HONFLEUR
roi d'Angleterre. Ce fut la dernière ville de Normandie qui se soumit à Henri IV.
HONG ou HONGS (en anglais Hoñg-merchants), c'està-dire marchands de sûreté ou de confiance. C’est par ce nom qu’on désigne aujourd’hui à Canton, en Chine, tous les Chinois que font des affaires avec des négociants étrangers, Autrefois, et jusqu'au moment où fut signé avec l'Angleterre le traité Pottinger (1842), les marchands hongs formaient une corporation privilégiée par le gouvernementchinoïis (Co-Hong), dont lesmembres pouvaient seuls commercer avec les étrangers, et qui étaient responsables non-seulement du recouvrement des divers impôts prélevés sur les navires et leurs cargaisons, mais encore de la conduite des étrangers. En retour de ce monopole, il leur fallait se soumettre aux énormes exactions des autorités, exactions qui se traduisaient en surcroits de droits imposés aux étrangers, et amenaient souvent des faillites colossales. Les Hongs étaient, il est vrai, solidaires les uns des autres, de sorte que la corporation tout entière payait les dettes de celui de ses membres qui venait à manquer; mais dans les derniers temps cette obligation avait fini par devenir purement nominale. Quand il y avait suspension de payement, les recouvrements étaient d’une difficulté extrême, et la plus grande parte des créances était perdue. Autrefois
les Hongs étaient continuellement en butte aux exactions des mandarins, de sorte qu’il n’y avait rien de moinssûr que leur propriété. Le traité conclu en 1842 avec l’Angleterre mit fin à l'existence de cette corporalion; et depuis lors il est permis à chacun de commercer avec qui bon lui semble.
HONGRONG, île de la côte méridionale de la Chine, dans le golfe formé par l'embouchure du fleuve de Canton, située à 6 myriam. à l’est de Macao, et longue de 14 kil. sur 7 de large. Elle devint, à partir d'août 1839, quand les Anglais durent évacuer Macao, le point de depart de leurs expéditions contre l’est de la Chine. Aux termes du traité de 1842, cette île fut cédée par les Chinois aux Anglais ; en 1861 la petite presqu'île de la terre ferme, appelée Kaou-loun, leur fut cédée également. Cette île, couvrant une superficie de 75 kilom, carrés, est montagneuse, mais fertile et très-pittoresque ; le climat en est malsain à cause des*brusques changements de température. Les Anglais y ont rapidement élevé une place forte, appelée Vic{oria, siège des autorités et centre de leur immense commerce en opium, sucre, riz, coton, thé, bois de santal, laines, soies, etc. À l’exception d’une raffinerie de sucre et d’une distillerie de rhum, il n'y a point d'industrie agrirole ou manufacturière. Les recettes de Hong-Kong s’élevaient en 1871 à 4,398,000 fr. et les dépenses à 4,657,325 fr, Quant au commerce qui est presque exclusivement aux mains de l'Angleterre, il donnait, en 1871, les chiffres suivants : importations, 75,602,100 fr.; exportations, 9,208,600 fr. La population, d’origine chinoise, était alors forte de 124,198 habitants.
. HONGRE (Cheval). Voyez CHEvAL.
HONGRIE (en magyare, Magyar Orszag), le plus vaste des États héréditaires de la monarchie autrichienne, comprenait autrefois, sous le nom de royaume de Hongrie, non-seulement la Croatie et l'Esclavonie, la Dalmatie, la Transylvanie et les Frontières militaires, mais encore la woïvodie de Servie et le hanat de Temes, les comitats de Moyen Szolnok, de Krassna et de Zarand avec le district de Kovar; plusieurs de ces pays en ayant été disjoints en 1849, elle n’embrasse plus depuis 1867 que la contrée située entre 45°30/ et 460 35/ de latitude septentrionale, et entre 33° 40/ et 42° 40! de longitude orientale. Elle est bornée au nord par la Moravie et la Silésie autrichienne, à l'est par la Gallicie, la Bukovine, la Moldavie; au sud par la Valachie , la Woïvodine et le Banat, la Turquie d'Europe; à l’ouest par la Carniole, la Styrie et la Basse-Autriche. La superficie de la Hongrie proprement dite est de 214,280 kilom, carrés; et en y ajoutant les
— HONGRIE
pays qu’on y a rattachés, elle s’élève à 321,585 kil. carrés.
La Hongrie propre est un pays complétement méditerranéen ; entourée de montagnes au nord, à l’est et à l'ouest, elle forme la plus grande partie du vaste bassin du moyen Danube. Les Carpathes, la plus haute des chaînes de montagnes qui la sillonnent, commencent à Theben, sur le Danube, non loin de l’endroit où le March vient s’y jeter, et sont renommés par l'abondance de leurs mines de mé: taux de toutes espèces et de sel gemme, par la richesse de leurs forêts, par la beauté et la fertilité de leurs vallées et de leurs coteaux , qui produisent surtout d'excellents vins. Ils forment, en décrivant un arc immense, comme le rempart naturel de la Hongrie du côté de la Moravie, de la Silésie, de la Gallicie; ils pénètrent ensuite en Transylvanie, d’où ils renvoient encore un grand nombre de rameaux dans la partie de la Hongrie située à l’est de la Theiss. La contrée onduleuse, mais beaucoup plus basse, formée à l’ouest de la Hongrie par les prolongements des Alpes Noriques et Carniques s'étend jusqu’au Danube par les pittoresques montagnes de Leitha et par les monts Vértes, prolongement du mont Bakony. Au sud, au delà du lac Platten, après avoir traversé un pays bien boisé, couvert de vignobles, de riches cultures, de nombreux châteaux et villages, où le groupe de Fünfkirchen atteint encore une élévation de400 mètres, elle se rapproche de la Mur et de la Drave ,et s’étend à l’est jusqu’à la Särviz, l’un des affluents du Danube, et jusqu’au canal de la Särviz.
