HOFFMANN
Au collége, Hoffmann se fit remarquer de ses maîtres | de son orchestre. Heureusement, il obtient, à force de solli-
par son aptitude aux études sérieuses et par sa grande application. Quand il fut question pour lui de faire choix d’une carrière, d se décida pour la magistrature, et apporta aux cours universitaires , qu’il fut obligé de suivre alors, la même assiduité qui l'avait fait déjà distinguer au collége. Ses études ne l’absorbaient pas entièrement cependant; il trouvait encore chaque jour quelques heures à consacrer à la musique. Un incident, fort grave à son âge, vint même ajouter une entrave de plus à ses occupations : il devint amoureux d’une dame à laquelle il donnait des leçons de chant, et il composa vers ce temps, pour plaire à sa maltresse sans doute, deux essais de romans qui ne furent pas imprimés. Les titres seuls (Cornaro et Le Myslérieux) nous en sont restés.
Le 22 juillet 1795, après avoir passé un examen brillant, il se rendit à Glogau, chez un de ses oncles, conseiller de cette ville. L'ennui étant venu l’y saisir, il se remit au travail avec une espèce d’acharnement, et ne tarda pas à subir un second examen, plus brillant encore que le premier, après lequel il fut nommé référendaire. L'oncle auprès de qui se trouvait Hoffmann ayant été nommé, dans l'été de 1798, conseiller intime au tribunal de Berlin, il s’y rendit avec son neveu. Ce fut dans cette ville qu'Hoffmann passa son troisième et dernier examen , qui le fit nommer assesseur de la régence de Posen avec voix consultative. Un de ses anciens camarades de collége vint le voir à cette époque, et les deux jeunes gens entreprirent ensemble un voyage, pendant lequel ils méditèrent de visiter plus tard toute l'Italie. Pour le moment, Hoffmann se rendit à Posen, lieu de sa destination,
Hoffmann ayant eu le malheur de blesser, par des caricatures, le général Zastrow et d’autres personnages puissants de cette ville, fut envoyé comme en exil à Plozk, où il se rendit en 1802, accompagné d'une jeune Polonaise, qu'il avait récemment épousée. Le séjour de Plozk étant fort triste, il se remit au travail de nouveau, et étendit même le cercle de ses occupations. 11 menait de front son emploi, la musique et la peinture, lorsqu’au commencement de 1803 il fut envoyé à Varsovie : l’entrée des Français dans cette ville, en 1806, mit fin à ses fonctions adminietratives.
A Varsovie il avait continué de s’occuper de peinture, et surtout de musique. Il avait entrepris la direction d’un concert périodique organisé dans le palais Minszk, Maintenant sans emploi, et sentant la misère approcher, il résolut, après une assez grave maladie, de se rendre à Berlin pour y chercher fortune. Il quitta done Varsovie en 1807, après avoir renvoyé sa femme dans sa famille,
La misère, qu'il avait prévue, vini le saisir en effet à Berlin. Au moment où ses souffrances étaient le plus grandes, pour comble de malheur, il apprend que sa fille vient de mourir, et que sa femme est également en un danger extrême. Obligé, au milieu de ces nouvelles douloureuses , de songer à sa propre destinée, il finit par obtenir une place de directeur d'orchestre au théâtre de Bamberg. Il y court. Mais la situation de ce théâtre étant mauvaise, Hoffmann se trouve bientôt sans emploi et aussi misérable que la veille. Ne sacharit que devenir, il imagine alors de retourner à ses anciens goûts littéraires, et il devient collaborateur de la Gazette musicale de Leipzig, dans laquelle it publie d’abord la Biographie de Kreisler. Grâce à cette industrie nouvelle, sa position devient plus supportable. Un de ses oncles meurt en 1811 , et lui laisse quelque argent, avec lequel il paye ses dettes. Deux ans après, obligé d’avoir recours pour vivre à d’autres expédients, il prend la route de Dresde, où on lui offre la place de chef d'orchestre. Cette fois encore le démon de la guerre semble attaché à sa poursuite, et il est témoin de la bataille gagnée par Napoléon aux portes de Dresde, le 27 août 1813.
Le 9 décembre de la même année, Hoffmann se rend à Leipzig avec sa troupe, IL y tombe malade en 1814, et y publie peadant sa convalescence ses Fantaisies à la manière de Callot. La misère le force bientôt de quitter la direction
citations, de rentrer en qualité de surnuméraire dans les bu reaux de Berlin, et commence, après tant d'années malheureuses, à goûter un peu de bonheur et de repos.
