JULES
place de Paul IT. Il débuta par dégrader le cardinalat en le conférant à un laquais bouffon, à un enfant de dix-sept ans, qu'il avait ramassé sur le pavé de Bologne; et quand le sacré collége osa le lui reprocher par la bouche du cardinal Caraffa , il lui fit entendre que le sacré collége lui-même l'avait tiré presque d’aussi bas pour en faire un pape ; cette facétie réduisit les cardinaux au silence.
Le concile de Trente était ouvert depuis long temps ; les pères qui y siégeaient s'étaient divisés suivant qu'ils tenaient pour Charles-Quint ou pour Henri IL de France. Les partisans du second s’étant retirés à Bologne, et les Allemande persistant à rester à Trente, Charles-Quint sollicita le nouveau pontife d’y rétablir la totalité du concile, tandis que Henri 11 le suppliait de le laisser en Italie. Mais le foyer du protestantisme était en Allemagne; et le pape, ayant plus intérêt à ménager l’empereur que le roi, satisfit aux exigences de Charles-Quint, en ordonnant la réunion des deux partis dans la ville de Trente, pour arriver à la pacification de l'Église, Les protestants, sommés d'y comparaître, y vinrent, le 7 janvier 1552, dans la personne des ambassadeurs de l'électeur de Saxe; mais le pape s’indigna qu'ils voulussent discuter leurs dogmes’, et il défendit à ses légats de conférer avec des schismatiques. Les pères ne s’entendirent pas plus entre eux ; l'approche d'une armée de confédérés d'Allemagne les frappa d'une terreur si grande, qu'ils se dispersèrent d'eux-mêmes , et les derniers qui restèrent prononcèrent la suspension du concile, le 24 avril 1552, avec autorisation de Jules III.
L'établissement de la Société de Jésus occupa longtemps ce pontife, qui lui fut dévoué dès l’origine, Il confirma les bulles que Paul III avait accordées à Ignace de Loyola, et prit les jésuites sous sa protection. Cette protection ne fut point assez puissante toutefois pour résister aux répugnances du parlement, de l’université et du clergé de France, et Jules IIL n'eut pas la joie de les voir établis de son vivant dans ce royaume. D’autres dissentiments, au reste, le séparaient encore du saint-siége. Octave Farnèse, ayant prié vainement le pape de protéger la ville de Parme contre Charles-Quint, qui déjà s'était emparé de Plaisance, se tourna alors vers le roi Henri IT; et une garnison française s'étant introduite dans Parme, Jules JIL ordonna à son légat de quitter la France sile roi ne consentait pas à rappeler cette troupe. Henri répondit par un refus et par la défense expresse de porter aucun argent à Rome. Le pontife s’en vengea sur les Farnèse, et livra leurs villes à la discrétion des forces impériales. Mais le cardinal de Tournon, lui ayant rappelé à propos la séparation de l’Angleterre , et lui ayant fait craindre que la France fût amenée à en faire autant , Jules IIX pardonnant aux Farnèse, ordonna qu’on leur restituât la ville de Parme et quelques autres , en promettant à Henri I[ de ne plus se mêler de sa querelle avec l'empereur d'Allemagne. Cette paix n’eût pas eu de suites si Jean: Baptiste del Monte , neveu du pape, n'avait pas été tué, peu de jours après , à l’attaque de La Mirandole, ce jeune ambiteux, soutenu par Charles-Quint, ayant bien certainement continué la guërre malgré la défense de son oncle, L'empereur avait, du reste, trop d’embarras en Allemagne pour songer à l’Itaiie , et le pontife ne craignit pas de lui causer un nouveau chagrin en excommuniant son frère Ferdinand, dont les sicaires avaient assassiné le cardinal Marlinusius, évêque de Varadin. Mais cette sentence futrévoquée quelques mois après, à la sollicitation de Charles-Quint lui-même , et la maison d'Autriche se trouva blanchie de ce crime par le même pouvoir qui l'avait d’abord condamnée.
Un événement imprévu vint porter la joie dans la capitale de la chrétienté: Mari e, fille de Henri VIIF, était montée sur le trône d'Angleterre; elle avait assuré Jules III de son obéissance filiale, et lui avait demandé le cardinal Polus pour travailler avec elle à la soumission de son peuple. Bien tôt le mariage de cette reine avec l'archidue Philippe, fils de Charles-Quint, accrut les espérances du saint-siége, Le pape investit ce nouveau roi du royaume de Sicile, dont