KENTUCKY — KEPLER
des personnes étant représentée par le soleil, immobile am centre du cosme, la deuxième par les étoiles fixes, distribuées à la périphérie, et la troisième par le système planétaire intermédiaire et mobile entre le centre et la périphérie. Quant à la coordination du système planétaire lui-même , Kepler pense que Dieu, en distribuant les planètes dans l’espace, a songé aux polyèdres réguliers, qui ont pour essence d’être incorruptibles et inscriptibles dans la sphère; et rien ne lui paraît plus plausible que d'admettre que les intervalles existant entre les six orbites planétaires ont été copiés par le Créateur sur ces cinq figures régulières. Ces recherches sur la distribution relative des orbites planétaires furent accueillies par Moœstling avec de grands éloges; mais Tycho- Brahe y vit l'indication d’une mauvaise méthode scientifique, et il conseilla à Kepler de laisser là ses explications hypothétiques, et de se borner à de simples calculs d'observation. Heureusement pour la science, le conseil timide de Tycho échoua devant l’ardente foi de Kepler, et le jeune astronome , enthousiasmé de sa première découverte, se mit à rechercher de nouveaux rapports entre ces corps dont il venait de démontrer, croyait-il, la distribution harmonique dans l’espace. Il avait remarqué que les durées des révolutions planétaires n'étaient aucunement proportionnelles aux distances qui séparaient les planètes du Soleil, et aussitôt il se mit à rechercher une hypothèse qui pût tenir compte de ce fait, qui blessait singulièrement ses idées de proportion.
Ailleurs (dans son As/ronomie optique), Kepler établit que la diminution de la lumière est proportionnelle à la surface sphérique. Or, comme les surfaces sphériques sont proportionnelles aux carrés de leurs rayons, il suit que la diminution de la lumière est proportionnelle au carré de la
istance du point lumineux ; et comme, suivant Kepler, la orce tractive du Soleil décroissait suivant le même rapport que sa lumière, il suivait nécessairement « que la puissance attractive que le Soleil exerçait sur les corps planétaires était en raison inverse du carré de la distance de ces corps ». Si Kepler eût fait ce simple syllogisme, la grande loi qui porte le nom de Newton eût été découverte un demi-siècle plus tôt; malheureusement, cette déduction logique échappa à sa sagacité; et pendant vingt-deux ans il chercha sans relâche le rapport harmonique qui existait (il en avait l’entière conviction) entre les temps des révolutions planétaires et les distances des planètes au soleil; et après vingt-deux ans de recherches qui effrayent l'imagination, il découvrit que ce rapport existait en effet, et que les carrés des temps des révolutions élaient proportionnels aux cubes des dislances.
En 1609 Kepler publia sa Physique céleste (Astronomia nova, seu physica cœlestistradita commentariis de motibus stellæ Martis, ex observationibus G.-V. Tychonis- Brahe, 1609; in-fol.), œuvre unique dans l’histoire de la science, et dans laquelle Kepler, s’appuyant sur les observations de Tycho-Brahe, annonce qu’il va renouveler la: science astronomique tout entière, En effet, prenant pour base de son travail les observations de Tycho, Kepler détermine l’excentricité et l’aphélie de la planète Mars dans l'hypothèse, alors universellement admise, que les corps célestes se meuvent dans des cercles parfaits ; il démontre que l’excentricitéetl'aphélie, calculées dans cette hypothèse, ne s'accordent aucunement avec l'observation; et il arrive à cette effrayante négation de toute la science grecque : Les orbites planétaires ne sont point des cercles. Alors il invente un moyen nouveau de calculer les distances successives de Mars au Soleil; il découvre que ces distances croissent et décroissent successivement, et il en conclut que les orbites planétaires sont des ovales, des courbes semblables à celle que donnerait la section d’un œuf suivant son grand axe. Tous les efforts qu’il fit pour carrer cette courbe irrégulière demeurèrent sans succès; il ne put jamais parvenir qu’à des approximations, mais ces approximations ellesmêmes, appliquées à l'orbite de Mars, suflirent à lui démontrer que la courbe qu’il avait imaginée ne satislaisait
KEPLER — KERATRY
pas aux observations: alors il se vit forcé de recommencer la somme tout entière de ses recherches et de ses calculs, et ‘le désappointement qu’il éprouva à voir ainsi tous ses travaux se dissiper en fumée faillit le rendre fou : diu nos distraæit, pene ad insaniam. Toutelois, il se remit de nouveau à l’œuvre : dix fois il fitet reft tous ses calculs, et enfin il découvrit l'erreur qui avait vicié tous ses résultats : ja courbe qui satisfaisait à toutes les exigences des observations de Tycho était une ellipse, et les orbites planétaires n'étaient pas des cercles dont le Soleil occupait Le centre, mais des ellipses dont le soleil occupait l'un des foyers.
