KLEBER — KLEIST
les postes de la Montagne de For, le camp retranché du mont Panicel, franchit la Roër, rejela l'ennemi sur la droite du Rhin, et, revenant sur ses pas, assiégea Maéstrichf, où 1l entra après onze jours de tranchée ouverte et quarante-huit beures de bombardement.
Chargé en 1795 du commandement de l'aile gauche de armée de Jourdan, il dirige le brillant passage du Rhin à Dusseldorf. Lorsque par les manœuvres de l’Autrichien Clairfayt son corps d'armée dut se retirer, Klébersoutint la retraite avec cette habileté et ce sang-froïd qui le caractérisaient dans les grandes occasions. L'année suivante, il force le passage de la Sieg, bat sur les hauteurs d’Altenkirken le corps d'armée du prince de Wurtemberg, le prince Charles à Ukrad, le général Kray à Kaldieck, le général de Wartensleben à Friedberg, et entre à Francfort après avoir opéré la réunion de l’armée de Sambre et Meuse avec celle de Rhin-et Moselle. Yei s’arrête le cours de ses exploits en Europe. Destitué par le Directoire, il vivait obscurément dans une campagne, où il s’occupait à écrire ses Mémoires, quand, le traité de Campo- Formio permettant à la France d'utiliser ses forces inactives, Bonaparte conçut le projet d’une expédition en Égypte. Le futur empereur choisit Kléber pour un de ses généraux divisionnaires. Blessé à lassaut d'Alexandrie, il reçut le commandement de cette ville et de toute la basse Égypte ; mais il fut replacé en 1799 à la tête de sa division, qui formait l'avant-garde de l'expédition de Syrie, s’empara du fort d’El-Arisch, traversa le désert, entra dans Gaza, et emporta la ville et les forts de Jaffa. Détaché de l’armée lors du siége de Saint-Jean-d’Acre, il est chargé de s’opposer avec sa division aux troupes des pachas de Naplouse et de Damas, accourus au secours de Djezzar, soutient avec 2,000 hommes les efforts de 10,000 fantassins et de 25,000 cavaliers, et contribue au succès de la bataille du Mont Thabor, dont la plus grande gloire lui revient. De retour de Syrie, il prend une part active à la bataille d’Aboukir, et quand Bonaparte abandonne l'Égypte, voguant vers la France pour saisir le pouvoir consulaire et la couronne impériale, Kléber est appelé par lui à le remplacer dans le commandement de l’expédition.
La situation de notre armée était déplorable : décimée par les combats, par les fatigues, par les maladies, privée de toute communication et de toute nouvelle de la mère patrie, menacée par une armée de 80,000 Turcs, qui s’avance avec 60 pièces de canon, il semble sinon impossible, du moins d’une témérité inouiïe qu'elle puisse songer à conserver sa conquête. Kléber juge de son devoir d'entamer des négociations avec les Ottomans, par l'intermédiaire du commodore Sydney-Smith, et de traiter de l'évacuation honorable de l'Égypte. Le traité est signé à El-Arisch. Les Français ont déjà remis plusieurs places ; les généraux anglais déclarent que le traité n’a pas été ratifié par leur gouvernement, IL faut encore vaincre. En moins d'un mois l’armée turque est taillée en pièces à Hélio polis, le Caire révolté est repris, et toute l'Égypte reconquise.
Le 14 juin, suivi de l'architecte Protain, membre de l’Institut d'Égypte, il suivait la longue terrasse qui unissait sa demeure à celle du général chef d'état-major Damas, avec qui il venait de déjeüner, quand un homme vêtu à l'orientale s’avance vers lui, lui presse la main, et le perce d’un coup de poignard qui lui fait une blessure mortelle. Kléber, apercevant un de ses guides, n’a que le temps de crier : « À moi, guide! je suis assassiné! » et il tombe baigné dans son sang. Protain essaye de s'emparer de l'assassin ; mais n'ayant qu'une baguette à la main, il ne peut lutter contre lui, et tombe percé de six coups de poignard. Alors le musulman revient sur sa première victime, lui porte trois nouveaux coups, et prend la fuite. Cependant le guide que Kléber a appelé est accouru chez le général Damas, et fous les officiers qui s’y trouvent s’élancent au secours de leur général; il respirait encore, mais il rend bientôt le dernier soupir. A la nouvelle de l'attentat, nos soldats, furieux, parcourent les rues du Caire en proférant les plus horribles
menaces ; la générale bat, les bataillons se rassemblent, de fortes patrouilles circulent de tous côtés en criant : Vengeance ! Les habitants, consternés, se barricadent dans leurs maisons, et attendent dans la consternation l'issue de cette scène terrible. Le quartier général est investi, pour empécher l'évasion du meurtrier, qui est arrêté trois heures après le crime, sous un nopal. Protain, qui en a donné le signalement , le reconnaît sans peine, et le coutelas sanglant trouvé au même lieu ne laisse plus de doute. L’assassin se nommait Souleyman-el-Habbi ; il avait vingt-quatre ans, et n'avait obéi qu’à l’appel faif au fanatisme par le vizir battu à Héliopolis. Poussé à ce crime par deux agas des janissaires, il avait reçu les encouragements des ulémas de la grande mosquée, qui furent arrêtés. Souleyman , condamné à être empalé et à avoir le poing brûlé, et ses trois complices, à avoir la tête tranchée, sont exécutés le jour même du convoi de Kléber, en présence des troupes. L’assassin subit son effroyable supplice avec un courage 'surhumain. La perte de Kléber fut grande par son armée, immense pour la France; il expira le jour même où Desaix tombait mortellement blessé à Marengo. Ses restes mortels furent ramenés en France et déposés à Marseille, au château d'If. En 1818, Louis X VIII ordonna leur translation à Strasbourg, où ils reposent dans un caveau construit au milieu de la place d'armes, sur lequel la ville natale du héros et la France entière ont fait élever une statue colossale en bronze, due au ciseau d’un sculpteur alsacien, Ph. Grass. Elle a été inaugurée le 14 juin 1840. Napoléon GaALLois.
