‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 472 sur 522 · JULIEN — JULIERS · texte numérisé non relu

JULIEN — JULIERS

Il nousreste de Jui plusieurs Discours, des Lettres, des Sa-

ires. La Salire des Césars est très-curieuse ; rien n’estplus | ; [

singulier que ce jugement porté sur les rois du monde par Pun d'eux. Son Misopogon, satire contre les habitants d’Antioche, qui s'étaient moqués de sa longue barbe et de sa simplicité philosophique, estun chef-d'œuvre d’espritet d’ironie.

[ Qu'est-ce que cet empereur Julien, si vivement attaqué par les uns, si passionnément prôné par les autres; que la religion réprouve comme un misérable apostat, que la philosophie du dix-huitième siècle assimile à Marc-Aurèle ? Peu de guerriers ont eu plus de courage, peu de souverains ont porté une sollicitude plus active, plus éclairée dans les affaires du gouvernement. Quant au mérite littéraire, qui est beaucoup moins requis dans un empereur, on sait qu'il en était assez pourvu pour briller en quelque rang que le ciel l’eût fait naître. Julien ne füt-il qu'un écrivain, passerait

sans doute pour un des plus ingénieux de l'antiquité: Ce.

n’est pas cependant sous ce rapport qu’il a mérité d’être appelé par Voltaire le second des hommes ; et si on ne le considère que dans les qualités morales qui pourraient justifier un si bel éloge, on l’en trouvera bien indigne. Perfide et intolérant, hypocrite et ambitieux , il n'avait que le masque du philosophe. C’est à son intolérance même, à sa haïne effrénée contre le christianisme, qu'il doit l’enthousiasme dont il a été l’objet dans le siècle dernier. C’est une entreprise assez difficile que de déposséder Julien de cette réputation d'emprunt. Il en jouit par droit de prescription, même dans les études classiques ; et des écrivains, d'ailleurs judicieux, n’ont pas hésité à composer l’histoire de son règne des éloges emphatiques d'Eunape, de Mamertin, de Libanius, qui n’étaient pas des historiens, mais des rhéteurs stipendiés à la suite dela cour. ]l est tout simple que Julien ait été flatté, il y avait de quoi; mais ce sont là de singulières pièces officielles pour fonder le jugement des siècles : si jamais notre histoire est écrite sur des documents du même genre, la postérité sera bien instruite! Une des choses qu’on est convenu d’admirer dans Julien, c’est son éloignement pour la vie publique, sa répugnance pour la vie. Quand on lui appren:i dans Athènes qu’il est associé à la puissance suprême, il pleure, il se désole, et soupire après les charmes de sa retraite, il regrette les ombrages de l’Académie et sa petite maison de Socrate. Sa révolte dans Lutèce n’est pas plus volontaire que sa première adhésion au choix qui l'appelle sur les degrés du trône, C’est avec contrainte, avec douleur, qu’il accepte le titre d’augusle. Quand il est accusé, il proteste de son innocence à la face du ciel et de la terre. Il se plaint que Jupiter ait exigé de lui qu’il ceignit le bandeau impérial; et il est clair que Jupiter l'avait exigé en effet, nos philosophes n’en ont Jamais douté. Il jure enfin par tous ses dieux qu’il n’a point connaissance du complot tramé par ses légions. Arrivé à l'empire du monde, Julien, désespéré, se réfugie au fond de son palais pour y gémir en liberté sur le malheur attaché à la toute-puissance. [1 renoncerait peut-être à cet honneur dangereux, si le génie de l'empire ne lui apparaissait pour obtenir son appui : mais que répondre au génie de l'empire? Julien était le plus impudent des charlatans. II aimait beaucoup la puissance, tout en ayant l'air de la dédaigner; el il n’en disait du mal, suivant une heureuse expression de Voltaire, que pour en dégoûter les autres. Julien avait appris par expérience qu’on fait lesrévolutions avec des sophistes et des rhéteurs. Quand il occupa le rang suprême , il se crut obligé à les ménager; ilen fit ses ministres, ses favoris, ou plutôt ses admirateurs à titre d'office. Sa cour fut une sorte de lycée, où de tous les talents un seul toutefois se perfectionna beaucoup, celui de flatter. L'histoire ne citera qu’un homme qui ait été aussi bassement, aussi outrageusement adulé en sa présence. Quand onlit es déclamations auxquelles il daigna prêter une oreille complaisante, on ne sait ce qui l'emporte, de l’impassible vanité de César ou de l’opprobre de ses courtisans. Ce gouvernement investi de tant de genres de gloire ne DICT, DE LA GUNVENS, — 1, M.

laissa cependant rien de durable. L'empereur faisait des livres , les gens de lettres faisaient des lois, el le paganisme, avec le double auxiliaire de l’épée et de la plume de Julien, tombait pour ne plus se relever. 11 semble cependant que le christianisme ne pouvait se choisir un plus redoutable adversaire. Julien réunissait pour l’attaquer l'esprit, la mauvaise foi, l'art de manier le ridicule, le pouvoir et peutêtre le goût de proscrire, une valeur signalée par les plu beaux faits militaires, une ténacité invincible, un bonheur invariable dans ses entreprises, des armées dévouées jusqu’an fanatisme, des conseillers qui passaient pour les derniers dépositaires de toutes les connaissances des temps anciens, des affidés comblés d’or, et qui étaient capables de tout pour de l'or : c’étaient bien des garantis de succès. Le triomphede la cause opposée est au moins un miracle que Julien lui-même ne contesterait pas.

Charles Nopier, de l’Académie Francaise, ]

JULIEN (Calendrier), ANNÉE JULIENNE. Voyez Ca- LENDRIER et ANNÉE.

JULIENNE ( Botanique), genre de la famille des crucifères, établi par Tournefort et adopté par Linné et tous les auteurs modernes. Ce genre renferme plus de quaranle espèces. La plus remarquable par la beauté et l’odeur agréable de ses fleurs est la julienne des dames (hesperis matronalis, L.). Elle croît naturellement le long des haies et des buissons de l’Europe méridionale et dans les lieux couverts. Elle est cultivée dans les jardins comme fleur d'ornement, sous les noms dejulienne, cassolette, beurrée, damas , etc. Elle produit plusieurs variétés à fleurs doubles, qui se multiplient par boutures , en septembre. La plus curieuse de ces variétés monstrueuses est celle connue sous le nom de folisftora , dans laquelle les pétales, les étamines et le pistil sont transformés en feuilles d’un vert tendre.

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