Nulle autre partie de la monarchie autrichienne ne présente des plaines aussi vastes que la Hongrie. La Pelile-Plaine ou plaine de la Haute-Hongrie, qui s'étend sur les deux rives du Danube entre Presbowg et Komorn, sur une étendue d’environ 140 myriamètres carrés et à 133 mètres au-dessus du niveau de la mer, est entourée de tous côtés de montagnes, et n’est évidemment que le bassin d’un lac desséché , dont le lac de Neusiedl ( Fertô), à l’ouest de cette contrée, avec ses environs marécageux, rappelle encore aujourd’hui l'existence. Cette plaine, par sa fertilité, a mérité le surnom de Jardin d'Or de la Hongrie. Au nord et au sud , le sol, tantôt uni, tantôt montueux, ne présente à la vue que champs et jardins parfaitement oultivés, bois, vergers, vignobles, qui pénètrent dans les vallées des Carpathes et des Alpes et dans la forêt de Bakony. La Grande-Plaine ou plaine de la Basse-Hongrie offre un aspect bien différent ; située à lorient, entre le Danube et la Theiss, elle s'étend sans interruption, au sud-ouest, depuis Unghvär, Munkäâcs et Szathmär jusqu'à Grosswardein , Pesth et Stuhlweissenburg, et au sud elle se prolonge jusqu'à la Woïvodina, au Banat, à l'Esclavonie et aux Frontières militaires, comprenant ainsi un espace de 1100 myriamètres carrés, dont 700 font partie de la Hongrie. Cette plaine, sans aucun doute, a été autrefois le bassin d’un lac; nulle part, entre le Danube et la Theiss, on ne remarque d’arête qui sépare les deux cours d’eau; c’est un pays parfaitement plat, élevé de 33 mètres au-dessus du niveau du Danube ou de 133 au-dessus de la mer. De vastes marécages, couverts d’aunes ou de roseaux, des tourbières, au milieu desquels circule lentement le Danube, aux îles innombrables, et serpente la Theiss; entre les deux rivières, sur le plateau de Telecska, dont la partie septentrionale, appelée la Lande de Kecskemet , a vu jadis les tentes dAltila et des Koumans, comme aussi à l'orient de la Theïiss, sur la lande de Debreczin ; des plaines de sable à perte de vue, coupées çà est là de petites collines sablonneuses ; des landes immenses, dépourvues d'eau, d'arbres et
! d'ombrage, interrompues par des pâturages où paissent en toute liberté de nombreux troupeaux, ou par des champs d'une fertilité admirable, qui sans engrais récompensent les soins du laboureur ; de distance en distance quelque ferme isolée ou quelque bâtiment rural sur les Poussten, de rares villages, mais très-grands et très-peuplés, tel est le tableau que présente cette contrée, que l’on pourrait eom-
\ parer au steppe asiatique ou à la savane américaine,
HONGRIE
La Hongrie est arrosée par plus de 600 rivières ou ruisseaux, qui tous, à l'exception du Poprad et du Dunajee, affluents de la Vistule, appartiennent au bassin du Danube. Ce grand fleuve entre en Hongrie à Theben, au-dessus de Presbourg, traverse la gorge qui sépare Le Vértes du Néograd, près de Waitzen, en se dirigeant vers le sud, et pénètie dans l’Esclavonie, Il reçoit à droite la Leitha, le Raab, le Särviz, et sur la rive méridionale la Drave avec la Mur; à gauche, le March, le Waag, la Neutra, le Gran, l’Eipel, et la Theiss, son plus grand affluent, avec le Bodrogh, l’Hernad, le Sajé, le Szamos, la Krassna, le Kôrôs et le Maros. On trouve dans les Karpathes de petits lacs, qu'on appelle meeraugen ; mais c'est dans la plaine qu’on rencontre les plus grands, comme le Neusiedel et le Balaton ou Platten, qui l’emportent en étendue sur tous ceux de l’Europe. Les marais sont vastes et nombreux sur les bords du Neusiedel, du Danube, de la Theiss, de laKrassna et du Särviz; cependant dans ces dernières années on en a desséché plusieurs, ou du moins on les à considérablement diminués. Le plus grand, après le Hansäg, est celui d’Ecsed, dans le comitat de Szathmär ; il a 29 kilomètres de long sur 7 à 10 de large. Les lacs de soude sont particulièrement remarquables ; ceux de la lande äe Debreczin occupent une surface de plusieurs myriamètres et ont de 1 à 2 mètres de profondeur. On en tire chaque année 10,000 quintaux de natron. Jusqu'à présent la Hongrie ne possède aucun canal navigable; ceux du Sérviz ef d'Albrecht-Karasicza ne servent qu’à l’écoulement des eaux. Le premier, de 34 myriamètres de long, sert de décharge au marécage situé entre Stuhlweissenburg et Szekszärd, le second au grand marais du comitat de Baranya.
La position géographique de la Hongrie et surtout sa configuration annoncent déjà un pays tempéré. A l'exception de la vallée de Poprad, qui s’ouvre vers le septentrion, elle est protégée contre les vents du nord par de hautes montagnes, tandis qu’elle est exposée à ceux du sud, dont de fréquents orages tempèrent les ardeurs. Sauf les régions montagneuses, les changements de température y sont fréquents ; à des journées brülantes succèdent des nuits trèsfraîches dans les plaines de sable et les landes ; les fièvres intermittentes sévissent fréquemment dans les districts marécageux, et l’irrégularité du genre de vie des habitants
| les expose à d’autres maladies. Néanmoins le climat n’est
pas malsain, généralement parlant, et il n’est pas rare de rencontrer des Hongrois parvenus à un âge très-avancé. Sa position climatologique, jointe à l'extrême fertilité du sol, font de la Hongrie un pays qui produit en abondance tout ce qui est nécessaire aux besoins et même aux commodités de la vie. Sa flore offre les plantes du nord et du midi de Asie et celles de l’ouest de l’Europe. Quoique l’état de son agriculture laisse encore beaucoup à désirer, c’est une des contrées de la terre où l’on récolte le plus de céréales ; aussi s’en fait-il une exportation considérable. On y cultive du froment, du seigle, du maïs, de l'orge, beaucoup d'avoine, du sarrasin, du millet, des légumes, ete., des pommes de terre en grande quantité, beaucoup de choux, légume favori des Hongrois, des citrouilles, des raves et des betteraves dont on fabrique du sucre, d'excellents melons, des
| concombres , etc. Les prairies sont assez négligées, excepté
dans les cantons peuplés d’Allemands et dans quelques domaines appartenant à des particuliers; par contre, on donne de grands soins à la culture des fruits sur certains
| points, notamment dans le comitat d'Œdenburg, tandis
que dans d’autres on ne s’en occupe presque pas. On trouve
| des forêts entières de châtaigniers dans l'ouest et de pruniers
dans le midi; lesprunes que l’on y récolte servent à fabriquer
| différentes espèces de liqueurs spiritueuses , de l’eau-de-vie
de prunes, de la slibowitza ou rakie. Les noyers abondent dans tout le pays; les figuiers et les amanaiters reussissent même dans les parties méridionales. Depuis quelques an-
| nées on à aussi introduit en Hongrie la culture du mürier,
En 1353 des essais de plantation de {hé ont reussi au delà
de toute attente. Parmi les plantes employées dans les manufactures ou demandées dans le commerce, on cultive le lin, le chanvre, un carthama de bonne qualité, le pastels la gaude, la garance et d’autres plantes tinctoriales, le tabav, en plus grande quantité que dans aucun autre pays de l'Europe (environ 400,000 quintaux, et 560,000, y compris la Woïvodina, l’Esclavonie et la Croatie), le colza, la navette et d’autres plantes oléagineuses, le cumin, le fenouil, le senevé, l’anis, le poivre rouge de Turquie ou paprika, la réglisse et même la rhubarbe. Les grandes forêts qui couvrent les montagnes fournissent non-seulement du bois en quantité considérable, mais des glands pour engraisser les pourceaux, des noix de galle, de l'écorce, de la résine, du charbon, de la potasse, etc. Dans les parties de la plaine qui manquent de bois, on brûle des joncs, des roseaux , de la paille , de la bouse séchée.
