HÉNAULT — HENGIST
fut moins par ambition que pour se faire une position sociale qu’il acheta une charge de président de la première chambre des enquêtes au parlement de Paris, LL n'avait pas fait d'étude sérieuse des lois ; mais, doué d’une rare sagacité, il suppléait à la science qui lui manquait, par larectitude de son jugement et par une consciencieuse appréciation des hommes et des choses. Il paraît qu'il tenait plus au titre qu'aux attributions actives de sa place ; car il n’était que président honoraire quand l’Académie française l’admit en remplacement du cardinal Dubois, en 1723. 11 fut depuis reçu à l'Académie des Inscriptions. Jouissant d’une fortune assez considérable, un rang distingué dans la première cour souveraine de France et le double fauteuil académique lui assuraient une honorable indépendance. 11 joignit à ces titres celui de surintendant de la maison de la reine. $ Poëte courtisan, galant et spirituel, il s’était fait une vie toute de joie et de plaisir. « A ne consulter que ses productions légères, dit Paiissot, le président Hénault n’était pas précisément un homme de lettres : c'était plutôt un homme de bonne compagnie, un amateur éclairé qui se plaisait avec les gens de lettres, aimait à leur être utile, qui les secondait quelquefois, et que sa fortune avait mis à portée d'obtenir d’eux et des gens du monde une grande considération : il la méritait par son esprit, par ses mœurs douces, par l’aménité de son caractère. » Il était un des ornements de la cour que tenait à Sceaux la duchesse du Maine. C’est là qu'il se lia avec Voltaire, dont les flatteries lui créèrent une renommée au-dessus de son mérite. Là aussi il connut M°°duDetfand, dont il fut d’abord l'amant, et dont il resta ensuite l’ami. Voltaire le peint dans ces vers : Les femmes l'ont pris fort souvent Pour un ignorant agréable ; Les gens en us pour un savant, Et le dieu jouflu dela table Pour un connaisseur fin gourmand.
Si le président Hénault seconda quelques gens de lettres dans leurs œuvres, il s’en aida souvent lui-même pour les siennes. Sa réputation littéraire ne lui aurait pas survécu s’il n’eût fait que des madrigaux, des chansons, et quelques pièces de théâtre, aujourd’hui oubliées : son Abrégé chronologique de l'histoire de France a faït passer son nom à la postérité. Cet ouvrage toutefois ne peut plus soutenir l’épreuve d’une critique sérieuse et impartiale. Le succès en fut d’abord prodigieux : il obtint rapidement de nombreuses éditions, et fut traduit dans presque toutes les langues de l'Europe; mais le plan, qui a depuis servi de modèle à tous les abréviateurs d'histoire, n’est pas de son invention : avant lui, l'abbé Boudot avait composé une histoire de France à l'usage de Louis XV, dans le même cadre et avec les mêmes divisions. On croit même que cet abbé fut le collaborateur du président Hénault.
Les travaux historiques exigent des études continuelles et sérieuses : la dissipation habituelle de Hénault ne s’accordait guère avec les exigences de ce genre de travail. On lui doit encore François 1°, grand drame historique en prose, dans lequel on est étonné de trouver des personnages inutiles, insignifiants, tandis qu’il omet ceux qui ont brillé en première ligne dans ces graves événements. On a imprimé à la suite une petite comédie, intitulée Le Réveil d'Épiménide. La première ne pouvait être représentée, la seconde ne l’a jamais été. Les poésies fugitives du président Hénault n’ont été imprimées qu’en partie. A l’âge de cinquante ans, il déclara qu'il allait être studieux et dévot. Il fit alors une confession générale, Il disait à ce sujet: « On n’est jamais si riche que quand on déménage. » On a aussi attribué au président Hénault une tragédie de Fuselier, intitulée : Cornélie vestale, et une autre de Caux, littérateur moins connu, intitulée Marius. L’Abrégé chronologique s'arrête au règne de Louis XIV. J1 à été continué par des écrivains plus intéressés qu'instruits, qui y ont ajouté des dates et des faits, sans songer à reclifier les nombreuses
erreurs originelles, Le président Hénault avait laissé des
mémoires, qui sont restés longtemps enfouis dans des papiers de famille. Ces Mémoires, dont l'authenticité n’est pas douteuse, ont été publiés en 1854, par son arrière-neveu M. le baron de Vigan. Dureyx (de l'Yonne).
HENDECA GONE ou ENDÉCAGONE (de Évôexæ, Onze, et ywvia, angle), figure de onze angles ou de onze côtés. L’hendécagone polygone peut être régulier ou irrégulier. Dans le premier cas, ses angles et ses côtés sont égaux. Sa surface s’obtient alors en multipliant par 11 celle d’un des triangles réguliers isocèles, que l’on obtient au moyen des rayons conduits du centre à chacun des angles. La surface de l’endécagone irrégulier résulte de la somme de celles de chacun des triangles dans lesquels ce polygone se partage au moyen de diagonales conduites d’un sommet aux autres. La somme de tous les angles de ce polygone, régulier ou irrégulier, est comme celle de toutes les figures de même genre, d’autant de fois 2 droits, qu’elkes ont de côtés moins 2, c’està-dire ici de 9 fois 2 angles droits. BIr.LOT.
HENDECASYLLABE. C’est un vers de onze syllabes, comme l'indique la composition grecque du mot Evdexa, onze, et ouAla6ñ, syllabe. Ce rhythme n’existe point en français. D'origine hellène, et accepté par les muses latines et italiennes, il est banni de la poésie française. Chez les poëtes latins, le verssap hique,le versphaleuque, dont Sapho et Phaleueus sont les inventeurs, sont des endécasyllabes, Exemples tirés d'Horace :
Ludit lesboso pecus omne campo.
Jam te premit nox fabulæque manes,
Le premier de ces vers est saphique : il convient aux lsrges ou graves accords de la lyre; le second est phaleuque : il se marie admirablement aux plaintes de lélégie ; La mort du moineau de Lesbie est pleurée par le poëte sur ce rhythme. Catulle manie heureusement ce vers. L’épigramme comme l’entendaient les anciens, c’est-à-dire le plus souvent inscription ou épitaphe, adopta aussi ce rhythme.
DENNE-BARON
HENGIST et HORSA. Ainsi s’appelaient deux frères auxquels on attribue la fondation de la domination anglosaxonne dans la Grande-Bretagne. Selon la tradition anglosaxonne, l’an 446 ou 449 de notre ère, Vortigern, roi des Bretons, sollicita les secours des Angles et des Saxons contre les Pictes et les Scots. En conséquence, Hengist et Horsa, qui descendaient d’Odin, s'embarquèrent avec trois vaisseaux, débarquèrent près d’Yrwins-Fleet, dans le comté de Kent, et triomphèrent des ennemis qui s'étaient déjà avancés jusqu’à Stamford, dans le Lincolnshire. Ils envoyèrent alors à leurs compatriotes des renseignements sur la fertilité du pays, sur la faiblesse des habitants : et ces récits déterminèrent bien vite une troupe nombreuse à venir les rejoindre, montée sur seize navires. Les nouveaux venus obtinrent des terres, les Jutes dans le pays de Kent, les Saxons dans celui d’Essex et de Wessex, les Angles au nord. Six ou sept ans après, Gortimer et Catigern, fils de Vortigern, conduisirent avec Ambrosius Aurelianus une grande armée contre les étrangers. L'an 455, à la bataille d’Ægelesthorp ( aujourd’hui Ashford, non loin de Canterbury, dans le comté de Kent), Horsa tua Catigern, tomba luimême sous les coups de Gortimer, et Hengist fut contraint à la fuite. Mais l’année suivante, Hengist et son fils Æsc battirent à Crayford dans le comté de Kent les Bretons, et prirent à partir de ce moment le titre de rois de Kent, Dans deux autres batailles, livrées en 465 et 473, ils furent encore vainqueurs. Hengist mourut en 488, et son fils après lui régna vingt-quatre ans.
Selon la tradition bretonne, Hengist reçut en don l'ile de Ruithina, située à l'embouchure de la Tamise, appelée Thanet par les Anglo-Saxons; comme Didon avait fait à Carthage, il la mesura avec une peau de bœuf, puis il alla chercher des renforts dans sa patrie. Le roi chrétien Vortigern s’enflamma d'amour pour sa sœur, la belle et païenne Rovenna, et pour la posséder il donna le comté
de Kent aux Saxons. Le peuple, mécontent, le déposa; son fils Vortimer vainquit les Saxons dans une bataille où Horsa perdit la vie, et à la suite de laquelle Hengist s'enfuit de la Bretagne. Il fut rappelé par Vortigern, redevenu roi après que Rovenna eut empoisonné son fils. Comme on lui refusait ses terres, trois cents Saxons et autant de Bretons furent chargés d’arranger l'affaire à l'amiable ; mais lorsqu'ils se trouvèrent en présence, les premiers, à l'appel de Hengist, « nime de ure Seaxes », tirèrent les longs couteaux qu'ils tenaient cachés et égorgèrent les Bretons ; on ajoute que pour racheter sa liberté Vortimer dut en outre céder aux envahisseurs Sussex, Essex et Middlessex.
Cette tradition bretonne est tout à fait insoutenable; mais il y a tout lieu de croire aussi que le récit anglo-saxon est mythique dans tous ses détails, et l'existence même de Hengist et de Horsa reste soumise à des doutes légitimes.
HENNÉ, genre de plantes de la famille des cvthrariées, qui ne comprend qu’une seule espèce. C’est un arbre de petite taille, qui croît depuis le Maroc jusqu’à Vinde, et qui dans beaucoup de localités est l’objet d’une culture spéciale, On en récolte les feuilles, on les fait sécher, puis on les réduit en poudre pour les vendre par petits sachets ou au poids. Quand on veut en faire usage, il faut délayer cette poudre dans l’eau, et en former une sorte de pâte mucilagineuse. Appliqué sur la peau pendant quelques heures, le Aenné détermine une coloration d’un rouge orangé. Les femmes d'Orient ont l'habitude de s’en servir pour se teindre les joues, le front, la paume et le revers des mains, les doigts, les pieds, les orteils, les ongles, quelquefois les lèvres et les gencives. C’est un maquillage d’un genre particulier. Les cheveux, surtout parmiles enfants, reçoivent le même cosmétique. Les hommes mêmes ne dédaignent pas d'en orner par quelques traits leurs mains, et l’histoire raconte que les anciens capitaines arabes peignaient leur barbe avec la teinture de henné On en teint enfin les jambes et le dos des chevaux de guerre, même la queue et la crinière, au grand détriment des crins, qui, devenus secs et friables, se cassent plus facilement.
Le henné n’est pas moins populaire en Orient par ses
vertus médicales, ou du moins par celles que l’ignorance lui prête. Dans la médecine arabe aucun reniède n’est plus fréquemment employé, à l’intérieur sous forme de boisson, et à l'extérieur contre les contusions, blessures, abcès et autres affections de la peau. Enfin l’industrie orientale a tiré parti du henné pour la teinture des matières animales, telles que cuirs, laines, poils et plumes. Ces usages divers ont été justifiés en grande partie par les expériences des chimistes, qui, en 1855, ont constaté dans le henné un principe tannique d’une extrême intensité,
HENNEQUIN (ANronEe-Louis-MaRIE), avocat à la cour royale de Paris, naquit à Monceaux, le 22 avril 1786. Son père avait exercé le notariat en Lorraine. Antoine Hennequin débuta au barreau en 1813, après avoir porté un moment les armes sous l’empire. Ses premiers plaidoyers l’élevèrent au-dessus du commun des gens de sa profession; bientôt il plaida avec éclat dans quelques affaires nées des lois relatives aux émigrés. I1 défendit ensuite, en 1818, Fiévée, traduit en police correctionnelle pour quelques passages de sa Correspondance politique, et développa à cette occasion les doctrines les plus saines en matière de liberté de la presse, Il fut l'avocat d'Arnault fils, dans son procès contre Martainville, et celui du commandant Bérard, impliqué dans la conspiration du Ba- £ar français, dont il fit prononcer l’acquittement par la cour des pairs, en 1821, C’est à son talent que Liége doit la possession du cœur de Grétry, que disputait aux magistrats de cette ville le neveu de cet illustre compositeur.
En 1817 et 1821 Hennequin fut élu membre de la chambre de discipline de l’ordre des avocats, et il obtint la décoration de la Légion d'Honneur en 1825. 11 faisait à cette £poque, avec éclat, un cours de droit civil, ainsi que son confrère Berryer, à la Socifté des Bonnes-Études, espèce |
HENGIST -+ HENMN
de cabinet de lecture-club, que la congrégation avait ima-
| giné de monter dans le quartier latin, à l'effet de garantir
la jeunesse des écoles du venin si contagieux des idées libérales. En 1830 il défendit le ministre Peyronnet devant la cou: des pairs, et il assisla de ses conseils la duchesse de Berry, lorsqu'elle fut arrêtée. Il fut nommé en 1834 député par un collége électoral du département du Nord, où. grâce au cens aristocratique, dominait l'opinion légitimiste, qui le regardait à bon droit comme l’un de ses plus habiles défenseurs. Cependant, il ne fit pas grande figure à la chambre : il n’était pas là sur son terrain. On l'a appelé l’émule de M. Berryer, c'était lui rendre justice sous un point de vue, et lui faire honneur sous un autre. Savant dans la jurisprudence et le droit logicien un peu subtil, doué d’une merveilleuse facilité d’élocution, élégant, vif et raïlleur, il eût fait partout et en tout temps un avocat de premier ordre, mais jamais il n’eut, comme M. Berryer, donné l’idé accomplie du véritable orateur politique. Il n’eut de commun avec ce dernier que la persévérance de sa foi au principe de la monarchie légitime et l'appui qu'il prêta jusqu’à sa mort à la cause royaliste. Il mourut en 1840. On a de lui des Mémoires, une Dissertation sur le régime des hypothèques, et un choix de ses plaidoyers.
[11 à laissé deux fils, Vic/or et Amédée HENNEQUIN. Ce dernier, né à Paris, le 3 août 1817, avocat à la cour impériale, s’est fait connaître par quelques brochures relatives aux questions de charité. Il a en outre publié un livre qui a été remarqué, Le Communisme et la jeune Allemagne en Suisse (Paris, 1850, in-12 ). Fidèle aux traditions paternelles, il n'a jamais cessé d’être attaché au parti légitimiste.
Son frère aîné, né à Parisle 2 juin 1816, avocat, représentant du peuple. après avoir été dans sa jeunesse congréga-
niste fervent, s’enréla dans la secte phalanstèrienne, et
devint l’un des rédacteurs de La Phalange et de La Démocratie Pacifique. Ses Loisirs de journaliste lui permirent d'écrire quelques brochures, dans le but de vulgariser les idées et la doctrine de Charles Fourier En 1849 il fit paraître un livre intitulé Les Amours au Phatanustère, dans lequel il s’efforçait de remettre en lumière les conceptions les plus extravagantes et les plus immorales du maître, : En 1850 il devint représentant du département de Saône-et- Loire à l’Assemblée législative. Le 2 décembre 1851 il fut arrêté, et remis en liberté le 16. L’honorabilité de Victor Hennequin témoigna toujours de sa parfaite bonne foi; et ne la prouva-til pas de reste lorsque après la ruine irréparable de la Démocratie Pacifique, ilacheva dese détraquer la cervelle en se fanatisant pour la folie du moment, les tables tournante s et le commerce des esprits? Il publia alors un livre à l'effet de révéler ses entretiens avec l'âme de la terre. Mais la Papillonne avait sans doute égaré l'écrivain ; car après quelques pages d'introduction, où il donnait la recette pour évoquer cet universel esprit, abjurait en passant ses erreurs révolutionnaires et trouvait le moyen de flatter le gouvernement nouveau, il entrait dans une longue et diffuse explication de tout le système du Pha lanstère. Victor Hennequin avait pompeusement annoncé à l'avance que tous les libraires de Paris se disputeraient son
| manuscrit, qu'il intitulait : Sauvons le genre humain!
même il avait désigné l’intelligent éditeur qui devait aquérir ce livre, plus précieux queles livres sibyllins; et il avait spécifié la somme qui lui serait payée, 30,000 francs, ni plus ni moins. Hélas! tout cela ne fut qu’un brillant mirage, une mystification que s'était permise l’dme de la terre, et le libraire ne vint pas. L'auteur dut imprimer à ses frais ; il n’en fit pas une plus mauvaise affaire, pour cela. nl y aura toujours des croyants. Quelque temps après le bruit courut que la raison de M° Hennequin, sa femme, s'était abîmée en poursuivant ces rêves trop profonds. Victor Hennequin mourut en décembre 1854. W.-A. Ducxerr.] DIENNIN. On nommait ainsi ces hauts bonnets que porlaient les femmesau quatorzième siècle. Isabeau de Bavière
HENNIN en avait encouragé, sinon introduit, la mode en Franc. Les Aennins affectaient diverses formes; le plus souvent ils étaient cylindriques et ressemblaient à de hauts pains de sucre; parfois, cependant, ils se partageaient en deux cornes, arrondies en croissant, à la facon des mitres hébraïques. Ces coiffures, qu’on faisait d’éloffes précieuses, de tissus d’or ou d'argent, devaient encadrer la figure, et, bouffant largement aux oreilles, ne pas laisser voir lescheveux. « Les dames et les demoiselles, dit Juvénal des Ursins, menaient grands et excessifs états, et cornes merveilleuses, hautes et larges, et avaient de chacun côté, au lieu de bourlie, deux oreilles si larges, que quand elles voulaient passer par l’huis d’une chambre, il fallait qu’elles se tournassent de côté ou se baissassent, ou elles n’auraient pu passer.» Du sommet des Aennins, soit qu'ils fussent de forme droite, ou partagés en deux cornes, s’échappaient de longs voiles frangés d’or, qu’on appelait cornettes.
La mode des Lennins dura longtemps : sous Charles VIT et Louis X1 les dames s’en paraient encore. Le curieux livre d'Olivier de La Marche, Le Parement des dames, qui fut écrit vers ce temps-là, nous parle encore
Des haults bonnets, queuvre-chiefs à bannières Des haultes cornes pour dames triompher,
Mais bientôt pourtant la mode s’en perdit; les cornettes disparurent les premières : on les enroula à la base du Aennin, et elles y formèrent un énorme bourrelet, qui remplaça les larges oreilles qu’on y voyait auparavant. La haute forme de cette coiffure fut aussi abaissée et amoindrie d’année en année. L'énorme édifice qui depuis si longtemps surchargeait la tête des femmes cessa d'exister vers le règne de Louis XII. Le haut bonnet des Cauchoises est le seul souvenir qui nous soit resté de la mode des hennins. Édouard FOURNIER.
HENNISSEMENT. Voyez Cuevar, tome V, p. 417. HENNUYER (JEan LE), évêque de Lisieux. L’acte de tolérance et d'humanité qu'on lui attribue à l’égard des protestants proscrits n’est nullement fondé. Ce prélat, né à Saint-Quentin, vers 1497 , mourut évêque de Lisieux , le 12 mars 1578. Lors de la Saint-Barthélemy, il était devenu, de directeur de conscience de Diane de Poitiers, directeur de celle de Catherinede Médicis et aumônier de France, fonctions qu'il conserva après les massacres et qu'il aurait certainement perdues s8’il s’y fût opposé. En remontant à la source de cette erreur, on trouve que l'historien de la ville de Saint-Quentin, Héméré , en la consacrant le premier comme un fait authentique, a commis une bévue, sinon une fraude pieuse. Il a confondu la résistance de Le Hennuyer en 1562 aux ordres de la cour relativement aux protestants, qu’elle tolérait, avec une prétendue résistance en 1572, époque à laquelle Charles IX les dévoua à l’assassinat. Aucun historien normand, aucun chroniqueur du seizième siècle ne cite l’évêque de Lisieux comme sauveur des protestants , et ils ont raison. En effet, il s’opposa violemment à l'exécution de l'édit de tolérance de janvier 1562 ; son épitaphe dans la cathédrale de Lisieux cite cet acte d'intolérance, et n’a garde de parler du prétendu acte d'humanité de 1572. Il résalte, au surplus, des registres municipaux de la ville dont il était évêque que sa place d’aumônier le retenait souvent à la cour, et qu’il ne la quitta pas en 1572. Le gouverneur de Lisienx s'appelait alors Du- Jonzchamp de Fumichon; il sauva généreusement les protestants, de concert avec les administrateurs de la ville. ; Louis Du Boïs.
