‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 55 sur 522 · UNIVERSITY OF VICTORIA LIBRARY · texte numérisé non relu

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HISTOIRE

prouvait-elle qu'il avait opéré ce prodige? Il en a sans doute été de cela comme de la sainte ampoule, et de maintes autres prétendues reliques destinées à attester des miracles supposés. On peut en dire autant des fausses décrétales. Il est enfin certaines médailles qui ont été frappées pour des victoires très-indécises ou pour des entreprises manquées. Ainsi, pendant la guerre de 1740, entre PAngleterre et l'Espagne, ne frappait-on pas une médaille attestant la prise de Carthagène par l'amiral Vernon, tandis qu’il levait le siége ? Autre source d’ignorance et d'erreurs’, au milieu d’un déluge de livres : nos temps modernes ont été très-féconds en libelles satiriques, qui tendaient à dénafurer lhistoire : ces libelles s’'imprimaient surtout en Hollande et en Belgique. Parmi tous ces obstacles et tous ces doutes, qui s'opposent à ce qu'on puisse espérer de bien savoir dans ses détails l’histoire des temps modernes, l’homme de sens qui veut s’instruire est obligé de s’en tenir au fil des grands événements et d’écarter tous les petits faits particuliers : il saisit dans la multitude des révolutions l'esprit des temps et les mœurs des peuples.

Ai-je parlé de la manière d'écrire l’histoire, dont, depuis Lucien jusqu'à Mably, depuis D’Alembert et Voltaire jusqu’à Bonald, tant d'auteurs ont donné les préceptes ! Long sans doute serait ce sujet à traiter ; mais j'aime mieux dire à chaque auteur, avec Châteaubriand : « S'il est bon d’avoir quelques principes arrêtés en prenant la plume, c’est une question oiseuse de demander comment l’histoire doit être écrite, chaque historien l'écrit d’après son propre génie... Toute manièreest bonne, pourvu qu’elle soit vraie. » Cicéron n’avait-il pas dit déjà : Historia quoquo modo scripta placet. Au surplus, l’auteur des Études joint l’exemple au précepte : au gré de son esprit, aussi mobile que vaste , il est tour à tour sentencieux et pathétique , raisonneur et pittoresque, philosophe et fataliste; quelquefois mème il se trouve n'être pas historien du tout, mais il est toujours grand écrivain.

Aï-je parlé de ces romans historiques qui, sous la plume d’un Walter Scott, d’un Cooper, d’un Marchangy, éclairent le temps passé presque aussi bien que l’histoire? Ai-je enfin traité de l'importante question des abrégés? Très-commodes pour la jecture et pour être consultés superficiellement, les abrégés peuvent-ils donner une instruction véritable? Avec Bonald, je ne le pense pas. « Ils ont trop de détails ou n'en ont pas assez; et ils n’offrent ni assez de prise à la mémoire ni assez d’exercice à la pensée. » Avec tous ses détails, l’histoire convient aux jeunes gens; « car cet âge ne retient que les longues histoires; et les retranchements qu’exige l’abrégé portent principalement sur les faits, qui sont la partie que les jeunes mémoires reçoivent avec le plus de facilité et conservent le plus fidèlement. » Le temps n'est plus où cette science n’entrait que comme un horsd'œuvre dans l'éducation publique. Ce n’est pas sans peine cependant qu'en 1818 cet enseignement fut introduit dans nos colléges. Il a fallu, pour y réussir, toute la volonté de Royer-Collard , alors président du conseil royal de l’instruction publique; et dans cette circonstance il fut heureux de trouver l'appui et l'influence universitaire de MM. Cuvier, Guizot, et de quelques autres personnages à grandes vues, alors en crédit dans le monde politique, En 1820 on condamnait au silence certaines chaires historiques de la Faculté des lettres ; on ne voulait plus absolument d'histoire dans les colléges. Alors, j'aime à le rappeler, l'abbé Nicoile s’est jeté généreusement entre l'enseignement historique des colléges et les barbares qui voulaient le proscrire; il fut assez heureux pour sauver cette institution. Enfin, l’expérience désarma les préventions : elle prouva que l’histoire convenablement professée, n’est pas plus l'adversaire des humanités classiques que des saintes vérités et des gloires humaines du catholicisme; mais qu’elle en est le grave et puissant auxiliaire. On voit ainsi que la Restauration, malgré quelques velléités contraires, n’a pas été défavorable à la science historique. Après 1830, l’histoire, encouragfe, et