Dans ses limites actuelles, la Hongrie présente une surface productive d'environ 1,950 myriamètres carrés, qui se divisent ainsi : champs labourés, 695 ; vignes 50; jardins 21; prairies, 165; pacages, 346; forêts, 680; le terrain improductif est évalué à 350 myriamètres carrés. L'éducation des bestiaux est très-importante. En 1850, c’est-à-dire après une guerre qui en a fort diminué le nombre, on comptait encore en Hongrie 1,105,000 chevaux, d’une race déjà très-perfectionnée. Le véritable cheval hongrois est petit, mais plein de feu, et il supporte bien la fatigue. Il y a de grands haras militaires à Bâbolna et à Mezôhegyes dans le comitat de Csanäd, et un très-grand nombre de haras particuliers. Les bêtes à cornes sont généralement de petite'taille, mais les contrées arrosées par la Theïiss en nourrissent une race excellente. Les troupeaux de moutons, en partie de race perfectionnée, de cochons, de chèvres, sont nombreux ; on élève beaucoup de volailles, surtout des oies, et l’éducation des abeilles donne aussi des résultats assez importants. Le chasseur trouve encore des lièvres, des bêtes fauves et des bêtes noires en assez grande quantité pour exercer son adresse, Dans les Karpathes habitent des renards, des lynx, des loups, des ours, ainsi que quelques chamois, des marmottes , des castors et des loutres. Les montagnes et les contrées marécageuses sont peuplées d'oiseaux sauvages. Les eaux et les fleuves abondent en poissons. La Theïss, la rivière peut-être la plus poissonneuse de l’Europe, nourrit le tik ; le Danube, le grand esturgeon ; le Poprad, le Waag et la Drave, la truite saumonée; le lac Platten, le fogas, ou poisson à dents. La Hongrie a en outre des écrevisses renommées, beaucoup de tortues, de gros limaçons savoureux , et fournit au commerce d’énormes quantités de sangsues:
Peu de contrées de l’Europe sont plus riches que la Hongrie en mines. En 1864, y compris la Transylvanie pour une quantité moindre cependant, les mines de Kremnitz, Schemnilz, Neusohl, Schmolnitz, Bosing, Herrengrund, Budfalu, Nagybanya, etc., produisirent 1,800 klgr. d’or et 26,123 d’argent. Dans la même année, on en retira 6,300 quintaux de mercure, principalement des mines d’Altwasser sur la Zips, et l’on évalue le produit des autres mines de la Hongrie à 41,000 quintaux de cuivre; 23,000 de plomb, 11,235 de litharge, 1,811,000 de fer, 4,114 d’antimoine, 2,813 de cobalt, 418 de soufre, sans compter de moindres qualités de zinc, d’étain, de manganèse, de vert de Hongrie, etc. L'exploitation de la houille a produit plus de 11 millions de quintaux. On trouve une grande variété de pierres et de terres précieuses : desuperbes opales à Czervenicza dans le comitat de Säros, des opales liquiformes et communes, des jaspes opales, des calcédoines d’une singulière beauté, des grenats, des hÿacinthes, des améthystes , des cornalines, des agates , du cristal de roche, entre autres Le diamant de Marmaros ou dragomite, des tournalines, des hyalites, du quartz et du sable quartzoux, de la lave, de la pierre cornée, du marbre de toutes couleurs , entre autres du marbre noir près de Fünfkirchen, du enciss, du porphyre, du basalte, du grès, de la pierre à
chaux, de la craie, du tale, de la serpentine , de l’ardoise, du schiste à aiguiser, de bonne glaise à potier, de l’asbeste, de la terre à foulon et de la terre de porcelaine. Le pays est très-riche en excellent sel gemme : les mines de Rhonaszesk en livrent annuellement 300,000 quintaux, celles de Szalitina et de Sugatagh chacune 200,000. En 1850 il en a été extrait en tout 1,237,562 quintaux. Il ne l’est pas moins en sel de soude. Dans la même année la saline de Soôvär, dans le comitat de Séros, en a produit 119,159 quintaux, et en 1847 elle avait fourni 138,358 quintaux de sel gemmes. C’est aussi de la Hongrie que se tire plus de la * moitié de l’alun que produit l'empire d’Autriche (en 1847, 15,371 quintaux). On recueille de la soude et du salpêtre naturels dans les széks (mares desséchées), et sur les bords des lacs de soude en quantités bien plus considérables que ne l’exige la consommation. Les environs de Grosswardein donnent annuellement 1,200 quintaux d’asphalte. Les Karpathes ne sont pas riches en houille ; cependant la Hongrie en possède des mines très-importantes, qui sont à peine exploitées ; les principales sont celles d'Œdenburg, de Gran et de Fünfkirchen.
On compte en Hongrie 355 sources minérales, c’est-à-dire plus que dans tout autre pays de l’Europe, et sur ce nombre il y en a qui sont très-fréquentées, comme les sources sul fureuses chaudes d’Ofen, de Tæplitz, près de Trentschin; de Haié près de Grosswardein; de Pôstény ou Pischtyan, sur le Waag; de Bôsing, près de Presbourg; d’Almäs et de Totis, de Grosshôflein dans l'Œdenburg; de Szébrancz, dans l’Unghvär ; de Siklos, dans le Baranya; de Tolcza et de Keszthely , dans le Szalad ; de Szerencs, dans le Zemplin ; les bains de Vichaya et de Glashütten, dans le Bacs; les sources alumineuses et sulfureuses de Parad, dans le Hévès ; une quantité de sources acidules, telles que celles de Schmecks, ou bain des Carpathes, à Grosschlagendorf, sur la Zips ; de Mobr, près de Stuhlweissenburg ; de Tatzmannsdorf, dans l’Eisenburg; la source de Suligu, dans le Marmaros; la source de Herlân, à Rank, dans l’Abaoujtorna; celle de Szalatnya, dans le Honth ; les sources ferrugincuses de Bartfeld dans le Säros, qui attirent beaucoup d'étrangers ; les eaux thermales ferrugineuses de Lucska, dans le comitat de Liptau ; enfin, les sources salines d’Ungarisch-Ischl, dans le district de Soôvär.
