‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 67 sur 522 · HOFFMANN — HOGENDORP · texte numérisé non relu

HOFFMANN — HOGENDORP

des coteries, une volonté d’impartialité et d'indépendance, qui le décidèrent à se retirer à Passy et à n’y recevoir aucune visite, pour se soustraire à toute influence. On sait quelle foute d'articles pleins de raison, de sens et d’une spirituelle malice il fournit au Journal des Débats; on se rappelle surtout ceux où il fait justice des jongleries du mesmérisme et du somnambulisme ; ses lumineuses et piquantes appréciations des œuvres de Châteaubriand, de Pradt, de M°*° de Genlis, etc., etc. Ennemi de tous les charlatanismes , il stigmatisa surtout celui des jésuites, que la Restauration nous avait rendus, avec une logique et une vigueur que Pascal n’eût point désavouées. Attaqué depuis longtemps d’assez graves infirmités, Hoffmann mourut subitement, le 25 avril 1828, à l’âge de soixante-huit ans. Deux éditions de ses Œuvres complètes (10 vol. in-8°), publiées dans les trois années qui ont suivi son décès, attestent assez la réputation qu'avait acquise parmi nous cet habile critique, cet élégant écrivain. Oury.

HOFW YL, vaste domaine, silué à 9 kilomètres au nord de Berne, et célèbre par les importantes créations de Fellenberg.

. HOGARTH ( Waicziam), célèbre dessinateur, peintre et graveur, naquit à Londres, en 1698. Son père, correcteur dans une imprimerie, le plaça chez un orfèvre qui gravait la vaisselle plate. Lorsqu'il sortit d'apprentissage, il n'avait qu’une faible idée du dessin , et cependant il se mit à graver des armoiries et des adresses. Ces premiers essais lui donnèrent alors à peine de quoi vivre. Heureusement son génie pour la caricature se développa de bonne heure; son premier essai en ce genre fut la caricature d’un buveur qui, dans une rixe, recoit sur la tête un violent coup porté par son adversaire avec un pot de bière. Notre artiste rendit de la manière la plus comique et la plus vraie l’horrible grimace du blessé, dont le visage était tout couvert de sang. Une autre fois, il fit la caricature de son hôtesse, qui le tourmentait pour le payement de 20 shellings; mais ces préludes le laissèrent encore dans l’obscurité, et plusieurs fois il fut obligé pour vivre de peindre des enseignes. Depuis il eut l’idée de les reproduire dans quelques-unes de ses gravures. Enfin, il eut occasion de travailler pour des libraires ; et l’un d’eux lui donna à faire des vignettes destinées à une édition du poëme d’Hudibras, publiée en 1726. Ses ingénieuses compositions furent remarquées, et ont été reproduites dans l’édition de 1744 et dans la traduction française publiée en 1757. Il s’essaya ensuite dans le portrait, et son talent à attraper les ressemblances, à bien grouper les tableaux de famille , lui procura bientôt de nombreux travaux. En 1730, il épousa la file du peintre d’histoire Thornhill; mais ce fut sans le consentement du père, qui pourtant se réconcilia avec les jeunes époux lorsqu'il vit son gendre acquérir de la réputation et de la fortune. C’est vers cette époque en effet que se développa son talent extraordipaire pour représenter les folies et les vices de son siècle, Dans la suite de six gravures intitulée The harlol’s progress, pour laquelle il réunit jusqu’à 2000 souscripteurs, et dont les tableaux originaux furent détruits par un incendie en 1755, il représenta la vie d’une prostituée, et dans une autre série, composée de huit gravures, la vie d’un débauché, The rake’s progression. Après ces planches, les plus célèbres de celles qu’il publia de 1733 à 1738 sont La Foire de Soulhwark, Une Conversation moderne à minuit, Le Poëte malheureux et Les Comédiens dans la grange. Peu satisfait de la hauteur à laquelle il était parvenu en ce genre, il voulut aussi prendre rang parmi les peintres d'histoire; mais le défaut de justesse du dessin et le manque de grâce et de dignité Jui étaient devenus tellement habituels, qu’il ne dépendait plus de lui de changer la nature de son talent. Dans ses compositions les plus sérieuses, il se laissait sans le vouloir aller à la caricature, ainsi qu'en témoignent ses toiles L'Elang de Betheisda, Le bon Samaritain, etc. Après avoir repris la direction qui convenait à son fa-

lent, il donna en 1740 The enraged Musician; en 1745,

The Marriage à la mode en six feuilles, dont les originaux furent achetés pour la Galerie Nationale; en 1747, The Effects of Industry and Idleness; en 1748, The March to Finchley; en 1749, The Gate of Calais; et en 1751, The Stagesof Crueliy (4 planches).

