas très-considérable dans les États asiatiques : en Arabie, où il existe encore aujourd'hui ; dans l'Hodjaz, des Juifs indépendants, à la Mecque, des Juifs noirs, et dans leSennaar, des juifs blancs ; en Perse, où ils vivent dans l'op-
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depuis Kaboul jusqu’en Chine; dans l'Inde, où il est déjà fait mention d’eux à Granganor dès l’an 500 de l'ère chrétienne; en Cochinchine, où vraisemblablement il pénétrèrent à la suite des Portugais, où ils cultivent le sol et se livrent au commerce ; dans la Boukarie, où ils jouissent de
| la liberté civile et exploitent de nombreuses manufactures
de soïeries et d’articles de quincaillerie ; en Tatarie, en Chine, en Abyssinie, où, établis depuis plusieurs siècles, ils conservèrent leur indépendance jusqu’en 1608; dans le Soudan et le Loango.
Au nord de lAfrique, notamment à Alger, à Tlemcen, à
| Oran, à Tétouan, à Tunis, etc., il y eut un grand nombre de
Juifs qui, à la suite des événements dont le Portugal et l'Espagne furent le théâtre en 1391 et 1492, vinrent se réfu-
| gier et s’établir auprès de leurs frères, qui depuis lo S les royaumes de Murcie, de Léon et d’Andalousie, on en ! : 2 am
y formaient des communes. En 1504 on leur assigna à Fez un quartier spécial dans la ville neuve; et ils y jouirent ainsi qu'à Taflelt de nombreux priviléges, notamment sous le règne de Muley-Archey, vers le milieu du dix-septième siècle. A Maroc, où la population juive est administrée par
un chéik avec deux députés des villes, les Juifs, qui s’y
livrent plus particulièrement au commerce, arrivent trèssouvent aux emplois publics les plus élevés. A Alger ils vivaient sous la plus avilissante des oppressions, dont la conquête de ce pays par la France, en 1830, les a affranchis. Leur position était bien autrement tolérable en Turquie, où leur nombre s’est successivement augmenté d'une foule de réfugiés venus de toutes les contrées de l'Europe, et où depuis le milieu du quinzième siècle ils n’ont eu à souffrir de temps à autre que de quelques concussions de pachas, de quelques insolences de janissaires, notamment en en Morée. En Palestine, où sont venus s'établir un grand nombre de Juifs polonais, ils sont très-malheureux. L’É-- 81Pte paraît vouloir leur tendre une main secourable; ceux de "empire ottoman ont d’ailleurs les mêmes droits civils.
: que les habitants du pays.
La Renaissance et la Réforme ont exercé une influence salutaire sur les Israélites de l’Europe chrétienne. Toutefois, ce n’a été que vers la fin du dix-huitième siècle qu'ils ont obtenu la jouissance des droits civils dans les divers pays dont elle se compose. Pendant tout le cours du seizième et du dix-septième siècle, l’inquisition et les papes ne cessèrent point de tourmenter les Juifs en Italie. A partir de 1584 il se tint à Rome des sermons destinés à convertir les Juifs et auxquels ceux-ci étaient tenus d'assister, Jusqu'en 1570 ils furent souvent bannis de diverses villes, notamment de Naples, en 1541. Leur condition fut meilleure à Venise, à Pise, à Padoue, à Florence, et depuis 1,600 à Livourne, où ils ont encore aujourd’hui de bonnes écoles, Dans beaucoup d’autres villes ils doivent résider dans des ghefti ; et à Modène on leur a enlevé en 1831 les franchises qui leur avaient été accordées en 1814. Il existe de nombreuses communes juives en Dalmatie, de même qu'en Lombardie, où ils jouissent des droits civils.
Le pays qui s’est montré le plus liberat envers eux, et qui a le plus amplement réparé les injustices exercées contre leurs ancètres, c'est notre France. où pays qui en tout marche à la tête de la civilisation. Dès 1520 des Juifs portugais et espagnols furent admis à Bayonne et à Bordeaux. Ceux de l’Alsace et de la Lorraine gagnerent heaucoup à la réunion de ces provinces à la France. Depuis 1784 l’impôt par tête fut aboli à leur égard, sur la proposition du vertueux Malesherbes, et en 1791, sur la proposition de l'abbé Grégoire, ils furent admis à l'égalité des droits par l’Assemblée constituante, En 1807 une assemblée de. notables et un sauhédrin furent convoqués à Paris pour fixer leurs lois organiques. Le décret du 17 mars 1808 ne fut que temporaire. La charte de 1814, celle de 1830, et enfin la loi de 1831 sur le traitement des rabbins, ont successivement fixé et complété l'émancipation des Israéhites. Le même principe d'équité a prévalu en Belgique depuis sa
pression el l'ignorance ; dans l'Afghanistan , où ils trafiquent ! dernière révolution.