HENON (JacQuEs-Louis), député, né en 1802, à Lyon était le fils d’un professeur à l’école vétérinaire de cette ville. 11 étudia la médecine, et tout en l’exerçant à Lyon, il s’occupa beaucoup de botanique et dirigea longtemps la pépinière du département. Répubhlicain convaineu, il ne parvint à la vie politique qu'après le coup d’État du 2 décembre, où ses compatriotes le choisirent pour un de leurs députés; mais ayant refusé de prêter le serment exigé. il
DICT. DE LA COMVERS. — T. XI
fut regardé comme démissionnaire. Réélu en 1857, il accepta cette fois le mandat législatif, et fit partie de ce groupe d'opposition connu sous le nom des cing. Après avoir siégé jusqu’en 1869, il fut remplacé par Bancel, l’un des représentants proscrits par l'empire. Lyon, qui proclama la république le même jour que Paris, le nomma maire de la ville (4 septembre 1870), et il conserva ces fonctions jusqu'au moment de sa mort, arrivée le 27 mars 1872, à Montpellier. 11 laissa la réputation d’un lionnête homme et d’un patriote sincère,
HENRI. Sept rois ou empereurs d'Allemagne ont porté ce nom,
HENRI 1°° , surnommé l’Oiseleur , le premier roi d’Allemagne de la maison de Saxe (919-936), né en 876, fils d’Othon lIllustre, duc de Saxe, se trouvait à la chasse aux oiseaux dans une bruyère aux environs de Guedlinbourg, lorsqueles députés des états de l'empire vinrent, en 919, lui annoncer la mort de son beau-frère Conrad, roi de Germanie, et son élection à la royauté par les princes, évêques et seigneurs allemands, approuvée par les acclamations des députés des villes. C’est, dit-on, cette circonstance qui valut au nouveau monarque le surnom d’Oiseleur. Un surnom plus glorieux que lui donnent aussi les chroniqueurs contemporains, c'est celui de Bûtisseur de villes. Des victoires sur les Vandales, qu’il poursuivit jusque dans Brandebourg, enlevé d'assaut au cœur de l’hiver, et qu’il tailla en pièces sur les côtes de la Baltique; sur les Danois, qui continuaient leurs déprédations sur les rives del’Elbe; sur Arnulfle Mauvais , duc de Bavière, qu’il réduisit; sur les Dalmates, les Esclavons et les Bohêmes, qu’il subjugua; la conquête de la Lorraine, deux fois enlevée à Charles le Simple et soumise à l'hommage ; enfin, ses triomphes sur les Hongrois, barbares encore, dont il massacra 80,000 à Mersebourg (920), et dont douze ans plus tard il extermina, sous les murs de la même ville, les hordes dévastatrices, lui valurent l'admiration de l’Empire. A sa mort, arrivée en 936, les villes qu'il avait fortifiées et dans lesquelles il avait créé une milice populaire ; les nobles, réunis par de sages lois, exaltés par l'institution des tournois, proclamèrent avec reconnaissance son fils Othon, élu du vivant même de son père (936). Les historiens du temps déplorèrent sa perte comme celle du plus habile politique et du plus grand roi de l’Europe.
HENRI II, dit le Saint ou le Boiteux, empereur d’Allemagne (1002-1024), le dernier empereur de la maison de Saxe, né en 972, était fils de Henri de Bavière et arrièrepetit-fils de l’empereur Henri 1°". A la mort de son père, arrivée en 995, il hérita du duché de Bavière, et en 1001 il accompagna l’empereur Othon III à Rome, où par «on intrépidité il conjura une insurrection des Romains. Othon étant venu à mourir en Italie, Henri s’empara des insignes de l'empire ; mais ce fut seulement grâce à l'influence du comte Lothaire de Bernbourg et de l'archevêque Willigis de Mayence, qu'il parvint à triompher de ses compétiteurs à la dignité de roi d'Allemagne, le margrave Eckard de Misnie et le duc Hermann de Souade. Le 2 juin de l'an 1002 il fut solennellement couronné à Mayence. En 1005, profitant des troubles de l’Italie, partagée entre le marquis d'Ivrée, Harduin, et l’archiduc de Milan Arnold, qui appelait les Allemands, il passe les Alpes, se fait placer la couronne de fer sur la tête par l’archevêque dans la cathédrale de Pavie, fait paisiblement son entrée dans Milan, et s’en retourne ensuite en Allemagne. Le roi de Pologne Boleslas 1° s'était emparé de la Bohème et menaçait l'Empire : Henri couronne dans Prague le duc Jaromir, rejette Boleslas , trois fois battu derrière l’Oder, et le force, par le traité de Bautzen (1018), à se reconnaître tributaire pour ia Pologne et la Moravie, l’année même où l’indolent Rodolphe, roi de la Bourgogne transjurane, cédait à l'empereur tous ses droits sur son royaume d’Arles. En Italie, Harduin avait ressaisi le pouvoir : Henri le met en déroute sur les frontières du pays de Vérone, et se fait couronner, le 24 janvier 1014,
‘ dans Saint-Pierre de Rome, empereur d'Occident par le
pape Benoît VIII. C’est à cette occasion que pour la pre- | quile couronna , le jour de Noël 106. Après lui Léon 1X,
mière fois un souverain pontife fit don à l’empereur du globe d’or dit globe impérial, comme emblème de la souveraineté de l’empereur sur tout l'univers. En 1022, Henri IT entreprit une troisième expedition en Italie, où le pape Benoît l’appela à son secours contre les Grecs de la basse Italie, qui cherchaient sans cesse à fortifier leur puissance dans ces contrées. L'empereur fut heureux dans cette campagne ; il réunit les troupes des Normands à son armée, et, en Sa qualité de défenseur du saint-siége, leur assura des établissements fixes dans la basse Italie.
Henri II eut en outre à soutenir de nombreuses luttes en Allemagne. Un frère de sa femme, Adalbero, s'établit de son autorité privée archevêque de Trèves. Il marcha contre lui, le tint assiégé pendant trois mois dans Trèves; puis, Adalbero ayant trouvé un refuge chez son frère le duc Henri de Bavière, il se vit entrainé à guerroyer aussi contre lui; et cette lutte eut pour résultat la déposition du duc de Bavière. Le comte de Flandreet le margrave de Misnie se révoltèrent ; mais Henri II parvint également à les soumettre. Relativement à la Bourgogne, il signa avec le duc Rodolphe III, qui n'avait point d'enfants, une convention aux termes de laquelle ce pays, sur lequel les rois d’Allemagne avaient déjà
précédemment exercé les droits de suzeraineté, ferait re- |
tour à l’Empire après la mort de Rodolphe II. De même il rétablit dans son autorité le pape Benoît VIII, qui, en 1014, avait été forcé par l’antipape Grégoire de se réfugier en Allemagne. Pour remercier l’empereur, Benoît VIII, en 1020, vint en Allemagne consacrer lui-même l'érection de l'évêché de Bamberg, fondation de ce prince, qui lui avait donné tout son patrimoine, Dévot, ami du clergé et grand partisan dela puissance ecclésiastique, Henri II mourut le 13 juillet 1024, à Grona, près de Gættingue, fut enterré à Bamberg, et canonisé par le pape Eugène III. Sa femme Cunégonde, qui dans sa vie conjugale avec lui n’enfreignit jamais, dit-on, le vœu de chasteté qu’elle avait fait, fonda divers monastères, et mouruten 1038, à Kaufungen, monastère fondé par elle dans le pays. Plus tard elle fnt également canonisée,
HENRI HI, surnommé Ze Noir, le second empereur d'Allemagne de la maison de Franconie, fils de l’empereur Conrad 11 et de Gisèle, né en 1017, à Osterbeck, dans la Gueldre, fut élu roi des Allemands dès l’an 1026, devint duc de Bavière en 1027, duc de Souabe et de Bourgogne en 1038, et succéda à son père dans la dignité d’empereur en 1039. Secondé par les plus heureuses dispositions naturelles et par une excellente éducation, rompu de bonne heure au métier des armes, d’un caractère hantain et sévère, il tint d’une main vigoureuse les rênes de l’État et de l’Église, et fut un des plus puissants souverains qu’ait eus l'Allemagne. Afin d'éviter les périls qui résultaient pour la couronne impériale de l’existence de ducs trop puissants, il conserva pour luimême et sa famille les duchés tombés en déshérence, ou bien les attribua, comme la Bavière et la Carinthie, à des princes n'ayant que de petits États. Le duc de Saxe put seul lui tenir tête; mais il eut l'adresse de lui susciter les plus dangereux rivaux dans la personne du landgrave de Thuringe, Louis le Barbu, et dans celle de l'archevêque de Brême, Adalbert, duquel relevaient douze évêchés.
Longtemps il gnerroya en Hongrie, où, entré à Stuhlweissembourg , il se fit proclamer souverain par les états, remit la couronne sur la tête de Pierre, auquel ses sujets crevèrent les yeux, et finit par donner sa fille à l’usurpateur André. Ses regards se tournèrent alors vers Rome. Là, tour à tour les factions rivales des comtes de Tusculum et de Ptolémée faisaient et défaisaient les papes : on vit trois papes à la fois dans la ville sainte, BenoîtIX à Saint-Pierre, l’archiprètre Jean à Sainte-Marie Majeure, Sylvestre LIT au palais de Latran. Un quatrième vint, Grégoire VI, qui leur acheta à chacun leur tiers depapauté, Las d’un tel scandale, Henri 111, au concile de Sulri, fait déposer cette tourbe impure, et met à leur place son chancelier, l'évêque de Bamberg, Suitberg, qui prit le nom de Clément II, et
VictorIl, envoyèrent humblement demander à l’empereur leur confirmation, et, d'accord avec eux, il entreprit la réforme des nombreux abus qui existaient dans l’Église et celle des mœurs du clergé. Ce qu’il avait surtout en vue, c'était d’affranchir l'autorité séculière du pouvoir spirituel ; mais Hildebrand, qui remplissait alors les fonctions de cardinal-diacre, et qui devint plus tard pape, sous le nom de Grégoire VII, tout en paraissant favorable à la réalisation des projets de l’empereur, eut l’habileté et la finesse de les contrarier en dessous-mains et d'annuler peu à peu son influence sur l'élection des papes. Aussi, quand Henri HI vint à mourir, en 1056, tout était-il préparé à l'avance pour que la puissance pontificale se trouvât complétement soustraite à l'influence des empereurs.
Avant de mourir, au château de Botfeld, dans le Harz, assez vraisemblablement des suites du poison, Henri IIE avait fait reconnaître, dès l’an 1154, en qualité de roi des Romains, Henri, le fils qu’il avait eu de sa seconde femme, Agnès de Poiliers, et qui lui succéda, sous le nom de Henri IV.
Henri III mourut trop tôt, non pas seulement pour avoir le temps de fonder une véritable puissance monarchique impériale et de constituer l'unité politique de lAllemagne, mais aussi pour les sciences et les arts, qu’il aimait et pro+ tégeait. IL fonda un grand nombre d'écoles , de monastères, et y confia l’enseignement à des moines qu’il fit venir de Bre-
| tagne; il construisit les cathédrales de Worms, de Mayence
et de Spire (c’est dans cette dernière qu'il fut enterré), et favorisa surtout les historienset les musiciens.
HENRI IV, empereur d'Allemagne (de 1056 à 1706), fils du précédent, né en 1050, n’avait encore que cinq ans lorsqu’il perdit son père. Sa mère, Agnès, dut donc se charger tout à la fois de l'administration de l'empire et de son éducation. Quoique douée de grandes qualités et secondée dans la direction des affaires, d’abord par le pape Victor II et plus tard par l’évêque Henri d’Augsbourg, l'impératrice n’était nullement à Ja hauteur de la position difficile où elle se trouvait, forcée qu’elle était de lutter contre les prétentions hautaines des princes de l’Empire et contre les empiétements de la puissance pontificale. Dans l'espoir de ré+ concilier avec la maison impériale les princes allemands, que l'extrême sévérité de Henri III avait indisposés, elle rendit au duc Godefroid la Lorraine, dont son époux Pavait dépouillé. Le comte Rodolphe de Rheinfelden, qui avait enlevé sa fille Mathilde, reçut en dot le duché de Souabe, en même temps qu’elle dédommageait le comte Berthold de Zæhringen , qui, de l’aveu même de son mari, avait de justes prétentions sur ce duché, en lui accordant le duché de Carinthie , et qu’elle octroyait au puissant et audacieux comte saxon Othon de Nordheim le duché de Bavière, devenu vacant. Mais tandis que l’impératrice faisait ces concessions à certains princes ou bien leur laissait prendre de l'influence sur la direction des affaires, d’autres , notamment l'archevêque Hannon de Cologne, se voyaient tenus à l'écart, s’en offensaient , et prenaient la résolution de s'emparer de la personne du jeune roi et par suite de l'administration de l'Empire. L'enlèvement de Henri eut lieu en 1062; ce prince fut conduit à Cologne, et Hannon se trouva ainsi le régulateur suprême de l’Empire, qui dès lors fut en proie à uns confusion extrémeet où on ne reconnut bientôt plus d'autres
“lois que la forceet la violence.
Hannon excita bientôt des haines et des jalousies parmi les grands feudataires de l'Empire, et se vit forcé de partager avec l'archevêque Adalbert de Brême la direction des affaires de l'Empire et de l'éducation de Henri; mais il n’en résulta aucun avantage pour ce prince, dont le caractère ne souffrit pas moins des sévérités de Hannon que de l’indulgence extrême d’Adalbert. Henri ne tarda point à concevoir un vif attachement pour Adalbert, qui en profila pour inculquer au jeune roi ses propres idées sur l'autorité absolue et illimitée du trône, en méme temps que ses haines par ticu-
lières contre les princes de la maison de Saxe, et aussi pour s'emparer de la haute direction des affaires. À ceteffet, il (it, en 1065, déclarer Henri IV, âgé alors de quatorze ans seulement, majeur, dans une assemblée solennelle de princes tenue à Worms, au retour de sa première campagne , qu’il était allé faire contre les Hongrois et pendant laquelle il l’avait accompagné. Mais fatigués du despotisme d’Adalbert, les princes de l’Empire ne tardèrent point à,convoquer à Tribur une autre assemblée, dans laquelle il fut forcé de se séparer d’Adalbert, et de confier l'administration de l’Empire à Hannon. Pendant ce temps-là Henri se livrait à des excès de tous genres, qui compromirent sa vie. Pour le ramener à plus de régularité de mœurs, Hannon le décida à épouser Berthe, fille du margrave de Suse, avec laquelle il était depuis longtemps fiancé. Ce mariage n’eut pas plus tôt été conclu, que Henri songea à se débarrasser de sa femme, qu’il n’aimait point. Mais l'intervention du pape, auquel se joignirent contre toute attente les princes de l’Empire, réunis en diète à Worms, mit obstacle à la réalisation du projet de divorce qu’il avait conçu ; et pour éviter de grands périls, il lui fallut se résigner à son sort. Pendant longtemps il cessa de voir la reine; mais plus tard une réconciliation eut lieu entre les deux époux, et une fois que Berthe lui eut donné un fils, en 1071, il la traita avec amour.
Accusé d’une tentative d’assassinat contre la personne de Henri IV, le duc Othon de Bavière avait été cité à comparaître devant une diète tenue à Mayence, et où il avait été condamné à prouver son innocence par le jugement de Dieu. Othon , redoutant que ce défi en champ clos ne cachât quelque trahison, au lieu de l’accepter, prit les armes, et fut aussitôt mis au ban de l’Empire, tandis que ses États étaient adjugés à son perfide etambitieux gendre, Guelfe. Les dévasfations auxquelles ses domaines étaient en.proie ne cessèrent que lorsque, d'accord avec le duc Magnus de Saxe, il
- eut lait sa soumission au roi, qui enleva au duc Berthold de Zæhringen son duché de Carinthie, sous prétexte qu’il avait l'intention de se révolter. Henri, pour maintenir la Saxe dans le devoir, y fit construire un grand nombre de châteaux forts, et, d’après les conseils d’Adalbert, retint le duc Magnus prisonnier dans le Harz. Il en résulta pour lui une guerre dangereuse qu’il eut à soutenir contre la noblesse saxonne, et dans laquelle il courut les plus grands dangers. Elle se termina par l’humiliant traité conclu en 1074, à Goslar, en vertu duquel il dut démolir tous les châteaux dont il avait bérissé les points les plus importants de la Saxe. Les excès commis par les hommes d’armes des seigneurs saxons confédérés , qui pillèrent les églises et profanèrent même les tombes de ses ancêtres, déterminèrent Henri à s’adresser au pape pour la punition de ces sacriléges; et le pape saisit avecempressement cette occasion d'intervenir aussi dans cette querelle. Il envoya des légats en Saxe pour la juger, et en même temps il fit notifier à l’empereur la défense de continuer davantage à pourvoir aux charges et bénéfices ecclésiastiques qui venaient à vaquer. Mais avant même que les légats eussent eu le temps d’arriver en Allemagne porteurs des injonctions pontificales, Henri avait repris les armes contre les seigneurs saxons, et le 15 juin 1075 il avait remporté sur eux, à la bataille de Hohenbourg, sur l’Unstrut, une victoire qui le rendit de nouveau maître de la Saxe. Pendant ce temps-là, ses conseillers continuaient à trafiquer des pénéfices ecclésiastiques. Henri n'ayant mis aucun obstacle à ce désordre, et n’ayant point éloigné de son entourage les évêques qui avaient acheté la possession de leur siége, puis, au lieu de déférer à la sommation que lui adressa le pape d’avoir à venir à Rome se défendre des accusations dont il était l’objet, ayant répondu par la déposition du souverain poutife, qu'il fit proclamer dans une assemblée de prélats et d'abbés tenue à Worms, le 24 juin 1076, Grégoire VII lança contre luiles foudres del’excommunication, le déclara déchu du droit de gouverner l’Empire, et délia ses sujets de leur serment de fidélité.
© Henri IV serailla d’abord de ces menaces; mais quand il
vit les princes du sud de l'Allemagne se détacher les uns après les autres de sa cause et s’allier avec les Saxons mécontents: quand une diète tenue à Tribur, en 1076, lui eut enlevé l'administration de l’Empire et l’eut sommé d’avoir, dans le délai d’une année, à se faire relever de l’anathème dont il avait été frappé, s’il ne voulait pas être déclaré déchu du trône, il s’'empressa, malgré un hiver des plus rigoureux, de passer les Alpes au milieu de dangers et de fatigues sans nombre, accompagné seulement de sa femme et de son fils, et d’aller &- ‘1ver le pape en Italie, au château de Canossa, chez la marquise Mathilde, par l'intervention de laquelle il fut admis à faire pénitence. Avant d’être relevé de l’excommunication, il dut se soumettre, en dépit d’un froid excessif, à marcher pendant trois jours pieds nus dans le château de Canossa et à y faire pénitence le corps couvert d’un cilice de crin.
