‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 57 sur 522 · HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE NATURELLE

ou des vers à soie, atteler le bœuf à la charrue, tanner le cuir, etc.

L'utilité de l’histoire naturelle est dans l’appui que prête son étude à la raison humaine pour détruire les honteuses absurdités qui l’obscurcirent longtemps, et dans la recherche des idées justes qui doivent nécessairement résulter de sa connaissance. L'erreur ne lui saurait résister : elle est la plus importante des sources de vérité. Son avancement a depuis environ cinquante ans détruit peut-être plus de préjugés que n’en avaient osé attaquer tous les philosophes : en persévérant, pour l’approfondir, dans les voies où les naturalistes dignes de ce nom dirigent maintenant leurs investigations , le dix-neuvième siècle ne sera pas révolu que les sciences physiques auront fourni les meilleurs moyens de renverser en Europe les dernières barrières que la superstition s'efforce d’opposer encore au développement de la véritable sagesse. Un tel résultat sera la plus victorieuse des

doute que tous les raisonnements renouvelés de monsieur le] pr'eur de l'abbé Pluche, dans son Spectacle de la Nature, en présentent d'aussi satisfaisantes.

L'histoire naturelle n’est devenue réellement une science que dans ces derniers temps; mais on n’en a pas moins imaginé de la faire remonter à la plus haute antiquité. Sans

Adam en fut effectivement le premier et le meilleur nomen-

qu'Orphée, Linus, ou le centaure Chiron, Démocrite, Épicure, Héraclite, Thalès, Platon ou autres sages de l’antiquité, aient été des naturalistes, encore que l’on mit souvent leurs figures au frontispice de certains in-folio de bo-

tanique et de zoologie imprimés durant l’avant-dernier |

siècle, Dans les temps reculés, Aristote seul mérita le titre de naturaliste; il embrassa l’ensemble des connaissances humaines , à la vérité moins étendues de son temps qu’elles le sont du nôtre , et l'étude de la nature fut pour lui simplement une des branches de ces connaissances. Les autres philosophes grecs ne s’occupèrent guère que de quelques-uns de ses rameaux : Dioscoride et Théophraste jetèrent seulement les fondements de la botanique. On ne peut regarder

comme des zoologistes Élien ni Oppien, auteurs de traités !

spéciaux de pêche et de chasse; et quant au grand roi Salomon, qui connaissait toutes les plantes, depuis l’hysope

jusqu’au cèdre du Liban, on doit présumer qu’il n’eut pas | beaucoup de disciples parmi ses Juifs, dont pas un, depuis |

le règne de ce prince, ne s’est occupé d'histoire naturelle, sice n’est de nos jours l’ichthyologiste Bloch. Pline pourrait à la rigueur être considéré comme le second des naturalistes des temps anciens; maïs, bien inférieur à l’illustre précepteur d'Alexandre, il n'observa jamais par lui-même les choses dont il nous entretient : adoptant sans critique les contes populaires les plus niaïs, compilateur crédule, narrateur prolixe, déclamateur emphatique, ses écrits sont plutôt l’histoire des erreurs que l’état des connaissances physiques de son temps.

Longtemps après Pline on ne rencontre guère que des médecins arabes qui, commentant les écrits de l’antiquité,

admirateurs, qui crurent que le savoir de leur maître consistait simplement dans sa nomenclature, quand il n’avait prétendu en faire pour les savants de tous les pays qu’un simple mais rigoureux moyen de s'entendre. Substituant leur obscurité à sa concision, ils imaginaiont avoir contribué à compléter le tableau des productions de l’univers, quand ils n'avaient qu'indiqué dans une simple phrase générique

| ou spécifique, et d’après des caractères souvent arbitraires : ou superficiellement établis, l'existence de quelque animal : ou d’une plante. Ceux-là n'avaient pas mieux compris les

préceptes du grand homme que les faiseurs de phrases re-

| tentissantes n’ont compris le sublime de Buffon ; et ce Linné,

que l’aridité de ses imitateurs fit accuser d’avoir métamorphosé en une science de mots stériles l’étude de la féconde

. nature, fut cependant le véritable créateur de l’histoire na-

turelle, Linné établit sa classification sur des bases si solides,

| que les coupes heureuses s’en reproduisent nécessairement réponses qu’on ait pu faire à la question du cui bono. Je !

dans les ouvrages même de ses plus ardents détracteurs.