RLEIST (Ewazp-Carisrran) naquit à Zéblin, en Poméranie, le 3 mars 1715. Il fit des études sérieuses à Dantzig, puis à Kœnigsberg. Mais à l’âge de vingt-cinq ans il renoncça à la carrière de jurisconsulte, qu’il semblait d’abord vouloir embrasser, quitta son pays, ets’en alla prendre du service dans l’armée danoise. A l’avénement de Frédéric II au trône, il revint en Prusse, et fut présenté au roi, qui le nomma lieutenant dans le régiment du prince Henri. En 1757 il passa, avec un grade supérieur, dans un régiment qui était en garnison à Leipzig, et là il se lia assez étroitement avec deux poëtes aimés des Allemands, Weiss et Gellert. Kleist put s’y livrer à ses rêveslittéraires, qu ne l’avaient jamais abandonné dans sa carrière de soldat. Ses deux nouveaux amis l’encourageaient dans ses efforts et le guidaient dans ses études, Mais deux ans après il assistait à la sanglante mêlée de Kunersdorf, Il y combattit vaillamment, et fut laissé pour mort sur le champ de bataille. Le lendemain, cependant, un officier russe qui passait par hasard le trouva encore en vie, et, prenant pitié de lui, le fit transporter à Francfort-sur-l’Oder. Mais tout l’art des médecins ne put le sauver ; 1l expira le 24 août 1759.
En 1749 il avait publié un poëme intitulé Le Printemps. C’est là-dessus que se fonde sa réputation. Ce poëme ne fut d’abord tiré qu’à un très-petit nombre d'exemplaires. Mais il obtint du succès; et il s’en fit en peu de temps plusieurs éditions. C’est une œuvre didactique, qui nous paraïitrait aujourd’hui un peu froide. Elle est remarquable cependant par la versification et par l’habileté avec laquelle le poête a dépeint certaines scènes dela nature. Kleistentretenait , comme nous l’avons vu, des relations intimes avec Gellert. Il était lié aussi avec Uz et Ramler, et par ses afiections, par la portée de son talent, il mérite d’être placé au nombre de ces hommes qui forment ce qu’on peut appeler l’école transitoire entre la vieille littérature allemande et la jeune littérature, immortalisée par Gœthe et Schiller.
Xavier MARMIER.
RLEIST (Hexri) est plus célèbre que le précédent ; mais il doit une partie de sa célébrité à sa vie aventureuse, à sa mort tragique. Il naquit à Francfort-sur-l'Oder, le 10 octobre 1777, entra au service fort jeune, et fit avec l’armée prussienne la campagne du Rhin. En 1799 il abandonna, pour se livrer à létude, la carrière militaire, et revint à Berlin. Dès cette époque il se manifeste en lui une mélancolie profonde, qui le domine, une inquiétude vague,
qui le poursuit partout. De là mille idées contradictoires qui tour à tour le préoccupent, mille plans de travail et de voyages qu’il abandonne aussitôt qu’il les a conçus. Il obtient une place au ministère, et peu de temps après il demande son congé, vient à Paris, et puis traverse en courant une partie de la France et de la Suisse. A peinede retour dansson pays, il se remet de nouveau en route, et recommence la même excursion capricieuse, précipitée, inquiète. Il finit cependant par reprendre le chemin de l’Allemagne, et se remet à travailler dans les bureaux du ministère des finances. Pendant ce temps, la guerre avec la France avait éclaté avec plus de violence que jamais, et la bataille d’Iéna anéantit toutes les espérances de la Prusse. Kleist fut de ceux qui suivirent à Kænigsberg la royauté malheureuse, et à son sentiment habituel de mélancolie vint se joindre la douleur de voir ses compatriotes vaincus et son pays asservi. Il ne dissimula ni son amère tristesse ni la haine ardente qu'il portait aux Français. On le regarda comme un être dangereux. On le conduisit en France. Il fut enfermé au fort de Joux, et de là à Châlons, où il recouvra sa liberté, sans savoir trop comment. Il revint en Allemagne plus malheureux et plus découragé que jamais, et cependant il essayait de travailler. Il écrivit alors deux de ses tragédies, une partie de ses contes; il tenta de refaire sur un nouveau plan la tragédie de Robert Guiscard, qu’il avait déjà commencée deux fois ; et il fonda à Dresde ,avec Adam Muller, un journal intitulé Phébus, qui n’eut pas grand succès. En 1809 on annonça la guerre de l'Autriche avec la France. Cette nouvelle réveilla toutes ses animosités nationales , tous ses rêves de gloire et de patriotisme. Il voulut prendre part à cette guerre, il voulut combattre contre les vainqueurs de la Prusse, contre les ennemis de l'Allemagne. Il partit. Mais quand il arriva à Prague, la paix venait d’être conclue, et ce dénoûment imprévu le plongea dans un nouvel abattement. Il rentra à Berlin avec une sorte de désespoir. Là il fit la connaissance d’une jeune femme, belle, spirituelle, mais triste et malade. Tous deux exaltèrent réciproquement leur douleur , et après avoir vécu quelque temps dans les mystérieuses réveries d’un amour tout platonique, ils résolurent de mourir ensemble. Le 21 novembre 1811 ils se rendirent auprès d’un lac situé à gauche de la route, entre Potsdam et Berlin, et se tuèrent,
Malgré son existence vagabonde et les préoccupations continuelles que lui causait l’espèce de maladie morale à laquelle il était en proie, Kleist a cependant laissé des contes, des poésies lyriques et sept pièces de théâtre : La Fa- Mille Schroffenstein; Penthesilea ; Amphitryon ; Catherine de Heilbronn; Le prince de Hombourg; La Bataille de Hermann et La Cruche cassée. La plus célèbre de toutes est Catherine de Heilbronn. Kleist y a mêlé avec beaucoup d’art des idées de somnambulisme. On joue encore cette pièce en Allemagne, et elle est toujours bien accueillie du public, La Cruche cassée est une comédie vive et spirituelle, qui donnait beaucoup à espérer de l'avenir poétique de Kleist, Parmi ses contes, Michel Kholhaas a obtenu un grand succès. Ses poésies détachées sont empreintes d’un sentiment tendre et élégiaque, revêtu de douces images et habilement exprimé. Toutes ses œuvres, que Tieck a pieusement recueillies après la mort de l’auteur, indiquent très-bien en certains endroits le côté maladif de Kleist; mais elles portent aussi le cachet du vrai poëte. Il y a là une sève , une jeunesse d'idées, une force d'imagination peu communes, Le pauvre Kleist , si peu confiant en luimême, si incertain de son sort, si malheureux, avait à un haut degré lesqualités essentielles de l'art. X, MARMIER.