La population de la Hongrie offre un mélange d’un grand nombre de nations différant de race, de langage, de religion, de mœurs, de cultures, et offrant dans leurs carac - ‘tères les contrastes les plus tranchés. D’après le recensement de 1869, elle s'élève à 11,188,502 habitants pour la Hongrie propre, et en y comprenant la Transylvanie, la Croatie, la Slavonie et les Frontières militaires elle est de 15,509,455 habit. Elle est répart'e dans95 villes, 595 bour:s 8,385 villages, 1,214,229 habitations, sans compter les hameaux et les fermes des Poussten. Trois villes seulement, Pesth, Szegedin et O fen, comptent plus de 50,000 âmes, sans la garnison. Viennent ensuite Presbourg, Debreczin, Grosswardein, Alt-Arad, Erlau, Œdenburg, Raab, Fünfkirchen, etc. Le village le plus populeux, Oroshäja, a 10,915 habitants. Les plus beaux villages sont ceux des Allemands ; les plus malpropres ceux des Valaques et des Ruthènes, qui sont beaucoup moins bien logés que les Slovaques et les Magyares. Les derniers , si à l’étroit dans leurs vêtements, aiment les spacieuses habitations. En 1846, la population , évaluée approximativement à 8,626,749 âmes, se divisait ainsi : 4,469,700 Magyares ou Hongois proprement dits, y compris quelques Szeklers, qui appartiennent à la même famille ethnographique ; 2,472,799 Slaves, savoir : 1,804,710 Slovaques; 471,190 Ruthènes; 78,179 Croates ; 69,170 Serbes; 49,600 Slovènes ou Wendes; 836,710 Allemands ; 566,750 Valaques ou Dacoromans ; 249,760 Juifs; 21,000 Bohémiens ; 6,980 Grecset Zinzares; 3,000 Arméniens. Le nombre des Magyares, peuple d’origine finno-ouralienne, et des Szeklers s'élevait à la même époque à 5,418,773, en y comprenant les 232,740 établis dans la Woïvodina et
HONGRIE
le Banat, les 667,150 qui habitaient la Transylvanie, les 5,830 de la Croatie et de l’Esclavonie, les 5,441 de la Bukovine, les 5,417 des Frontières militaires, et les 32,502 qui étaient sous les drapeaux. Le recensement officiel
fait en 1864 donne, au contraire, les chiffres suivants :
5,314,202 Magyares, 1,412,303 Slovaques, 880,731 Alle-
mands, 538,573 Valaques, 381,986 Ruthènes, 94,128 Crea-
tes, 52,034 Slovènes ou Wendes, 298,648 Serbes, 372,191
Juifs, et 36,842 Bohémiens.
La langue la plus répandue est le magyare, qui se parle dans l’intérieur du pays, c’est-à-dire dans la majeure partie de la grande et de la petite plaine hongroise; dans le reste, on parle allemand , slave ou valaque. Les Magyares habitent 40 comitats sur 45; dans 23, ils forment la population dominante ; dans 17, ils sont en minorité ; excepté sous le rapport des dialectes , ils ne présentent aucune différence essentielle, bien qu’on les divise ethnographiquement en Magyares du Danube et de la Theïss, en Valoczes et Szeklers. Les Slovaques habitent les montagnes du nord-ouest (la Slovaquie) ; les Ruthènes au nord-est; les Slovènes dominent dans l’ouest; les Croates dans le sud-ouest; les Serbes au sud (et sont répandus aussi dans l’intérieur); les Valaques ausud-est, Les Allemands occupent, au sud du Danube, le long de la frontière de la basse Autriche et de la Styrie, un assez vaste territoire, coupé çà et là par des cantons peuplés de Slaves. Dans l’intérieur du pays, on en trouve aussi-un nombre considérable formant des agglomérations au milieu des autres habitants : par exemple, entre le Kapos, le Särviz, le Danube et la Karasicza, dans les comilats de Tolna et de Baranya, puis dans ceux de Pesth, de Stuhlweissenburg, de Gran, de Vessprim, autour de Kremnitz et dans le comitat de Zips, sur le territoire des Slovaques, Les habitants issus d’autres races, comme les Juifs, sont répandus partout. Sous le rapport de la religion, on comptait à la fin de 1864 parmi les 10,684,354 indigènes : 6,873,504 catholiques romains, 1,381,425 grecs unis, 2,522,777 grecs non unis, 1,008,557 luthériens ( presque tous Allemands ou Slaves), 1,828,051 réformés (en majorité Magyares), et 372,191 Juifs. s
Le Magyare a beaucoup plus de goût pour l’agriculture que pour l’industrie ou le commerce; aussi préfère-t-il la vie des champs à celle des villes. Cependant l’agriculture n’a fait jusque ici que peu de progrès : l'abondance des récoltes n’est due qu’à l'extrême fertilité du sol. Quant à Péducation des bestiaux, on en est encore à la coutume sauvage de laisser toute l’année les troupeaux en plein air. L’élève des moutons seule s’est beaucoup améliorée. Dans ces derniers temps, l’agriculture s’est, en général, perfectionnée en ses différentes branches dans les grands domaines et les cantons cultivés par des Allemands; Après les Allemands, ce sont les Slovaques qui se distinguent le plus par leur activité laborieuse. Au reste, on ne doit pas oublier que jusqu’à présent la Hongrie a inanqué de bras pour la culture de son sol, et que l'oppression dans laquelle on tenait les paysans , qui n’ont obtenu qu’en 1836 la libre disposition de leurs biens.et n’ont été affranchis que tout récemment d’autres entraves, a toujours opposé de grands obstacles au développement de l’agriculture. Ce sont les Allemands et les Slovaques qui s’occupent principalement de l’exploitas tion des mines.
L'industrie et le commerce étaient déjà en progrès avant Ja révolution de 1848. La navigation à vapeur se dévelop= pait de plus en plus sur le Danube et sur la Theiss ; le chemin de fer central facilitait les relations; une bâanqu@ pationale s'était placée à la tête du crédit public, et de nombreuses caisses d'épargne utilisaient les petits capitaux: Dans l'exposition publique de l'industrie qui eut lieu à Pesth en 1842, le génie industriel parut avec honneur devant le tribunal de l'opinion. L'union protectrice, fondée en 1844, sur la base de l'exclusion absolue de tous 188 produits étrangers, ne put se soutenir, et fit place à une autre union, qui se distinguait par une tendance plus pre
HONGRIE
tique. Un grand nombre de sociétés industrielles contribuaient selon leurs forces à la prospérité des fabriques, et malgré quelques revers la Société commerciale hongroise se soutenait. Des sociétés s’organisaient même pour fonder une banque de prêts, pour venir en aide aux ouvriers pauvres, pour créer une caisse hypothécaire en faveur des propriétaires, ete. ; mais les événements de 1848 et de 1849 portèrent à toutes ces institutions de crédit un coup si fatal, que, malgré l'abondance des matières premières, malgré la suppression de beaucoup d’entraves administratives qui nuisaient au développement de l’industrie, des années s’écoulèr: nt avant que les dernières traces de ces troubles politiques eussent disparu.
