HOGUE — HOHENLINDEN
doublé notre ligne 1a traversèrent au milieu d’une grêle de boulets pour aller rejoindre leur corps de bataille : ce fut une faute ; ils nous tenaient en échec entre deux feux.
Le lendemain, au point du jour, la brise s’éleva à l’est : les Français firent route à l’ouest; les Anglais les suivirent. Nous fuyiuns ; déjà les deux armées éparses étaient arrivées par le travers de Cherbourg, quand le retour de la marée les força à jeter l'ancre de nouveau. A onze heures du soir, Tourville appareilla : son projet était de faire passer son armée par le Ras-Blanchard, canal étroit, qui sépare les îles d’Aurigny et de Guernesey de la presqu’ile de Normandie, pour aller à Brest chercher un refuge. Il voulut, dans sa fuite, conserver un ordre trop difficile; il perdit du temps : vingt-deux de ses vaisseaux seulement doublèrent le Ras; douze autres, retardés par la marche trop lente de ceux qui avaient le plus souffert dans le combat, ne purent l’atteindre avant la marée, et furent contraints de se sauver vers La Hogue : c’étaient les plus beaux vaisseaux de notre marine ; on en comptait cinq à trois ponts, Leurs ancres ne purent tenir ; le vent et la mer les poussèrent sur le sable. La flotte anglaise les suivait ; elle expédia toutes ses embarcations armées pour les incendier. 11 y eut là un speclacle imposant : la flamme dévorait nos vaisseaux et jetait au loin d’effroyables lueurs; mille canons éclataient dans son foyer; des navires entiers sautaient en l’air comme des volcans sous-marins, et au milieu de cette atmosphère brûlante les chaloupes anglaises et françaises se battaient avec acharnement, la torche à la main. La fortune de l’Angleterre l'emporta : le roi Jacques, du haut de nos rivages, contemplait cette effrayante lutte, qui décidait de ses destinées ; et alors que sa couronne lui échappait sans espoir, Anglais encore malgré son expulsion, la gloire dont se couvrait la marine anglaise le forçait d’applaudir aux exploits de ses anciens sujets. Deux vaisseaux s'étaient réfugiés à Cherbourg : ils furent brûlés. La marine francaise ue se releva plus.
Russell ne sut pas tirer parti de son immense supériorité : il eût pu anéantir notre flotte, et elle faillit lui échapper tout entière; les éléments seuls la lui livrèrent. La gloire de Tourville fut obscurcie; sa bravoure même ne l’a pas sauvé aux yeux de la postérité! Le seul reproche qu’on ‘puisse cependant lui adresser, c’est d’avoir hésité à fuir : aussi l’artiste qui a sculpté sa statue lui a-t-il mis entre les mains l’ordre funeste d'attaquer, comme pour demander grâce aux générations futures du désastre de La Hogue.
Théogène PAGE, vice-amiral,
HOHENFRIEDBERG, petit bourg du cercle de Liegnitz, en Silésie, avec 850 habitants, est célèbre dans l'histoire de la guerre de sept ans par la bataille que Frédéric le Grand y gagna, le 4 juin 1745, sur les Autrichiens et les Saxons commandés par le duc Charles de Lorraine et le duc Jean-Adolphe de Saxe-Weissenfels, et qu’on appelle aussi quelquefois bataille de Striegau.