KLEITA. Voyez Gnacrs.
KLEPHTES, nom donné d'abord aux Armatoles, el dérivé du grec xlénrw, je vole, à cause de leurs excursions et de leurs pillages dans les terres basses du pays. On distinguait parmi eux les Klephtes civilisés, soumis, etles Klephtes sauvages. Celte dernière dénomination était appliquée à ceux qui ne voulurent entrer en aucune négociation avec la
KLEIST — KLIPPERS
Porte, et qui, retirés dans les gorges des montagnes, contipuèrent à vivre dans une entière indépendance : plus tard on les appela les KXlephles par excellence, et le pays où ils s’assemblaient et où ils vivaient habituellement, Terre des Klephtes, pour la distinguer de l'Armatolie, nom par lequel on désignait les districts assignés aux Armatoles. Ensuite les Armatoles vinrent se joindre aux Klepthes, et on les confondit tous sous le même nom.
KLIN, petite ville du gouvernement de Moscou, avec environ 3,000 habitants, est remarquable comme ayant été autrefois le domaine héréditaire de la famille Romanof, de laquelle est issue la dynastie qui règne aujourd’hui en Russie, On voit encore, sur une petite hauteur qui domine la Sestra, les ruines de cet antique et remarquable manoir.
Klin est à environ 7 myriamètres de Moscou, dont le voisinage exerce une grande influence sur son commerce.
KLINGSTEDT (CnarLes-GusrayE), célèbre miniaturiste, a dû sa renommée bien moins à son talent qu’au genre de sujets qu'il a peints d’ordinaire. Sous la régence, alors que l’art ignorait toute retenue, il fut l’un des plus fêtés parmi les peintres érotiques. Né à Riga, en 1657, il avait d’abord été simple soldat dans l’armée du roi de Suède. A vingt ans il vinten France : il continua d'y servir, et fit même plusieurs campagnes, lorsqu’à trente-trois ans il abandonna la carrière militaire et se livra tout entier à la peinture, qu’il avait de tout temps aimée. Depuis cette époque jusqu’à sa mort, arrivée à Paris, le 26 février 1734, il ne cessa de travailler. Klingstedt, que Voltaire appelle Clinchetet, dans une de ses poésies familières , a orné de miniatures un grand nombre de boîtes à pastilles ou à tabac, C’est lui que le dix-huitième siècle, dans son enthousiasme facile, surnomma le Raphael des tabatières, associant ainsi sans pudeur le nom le plus pur de l'art à celui d’un homme dont l'œuvre ne fut ni chaste ni même correcte. Mais la mode s’en était mêlée : il fallait avoir des Klingstedt dans sa collection. Le marquis de Marigny en avait plusieurs, entre autres une petite peinture, Le Jeu de la main chaude, qui à sa mort se vendit un prix fou. Klingstedt a fait aussi des dessins à l’encre de Chine et quelques rares portraits, entre autres celui de la duchesse de Bouillon. Son pinceau était maladroit, ses têtes ne sont pas toujours expressives, ef son dessin, nous l'avons dit, n’est guère moins libre que sa pensée. Ainsi l’art sérieux n’a pas plus à se louer que la morale de ce qu'on appelle les cefs-d'œuvre de Klingstedt. H est encore quelques amateurs qui possèdent des miniatures du peintre de Riga; mais ils m’osent pas les montrer au grand jour : productions singulières en vérité, étranges peintures que celles qu’on ne peut admirer qu'à huis clos!
P. Manrz.
KLIPPERS ou CLIPPERS ( d'un mot anglais signifiant coupeur, fendeur). C’est le nom qu’on a donné, en 1850, aux États-Unis, à des bâtiments marchands d’une construction particulière, qui les rend très-rapides voiliers ; il indique que ces navires fendent plutôt l’eau qu'ils ne la traversent. Ils se distinguent par leur forme aiguë et par la solidité de leur construction ; toutes les lignes qui frappent l'œil sont des courbes parfaitement raccordées. C'est à Baltimore qu’on construisit les premiers klippers ; mais il en sort aujourd’hui des chantiers de New-York, de Boston, etc., de même que de divers chantiers existant fant en Angleterre qu’en France. Les Américains possèdent déjà une flotte tout entière uniquement composée de klippers. Les intérêts du commerce qu’ils font avec la Chine exigeaient impérieusement qu’ils y employassent des bâtiments d’une marche supérieure, Les armateurs et les négociants proposèrent donc à l’envi des primes pour les bâtiments qui accompliraient avec le plus de rapidité le trajet, aller et retour, d’un port de l'Union à un port du Céleste Empire; il en résulta que chaque année de nouveaux perfectionnements furent ajoutés à la construction de ces-bâtiments de long cours, auxquels , après bien des essais ,on a fini par donner la forme actuelle des klippers. Notons en passant que cette
KLIPPERS — KLOPSTOCK
forme n’est autre que celle qu’on donnait du temps de la République et de l’Empire à nos corsaires. Le premier klipper construit à Baltimore fut fait sur le modèle du corsaire français Le Brave des Braves, dont la coque a longtemps été conservée dans l’un des ports de l’Union comme un objet de curiosité. En 1851 le klipper The Oriental se rendit de New-York à Canton en moins de 71 jours; le même bâtiment ne mit que 98 jours pour se rendre de Wampoa à l’embouchure de la Tamise, Ce trajet fut effectué en 90 jours par leklipper The Witchofthe Wave ; un klipper anglais est ailé de Londres à Melbourne ( Australie du Sud) en 76 jours; le Flying-Cloud est allé de New-York en Californie en 87 jours ; le klipper français Ærance et Chili, sorti des chantiers du Havre, est allé de Cherbourg à Lima en 64 jours. C’est la traversée la plus rapide qu’on ait encore obtenue ; en tenant compte de toutes les différences, on voit que le France et Chili Va emporté de 4 jours sur le klipper américain. Les klippers, par un temps favorable, franchissent un espace de 17 milles marins à l'heure, rapidité à laquelle les plus puissants vapeurs n’ont pas encore pu parvenir. À la fin de 1854 on lançait à Boston le plus grand klipper connu. C’est le quatre-mâts Great Republic, jaugeant 4,500 tonneaux. Il mesure 325 pieds anglais de long, 53 pieds de large et 39 pieds de creux. Une machine à vapeur mobile est placée sur le pont, afin d'accomplir les grosses manœuvres.