En général, l’activité industrielle de la Hongrie se borne aux objets les plus nécessaires à la vie ; les fabriques n’y font que de naître. Le paysan hongrois est lui-même son architecte, son charpentier, son charron ; sa femme tisse la toile et le drap, prépare le savon, la chandelle, etc. du ménage. Parmi les ouvriers se distinguent les faiseurs de £schismes (bottes de cordouan), les rubaniers, les fourreurs, les ceinturonniers, les corroyeurs; ceux qui travaillent le bois, la paille et le jonc sont nombreux. La société des bateaux à vapeur du Danube a son principal chantier à Alt-Ofen; mais on construit aussi des navires à Szegedin et dans d’autres endroits. Les fabriques de toile prospèrent surtout dans le Zips, quoique l’on file et que l’on tisse le lin dans plusieurs comitats du nord; les environs d’Épériés livrent au commerce des toiles imprimées; une foule de tisserands, répandus partout, confectionnent de grossières étoffes de laine ; quelques grandes manufactures produisent des draps fins; on fabrique en quantité de gros tapis, des couvertures, des manteaux, des dentelles de fil grossières, des cordes, des cribles, etc. Depuis quelques années les savonneries ont fait des progrès. La fabrication du cordouan, du maroquin et du cuir de russie est très-importante, et les tourneurs en corne sont nombreux. Plus de soixante-dix papeteries, établies surtout dans le nord, livrent du papier généralement grossier. Les métaux sont mis en œuvre dans un grand nombre de forges, d’aciéries, de fonderies, de fabriques de fer-blanc , de fil de fer , d'armes, etc., etc. Les établissements les plus considérables de ce genre sont les laminoirs de Pesth, les fonderies d'Ofen et de Dernô; mais c’est de Dios Gyôr, dans le comitat de Borsod, qu’on tire le meilleur acier. En 1863 on comptait dans l’empire 252 machines à vapeur, dont 163 dans la Hongrie propre, et 70,000 individus, non compris les mineurs, y vivaient de l’industrie des fers. La chaudronnerie et l’orfévrerie occu pent aussi un certain nombre de bras. La fabrication des poteries et des faïences a pris une grande extension. Debreczin livre à la consommation plusieurs millions de têtes de pipe en terre, et Hérend, dans le comitat de Vessprim, possède une célèbre fabrique de porcelaine. Une cinquantaine de verreries produisent du verre, mais de médiocre qualité, On trouve aussi en Hongrie quelques raffineries de sucre, et le nombre des fabriques de sucre de betterave s’y accroît chaque année, Les fabriques de savon sont importantes, surtout celles de Debreczin et de Szegedin , comme aussi les fabriques de bougies, de soude, de salpêtre, de potasse, les raffineries d’huile, les distilleries d’eau-de-vie, de rosoglio, de liqueurs, et les brasseries. La fabrication du tabac, autrefois abandonnée à l’industrie privée, est aujourd’hui devenue un monopole du gouvernement. Les comitats de Liptau, d’Arva, de Gümôr et de Sohl exportent de grandes quantités de fromages; c'est dans ce dernier comitat, à Briés, que l’on fabrique l'excellent fromage de ce nom.
Le commerce, tant intérieur qu’extérieur, est assez actif, et rapporte à la Hongrie des profits considérables. Les principaux articles d'exportation sont le froment, l’avoine, les bœufs, les porcs, la laine, les peaux, les cuirs, le vin, les noix de galle, le tabac, le miel, la cire, les plumes, la corne, le cuivre, l’alun, la potasse, la soude, le bois, l’eau-de-vie, Les places de commerce les plus impor-
tantes sont, après Pesth, un des premiers entrepôts du commerce européen, Ofen, Presbourg, Œdenburg, Debreczin, Kaschau, Raab; les marchés les plus considérables : Pesth, Œdenburg et Kecskemét (ces deux derniers pour les bestiaux), puis Félegyhäza, dans la Koumanie; Szerdahely, dans le comitat de Presbourg; Gross-Tapolcsan et Freistadt, dans celui de Neutra. Le transport par eau se fait sur le Danube, la Theïss et la Drave au moyen de bateaux à vapeur; sur le Waag, le Raab, le Maros, le Szamos, le Poprad, etc., par des bateaux ordinaires.
En l’absence de bonnes routes dans une grande partie de la Hongrie, la création récente des chemins de fer a été un fait d’une grande importance. Le premier qui ait été construit, et sur lequel les convois étaient traînés par des chevaux, s’tendait de Presbourg à Tyrnau et Szerad, sur un parcours de 6 myriamètres. Le chemin de fer central ou du sud-est, construit plus tard, part de Vienne, entre en Hongrie à Marchegg, arrive à Szolnok, après avoir franchi une distance de 30 myriamètres, et se prolonge au delà de Debreczin. A cette voie se rattache le chemin de fer ouvert le 4 mars 1854, qui conduit de Czegléd par Félegyhaza à Szegedin (10 myriamètres). Au milieu de l’année 1872 la Hongrie possédait 4,462 kilom. de chemins de fer. La longueur des ligne s télégraphiques distribuées en 487 stations, était alors de 10,156 kilom., et le nombre des dépêches expédiées, tant offic ielles que privées, dépassait 1,400,000. Quant aux voies fer rées concédées ou en voie de construction, elles embrassa ient un développement de plus de 4,000 kilom. Ces rapides voies de communication mettent les vastes et fertiles contrées qu’elles traversent, leurs villes de plus en plus florissantes, la riche vallée de Ja Theiïss et les principales cités de la vallée du Danube, en relations suivies non-seulement entre elles, mais avec Vienne, et offrent un grand débouché à la surabondance de leurs produits. Le résultat de ce développement.des moyens de transport n’a pas tardé à se faire sentir dela manière la plus favorable pour la culture du sol, l’industrie, le commerce ét la civilisation générale du pays. En outre, la suppression des lignes de douane, en 1850, a fait entrer la Hongrie dans le système économique de l’Autriche et, par suite, de toxt le centre et de tout l’ouest de l’Europe. Le commerce et l’industrie sont soutenus aujourd’hui par les banques d’Ofen et de Kaschau, qui sont des succursales de la banque nationale d'Autriche.
Sous le rapport de la culture intellectuelle, la Hongrie est fort au-dessous des États héréditaires de l’Autriche, bien que les statistiques officielles dressées en 1864 donnent des résultats plus favorables qu’on n'aurait dû s’y attendre. Le nombre des écoles élémentaires s'élève à 11,452; elles sont fréquentées par 70 enfants sur 100. Cinq écoles normales sont établies à Pesth, Szegedin, Neuhæusel, Miskolez et Grosskanizsa. La Hongrie est mieux pourvue d’écoles supéjeures : elle possède une université, une école de chirurgie et une école supérieure d’artset métiers, ainsi qu'une école de médecine, vétérinaire à Pesth, trois écoles de droit à Pesth, KaschauetGrosswardein, une école des mines et fo-
reslière à Schemnitz, 48 gymnases catholiques et 39 protestants (dans 61 le hongrois était la langue courante, lors-
qu'une ordonnance, rapportée en 1867, prescrivit l’ensei-
gnement exclusif en langue allemande dans tous les collèges,
à partir de janvier 1854), dont 35 sont des écoles supérieures avec huit classes, 20 avec six classes, et 32 où l’enseignement est incomplet ; deux écoles d’arts et métiers à Pesth, une à Ofen, Presbourg, Stuhlweissenburg, Szegedin; des écoles des mines d’un rang inférieur à Schemnitz et à Schmôlnitz ; plusieurs écoles militaires , des instituts de sourds - muets à Presbourg et à Waïtzen ; des instituts pour les aveugles à Ofen et à Presbourg ; une école de commerce à Pesth : une école industrielle, une société industrielle et une société impériale d'agriculture à Pesth, avec de nombreuses succursales ; uné académie des sciences, une société géologique et un musée national à Pesth; plusieurs bibliothèques importantes, des
collections et des sociétés savantes dans les grandes villes. En fait d’instituts agricoles, depuis la fermeture du Georgikôn fondé à Keszthely, par le comte Festetics , il n’en existe plus qu'un ouvert tout récemment à Ungarisch-Altenburg. Après Vienne , Pesth est de toutes les villes de empire celle qui fait le plus grand commerce de livres, et la typographie y a acquis un haut degré de perfection. Depuis quelques années la langue et la littérature hongroises ont pris un développement extraordinaire ; la Hongrie compte aujourd’hui des poëtes et des écrivains du premier rang.