En 1753, il publia son Analyse de la Beauté, où il représente la ligne sinueuse comme la forme la plus agréable pour œil et prétend déterminer les lignes qui constituent la forme de la beauté. Mais cet ouvrage, loin d’ajouter à sa réputation, le couvrit de ridicule aux yeux de ses contemporains.

11 fit ensuite paraitre en 1755 Four Prints of an Election, et en 1762 The Times, mordante satire contre Pitt. Une toile ridicule, Sigismonda (1757), que l'artiste, visiblement dégénéré, prétendait être le pendant d’un des chofsd'œuvre du Corrége, lui valut d’amères diatribes, dont il se sentit vivement blessé. Sa santé s’altéra, et il mourut en 1764, à Leicesterfelds. Enterré à Chiswick, on éleva une pyramide sur son tombeau , et sur l’une des faces on grava son épitaphe, composée par l’illustre Garrick, son ami.

Force est de convenir que le dessin de Hogarth est défectueux. Sans doute, sa manière est ingénieuse ; mais il se borne toujours à de simples esquisses, sa couleur est mauvaise, et ses tableaux manquent d'effet. Dans ses gravures l'exécution est souvent superficielle et médiocre. Son grand mérite, c’est la pensée, c’est l'invention, c’est la peinture des mœurs de son siècle et de son pays; et voilà pourquoi il est parvenu à une célébrité telle qu’en ont seulement les plus grands génies ; on l’a faite non à artiste, maïs au créateur d’une suite de caractères sans pareils. Ses gravures, même les plus insignifiantes, se payent aujourd’hui des prix fous. Après la mort de sa femme, arrivée en 1789, les planches er furent vendues par sa nièce, miss Lewis, à Poydell. Nichols a fait paraître une belle édition de ses œuvres d’après les planches originales retouchées par Heath (3 vol,, Londres, 1820-1822).

HOGENDORP ( GusBErT-CHARLES, Comte DE), l’un des hommes d’État les plus distingués des Pays-Bas, né à Rotterdam, en 1762, entra d’abord au service de Prusse, et fit la guerre de succession de Bavière. A la paix, il revint dans sa patrie, où il fut placé, en 1782, dans la garde du stathouder; plus tard, tout en conservant son grade, il étudia le droit à Leyde. Par suite de son attachement à la maison d'Orange, il quitta le service lorsque le parti des patriotes eut pris le dessus. Au rétablissement du stathondérat, il fut nommé grand-pensionnaire de Rotterdam, et donna sa démission lorsque, en 1795, les Français firent la conquête de la Hollande. Il avait formé, en 1802, le plan de fonder au cap de Bonne-Espérance une colonie pour les partisans de la maison d'Orange; mais ce projet échoua, et lui coûta la plus grande partie de sa fortune. Lorsque, en 1813, les armées des alliés s’avancèrent viclorieuses , il réunit à La Haye les partisans du prince d'Orange, et contribua efficacement à soustraire la Hollande au joug des Français. Bientôt après il fut nommé président de la commission chargée de la rédaction du nouveau projet de constitulion; et en raison de l’influence qu’il exerca sur ses collègues, on peut à bon droit le considérer comme l’auteur de la constitution des Pays-Bas. Il eut ensuite le département des affaires étrangères, fut élevé à la dignité de vice-président du conseil d’État et créé comte en 1815; mais dès 1816 le mauvais état de sa santé le détermina à se retirer des affaires. Comine membre de la seconde chambre des états généraux, où il fut élu en 1815, il appartint au parti de l'opposition qui se forma pour défendre les droits du peuple et la constitution contre les mesures du ministre van Maanen. 11 renonça alors à siéger dans la première chambre, où il s'était fait remarquer comme ami du peuple et comme éloquent défenseur de la liberté du commerce, parce que les discussions n’en étaient pas publiques; ce qui, dans son opinion , était contraire au caractère essentiel du système représentatif. 11 mourut à La Haye, en 1834.