KRLOPSTOCK (FRÉDÉRIG-GorTLiEB ), l’un des plus grands poëtes de l’Allemagne, naquit à Quedlimbourg, le 2 juillet 1724. II fut d’abord envoyé au gymnase de sa ville natale, puis il entra à l’école de Schulpforte : c'est là qu'il fit ses premiers essais poétiques. Il étudiait avec ardeur les classiques anciens; et quand il eut lu et relu Homère et Virgile , le désir lui vint de composer une épopée allemande. 11 avait d’abord songé à prendre pour le héros de son poëme l’empereur Henri surnommé l’Oiseleur. Mais les idées religieuses s'étant peu à peu emparées de son esprit, il tourna ses regards d’un autre côté, et enfin il en vint à concevoir le plan de La Messiade, En 1745 il entra à l’université d’Iéna , et se fit inscrire au nombre des élèves en théologie : cette étude ne répondit point à son attente. Au milieu des rêveries idéales, des conceptions grandioses où l’entraînait le plan de son poëme, les leçons dogmatiques, les controverses religieuses ne pouvaient que lui paraître étroites et arides. Il suivit donc assez négligemment les cours universitaires, et se dévoua avec ardeur à son œuvre poétique. Mais il se sentait mal à Paise à Jéna : il n'avait là pas un condisciple pour le seconder dans ses efforts, pas un ami pour le comprendre. 11 quitta Iéna, et vint à Leipzig. Le pauvre Klopstock ne recevait qu’une faible pension de son père ; et ilétait obligé d'interrompre souvent ses études poétiques pour faire un calcul d'économie, Il occupait une chambre modeste avec son ami Schmidt, et vivait en dehors de toutes les habitudes un peu bruyantes des étudiants ; mais il y avait autour de lui des hommes distingués : Gærtner, Schlegel, Gieseke, Zachariæ, Rabener, Ébert, Gellert. Klopstock se lia avec eux, et travailla avec une noble ardeur.
Après avoir longtemps cherché une forme assortie à l’idée qu’il s'était faite de son poëme, après avoir d’abord voulu l'écrire en prose, il se décida pour le vers hexamètre, et publia dans le journal de Brême les trois premiers chants de sa Messiade. Cette œuvre, dans laquelle le jeune poëte essayait de retracer les miracles du christianisme, la vie et les souffrances du Rédempteur, cette œuvre hardie et enthousiaste excita dès le jour où elle fut annoncée une profonde sensation. Bientôt ie nom de Klopstock se répandit à travers toute l'Allemagne, Tous les poëtes s’émurent aux accents de cette voix si jeune et si énergique; toutes les femmes pleurèrent au nom d’Abbadonah, cet ange rebelle, qui se souvient, en pleurant, des jours de joie qu'il a passés dans le ciel, et se tient auprès du trône de Satan, le front penché et le cœur repentant. Les Allemands élevèrent Klopstock au-dessus de Milton. Jis le saluèrent comme
leur prophète : les théologiens seuls protestèrent contre ces témoignages d'enthousiasme. Ils s’en tenaient à leurs définitions , à leurs arguments scolastiques, et ne pouvaient souffrir qu’on essayät de remplacer leurs formules par la poésie. Plusieurs critiques ne furent pas moins impitoyables pour l'épopée du Messie. Klopstock avait bravé leurs principes. Il avait adopté une forme métrique, un style nouveau, et les partisans de Gottsched fulminèrent l’anathème contre lui ; mais Klopstock avait pour lui Ja faveur du public et le suffrage de Lessing.
Cependant, cette gloire subite qu'il venait d’acquérir ne le rendait pas plus heureux. Peu de temps après la publication de son poëme, ses amis quittèrent Leipzig: et il se retrouva pauvre comme toujours, et isolé plus que jamais. Il se rendit alors à Langensalza, et devint le précepteur des enfants de Weiss. Là il revit cette jeune fille qu’il connaissait depuis longtemps, et qu’il avait chantée sous le nom de Fanny : c'était la sœur de son ami Schmidt. Klopstock l’aimait de l'amour le plus exalté et le plus pur. Peu d'élégies d'amour sont plus touchantes, plus passionnées que celles qu’il a écrites pour elle. Fanny acceptait avec une noble fierté ces hommages. Elle honoraïit Klopstock comme un homme d’un beau caractère, elle l’aimait peut-être comme un frère; mais elle ne lui accorda jamais rien de plus , et le malheureux poëte, hors d'état de rester plus longtemps dans un lieu où toute son exaltation allait sans cesse se briser contre une égalité d’âme invariable, contre des paroles froidement affectueuses, se décida à aller voir son amiBodmer,et en 1750 il partit pour la Suisse. Ses vers avaient été lus en Suisse comme en Allemagne : il fut reçu à Zurich avec enthousiasme ; il visita plusieurs cantons, et partout on allait au-devant de lui, on lui prodiguait les témoignages de respect et d’admiration. Ce fut là, au milieu de cette nature agreste et imposante, au milieu de ces hommes libres, qu’il sentit se raviver toutes ses idées de liberté et de patriotisme, qu'il réva son chant de Hermann et ses autres chants nationaux.