Dans ses anciennes limites, la Hongrie était divisée en quatre cercles : en deça etau delà du Danube (basse Hongrie), en decà et au delà de la Theiss (haute Hongrie), comprenant en tout 46 comitats et les districts particuliers’ des Haïdoucks, des Iazyges, dela grande et de la petite Koumanie. On regardait aussi comme en faisant partie les royaumes de la Croatie et de l’Esclavonie, avec leurs six comitats. En 1849, ces deux derniers royaumes, avec le littoral croate, Fiure, les îles de la Mur et de la Dravé dans le comitat de Szalad, en furent détachés comme pays. de la couronne; des comitats de Bàcs-Bodrogh, Torontal, Temes el Krasso on forma la vaïvorlie de la Serbie et du banat de Temes, tandis queles comitats deKrassna, Moyen- Szolmok et Zaränd, avec les districts de Kôvär et de Zilah, furent de nouveau réunis à la Transylvanie; mais depuis 1860 on a rattaché à la Hongrie la Croatie, l’Esclavonie, la Transylvanie et les Frontières militaires.
Le royaume héréditaire de Hongrie forme aujourd’hui un gouvernement particulier, divisé en quatre grands cercles et subdivisé en 49 comitats et 250 districts. Sur ces 49 comitats, 14 seulement ont conservé leurs anciennes limites; les autres ont été plus ou moins réduits. Les 4 cercles sont ceux de : 1° Cercle au delà du Danube (43,147 kilom. carrés), chef-lieu Œdenburg, avec les 11 comitats d'Œdenburg, Wieselburg, Raab, Komern, Wesprim, Stuhlwaissenburg, Eisenburg, Szala1d, Somogy ou Sümog, Baranya et Tolna; 2° Cercle en deçé du Danube (54,780 kilom. carrés), chef-lieu Presbourg, avec les 13 comitats de Presbourg, Tientschin, Neutra, Thurocz, Arva, Liptau, Zohl, Bars, Hont, Neograd, Gran, Pesth (avec Pi. lis et Solt), et Bacs-Bogrod; 3° Cercle au delà de la Theiss (72,559 kilom. carrés), chef-lieu Grosswardein, avec les 15 comitats d’Ugocsa, Marmaros, Szathmar, Szaboles, Bihar, Bekes, Csanad, Csongrad, Arad, Temes, To. rontal, Krasso, Kra:zna, Mittelszolnok et Zarand ; 40 Cercle en deçà de la Theiss (38,115 kil. carrés), chef-lieu Pes{h, avec les 10 comitats de Zips, Saros, Gœmœæer, Torna, Abaoujvar, Zemplin, Ung, Bereg, Borsod , Heves et Szolnok extérieur, Ajoutons à ces divisions les districts des Tazyges, de la Grande et de la Petite Cumanie, et ds- Haïdouks. La Hongrie est divisée en trois archevêchés cae tholiquesromains, Gran, Erlau et Kalozza, De l’archevéque de Gran, qui est en même temps prince primat de Hongrie, relèvent sur les évêchés de Stein sur PAnger, Vessprim, Stublweissenburg, Raab, Neutra et Neusohl ; de celui d’Er lau, les évêchés de Zips, Kaschau et Szathmär ; de celui de Kalocsa, les évéchés de Csanäd, Diakovär (en Esclavonie), Zengg ( dans les Frontières militaires) et Karslburg en Transylvanie. Depuis 1853, l'évêché d’Agram en Croatie a été détaché de ce diocèse et élevé au rang d’archevéché indépendant. Les évêchés grecs d’Ofen et d’Arad sont soumis à l’archevêque de Carlovicz. Les Grecs unis ont des évêques à Épériés, Unghvär et Grosswardein.
Les bases de la constitution hongroise étaient avant 1848 : 1° la bulle d’or du roi André II, datant de 1222 ; 2° l’article 1x de la première partie du Tripartitum de Verbôezy, déterminant les droits de la noblesse; 4° les traités de paix de Linz et de Vienne, conclus en 1606 et en 1645, ainsi que l’article xxvi des décisions de 1791, qui fixait les droits des diverses communions; 4° la pragmatique sanction, les lois réglant la succession au trône et les résolutions des diètes; 5° les diplômes par lesquels les princes à
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leur avénement à la couronne devaient confirmer toutes leg libertés etimmunités du royaume. Le corps législatif se divisait en deux chambres ou fables : celle des magnats et célle des états. Elles étaient l’une et l’autre composées d'éléments divers, et n’avaient le caractère ni d’une chambre haute héréditaire, ni d’une chambre purement élective. La {able des magnats comprenait les onze barons du royaume, convoqués directement par le prince, de même que les hauts dignitaires de l’État, les archevèques, les évêques et quelques prélats catholiques, grecs unis ou grecs, tous les palatins des comitats et un député de la Croatie, choisi par voie d'élection; enfin, les princes indigènes ou naturalisés, les comtes et les barons. Le fauteuil de la présidence était occupé par le palatin du royaume, et en son absence par le judex curiæ. La table des états était formée par les députés des comitats hongrois, du royaume de Croatie, des villes libres et des chapitres, ainsi que par les membres des tables royales que leurs emplois y appelaient, par les abbés etles prévôts catholiques, en vertu deleurs dignités, s'ils possédaient un bénéfice réel, par les chargés de pouvoirs des magnats absents et de leurs veuves. Le président était nommé par le prince, ou, en cas d'obstacle, par le vice-palatin. La période législative était légalement de trois ans; ce terme passé, l’impôt militaire cessait d’être dû. L'initiative n’appartenait pas seulement au prince, mais aussi aux états. La {able des magnats ne pouvait que discuter les propositions des états et les rejeter en tout ou en partie; ce qui amenait une nouvelle délibération des états ; de là, faute d’un lien organique entre les deux chambres, de fréquents tiraillements, des obstacles, des délais pour les réformes les plus importantes. Les deux éables tenaient des procès-verbaux de leurs séances; procès-verbaux rédigés, dans les derniers temps, en magyare par les protonotaires de la table royale et livrés à l'impression. Le mandat impératif des députés, l'absence de tout règlement sur le vote et la marche des délibérations, l'incertitude qui régnait sur les conditions de léligibilité, les brigues dont les élections étaient l’objet dans quelques comitats, la disproportion existant entre les députés des villes et ceux des comitats, enfin l'exclusion du peuple proprement dit de toute participation légale aux affaires, tels étaient les vices de cette constitution. Dans les dernières années, les sessions de districts où toute question grave était discutée et préparée par de longs débats avant d'arriver à la diète, avaient pris une grande importance. Les attributions de la diète comprenaient, outre le vote des lois, lanaturalisation des étrangers, le droit d'élever les villes ou bourgs au rang de villes libres, la fixation du prix du sel, le vote du chiffre des recrues et leur levée, le vote des dons volontaires de la part de k noblesse, le droit important de voter l'impôt. A la tête de l’administration politique du pays était la chancellerie aulique hongroise , siégeant à Vienne, laquelle jugeait aussi en dernier ressort certains procès et exerçait par ses mandements une influence notable sur la marche de la justice. Dans le pays même, le gouverneur de la Hongrie administrait les affaires politiques, levait les impôts directs et exerçait dans certains cas la justice, notamment dans les procès entre les seigneurs et leurs serfs. Sous sa direction les palatins héréditaires et les palatins nommés par le prince étaient chargés de l'administration politique et judiciaire des comitats, Outre ces hauts fonctionnaires, le personnel administratif se composait d’oficiers municipaux choisis parmi la noblesse, et dont les fonctions duraient trois ans; leur administration était contrôlée d’une manière toute particulière par les assemblées de la noblesse propriétaire ou sans propriétés. L'omnipotence que s’arrogeaient ces assemblées de comitats, qui d’ailleurs étaient considérées comme les plus solides appuis des institutions du royaume, n'était pas un médiocre obstacle à la marche régulière du gouvernement,
