JUMIÈGES — JUNIUS
éndurer la tribulaion de nos enfants ? A la fin, la reine, | position importante, Ils avaient à Rouen la chapelle de Saint- | Filibert ; tout le poisson royal qui se péchait à Tourville leur
se fiant aux décrets de la Providence, conseille à son mari de placer les énervés dans un bateau sur la rivière de Seine, at que Dieu saura bien où les conduire, Ainsi fit le roi : les deux jeunes gens montèrent dans la nefen présence du peuple assemblé, et poussés par l'onde obéissante, ils abordèrent à l’abbaye de Jumiéges, où ils furent reçus par Fili-
appartenait. Pour un esturgeon, il y eut bataille entre les sires de Quillebeufet les domestiques de l’abbaye de Jumiéges. Ce fut dans l’abbaye de Jumiéges, au plus fort de ces
| guerres et de ces dissensions intestines, que leroi Charles VII
| s’en vint chercher quelques belles journées d'oisiveté et
bert; là ils vécurent résignés , et ils moururent après une |
longue vie passée dans la prière. Leur tombeau, retrouvé par un grand bonheur, est resté un des ornements les plus curieux de ces ruines magnifiques. Quant à l’authenticité de ce récit, il »’y à qu'un seul mot qui serve: Miracle! Clovis H, roi fainéant, n'eut pas, que nous sachions, d'autre fils que Clotaire, Childérie et Thierry ; il mourut âgé de vingt-six ans à peine, sans avoir quitté son royaume et sans avoir énervé personne. Mais à quoi bon se battre contre la légende? La légende est le roman de l’histoire, elle en est le poëme et le merveilleux ; on l'écoute avec admiration, on la répète avec enthousiasme ; elle est la terreur des petits enfants, le drame du foyer domestique.
Pas un roi de France qui n’ait protégé l’abbaye de Jumiéges. Le roi Pepin fait de l'abbé de Jumiéges son ambassadeur près des papes Étienne II et Paul 1°. Louis Le Débonnaire, roi d'Aquitaine, avait pour chapelain l’abbé de Jumiéges. En 840, Hasting le Danois, le terrible Hasting arrive avec sa bande jusqu’à l'embouchure de la Seine ; il menaçait l'abbaye de Jumiéges. Les religieux se défendent en braves gens ; ils sont massacrés sans pitié. Sur ce rivage sont débarqués Rollon et ses compagnons; mais Rollon, frappé de respect, et prévoyant que sur cette terre fertile serait placé son royaume à venir, respecta les ruines de l’abbaye. Lorsque enfin les Normands de la Seine furent les maîtres de la Neustrie, quand Charles Le Simple « eut reconnu Rollon maître de tout le territoire, à partir de la rivière d’Epte jusqu'à la mer, » le monastère commença à sortir de ses ruines. Le valeureux fils de Rollon, Guillaume Longue Épée, un jour qu’il était à la chasse, rencontre, au carrefour de la forêt, un sanglier furieux, qui pousse droit au prince : l’épieu que le duc Guillaume tient à la main se brise, Guillaume est perdu! Mais, à miracle! le sanglier passe sans lui faîre de mal. Alors Longue Épée, touché de ce miracle de la Providence, fait {e vœu de relever l’antique abbaye, et ie lendemain il envoie à cette place ses ouvriers les plus habiles. Après la mort de Guillaume Zongue Épée, et dans la première jeunesse de Richard 1‘, duc de Normandie , le roi de France, Louis d'Outre-mer, s'empara sans vergogne de tout ce qui tomba sous sa main; il ne respecta même pas l’abbaye de Jumiéges, dont il prenait les pierres pour entourer la ville de Rouen d’un rempart, Vint ensuite Richard 11, Richard Le Bcn, le véritable bienfaiteur de Jumiéges : il se rendait à l’abbaye deux on trois fois chaque année. Un jour, à l’offrande, le puissant duc, qui donnait d'ordinaire un marc d’or ou d'argent, mit aux oblations un petit morceau d’écorce d’arbre : ce morceau d’écorce représentait le bois et le manoir de Vienonois.