Pendant ce temps, le comte de Bernstorf parlait de lui au roi de Danemark : un jour, il reçut l'invitation de se rendre à Copenhague, et le roi lui accordait une pension annuelle de 400 thalers (1,200 fr.) pour l'aider à finir sa Messiade. Klopstock se rendit avec joie à cette invitation, et fut reçu à Copenhague comme il l'avait été en Suisse; mais en passant à Hambourg il avait fait la connaissance d’une jeune fille enthousiaste des trois chants de Za Messiade. Elle s'appelait Méta Moller : c’est celle à laquelle il & donné dans ses vers le nom de Cidli ; il l’aimait, et il soulffrait de se sentir éloigné d’elle. Enfin, en 1754 il revint à Hambourg, et l’épousa. Ce fut là le plus beau jour de sa vie; mais son bonheur ne dura pas longtemps : quatre ans après il la conduisait au tombeau, elle et l’enfant qu'elle lui avait donné.
Resté seul dans le monde, il ne trouva de consolation que dans la poésie : il se plongea de nouveau dans ses pieuses médifations, et continua le poëme chrétien qu'il avait commencé. En 1775 le grand-duc de Bade l'appela à sa cour, dans les termes les plus favorables. Il y alla. Mais le séjour de Carlsruhe ne lui plut pas. Il voulait revoir les lieux où il avait connu, où il avait aimé et enterré sa Méta. Il revint à Hambourg, et y resta. Quelques années après, sentant le besoin d'échapper à son etat d'isolement, il épousa une femme déjà âgée, M€ de Winthem, et le reste de sa vie fut consacré à l'étude. Il acheva sa Messiade, il écrivit sa Bataille de Hermann. La révolution française venait d’éclater; elle s’annonçait avec des principes de droit moral et d’émancipation qui séduisirent plusieurs hommes de PAllemagne. Klopstock la chanta, et reçut un jour de Paris le titre de citoyen français. Bientôt cette révolution l’effraya par ses excès, et il la réprouva autant qu'il l'avait louée. Douze ans se passèrent ainsi, douze ans d’une vie de calme, de piété, de poésie. Klopstock était déjà vieux, el il avait conservé toute sa force physique, toute sa vigueur
d'esprit. Il travaillait de longues heures sans se reposer ; et l'hiver il s’en allait sur la glace patiner comme un jeune homme. Le 14 mars 1803 il s’endormait doucement, avec un rayon de joie dans les yeux et des paroles de religion sur les lèvres. Ses obsèques se firent avec une pompe inouïe. Toute la ville y assista, toutes les cloches des églises sonnèrent. Son convoi ressemblait à celui d’un roi, et Klopstock était bien un grand roi de poésie. On a institué à Quedlimbourg et à Altona une fêteen son honneur. Elle se célébrera tous les cent ans : combien de poëtes meurent à jamais oubliés dans cet espace de cent ans !
Les ouvrages de Klopstock sont : 1° sa Messiade, poëme en vingt chants; 2° un Recueil d'Odes ; 3° trois tragédies : La Mort d'Adam, Salomon, David ; 4° des chants héroiques, qui ne sont à vrai dire ni des drames ni des dithyrambes, et auxquels il donnait le titre de Bardiele : La Bataille de Hermann, Hermann ct les princes, La Mort de Hermann. Ces dernières œuvres n’ont pas eu un grand succès. On les a trouvées froides ; elles renferment pourtant de grandes beautés de style. Mais Klopstock est l’un des poëtes épiques modernes les plus distingués et l’un des plus grands poëêtes lyriques qui aient jamais existé. Par sa Messiade, il mérite d’être placé à côté de Milton; par ses Odes, il n’a rien à envier aux gloires de l'antiquité. Sa poésie est ferme , enthousiaste, énergique et gracieuse. Il a créé en Allemagne un style poétique dans lequel il n'avait point de modèle, et dans lequel il n’a point eu encore de rivaux. C’est un des hommes qui ont le mieux approfondi les richesses de la langue allemande; et s’il ne s’était fait une si grande renommée comme poëte, il aurait pu en avoir une comme critique, par ses Fragments sur la langue et la poésie, par son livre intitulé République des Lettres, et par ses £Entreliens grammalicaux. A toutes ces facultés puissantes, Klopstock joignait un caractère noble, généreux, indépendant. Pas un poëte n’a mieux gnis son existence en harmonie avec la pureté de ses œuvres ; pas un poëte n’excite à un plus haut degré dans l’âme de celui qui le lit un sentiment d’amour et de vénération. X. Mamie.
KNELLER (GorrrrtEn), célèbre peintre de portraits, né en 1648, à Lubeck, et destiné d’abord à l’état militaire, céda plus tard à sa vocation pour la peinture, qu'il étudia d'abord sous Rembrandt et ensuite sous Ferdinand Bol. Par la suite, il se rendit en Italie, où il suivit l'atelier de Caro Maratti, et où il fit d’abord de la peinture historique. Mais ensuite il se livra exclusivement à la peinture de portraits, qui le miten grande réputation. Revenu en Allemagne, il habita successivement, à partir de 1672, Nuremberg, Munich et Hambourg. En 1674 il se rendit à Londres, où en 1680 Charles IL le nomma peintre de sa cour. En 1684 il fit, sur l'invitation de Louis XIV, un voyage à Paris, où il exécuta le portrait du roi et ceux de tous les membres de la famille royale. Il jouit sous Jacques II de la même faveur que sous Charles IT, et il en fut encore ainsi sous Guillaume II. Quoique partisan zélé de la révolution qui avait placé le prince d'Orange sur le trône, Kneller conserva toujours les meiïlleures relations avec les amis du roi exilé. L'empereur Joseph 1°° le nomma chevalier, et en 1715 le roi Georges 1°" lui conféra la dignité de baronet , sous le titre de Whytton. Des écrivains contemporains lui reprochent d’avoir excédé à flatter ses originaux, et suppléé au défaut de ressemblance par une facilité et une grâce extrêmes d'exécution, par une noble simplicité et une remarquable vigueur de coloris, En tout cas, les meilleurs de ses portraits sont ceux où il a cherché à imiter le faire de Van Dyck. 11 mourut en 1723, et suivant d'autres en 1726, laissant une fortune considérable, Après sa mort, on lui éleva à Westminster un monument surmonté d'une inscription des plus louangeuses, composée, dit-on, du vivant même de l'artiste, par Pope, qui pour ce travail obtint une gratification de 500 liv. sterl.