Cette constitution fut abolie lorsque la révolution de 1848
eut été vaincue, et elle a été remplacée par le décret im-
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périal du 15 octobre 1849, basé sur la constitution de l'empire en date du 4 mars, lequel organisa provisoire ment la Hongrie comme pays de la couronne, C’est seulement le 10 janvier 1853 que fut publiée l'organisation définitive, mise à exécution le 1er mai suivant. Le premier fonctionnaire fut le gouverneur, qui exerçait à la fois le pouvoir civil et militaire, et résidait à Ofen. Il exécutait les ordres de l’empereur ou de son ministère, élait le chef suprême de la police, promulguait les lois, soumettait à l'approbation du gouvernement l'établissement des fidéicommis, {raitait les affaires ecclésiastiques qui concerpaient les rapports de l'Église et de l’État, les relations des diverses confessions entre elles, la nomination aux évéchès. Chacun des grands cercles avait à sa tête un viceprésident et un conseil aulique. Ces vice-présidents étaient nommés par le ministre de l’intérieur, sur la présentation du gouverneur. L'administration des comitats, à la tête de laquelle était un conseil nommé par l'empereur, dirigeait toutes les affaires politiques et administratives de la province, et servait d’intermédiaire entre le gouverneur et les employés inférieurs pour tout ce qui touchait à la police et à l’administration. Elle avait sous elle les présidents de juridiction et les fonctionnaires politiques qui n'étaient soumis à aucun de ces présidents, ainsi que les inspecteurs des contributions et les employés des bâtiments, qui étaient nommés, ceux-là par le ministre des finances, ceux-ci par le ministre du commerce. La pa tente impériale du 16 février 1853 plaça à la tête de l’organisation judiciaire les cinq siéges présidiaux de Pesth, Presbourg, Œdenburg, Épériés et Grosswardein, desquels relèvent les tribunaux inférieurs; chaque comitat a son tribunal. Dans les cinq villes principales, les tribunaux portent le nom de présidiaux impériaux ; dans les autres chefs-lieux de comitats, celui de éribunaux impériaux de comitat. Certaines causes, déterminées par les lois et réglements, sont réservées aux présidiaux; à cela près, la juridiction des deux espèces de tribunaux est la même. À chaque présidial est attaché un procureur général. Il n’y a qu’un seul tribunal de comuierce séant à Pesth; dans les autres comitats, les contestations relatives à des transactions commerciales sont jugées par les tribunaux ordinaires, qui s’adjoignent des assesseurs choisis dans le corps des négociants.
La constitution de 1867, amenée par les réclamations incessantes du parti national, opéra une révolution pacifique en Hongrie. Le pouvoir législatif apparlint dorénavant au roi el à la diète (Reichstag). Ceite dernière se composa de deux chambres, désignées sous les noms de chambre des magnats et de chambre des représentants: La première comptait, en 1874, 414 membres, à savoir : 8 princ’s de la maison régnante, 31 évêques et archevéques catholiques et grecs, 375 pairs hongrois, 5 députés croates et transylvains. La seconde comprenait les représentants de la nation, élus par tous les citoyens majeurs et payant au moins 20 fr. par an de contributions directes. Ancune distinction de race ou de croyance n’est admise pour les électeurs ou les éligibles. Les élections générales doivent avoir lieu tous les trois ans. Cette seconde chambre se compose de 444 membres. dont 88 représentent les villes, 289 les campagnes, 32 le clergé, les univereitts, etc., et 34 la Croatie et l’Esclavonie.
Le pouvoir exéculif appartient à l’empereur, qui l’exerce par l'intermédiaire d’un ministère responsable, et comprenant 9 départements : agriculture, industrie et commerce; défense nationale, finances, intérieur, instruction publique et culles, justice, travaux publics, Croatie et Esclavonie. Il y a en outre un président de conseil et . un représentant de l’empereur (ad latus). Dans tous les actes publics, l’empereur est qualifié seulement de roi de Hongrie.
L'administration des contributions directes et indirecles est confiée à la direction générale des finances,
divisée en cinq sous-directions, qui siégent dans les chefs-lieux des cercles. Le gouverneur civil et militaire est le président de toute celte administrations à la tête de chaque sous-direction est un vice-président, assisté d’un conseil aulique, soumis directement au gouverneur, qui exerce une surveillance générale. Certains cas qui intéressent {out le royaume sont réservés à la sous-direction d’Ofen. Les s ous-directions financières étendent leur juridiction sur tous les employés des finances, chacune dans son ressort. La Hongrie était autrefois soumise à un impôt de guerre, que les états votaient tous les trois ans pour l'entretien de l’armée, et qui était levé sur les comitats, les villes libres et les districts, au prorata de leur population respective. Le clergé et ce qu’on appelait les Aonoratiores en élaient exempts. Cet impôt s’élevait, dans les dernières années, à 4,395,000 florins. Un autre impôt, que la noblesse votait dans ses assemblées, et qui était destiné aux besoins des comitats, pesait également sur le peuple seul, et souvent il dépassait même la contribution de guerre. Depuis 1867 les impôts directs consistent en une taxe foncière de 16 pour 100 sur le revenu net, établie depuis le 1er novembre 1852 d’après un cadastre provisoire; en un impôt sur les maisons, à Pesth, Ofen, Presbourg, Kaschau et Œdenburg, s’élevant à 12 pour 100 de revenu, déduction faite de 30 pour 100, et remplacé partout ailleurs par un impôt sur les bâtiments, établi par catégories; en un impôt sur le revenu et en un impôt sur les acquêts personnels. Les impôts indirects comprennent les douanes (en tout cinq bureaux seulement), l'impôt de consommation sur la viande, le vin, les liqueurs spiritueuses, la bière, le sucre de betterave, etc., les produits de l'octroi, du monopole du sel et du tabac, de la poste, des télégraphes, du timbre et des taxes judiciaires, ainsi que ceux de la loterie,
Le budget de la Hongrie pour 1871 estimait les recettes du royaume à 357,841,225 fr. , et les dépenses ordinaires à 492,816,300 fr., ouvrant un déficit de près de 96 millions. Parmi les dépenses, le ministère des finances figurait pour 154,857,575 fr.; celui de l’intérieur, pour 27,121,200; celui de l’agriculture et du commerce, pour 23,650,725 ; celui des travaux publics, pour 22,636,975; et celui de l'instruction publique et des cultes, pour 8,110,475. Le budget de 1872 présentait aux recettes 422,776,797 fr. et aux dépenses 580,523.,485 fr., écart qui augmentait le déficit de plus de la moitié. Le royaume de Hongrie a une dette propre, qui s'élevait, à la fin de 1872, à310 millions de francs,
Histoire.
