‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 471 sur 522 · JULIE — JULIEN · texte numérisé non relu

JULIE — JULIEN

trologiques, dont sa haute raison ne sut pas se défendre, achevèrent de le détourner du christianisme , en lui montrant l’empire s’il rétablissait le polythéisme. Dès lors Julien n'eut plus qu’une pensée, reconstruire le passé; mais le temps n'était pas encore venu, il sut dissimuler.

Sur ces entrefaites, le farouche Constance, n'ayant point d’héritier, se détermina, d’après le conseil d'Euséhie, sa femme, à proclamer César ce Julien dont il avait egorgé le père. II lui donna même sa sœur Hélène en mariage, et le fit sur-le-champ passer dans les Gaules pour repounser les invasions des Germains. D'éclatants succès couronnèrent les efforts du nouveau César; les barbares furent battus en vingt rencontres et la guerre transportée au delà du Rhin. Pendant l’hiver, Julien prenait ses quartiers d'hiver dans sa chère Lutèce, qu'il se plut à embellir et où il habitait le fameux palais des Thermes. Toute la Gaule, pendant les cinq ans qu’il y resta, bénit son administration et la douceur de son gouvernement.

Constance, jaloux de cette popularité, lui demande ses meilleures troupes pour son expédition contre les Perses; mais celles-ci se mutinent, et proclament Julien auguste, au mois de mars 260. L'année suivante, Julien, qui n’a pu désarmer l’empereur par ses protestations, marche à sa rencontre. 11 suit les bords du Danube, pénètre en Illyrie, et s'arrête pour assiéger Aquilée, lorsqu'il apprend la mort de Constance.

Alors il traverse la Thrace, arrive le 11 décembre 361 à Cons-

tantinople, où il est proclamé de nouveau.

Aussitôt il prend le titre de grand-pontife, et dans un manifeste adressé aux Athéniens annonce officiellement la restauration du culte ancien. Cette révolution religieuse et politique, que l'empereur méditait depuis dix ans, lui eût-il été donné de l’accomplir , s’il avait régné plus longtemps? Quoi qu'il en soit, il fut un monarque accompli pendant le petit nombre de mois qu’il occupa le trône. Il fit une guerre impitoyable à tous les abus, au luxe et à la mollesse. Il réforma toute la maison impériale, congédia les baigneurs , les barbiers, les cuisiniers, les eunuques, dont il n’avait plus besoin, puisqu'il n'avait plus de femme, et ne voulait pas se remarier. Les curiosi, sorte d’espions de palais, furent supprimés, et ce retranchement de tant de charges inutiles tourna au profit du peuple, auquel on remit le cinquième de tous les impôts. La libéralité de Julien était sans bornes : « Ne refusons pas même à motre ennemi, disait-il, car ce n'est pas aux mœurs ni au caractère, c’est à l’homme que nous donnons. » L'histoire ne peut lui reprocher aucun acte de vengeance ou de cruauté. 1] pardonna aux plus ardents de ses ennemis, et s’il persécuta le christianisme, du moins ce ne fut pas avec les armes du fanatisme, le fer et le feu. 11 se borna à révoquer les priviléges concédés aux chrétiens et à dépouiller les églises de leurs biens pour en faire des dotations militaires, « afin, disait-il, de ramener les fidèles à la pauvreté évangélique ». Pour la même raison il leur defendit d'exercer les charges publiques, de plaider et d’enseigner les belles-lettres. Jaloux de faire mentir la prédiction de J.-C., il entreprit de réunir les Juifs en corps de nation et de rebâtir le temple de Jérusalem. On sait le fameux miracle qui survint alors, s’il faut en croire Ammien Marcellin et quelques Pères de l'Église , qui ont rapporté le fait d'après des autorités fort suspectes.

Cependant Julien voulait venger l'empire romain des désastres que les Perses lui avaient fait éprouver depuis soixante ans. Ses premières armes furent heureuses. Il prit plusieurs villes aux ennemis et s'avança jusqu'à Ctésiphon. 1] fit passer le Tigre à son armée au-dessous de cette ville; mais au bout de quelques jours, ne trouvant ni grains ni fourrages dans un pays incendié par l'ennemi lui-même, il fut contraint de battre en retraite, Supérieur dans tous les combats aux lieutenants de Sapor, roi de Perse, il approchait des frontières romaines, lorsque, le 26 juin 363, il fut blessé mortellement. Julien parut regretter peu la vie; il employa ses derniers monents à s'entretenir de la noblesse des âmes avec Maxime, et expira la nuit suivante, à trente-deux ans,

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