La fortune, honteuse de s’acharner si longtemps contre un homme, lui sourit enfin, En janvier 1816 il est nommé conseiller au kammergericht, et son opéra d’Undine est joué à Berlin avec le plus grand succès, Tout à coup, et comme per l’effet d’un enchantement, le nom d’Hoffmann devient populaire. Il est fêté et recherché partout. Les libraires lui offrent des sommes énormes, et se disputent ce qui échappe à sa plume. Il se trouve riche du jour au lendemain. Hoffmann,
eci est facile à concevoir, ne passa pas froidement d’un extrême à l’autre, et chercha dans les plaisirs présents l'oubli de sa misère passée. Il y eut chez lui une réaction violente.
L'ardeur de son sang, contenue pendant les années bouillantes de la jeunesse, se montra d'autant plus impétueuse ; et il s’adonna à la débauche et au vin. Nous devons dire, cependant, que ces excès, quelque déplorables qu’ils pussent être, furent beaucoup moins longs et beaucoup moins extrêmes que bien des gens ont feint de le croire. Ce qui a poussé à prêter quelque fui aux contes ridicules débités sur Hoffmann, c’est sans contredit la lecture de ses œuvres. On s’est plu à faire un nème homme de chacuu de ses héros et de lui, Si ce n’était là qu’une erreur sens conséquence, il serait inutile de la relever; mais comme elle attaque le caractère et la vie privée d'Hoffmann, on ne peut se dispenser de protester et d'invoquer l'authenticité des faits.
En 1819, fatigué par les veilles et le travail, Hoffmann tomba malade, et composa, dans le délire de la fièvre, la nouvelle si bouffonne du Pelit Zacharie. De 1819 à 1822, il publia encore Les Frères Sérapion, Le Chat Murr et La princesse Brambilla; après quoi, ses souffrances nouvelles ne lui permettant plus d'écrire lui-même, il prit le parti de dicter ce qu’il composait. La mort le surprit dans cette occupation, le 25 juin 1822. CHAUDES-AIGUES,
HOFFMANN (François-Benotr-Henri) né à Nancy, en 1760, d’une famille originaire de l'Allemagne, vint à Paris en 1785, et s’y fit distinguer de: la foule des versificateurs de ce temps par un recueil de vers qui annonçait un véritable talent poétique. Ce fut seulement quatre ans après qu’il fit son début dramatique par la tragédie lyrique de Phèdre, suivie de celle de Nephté, qui au bout de trois ans obtint également du succès. Zuphrosyne et surtout Sératonice, augmentèrent beaucoup sa renommée, et en confiant ces opéras à un musicien pauvre et ignoré, il eut l'honneur de deviner Méhul et de le donner à la France. fe fut principalement pour le théâtre de l’'Opéra-Comique que travailla Hoffmann depuis ce moment , et il y donna près de quarante ouvrages, qui presque tous eurent des réussites plus ou moins éclatantes , Ariodant, Montenero, Le Secret, Les Rendez-vous bourgeois , etc., prouvèrent qu'il savait passer sans efforts du drame sombre à la comédie, ou mène à la gaieté la plus folle, Son opéra d’Adrien, qu’il ne parvint à faire jouer qu'après de nombreuses difficultés, et que le jury des prix décennaux jugea digne de la première mention honorable après La Vestale et celui de La Mort d'Abel, furent pour lui de nouveaux triomphes sur notre première scène lyrique.
Hoffmann n’a donné au Théâtre-Français que deux bluettes, L'Originalet Le Roman d'une heure, dialoguées toutes deux avec beaucoup de grâce et de finesse. Il ne devait pas moins briller dans une autre carrière, que lui ouvrit son ami Étienne, en le faisant entrer, en 1805, au Journal des Débats, nommé alors Journal de l'Empire. Déjà il avait faitses preuves dans la polémique littéraire par la défense de son Adrien contre Geoffroy, qui avait trouvé en lui un rude jouteur, Il apportait dans les fonctions de journaliste critique des qualités qui y sont assez rares : une instruction profonde et étendue, qui ne le laissait étranger à aucune science; une scrupuleuse exactitude à lire et mé« diter les ouvrages dont il rendait comple ; enfin une haine