Avant cette bataille, la situation de Frédéric II était des plus critiques. La déroute essuyée par les Bavarois à Pfaffenhofen avait eu pour résultat de réconcilier le jeune électeur de Bavière, Maximilien - Joseph, avec l’impératrice Marie-Thérèse par la paix signée à Fussen. Cette princesse s'était tout récemment alliée avec l’Angleterre, la Hollande et la Saxe, et avait fait paraître un manifeste dans lequel elle déclarait que la Silésie constituait une partie intégrante de l’Autriche, attendu que le roi de Prusse avait violé la paix de Breslau. Les Autrichiens avaient envahi la Silésie. Bucco s'était emparé par trahison de la place forte de Kosel, et le prince de Lorraine ainsi que le duc de Saxe- Weissenfels, après avoir opéré leur jonction à Kænigsgrætz, s'étaient avancés jusqu'à Bolkenhain avec une armée présentant un effectif de 70 à 80,000 hommes. En même temps Frédéric, à la tête de 70,000 hommes, avait quitté son camp de Frankenstein et était venu à la rencontre de l’ennemi jusqu'à Jauernick, où son avant-garde, aux ordres du
* général Dumoulin, avait pris position, Le prince Charles de
Lorraine, qui était de beaucoup supérieur en forces à celuici, descendit de la montagne pour l’attaquer, et prit position près de l'étang de Striegau. Mais par une marche rapide, exécutée dans la nuit du 3 au 4 juin, Frédéric arriva jusqu’à Striegau. Le 4 juin, à quatre heures du matin, la bataille s’engagea par une vive attaque faite de l'aile draite des Autrichiens par les Saxons sur Striegau. Mais ils furent repoussés, et le duc de Saxe-Weissenfels parvint à les rallier sur les hauteurs situées derrière Pilgramshain. Attaqués alors par Dumoulin avec l'aile droite prussienne, ils [4chèrent pied avec l'aile gauche autrichienne, tandis que la cavalerie prussienne, après six charges successives, réussissait à rejeter l’aile droite autrichienne sur Hobenfriedberg ; ce qui contraignit l'infanterie de laile droite à se replier également à la suite d’une attaque de l'infanterie prussienne, commandée par le prince de Prusse. Ce mouvement de recul des deux ailes sépara le centre de l’armée autrichienne, où bientôt la déroute devint générale. A dix heures du matin la bataille était déjà gagnée; elle coûta aux coalisés 4 généraux, 200 officiers et 4,000 hommes tués ou blessés, environ 7,000 prisonniers, 60 pièces de canon et 83 drapeaux. Du côté des Prussiens la perte ne fut que de 3,000 hommes
HOHENLINDEN (Bataille de). L’armistice qui suivit la bataille de Marengo n’avait pas arrêté les opérations de l’armée française du Danube. Ce ne fut que le 15 juitlet 1800 que Moreau, ayant atteint une position qui liait les opérations de son armée avec celles de l’armée d'Italie, consentit à une suspension d'armes, qui fut siguée à Parsdorf et prorogée encore le 20 septembre par une convention signée à Hohenlinden, dans l'espoir de voir l'Autriche se résoudre à la paix. Les intrigues de l'Angleterre ne le permirent pas, et la reprise des hostilités fut définitivement fixée au 28 novembre. A cette époque, des douze divisions de l’armée du Danube, les trois de droïte, sous les ordres de Lecourbe, couvraient les Gébouchés du Tyrol; Grenier, avec les trois du centre, était à droite de Hohenlinden ; les trois de la réserve auteur d'Ébersberg; Sainte- Suzanne, avec les trois de gauche, au delà du Danube, entre ce fleuve et l’Altmüh]. Le gros de l’armée autrichienne, fort d'environ 80,000 hommes, occupait la rive droite de l’Inn, entre Rosenheim et Braunau, n’ayant à la rive gauche qu’une faible ligne d’avant-postes; maïs cette armée était maîtresse des têtes de pont de Rosenheim, Wasserburg, Kraiburg, Œltingen et Braunau. A la droite, Klenau, avec 25,000 hommes, couvrait Ratisbonne et le palatinat de Bavière; à la gauche, Hiller, avec 35,000 hommes, occupait le Tyrol.
Le 2 novembre l’armée française se mit en mouvement. Les divisions Montrichard et Gudin, sous les ordres de Lecourbe, vinrent se placer devant Rosenheim. Celles de la réserve (Decaen, Richepance et Granjean) s’avancérent, les deux premières vers Roth et Wasserburg, et la troisième sur la chaussée de Mubldorf. Grenier, avec le centre (Ney, Legrand et Hardy }, marcha sur Haag, couvert sur la gauche par un petit corps de flanqueurs. Sainte- Suzanne, laissant la division Souham sur l’Alt-Mühl, se rapprocha du Danube, avec les divisions Colaud et Laborde, pour passer le fleuve et se diriger sur Freysing. Le 30 le centre de l’armée française était arrivé sur les hauteurs d’Ampfing, la réserve échelonnée en arrière jusque vers Haag. L'armée autrichienne n’avait pas fait d’autres mouvements que de pousser une avant-garde au delà de Mühldort. La position que prenait Moreau en marchant vers l’Inn était mauvaise selon toutes les règles de la guerre. Ses six divisions du centre, en colonne en arrière d'Ampfing, prêtaient le flanc à l’Inn, pendant un espace de 22 kilomètres, entre Ampfing et Wasserburg; deux autres étaient à plus de 22 kilomètres en arrière, à Rosenh eim; deux, enfin, bien plus loin à gauche, vers Ingolstadt. L'onnemi se Concentrait, sans qu'on süt précisément vers lequel des points de passage dont {l'avait les têtes de pont;
il prrtait ses plus grandes forces. Il était possible que ce fût vers Wasserburg, où la division Richepance avait été repoussée le 29; et alors, l'attaque principale étant dirigée de Wasserburg sur Haag, le défilé de la forêt de Hohenlinden pouvait être perdu, et l’armée française rejetée sur Freysing et séparée de la droite de Lecourbe. Même en adinettant, ce qui arriva, que l’archiduc Jean, voulant utiliser le corps de Klenau, fit attaquer la têle de 1a coonne, la direction de son mouvement lui permettait de léborder la forêt de Hohenlinden et la gauche de l’armée rançaise dans la direction d’Erding et de Parsdorf.