Une troisième et dernière loi restait encore à trouver . en effet, Kepler avait établi que le Soleil était immobile au centre du cosme ; que les étoiles fixes étaient immobiles à sa périphérie ; que les planètes se mouvaient dans l’espace compris entre le centre et la périphérie; que les orbites qu’elles décrivaient étaient des ellipses dont le Soleil occupait un foyer; que les carrés des temps qu’elles employaient à décrire ces ellipses étaient proportionnels aux cubes des grands axes de ces mêmes ellipses : il restait À découvrir quelles étaient les vitesses relatives de chaque planète dans les différentes portions de son orbite, car l'observation lui avait démontré que cette vitesse n’était pas uniforme. Ici encore l’admirable sagacité de Kepler et son excellente méthode scientifique lui permirent de combler cette immense lacune par l’énonciation d’une loi qu’il formula @ priori, et dont il lui fut de long temps impossible de trouver la démonstration : il affirma, dogmatiquement en quelque sorte , que le temps qu'une planète employait à décrüre une portion quelconque de son orbite était toujours proportionnel à la surface de l'aire décrite pendant ce temps par son rayon vecteur ; et la découverte de cette grande formule fut si bien le résultat d’une opération synthétique, que Kepler s’en servit pendant de longues années sans pouvoir en trouver la démonstration mathématique, et que pour oblenir cette démonstration il fut forcé de poser les premières bases du calcul infinité sim al et de la géométrie des indivisibles. Et en effet, Descartes n'avait pas encore inventé l’application de l’algèbre à la géométrie; la quadrature de l’ellipse n’était pas encore connue, et pour évaluer numériquement les aires décrites Kepler fut forcé d’envisager la surface de lellipse comme formée par la juxtaposition d’un nombre infini de rayons triangulaires ; ce qui forme, comme l’on sait, le point de départ du calcul infinitésimal.
Tels sont les principaux résultats auxquels est parvenu Kepler. Il affirma le premier que la matière était essentiellement inerte; que le mouvement rectiligne était le seul naturel; que le mouvement curviligne des planètes résultait d’une modification imprimée au mouvement rectiligne primitif par la éraction magnétique du Soleil; que la traction que les corps exercaient l’un sur l’autre était proportionnelle à leurs masses respectives. Il soupçonna la gyralion des étoiles fixes, la rotation du Soleil sur son axe, et celle de Jupiter ; il donna une théorie complète des éclipses solaires, et fixa les conditions mathématiques de ta Innette astronomique,quin’étail pas encore découverte ; il démontra que les quatre planètes découvertes par Galilée étaient des satellites de Jupiter; il calcula l’époque exacte du passage de Mercure et de Vénus sur le disque du Soleil, et appela toute l’attention des astronomes sur ce phénomène rare, dont ilsignala les conséquences ; il supposa l'existence d’une atmosphère solaire, à laquelle il attribua la faible lumière qui persiste encore dans les éclipses totales de cet astre; il donna une loi des réfractions atmosphériques, qu'il découvrit le premier; etc.; et ses découvertes en optique, en physique générale, en géométrie, ne sont ni moins nombreuses ni moins importantes que ses découvertes astronomiques.
