HOHENZOLLERN-SIGMARINGEN — HOLBACH
mœurs, si ce n’est la crédulité avec laquelle il accueillait les nouvelles des gazettes etles éloges qu’on luidonnait. Dureste, ce bon patriarche se plaisait singulièrement dans la compagnie des femmes licencieuses ; ce philosophe austère était un Lucullus au petit pied, plein de faste et de morgue. Quant aux traits de bienfaisance que les anecdotistes lui attribuent, voici ce qu’il dit lui-même des motifs qui les lui ont inspirés : « Je me contente du rôle sec de bienfaiteur : un peu de re-
-connaissance me fait plaisir, » Certainement ce n’est pas un
crime que de désirer un peu de reconnaissance, mais le bienfait perd beaucoup de son prix lorsqu'on l'accorde sèchement, et qu’on ne l'accompagne pas de paroles consolantes. D'Holbach était un grand seigneur philosophe, dans le cœur duquel les sentiments tendres étaient émoussés. Sa nature germanique, le faste et la bonne chère, alourdissaient son esprit. Aussi la plupart de ses bons mots ressemblentils à celui qu’il adressa à Turgot, se retirant du ministère : « Vous meniez fort bien votre charrette ; mais vous aviez oublié la petite boîte de saindoux pour graisser les essieux. »
C'était dans la société qu’il recevait que se formait l’opinion du jour. Le club ÆHolbachique, comme disait Rousseau, avait ses protégés et créait ou ruinait les réputations. Les premiers jugements sur tous les genres de mérite en sortaient puissants et exclusifs. Les emplois brillants et lucratifs étaient même accordés à ceux que la société poussait à la cour : elle disposait des journaux et des voix de la renommée. D’Holbach fut le prête-nom de la ligue philosophique dont Rousseau a dit : » L'intérêt commun les tient étroitement unis, parce qu'une haïne ardente et cachée est la grande passion de tous, et que, par une rencontre bien naturelle, cette haine commune est tombée sur les mêmes objets. Ils étendent ainsi leur cruelle influence dans tous les rangs, sans en excepter les plus élevés. Pour s'attacher inviolablement leurs créatures, les chefs ont commencé par les employer à mal faire, comme Catilina fit boire à ses complices le sang d’un homme, sûrs que par ce mal où ils les avaient fait tremper, ilsiles tenaient liés pour le reste de leur vie, etc. »
Le crédit du baron d’Holbach diminua avec sa fortune, que restreignit considérablement l'établissement de ses fils, dont Lagrange fut le précepteur; mais jusqu’à sa mort, arrivée le 21 janvier 1789, il conserva une influence qu'il devait moins à ses talents qu'au souvenir des services qu’il avait rendus aux philosophes. S'il faut s’en rapporter à J.-J. Rousseau, il se faisait attribuer toutes les productions monstrueuses de ses associés, que ceux-ci craignaient d’avouer. Barbier prétend avoir entendu dire à Naïgeon que les personnes même qui fréquentaient sa maison ignoraient qu’il fût l’auteur des ouvrages philosophiques qui sortaient des presses de Hollande. II confiait ses manuscrits à Naïgeon, qui les faisait passer par une voie sûre à Michel Rey : celuici envoyait ensuite en France les ouvrages imprimés ; et souvent d'Holbach en entendait parler à sa table avant d’avoir pu s’en procurer un seul exemplaire. Voici quelques-uns des principaux : Chimie métlallurgique , traduite de lallemand de Gellert (in-12); Minéralogie, traduite de l'allemand de Vallerius (2 volumes in-12); l'Antiquité dévoilée (3 volumes in-12); le Christianisme dévoilé, ou examen des principes et des effets de la religion chrétienne ; Examen critique de la vie et des ouvrages de saint Paul; la Contagion sacrée, ou histoire naturelle de la superstition; L'Esprit du Clergé, ou le christianisme primitif vengé des entreprises et des excès de nos prêtres modernes : ces deux ouvrages sont imités de l’anglais de Jean Trenchard et de Thomas Gordon; De l’Imposture sacerdotale, ou recueil de pièces sur le clergé, traduit de l'anglais ; David, ou l'histoire de l'homme selon le cœur de Dieu; L'esprit du Judaïsme ; Dernier chapitre du militairephilosophe, ou difficultés sur la religion proposées au père Malebranche; Lettres à Eugénie, ou préservatifs contre les préjugés (2 volumes in-12). On a faussement attribué à lréret ces lettres, qui parurent en 1768. On compte encore