La conduite altière du pape à l'égard de l’empereur produisit un effet tout autre que celui qu’il s’en était promis. Les seigneurs italiens, depuis longtemps mécontents de Grégoire, offrirent leur secours à Henri IV. Mais les princes allemands, à la nouvelle des humiliations que leur roi avait acceptées de la part du pape, avaient élu à sa place Rodolphe de Souabe, dans une assemblée tenueen 1077 à Forchheïm et avec le concours des légats pontificaux. Henri s’en retourna donc en toute hâte en Allemagne, où, secondé particulièrement par les villes, il réunit une nombreuse armée. Les batailles de Melrichstadt (1078) et de Fladenheïm (1080) ayant paru porter les derniers coups à sa fortune, Grégoire lança de nouveau contre lui les foudres de l’excommunication, et déciara qu’il avait perdu la couronne. Par représailles, Henri réunit à Brixen une assemblée d’évêques que Grégoire VII avait vivement irrités en leur imposant la règle du célibat, et dans laquelle on déposa ce pape en même temps qu’on élevait à sa place l'archevêque Guibert de Ravenne, qui prit le nom de Clément III. Henri fut encore défait à la bataille livrée sur les rives de l’Élster, non loin de Mersebourg ( 15 octobre 1080 ); mais son rival Rodolphe y perdit la vie. Alors, confiant l’administration de PEmpire à son gendre, Frédéric de Hohenstaufen, Henri se hâta de franchir les Alpes, en 1081, à la tête d’une armée, parcourut en vainqueur toute la haute Italie, et arriva sous les murs de Rome le jour de la Pentecôte. Ce ne fut toutefois que trois ans plus tard, en mars 1084, qu'il parvint à s'emparer de cette ville, où il se fit solennellement couronner avec sa femme par Clément ILI, le jour de Pâques, tandis que Grégoire VII se réfugiait dans le château de Saint-Ange.
Il fallut encore que Henri IV repartit pour l’Allemagne, où pendant son absence on avait élu roi, le 9 août 1081, le comte Hermann de Luxembourg; de sorte que la guerre civile y recommença de nouveau. Hermann, quoiqu'il eût vaincu Henri sous les murs de Wurtzbourg ( 11 août 1085 }, abdiqua volontairement en 1087, fatigué qu'il était de la dépendance dans laquelle prétendaient le retenir les princes qui l'avaient proclamé roi, et mourut à quelque temps de là. En 1089, la mort délivra également Henri d’un autre anti-roi, Eckbert, margrave de Misnie, rival bien plus dangereux, qui s'était fait roi lui-même et qui déjà l'avait battu dans diverses rencontres. Pendant ce temps là, Grégoire VIT, lui aussi, était mort, le 25 mai 1085, à Salerne ; et son parti avait successivement élu à sa place Victor III, puis Urbain II. Pour protéger Clément III et en même temps maintenir sa prépondérance en Italie, Henri IV franchit une troisième fois les Alpes, en 1090. Déjà il s’était emparé de Mantoue et avait remporté diverses victoires sur Guelfe, époux de la comtesse Mathilde, lorsqu'il reçut la nouvelle que son fils Conrad avait passé à l’ennemi et s’était fait couronner roi à Monza; enfin, que le roi des Lombards venait de se liguer contre lui avec Guelfe.
A cemoment Henri IV désespéra de sa fortune. Renfermé dans un château fort, il demeura longtemps inactif : mais en 1096 le courage lui revint , et il reprit la route de l’Allemagne, où par des concessions il rattacha de nouveau à sa
cause plusieurs princes puissants, entre autres le duc Guelfe lui-même. Partout alors on l’accueillit avec des démonstrations de satisfaction. A sa demande, la diète réunie à Mayence déclara son fils aîné, Conrad, déchu du titre de roi, et désigna son fils cadet pour lui succéder. Vers le même temps, le pape Urbain étant venu à mourir (1099), de même que l’année suivante le pape Clément II (1100), puis après le parjure Conrad en Italie (1101), la paix et la tranquillité semblèrent vouloir se rétablir dans l’Empire. Mais presque aussitôt après son intronisation le pape Pascal III lança à son tour les foudres du Vatican contre Henri, qui persistait à disposer des siéges épiscopaux quand ils venaient à vaquer, en même temps que plusieurs seigneurs excitaient le roi Henri à usurper la couronne impériale de son frère, L'ambitieux jeune homme leva en effet l'étendard de la révolte contre son père, le força à prendre la fuite; puis, voyant que les villes mettaient une armée à la disposition de l’empereur, il réussit à le tromper par des paroles de paix, le fit prisonnier, et le força à abdiquer. L'empereur s’échappa, ilest vrai, de sa prison, et put se réfugier à Liége, où de toutes parts les villes lui envoyèrent des secours; mais il mourut dans cette ville, le 7 août 1106. L’évêque de Liége lui fit de magnifiques funérailles; mais ses ennemis parvinrent à faire déterrer son cadavre, qu’on expédia à Spire, où il resta longtemps sans sépulture, dans une chapelle latérale non consacrée, en attendant qu’il eût été relevé de la peine de l’excommunication, formalité qui se fit encore attendre pendant cinq années.
Il n’y a pas d’empereur d’Allemagne qui ait eu une vie aussi merveilleusement mêlée de traverses que Henri IV, et dont le règne ait été aussi agité. Les défauts de ce prince étaient une trop grande irritabilité, une extrême légèreté et beaucoup d’ambition ; il les rachetait par de brillantes qualités du cœur et de l'esprit. Fidèle en amitié, il se montra toujours reconnaissant envers ceux qui le défendirent sincèrement; il prenait en pitié les souffrances des pauvres et des malades, et était d’aussi bon conseil qu'habile à se tirer du danger. Doué d’une grande bravoure, il prit constamment contre l’aristocralie la défense des intérêts de la bourgeoisie, qui commençait alors à se constituer comme corps, et du peuple en général. Mais Henri IV manquait de lucidité d'esprit, d'instruction et de fermeté de caractère ; aussi échoua-t-il dans ses efforts pour défendre la puissance impériale contre les insolentes usurpations des grands feudataires et contre les empiétements toujours croissants du pouvoir sacerdotal.
HENRI V, empereur d'Allemagne (de 1106 à 1125), fils du précédent, né en 1081, fut déclaré roi d’Allemagne en 1098, après la révolte de son frère aîné Conrad contre son père, et couronné en cette qualité à Mayence, en 1106, du vivant même de son père, à l'incitation du pape Pascal II. Dès l’année 1104 il avait cherché à usurper la couronne impériale de son père, tantôt employant dans ce but les moyens les plus perfides et les démonstrations les plus hypocrites, tantôt recourant ouvertement à la force des armes. Une fois qu’il eut atteint son but, il châtia cruellement ceux qui, comme le duc Henri de Lorraine et la ville de Cologne, étaient demeurés fidèles à son père. Pour rehausser la puissance royale, singulièrement abaissée dans l'esprit des peuples, il sehâta d'entreprendre des expéditions guerrières ayant pour but à l’intérieur de châtier les seigneurs insoumis, et à l’extérieur de subjuguer les princes de Pologne et de Bohême. Pascal 11, qui dans le concile de Guastalla (1106) renouvela les protestations expresses du saintsiége contre le droit d’investiture que s’arrogeaient les empereurs, fut ensuite invité par lui à assister à la diète de Empire convoquée à Augsbourg, afin de terminer à l’amiable ce différend survenu entre les deux puissances ; et en même temps il accordait sous main l'investiture épiscopale aux évêques de Verdun et d'Halberstadt par l'envoi de l’anneau el de la crosse, Puis quand Henri V crut son pouvoir consolidé, il essaya bien encore d’un arrangement
amiable avee Pascal; mais ses négociations ayant échoué, il franchit les Alpes, en 1110, à la tête de 30,000 hommes.
Il se fit alors rendre hommage dans les plaines de Roncali par les villes de la haute Italie, s’avança jusqu’à Sutri, s'empara de Rome par voie de négociations; et le pape refusant toujours de le couronner tant qu'il n'aurait pas formellement renoncé au droit d’investiture, il le fit prisonnier avec le plus grand nombre des cardinaux, Ce ne fut qu’au bout de deux mois, et en s’engageant à s’abstenir de toute vengeance comme aussi d’user de l’excommunication et de lui contester le droit d’investiture, que Pascal obtint d’être remis en liberté; et alors il couronna l’empereur, le9 avril 1111. Mais Henri V ne fut pas plus tôt retourné en Allemagne , que Pascal, agissant non pas directement mais par l'intermédiaire de l’archevêque Guido de Vienne dans un synode des évêques bourguignons, lança l'interdit contre l’empereur, qui s’en soucia alors d'autant moins qu’à ce moment il était engagé dans une guerre contre ses grands vassaux allemands. La victoire remportée sur les rebelles à Warenstædt par son général, le comte de Mansfeld, sembla avoir terminé la lutte; mais les princes des bords du Rhin et de la Westphalie la recommencèrent ; et la fortune des armes se prononça alors contre l’empereur à la bataille de Welfesholze sur la Wipper (1113). Les archevêques de Cologne et de Mayence, ses ennemis, pro- Stèrent de sa situation critique pour le frapper de noueau d’excommunication. Cette circonstance et la mort de la n arquise Mathilde, arrivée en 1115, des États et des domaives de laquelle il avait hâte d’aller prendre possession, le déterminèrent à confier la défense de l’Allemagne aux princes de la Souabe demeurés fidèles, et à partir de nou veau, en 1116, pour l’Italie, où, après avoir pris possession de l’héritage de Mathilde, il chassa Pascal II de Rome; et après la mort de ce pape, il fit élire pour lui succéder sur la chaire de saint Pierre Grégoire VIII, à qui toutefois le parti sacerdotal ne tarda point à opposer un rival dans la personne de Gélase IT. Celui-ci lança de nouveau l'anathème contre l’empereur, puis se réfugia en France.
Pendant ce temps-là, la guerre civile avait continué en Allemagne avec des alternatives diverses, et déjà les princes menaçaient l’empereur de le déposer. En outre, à la mort de Gélase IT, arrivée en 1119, le terrible archevêque de Vienne ayant été élu pape sous le nom de Calixte II, Henri accourut en Allemagne; et dans la diète tenue à Tribur il termina ses différends avec les princes en proclamant une amnistie et une paix générales, de même qu’en promettant de restituer à chacun ce qui lui avait été enlevé , promesses qu’il renouvela encore à la diète de Wurtzbourg en 1121. De même, il se réconcilia, à la diète de Worms (1122), avec Calixte IL, qui l’avait excommunié dans un concile tenu à Reims, au moyen d’un compromis par lequel il fut stipulé que l'élection des évêques aurait lieu par les chapitres de chaquesiége vacant, que leur confirmation dépendrait du pape, et que l’empereur leur accorderait ensuite Pinvestiture séculière pour leurs biens et leurs droits temporels. Quelques guerres privées occupèrent ensuite l'empereur dans l’intérieur de l'Allemagne. I1 mourut à Utrecht, le 23 mai 1125, et fut enterré à Spire. En lui s’éteignit la maison impériale de Franconie. 11 eut pour successe:;r Lothaire Le Saxon.
HENRI VI, empereur d’Altemagne (de 1191 à 1197), le troisième empereur de la maison des Hohenstaufen , fils de Frédéric 1°" et de Béatrice de Bourgogne, né en 1165, fut dès l’année 1169 couronné en qualité de roi d'Allemagne, vécut d’abord en Italie, puis à partir de 1188, où son père se croisa pour la Palestine, en Allemagne, comme vicaire de l'Empire. I] lui fallut, en cette qualité, engager la lutte contre Henri le Lion; mais il ne tarda point à se trouver contraint d’entrer en accommodement avec lui, parce que la mort du roi Guillaume II, arrivée en 1191, rendit vacant le trône de Sicile, sur lequel il avait droit de succéder, du chef de son épouse Constance. A la nouvelle que les états de Sicile avaient proclamé roi Tancrède de
Lecca, fils naturel du frère de Constance, Henri VI accourut en Italie. Par sa politique prudente, il gagna les villes lombardes à ses intérêts, de même qu’en leur livrant traitreusement la ville de Tusculum, dont ils abhorraient la population, il décida les Romains à se prononcer en sa faveur ; puis il se fit couronner empereur aux fêtes de Pâques de l’année 1191, par le pape Clément LT. Il conquit ensuite la Pouille et le royaume de Naples. La ville de Naples seule lui résista ; et au bout de trois mois de siége la peste, qui se déclara dans son camp, le força à s'éloigner. Revenu en Allemagne, Henri recueillit le riche héritage qui lui était échu
par suite de la mort du duc Guelfe IV, transmit à son frère |
Conrad le duché de Souabe, devenu vacant par la mort du duc Frédéric, et recommença la lutte contre Henri le Lion,
jusqu’à ce que celui-ci se soumit. Pendant ce temps-là, en !
Italie, Tancrède étan mort, en 1194, et son fils Guillaume III, pendant la minorité duquel sa mère, Sibylle, devait exercer la régence, avait été proclamé roi. Encouragé par cette situation des choses, et disposant de la somme immense ( 150,000 marcs d'argent) qu’il avait obtenue à titre de rançon du roi d'Angleterre, Richard Cœur de Lion, fait prisonnier en Autriche à son retour d'Orient, et que le duc Léopold lui avait livré, Henri partit encore une fois pour Italie, à l'effet d'y réaliser son grand projet de réunir désormais la couronne de Sicile à celle d'Allemagne. Cette fois la ville de Naples lui ouvrit ses portes; Salerne fut prise d'assaut, et la Sicile elle-même se soumit, de sorte que le 20 novembre 1194 l’empereur put faire son entrée solennelle dans la ville de Palerme. Sibylle et Guillaume abdiquèrent alors la couronne de Sicile, moyennant la promesse qui leur fut faite qu’ils conserveraient le comté de Lecca et de Tarente. Mais bientôt, sous le prétexte d’une conspiration, Henri fit arrêter la reine Sibylle et sa fille, qui furent conduites au monastère de Hohenbourg, en Alsace, et mutiler Guillaume,
à qui on creva en outre les yeux. Le cadavre même de
Tancrède fut déterré et livré à d’indignes outrages , en même temps que tous les partisans de la maison des rois normands étaient arrêtés et mis à mort sans forme de procès. Ces cruelles violences répandirent il est vrai la plus vive désaffection dans toute la Sicile, et le pape lança les foudres de l’excommunication contre l'empereur; mais la terreur qu’inspirait la cruauté de Henri VI et les riches récompenses qu'il prodiguait à ses créatures consolidèrent si bien sa puissance, qu’il put sans aucune inquiétude songer à s’en retourner en Allemagne. Henri eut à mettre un terme aux différentes guerres privées qui y avaient surgi pendant son absence. Ensuite il s’occupa, dans les diètes tenues à Worms et à Wurtzbourg, de réaliser la pensée qui avait constamment fait le fond de sa politique : celle de rendre pour toujours la couronne impériale héréditaire dans sa maison. Mais n'ayant réussi, par suite de l’opposition des princes ecclésiastiques et du pape, qu’à faire élire roi des Allemands son fils Frédéric, alors âgé de deux ans, il détermina un grand nombre de princes allemands à le suivre à une pré-
tendue croisade. Avec leur aide il comprima de nouveaux |
troubles qui venaient d’éclater en Sicile, puis il fit raser les murs de Capoue et de Naples, mettre à mort un certain nombre de seigneurs du pays, et par ses menaces contraignit l’empereur grec Alexis, qui avait usurpé le trône de son frère Isaac, à lui payer un tribut considérable, Le véritable projet de Henri était de conquérir la Grèce, sur laquelle il prétendait avoir des droits, du chef d’Irène, fille d’Isaac et épouse de son frère Philippe. Mais il mourut à Messine, le 28 septembre 1197, des suites d’une boisson trop fraiche qu’il avait bue ou peut-être bien du poison, et fut enterré à Palerme. Les deux anti-empereurs, Philippe de Souabe et Othon IV, lui succédèrent.
HENRI VII, empereur d’Allemagne de 1309 à 1313, fils du comte Henri de Luxembourg, né en 1262, fut élu empereur £ 29 novembre 1308, après la mort d’Albert I‘ et un interrègne de sept mois. Il dut son élection, après le renom ses vertus chevaleresques, à la faible importance politique
de sa maison, et surtout à l’influence de l’archevéque de Mayence, Pierre Aischpalter. Dès le début de son règne, il se vit obligé de confisquer au duc de Carinthie la Bohème, que ce prince gouvernait de la manière la plus tyrannique’; et lors de la diète tenue à Spire en 1309, obéissant en cela au vœu des populations elles-mêmes , il conféra ce royaume, comme fief de l'Empire devenu vacant, à son fils Jean, qui s’y maria avec la princesse bohème Élisabeth. Mettant habilement à profit les circonstances, il obtint pour cela le consentement des seigneurs autrichiens qui pouvaient faire valoir de justes droits sur ce pays. Ensuite il mit au ban de l'Empire les assassins du roi Albert [°° ainsi que le féroce comte Éberbhard de Wurtemberg, puis il passa avec une armée en Italie, pays que déchiraient les luttes des guelfes et des gibelins, et s’efforçga d’y rétablir la tranquillité, Mais comme il ne se prononçait pour aucun parti et qu'il ‘ui fallut bientôt exiger des impôts pour pouvoir acquitter la solde de ses troupes, les villes lombardes se fatiguèrent de lui, er se Contedererenl POel UISanmer une InSUITECEION générale, qu’il eut beaucoup de peine à réprimer et qu’il *hâtia sévèrement. Pendant que l'Allemagne était dévastée par l’horrible guerre privée que Waldemar de Brandebourg avait à soutenir contre Frédéric le Mordu et contre Eberhard de Wurtemberg, Henri VIL accourait à Rome, et le 29 juin 1312 il s’y fit solennellement couronner comme empereur, après s'être déjà fait mettre l’année précédente à Milan la couronne de fer sur la tête. Toutefois, il n'avait pu s'emparer que d’une partie seulement de la ville de Rome, attendu que le roi Robert de Naples, jaloux de l'extension que la puissance impériale prenait en Italie, occupait l’autre avec une armée supérieure en forces à la sienne. Plusieurs villes puissantes lui ayant envoyé des troupes et le roi de Sicile ayant conclu un traité d'alliance avec lui, l’empereur, en dépit des représentations et des menaces du pape, mit le roi Robert au ban de Empire; et il se préparait à aller assiéger Naples par terre et par mer, quand une mort rapide l’enleva, le 24 août 1313, à Buonconvento. On l’attri-: bue à un empoisonnement commis par un moine dominicain, au moyen d’une hostie. Outre son fils Jean, il laissait deux filles, dont l’une, Béatrice, avait épousé le roi Charles Robert de Hongrie, et l’autre le roi de France Charles 4 V. 1l eut pour successeurs Louis IV le Bavarois et l’anti-roi le duc d'Autriche.
HENRI. Quatre rois de France ont porté ce nom.
HENRI I, roi de France, était petit-fils de Hugues Capet. Son père Robert avait associé au trône, en 1017. Hugues, son fils aîné ; mais ce jeune prince mourut huit anè après, et Robert appela près de lui et fit sacrer à Reims, en 1027, Henri, son second fils, alors duc de Bourgogne. Cependant, après la mort de ce monarque , la reine Constance, fille du comte d’Arles , princesse ambitieuse, voulut placer sur le trône Robert, frère puiné de Henri. Eudes, comte de Champagne et Baudouin 1V, comte de Flandre, prirent les armes pour le jeune Robert, ou plutôt pour Constance. Mais le ducde Normandie fournit des troupes à Henri, et ce prince, vainqueur dans trois combats, ne se vengea qu’en accordant la paix à son frère et à la reine Constance. Il fit plus : il donna à Robert le duché de Bourgogne. Une nouvelle ligue s’étant formée contre Henri , à l’instigation de la relne, il défit, en 1037, Étienne et Thibaud, fils du comte de Champagne, auxquels Constance avait livré la ville de Sens. Plus tard, il assista contre des rebelles Guillaume le Conquérant. Uni avec ce prince, il livra bataille près de Caen, dans le lieu nommé le Val-des-Dunes : combattant à la tête des premiers escadrons, il fut renversé de son cheval par la lance d’un gentilhomme du Cotentin. Il se releva sans blessure, pressa les ennemis, et remporta sur eux une victoire complète. Vers ce temps, le roi eut une entrevue avec l’empereur, et renouvela l'alliance qui existait entre les deux couronnes. Le pape Léon IX vint à cette époque en France, et tint un concile à Reims.