Buffon, qui, s’essayant à peindre la nature avant d’avoir la moindre teinture des sciences naturelles telles qu’elles venaient de se constituer, et qui, dans la marche incertaine de son pompeux début, prit pour étroites et mesquines des idées d’ailleurs aussi larges que raisonnables, se déclara de

, prime abord l’antagoniste de toute nomenclature systémaexaminer si, d’après le texte même des Saintes Écritures, : | raliste qu'il était né grand écrivain, il n’en foudroya plus clateur, j’avouerai qu’il ne me paraît guère plus démontré !

effleurent plus ou moins l’histoire naturelle. Mais bientôt !

l'Europe accorde une attention toute particulière à cette

de toutes parts et lui découvrent de nouvelles beautés. Les fruits de leurs recherches sont recueillis et coordonnés dans plusieurs traités généraux ou particuliers. Linné apparaît, compare ce qui s'était fat, ose embrasser l’immensité de cette création, dont il s'étonne, en devine fes lois, imagine pour en enregistrer les détails un langage nouveau; son

essai tous les êtres connus, asservis sous trois règnes, sont disposés méthodiquement, de façon à ce qu’on les y puisse reconnaître, Cependant, la route philosophique ouverte par

le législateur suédois fut d'abord méconnue de ses propres : ments et prétendre créer dans l'arbre des sciences natu-

tique; plus tard , et lorsqu'il fut devenu aussi grand natu-

que l'abus; mais il devint aussi , et certainement à son insu, le chef d’une école où le verbiage ampoulé d’incapables imi tateurs fut substitué à l’éloquence du modèle. C’est au génie linnéen, fécondé à la vérité par certaines grandes vues buffoniennes, que l’histoire naturelle dut sa généralisation, où les Jussieu et les Lamarck furent ceux qui brillèrent le plus alors. Le premier publia un Genera dont les premiers écrivains de Rome, au temps de sa gloire, n’eussent pas désavoué l’éloquente latinité, et dont Linné admirait l’immensité des recherches. Le second , qui fut aussi un grand botaniste, débrouilla ensuite le chaos des invertébrés, dont

| la plupart, si longtemps dédaiïgnés des naturalistes, jouent

pourtant un rôle si éminent dans la structure du globe. Cuvier, enfin, après le Hollandais Camper, évoquant du sein de la terre les races perdues, qui en peuplèrent autrefois la surface, éclairant la géologie et la zoologie l’une par l'autre, rétablissant pour ainsi dire les chartes où furent déposés les titres chronologiques du monde primitif, disposant dans un ordre naturel toutes les créatures vivantes, assignant à chacune d’elles son véritable nom, Cuvier, enfin, réunissant en lui et Linné et Buffon, devint le modèle à suivre dans la manière d’écrire l’histoire naturelle, sous le double rapport du style et de la méthode. C’est sur les traces de ce savant qu'il faut désormais marcher dans la recherche des êtres physiques.

Mais la science étant devenue si vaste que nul ne saurai! l'embrasser tout entière, on a dù la diviser d’abord en trois grandes branches, savoir :laminéralogie,lazsoologie, et labotanique. Depuis, chaque partie s'étant encore prodigieusement accrue, la géologieetla cristallographie tendent à se détacher de la première division; outre que la physiologie et l'anatomie sont résultées des

| deux autres, la science se divise à présent en presque au-

science : on l’étudie d’abord dans les vieux livres, on mé- | tant de branches distinctes qu’on y comptait de classes.

dite enfin d’après la nature même ; des observateurs saillent |

Ainsi, lamammalogie est la connaissance des mammifères, l'ornithologie celle desoiseau x, lerpétologie celle des reptiles, l’ick/hyologie celle des poissons, la malacologie (nom qu’on doit substituer à celuide conchyliologie) celle des mollusques, l'entomologie celle des insectes et généralement des

. articulés. On peut en faire autant pour la botanique, où

Systema Naturæ en présente l’ensemble, et dans ce vaste : Pagrostographie est déjà la connaissance des graminées ,

la mycologie celle des champignons, l’Aydrophytologie celle des cryptogames et agames des eaux. 11 ne faudrait ce-

: pendant point abuser de l'établissement de tels démembre-

relles autant de noms qu’il s’y peut développer de rameaux. Bory DE SaINT-VINCENT, de l’Académie des Sciences,

HISTOLOGIE. Voyez HisToGéME.