Le 1° décembre l’archiduc Jean se mit en mouvenent. Le gros de son armée était sur la Roth, ayant fait occuper à droite, Landshut par la division Kienmayer; la gauche passa lInn à Mühldorf et à Kraiburg, se dirigeant sur Ampfng; le corps de Klenau s’avançait également par la gauche de l’Isar sur Landshut. La tête de l’armée française, vivement assaillie de front et sur son flanc droit, menacée sur sa gauche par le mouvement d’une partie du centre ennemi dans la vallée de l’Iser, ne pouvait tenir dans cette position aventurée : Moreau la fit replier sur Haag. Cette retraite se fit en bon ordre, presque sans perte. Les divisions Richepance et Decaen se replièrent sur Ébersberg et Zornoldingen ; Lecourbe reçut l’ordre d'étendre sa gauche vers Pframering. Ces mouvements eurent lieu le 2, en même temps que Grenier, avecle centre, rentrait dans ses premières positions à Hohenlinden. Le mouvement de Moreau en avant avait donc été en pure perte : dans tout le terrain qu’il avait parcouru il n’y avait point de position où il pût recevoir l’attaque de l’ennemi, à laquelle il devait cependant s'attendre. Celle de Hohenlinden fut choisie pour l'arrêter en le forçant à combattre. Mais il parait, par la position où il plaça sa réserve, que Moreau croyait que, l’archiduc continuant son mouvement par la gauche de la forêt de Hohenlinden, l’attaque aurait lieu dans la direction d’Erding et de Dorfen.
L’archiduc Jean commit la faute grave de ne pas poursuivre son mouvement le 2. S'il avait continué de pousser le centre de l’armée française, il eût pu ce jour-là même occuper Albaching et Saint-Christophe; et l'armée française se fût trouvée dans une position critique. Moreau profita de la journée du 2 pour faire prendre position à ses troupes; mais il paraît qu’il s’aperçut alors que la droite était trop retirée, et voulut rectifier cette erreur, qui permettait à l'ennemi de dépasser la droite de la division Granjean sans éprouver de résistance. Les divisions Richepance et Decaen reçurent l’ordre de se porter de nouveau en avant, pendant la nuit du 2 au 3 : la première devait occuper Matenpot, à l'entrée du bois de Hohenlinden; la seconde, Saint-Christophé, en laissant quelques troupes à Ébersberg, où Lecourbe devait porter la division Montrichard. Sans les retards que firent éprouver à la division Richepance le redoublement du mauvais temps et les erreurs des guides pendant cette nuit, mayant à parcourir que 12 kilomètres, elle serait arrivée à Matenpot à peu près en même temps que la tête de la colonne ennemie. Son mouvement et celui de Decaen n'avaient d'autre objet que de flanquer l’armée, et de menacer la gauche de Pennemi, qu’on ne croyait pas dépasser la ligne de la grande route,
Cependant l’archiduc Jean , dont le projet primitif avait été de tourner toute la position de Hohenlinden, afin d’arriver à l’Isar avant l’armée française, avait changé de dessein ; il était décidé à lui livrer bataille. La supposant en pleine retraite, il crut qu'il ne la rencontrerait qu'à Parsdorf, et qu'il ne trouverait tout au plus qu’une arrièregarde à Hohenlinden : il fit ses dispositions en conséquence. I détacha d’abord 17 bataillons et 12 escadrons sur la gauche, avec l’ordre de déboucher de Wasserburg el de serrer le corps de Lecourhe. 11 fit marcher le restant de son armée entrois colonnes, A gauche, 10,000 hommes, SOUS les ordres de Riesch, se portèrent, par Albaching, sur la