Cependant, la Normandie renfermait de nombreux élé-
ments de discorde, et Henri voulut en profiter, 11 entra | dans cette province à la tête d’une armée; mais, en 1058, | il fut vaincu, sur la chaussée de Wareville, entre les villes de Caen et de Lisieux. Peu de tempsaprès, il rassembla près de lui les prélats et les grands du royaume, et leur fit reconnaître pour son successeur Philippe, son fils aîné, âgé de huit ans. Ce jeune prince fut sacré et couronné dans la basilique de Saint-Denis, le 22 mai 1060. Henri ne survécut guère à cette cérémonie. Il avait régné environ quatre années avec son père, et seul un peu moñns de trente ans. Il avait épousé Anna, fille de Joradislas, roi des Moscovites. Il en eut trois fils : Philippe, premier du nom, qui lui succéda, Robert, mort encore enfant, et Hugues, qui épousa la fille et héritière d’Herbert , comte de Vermandois. Il laissa ses fils sous la tutèle de Baudouin, comte de Flandre, qui avait épousé sa sœur, et il lui confia la régence du royaume.
HENRI I, fils de François 1°" et de Claude de France, naquit à Saint-Germain-en-Laye, le 31 mars 1518. Il porta d’abord le titre de duc d'Orléans , puis celui de dauphin, ! après la mort de son frère aîné. En 1537, n'étant encore âgé que de dix-neuf ans, il fut mis à la tête d’une armée qui força le Pas-de-Suze, prit Veillane, Rivoli, Montcallier et quelques autres villes, et battit plusieurs fois l’armée impériale, conduite par le marquis du Guast. Moins heureux cinq ans après, il assiégea, sans pouvoir s’en rendre maître, la capitale du comté de Roussillon. En 1542 il soumit le château d’Emerick et la ville de Maubeuge. En 1547, la mort de François I‘ lui donna la couronne de France. « Lorsque ce grand roi monta sur le trône, il s’y trouva fort heureux, dit Brantôme, car son royaume estoit franc de toute guerre avec l’empereur ; quant au roi d'Angleterre, il ne s’en donnoïit trop de peine, pour estre foible ennemy au prix de l’empereur, Il trouva force finances dans le tré- Sor du Louvre, qu’on estimoit à trois ou quatre millions, sans le revenu de l’année, qu’il voyoit venir devant lui et hors de toutes dettes.» En 1549 il déclara la guerre à l’Angleterre; ses armes furent heureuses, et Boulogne, qu'il demandait, lui fut rendue. Octave Farnèse, duc de Parme, ayant réclamé la protection de la France contre Charles- Quint, la guerre se ralluma entre celui-ci et Henri II. L'ile de Corse et la ville de Sienne se placèrent aussi sous l'égide du roi. « Les Allemands lui en firent de mesme, qui, mal menez sous le joug de l’empereur, crièrent à l’aide de ce grand roi, et pour ce, dressa celte grande armée, et entreprit ce beau voyage d’Allemagne, qu'on nommoit ainsi, où il prit, en allant, Metz, Toul et Verdun fort heureusement, et force autres villes impériales ; il ne voulut pourtant retenir pour lui que les trois premières, et donna jusqu’à Strasbourg, faisant boire là tous les chevaux de son armée dans la rivière du Rhin, à leur aise, en signe de triomphe : mais ce fut tout, n’ayant trouvé jusque là que tout courtois et honneste passager sans aucune résistance ; et là, à Strasbourg, voulant passer par-delà, sceut que les Allemands s’estoient accordez avec l’empereur, qui, fin et cault appréhendant la furie d’un jeune et vaillant roi venir à lui avec une si grande armée délibérée, entendit plutost à un accord qu’à un hasard de guerre. » Les Allemands appelèrent alors Henri II le protecteur de l'Empire et le restaurateur de La liberté germanique. Ce fut alors aussi que Charles-Quint vint attaquer Metz avec cent mille hommes; mais le duc François de Guise était là avec l'élite de la noblesse française, et le 1° janvier 1553 l'ennemi dut lever honteusement le siége. Hesdin et Térouanne furent prises, il est vrai, par les Empériaux ; mais des conquêtes plus importantes et plus glorieuses dédommagèrent amplement de ces pertes. La bataille de Renti, gagnée par Henri et par le duc de Guise (13 août 1554), ajouta de nouveaux trophées à ceux que ce prince avait recueillis, Il cherchait à rencontrer Charles- Quint dans la mêlée : il voulait combattre corps à corps avec lui, mais il le chercha en vain.
t Les succès obtenus par la France portèrent Charles-Quint
à conclure un accommoaement : les deux puissances, ÉPui. sées d’argent et d'hommes, firent, en 1556, une trêve pour cinq années, que rompit bientôt Philippe IL. Après avoir contracté une étroite alliance avec l'Angleterre, il entra dans là Picardie à la têle d’une armée de quarante mille hommes. La bataille de Saint-Quentin fut perdue. Plus tard, le duc de Guise rappela, par sa valeur, la fortune et la victoire. Calais fut enlevé à l'Angleterre, qui possédait cette place depuis plus de deux siècles, Guisnes, Thionville et quelques autres forteresses furent aussi soumises par ce héros. Mais une bataille perdue à Gravelines fit siguer le traité de Câteau-Cambrésis.
Quelque temps après, le roi passa de vie à trépas. C'était le 29 juin 1559 : un superbe tournoi avait lieu dans la grande rue Saint-Antoine, vis-à-vis les Tournelles et la Bastille. Toute la cour était présente. « La male fortune fait que sur le soir, le tournoy quasi fini, le roi voulut encore rompre une lance, et pour ce manda au comte de Montgomery qu’il comparût et se mit en lice. Il le refusa tout à plat, et y trouva toutes les excuses qu’il y put; mais le roi, fasché de ses responses, lui manda expressément qu’il le vouloit : la royne luy manda et pria par deux fois qu’il ne courust plus pour l'amour d'elle, et que c’estoit assez; rien pour cela, mais lui manda qu'il ne couroit que ceste lance pour l'amour d'elle. Et pour ce, l’autre ayant comparu en lice, le roi courust, ou fnst que le malheur général le voulust ainsi, ou son destin l’y poussant, il fut atteint du contre-coup par la teste dans l'œil, où lui demeura un grand éclat de la lance, dont aussitost il chancela sur la lice : aussitost fut relevé de ses escuyers qui estoient là, et M. de Montmorency vint à lui, qui le trouva fort blessé, Toutefois, il ne perdit cœur et ne s’estonna point, et soudain pardonna audit comte de Montgomery. » Il mourut onze jours après sa blessure.
Henri était né doux, humain, généreux; ses favoris, sa maîtresse et surtout les discordes religieuses portèrent quelquefois atleinte à son caractère. On lui reproche d’avoir rendu des édits rigoureux contre les huguenots au début de son règne. N’étant,encore que duc d'Orléans, il avait épousé Catherine de Médicis. Cette union fut heureuse, malgré le caractère léger de Henri et son amour excessif pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois. La cour de Henri IIsedistingua surtout par sa politesse et par laprotection noblement accordée aux savants et aux poëtes. Turnèbe, Daurat et Muret, Ronsard, Du Bellay, Baïf et Passerat, Desportes, Garnier, Jodelle, et beaucoup d’autres, jetèrent alors un grand éclat. Germain Pilon, Jean Goujon, Bullant, Philibert de Lo rme et le grand Bachelier, couvrirent la France de chefs-d’œuvre.
Alexandre nu MÈGE.
HENRI III, roi de France et de Pologne, fut le troisième fils de Henri IX. 11 naquit à Fontainebleau, le 19 décembre 1551. Nommé d’abord Édouard-Alexandre par le roi d’Angleterre et par celui de Navarre, la reine Catherine de Médicis, sa mère, dont il était le favori, lui fit prendre dans la suite le nom de Henri. Actif et brave, il signala les premières années de sa jeunesse par des exploits qui lui valurent l'admiration de l'Europe. Nommé lieutenant général du royaume en 1567, il gagna, deux ans après, les batailles de Jarnac et de Moncontour. A la Saint-Barthélemy, on l’accuse d’avoir, comme son frère Charles IX, fait feu sur les protestants ; mais cela n’est point prouvé Il était en train d'assiéger La Rochelle, lorsqu'il reçut la nouvelle de son élection au trône de Pologne, à laquelle sa mère avait travaillé avec ardeur ; aussitôt ayant hâte d’en finir avec la ville huguenote, H donna plusieurs assauts cou} sur coup, perdit énormément de monde, conclut enfin un accommodement qui ne fut pas à son avantage, et partit pour Cracovie.
Cependant en succédant à Sigismond-Auguste , il eut soin de demander au parlement des lettres de naturalité, par lesquelles il conservait ses droits au trône. Nommé roi par
le sénat le 9 mai 1573, il fut couronné à Cracovie le 15 février 1574. Mais il ne tarda pas à être désenchanté de cette couronne, qu'il avait été si impatient de saisir, L’humeur indépendante des nobles polonais se scandalisait fort de ses manières efféminées et des caresses qu'il faisait publiquement à ses favoris, à ceux qu’on appelait ses mignons; pour lui, il se trouvait dépaysé comme dans un camp de barbares. Le 30 mai de la même année, Charles IX mourut. Henri, que les droits de sa naissance appelaient à la succession de son frère, voulut aller la recueillir, Mais il craignit que son départ n'éprouvät des obstacles, et ce fut pendant la nuit, et comme un coupable qui s’évade d’une prison, que Henri sortit de sa capitale, Il laissait la Pologne à la veille d'une guerre avec le Turc; mais que lui importait ? Il passa sur les terres d'Autriche et à Venise, où il s'arrêta trois mois dans les plaisirs du carnaval, malgré les instances de sa mère. Enfin, il arriva en France. L’anniversaire de son couronnement comme roi de Pologne fut célébré à Reims par son sacre et son couronnement comme roi de France. Bientôt la guerre se renouvela contre les réformés, et Henri gagna sur eux la bataille de Dormans. Après la prise de La Fère, il conclut, en 1580, à Nérac, une paix avantageuse surtout pour ses sujets rebelles. Ceux-ci en témoignèrent une grande joie. Les catholiques , alarmés, purent craindre pour leurs croyances et pour leurs libertés.
Toulouse vit alors se former dans ses murs /a Sainte Union, ou La Ligue, qui bientôt opposa une vive résistance aux projets des huguenots, et dont la politique des princes lorrains se servit avec une grande habileté. Henri III ne comprit pas d’abord l’importance de cette association. Mélant aux exercices d’une dévotion excessive et mal entendue un vif amour pour les plaisirs, il s’imaginait pouvoir concilier les pratiques extérieures du culte avec la plus honteuse dépravation ; mais les processions où il se montrait en
public, revêtu du costume de pénitent, ne lui faisaient pas pardonner par la foule les orgies du Louvre.
Trois partis divisaient alors la France. Celui du roi était de beaucoup le moins nombreux, et ne se composait que d'hommes sans énergie et n’obéissant à aucune impulsion commune. Le parti protestant, plus redoutable par sa composition que par le nombre, car il n’était formé que de gens de guerre, vaillan{s soldats éprouvés par vingt ans de combats, reconnaissait pour chef Henri de Bourbon, roi de Navarre. Enfin, la troisième faction, la plus nombreuse, la plus puissante, la plus populaire, avait à sa tête un homme d’un génie élevé, une grande renommée militaire, le duc de Guise. Il y avait aussi dans le parti catholique une fraction modérée qu’on appelait les politiques, et qui penchaient dès lors vers le roi de Navarre.
Les états généraux de 1576, obéissant à l'influence toutepuissante de la Ligue et s'étant montrés mal disposés pour l'autorité royale, Henri crut faire un coup de maître en se déclarant lui-même chef de la Ligue. Mais celte démarche nelui conquit pas un cœur. On éfait trop indigné de la dissoiution de ses mignons, Quélus, Maugiron, Saint- Mégrin, Joyeuse, aux noces duquel le roi dépensait des sommes énormes. Sa politique d’ailleurs n'avait rien d'arrêté; précédemment il avait encore rapproché les Guise du trône en épousant Louise de Vaudemont, leur cousine. La popularité du chef dela maison de Lorraine croissait toujours ; en vain Henri armait contre les protestants, il en était réduit à craindre leur ruine, qui eût laissé sans contre-poids l’autre parti, plus redoutable encore pour lui. En même temps il laissait échapper toutes les occasions qui s’offraient de redonner quelque éclat à son nom. Par peur de l'Espagne, il n’osait accepter les Pays-Bas, qui s’offraient à lui; l’expédition de son frère le duc d'Anjou, qu’il soutint sous main, ayorta.
Cependant, son frère étant mort, le roi de Navarre était devenu l'héritier de la couronne. La Ligue redoublait ses efforts; mais Joyeuse fut vaincu à Coutras. On s’en prit au roi de ses revers; les pamphlets les plus injurieux circu-
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laient contre lui, et on faisait en publie des prédications furibondes contre sa personne. Les Parisiens, tournant en dérision ses momeries monastiques, effacèrent les mots : Mancé ullima cœlo, placés autour de sa devise, formée de trois couronnes, pour y substituer ceux-ci : Manet ullima claustro. Is rappelèrent dans la capitale le duc de Guise, et celui-ci revint malgré les ordres du roi. Henri craigni£ pour son autorité; il fit entrer des troupes. Le peuple se souleva (15 mai 1588), se retrancha dans les rues, chassa les soldats, désarma les Suisses, défit les gardes , et poussa ses barricades jusqu’à cinquante pas du Louvre. Prêt à être assiégé dans son palais, Henri IIL s'enfuit à Chartres, Le duc de Guise l'aurait arrêté s’il l'avait voulu, et le petit-fils de François I® aurait été renfermé dans un cloitre, comme ces princes de la première race qui ne devaient plus remonter sur le trône. La sœur du Balafré, la duchesse de Montpensier, montrait déjà les ciseaux d’or qui en devaient faire un moine. Guise ne le fit pas, et, quoi qu’on en ait dit, ilne paraît pas que les projets de ce grand capitaine fussent de s'emparer alors par la violence de l’autorité souveraine. Echappé au plus grand péril, Henri LIL sentit toute sa faiblesse, et ne songea plus qu’à se débarrasser de l’homme qui m’avait pas encore voulu lui ravir la couronne. Il Pattira dans un piége infâme. Un traité d’union et d’oubli fut conclu, en même temps que d’Épernon conseillait au roi de faire assassiner le duc, et que d’Ornano offrait d’apporter aux pieds de son maître la tête de ce grand homme. Henri appelle Guise près de lui, à Blois, où les états généraux du royaume étaient assemblés. Une réconciliation solennelle a lieu. Tous deux vont s’incliner devant le même autel, tous deux y communient ensemble. Le roi assure Guise de son affection…, et il le fait massacrer à la porte de son cabinet. Le cardinal de Guise, son frère, est de même égorgé... Ces meurtres perdirent Henri III. Rome lança contre lui les foudres de l’excommunication. Soixantedix docteurs réunis en Sorbonne le déclarèrent déchu du trône, et délièrent ses sujets du serment de fidélité. Le plus grand nombre des catholiques ne put plus voir en lui qu’un tyran sanguinaire, et le sang des Lorrains, lchement répandu, fortifia la Ligue. Le duc de Mayenne, troisième frère des princes assassinés, prit le commandement ; toutes les grandes villes le reconnurent comme lieutenant général du royaume, et une partie du parlement commença l’instruction d’un procès contre Henri de Valois, ci-devant roi de France et de Pologne.
Frappé d’aveuglement, ce monarque n’avait pas même une armée alors qu’il se rendit coupable de l'attentat de Blois. Quelques jours après, il envoya Sancy négocier en Suisse pour obtenir des soldats ; il écrivait au duc de Mayenne pour le prier‘ d'oublier le meurtre de ses frères ; le cardinal de Joyeuse présentait au pape un mémoire pour justifier cet horrible coup d’État. Repoussé de toutes parts, il a recours aux protestants. Il s’unit au roi de Navarre. Tous deux s’acheminent vers Paris; ils assiègent cette grande ville; mais Henri III ne devait plus rentrer dans le somptueux palais du Louvre. Un vil assassinat lui en avait fermé les portes, un autre assassinat devait terminer sa vie. Il est frappé par Jacques Clément, et il meurt à Saint-Cloud, .le 2 août 1589. En lui finit la branche des Valois.
HENRI IV, roi de France et de Navarre, fils d'Antoine de Bourbon, due de Vendôme, et de Jeanne d’Albret, naquit à Pau, le 13 janvier 1583. Le vieux roi de Navarre, Henri d’Albret, assistait aux couches de sa fille, etil vit, comme il le disait, sa brebis enfanter un lion. Il prit le nouveauné, lui frotta les lèvres avec une gousse d'ail ,et lui fit boire dans sa coupe d'or quelques gouttes de vin de Jurançon. Placé dans une écaille de tortue, le jeune Henri fut porté à l'église pour être baptisé; puis son grand-père le mit entre les mains d’une simple paysanne, choisie pour ju servir de nourrice, et qui l'emporta dans sa maison, à Bilhères. 11 fut élevé ensuite au château de Coaraze, svu»
les yeux de la baronne de Miossens, sa gouvernante, avec toute la rudesse et toute la liberté des autres enfants des montagnes. Henri fut instruit dans les principes dela réforme, mais il n’imita point le fanatisme ardent de sa mère. En 1561 elle le conduisit à Paris, où elle le fit entrer au collége de Navarre pour y eslre inslitué ez bonnes lettres, comme on disait alors. Hl avait pour précepteur le sire de La Gaucherie, zélé calviniste, homme savant et de mœurs austères.
N’étant encore qu’au berceau , Henri fut nommé prince de Viane; on lui donna peu de temps après le titre de duc de Beaumont, plus tard celui de prince de Navarre. Après la mort de son père, en 1562, ses sujels et ses vassaux n€ l’appelèrent plus, en langue du pays, que nousle Henric (notre Henri) et le réyot (le petit roi), termes affectueux, par lesquels le peuple des Landes le désigne encore aujourd'hui. Les traditions locales ont conservé la mémoire de quelques-unes des aventures dont il fut le héros. Qui n’a pas entendu raconter l’histoire de Fleurette, la douce et naïve fille du jardinier du château , sa passion pour Henri et sa fin déplorable? Combien d’autres nous rappellent dans les Landes les amours légères de Henri! Tantôt c’est la dame d’Allons, tantôt la gentille boulangère de la Halle de Nérac, puis c’est la femme du charbonnier de la forèt de Durance. D’Ayelles, jeune Grecque, échappée aux désastres de sa patrie et venue à la cour de Navarre, à la suite de Catherine , paraît presqu’au même rang avec la belle Lerebours, et Fosseuse, qui n’aima le héros béarnais que pour lui-même, et qui par son caractère se fit pardonner par Marguerite elle-même l’amour que lui portait son époux. A cette longue série le paysan landais joint encore et la jeune Tignonville, et surtout cette Corisande d’Andouins (voyez GRAMONT), qui levait des corps de troupes pour le service de Henri, et que celui-ci chérissait à ce point qu'une fois il quitta son armée, cantonnée dans les environs de Paris, pour venir la voir, à Hagetmau , en Gascogne, s’exposant au danger d’être pris par les ligueurs. De ces passions vives, mais peu durables, il est de nombreuses traces dans les petites provinces où ce prince régna d’abord , et le sang de Henri de Bourbon a formé, comme celui de son aïeul maternel, plusieurs familles, presque toutes éteintes aujourd’hui.