KNEPH , dieu égyptien, dont il est souvent question dans les auteurs grecs, et qui est aussi appelé Knuphis, Chnu-
KLOPSTOCK — KNIAZIE WICZ
bis, Chnuphis, Chnumis. On lit eton prononce ordinafrement Num le groupe hiéroglyphique qui le représente ; mais le véritable son est plutôt Hnumou Knum. Le même groupe qui désigne dieu veut dire aussi source ou puits ; en copte, Aonbe. Cette prononciation postérieure, dans laquelle le b fat substitué à l’m, est vraisemblablement l’origine de la forme grecque Chnubin, dont on fit ensuite CAnuphis.
On trouve déjà dans l'antique empire égyptien le dien Hnum comme dieu de la crue du Nil et de la bénédiction du Nil. 11 était plus particulièrement adoré sur la frontière méridionale de l'Égypte, au point où le fleuve entrait dans ce pays, notamment aux premières cataractes de Syène et de Philæ, et aux secondes cataractes, près de Wadi-Halfa et de Semnezs, où l’on avait reculé les frontières de l'empire à l’époque de la douzième dynastie manéthonienne.
Les symboles de ce dieu étaient une cruche à deux anses et le bélier, qu’on adorait particulièrement dans la Thébaïde : aussi le représente-t-on souvent avec une tête de bélier et portant sur sa tête une cruche à anses. Un de ses surnoms ordinaires était Maitre de la distribution des eaux. Ses deux compagnes sont ordinairement la déesse Anuké et la déesse Saté (le rayon), la même que Sothis, l'étoile de l’inondation du Nil. 11 s’est conservé à Esneh un autre temple célèbre de Hnum, remontant à l’époque romaine. Comme dispensateur des eaux du Nil et de sa fécondante vertu, ce dieu fut de bonne heure identifié avec les divinités suprêmes du pays, Ra (le dieu du soleil) et Ammon. Dans les systèmes mytho-philosophiques de l’époque grecque, Kneph (dont Porphyre nous décritle portrait, absolument semb'able à celui de Hnum qu’on trouve sur les monuments ) apparaît comme le dieu incréé, immortel (Plutarque) et comme demi-ourgos (Porphyre), de la bouche de qui le monde est sorti sous la forme d’un œuf. Dans les représentations des époques postérieures, il est sculpté tenant l'œuf devant soi sur un siége tournant. Suivant Sanchoniaton, Kneph aurait été aussi identifié avec l’Agathodæmon phénicien, sous la forme d’un serpent.
KRNIAZIE WICZ (Cuarces), célèbre général polonais, né en 1762, fut élevé à Varsovie, et entra en 1778 dans l'artillerie. Mais ce ne fut que pendant la lutte soutenue en 1792 contre la Russie par ses compatriotes qu’il eut occasion de développer ses talents militaires. Quand, douze ans plus tard, Madalinski releva le drapeau de l'indépendance nationale, Kniaziewicz fut un des premiers à se placer sous ses ordres. Il fut nommé colonel, deux mois plus tard général, et prit en cette qualité une part glorieuse à la défense de Varsovie. A la bataille de Maciejowice, il commandait l’aile gauche, qui soutint la lutte jusqu’au dernier moment. Fait prisonnier, il ne fut remis en liberté qu'à l’avénement de Paul 1°", Répondant à l'appel de Dombrowski, il réussit à tromper la surveillance des autorités russes et autrichiennes, et vint trouver à Campo-Formio Bonaparte, qui lui confia tout aussitôt un commandement dans la nouvelle légion polonaise, avec laquelle il fit partie de l'expédition contre les États Romains. Il prit ensuite part à la campagne de Naples, et Championnet le chargea de porter à Paris les drapeaux enlevés à l'ennemi. Quand, par suite de la paix de Lunéville, Bonaparte licencia les légions polonaises, Kniaziewiez se retira dans ses terres en Pologne, ets’y maria. En 1806 Alexandre l'invila à former une légion polonaise; mais Kniaziewica refusa cette mission, devinant bien que cette légion était destinée à servir contre la France. Quand, en 112, l'armée française eut franchi le Niémen, il rentra dans ses rangs, et fut attaché à l'état-major du roi Jérôme. Plus tard, appelé an commandement de la 18€ division du 5° corps, composée de Polonais, il se distingua aux affaires de Smolensk et de la Moskowa. Le 26 novembre Napoléon lui confia le commandément supérieur de l'armée polonaise, Mais, par suile d'une blessure grave, force lui fut bientôt de se relirer en Autriche, où sans autre forme de procès on le déclara prisonnier de guerre dès que le cabinet de Vienne, resté neutre jus-
KNIAZIEWICZ — KNOW-NOTHING
qu’alors, se fût décidé à faire cause commune avec la Prusse el la Russie.
Après la paix de Paris, Kniaziewiez, sur l'invitation d'Alexandre, prit part aux travaux du comité de la guerre chargé, sous la présidence du grand-duc Constantin , de la création d’une nouvelle armée polonaise. Il exigeait avant tout qu’un acte formel proclamât l'existence politique de son pays. Le congrès de Vienne ne s'étant point prononcé sur le sort de la Pologne, Kniaziewicz donna sa démission, à laquelle il joignit une protestation énergique, en date du 3 novembre 1814.