Kepler vécut dans la pénurie. En 1600, Tycho-Brahe, forcé de quitter Uranienbourg, accepta l'asile qui lui avait
été offert en Bohême par Rodolphe IT; il appela près de lui Kepler, et lui fit allouer un modeste traitement comme mathématicien du roi : ce traitement formait ses seuls moyens d'existence, et la détresse du trésor public mettait chaque année cette existence en doute. Kepler mourut à Ratisbonne, le 15 novembre 1630, excédé de travail, de maladie et de misère : il était allé à Ratisbonne solliciter le payement de ses arrérages , et la fatigue du voyage lui fut fatale. Il fut enterré dans l’église de Saint-Pierre, et l’on ignore encore si l'on posa une pierre sur sa tombe, BeLrieLp-LEFÈVRE:
KERATRY (AUGuSTE-HILARION DE) naquit le 28 ocfobre 1769, à Rennes, d’une famille noble. Son père, qui maintes fois avait eu occasion de défendre les droits et les intérêts de sa province, se trouva tout naturellement désigné, par ses antécédents, au choix de son ordre pour présider la noblesse aux états de Bretagne, lors des élections pour l’Assemblée nationale. Destiné à la carrière de la magistrature et à hériter d’une charge au parlement de Bretagne, le jeune de Keratry, après avoir terminé ses classes à Quimper, étudia le droit dans sa ville natale, où il se lià avec Moreau, alors prévôt de l’école de Rennes ( 1787). Quant éclata la révolution de 1789, il en embrassa les idées avec une conviction réfléchie. Son père étant venu à mourir sur ces entrefaites, il hérita d’une terre située dans le EFinistère, appartenant depuis plusieurs générations à sa famille. De ce domaine, il adressa à l’Assemblée constituante une pétition en faveur du principe d'égalité dans le partage des successions. Peu après, en 1790, il vint à Paris, où il se lia avec Legouvé et Bernardin de Saint-Pierre; il publia en 1791, comme premier essai littéraire, un recueil de Contes et Idylles (in-12), dans le goût de Gessner, que La Harpe mentionna avec éloge. Quand vint la terreur, il se vit désigné aux vengeances du parti dominant, et fut incarcéré par ordre de Carrier. Heureusement, quelques amis de collége intervinrent pour obtenir son élargissement; mais les proscripteurs se ravisèrent bientôt, et, après le 21 janvier 1793, il eut à subir une autre détention de quatre mois. Réclamé par les habitants de sa commune, qui se portèrent caution de son civisme, il eut de nouveau le bonheur d'être rendu à la liberté.
A partir de ce moment, jusqu'aux premières années de la Restauration, il vécut éloigné des affaires publiques, tout entier à la culture des lettres et de la philosophie, payant d’ailleurs sa dette à ses concitoyens en remplissant dans sa commune de modestes fonctions municipales.
En 1818 l'horizon de ses devoirs s'agrandit : il fut élu par le Finistère à la chambre des députés, et vint y grossir les rangs des défenseurs des libertés publiques. La presse militante le comptait déjà depuis longtemps au nombre de ses athlètes ; et quand, en 1822, lesintrigues ministérielles parvinrent à l’écarter de la représentation nationale, il continua, dans Le Courrier français, dont il avait été l’un des fondateurs, et dont jusqu’en 1830 il resta l’un des rédacteurs les plus assidus, la lutte engagée entre le progrès et l’'obscurantisme. Les élections de 1827 lui rendirent le mandat électoral, qu’il avait si dignement rempli pendant quatre sessions. Déjà, soupçonné un instant d’avoir trempé dans la conspiration de Saumur, il avait été cité, avec trois de ses collègues de la chambre, dans un des réquisitoires du procureur général de Poitiers, Mangin. Il réclama devant la justice et s’associa à Benjamin Constant pour publier un exposé de leur conduite. Dans Le Courrier français, ses attaques avaient été si vives, qu’elles [e firent traduire deux fois en cour d'assises, où, grâce à l’adresse et à l'énergie de ses défenses, il fut deux fois acquitté.
Dès lors et jusqu’à la révolution de 1830 le député breton continua de combattre avec succès, dans toute occasion, pour la cause du libéralisme. Il vota avec les deux cent vingt-etun l'adresse au roi Charles X, signa le 27 juillet la protestation des députés de la gauche résidant à Paris contre les ordonnances du 25, et prit une part active à tous Les actes qui amenèrent l'établissement du nouveau gouvernement, Aussi
faut-il appelé à faire partie au conseil d'Etat, dont il ne tarda pas à devenir l’un des vice-présidents. Nommé plus tard membre de la chambre des pairs, il apporta dans cette assemblée la maturité de vues, la sagesse d’opinions et l’amour éclairé du bien public qui avaient été constamment les guides de sa conduite politique. Quand la surprise de février 1848 vint si inopinément renverser un régime qu'on croyait plus solidement établi qu'il ne l'était, il se réserva de voir à l’œuvre les glorieux vainqueurs qui promettaient si intrépidement de faire à tout jamais le bonheur de son pays, avant de les condamner sur la simple inspection des principes qu'ils inscrivaient sur leur drapeau. Mais quand parurent les fameuses circulaires de M. Ledru-Rollin, il tint à honneur de se séparer avec éclat d’un régime qui ne pouvait être que la triste contrefaçon des plus mauvais jours de notre première révolution. Il envoya donc à ce ministre sa démission des fonctions de conseiller d’État, en protestant avec une patriotique et généreuse indignation contre le régime de terreur que l'on prétendait imposer au pays.