La mort d'Antoine de Bourbon avait donné à Henri le titre de roi de Navarre ; mais ce n’était à peu près qu’un titre. Ce prince ne possédait qu’une partie du Labourd, le pays de Soule, la souveraineté de Béarn, et les comtés de Bigorre, d’Armagnac et de Foix, C'était sans doute un seigneur puissant; mais ce n’était pas encore ce que nous sommes habitués à nommer un roi. D'ailleurs, dans ses domaines, deux croyances opposées partageaient la population en deux factions ennemies, et celle dont la communion était la sienne combattait l’autre et par les armes et par l'autorité déposée en ses mains, À peine adolescent, il quitta la délicieuse résidence de Nérac, pour avoir l'avantage de se fermer à art de la guerre sous les yeux de l’amiral Coligny. Il fit ses premières armes à Arnai-le-Duc. Dès ses premières campagnes Henri montra son génie pour la guerre, Il remarqua les fautes que firent les généraux à la grande escarmouche de Loudun et aux batailles de Jarnac et de Moncontour. En 1572 Jeanne et son fils vinrent à Paris. Le mariage de Henri avec Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, avait été proposé. La mort de Jeanne, arrivée le 10 juin, ne retarda que de quelque temps cette union. Elle fut célébrée avec pompe, et ne précéda que de six mois l’épouvantable catastrophe de la Saint-Barthélemy. Henri, enfermé dans le Louvre, entendait les cris des siens, qu’on égorgeait dans toute la ville ; on délibérait pendant ce temps dans les appartements du roi son beau-frère si on le livrerait également aux assassins, Au matin Charles IX le fit amener devant lui avec le prince de Condé, son cousin : « La mort ou la rnesse! « leur cria-t-il avec fureur, Is choisirent le dernier parti. Retenu prisonnier et soumis à une surveillance sévère, sa bonne huineur adoucit sa position. 11 se lia étroitement avec tous les jeunes princes de la cour, surtout avec les
Guise, » au point, dit d'Aubigné, qu’ils couchaient, buvaient et mangeaient ensemble; faisait de même leurs mascarades, ballets et carrousels ». 11 ne sut pas résister aux piéges galants que lui tendait la politique de Catherine de Médicis, et s’abandonna tout entier aux voluptés de cette cour corrompue. Après avoir été forcé de suivre le duc d’Anjou au siége de La Rochelle, il parvint trois ans plus tard à recouvrer sa liberté. 11 profita d’une partie de chasse pour s'évader avec d’Aubigné et quelques autres gentilshommes mécontents de la cour. Presque aussitôt il rétracta son abjuration, et rentra dans l'Église protestante, qu’il n'avait abandonnée, disait-il, « que par terreur de la mort ».
Le roi de Navarre revint alors à Nérac, où il tint sa cour. Il avait précédemment résidé à Agen; mais la licence de ses fêtes lui avait fait perdre cette ville. Peu de temps après, on reprit les armes. L'Agénais et la Gascogne furent le théâ tre d’une guerre acharnée, dans laquelle Henrisne fut pas toujours heureux. Plus tard, le voyage de la reine mère dans la Guienne ne suspendit pas entièrement les hostilités. Elle ramena Marguerite au roi de Navarre, son mari, et ce fut alors qu’eut lieu à Nérac une de ces fêtes dont le seizième siècle seul fournit des exemples. Cependant les deux reines nouaient mille intrigues autour de lui, Catherine lui débauchait ses meilleurs capitaines au moyen de ses femmes et de ses filles d'honneur. Une nuit, au milieu d’un bal, le Béarnais apprit qu’il avait ainsi perdu une place. Aussitôt il quitte la partie, monte en selle, et s’en va prendre une autre ville en compensation. La valeur, les talents militaires de Henri jetèrent surtout un grand éclat à Cahors. Des actions plus ou moins importantes remplirent l’intervalle entre la prise de cette ville et la bataille de Coutras, où Henri de Bourbon se couvrit de gloire, et qui aurait eu les suites les plus avantageuses si ce prince avait su profiter de cette victoire. Mais l’armée allemande qui accourait au secours des protestants fut détruite par le duc de Guise. La journée des barricades, la fuite de Henri III à Chartres , l'assassinat des princes lorrains, la déchéance du roi prononcée par la Ligue, vinrent coup sur coup grandir l'importance du roi de Navarre. Sa générosité, qui pouvait d’ailleurs en cette occasion se concilier avec la plus saine politique , lui fit prendre le parti le plus digne de lui, celui d'offrir son bras et son armée au roi de France. Duplessis- Morna y termina cette négociation. Le traité de Plessislès-Tours fut signé par les deux rois, et ils se rencontrèrent près du pont de La Motte. « Courage, Monseigneur! dit Henri de Bourbon, en embrassant Henri III ! courage ! deux Henri valent mieux qu’un Carolus ! » Par ce dernier mot, le roi de Navarre désignait Charles de Mayenne, troisième frère du duc de Guise , alors chef de la Ligue, et nommé par elle lieutenant général du royaume. L'alliance des deux princes ramena bientôt la fortune, et leur armée vint assiéger Paris. Cette grande ville n'aurait pu résister longtemps ; mais la mort de Henri III (3 août 1589), en assurant la couronne à son légitime successeur, amena cependant des difficultés qui sauvèrent la capitale.
Les droits de Henri IV à la couronne étaient évidents : il descendait en ligne directe de Louis IX, père de Robert, comte de Clermont. On ne les contestait pas ; mais ils étaient annulés, dans l'esprit des catholiques zélés, et par l’excommunication qu'avait fulminée contre lui le saint-siége et par l’attachement de ce prince au calvinisme. La Ligue reconnut pour roi, sous le nom de Charles X, le cardinal de Bourbon, oncle de Henri IV. La justice fut rendue en son nom et les monnaies portèrent son eftigie.
Des divisions avaient éclaté dans l’armée royale ; la plupart des catholiques se refusaient à reconnaitre un prince hérétique. Henri pour les apaiser promit de se faire instruire dans la religion catholique; mais cette promesse eut aussitôt pour effet ile lui retirer le cœur de beaucoup de ses vieux compagnons d'armes. Henri leva le siége de Paris, et entra dans la Normandie, où il fortifia Dieppe comme un lieu de résistance et de retraite, A la tête de plus de trente mille hom-
nes, Mayenne vint l’attaquer à Arques, où le roi n'avait pu en réunir que trois mille. Cependant, ce prince fut vainqueur. Avec un corps auxiliaire anglais qui venait de débarquer, il osa reprendre l'offensive et marcher sur Paris; maisilne put occuper queles faubourgs, et le manque d’argent le contraignit bientôt de se retirer. C'était la faiblesse de ses ressources qui empéchait toujours ses opérations ; son armée, qu'il ne payait presque pas, lui fondait à chaque instant entre les mains. En s’éloignant de Paris, il reprit le chemin de la Normandie, et s’occupa de la réduire. Quarante places étaient déjà en son pouveir; et il assiégeait Dreux, quand Mayenne lui offrit la bataille, à Ivr y. On connaît le résultat de cette journée. Paris fut encore assiégé. Une horrible famine ne put obliger les habitants à se rendre. Ce fut alors que cet excellent prince, tempérant par sa bonté la rigueur des ordres donnés pour le blocus, permit souvent à ses officiers de faire entrer des promsions dans la ville : « J'aimerais quasi mieux, disait-il, n'avoir point de Paris que de l'avoir tout ruiné par la mort de tant de personnes. » Ayant rencontré deux paysans qu’on allait pendre pour avoir essayé de faire entrer du pain dans la ville, il leur pardonna, leur donna tout l'argent qu’il avait sur lui, et lesrenvoya en leur disant : « Allez en paix , mes enfants ; le Béarnais est pauvre : s’ilien avait davantage, il vous le donnerait. » Le duc de Parme, Alexandre Farnèse, l'un des plus grands généraux de cette époque, s'étant approché de Paris, Henri en leva le siége, marcha vers l’armée de ce prince, dans le dessein de lui livrer bataille ; mais celui-ci, content d’avoir jeté des troupes et des vivres dans la capitale et d’avoir pris Lagny et Corbeil sous les yeux mêmes du roi, revint dans les Pays-Bas, d’où il était parti.
La guerre continua, sans amener aucun événement décisif. Henri était découragé; les divisions éclataient derechef autour de lui; le prestige que lui avaient acquis ses victoires -se dissipait ; la ligue se ranimait. Dans ces circonstances critiques , il fit un nouvel appel aux souverains protestants de VEurope. 11 obtint des renforts, et vint investir Roüen. Ce siége fut remarquable, par la belle défense des habitants et de la garnison. Le duc de Parme parut de nouveau, et Henri, qui voulait combattre, quitta son camp. Mais l’habile général espagnol, ayant délivré cette ville, allait s’en retourner encore en Flandre, sans avoir accepté la bataille, lorsque le roi, voulant reconnaître l’armée étrangère, la suivit étant pen accompagné. Il la vit défiler près d’Aumale , et put compter le nombre de ses bataillons et de ses escadrons. Entraîné par sa fougue naturelle, Henri chargea cette armée n'ayant avec lui qu’une centaine d'hommes. Mais il fut chargé à son tour, et avec tant d’impétuosité qu’il dut se retirer à la hâte. Il reçut même une blessure , et peu s’en fallut que par sa mort ou sa captivité la France ne devint la proie de l'étranger. Ce fut peu de jours après que Duplessis-Mornay lui écrivit, avec autant de justesse que d’à-propos : « Sire, vous avez assez fait Alexandre, il est temps que vous soyez Auguste. C’est à nous à mourir pour vous, et c’est là notre gloire; à vous , sire, de vivre pour la France , et j’ose vous dire que ce vous est un devoir. » Henri reconnut qu’il avait trop donné en cette occasion à un courage irréfléchi, et n’appela plus cette affaire que l'erreur d'Aumale. Il faut laisser à l’histoire le soin de décrire les savantes manœuvres des deux chefs d'armée autour de Rouen et de Caudebec et la manière dont le duc de Parme, que l’on croyait près d’être forcé dans son camp, rendit vaines toutes les espérances de Henri IV. Cependant les dissensions intestines des ligueurs avançaient plus les affaires du roi que plusieurs victoires. Mayenne venait de briser la faction des Seize. Les catho liques modérés inclinaient de plus en plus vers Henri, mais ils demandaient sa conversion. Ce fut Sully lui-même qui engagea son maître à désarmer la Ligue en rentrant dans le sein de l'Église. L’abjuration solennelle que ce prince fit à Saint-Denis (15 juillet 1593) remplit la France d’allégresse. Le peuple, les ligueurs, qui ne méconnaissaient son pouvoir
‘qu à cause de la religion qu'il professait, virent alors en lui DICT. DE LA CONVERS, — T, XI
leur monarque légitime, Brissac, gouverneur de Paris, lui en livra les portes. L'occupation se fit la nuit sans bruit; les habitants n’apprirent l'événement que le lendemain, en s°eveillant. On laissa sortir la garnison espagnole : « Allez, messieurs, leur dit Henri, qui était allé à la Porte Saint-Denis les voir défiler ; allez, mais n’y revenez plus! » Le soir il faisait au Louvre sa partie de cartes avec la duchesse de Montpensier. Dans la suite, Mayenne lui-même fit la paix et de bonne foi. Des gouverneurs de province exigèrent et reçurent le prix de leur soumission. Les grandes villes rentrèrent successivement dans l’obéissance. Le roi n’eut bientôt plus d’autres ennemis que les Espagnols, déjà vaincus par lui à Fontaine-Française. L'espace nous manque pour raconter tous ces siéges, ces combats où Henri se montra toujours grand capitaine, et toujours, encore, aussi courageux que ces aventuriers de guerre dont parlent nos vieux auteurs français.
Le traité de Vervins (2 mai 1598) rendit la paix au royaume , et bientôt Henri put s'occuper, avec cette persévérance qui était l’un des attributs de son caractère , et avec cet amour constant pour le bien de ses peuples qu'il puisait dans son cœur, des réformes intérieures, de la répression des abus, de tout ce qui pouvait agrandir et honorer la France. Son avénement à la couronne ajoutait à nos provinces le Béarn et la basse Navarre, qui formaient des souverainetés indépendantes; le duché d’Albret, les comtés d’Astorac, d’'Armagnac, de Liile, de Bigorre et de Foix, ainsi que quelques autres domaines considérables.
Bientôt Sully, nommé surintendant des finances, entreprit une réforme générale des abus. Le bail des cinq grandes fermes fut élevé et les sous-fermes supprimées ; les aliénations que le roi avait consenties de ses revenus furent rachetées avantageusement ; le fonds des tailles fut diminué par le retrait dun grand nombre d’exemptions illégales ; les créances et les pensions furent vérifées, l'intérêt de plusieurs sortes de rentes réduit. L'agriculture reçut de grands encouragements ; de tous cotés on s’occupa de défricher les terres incultes. En peu de temps l'abondance devint telle que l’on permit l’exportation des blés. Grâce à cette prospérité, letaux de l'intérêt tomba du denier dix au denier seize. En même temps le goût particulier du roi favorisait l’industrie. Des manufactures de soieries étaient fondées à Lyon et à Paris, des tapissiers flamands s’installaient aux Gobelins. Henri, qui avait 1e goût des grandes constructions, embellissait Paris. Le Louvreétait continué, et la galerie qui le joint aux Tuileries commencée; le Pont-Neuf se terminait rapidement, en même temps que se bâtissaient la place et la rue Dauphine, ainsi que l’hôpital Saint-Louis. Le canal de Briare, qui joint la Seine à la Loire, date encore de ce règne.
L’édit de Nantes avait pacifié le royaume; mais une féodalité nouvelle avait surgi en France pendant la guerre civile. Calvinistes et ligueurs avaient reçu, qui pour les services rendus, qui pour prix d’une tardive soumission, gouvernements et places fortes. Guise tenait la Provence, Joyeuse et Danville se partageaient le Languedoc; Biron avait pour sa part la Bourgogne ; d'Épernon l’Angoumois, la Saintonge, le Limousin, les Trois Évêchés, Lesdiguières en Dauphiné, Caumont la Force en Béarn; les Rohan en Bretagne, les La Trémoille en Poitou étaient presque indépendants. Henri lutta de toutes ses forces contre ces grands seigneurs turbulents ; il leur opposa sa volonté, énergique à la fois et prudente. La mort de Biron les frappa d’épouvante.
Une rapide campagne contre le duc de Savoie valut à 1 France la Bresse etle Bugey. Peu de temps après, le roi épous Marie deMédécis. Il avait depuis longtemps répudié sa première femme, Marguerite de Valois; et il avait un moment songé à épouser la belle Gabrielle d'Estrées, sa maîtresse , ainsi qu’Henriette d’Entragues , marquise de Verpeuil, qui lui succéda.
La conjuration du comte d'Auvergne et de d’Entragues réveilla les ressentiments de Henri IV contre l'Espagne, qui
kes avait soutenus. Il se rappéla Jean Clâtel et toutes les tentatives d’assassinat dirigées contre lui. Sully d’ailleurs le poussait à la guerre, et lui amassait l’argent nécessaire pour la faire avec vigueur. Henri IV voulait réduire Phifippe IL à la monarchie d'Espagne et des Indes. Il avait conçu un vaste et singulier plan. Il voulait constituer l'Europe en république chrétienne et lui assurer une paix perpétuelle. Les Turcs devaient être rejetés en Asie, ainsi que le czar de Russie s’il refusait d’entrer dans la fédération.
Quoi qu’il en soit, Henri IV continuait avec un redoublement d'activité ses préparatifs contre l'Espagne. En 1608 il conclut avec la république des Pays-Bas un traité d'alliance offensive et défensive. Venise, le pape, plusieurs princes d'Allemagne étaient disposés à soutenir ses projets, Cent mille hommes étaient prêts à combattre; cinquante millions étaient en réserve; d'immenses approvisionnements avaient été faits. Le roi devait se mettre en personne à la tête de l’armée destinée à agir contre les Pays-Bas espagnols ; Lesdiguières devait commander l’armée d'Italie; la succession de Clèves et de Juliers devait servir de prétexte pour commencer la guerre. Le poignard de Ravaillac arrêta Henri IV au moment où il allait mettre à exécution ces vastes projets.
Les jésuites, qu’il avait chassés, il avait été obligé de les
rappeler pour ne pas donner d’ombrage aux catholiques ; et il leur avait fait bâtir le collége de La Flèche. IL était agité de sinistres pressentiments, parce qu’on l’accusait de ne faire la guerre que pour secourir les protestants d'Allemagne. Il avait une extrême impatience de quitter Paris; mais la reine voulut absolument être sacrée avant son départ. Le jeudi 13 mai la reine fut eneffet sacrée et couronnée à Saint-Denis, par le cardinal de Joyeuse. Le lendemain, vendredi, 14 mai 1610, en sortant du Louvre pour aller visiter Sully, qui était indisposé, il mourait, frappé de plusieurs coups de couteau dans la rue de la Ferronnerie.
. L'histoire blâmera toujours les mœurs trop légères de ce prince. Aux noms de ses maîtresses avouées dont nous avons parlé, il faut ajouter ceux de l’abbesse de Vernon, de la comtesse de Moret, de Charlotte des Essarts, dela Bourdoisière, de madame de Boinville, femme d’un conseiller au parlement, de mademoiselle Claire, et même de femmes galantes et de viles prostituées, comme la Glandée et beaucoup d’autres. Du reste, il n’était pas grand abatteur de bois , à ce que prétend Tallemant des Réaux. J1 aimait les lettres, et illes protégea toujours; on lui attribue même deux compositions pleines de grâce : une épitre en vers, adressée à Gabrielle ; une chanson et des couplets à la marquise de Verneuil.
Châteaubriand a tracé d'Henri IV le portrait suivant : « Le Béarnais était ingrat et gascon, oubliant beaucoup, tenant peu... Mais sa bravoure, son esprit, ses mots heureux, son talent oratoire, ses malheurs, ses aventures le feront éternellement vivre. Sa fin tragique n’a pas peu contribué à sa renommée; disparaître à propos de la vie est une condition de la gloire, »
HENRI. L’Angleterre a eu huit rois de ce nom.
HENRI 1°", dit Beau-Clerc, parce qu'il protégeait les sciences et les lettres, roi d'Angleterre (1100-1135), était le troisième fils de Guillaume le Conquérant. Il naquit en 1068, et lors de la mort de son frère aîné, Guillaume le Roux, tué par accident à la chasse (1100), il profita de absence de son frère Robert, qui était alors à la croisade et ie précédait dans l’ordre de naissance, pour s'emparer du trône, et s'en maintint en possession, grâce à la politique habile par laquelle il sut gagner le clergé, de même qu’il se concilia les sympathies populaires en abolissant la tyrannique loi du couvrefeu et en épousant Mathilde, princesse qui avait du vieux sang saxon dans les veines. Robert, à son retour de la croisade, essaya inutilement de revendiquer sa couronne; mais il signa une transaction aux termes de laquelle il garda pour lui le duché de Normandie, Prince incapable, il vit bientôt la noblesse de cette province se révolter contre lui, Hentë 1° intervint alors; la victoire
de Tinchebray (27 septembre 1106) lui livra la Normandie, et sous sa puissante administration nul baron mutin, nui fier tenancier n’osa plus lever la tête. Pourtant, la célèbre charte octroyée par lui à son avénement n'était que la consécration de l’indépendance légale de la féodalité; mais, Dieu et le peuple aidant, elle devint la base des libertés nationales de l'Angleterre. Henri mourut en Normandie, à Saint-Denis-le Forment, tranquille et respecté de tous, le 1°* décembre 1135, dans la soixante-septième année de son âge.