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En Hollande, affranchie depuis peu seulement de la tyrannie espagnole, les Juifs espagnols et portugais trouvèrent dès 1603 asile et protection ; et le foyer de liberté, de richesse et de savoir que ce pays entretenait et fomentait alors, n’eut pas d'éléments plus actifs. Les Juifs espagnols et portugais y furent aussi libres que les Juifs allemands; toutefois, on ne les admit point à faire partie de la bourgeoisie. Ce n’est que depuis 1796 qu'ils y possèdent le titre et les droits de citoyens, que la constitution de 1814 leur a confirmés.
En Angleterre, où ils furent de nouveau admis en 1655, ils vivent heureux et tranquilles : en 1830 et 1833 il leur aété permis de faire partie des corporations municipales et du barreau. Le lord maire de Londres élu dans la présente année 1855 est un Israélite. Mais le bill de leur entière émancipation politique , reproduit presqu’à chaque session du parlement et toujours adopté à une majorité considérable par la chambre basse, a constamment échoué jusqu’à ce jour à la chambre haute, où dominent avec le haut clergé anglican l’intolérance et la bigoterie.
En Danemark, où ils ont été admis au commencement du dix-septième siècle, ils possèdent des franchises depuis 1738 , et presque le droit de citoyen depuis 1814.
Il n’y a d’Israélites en Suède que depuis 1776, à Stockholm et dans trois autres villes, où on leur accorde individuellement le droit de citoyen à titre de distinction. La Norvège persiste à leur interdire l'entrée de son sol. Dans la Russie proprement dite, dont les portes leur avaient été rouvertes par Pierre 1°", les Juifs étaient arrivés à former une population de 35,000 âmes, lorsque Élisabeth les expulsa, en 1743. Admis de nouveau par Catherine IT, ils obtinrent de nombreuses franchises de l’empereur Alexandre, mais se virent de nouveau chassés par l’empereur Nicolas. Ils ne peuvent aujourd’hui résider qu’en Courlande, en Crimée, à Odessa, près du Caucase et dans les pays qui autrefois faisaient partie de la Pologne. C’estlà qu’on trouve encoredes caraiïtes.
cause. Par suite de l’édit de tolérance de Joseph IT, en 1782, quelques États se sont relâchés de leur rigueur envers eux. L’abolition de l'Empire d’Allemagne leur a été favorable. Mais depuis 1814 plusieurs États allemands ont rétrogradé sous lerapport de la tolérance, au mépris des protocoles du congrés de Vienne, qui avaient prononcé le maintien des droits des Israélites. A Hambourg, à Francfort et dans plusieurs autres villes, de menaçants tumultes populaires sont venus souvent les effrayer. En Prusse, ils ont été ex clus de l’enseignement, des conseils municipaux et du jurv; dans les provinces rhénanes, en 1824, on leur à même interdit la réforme de leur culte ; et depuis 1834 on a introduit des prédications pour les convertir. Malgré cette réaction si déplorable , un meilleur esprit se fait jour , commeon peut s’en apercevoir par les débats législatifs du grand-duché de Bade , de la Bavière, du Wurtemberg, etc. Dans ce dernier pays et dans la Hesse-Électorale, les Israélites ont le droit de citoyen.
Nous terminerons ce long martyrologe des Juifs depuis la destruction du second temple par les Romains jusqu’à nos jours, en rappelant ici les éloquentes paroles prononcées en 1854 au sein du parlement par M. d’Israeli à l’occasion d’une motion relative à l’émancipation politique des israélites anglais : « Jai toujours pris, a-t-il dit, la défense des Juifs, parce que, selon moi, la race juive est la famille envers laquelle la famille humaine a le plus d’obligations. Quand j'entends
| dire que l'admission des Juifs détruirait le caractère chré-
tien de cette assemblée, je dis que c’est parce que vous
| êtes une assemblée chrétienne que vous leur devez une place | au milieu de vous. Quand je considère tout ce que nous leur | devons; que c’est par leur histoire, leur poésie, leurs
Dans la Pologne proprement dite, où ils occupent des |
villes et des villages entiers, ils ont trouvé protection auprès du gouvernement, quoiqu’ils aient eu beaucoup à souffrir de la noblesse et de la classe peu éclairée du peuple, notamment en 1649, dans l'Ukraine, et en (654 dans la Lithuanie. Dans la dernière révolution polonaise, plusieurs Israélites combattirent bravement pour la cause de la liberté. Les préjugés des représentants de la nation empêchèrent néanmoins alors de proclamer légalité des droits en leur faveur. En 1844 ce furent probablement des considérations politiques qui déterminèrent le gouvernement russe à prendre des mesures sévères contre les Juifs polonais, et à leur défendre d’habiter les provinces occidentales de ce royaume. Leur situation est beaucoup moins précaire dans le grandduché de Posen et dans la Gallicie autrichienne.