Les suffrages de ses concitoyens le récompensèrent de cette noble conduite, aussitôt qu’expirèrent les pouvoirs de la Constituante de 1848 : malgré ses quatre-vingt-un ans, il devint l’un des membres les plus actifs de l'assemblée législative issue des élections générales de 1849. L'honneur même de la présider comme doyen d’âge au début de ses travaux, lui échut, et le discours qu’il prononça alors fit une vive impression, en même temps qu’il souleva les colères des hommes du parti avancé. Il siégeait encore au 2 décembre, et dut alors rentrer dans la retraite.
La liste des ouvrages qu’il a publiés depuis ses Contes et idylles serait trop longue. Qu'il nous suffise de citer : Ze Voyage de vingt-quatre heures (1800); Lusus et Cydippe (1301, 2 vol.); Mon habit mordoré (1802, 2 vol); Ruth et Noémi (1811); De l'existence de Dieu et de l’immortalité de l’'âme(1815); Inductions morales et philosophiques (1817); Du Beau dans les arts d’imitation (1822, 3 vol.); Examen philosophique de Kant (1823); Le Guide de l'Artiste et de l'Amateur (1823); Le Dernier des Beaumanoir ( 1824, 4 vol.); Frédéric Styndall, ou la Fatale année (1827, 5 vol.) ; Saphira (1836, 2 vol.) ; Une Fin de siècle (1829, 2 vol.); M. de Keratry a été l’un des plus actifs collaborateurs du Dictionnaire de la Con-
versation. Il est mort le 7 novembre 1859, à Port- Marly (Seine-et-Oise).
KÉRAUNOSCOPIE (du grec xépauvos, foudre, o40réw, je regarde), divination par l'observation de la foudre.
KRÉRMÈS , genre d'insectes hémiptères, de la famille des gallinsectes. Ils diffèrent très-peu des cochenilles. Le corps des femelles est plus aplati, et ses anneaux demeurent distincts, même après la ponte. On connaît différentes espèces de kermès vivant sur les myrtes, les orangers, les citronniers, les pêchers , les coudriers , etc. Mais celle que l'on peut regarder comme type du genre vient sur les feuilles épineuses et sur les tendres rejetons d’une petite espèce de shêne vert; c’est elle que l’on nomme vulgairement cochenille du chêne vert (coccus ilicis, Linné ; lecanium ili-
‘eis, Iliger). Lorsque les femelles sont jeunes, elles ressemblent assez aux cloportes, et pompent leur nourriture en enfonçant leur trompe dans l'écorce de l'arbre. A cette époque-là elles peuvent encore courir avec rapidité; mais lorsque l'insecte a acquis son développement, il paraît comme une petite coque sphérique membraneuse, attachée à l’arbrisseau : c’est là qu’il doit vivre jusqu’à sa mort.
On distingue dans la durée de la vie de cet utile hémiptère trois époques : pendant la première, qui a lieu au commencement du printemps, il est d’un très-beau rouge, presque entièrement enveloppé d’une espèce de coton qui lui sert de nid, et dont la nature, selon Chaptal, se rapproche beaucoup de celle du caoutchouc; la deuxième époque commence lorsque l’insecte 4 pris tout son développement , et que le coton qui le couvrait s’est étendu sur son corps, sous la forme d’une poussière grisâtre : il semble alors être
KERATRY — KERMÈS MINÉRAL
une simple coque remplie d'un süc rougeâtre; enfin, le kermès arrive à son troisièrne état vers le milieu ou à la fin du printemps de l’année suivante : on trouve alors sous son ventre près de deux mille petits grains ronds, qui sont les œufs, une fois plus petits que les semences de pavot; ils sont remplis d’une liqueur rouge; vus au microscope, ils semblent parsemés de points brillants couleur d’or. Il y a des œufs blancs et rouges d’où sortent des petits d’une couleur semblable. Les habitants du Languedoc les nomment mères du kermès ; il suffit de secouer ces œufs pour en faire sortir les petits, qui se dispersent sur l’ilex, et s’y fixent plus tard pour être soumis aux mêmes lois que celui qui leur a donné le jour.