HISTORLÆ MORALISATZÆ. Voyez Gesra Rowa- NORUM.

HISTORIOGRAPHE. Ce mot, dérivé du grec tovopiæ, histoire, et ypdpw, j'écris, désignait anciennement tous ceux qui s’appliquaient à écrire l’histoire. « Il est his{oriographe diligent, » dit Montaigne en parlant de Guichardin; et ici ce mot est synonyme d’his{orien. Mais depuis longtemps on ne le dit plus que de ceux qui ont une commission, un brevet du prince pour écrire l’histoire de son règne. L’historiographe de France était un homme de lettres pensionné, et, comme on disait alors, appointé pour écrire l’histoire. Cette charge paraït avoir existé de temps immémorial dans les morarchies de l’Orient : on en voit la preuve dans l'Écriture Sainte. Alain Chartier fut l’historiographe de Charles VIL. Lorsque en 1536, l’empereur Charles-Quint rêvait la conquête de la France comme chose facile et sûre, il dit à Paul Jove, son historiographe, de se munir de plumes et d’encre pour retracer tous ses exploits. A Venise, c'était un noble du sénat qui avait le titre d’historiographe de la république de Saint-Marc. L’historiographe de France obtenait le brevet de conseiller d’État en recevant les provisions de sa charge : il était commensal de la maison du roi. Mézerai, Pélisson, Racine, Boileau, Valincourt, furent historiographes de France sous Louis XIV. Quelques traits de sincérité que Mézerai se permit contre la taille et la gabelle lui firent retrancher d’abord une partie de sa pension, et ensuite sa pension tout entière. L’historiographe disgracié mit à part, dans une cassette, les derniers appointements qu’il avait reçus, et y joignit ce billet : « Voici le dernier argent que j'ai reçu du roi ; il a cessé de me payer, et moi de parler de lui, tant en bien qu’en mal. » Pélisson suivit une conduite toute différente : dans ce qu'il a écrit de l'histoire de Louis XIV, il exalte le monarque jusqu’au dégoût. « Cette histoire, disait Despréaux, est un panégyrique perpétuel; il loue le roi sur un buisson, sur un arbre, sur un rien ; et quand on lui fait quelque remontrance à ce sujet, il répond qu’il veut louer le roi. » On a dit qu’un historien devait être sans passion ; il faut ajouter, sans pension. Il est bien difficile que l’historiographe du prince ne soit pas un menteur; celui d’une république ( comme V'était l'historiographe de Venise) flatte moins, mais il ne dit pas toutes les vérités. Ainsi pour lui n’est point fait cet adage de Cicéron : Ne quid veri tacere non audeat (qu'il faut oser ne taire aucune vérité). Ce que Racine et Despréaux firent de mieux, quoique fort bien payés, ou plutôt parce qu’ils l’étaient, fut de ne point donner au public une

histoire qui n'aurait été qu'un monument d’adulation, peu.

utile à la gloire du roi, et encore moins honorable à celle des deux poëtes. Au surplus, un incendie, en détruisant la bibliothèque de Valincourt, leur successeur, fit périr tous les manuscrits que Racine et Boileau avaient laissés comme historiographes. Quelques notes recueillies par de scrupuleux éditeurs dans les œuvres de Racine font peu regretter cette perte.

Sous Louis XV, la place d’historiographe de France ne fut pas pour Duclos un titre oïiseux : il écrivit l'histoire du monarque qui le pensionnait, et son ouvrage fut, après sa mort, recueilli dans les dépôts du ministère. « Je me souviens, dit La Harpe, dans son Cours de Liltéralure, d’avoir entenda quelques morceaux de la préface, qui annonçaïent le courage de la vérité. » Un contemporain de Duclos, l'académicien Moncrif, lecteur de la reine, fit une Histoire des Chats, plaisanterie fort insipide. Les plaisants lui donnèrent le titre d’Ais{oriogriffe. Après Duclos, Marmontel et Moreau, auteur de vingt et un volumes de Discours sur l'histoire de France, eurent simultanément le titre d’Aistoriographe : ils le portèrent jusqu'au moment où la révolution vint niveler tant de positions et abaisser tant d'existences, Que l’on consulte l'Almanach royal de 1789,

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