Il y a aussi beaucoup de Juifs en Hongrie, où ils contribuèrent vaillamment, en 1685, à la défense d’Ofen. Ils y jouissent d’immunités importantes et de la protection de la noblesse. On en rencontre beaucoup aussi en Transylvanie.
La Suisse ne toléra pendant longtemps des Israélités qu’à Endingen et à Langenau ; mais depuis peu plusieurs cantons se sont montrés plus humains.
Aux États-Unis de l'Amérique du Nord, la loi les avait assimilés dès 1778 à tous les autres citoyens pour la jouissances des droits civils et politiques.
L'Allemagne olfre encore malheureusement le spectacle le plus varié et en même temps le plus triste de la position des Israélites ! Exclus de tout, restreints même dans le
cominerce , régis par des lois dures et humiliantes, c’est
pourtant au prix de ces lois qu'ils ont souvent acheté, sous les dénomiaations les plus méprisantes , une précaire existence. Successivement chassés, rançonnés, persécutés en Bavière, aans le Palatinat, dans le Brandebourg , à Francfort-sur-le-Mein , à Worms, etc., de faibles protections venaient de temps à autre les réconcilier avec un sol qu’ils ne pouvaient, qu'ils ne peuvent encore appeler patrie. Les- Sing, Mendelsohn et Dohm ont depuis 1778 plaidé leur
lois que nous ævons été instruits , consolés , organisés, quand je songe à d’autres considérations d’un caractère plus sacré que je n’aborderai pas ici, je déclare que , comme chrétien, je ne puis repousser les réclamations d’une race à laquelle les chrétiens doivent tant... Il y a encore une autre raison pour laquelle je souhaite que les droits des Juifs soient re-
| connus en Angleterre : c’est que tous les pays dans lesquels
ils ont été persécutés ont eux-mêmes été frappés dans leur puissance et dans leur énerojie ; et c’est à mes yeux un signe visible de la protection que Dieu accorde à ce peuple. Voyez l'Espagne, le Portugal, l'Italie. Quant à l’Angleterre, les Juifs n’ont certainement pas à se jAaindre des progrés qu’y fait l'opinion à leur égard. D'ailleurs, c’est une: race qui peut attendre; c’est une race qui, quand même on ne reconnaîtrait pas aujourd’hui ses droits, ne disparaltra pas demain. Certainement, j'espère que les parle-
ments dureront éternellement; mais je ne puis oublier
non plus que les Juifs ont vu passer les rois assyrieus,
les pharaons d'Égypte, les Césars romains et les khalifes
arabes. »
On évalue (1874) le ncmbre total des populations juives
à environ 4,200,000 âmes, dont 150,000 en Asie, 200,000
en Afrique, 400,000 en Amérique, et 10,000 en Océauie.
C’est en Europe qu’ils sont les plus nombreux (3,360,000),
et c’est dans les contrées les moins riches qu’ils abontent.
On estime le nombre des JIsraélites en France à 160,000,
dont 48,702 dans l’Alsace et la Lorraine, et 20,615 à Pa-
ris ; dans toute l’Allemagne (1867), à 448,057, dont 310,842
pour la Prusse, 49,840 pour la Bavière, 26,055 pour la
Hesse, 24,099 pour Bade, 12,244 pour le Wurtembherg, et 19,000 à Hambourg; en Autriche (169), à 112,000; en: Hollande (1870), à 68,003; dans la Turquie d'Europe, à. 70,000; dans la Roumanie, à 140,000; enlItalie, à 25,00€;
en Angleterre (1871), à 50,000; en Danemark (1870), à 4,400; en Suisse (1870), à 6,996; en Brlsique (1870), à
1,500. Mais c’est en Russie et en Pologne où les Juifs sont les plus nombreux : il y en à 1,632,000 dans le premier pays, et 645,000 dans le second.