HENRI IL, roi d'Angleterre (1154-1189), fils de Geoffroy Plantagen et, comte d'Anjou, et de Mathilde, fille de Henri I°', naquit le 11 mars 1133, en Normandie, et fut élevé par le savant Robert de Gloucester. D’après le testament de son grand-père, lui et sa mère étaient appelés à monter sur le trône d'Angleterre; mais son cousin Étienne de Blois s’en empara, et sut s’en maintenir en possession malgré tous les efforts de Mathilde. En 1151 Henri hérita de son père de PAujou et du Maine, et par le mariage qu’il contracta avec Éléonore de Poitou, épouse divorcée de notre roi Louis VIH, ilse trouva en 1152 le seigneur allodial dutiers dela France, Devenu de la sorte une redoutable puissance , il n'hésita plus à guerroyer contre Étienne de Blois, qu’il contraignit à le déclarer héritier de la couronne d’Angleterre. C’est en vertu de ce compromis que Henri monta sur le trône d’Angleterre, le 19 décembre 1154.
Après dix-neuf années de guerres et de révoltes continuelles, le pays était tombé dans un état de profond dépérissement. Henri prêta serment, il est vrai, à la charte accordée par son grand-père; mais il se remit en possession de tous les domaines de la couronne qui en avaient été indûment aliénés, et parvint à museler une noblesse insolente et usurpatrice, en même temps qu’il adoucissait le sort des paysans, qu’il donnait aux villes les éléments d’une organisation municipale, et qu’il y encourageait les progrès du commerce et de l’industrie. Pour affranchir complétement la couronne de la dépendance sous laquelle les seigneurs l’avaient tenue jusque alors, il transforma l’obligation du service militaire personnel en une redevance, en argent, dite scutagium. En même temps il chassa du pays les bandes de mercenaires flamands qu’on y entretenait, e leva un corps de troupes en Angleterre même. <
Après avoir terminé, en 1161, une guerre contre la France, il soumit les Gallois révoltés, et contraignit leurs princes à se reconnaître feudataires de la couronne d’Angleterre. Il chercha ensuite à poser des limites aux usurpations des papes et aux envahissements de l'autorité ecclésiastique. A l'assemblée des états tenue en 1164 à Clarendon, les prélats durent signer une constitution ecclésiastique, qui en matières temporelles subordonnait l'autorité du pape à celle de la couronne. Thomas Becket, créé par le roi en 1162 chancelier et primat d'Angleterre, déchaina plus tard contre lui le clergé, et mit tout le royaume en combustion. En 1170, une parole de colère qui échappa à Henri contre ce prêtre faceux détermina quelques gentilshommes à aller l’égorger sur les marches même de l’autel; et le roi fut accusé, bien à tort sans doute, de ce meurtre, qui ne fit qw’irriter davantage le fanatisme et provoquer toutes les passions , surtout quand le clergé eut rangé la victime au nombre des saints et attesté que ses reliques opéraient des miracles. Pour éviter d’être frappé des foudres de l’excommunication, Henri II dut se résigner à aller faire amende honorable et pénitence sur le tombeau du nouveau saint, et jurer qu’il avait été étranger à cet assassinat. Il dut aussi révoquer la constitution ecclésiastique, En récompense de sa soumission, le pape donna à Henri la permission d'entreprendre la conquête de l'Irlande, en proie aux guerres civiles les plus acharnées, et qw’effectivement il réduisit sous son autorité, de l'an 1171 à l'an 11792. Sa méchante femme Éléonore, jalouse de ja belle Rosamonde Clifford, lui suscita aussi beaucoup d'embarras, Elle détermina le prince Henri, héritier présomplif, que dès 1171 son père avait associé au gouvernement, à se révolter; et le prince, d'accord avec ses trères
et le roi de France, alla ravager les domaines de son père situés en France. En même temps le roi Guillaume d'Écosse rompait la trève et le comte Leicester levait en Angleterre Vétengard de la révolte. Henri triompha complétement de Vun et de l’autre de ces ennemis , et passa alors en France, où, après avoir battu les troupes dont disposaient ses fils, il consentit encore à leur pardonner. Ces troubles une fois . apaisés, il put entreprendre de grandes réformes dans ses États. Vers l'an 1176, Henri IL abolit l’usage des duels judiciaires, donna au pays les divisions administratives el politiques qu’il a encore de nos jours, introduisit les assises, et modéra la rigueur des lois sur la chasse de même que du droit de bris et de naufrage. C’est de lui aussi que provient la législation qui régit encore anjourd’hui les rapports du débiteur et du créancier. En 1180 il eut la douleur de voir éclater entreluiet ses fils des démêlés dans lesquels le roi de France intervint; et cette guerre contre ses ambitieux enfants n’eut pas été plutôt terminée, que Richard, surnommé Cœur de lion, prit de nouveau, en 1188, les armes contre son père et souleya ses domaines de France. Quand au nombre des rebelles il vit aussi figurer son fils bien aimé, Jean, il tomba malade de chagrin, et mourut à quelque temps de là, le 6 juillet 1189, à Chinon, après avoir dû subir l’humiliation d’un traité avec le rebelle Richard. Le seul défaut qu’on ait pu reprocher à ce grand et magnanime souverain, c’est d’avoir été toujours enclin à accorder trop facilement sa confiance. Consultez Lyttleton, History ofthe Life of Henri II (3 vol., Londres, 1767).
HENRI III, roi d'Angleterre (1216-1272), né en 1206, était fils de Jean sans Terre et petit-fils de Henri LI. Il avait à peine dix ans, lorsque la mort de son père l’appela à ceindre la couronne, sous la tutelle du comte de Pembrocke, homme sage, qui mourut trop tôt pour le jeune roi et pour a malheureuse Angleterre, car le règne de Henri fut un des plus longs et un des plus désastreux que mentionne son histoire. Il est des princes qui ne peuvent que servir de date à la chute de leur pouvoir. Tel fut ce faible Henri IIX : au dehors, vaincu partout, par Louis VIII (1219), par saint Louis à la glorieuse bataille de Taillebourg (1242), dans sa honteuse expédition de Sicile ; au dedans, despote imbécile, ligué avec Rome contre son peuple, jusqu’au moment où l’Angleterre, conjurée avec le fameux Simon de Leicester, lui impose les expédients d'Oxford (1258), anéantit son pouvoir, le fait prisonnier avec son frère et son fils Richard, à la désastreuse bataille de Lewes (1264), et se donne à elle-même le premier essai des communes. En vain une nouvelle faction ôta le pouvoir au comte de Leicester, vaincu et tué à la bataille d'Evesham (4 août 1265); en vain Henri remonta sur le trône pour y mourir tranquillement, au milieu de ses favoris (1272), la nation connaissait maintenant ses droits, et désormais le parlement fut une puissance qui sut tenir l’autorité royale en bride. Henri IIL, marié, en 1236, à Éléonore de Provence, eut pour successeur son fils … Édouard I®.
HENRI IV, roi d'Angleterre (1399-1413), né en 1367, fils de Jean de Gand, duc de Lancastre, et petit-fils du roi Édouard 111, porta d’abord le titre de comte de Derby ét de duc de Lancastre, Dans sa jeunesse il prit une part active aux lroubles intérieurs qui agitaient l'Angleterre, et en 1392 Al cominanda une croisade contre les Lithuaniens, alors encore païens ; expédition qui lui valut un grand renom militaire. Le faible Richard IL, redoutant en lui l'homme de parti, le bannit en 1398 pour toujours d'Angleterre, par suite d’un déméléavec le duc de Norfolk. Le bon accueil qu’on fiten France à Henri accrut encore la haïne du roi. Aussi, en 1399, à la mort de Jean de Gand , duc de Lancastre et père de Henri, Richard I1 confisqua-t-il les domaines de la maison de Lancastre. Dès le 4 juillet de la même année A Henri débarquait dans le comté d’York avec d’autres mécontents, et bientôt it voyait sa bannière réunir un grand »ombre d'hommes décidés à défendre sa cause. En peu de temps son armée ne se composa pas de moins de 60,000
soldats. Richard, qui à ce moment se trouvait pour son malheur en Irlande, fit marcher contre lui le comte de Salisbury, dont le corps d’arinée, fort seulement de 40,000 hommes , fut facilement mis en déroute, Le roi ne réussit pas mieux quand il vint lui-même présider aux opérations de la guerre. Henri, par un stratagème, et tout en l’assurant de son dévouement, parvint à s'emparer de sa personne: puis, après l'avoir enfermé à la Tour, il le contraignit à signer, le 29 septembre 1399, un acte de cession formelle, qu’il remit au parlement. Aussitôt, cette assemblée déclara que le faible Richard était indigne de porter la couronne; et le 30 septembre, il proclamait Henri roi d'Angleterre. A quelques jours de là, Richard mourait de mort violente,
Comme le comte de la Marche, Edmond Mortimer, enfant âgé de sept ans et issu de la maison d’York, par les femmes seulement, il est vrai, avait plus de droits à la couronne que la maison de Lancastre, Henri le fit jeter dans un cachot. Ces actes de violence, avec quelque rapidité et quelque succès qu'ils eussent été accomplis, ne laïssèrent pas que de susciter à l’usurpateur de nombreux ennemis. Le comte de Salisbury conspira encore avec d’autres seigneurs en faveur de Richard; mais il paya cette tentative de sa tête, en janvier 1460. En même temps le roi Robert d'Écosse enyahit le sol anglais; et, dans le pays de Galles, Owen Glendower, descendant des anciens princes du pays, déploya l’étendard de la révolte. Henri Percy, comte de Northumberland , qui avait puissamment contribué à l'élévation de Henri IV au trône, mais qui croyait avoir maintenant à s’en plaindre, fit cause commune avec Owen Glendower en faveur d’Edmond Mortimer. Son fils aîné, Henri Percy, surnommé à cause de son intrépidité Hotspur, c’est-à-dire éperon brûlant, se mit à la tête de l’armée confédérée, et fut vaincu par le roi, le 21 juillet 1403, à la fameuse bataille de Shrewsbury, où il perdit la vie. Le vieux Percy fit bien alors sa paix avec Henri; mais en 1405 il se ligua encore avec l’archevèque Richard Serope, pour détrôner ce prince. Le roi, en employant la trahison , parvint à s'emparer des révoltés, et les fit décapiter. Dès lors le règne de Henri IV fut paisible, et ce souverain fit preuve de beaucoup de sagesse, de prudence et de modération. Le parlement, à qui il fit bon nombre de concessions au détriment de la noblesse, lui proposa à diverses reprises de confisquer les biens ecclésiastiques ; mais il repoussa toujours cette mesure. Tout au contraire, en persécutant les adhérents de Wicleff, il chercha à se concilier les sympathies du clergé. Ses guerres contre l'Écosse furent heureuses; et s’il continua à tenir toujours le jeune fils du roi Robert en captivité, il répara du moins ce tort en lui faisant donner une excellente éducation. Dans la situation où il se trouvait, il lui était impossible de songer à reconquérir ses possessions françaises. Redoutant toujours de perdre la couronne dont il s'était emparé, et poursuivi de remords, il fut atteint dans les dernières années de sa vie d’une affection mentale; et il mourut, le 20 mars 1413, au moment où il méditait une expédition en Palestine. Il eut pour successeur son fils Henri V, qu'il soupçonnait de vouloir le détrôner.
HENRI V, roi d'Angleterre (1413-1422) et régent de France, fils du précédent, naquit en 1388. Douë d'une grande vivacité d’esprit et condamné à linaction par les déliances jalouses de son père, il se livra comme prince royal à la société de jeunes voluptueux, et par cette conduite s’attira les mépris de l'opinion, qui doutait qu’il possédât la capacité nécessaire pour gouverner, Cependant, en maintes circonstances il fit preuve de générosité et de grant deur d'âme, et à la bataille de Shrewsbury il se comporta avec autant de vaillance que d’habileté. Dès qu’il fut monté sur le trône, il éloigna de lui les indignes amis dans ja compagnie desquels il avait jusque alors vécu, s’entoura des conseillers de son père, dont il avait eu souvent à supporter les amères censures, et montra autant de qualités comme roi que d’amabilité comme homme. C'est ainsi qu’il accueillit avec distinction le grand-juge Gascoyne, qui na-
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guère Javait fait arrêter pour des faits indignes de son rang. Enr 4 ccordant une amnistie générale, Henri V s’efforça de faire oublier les sévérités de son père et surtout de se réconcilier avec la maison de Percy. En revanche, il sacrifia à un ciergé fanatique les Zo{{hards , ou partisans de Wicleff. Pour occuper à l’extérieur la force d’action de la nation et reconquérir les provinces de France qui avaient jadis dépendu de l'Angleterre, il déclara la guerre à la France, que déchiraient alors des factions pendant la démence du roi Charles VI. Après avoir comprimé une conspiration du comte Richard de Cambridge, souche de Ja maison d’York (voyez PLANTA- GENET) , Henri débarqua, en août 1415, en Normandie à la tête de 30,000 hommes, et s’'empara d’Harfleur ; mais bientôt la famine et les maladies réduisirent son armée à la situation la plus critique. Henri demanda la paix aux Français, qui étaient venus au-devant de lui avec des forces quatre fois plus considérabies que les siennes, et offrit de rendre la place qu'il occupait moyennant qu’il lui fût libre de s'en retourner par Calais. Les Français exigèrent qu’il se rendit à merci, ete 15 octobre 1415 ils attaquèrent, dans la contrée boisée qui avoisine le village d'Azincourt, son armée, exténuée. Les talents militaires du roi, la froide intrépidité des Anglais et ia nature du terrain, qui ne permettait point à la cavalerie française de se déployer librement, telles furent les causes de la déroute presque incroyable que les Français essuyèrent ce jour-là. Henri V s’en retourna alors en Angleterre, et conclut bientôt avec le duc Jean de Bourgogne une alliance dont le but était la conquête complète de la France. Toutefois, ce ne fut qu’au mois d’août de l’année 1417 qu’on le vit reparaître en Normandie avec une armée de 25,000 hommes , et en deux années il eut presque entièrement conquis cette province. Le duc de Bourgogne se serait volontiers séparé des Anglais pour faire cause commune avec le dauphin, devenu plus tard le roi Charles VII; mais ce prince redoutait le duc autant qu'il le haïssait, et le 10 septembre 1419 il le fit même assassiner. Le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, pour venger la mort de son père, se ligua alors de la manière la plus étroite avec le roi d'Angleterre, Cette alliance amena enfin, le 21 mai 1420, la conclusion du traité de Troyes entre Henri V et la cour de France. Aux termes de la convention qui intervint alors, le roi d'Angleterre épousa Catherine, fille du roi Charles VI, et fut chargé de la régence en France, à la condition qu’à la mort du roi, frappé de démence, la couronne de France reviendrait à lui ou à ses héritiers issus de ce mariage. Quoique dans cette transaction les droits et les libertés des deux peuples eussent été garantis, cette réunion des deux couronnes sur sa tête fut mal vue, même en Angleterre, d’autant plus que le dauphin, renforcé par un corps d’auxiliaires écossais, put se maintenir dans une partie de la France. À la nouvelle de la déroute que le duc de Clarence avait essuyée, le 22 mars 1421, à Beaugé en Anjou, Henri V accourut de nouveau en France à la tête d’une armée de 25,000 hommes; mais tous ses efforts pour déterminer le dauphin à livrer une bataille décisive furent inutiles. 11 mourut dans le cours de cette campagne, à Vincennes, au moment où il venait d’atteindre l’apogée de sa gloire et de ses prospérités, le 31 août 1422; et quelques mois plus tard son infortuné beau-père le suivit dans la tombe.
Henri V, dont le caractère a été parfaitement tracé dans les poésies de Shakspeare, fut aimé et admiré par les Anglais, el même estimé des Français comme homme et comme capitaine. Ce qui distingua son règne, ce fut la stricte observation des lois et le respect de la justice, En outre, il abolit la milice féodale et arma la bourgeoisie, Le parlement ne le soutint que médiocrement dans ses entreprises politiques. Les revenus publics de l'Angleterre s'élevaient sous son règne à 55,700 livres sterling, et les dépenses ordinaires à 52,200 ; mais pendant toute la durée de son règue les subsides accordés par le parlement ne s'élevèrent qu’à 203,000 liv. sterling. Aussi le roi fut-il plus d'une fois réduit à mettre en gage ses joyaux, et même jusqu'à sa cou-
ronne ; et malgré cet état de gène, jamais il ne se rendit coupable d’exactions. Son fils Henri VI (voyez ÉnovarD IV), âgé de neuf mois seulement, né le 6 décembre 1421, lui succéda sur le trône d'Angleterre, et fut aussi couronné à Paris en qualité de roi de France. Peu de temps après la mort de son époux, Catherine se remaria avec Owen Tudor; gentilhomme gallois, dont les descendants montèrent plus tard sur le trône d’Angleterre, Consultez Goodwin, History of the Reign of Henri V ( Londres, 1704 ).