La récolte du kermès se fait avant le jour, aux mois de mai et de juin. Ce sont ordinairement des femmes qui vont enlever l’insecte de dessus les branches avec la main. Il y a le matin un moins grand nombre de petits d’éclos, et les piquants , ramollis par la rosée , ne font pas autant de :
| mal.
Le kermès fournit à la teinture une belle couleur rouge, que l’on a remplacée, ilest vrai, par la cochenille, mais non d’une manière absolue ; car avec la cochenille on n’obtient pas ce reflet pourpre que donne le kermès.
Nous avons omis de dire que l'on arrête le développement des œufs en exposant le kermès à la vapeur de vinaigre.
: À C. FAYROT.
KRERMES MINERAL. La grande vogue qu’a obtenue ce médicament est aujourd’hui presque tombée dans l’oubli. En effet, à l’époque de sa découverte, en 1714, on le regardait comme le remède à tous les maux, et chacun voulait se traiter avec la poudre des chartreux, nom qui lui venait d’un frère de cet ordre, nommé Simon, qui, disait-on, avait opéré avec lui des cures miraculeuses. En 1720, le gouvernement acheta le procédé de sa préparation d’un chirurgien français nommé La Ligerie; mais Lemery apporta au procédé de ce chirurgien une modification qu rendait beaucoup plus facile la préparation de ce médicament; c’est encore aujourd’hui le même moyen que l’on emploie, parce qu’avec lui on obtient un très-beau produit, Pour cela, on fait bouillir 1 partie de sulfure d’antimoine avec 25 parties de carbonate de soude cristallisé dans 250 parties d’eau pendant une demi-heure ; on filtre et on laisse refroidir la liqueur dans des terrines couvertes et préalablement passées dans l’eau bouillante ; on lave ensuite à l’eau distillée le kermès qui s’est déposé, puis on le sèche dans une étuve à une température de 25 à 30 degrés. Le kermès ainsi préparé se présente sous forme d’une poudre d’un pourpre foncé, d’un aspect brillant au soleil, d’une apparence cristalline, très-veloutée et fort légère. Il faut avoir soin de la préserver de l’action des rayons lumineux, qui lui donnent bientôt une teinte blanche, et par conséquent altèrent la beauté de sa couleur , qui en fait le prix.
Ce kermès a été analysé par M. Henri fils, qui l’a trouvé formé de protosulfure d’antimoine, de protoxyde d’antimoine, d’eau et d’un peu de soude : cette petite quantité de soude a cependant soulevé une longue discussion entre les chimistes ; car, d’après les théories qui avaient été admises d’abord, on n'avait pas parlé de ces traces de soude, qui, après des analyses plus exactes, sont venues compliquer les résultats et soulever un problème qui n’est point encore résolu : nous n’entrerons pas dans cette discussion, quine nous mènerait à rien ; nous nous contenterons de dire que la plupart des chimistes regardent le kermès comme un oxysulfure d’antimoine hydraté. Cette opinion, cependant, nest point sans objection; mais nous nous rangeons de l'avis du plus grand nombre jusqu’à ce que de nouvelles théories viennent remplacer celles qui sont admises jusqu'à présent.
On peut obtenir également un kermès identique avec le précédent, mais moins beau, en substituant au carbonate de soude le carbonate de potasse : les proportions et le procédé sont les mêmes. Le kermès obtenu par les alca'is
KERMÈS MINÉRAL — KELTSCH
caustiques présente une différence sensible quand on le compare aux précédents ; aussi ne le prépare-t-on jamais à l’aide de ce procédé, Quant au kermès par la voie sèche, qui consiste à chauffer au rouge, dans un creuset, du carbonate de potasse et du sulfure d’antimoine, on ne l’emploie jamais en pharmacie, parce que le produit qui en résulte est un kermès qui ne jouit pas des mêmes propriétés que les précédents et à un même degré.