cependant demeurée libre, régna presque sans partage dans la littérature, an théâtre, et dans les académies ; elle fit naître, dans les départements comme dans la capitale une chaîne d’associations vouées au culte des temps passés. L’architecture, la statuaire, la peinture, l’art de travailler le bois, ne furent occupées dans les vieilles résidences royales qu’à rappeler les souvenirs, les traditions et les habitudes locales des temps passés. Ce ne fut plus dans les livres, ce fut dans Versailles même, que l’on put lire désormais les pages les plus vraies du règne de Louis XIV. De même à Fontainebleau, pour François 1; à Pau, pour Henri IV. Sous les auspices d’un homme d’État historien, les archives des chefs-lieux et des villes commencèrent à sortir dg la poussière: elles obtinrent des locaux convenables ct des conservateurs instruits. Sous les gouvernements suivants, l'impulsion ne pouvait se ralentir. De grands ouvrages historiques parurent encore, et si l’histoire n’a pas conservé toute sa liberté peut-être, elle n’en a pas moins gardé toute son importance. Charles Du Rozorn.

Histoire s'emploie encore dans différentes acceptions. Il se dit des romans, des narrations fabuleuses, mais vraisemblables, inventées par un auteur, ou dans lesquelles il a introduit un mélange de vérité et de fictions. Ainsi, en parlant de romans bien connus ,on dit : l’histoire de Cyrus, l’histoire de La princesse de Clèves, l’histoire de Gil-Blas, l’histoire de Cleveland, l’histoire de Tom Jones, etc. Ce n’est que de nos jours qu’on a inventé cette expression, qui répond à tout : roman historique. Le mot isloire s’applique aux récits particuliers qu’on fait de quelques événements singuliers, terribles ou notables : des histoires galantes, tragiques, prodigieuses, naïves , pieuses, etc.; des is{oires de revenants, de voleurs, de pirates, etc. C’est en ce sens que Bussy-Rabutin avait intitulé son libelle, Histoire amoureuse des Gaules, et que Boileau a dit :

Ces histoires de morts lamentables, tragiques , Dont Paris tous les ans peut grossir ses chroniques,

Histoire se dit d’une aventure qui a quelque chose de plaisant ou d’extraordinaire : il nous a conté une hisloire curieuse qui lui est arrivée. Quand on dit d’une femme : Il lui est est arrivé bien des histoires, on fait entendre par là qu’elle a eu nombre d’aventures galantes. L'histoire de ses amours est une expression consacrée. Histoire se dit aussi d’un propos long , ennuyeux, frivole : I1 nous conte des histoires à n’en pas finir; ce sont là de belles histoires, de vraies fariboles. Histoire, dans certaine acception, est synonyme de conte, de mensonge : Ce Gascon a toujours des histoires à faire. En ce sens, l’auteur du Mondain a dit :

Monsieur l’abbé vous entame une histoire, Qu'il ne croit point, mais qu’il veut faire croire.

Dans le style familier, Aistoire est synonyme d'affaire : Voilà bien une autre Ais{oire. On dit encore proverbialement : 11 veut épouser cette femme, avoir cette métairie, obtenir cet emploi : voilà bien des histoires. Vous faites bien des histoires est parfois, dans la conversation , synonyme de : Vous faites bien des façons.

HISTOIRE (Peinture d’). S'il nous fallait donner une définition de la peinture d'histoire, elle ne devrait pas tant s'appliquer au nombre des sujets qu'il est possible d’y comprendre qu’à la manière de les traiter. Des sujets religieux, mythologiques ou empruntés à la légende ne sont pas par eux-mêmes des tableaux d’histoire. La véritable peinture d'histoire élève la figure humaine à un degré plus haut en lui donnant l'expression sensible d’une pensée sublime, et en rattachant son existence à quelque moment important et décisif de la vie. Chez les Grecs, parmi lesquels la peinture se développa comme art indépendant, nous la voyons occupée à retracer l’histoire des héros et de celle des batailles les plus récemment livrées ; et ce sont là les sujets qu’elle choisit toujours pour la plupart de ses travaux. Quand vint