HENRI VI, roi d'Angleterre (1422-1471 ), fils du précédent, était encore au berceau lorsque la mort de son père l’appela au trône sous la tutelle de son oncle le duc de Bedford, qui le fit également couronner et sacrer comme roi de France à Notre-Dame de Paris (décembre 1430 ). Les héroïques efforts de Jeanne d’Arc et le pieux enthousiasme qu'ils inspirèrent aux populations françaises sauvèrent tout à coup la France au moment même où la puissance anglaise y semblait à jamais consolidée. Charles VII put reconquérir successivement les diverses provinces de son royaume, et au bout de quelques années la ville de Calais était le seul point du territoire français qui obéit à Henri VI. Devenu majeur, ce prince, dont les facultés intellectuelles étaient des plus médiocres, épousa Marguerite d’Anjou, fille de René, roi nominal de Sicile ( 1440 ).-La faiblesse d’esprit de Henri VI devint bientôt un état de somnolence et de stupeur voisin de l’imbécillité , et livra l'Angleterre en proie au premier ambitieux qui saurait profiter de ces circonstances éminemment favorables à une usurpation. Cet ambitieux se rencontra dans la personne de Richard, duc d’York, issu, lui aussi, de la maison de Tudor et appartenant même à une branche plus rapprochée de la souche commune que la branche alors régnante. Une insurrection excitée par luimême lui fournit un prétexte pour se faire déclarer pro/ecteur du royaume (1454) et investir à ce titre de pouvoirs qui réduisaient à rien l’autorité du roi. Henri VI, dans un intervalle Incide, et obéissant à l'influence qu’exerce sur son esprit affaibli sa femme, l’intrépide Marguerite d’Anjou, comprend que le véritable souverain de l’Angleterre, c'est celui qu’on lui a donné pour alter ego; il chasse alors de son conseil le duc d’York, qui aussitôt lève ouvertement l'étendard de la révolte. Marguerite d’Anjou arme de son côté, au nom du roi son époux; et la guerre civile semble terminée par la! bataille de Saint-Albans (31 mai 1455), qui fait tomber la personne même du fantôme de roi au pouvoir du duc d’York. Mais Marguerite d'Anjou ne perd pas pour cela courage; elle lève de nouvelles troupes, et parvient à faire enlever son mari de Londres, où le protecteur le retient prisonnier, L'imbécile monarque assiste alors à la bataille de Northampton, où il tombe encore une fois au pouvoir du duc d’York. L’intrépide Marguerite réunit une troisième armée, et la bataille de Wakefield, où son adversaire est tué, semble décider la lutte en sa faveur. Mais le duc d’York, en mourant, a laissé un fils, Édouard, qui devient tout aussitôt le chef nominal d’un parti, dont Warwick, demeuré à la tête de quelques troupes, et maître de la personne du monarque, qu’il trainait à sa suite, élait l'âme. Marguerite rencontre Warwick sous les murs de Saint- Albans ; et à six années de distance les plaines qui furent témoin de sa défaile deviennent le théâtre d’une victoire qui lui rend son époux et replace l’autorité royale en ses mains sous le nom de Henri VI. Mais Warwick, resté maître de la ville de Londres, y fait proclamer le jeune duc d’York sous le nom d’Édoua rd IV. La lutte recommence, plus acharnée; Marguerite est successivement vaincue à Towton et à Hexham , où son époux retombe au pouvoir de Warwick, qui le fait enfermer à la Tour de Londres. Il n’y a plus dès lors d’autre roi d'Angleterre qu'Édouard IV , qui à ce moment se croil assez fort pour secouer le joug de plomb que lui impose Warwick. Mais celui-ci fait bientôt repentir son protégé de ses velléités d'indépendance. En 1470 il tire lui-même l'imbécile Henri VI de sa prison , et replace ce Mannequin royal sur le trône, dont Édouard IV est solen-
nellemnent déclaré déchu. La fortune se montre infidèle à ! Warwick, surnommé par le peuple King-Maker (le Faiseur } de Rois); Édouard IV, après quelques mois d'absence, se | | le 7 novembre, qu’il épousa Élisabeth, à laquelle il fit égale- : ment sentir les effets de sa haïne pour la maison d’York. La
trouve en mesure de recommencer la lutte, La ville de Londres se déclare en sa faveur, et Henri VI tombe encore une fois du trône pour rentrer en prison. Sa femme, pendant ce temps-là, persévérait à revendiquer ses droits. Elle parvient à réunir une nouvelle armée; mais les deux batailles qu'elle livre et perd successivement à Barnet et à Tewksbury ( 14 avril et 4 mai 1471) ont pour résultat de ruiner sa cause définitivement et sans ressources ; car cette fois la courageuse reine et son fils tombent entre les mains d'Édouard. Dès lors l'existence de Henri VI était inutile. On résolut donc de s’en débarrasser sans plus de délai; et, après avoir été pendant quinze ans promené du palais à la Tour, ce prince mourait enfin, à l’âge de cinquante ans, quelques jours seulement après le dernier désastre essuyé par sa malheureuse femme; l'opinion accusa généralement le duc de Glocester, devenu ensuite roi sous le nom de Richard III, de l'avoir poignardé de sa main dans sa prison. Quant à Marguerite d'Anjou, Louis XI fit cesser sa captivité moyennant une rançon de 50,000 couronnes, et l'héroïque veuve put mourir en paix en France, en 1482.
HENRI VIX, roi d'Angleterre (1485-1509), né en 1456, élait fils de Marguerite de Beaufort, héritière de la maison de Lancastre (voyez PLANTAGENET ), et d'Edmond Tudor, comte de Richmond, dont il porta également le titre. Quand Édouard IV, de la maison d'York, eut expulsé la maison de Lancastre du trône d'Angleterre, le jeune Richmond fut conduit en Bretagne par son oncle, le comte de Pembrocke ; et ce fut bien inutilement qu'Édouard 1V somma le duc de Bretagne, François IT, de lui livrer l'héritier de l’autre branche de sa maison. Plus tard, quand Richard IIL eut usurpé le trône d’Angleterre, Richmond devint l’espoir non pas seulement de tous les partisans de la maison de Lancastre, mais encore de fous ceux qui haïssaient et redoutaient l’usurpateur. Le duc de Buckingham, qui songeait à renverser le tyran, réussit même à fiancer Richmond avec Élisabeth, fille aînée d’Édouard IV; union qui confondait jasqu’à un certain point les intérêts des deux maisons ennemies d’York et de Lancastre, et qui prêtait plus de force aux droits héréditaires de Richmond. Mais Buckingham paya de sa tête ses machinations dans l’intérèt d’une restauration ; et ce fut le roi Richard IIL lui-même qui épousa la princesse. Richmond se décida alors à prendre un parti décisif, Menacé d’ailleurs d’être livré à Richard par le favori du duc de Bretagne, Pierre Landais, il s’'échappa, et vint se réfugier à la cour du roi de France, Charles VIII, où il trouva aide et appui. Après avoir organisé une expédition composée de 2,000 Anglais, il mit à la voile de Harfleur, le 6 août 1485, et alla débarquer à Milford-Haven , au sud du pays de Galles, où tout aussitôt il lui arriva des renforts considérables. Le 22 du même mois Richmond se rencontra enfin à Bosward avec Richard, dont l’armée était forte d'environ 12,000 combattants, tandis que la sienne ne montait guère qu’à la moitié de ce nombre. Mais au commencement de l’action survint à la tête de 7,000 hommes lord Stanley, qui jusque alors ne s’était prononcé pour aucun des deux partis, et qui à ce moment se mit avec son monde du côté de Richmond, Ce puissant et inattendu renfort décida B victoire en sa faveur, et Richard III périt lui-même dans la mêlée. Les vainqueurs trouvèrent sa couronne sur le champ de bataille; on la mit aussitôt sur la tête de Richmond, qui fut proclamé roi d'Angleterre sous le nom de Henri VII.
Le peuple et les seigneurs, également fatigués de la guerre civile et de la tyrannie, accueillirent le nouveau roi avec enthousiasme. Henri pouvait établir son droit à la couronne sur la conquête, sur son mariage avec Élisabeth, enfin sur sa descendance de la maison de Lancastre : c’est pour cette qualité qu'il se décida, et en même temps il recommença le système de persécution contre la maison d’York en s’assu-
rant de la personne du jeune comte de Warwick, seul reje. ton mâle de la Rose rouge. Ce ne fut qu'après avoir été couronné le 30 octobre et confirmé comme roi par le parlement
nation avait cru à la réconciliation de ces vieilles et déplorables inimitiés de famille; aussi ces nouvelles persécutions provoquèrent-elles partout un vif mécontentement, Un prêtre rusé et adroit d'Oxford, appelé Simon, détermina alors un certain Lambert Simnel, fils d'un boulanger, à se faire passer pour Richard d'York, fils d'Édouard IV, et bientôt après pour le comte de Warwick. L’imposteur joua si parfaitement son rôle, que les seigneurs irlandais le couronnèrent sous le nom d’Édouard VI. Cette révolte prit des proportions dangereuses, quand la duchesse douairière de Bourgogne, sœur d’Édouard VI, eut envoyé en Irlande un corps de troupes auxiliaires commandées par le comte de Lincoln, qui, après avoir reçu d'importants renforts dans ce pays, envahit l'Angleterre. Henri VIL battit les révoltés en juin 1487, à Stoke, dans le comté de Nottingham. Lambert Simnel fut fait prisonnier; et la seule vengeance que tira de lui Henri VII fut de le condamner à remplir désormais l’emploi de marmiton dans ses cuisines. Quant à ses complices, ils furent punis par de fortes amendes. Bien que la politique de Henri VII ne fût nullement militante, ce prince ne s'en trouva pas moins mêlé à la querelle du duc de Bretagne avec le roi de France. Il arma dans le dessein apparent de profiter de cette circonstance pour essayer de reconquérir les provinces de France qui avaient autrefois fait partie des domaines des rois d'Angleterre; et en octobre 1492 il débarqua à Boulogne, à la tête d’une armée considérable ; mais dès le mois suivant il se Jaissait acheter la paix (traité d’Étaples, signé le 30 novembre 1492) par le roi Charles VIII moyennant une forte somme d’argent.
Cependant, la duchesse de Bourgogne avait réussi à susciter à Henri VII, l’ennemi de sa maison, un dangereux rival dans la personne d’un autre prétendant, d’origine juive et appelé Perkin Warbeck. A l’époque où la France était en guerre avec l'Angleterre, cet aventurier avait été reçu avec tous les honneurs royaux à la cour de Charles VIII; la paix une fois rétablie entre ies deux puissances, il passa en Écosse, où le roi Jacques IV l’accueillit comme le fils légitime d’Édouard IV et lui fit épouser une de ses parentes, lady Gordon. En 1495 Jacques IV envahit même le sol anglais à la tête d’une armée, dans l'intérêt de Perkin Warbeck, qui se faisait appeler Richard IV. Ce fut seulement en 1497 que Jacques fit sa paix avec Henri VII et abandonna la cause de Perkin Warbeck, à qui dans l'intervalle un grand nombre de seigneurs anglais étaient venus rendre hommage et prêter serment de fidélité. Perkin Warbeck se réfugia dans le pays de Cornouailles , où la population, mécontente des impôts excessifs que le roi prélevait sur elle, semblait devoir lui venir en aide; et avec des forces minimes il entreprit alors le siége d’Exeter, où il tomba aux mains de Henri VII, qui le fit d’abord enfermer à la Tour, et, à la suite de diverses tentatives d'évasion, finit par l’envoyer au gibet. Henri VII mit à profit le rétablissement de la paix et de Ja tranquillité pour faire cesser les désordres intérieurs, consolider le trône et accroitre autant que possible l'autorité royale. Dans cette œuvre il déploya une activité, une fermeté et une habileté qui lui valurent la réputation du plus grand politique de son siècle. Il affaiblit la puissance de la noblesse en autorisant le partage de ses immenses propriétés foncières, et en affranchissant légalement les paysans de toutes charges féodales. En même temps il favorisait la bourgeoisie, en améliorant la législation civile et commerciale ainsi que l'organisation judiciaire. Les progrès du commerce et de ja navigation , bases essentielles de la puissance anglaise, furent l’objet constant et particulier de toute son attention; et il n’épargna à cet effet ni soins ni sacrifices. C’est sous
! son règne que fut construit le premier navire de guerre
anglais. Un accident seul l’empêcha d'envoyer Christophe Colomb découvrir le Nouveau Monde; mais il seconda les efforts de Sébastien Cabot, qui en 1497 découvrit le continent américain. Le caractère de Henri VII offrait beaucoup de similitude avec celni de Guillaume le Conquérant. Il était sévère, intéressé et encore plus avide d’argent qu'ambitieux, et ne laissait échapper aucune occasion d’accroilre son trésor par des voies licites ou illicites. Henri VIL mourut le 29 avril 1509; peu de temps avant sa mort, il avait rendu une amnistie générale et ordonné qu’on réparât les exactions qu'il avait pu commettre. Consultez Marsollier, Histoire de Henri VII (Paris, 1700).
HENRI VIII, roi d'Angleterre et d'Irlande (1509-1547), fils du précédent, né le 28 juin 1491, était heureusement doué, sous le rapport intellectuel, comme sous le rapport physique, et reçut une éducation savante, voire théologique. La nation anglaise, qui avait tant eu à souffrir des penchants rapaces de son père, salua avec joie son avénement au trône, et se laissa éblouir par les premiers débuts de son règne. Après avoir épousé, en 1509, Catherine d'Aragon, veuve de son frère Arthur et sœur uté-
rine de l'empereur Charles-Quint, uniquement dans le but |
de maintenir ainsi les rapports d’alliance de l'Angleterre avec
l'Espagne contre la France, les mêmes motifs le portèrent |
à intervenir dans les affaires politiques du continent. En 1512, il s’allia avec Maximilien 1% contre Louis XII. Quoi-
qu'ayant remporté avec l’empereur, en 1513, à Guinegate, la | bataille dite des Éperons, cette guerre ruineuse ne lui | doctrines de Luther, le pape Léon X lui avait décerné le titre
rapporta aucun avantage particulier, Révolté en outre de
légoïsme de ses alliés, il ne conclut pas seulement la paix, | en août 1514, avec le roi de France Louis XII, à qui il fit |
épouser sa sœur Marie; mais encore il signa plus tard avec François 1° un traité formel contre Charles-Quint. Le roi d'Écosse Jacques IV, qui avait perdu, le 9 septembre
1513, la bataille de Flodden, obtint également de lui une |
paix équitable. À l’avénement de François 1°" au trône, l'alliance entre l'Angleterre et la France paraissait d'autant plus solide, que les rois de ces deux pays avaient également échoué dans leurs efforts pour disputer la couronne impériale à Charles-Quint. Mais celui-ci, en faisant entrevoir la tiare au ministre favori de Henri VIII, réussit à le gagner à ses intérêts et à détacher ce prince de l'alliance
de la France. Au mois de novembre 1521 intervint donc !
entre l’empereur et le roi d'Angleterre un traité secret, aux termes duquel Henri VIII commença une guerre très-
impolitique contre la France. 11 se conduisit tout aussi ca- |
pricieusement en ce qui concernait l’administration intérieure des ses États. Après avoir dissipé le trésor amassé
par son père, il eut recours aux exactions, et, en 1523, il con- |
traignit, sous peine de mort, le parlement à lui accorder des subsides considérables; puis, irrité de la résistance qu’il rencontrait dans ce corps, il fut sept années sans le convoquer. Cependant Wolsey avait vu déjà maintes fois échouer sa candidature à la papauté ; et le dépit qu'il en conçut le porta à tout faire pour brouiller l’empereur et le roi d’Angleterre. On s’abstint, il est vrai, de rappeler l’armée anglaise qui occupait une partie du territoire français; mais quand, en 1525, François 1° devint, à la bataille de Pavie, le prisonnier de Charles-Quint, Henri VIII n’hésita point à conclure avec la cour de France un traité d'alliance. La lutte continentale qui semblait alors imminente fournit au roi un prétexte pour pressurer plus que jamais ses sujets , de sorte que des révoltes éclatèrent ouvertement sur difiérents points de l'Angleterre. Toutefois, ce ne fut qu’en 1928 que commencèrent les hostilités de l'Angleterre contre l'empereur ; et la paix de Cambray (5 août 1529) y mit fin dès l’année suivante.
Depais longtemps Henri VII avait conçu le projet de divorcer d'avec sa femme, tante de l'empereur ; maintenant que l'alliance des deux princes n'existait plus, il n'hésita point à le réaliser, Prétextant des doutes de conscience au sujet d'un mariage conclu contrairement aux canons avec la veuve
de son frère, il prétendit que les dispensés accordées par le papeétaientinsuffisantes pour letranquilliser, parce qu’elles avaient été données à l’époque de sa minorité. Mais son véritable motif pour divorcer, c’est qu’il n'aimait point sa femme, princesse dépourvue de grâces et d’attraits, dont il n'avait qu'une fille, et qu'il voulait épouser Anne de Boulen. Redoutant le juste courroux de l'empereur, le pape Clément VII chercha à faire traîner cette affaire aussi longtemps que possible, puis finit par envoyer à Londres le cardinal Campeggio, chargé d’instruire la cause du divorce d'accord avec Wolsey. Mais avant que la décision suprême eût pu être rendue, Clément VII rappela, en 1529, son légat et cita le roi à comparaître devant son propre tribunal, à Rome. Wolsey supporta le premier les effets du courroux de Henri VIII, qui le chassa de sa cour. D’après les conseils de Cranmer, devenu bientôt par là primat d'Angleterre, on déféra l’affaire du mariage à l'appréciation des universités, tant nationales qu’étrangères, et même des docteurs de la synagogue. Les plus célèbres théologiens, à l'exception de Luther et de Mélanchthon, déclarèrent le mariage nul en droit et en fait. Le clergé anglais fut naturellement du même avis, quoique les universités d'Oxford et de Cambridge, par crainte de la réformation, se montrassent défavorables à un divorce ainsi effectué, Jusque alors Henri VILI avait toujours passé pour un zélé catholique. Il n’avait pas seulement poursuivi par le fer et le feu les partisans de Wickleff, mais encore ceux de la réformation del’Église entreprise par Luther ; et en récompense des écrits qu’il avait fait paraître contre les
de Défenseur de la foi. Or, maintenant que le pape se refusait à toute transaction sur la question du divorce, Henri VII résolut d’affranchir graduellement son royaume de l’autorité spirituelle du saint-siége. Le désir de s’approprier les biens de l’Église et d'accroître la puissance royale ne contribua pas moins que la situation particulière où il se trouvait à déterminer le roi d'Angleterre à prendre un tel parti. Au mois de janvier 1531, il exigea dü clergé le payement de sommes considérables et en même temps il le contraignit à signer une déclaration par laquelle, aux termes d’un antique statut, il reconnaissait le roi comme protecteur et chef unique de l’Église d'Angleterre; l’année suivante, un acte du parlement supprima les annates.
Après avoir renouvelé son traité d’alliance et d'amitié avec François I*", Henri VIII épousa, le 14 novembre 15392, Anne de Boulen. Ce ne fut pourtant qu’au mois de mai de l’année suivante qu’il fit prononcer par un tribunal ecclésiastique son divorce d’avec Catherine d'Aragon. En même temps, le parlement rendit une loi qui déclarait seuls aptes à hériter de la couronne les enfants qui naïîtraient de
| ce second mariage, et qui imposait à tous les sujets anglais, | Sous peine d’être considérés comme coupables du crime de
haute trahison, obligation de prêter serment d’obéissance à la nouvelle loi de saccession. Ilne se rencontra que deux hommes assez courageux pour protester contre cet abus du droit de la force, Thomas Morus et Fisher, évêque de Rochester; et tous deux expiaient leur témérité, en 1535, en périssant sur l’'échafaud, de la main du bourreau. Le parlement convoqué en 1534 abolit complétement la juridiction spirituelle du saint-siége en Angleterre, en même temps qu’il adjugea au roi les biens de l'Église et qu’il le chargea du droit de juridiction et de réformation, ainsi que du soin de poursuivre et punir les hérétiques, etc. Dès 1536 Henri VIIL fit usage de ses nouveaux pouvoirs, en supprimant une foule de petits monastères et en faisant traduire la Bible en langue vulgaire, d’après les conseils de Cranmer. Le procès et le supplice d'Anne de Boulen (19 mai 1536) et le mariage qu
Benri célébra le lendemain même avec Jeanne Seymour firent un moment diversion aux troubles et aux bouleversements religieux. Le parlement dut rendre en effet une nouvelle loi qui excluait de la succession au trône la princesse Élisabeth, née du mariage de Henri VIII avec Anne de Boulen, et qui, au cas où le roi viendrait à mourir sans
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Jaisser d'héritier, conférait à ce corps le droit de disposer | de la couronne comme il l’entendrait : des pénalités effrayantes servaient de sanction à ces deux lois.
Pour fixer les principes de l'Église en matières de foi, Henri VIII convoqua, en juin 1536, une assemblée du clergé à laquelle il soumit sa confession de foi, mélange de doctrines catholiques et protestantes, qui à la suite de longues discussions finit par être adoptée, puis, après avoir été encore modifiée de la main même du roi, fut déclarée constituer désormais la règle de la foi. Dès le mois d’octobre de cette même année, ces procédés despotiques en matières de conscience provoquèrent dans plusieurs provinces de dangereuses révoltes populaires, dirigées par des fanatiques, et qu’on eut beaucoup de peine à comprimer. La répression de ces mouvements insurrectionnels, la naissance du prince Édouard (12 octobre 1537), que suivit cependant bientôt la mort de la reine, consolidèrent tellement la puissance de Henri, qu’en 1538 il n’hésita plus à s'emparer des biens appartenant aux grandes et riches abbayes. En dissipant les trésors immenses que ce système de confiscation accumula successivement entre ses mains, Henri VIII ne laissa pas du moins que de favoriser les développements du commerce et de l'industrie. d
Le clergé obtint enfin du pape Paul IT, en 1538, qu’il publiât la bulle d’excommunication qui depuis plusieurs années déjà avait été lancée contre le roi d'Angleterre; mais cette mesure extrême ne produisit aucun effet. Pour extirper toute divergence d'opinions en matières religieuses, Henri VIII soumit au parlement, en 1539, six articles de foi, qui furent également adoptés et proclamés comme dogmes de l’Église d'Angleterre : ces six acticles sont fameux dans l’histoire sous le nom de Statut de Sang (Bloody Bill). La conséquence immédiate de cette mesure fut une persécution sanglante des protestants, qu’elle violentait plus que tous autres dans leur conscience. Le parlement ne fit pas moins bon marché au roi des antiques libertés de la nation en reconnaissant force de loi aux édits royaux soumis au conseil | d'Etat.