La carrière militaire de Kniaziewiez finit à ce moment. La même année il vint s'établir à Dresde ; et lorsque éclata en 1826 la conspiration russo-polonaise, le gouvernement russe, vivement inquiet au sujet des relations et des projets du général, exigea son extradition de la part du gouvernement saxon. Celui-ci s’y refusa; mais, par égard pour le cabinet de Saint-Pétersbourg, il fit faire au général huit mois de détention à Kœænigstein. Quand éclata la révolution de novembre 1830, Kniaziewicz, âgé alors de près de soixantedix ans, n'avait plus les forces physiques nécessaires pour servir sa patrie sur les champs de bataille; mais il accepta une mission diplomatique près le gouvernement français, et se rendit à Paris, où il eut la douleur de voir déçues les espérances que l’on avait pu concevoir sur Pappui du cabinet des Tuileries. Depuis cette époque, il continua de résider à Paris, où il mourut, au mois de mai 1842.
KNIGHT , de l’anglo-saxon cnyt, dérivé lui-même de Vallemand Ænecht (varlet), veut dire en anglais chevalier. La chevalerie ne constitue point en Angleterre une classe particulière de la noblesse héréditaire ; de même que la petite noblesse, la gentry ne s’y sépara jamais des hommes libres de la nation, La chevalerie s’y constitua en partie sur la possession d’une propriété territoriale d’un certain revenu, ou bien d’un fief militaire royal (Anighls fee), et en partie sur des nominations directement failes par le roi. On voit encore aujourd’hui un exemple de la première de ces origines de la chevalerie dans la constitution du parlement, car les députés des comtés, en tant que représentants de la chevalerie ou des propriétaires astreints au service militaire, sont élus par les francs-tenanciers ( freeholders) des comtés, et prennent le titre de Ænights of the shire. Sous le règne d'Élisabeth, tout propriétaire foncier jouissant d’un revenu annuel de 40 liv. st. fut tenu de se faire octroyer personnellement la dignité de chevalier. En 1630, Charles 1°° essaya de remettre en vigueur ce statut, mais cette mesure , qui avait au fond un caractère tout fiscal, car elle rapporta à son trésor une somme de 100,000 liv. st., souleva de profonds ressentiments contre sa personne. Le degré inférieur et le plus ancien de la dignité personnelle de chevalier est celui de Ænight bachelor (bas chevalier), que de nos jours encore le roi confère en appliquant sur l'épaule de limpétrant, agenouillé devant lui, un coup du plat de son épée. Les Énights bannerets forment un degré supérieur de la chevalerie, que le roi ne peut conférer que sur le champ de bataille. Font aussi partie des Ænights tous ceux qui ont obtenu l’un des deux ordres anglais.
RNIPHAUSEN, seigneurie naguère encore souveraine et indépendante, située dans le grand-duché d’Oldenbourg, et qui compte, sur une superficie de 5 kilomètres, une population de 3,000 habitants. Elle faisait autrefois partie du majorat des comtes d’Aldenbourg, et échut, vers le milieu du dix-huilième siècle, à la ligne anglaise de la maison de Benlinck, qui, après de longues et épineuses négociations , a enfin consenti à la vendre, en 1853, au grand-duc d’Oldenbourg, dans les États duquel se trouvait enclavé ce plus petit des États composant la confédération germanique.
ENOUT, fouet composé de plusieurs lanières de cuir fortement entrelacées, qui joua longtemps, comme instrument correctionnel, un grand rôle dans les mœurs russes. De nos jours on ne s’en sert plus que pour les criminels ordinaires , tels que les incendiaires , les assassins el les sacri-
DIET, DE LA CONVERS, = T, XI
léges, ou autre gibier de Sibérie. On n’applique point la peine du knout à un soldat, tant qu’il appartient encore à l’armée ; c’est là d'ailleurs un supplice bien moins sanglant et dangereux ; quoi qu’on en dise, qu'infamant aussi le nombre des coups de knout est-il toujours très-restreint ; et varie-t-il d'ordinaire entre trois et dix. Pour appliquer la peine du knout, on choisit toujours un criminel, qui aime mieux remplir ce ministère déshonorant que de s’en aller travailler aux mines en Sibérie; et il ne sort momentanément de prison que pour fonctionner comme bourreau , le knout en main. RNOWLES (James-Sueriban), le plus fécond et le plus aimé des écrivains dramatiques anglais contemporains, est né en 1784, à Cork. Sous la direction de son père, professeur d’éloquence à l’Institulion de Belfast, il se forma le goût par la lecture des meilleurs poëtes el prosateurs anglais, et notamment par celle de Shakspeare. Il aborda de bonne heure la scène, avec ardeur et enthousiasme, mais sans vocation bien décidée; car le plus souvent le poëte l'emportail en lui sur l’auteur comique. Son succès a cependant toujours été grand à Londres, toutes les fois que dans une de ses pièces il s’est attaché à tracer un caractère. Comme poële, il se fit d’abord remarquer par quelques poésies lyriques, entre autres par son Welsh Harper, poème demeuré à bon droit populaire, puis par son drame The Gypsy (1813). Depuis lors il n’a plus guère écrit que pour le théâtre, On à de lui les tragédies : Virginius (1820); Caëus Gracchus (1823); William Tell (1834); Alfred the Great (1831); The Wrecker’s Daughter (1837); John of Procida (1840); The Rose of Aragon (1849) ; les comédies : The Beggar (1830); The Hunchback(1832) ; The Love Chasse(1834); Woman’s Wit, or love’s disquise (1838); Old Maid (1841); The Secretary (1843) ; les mélodrames : The Wife (13331; T'he Daughter (1834) ; The Maid of Marienboroughk (1838), etc. Il a réuni sous le titre de The Eloculionist, a collection of pieces in prose and verses, différentes esquisses et nouvelles dispersées dans des revues. Son style est en général correct, son dialogue léger et facile, et il trace ses caractères avec beaucoup de justesse et de vérilé. De toutes ses œuyres dramatiques, celle qu'on estime le plus est The Love Chase. En 1835 il entreprit une tournée aux États-Unis, et y donna des représentations dramatiques; mais à partir de 1845 des motifs religieux, dit-on, le