l'époque chrétienne, la peinture, depuis son enfance jus- © qu’à son complet développement, fut presque exclusivement consacrée à la représentation de l'histoire religieuse et à l'expression des pensées pieuses. Par conséquent dans l'un et l’autre cas la peinture servait à la reproduction de la figure humaine, mais seulement à un point de vue trèsélevé, c’est-à-dire dans ses rapports avec l'expression de ce qu'il y a de divin et de moral dans l’homme. Or cette expression du sublime ne peut être atteinte que par la conception de la beauté de Ja forme et l'exposition de ce qu'il y a de plus noble dans la pensée et dans le caractère, en d’autres termes, qu’en retraçant aux sens ce qu'il y a de plus noble dans le phénomène intellectuel et visible de la nature humaine. L ne suffit pas pour cela d’une représentation belle, naturelle et caractéristique des formes, il faut encore que les mouvements en soient coordonnés de manière à offrir une image de leur action et à satisfaire en même temps l'œil par le gracieux et l’harmonieux des lignes.

Il ne saurait exister de tableau d'histoire là où Partiste n’a pas su grouper avec art; aussi est-ce la forme humaine qui doit tenir le plan principal et occuper exclusivement les yeux et l'esprit du spectateur. Cette exigence d’une belle exposition est ce que l’on entend par séyle, l’une des qualités indispensables de la peinture d'histoire. Il ne saurait y avoir de tableau historique proprement dit sans style; aussi dans ces derniers temps les termes de peinture de style ont-ils généralement été employés au lieu de ceux de peinture histoire. Chez les anciens, au contraire, il ne pouvait pas y avoir d’art sans style. La rigueur de cette condition apparaît chez les Égyptiens dans la sévérité de toute leur architecture. De même, nous voyons la sculpture des Grecs, ainsi que ce qui s’est conservé jusqu’à nos jours de la peinture des Romains, complétement soumis aux lois du style. Dans la peinture chrétienne elle-même, l’idée du style fut, depuis les débuts les moîïns satisfaisants de l’art, considérée toujours comme la loi suprême de toutes représenfations; et dans les sujets pieux, les seuls qui fussent alors traités, elle arriva peu à peu à une perfection conforme à la nature humaine. Jusqu'à Rap hael, il n’y eut donc pas d’autre peinture que celle d’histoire; et cette désignation même ne vint en usage que lorsqu'on commença à prendre pour sujets particuliers des objets qui jusque alors n’avaient été qu’accessoires , comme les paysages, etc. A partir du dix-septième siècle surtout, la peinture de genre, dans laquelle, au lieu du beau et du sublime, dominent la vérité et la nature, devint l’opposition la plus complète et la plus importante de la peinture d'histoire.

Cette séparation des genres commença à s'effectuer dès le seizième siècle, alors que l’art s’affranchit du service exclusif de l'Église, et qu'à côté d’une peinture historique profane naquirent lepaysage, le genre et la nature morte. Mais dans ces genres même continua de subsister la puissante influence de la peinture d'histoire. C’est ainsi que naquit le paysage historique, ou, comme Gæthe préférait l’appeler , le paysage Acroïque, lequel, comme représentation d’une action humaine importante, d’une grande civilisation primordiale, participe aux lois élevées du style historique et exige que les masses y soient groupées avec non moins d’art, etc. La peinture d’animaux elle-même, quand: elle s’occupe d’une représentation grandiose de la nature, par exemple dans les toiles d’un Rubens, mérite quelquefois la qualification d’héroïque, par opposition à la vérité naturelle et ordinaire d’un tableau de chasse de Ridinger, par exemple. C’est en ce qui touche les figures que les limites de la peinture d'histoire sont le plus difficiles à déterminer. Elle comprend en effet la représentation de toutes les figures idéales, comme celles des dieux ou des saints, et aussi les figures allégoriques et symboliques, attendu que la forme humaine y est élucidée d’après les lois les plus élevées de l’art. Vient ensuite un genre intermédiaire, celui qu’on appelle le portrait historique, et où un personnage historiquement important est, par la manière dont le

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