Dans cette savante abbaye fut élevé Édouard Le Confesseur. Les écoles de Jumiéges étaient déjà célèbres sous Guillaume Le Conquérant ; ce fut à ce prince que l’historien Guillaume de Jumiéges dédia son histoire De Ducibus Normanniæ. Dans l'abbaye de Jumiéges , au pied même du maître autel, le grand sénéchal d'Angleterre Harold avait renouvelé, au nom d’Édouard Le Confesseur, la promesse que le roi Édouard avait faile de laisser au fils du duc Robert Le Magnifique le royaume de la Grande-Bretagne. Ce serment du roi Édouard, apporté par Harold au duc Guillaume II, septième duc, qui allait être bientôt Guillaume le Conquérant, ne devait pas tomber dans une âme oublieuse; eussi bien le duc Guillaume s’en empara-t-il au nom du roi Édouard d’Angleterre. A Rouen même les abbés de Jumiéges ?ossédaient une des tours de la ville, la tour d’Alvarède. Ils étaient les propriétaires du Pont-de-l'Arche, et le roi Philippe-
d'amour, Dans cette abbaye aux vastes bâtiments, riche encore malgré le ravage des Anglais, le roi trouva tout !e bien-être des plus opulentes maisons : des galeries toutes
| préparées pour les princes; le luxe, la parure, la richesse | éclatante des beaux-arts. Jamais la belle Agnès ne fut plus
| tendre et plus belle. Après la mort de la Dame de Beauté, . ses entrailles furent déposées dans un monument placé dans
la chapelle de la Vierge, dans la grande église de l’abbaye
| de Jumiéges, où elle avait fait plusieurs fondations.
Au moment de la révolution, qui est venue convertir Jumiéges en ruines et les vastes forêts d’alentour en tourbière,
| cette abbaye jouissait de 40,000 livres de rente, et son
abbé commendataire présentait à trente-huit cures. Maintenant la péninsule ne présente à l’œil que la triste uniformité d’une plaine marécageuse, au milieu de laquelle on découvre un petit bourg de 1,600 habitants, qui conserve au monde le nom de Jumiéges. Jules Janin.
JUMIEGES ( GUILLAUME DE). Voyez GUILLAUME D€ JUMIÉGES.
JUNGLE ou DJUNGLE, expression empruntée au rôle des contributions publiques du Bengale, et passée dans la langue indo-anglaise. On s’en sert pour désigner d’épais fourrés, composés de taillis, de jones et de hautes futaies, tels qu’on en rencontre fréquemment aux Indes orientales, surtout au pied de l'Himalaya, sur le rebord du Taraï ou Tariyani, large de 2 à 3 myriamètres , qui s’étend à l’ouest jusqu’au Jumina, l’un des affluents du Gange. Le sol y forme une dépression marécageuse, couverte d’impénétrables broussailles et de jones , d’herbes élevées, de bambous, de buissons, de plantes grimpantes et rampantes de la nature de l’arbre et formant des forêts tout entières. Dans ces basses contrées, rendez-vous des hyènes, des lynx , des Ligres, des léopards, des éléphants, des sangliers, des antilopes à quatre cornes, de myriades de singes, de cerfs, de serpents gigantesques , etc., règne un air qui engendre les fièvres et les goîtres. A la saison sèche, on brüle les hautes herbes pour en chasser les bêtes féroces et nourrir le bétail avec les rejetons qui poussent aussitôt des anciens plants. La flore et ja faune des jungles ont quelque chose d’éminemment caractéristique; et comme la chaleur humide du sol y facilite le développement d’une foule de plantes et d'animaux particuliers aux plus chaudes régions tropicales, les jungles forment une remarquable continuation du monde tropical jusqu'aux contrées plus froides des premières assises de l'Himalaya en dedans de la zone tempérée.
JUNIUS. Deux familles romaines ont porté ce nom. C’est à la plus ancienne, qui était patricienne et non plié béienne, comme le dit à tort Niebubr, qu'appartenait le premier consul qu’ait eu Rome, Lucius Junius Brutus; et elle s’éteignit avec ses fils Titus et Tiberius, qu’il envoya lui-même à la mort. Les autres Junius qu'on rencontre mentionnés dans l’histoire romaine appartenaient tous à la famille plébéienne, dont il est pour la première fois question à propos de Lucius Junius Brutus. Outre Marcus Junius Brutus, le meurtrier de César (que quelques auteurs prétendent avoir appartenu à la famille patricienne de laquelle était membre le fondateur de la république), il faut citer les frères Decimus et Marcus Junius Brutus, les premiers qui à l’occasion des funérailles de leur père, Decimus Junius Brulus Scæva, firent célébrer à Rome des jeux de gladiateurs ; Decimus Junius Brutus, surnommé Gallæcus , pour avoir subjugué les habitants de la Galice ( Gallæci), le premier Romain qui parvint sur les rives de l’Océan en Lusitanie, après avoir franchi le fleuve Léthé
Auguste, qui la voulait fortifier, fut forcé de racheter cette | ou Oblivio, et qui en 132 partagea les honneurs du triomphe
avec Scipion le jeune, vainqueur de Numance ; et Decimus Junius Brutus Albinus. La branche de la race Junia, distinfuée par le surnom de Silanus, apparaît pour la première fois dans l’histoire, avec Marcus Junius Silanus , préteur à l’époque de la première guerre punique. Decimus Junius Silanus, consul en l'an 62 av. J.-C., beau-père de Marcus Junius Brutus, le meurtrier de César, appartenait à cette branche. Il avait épousé Servilia, mère de Junius Brutus, et veuve d’un premier mari. Sa fille, Junia Terlia, mariée à Cassius Longinus, ami de Brutus, ne mourut que sous le règne de Tibère, l'an 22 de notre ère.
