‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 490 sur 522 · JUSTIN — JUSTINIEN · texte numérisé non relu

JUSTIN — JUSTINIEN

excerplarum libri XZIV, a Nino ad Cæsarem Augustum.

et intitulé, Histoire Philippique, annonce que le principal objet de Trogue-Pompée était l’histoire de Macédoine. Dans son extrait, Justin a choisi de préférence le fait et les passages qu’il jugeait les plus agréables ou les plus instructifs (omissis his, dit-il, quæ nec voluptate jucunda, nec exemplo erant necessaria). 11 ne paraît pas qu'il ait mis beaucoup de sagacitédans ses suppressions : par exemple, il néglige tous les précieux détails géographiques dont Trogue-Pompée avait rempli son ouvrage,

On a souvent reproché à Justin d’avoir, par son abrégé, contribué à la perte de l'œuvre du grand historien, à qui la Gaule et Marseille s’honorent d’avoir donné naissance. 11 me semble plus logique de dire, avec La Mothe-Le-Vayer, que, sans avoir été la cause de la perte de cet ouvrage, nous lui avons obligation d’avoir « si heureusement réduit en petit le grand ouvrage de Trogue-Pompée ». L’abrégé de Jastin comprend une période de deux mille cent cinquantequatre ans, depuis Ninus , premier roi des Assyriens, jusqu’à l’an 748 de Rome.

La chronologie n’est pas moins négligée par Justin que la géographie; il n’a point de critique ; ses réflexions sont sans portée ; son style, simple, correct, souvent même élégant, manque d'énergie. Comme il paraît n’avoir rien changé à l’ordre de l’auteur qu’il abrégeait, les critiques. nons semblent avoir été un peu trop loin en faisant porter sur Justin toutes leurs censures, et en réservant leur admiration pour Trogue-Pompée, qu’ils ne connaissent pas,

Charles Du Rozoir.

JUSTINIANI (Famille). Voyez GiusrinrANr.

JUSTINIEN, empereur d'Orient, a été surnommé Le Grand, et à ne considérer que les choses de son règne, l’homme à part, certes ce surnom n’est pas usurpé. Mais ik lui est arrivé ce qui arrive aux princes autour desquels rayonnent les actions d’une époque illustre. Une sorte de réaction pousse certains esprits à rapetisser celui qui se rehausse de la grandeur de tous les autres, à obseurcir l’éclat de celui sur lequel rejaillit la gloire de tous. Cette réaction à l'égard de Justinien n’a pas attendu Ja postérité pour se faire sentir. L’historiographe même de ses guerres, le narrateur de ses constructions et de ses édifices, Procope, après avoir publié les huit premiers livres de son histoire, en quelque sorte officielle, en a réservé un neuvième, nommé le Livre des Anecdotes, ou l’Histoire secrète, pour dévoiler, en style de libelle, les vices et les crimes de l’empereur et de l’impératrice : « Afin, dit-il, que ceux qui exerceront plus tard le pouvoir suprême puissent se persuader par de tels exemples quelle exécration attend pour eux-mêmes leurs forfaits! » Et le témoignage de Procope ne reste pas isolé : celui des historiens contemporains ou voisins de cette époque, tels qu'Evagrius, Agathias, Jean Zonaras, vient s’y joindre et le corroborer.

On dit communément que Justinien passa d’une cabane de l’Illyrie sur le trône de Constantinople ; mais ce passage ne fut pas brusque et sans transition. Né en 482, à Taurisium, de Sabatius, son père, et de Biglenisa, sa mère, le jeune Uprauda, car c'était ainsi qu’on le nommait en langue slave , fut élevé à Bédérina. Ces deux villes étaient situées sur les confins de la Thrace et de l'Illyrie, d’où les uns le disent Thrace et d’autres Illyrien. Adopté en quelque. sorte par les soins de son oncle Justin, il prit de lui le nom de Justinien, selon la désinence en usage pour la dénomination des adoptés. Il passa quelque temps en Italie, auprès de Théodorice, auquel Justin, étant préfet de l’armée romaine, l’avait donné en otage ; mais, aussitôt après l'élévation de ce dernier à l'empire, il fut renvoyé à Conslantinople. Là, successivement investi du magistériat, du consulat, du patricial, du comitiat, du nobilissimat , il se vit enfin élever à l'espérance de la succession impériale. En effet, créé césar et associé à l'empire aux calendes d'avril 527, avec l'adhésion forcée, selon Procope, et selon d’autres historiens sur la proposition même du sénat, la mort de

Page 1