L'histoire des Juifs a été écrite par Josèphe, par Basnage
par Prideaux, et en dernier lieu par Jost. Parmi les ouvrages français qu’on peut aussi consulter par cette matière, nous
mentionnerons : Les Juifs d'Occident , par Arthur Beugnot ; Les Juifs du moyen âge, par Depping; et des recueils périodiques, tels que La Soulamith, L'Israélite français, La Jédidia, Le Juif, et La Régénération, publiée par M. Bloch à Strasbourg. S. CAHEN, traducteur de la Bible,
JUIFS (Herbe aux ). Voyez Gaune.
JUIGNE (Famille de). Juigné, aujourd'hui commune de Maine-et-Loire, sur la rive gauche de la Loire, avec 1,100 habitants, est une ancienne seigneurie du Maine, qui, réunie à la châtellenie de Champagne, fut érigée en baronnie en 1615. Elle a donné son nom à une famille qui tire son principal lustre d’avoir fourni à la fin du siècle dernier au siége de Paris un archevêque dont la mémoire est restée justement vénérée dans ce diocèse.
Antoine-Éléonore-Léon LECLERC DE JUIGNÉ, né en 1798, à Paris, perdit à l’âge de six ans son père, tué au siége de Guastalla, et fut de bonne heure destiné à l’Église. Après avoir fait ses études au collége de Navarre, il entra au séminaire Saint-Nicolas du Chardonnet, et y prit les ordres. D'abord grand-vicaire de l’évêque de Carcassonne, il fut nommé agent général du clergé, fonctions qui conduisaient ordinairement à l’épiscopat. En effet, après avoir refusé l'évêché de Comminges, il accepta, en 1764, celui de Chälons. Dix-sept années plus tard, il était appelé à l’archevêché de Paris, vacant par la mort du célèbre Christophe de Beaumont. Il n’accepta, il faut le dire, qu'avec répugnance cette haute position dans l’Église de France, qui à cette époque valait au titulaire plus de 600,000 francs de rente, car il n’était pas de ces prêtres qui considèrent une augmentation de revenu épiscopal comme un motif de changement conforme à l’esprit des canons. Le nouveau prélat employa en bonnes œuvres ses revenus excessifs. Dans le rigoureux hiver de 1788, il épuisa en aumônes et en charités tqutes <es ressources, vendit sa vaisselle et engagea même son patrimoine. En 1789, il fut nommé à l’Assemblée nationale avec ses deux frères, et siégea dans les rangs de la minorité qui essaya inutilement d’opposer une digue au torrent de la révolution, laquelle ne le lui pardonna pas. Le pieux archevêque, devenu dans son diocèse le but d’une vive hostilité, le quitta avec l'agrément du roi, et passa à l'étranger, afin d’y attendre le retour du calme et de l’ordre. Mais l'Assemblée constituante vota la constitution civile du clergé; et tout aussitôt le schisme s’introduisit dans l'Église de France. Le siége de Paris fut déclaré vacant , et l'élection donna Go bel pour successeur à Juigné, Celui-ci rentra en France aussitôt que Bonaparte en eut rouvert les portes à l’émigration. Il avait acquiescé au concordat de 1801, et remis au souverain pontife la démission de son siége, qui, aux termes du nouveau concordat, était conféré à l'abbé, depuis cardinal, de Belloy. Le reste de sa vie s’écoula dans le sein de sa famille, entre les pratiques de la charité la plus inépuisable et les consolations de l'étude. Il mourut à Paris, en 1811.
Un de ses neveux, le marquis Jacques-Marie-Anatole DE JuiGnÉé, avait été appelé à la pairie par le roi Charles X. Il mourut en 1845, à l’âge de cinquante-sept ans,
JUILLET, septième mois de l’année. Il a frente-et-un jours. Il s'était d'abord nommé quintilis, parce qu'il était en effet le cinquième de l’année romuléenne. Il prit le nom de Julius sous le consulat d'Antoine, en mémoire de Jules- César, né le 12 de ce mois.
Les Grecs célébraïent pendant le mois de juillet des fêtes en l'honneur d’Apollon et d'Adonis. Chezles Romains, le 6 de ce mois était consacré à la fortune féminine , en commémoration de la femme et de la mère de Coriolan; le 8, à la déesse Vitula ; le 14 commençaient les Mercuriales, qui duraient six jours; le 23 se célébraient les jeux de Neptune; le 25, les Funérales et les Ambar valies. Les jeux apollinaires, ceux du cirque et les Minervales se donnaient aussi en juillet, Ce mois était sous la protection de Jupiter.
JUILLET 1789 (Journée du 14), jour de la prise de la Bastille,