JUNIUS (Lettres de). Ces lettres, un des monuments les plus remarquables de la littérature politique de l’Angleterre, parurent sous le pseudonyme de Junius, dans le Public Advertiser, du 21 janvier 1769 au 21 janvier 1771. On y attaquait sans ménagement les membres du cabinet et les autres hauts fonctionnaires de l’État, les tribunaux, le parlement et jusqu’au roi lui-même, mais avec talent, avec éloquence et d’une manière-qui annonçait chez Pécrivain une connaissance parfaite des hommes et des choses ; et le pouvoir succomba dans un procès qu’il intenta à l’imprimeur Woodfall, en 1770, pour le faire déciarer coupable de publication de libelle. Une première édition en fut faite en 1772; en {812 il en parut une autre édition, en 3 volumes, composée de celles qui avaient déjà paru, et d’autres qui n'avaient pas été imprimées sous le nom de Junius. Ce fut le fils de Woodfall, le premier éditeur, qui se servit des papiers de son père pour la compléter ; il y joignit une préface et des remarques. L'édition la plus récente est celle qu’en a donnée Wade (2 vol., Londres, 1850), et il y a joint un aperçu des différentes suppositions qui ont été faites sur l’origine de ces lettres.
Les Anglais mêmes ne peuvent aujourd'hui comprendre que très-difficilement ces lettres sans commentaire. Ceux qui y sont le plus vivement attaqués sont le duc de Grafton etles lords Mansfeld, Hillsborough, North, Barrington, Chatam et Camden, ainsi que les chefs de l'opposition d’a-
bors : Wilkes, Horne Tooke et autres; on n’y dit rien de | Fox, de lord Holland, et de quelques autres ; il n’y a que |
Delolme qui y soit loué. Du reste, en dépit du cynisme républicain dont il y est fait parade, ces lettres sont tout à fait dans lesprit constitutionnel du gouvernement anglais. Aussi, loin de s'intéresser aux nombreux projets de réforme que chaque jour voyait éclore, l’auteur se déclare formellement contre les hommes qui voudraient réduire l’existence du parlement à une année; et pius tard, dans la grande question du soulèvement des colonies de l'Amérique du Nord, malgré le blâme qu’il déverse à pleines mains sur les ministres et leur système , il maintint qu'au parlement anglais seul appartenait le droit d’administrer et gouverner les colonies. Le style en est serré, souvent satirique, jamais obscur, toujours fort et ferme dans l'expression, sobre de métaphores et d’ornements, et travaillé avec tant de soin, qu’on peut regarder l’auteur comme le premier prosateur de l'Angleterre. Il ne demanda à l'éditeur (qui paraît n'avoir jamais su son nom ) et n’en obtint pour tous honoraires que trois exemplaires, dont l’un richement relié.
Le public se perdit en suppositions sur la personne de l’auteur des ZLeltres de Junius. On les attribua au général Lee, à Glover, à Edmond Burke, au Genevois Delolme, au duc de Portland, à lord Templeet à d’autres encore; mais l’édition qui en à paru en 1812 montre le néant de toutes ces suppositions, Plus tard, on leur donna avec plus de vraisemblance pour auteur sir Philipp Francis (né en 1740, mort en 1818), ancien employé au ministère de la gnerre, et devenu plus tard membre du conseil du gouvernement au Bengale, où il fut blessé, dans un duel contre le gouverneur général Warren Hastings. Le caractère aigre et violent de cet homme, le style de ses discours et de ses lettres, ont en effet de si nombreux rapports d’analogie avec le type caractéristique de Junius , que dans un article de lZdinburgh Review (1841) Macaulay déclarait ces indices suff-