Après avoir hésité entre différents projets de mariage, | Henri VIII, qui attachait un certain prix à se faire bien voir des princes allemands, et en outre trompé par un portrait beaucoup trop flatté, œuvredeHolbein, épousa, le6 janvier : 1540, la princesse Anne de Clèves. Mais ne l'ayant point | trouvée à son gré, il divorça d’avec elle dès le mois de juillet ! suivant, en même temps qu'il faisait intenter un procès de : haute trahison à son chancelier Thomas Cromwell,cou- | pable uniquement de lui avoir conseillé ce mariage , et à qui ! il fit trancher la tête, le 28 juillet, |
L'influence de Catherine Howard, que Henri VIIL épousa |! le 8 août 1540, mit le duc de Norfolk et Gardiner à la tête des affaires ; et alors commença une violente persécution des protestants. Une foule d'hommes de mérite, qui se refusèrent , à tenir pour articles de foi les six articles, furent brûlés : ou pendus. Pendant ce temps-là Henri apprenait avec terreur que sa nouvelle épouse avait précédemment mené une conduite plus qu'équivoque et ne se respectait pas davantage maintenant. Il en pleura de dépit; mais le 12 février 1542, ! sans que la culpabilité de Catherine Howard eût été juridiquement prouvée, il l’envoya à l’échafaud avec ses pré- : tendus complices et amants. C’est à cetteoccasion que le par- | lement renditune loi qui déclarait coupabledu crimede haute ! frahison, par conséquent condamnait à la peine de mort : 1° quieonque , connaissant les déportements de la reine, ne lesrévé. ! lerait pas aussitôt au roi ; 2° toute jeune fille qui, ayant perdu sa | virginité, oserait épouser le roi; 3° toute reine d'Angleterre | qui se laisserait séduire; 4° tout individu qui lui ferait la ! eour et lui adresserait, de bouche ou par écrit, ou encore | par un entremetteur, une déclaration d'amour ; 5° enfin, qui- | conque lui servirait de confident ou de témoin dans de ! eoupables intrigues.
Henri VII] ayant vainement essayé de déterminer son ne- : veu le roi d'Écosse, Jacques V, à opérer les mêmes réformes |
que lui dans l'Église de ce pays, finit par lui déclarer Ja guerre. Le 12 février 1542 l’armée anglaise, proMtant de la discorde qui régnait dans les rangs des Écossais, les vainquit sur les rives du Solway; et la douleur que cette défaite causa au roi Jacques le conduisit au tombeau. Henri conçut alors le projet de réunir les couronnes d'Angleterre et d'Écosse, et, avec l’assistance de la famille Hamilton, il chercha à flancer son fils avec Marie, fille et héritière de Jacques V ; mais le parti catholique écossais vint à la traverse de ce plan. Le 12 juillet 1543 Henri VIII épousa la venve de lord Latimer, Catherine Parr, qui fut assez adroite pour gouverner pendant quelque temps ce tyran en flattant sa manie pour les controverses religieuses, dans lesquelles, dit-on, elle excellait. Mais si elle fut assez heureuse pour échapper au soupçon d’hérésie, peu s’en fallut que son époux, jaloux des succès remportés par elle, devant témoins, en maintes discussions théologiques, ne lui fit payer cher ces défaites infligées à sa vanité. Il eût bien été capable de lui faire éprouver le sort tragique de ses devancières, le tyran qui faisait punir de la dégradation et du fouet les professeurs et les étudiants de l’université d'Oxford assez osés pour prononcer le grec autrement que lui!
En février 1543, Henri s’allia de nouveau à l’empereur contre François 1°", qui à diverses reprises s'était raillé de lui et qui l'avait particulièrement irrité par le rôle qu'il avait joué dans les affaires d'Écosse, Après avoir rendu leurs droits de succession au trône à ses filles Marie et Élisabeth , il commença, en 1544, la guerre contre la France, qu’il envahit par Calais, tandis que l’empereur pénétrait en Champagne. L’opiniâtreté de Henri à ne pas vouloir agir d'accord avec son allié ni combiner ses opérations avec les siennes dévermina l’empereur à signer, le 18 septembre 1544, à Crespy, la paix avec le roi de France, quatre jours après que le roi d'Angleterre se fut emparé de Boulogne. Ce ne fut qu’au mois de juin 1546 qu’il consentit à cesser une lutte demeurée à peu près sans résultats, et qui n'avait pas coûté à l’Angleterre moins de 1,300,000 liv. sterl. Vers
| la fin de cette même année, Henri VIII fut pris d’une fièvre
lente, qui l’inquiéta d’autant plus que son fils n’était encore âgé que de neuf ans. 11 redoutait surtout le puissant duc de
. Norfolk et son fils, le comte de Surrey, jeune homme
plein de mérite, qui avait refusé de contracter un mariage qu’il lui imposait. Henri fit trancher la tête au fils, sous un prétexte plus ou moins spécieux ; et le père n’échappa au même sort que parceque le roi mourut, le 28 janvier {547. D'une voix déjà à moitié éteinte, le tyran avait ordonné que l'exécution aurait lieu le lendemain.
[Angleterre n’eut aucune obligation directe à ce despote sanguinaire, dissipateur, mais énergique; et à la honte de l'humanité, il faut ajouter avec Humie que non-seulement cet autre Néron se fit respecter de ses sujets, mais qu’il n’en fut jamais haï. Sous son règne, pourtant, les édits de religion et les édits relatifs à la succession au trône donnè-
, rent tant d'extension et de définitions diverses au crime de : haute trahison, que quiconque en était accusé devait néces :
sairement encourir une condamnation capitale. La noblesse anglaise se vengea tout aussitôt &e la tyrannieque Henri VIE avait pendant si longtemps fait peser sur elle, en annulant toutes les mesures prises par luien vue de la minorité d'Edouard VI, et en élisant le duc de Somerset pour protecteur. Consultez Turner, History of Henry VIII (2 vol.
: Londres, 1826); Thomson, Memoirs of the court of
HenryVIli (2vol.,1828); Tytler, Life of King HenryVIII (1836); Audin, Histoire: d'Henri VIII et du Schisme (2 vol., Paris, 1847); Froude, History of England from the fall of Wolsey (Londres, 1856-66, 10 vol.). HENRI, dit Le Lion, duc de Saxe, de 1139 à 1195, le plus remarquable des princes allemands du douzième siècle, né en 1129, était fils de Louis le Superbe, duc de Saxe, et
: par sa mère petit-fils de l’empereur d'Allemagne Lothaire.
Son père étant mort empoisonné dès l'an 1139, sa mère Gertrude et son aïeule Richenza dirigèrent pendant sa mi-
norité l'administration du duché de Saxe. Henri, devenu | maieur en 1146, réclama à la diète de Francfort, en 1147, | de l'empereur Conrad, le duché de Bavière, qui avait été enlevé à son père, mais qui ne lui fut restitué qu'après la mort de Conrad, par l’empereur Frédéric I‘, Ses domaines s’étendirent dès lors de la mer du Nordet dela Baltique à Adriatique; et en 1154 les vassaux des domaines héréditaires des Guelfes en !talie durent lui prêter le serment féodal. 11 confia le gouvernement de la Bavière au comte palatin Othon de Wittelsbach, pour consacrer tous ses Soins au duché de Saxe. En forçant les évêques des pays conquis à recevoir de lui l'investiture par la crosse et l'anneau, il sou- Jeva leur haine. A partir de 1164, ses ennemis, à la tête desquels était l'archevêque de Brême, Hartwig, s’unirent successivement contre lui, et conclurent en 1166, à Mersebourg , une ligue à laquelle accédèrent bientôt les évêques de Magdebourg , d’Halberstadt et d’Hildesheim , et les margraves de Thuringe et de Brandebourg. Mais, par la rapidité de ses mesures défensives et offensives, il eut bientôt déjoué leur mauvais vouloir, en même temps qu’il s’emparaïit de la ville de Brême et du pays d’Oldenbourg. Vers ce temps, il divorca d'avec sa première femme , et épousa Mathilde, fille de Henri IL, roi d'Angleterre. Bientôt après, il entreprit une expédition en Palestine. Pendant son absence, l’empereur Frédéric 1° profita du bruit de sa mort pour faire rentrer en son pouvoir les places fortes de la Saxe. Au retour de la croisade, Henri suivit bien encore, en 1174, l'empereur dans sa cinquième campagne en Italie; mais il se sépara de lui à Alexandrie, et sa défection contraignit Frédéric 1° à traiter à des conditions défavorables avec: ses ennemis, en 1176. Frédéric se vengea en réveillant les vieilles haines qui existaient parmi les princes allemands contre Henri; après l'avoir inutilement cité à comparaître devant trois diètes successivement tenues à Ratishonne, à Magdebourg et à Goslar, il le mit formellement au ban de l'Empire, par un décret rendu lors de la diète tenue à Wurtzhourg en 1180. Cette mesure lui enlevait tous droits de souveraineté sur les États qu’il avait jusque alors possédés, et ses divers fiefs furent concédés à d’autres. Ainsi, Othon de Wittelsbach obtint le duché de Bavière , Bernard d’Ascanie la Saxe, et l’archevêque de Cologne l’Angrieet la Westphalie, qu’on érigea en duché. Henri prit les armes, battit à Hellerfeld les bandes de l’archevêque de Cologne, et fit prisonnier Ulric, évêque d’Halberstadt. Justement alarmé, l'empereur marcha sur la Saxe à la tête de forces considérables et en se faisant précéder d’une déclaration qui menaçait {ous ceux qui prêteraient aïde et appui au rebelle des mêmes peines que lui. Henri, abandonné de tous ses vassaux, se vit alors réduit à aller se réfugier en Angleterre auprès de son beau-père, le roi Henri 11; la ville de Brunswick seule lui resta fidèle , et fut inutilement assiégée par l'archevêque de Cologne. A bout de ressources, Henri vint se prosterner devant l’empereur à Erfurt, en 1182, et implorer sa grâce; mais tout ce qu’il put obtenir, ce fut la conservation de ses domaines héréditaires, Brunswick et Lunebourg, et encore sous l'obligation de s’absenter de l'Allemagne pendant trois années, qu'il alla passer en Angleterre. Rappelé parPhilippe, archevêque de Cologne, qui avait abandonné le parti de l’empereur , il vécut, à partir de 1184, tout à fait tranquille à Brunswick. L'empereur, qui se défiait toujours de lui, s'étant décidé à partir pour la Palestine, il exigea qu’il l'y accompagnât ou qu’il allät de nouveau résider pendant trois ans en Angleterre. C’est ce dernier parti que prit Henri (1188); mais dès l’année suivante il revenait guerroyer sur les bords de PElbe contre les princes et les seigneurs qui tenaient pour l’empereur. Ces luttes donnèrent lieu aux plus terribles dévastations, et sur les ruines qu'il laissait après lui le duc de Saxe faisait inscrire ces mots : Vestigia leonis. Ji n’y eut de réconciliation opérée entre lui et l'empereur que lorsqu'il eut marié Henri, son fils aîné, avec Agnès, fille et héritière de Conrad, comte palatin du Rhin, frère de Frédéric,
Henri Le Lion mourut à Brunswick, en 1195, et fut enterré dans la cathédrale de cette ville, où on voit encore aujourd'hui son tombeau. Si l’histoire a conservé le souvenir de son nom , c’est bien moins à cause de ses prouesses, que parce qu’au milieu de ses luttes si ardentes contre la puissance impériale , il ne laissa pas que de donner tous ses soins à assurer le bien-être de ses sujets, à favoriser les développements du commerce et de l’industrie, à encourager les savants. Il eut pour successeur son fils Henri le Beau.
HENRI. Il y eut quatre rois de Castille de ce nom :
HENRI 1e”, dit Ze Bon, fils d’AlphonseIX, n’avait que neuf ans lorsqu'il monta sur le trône, en 1214. Sa mère, Bérangère, et le comte de Lara le retenaient prisonnier. Cette captivité devint le signal d’une guerre civile. Les autres seigneurs castillans se liguèrent contre la puissante famille de Lara. Henri ne porta pas longtemps le titre de roi. Il mousut en 1217. On attribua cette mort prématurée à la chute d’une tuile, qui l'aurait grièvement blessé,
HENRI IE, roi de Castille, dit de La Merced, fils naturel d’Alfonse XI et d’Éléonore de Guzman, né en 1333, s'était rendu fameux sous le nom de Henri de Transtamare , dans les guerres contre Pierre le Cruel, auquel il disputait le trône de Castille. IL avait à venger la mort de sa mère et de son frère, que son compétiteur avait fait massacrer. Il se ligua d’abord avec plusieurs seigneurs, mais succomba dans cette première attaque. Il se retira alors en France , dont le roi était justement irrité contre Pierre, qui avait fait mourir Blanche deBourbon, et repassa les Pyrénées avec une armée française, commandée par Duguesclin et le comte de la Marche. Après une lutte longue et meurtrière, Pierre fut battu près du château de Montiel, où il se réfugia, et Henri poursuivit sa victoire. Pierre avait offert à Duguesclin les plus brillantes récompenses s’il voulait abandonner la cause de Henri. Il ne put réussir. N'ayant plus ni armée ni trésor, et toute la Castille s'étant soulevée contre lui, il demanda une entrevue à Henri ; etil fut convenu qu’elle aurait lieu dans la tentede Duguesclin. Pierre, qui n’avait plus le choix des moyens, s’abandonna à sa destinée : malgré les avis de quelques nobles castillans qui lui étaient restés fidèles, il monta à cheval et sortit du château : à peine avait-il franchi la dernière enceintequ'’il se trouva face à face avec Henri, qui s’écria : « Où est ce juif, qui se fait appeler roi de Castille? « — « Tu es un traître, lui répondit son rival; je suis Pierre, roi de Castille, fils légitime d'Alfonse ». Et il se précipita sur Henri, qu'il renversa. Il allait le percer de son épée, quand Duguesclin, par un mouvement rapide, le jeta de côté. Henri eut le temps de se relever, et enfonça son long poignard dans le cœur de Pierre, qui mourut sur le coup. Henri fut immédiatement proclamé roi de Castille (1369). 11 eut longtemps à combattre de nouvelles lignes de seigneurs, dont il triompha ; mais le roi de Grenade, craignant qu'il ne tournât ses armes contre lui, le fit empoisonner, le 13 mai 1379. Sa vie aventureuse n’avait été qu'une suite de guerres et d'attaques. Il ne laissa que deux enfants légitimes, Jean 1°", qui lui succéda, et Éléonore de Castille, qui fut depuis reine de Navarre, et six enfants naturels.
HENRI JU, fils de Jean 1°", succéda à son père en 1390; il n'avait que onze ans. Il fut surnommé l'Infirme ou Le Valétudinaire, à cause de la faiblesse de sa santé, Plusieurs factieux se disputèrent le pouvoir pendant sa minorité; la Castille fut continuellement agitée par l'ambition des grands, et leur rivalité se manifesta par de sanglantes collisions. Devenu majeur, Henri III comprima les factions sans pouvoir les détruire. Attaqué par les rois de Portugai et de Grenade, il les comhattit avec succès. Il avait envoyé une-grande armée contre les Maures , lorsqu'il mourut empoisonné par un médecin juif, à Tolède, le 25 décembre 1406, à l’âge de vingt-sept ans. Son fils Jean II lui succéda.
HENRI IV, roi de Castille et de Léon, dit l'Impuissant, était né le 25 janvier 1425, de Jean IT, et monta sur le trône le 20 juillet 1454. Turquet raconte dans son His-
toire d'Espagne que Henri IV, déterminé à se justifier à tout prix de ce reproche d’impuissance, s'était fait remplacer dans le lit conjugal par Alphonse d’Albuquerque, son favori, et que la reine eut beaucoup de peine à se résigner à cette substitution. Telle fut, disent encore d’autres historiens, l'origine de Jeanne de Castille , qui depuis épousa son oncle Alphonse V, roi de Portugal. Henri-l’Impuissant avait répudié sa première femme, Blanche d’Aragon, sous prétexte de sortilége. 11 fut déposé en 1465, par les Castillans, qui déférèrent la couronne de Castille à son frère l’infant don Alphonse, et mourut en 1474. Durey (de l'Yonne)
HENRI DE BOURGOGNE, comte de Portugal, petit-fils de RobertIer, duc de Bourgngne, doit être considéré comme le fondateur du royaume ‘e Portugal; il est en effet le chef de la première famille qui régna sur cette monarchie. A la tête d’une petite armée de Bourguignons et de Béarnais, il franchit les Pyrénées, à la fin du onzième siècle, et se rendit maître du Portugal, qu’il gouverna avec sagesse, sous le titre de comte souverain. Il y fit fleurir la religion, alla guerroyer dans la Palestine en 1103, et combattit de nouveau les Maures d’Espagne à son retour. Il avait épousé Thérèse, fille naturelle d’Alphonse VI, roi de Castille. Les Béarnais, qui composaient la plus grande partie de son armée d’aventuriers, s’établirent dans les domaines qu’ils avaient conquis, et y introduisirent leurs usages et leur langue, qui est devenue celle du pays. De là l’analogie presque identique entre les deux idiomes du Portugal et du Béarn, tandis que la langue espagnole, qui les sépare, na avec l’un et l’autre que des rapports fort secondaires. De savants critiques se sont donné beaucoup de peine pour expliquer cette analogie, et se sont livrés à de laborieuses in\esligations pour résoudre ce problème de linguistique. 1 leur aurait suffi, pour mettre fin à toute incertitude, de lire les premières pages de l’histoire de Portugal, Henri d Bourgogne, mort en 1112 au siége d’Astorga, eut pour successeur son fils Alphonse Jer, surnommé Henriquès , qui le premier prit le titre de roi de Portugal.
Durex (Je l'Yonne),
HENRI, cardinal, roi de Portugal, était le troisième fils ! du roi Emmanuel : il naquit à Lisbonne, le 31 janvier 1512, Ayant embrassé de bonne heure l’état ecclésiastique , il devint archevêque de Braga et d’Evora , et ce fut lui qui établit l’inquisition en Portugal. Régent pendant la minorité de son neveu Sébastien, il lui succéda en 1578. Sur 1e trône, il se montra faible, irrésolu, opinitre, vindicatif, | et mourut le 31 janvier 1580, à l’âge de soixante-huit ans ; sans s'être choisi un successeur. Philippe II, roi d’Espagne, s’empara alors du Portugal.
HENRI DE CASTILLE, fils de Ferdinand Ill, se rendit fameux par son ambition et par ses malheurs. I] prit d’abord les armes contre son frère Alphonse, roi de Castille et de Léon. Cette guerre lui fut funeste, et Pour ré- | parer ses revers il implora le secours de Louis IX, roi | de France, et de Charles Jer , roi de Sicile. Ce dernier le combia de bienfaits et d’honneurs. Henri de Castille fut | plus qu'ingrat envers ce prince : il entreprit de détrôner son bienfaiteur, et souleva contrelui le jeune Conradin. | Tous deux furent vaincus et faits prisonniers. Conradin eut la tête tranchée, et Henri de Castille fut enfermé dans une cage de RUES de chaînes, et promené en cet élat dans toutes les villes du royaume de Naples et de Sicile. | Durey ( de l'Yonne),