Le kermès est beaucoup moins employé maintenant qu’autrefois, parce qu’on areconnu que l’on avait trop généralisé ses vertus médicinales. Il est surtout en usage comme expectorant. C. FAYROT.
RERMESSE, des mots flamands kerk et més, fête de l'église patronale, et, par extension, fête annuelle de la commune. Dans les pays wallons on nomme ces fêtes d ucasse. C’est en ces occasions que les vieilles mœurs de la Flandre se déploient encore dans toute leur naïveté, et que des représentations bizarres rappellent des mythes et des traditions dont le sens est aujourd’hui oublié. A Cambray, à Bruxelles, à Anvers, à Ath, des géants figurent à la kermesse; à Mons, saint Georges y combat un énorme dragon. Notre collaborateur de Reiffenberg est un des écrivains qui ont jeté le plus de jour sur ces vieux mystères, dans ses volumineuses et savantes introductions à la chronique rimée de Ph. Monskés, du Chevalier ay Cygne et du roman de Gilles de Chin.
Un tableau capital de David Téniers, que l’on admire au Louvre, représente une kermesse flamande. Il faut convenir que si la peinture a perdu quelque peu, les mœurs ont gagné et sont devenues moins grossières, même dans les dernières classes de la société.
KRERRY, comté formant l'extrémité sud-ouest de l’Irlande, dans la province de Munster, situé entre l’embouchure du Shannon, les comtés de Limerick et de Cork et l'océan Atlantique ; ses côtes sont profondément échancrées par un nombre infini de baies, dont les plus considérables sont celles de Kenmare, de Dingle et de Tralee, et entourées d’une foule d’ilots, dont le plus important est celui de Valentia. En y comprenant ces îlots, le comté de Kerry contient 58 myriamètres carrés, dont plus de la moitié en montagnes, en bois et en terres non susceptibles de culture. C’est une des contrées les plus montagneuses de l'Irlande, riche en beautés naturelles de premier ordre, qui lui ont fait donner le surnom de Suisse d'Irlande. Ceci est surtout vrai de sa partie sud. Le Mangerton, au sud-ouest de Killarney, atteint une altitude de 800 mètres, et on trouve sur son sommet un petit lac appelé Le Bol de punch du Diable. Les Macgillicuddy's Reeks occidentaux présentent au Carran Tual une hauteur de 1,066 mètres; c’est le point le plus élevé de toute l’Irlande. Après le Shannon les cours d’eau les plus considérables du comté sont le Cashen, le Mang, le Roughan et la Lena. Cette dernière déverse dans la baie de Dingle les eaux du plus ravissant lac de lIrlande, le Lough-Killarney ou Lean, qui avec ses trois bassins couvre une surface de quatre à cinq myriamètres carrés et contient un grand nombre de petites îles. Le lac supérieur, au nord-ouest du Mangerton, est entouré de montagnes très-élevées , aux formes les plus tourmentées, de fondrières garnies de bois épais et d’une ceinture de rochers de l'effet le plus grandiose. Dans le bassin du milieu, dit lac de Muckruss, se trouve la jolie petite île de Dynisch, et la presqu’ile de Muckruss fait dans le lac une vive saillie, au sommet de laquelle on découvre , entre des massifs de shénes et de tilleuls, les ruines de l’abbaye gothique de Muckruss, Le lac inférieur, le plus grand et le plus beau de tous, est très-profond. Ses rives se composent tantôt de hauteurs boisées, et tantôt de montagnes complétement nues. 11 reçoit me chute d’eau de 23 mètres d’élévation totale, partagée en trois étages, l’O’Sullivan-Cascade, et renferme beaucoup de petites îles, par exemple le Ross-Island, avec des mines de plomb et de cuivre, et la pelle et fertile île d’Innisfall, où l’on voit les ruines d’un ancien couvent et
où , par suite de la douceur de 1a température et de la fréquence des pluies, l'arbousier toujours vert s'élève jusqu’à sept mètres de hauteur. Au nord de cette romantique région de montagnes et de lacs, derrière la baie de Dingle, s'étend la plaine centrale du Kerry, à l'extrémité de laquelle on rencontre encore une région très-accidentée. Le sol y est d’une fécondité remarquable, et produit surtout du froment. Cependant l’agriculture y est encore fort arriérée ; aussi l’élève du bétail forme-t-elle avec ses divers produits la principale ressource des populations. Aujourd’hui encore elles n’ont en général pas d'autre langue que l’ancienne langue erse, et sont restées fermement attachées à leurs antiques coutumes de même qu’à leurs vieilles superstitions. Dans les dix années de 1840 à 1850, leur chiffre a diminué de 19 pour 100; il n’est plus (1871) que de 196,014 âmes
Le chef-lieu du comté, Tralee, sur la baie du même nom, compte 10,000 habitants, qui font un commerce assez considérable d’huîtres, de harengs et de grains. Le bourg de Killarney, sur les bords du lac du même nom, a 8,000 habitants. On y trouve une exploitation de mines de plomb et le château de Ross. II y a 5,000 habitants à Dingle, petit port sur la baie de ce nom. Au sud de l'entrée de cette baie, on trouve l’île de Valentia, séparée de l'Irlande par un étroit bras de mer, et avec un bon port, qu’un chemin de fer de 28 myriamètres de long doit relier prochainement à Dublin.