HOGENDORP (Dyrk be), frère aîné du précédent, né en 1761, d’abord ambassadeur de Hollande à Saint Pétersbourg, puis gouverneur d’une pelite colonie dans les Grandes Indes, fut ministre de la guerre sous Louis Bonaparte, en 1806; et Napoléon, auquel il était sincèrement dévoué, le nomma, en 1811, général de division, puis en {812 son aide de camp. Successivement gouverneur de Kænigsberg , de Wilna et de Hambourg, il se fit partout détester des populations à cause de sa dureté et de la brutalité de ses procédés. Après la chute de Napoléon, il retourna dans sa patrie; mais à peine l’empereur fut-il revenu de l'ile d’Elbe, que Hogenderp vint le rejoindre à Paris. Napoléon étant tombé une seconde fois, Hogendorp passa, en 1816, au Brésil, où il vécut isolé, et mourut dans un domaine voisin de Rio- Janeiro.

HOGG (James), dit Le Berger d’Ettrick, né en 1772, au village d’Ettrick (Écosse méridionale), était fils d’un éleveur de bestiaux ruiné; à l’âge de sept ans, il avait à peine reçu, à l’école, quelques notions élémentaires, lors-

. qu’il lui fallut aller dans les montagnes garder des vaches et plus tard des moutons. Les traditions et les chants populaires, courant en Écosse de bouche en bouche, nourrirent son imagination aisément inflammable. Sans savoir encore ni lire ni écrire, il composait déjà des poésies ; et quand il eut, non sans peine appris l’un et l’autre et commencé à consigner ses poèmes par écrit, il fut rencontré par Walter Scott, occupé alors à rassembler des ballades et des chansons pour son Minstrelsy of the Scottish Border. Encouragé par cet homme illustre, il apporta ses manuscrits à Édimbourg, en y conduisant des moutons au marché, et fit imprimer à ses frais un certain nombre de ballades (Borderer Ballads ; Édimbourg, 1805); mais il y perdit son argent. Walter Scott le consola, et le poëme qu’il donna ensuite : The Mountain Bard, ainsi qu'un Essay on Sheep, lui rapportèrent un bénéfice de 300 liv. st. Pourtant des en-

gagemcents inconsidérés lui enlevèrent son avoir, et comme |

personne ne voulait plus lui donner de moutons à garder, il se rendit, en février 1810, à Edimbourg, où il entreprit une publication hebdomadaire, The Spy, qui ne se soutint que peu de temps. En 1813 il fit paraître : The Queen's Wake; en 1814, The poelic Mirror; en 1815, The Pilgrims of the Sun; et en 1816, Madone of {he Moor. Le premier de ces poëmes, qui contient une série de ballades pleines de richesses poétiques, est de tous ses ouvrages celui qui eut le plus de succès. IL écrivit ensuite en prose des légendes merveilleuses et des tableaux du caractère national écossais, qui obtinrent un rapide écoulement, notamment The Brownie of Bodsbeck (1818); Winter evening Tales (1819); The three Perils of Man (1822); The three Perils of Woman (1823); Jacobile Relics (2 vol., 1819-21), et d’autres encore, qui, tirés du Blackwood's Magazine et réunis sous le litre de The Shepherd's Calender, parurent à Londres (2 vol. 1829). Il n'acheva que plus tard un poeme qu’il avait commencé sous le titre de Queen Hynde. Jusqu'à ce moment il avait eu sans cesse à lutter contre une cruelle pauvreté; le duc de Buccleugh lui ayant alors affermé, presque sans redevance, un domaine situé à Altrive-Lake, sur l’Yarron, il se trouva désormais à l'abri de tout souci pour sa vie matérielle, et composa dans cette retraite À queer Book, poëme contre l'émancipation catholique et le bill de la réforme (Édimbourg, 1832). A l'occasion d’une visite qu’il fit à Londres, on donna des banquets en son honneur : c’en était trop pour sa vanité ; il s'engagea alors dans une grande exploitation rurale, et se créa par là de nouveaux embarras. D'ailleurs, la faillite de son éditeur ne lui permit de retirer qu'un médiocre bénéfice de la collection de ses œuvres, publiées sous le titre de Altrive Tales, et précédées de son autobiographie, qui fut sa dernière production. 11 mourut à Altrive-Lake, le 21 novembre 1835. On a quelquefois comparé James Hogg à Burns; mais il lui est de beaucoup intérieur sous le rapport de la force et de la profondeur du sentiment.

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