détermiuèrent à renoncer complétement à la scène. Le roman , genre dans lequel il s’est essayé depuis , ne lui a que médiocrement réussi. Son George Lovell (1847) oblint bien un certain succès ; mais l'édition presque fout entière de son fortescue (3 vol., 1848 ) resta chez l’éditeur. En 1849 le gouvernement lui accorda une pension de 200 liv. st. en récompense des services rendus par lui à l’art dramatique. En 1852 des idées mystiques le déterminèrent à s'associer à une communauté d'anabaptistes. Il est mort le 30 novembre 1862, à Torquay. RNOW-NOTHING (Les), c’est-à-dire Je ne connais rien. Sous cette dénominalion anglaise ses formé pendant l'hiver de 1854 aux États-Unis un parti nouveau, repré sentant la réaction de l'opinion contre la prépondérance, de plus en plus grande, qu’acquiert l'élément étranger dans les différents États de l’Union. Les Américains de vieille race commencent à s’apercevoir que le flot loujours montant de l’émigration, sil a cela d’utile qu'il défriche et peuple insensiblement de vastes territoires, qui sans ce secours resteraient encore pendant des siècles d’incultes déserts, a par contre l'inconvénient de détruire de plus en plus l’homogénéité politique du pays. Déjà les Américains de race
| sont en minorité dans beaucoup d'élections. Dans telle ville
de 200,000 âmes, il n’y à pas aujourd’hui moins de 66,000 Irlandais et de 60,000 Allemands ; la législation et l'admie nistration, la diplomatie elle-même, comptent dans leurs rangs bon nombre d'individus qui il y a quelques années habitaient encore l’Europe. On accuse ces nouveaux venus de toutes les plaies sociales dont on signale déjà l'existence dans celte terre libre par excellence. Utiles quand'il s'agissait de bâtir des villes, de peupler des solitudes, d'augmenter
avant tout la force numérique, les émigrants ne viennent plus aux États-Unis que pour partager sans peine et sans danger les avantages acquis au prix de tant de privations et de sacrifices; et ils modifient chaque jour de plus en plus le caractère national. C’est à eux, aux étrangers, que les Américains de vieille race attribuent l’énervement des âmes et la transformation évidente des mœurs, l'esprit de mercantilisme poussé à l'extrême et amenant à sa suite l’exagération de la spéculation en même temps que le triomphe du charlatanisme et du Robert-Macairisme, dont le type est ce fameux Barnum, devenu riche à millions pour avoir su importer et effrontément exploiter aux États-Unis le ho ax et le puff, ces produits essentiellement britanniques. Les fils des vieux puritains de la Nouvelle-Angleterre ne sont pas non plus sans s’apercevoir que l'invasion toujours croissante de l'élément catholique est encore une autre des conséquences de l’émigration; et le protestantisme intolérant en- {revoit déjà là une rude concurrence à soutenir quelque jour.
Le parti des Know-nothing est l'expression de ces biens inutiles récriminations ; ces gens-là regrettent l’inhabileté rustique et l'ignorance de leurs pères ; ils croient n’avoir rien gagné à les échanger contre le savoir-faire et les raffinements de la corruption de l’Europe ; ils voudraient que l’Union püût reculer de soixante ans en arrière et revenir au bon temps des Washington, des Jefferson, etc.; mais ils ne réfléchissent pas que le temps a terriblement marché depuis lors, que tout d’ailleurs change fatalement ici-bas, même les mœurs et les institutions politiques les plus solides. Ils oublient que depuis 1783 les différents États de l’Union ont reçu plus de six millions d’émigrants appartenant aux différentes nations de l’Europe, et auxquels on pouvait bien donner le titre et les droits de citoyens américains dès qu'ils avaient touché le sol de l’indépendance, mais qui devaient, quoi qu’on pôt faire pour les en dépouiller, conserver encore pendant longtemps les idées, les préjugés et les vices particuliers à la vieille Europe, au grand risque de les inoculer aux populations vierges parmi lesquelles ils venaient se fixer. Aussi bien peut-être le grand crime des émigrants est-il d'accroître de jour en jour les forces du parti abolitionniste, tandis que les Xnow-nothing ne dissimulent nullement leurs sympathies pour lé maintien de l’esclavage des nègres dans les États du Sud; et c’est là aussi, on le devine, que leur parti compte le plus d'adhérents. Pour mettre une digue à l'invasion étrangère, à la prépondérance de l'étranger, les Know-nothing voudraient n’admettre à l'avenir sinon à la jouissance des droits politiques, du moins à toute espèce de fonctions publiques dans l’Union, que les individus nés sur le sol américain, et rendre la naturalisation un peu plus difficile qu’elle ne l’est aujourd’hui. Voici le programme politique qu’ils ont publié en mai 1855 , à la suite d’un grand meeting tenu à New-York : 1° Les Américains gouverneront l'Amérique; 2° union entre les États de la confédération américaine; 3° ni nord ni sud, ni ouest ni est; 4° la confédération des États-Unis telle qu’elle est, une et indivisible ; 5° aucune intervention sectionnelle dans la législation on l'administration des fois américaines ; 6° hostilité aux prétentions du pape, dont les prêtres de l'Église catholique sont ici, dans cette république arrosée et fécondée par le sang protestant, les intermédiaires ; 7° réforme radicale des lois de naturalisation; 8° institutions libres d'éducation, pour toutes les classes et pour toutes les sectes, avec la Bible, parole sacrée de Dieu, pour base universelle de l'instruction.
KNOX (Joun), le réformateur écossais, né en 1505, à Gilford, près Haddington, était professeur de théologie et de philosophie scolastique à l'académie de Saint-Andrews dès avant 1530. L'étude de la Bible lui inspira des idées plus libres en matière de religion, et les doctrines de Georges Wishart, ainsi que les prédications du moine Williams contre la papaute, ne lirent que l'y affermir, Quand, en 1549, la réformation commença à se répandre en Écosse, Knox alla prècher les nouvelles doctrines au sud du pays, et trouva
KNOW-NOTHIN