RERTSCH. On désigne ainsi la partie orientale de la Crimée, qui, avec la presqu'île de Tama n, située en face, et dépendant de la Caucasie, forme le détroit de Kertsch ou de Zénikalé, appelé aussi détroit de Ka. ff a ou de Féodosia , lequel sépare la mer Noire de la mer d’Azof. Outre les quatre antiques et célèbres villes de Kaffa, de Kertsch, de lénikalé et d'Arabat (Zenonis Chersonesus), on y trouve à chaque pas des ruines qui rappellent l’époque grecque et romaine, la domination si florissante des Vénitiens et des Génoïis au moyen âge, et enfin celle des Tatares, qui avaient fondé là un khanat.
La ville de Kertsch, dont le territoire, avec celui de Iénikalé, qui l’avoisine, forme un gouvernement particulier d’un myriamètre carré de superficie, avec une population de 21,414 âmes (1863), composée de Russes, de Grecs, d’'Italiens, d’Arméniens, de Tatares, de Tscherkesses, de Juifs et d’Allemands, s’appelait autrefois Panticapæum, et était alors la capitale du royaume du Bosphore cimmérien, fondé vers l’an 600 av. J.-C. par un certain Archæanax, et qui vers l’an 450 passa sous la domination du Thrace Spartacus, dont la postérité y régna jusqu’à l’an 115, époque à laquelle Mithridate le Grand, dont les possessions dans le Pont touchaïient au Bosphore cimmérien, le reçut des mains du dernier rejeton de la dynastie fondée par Spartacus. C’est à Panticapæum queMithridate périt, de la main d’un Gaulois, après avoir vainement tenté de s’empoisonner. Elle continua de demeurer la capitale du royaume de Pont jusqu’au règne de Justinien. Au temps du concile de Nicée, elle devint le siége d’un évêché, et la résidence d'un évêque des Goths; au neuvième siècle elle fut érigée en archevéché. En 1333 ce devint un archevêché latin, dont la juridiction s'étendait sur la Géorgie. Au quatorzième siècle les Génois s’emparèrent de Panticapæum ; et dès lors son nom se trouva successivement transformé dans les chroniques en Cesco, Bospro, Pandico et Apromonte. Les Turcs s’en emparèrent en 1426, et lanommèrent Ghirtish, d’où est dérivé le nom de Kertsch ou Kertsché, qu’elle a conservé après avoir été prise par les Russes, en 1771.
Kertsch est dans une situation magnifique. Elle possède un port vaste et sûr, qui a été déclaré port franc en 1892. Toutefois, le commerce n’y était pas bien actif, quoique dans ces derniers temps sa population se fût singulièrement accrue; on l’évaluait à 12,000 âmes au début de la guerre d’Orient. La pêche et l’extraction du sel des lacs voisins y donnent lieu à un important mouvement d’affaires. La culture des câpres et de la vigne, l'élève du bétail, et plus particu-
ièrement des chèvres et des moutons, y ont lieu sur une |
très-large échelle. De nombreuses ruines de colonnades, qu'on