La situation géographique de la Hongrie au sud-est de l'Europe, la fertilité de son sol, la richesse de ses productions naturelles y attirèrent dès les temps les plus reculés une foule de peuples de l’Europe et de l’Asie occidentale, comme les Daces, les Bastarnes, les Gètes , les Illyriens, les Pannoniens, les Sarmates, les Iazyges, les Vandales,lesBulgares,les Alains,lesAvares,lesHuns, les Suèves, les Quades, les Marcomans, les Gépides, les Lombards,les Goths, etc. Tout ces peuples s’y sont succédé les uns aux autres, le dernier arrivant expulsant en totalité ou en partie la peuplade qui l'avait précédé. C’est qu’il existait encore dans le pays des Bulgares, des Slaves de diverses tribus, des Chazares, des Valaques, des colons allemands et italiens, lorsque les Magyares, appelés Uhri, Ugri, Ungri et Wengri par les Slaves, Sy établirent, l’an 894 de notre ère, sous la conduite de leur chef Almus (Almos) et de son fils Arpäd. Dès l’an 900, toute la contrée leur était soumise. Les chefs de tribus se partagèrent d’abord leur conquête ; mais bientôt le droit fut accordé au duc de récompenser les exploits des guerriers, sans distinction de personnes, par l'investiture d'un fief. Partagée entre sept tribus et en 108 familles, la Hongrie était un État militaire. Les hauts faits des Hongrois et le succès de
leurs entreprises attirèrent sous leurs étendards un grand nombre de guerriers étrangers, qui s’établirent dans le pays
et décidèrent beaucoup de peuplades dont ils envahirent le:
territoire à se joindre à eux; on vit même des princes et des nations, près de succomber sous les efforts d’ennemis trop puissants, implorer leur secours.
Les Hongroïs poussèrent leurs incursions jusqu’à la mer Baltique, dans le midi de la France, en Italie et sur les bords de la mer Noire; mais les défaites que dès le règne de leur roi Henri I°*, qui fut battu en 933 à Kenschberg, leur firent successivement essuyer les Allemands, les Saxons, les Francs, les Bavaroïis et enfin l’empereur Othon Ier, qui remporta sur eux une grande victoire à Lechfeld, en 955, réprimèrent leur ardeur guerrière. On commença à fixer les limites du royaume et à les fortifier. On accueillit avec empressement les colons étrangers et leurs industries : on employa les prisonniers de guerre allemands et slaves à la culture des terres et aux arts de la paix. Le grand nombre d'esclaves chrétiens, les relations avec la cour de Byzance et surtout les efforts du duc Geysa (972-997 ) et de son épouse, Sarolta (Caroline), qui professait la religion chrétienne, préparèrent l'introduction du christianisme, dont le fils de Geysa, Étienne (997-1038 ), assura le triomphe avec le secours de prêtres romains et de chevaliers allemands. Ce prince rendit la liberté à tous les esclaves chrétiens, et persécuta les Magyares qui refusaient le baptème. Il employa la force des armes pour soumettre les grands qui s’opposaient à l'établissement du christianisme. Il fonda des écoles dans sa propre résidence, appela comme instituteurs des moines instruits de l'étranger, prêcha, enseigna lui-même, bâtit un grand nombre d’églises et de chapelles , créa dix évêchés richement dotés, introduisit la dime et fit du clergé le premier ordre de l'État. Pour le récompenser de si grands services, le pape Sylvestre II lui envoya une couronne qui forme depuis ce temps la partie supérieure de la sainte couronne du royaume de Hongrie, tandis que la partie inférieure est formée par celle dont l’empereur Manuel Ducas fit présent au roi Geysa I*' ; à ce don le pape Joignit une croix de patriarche et le titre de roi apostolique. (Cette couronne, à laquelle les Magyares attachent une importance superstitieuse, et qui fut enlevée de Vienne par Soliman, puis rendue par lui à Zapolya, et par la veuve de celui-ci à l’empereur Ferdinand, s'était perdue lors du départ du gouvernement insurrectionnel hongrois pour la Turquie. Elle a été retrouvée, en 1853, avec le manteau de saint Étienne et les autres insignes du couronnement dans une caisse enfouie près d’Orsowa; transportée à Vienne, elle fait de nouveau partie des joyaux dela couronne. ) Étienne éleva la Hongrie au rang de royaume, dont le clergé etla noblesse devaientêtreles principaux soutiens. I1 divisa ses États en 72 comitats ou palatinats, gouvernés par des fonctionnaires qui ne relevaient que du roi et qui exerçaient lepouvoir civilet militaire. Ces palatins formaient, avec les hauts dignitaires de la cour et les prélats, le sénat du royaume, qui seconda le prince dans Ja réorganisation de son royaume, devenu chrétien.
Cependant bien des années s’écoulèrent encore après la mort d'Étienne avant que les obstäcles qui s’opposaient à la prospérité de la Hongrie et au développement de sa puissance fussent entièrement levés. Parmi ces obstacles, un des plus considérables était l'absence de toute loi positive sur la succession au trône; car l'incertitude qui régnait à cet égard engendra non-seulement des guerres intestines, mais fournit aux princes voisins, et principalement à la cour de Rome, l’occasion de s'immiscer dans les affaires du royaume, À cette cause de troubles se joignirent les prétentions illégitimes du clergé et de la noblesse, la réaction dus indigènes contre les étrangers que le successeur d'Étienne, Pierre (1038-1046), comblait de faveurs, enfin la lutte sourde, mais incessante, du paganisme contre le christianisme. Une violente explosion de toutes ces causes de discordes eut lieu à l’avénement au trône d'André 1er (1046- 1060) ; elle se renouvelasous Béla 1er (1060-1063) à lacélèbre
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diète de 1062, mais pour la dernière fois. Béla Ter eut pour successeurs ses neveux Salomon et Geysa Ier (1074-1077). Au milieu des ténèbres de ce siècle brille d’un vif éclat 1a figure de Ladislas Ier (1077-1095), fils de Geysa, et celle de Kloman (1095-1114). L'un et l’autre étendirent les frontières du royaume , le premier par la conquête de la Croatie et de l'Esclavonie (1089), le second par. celle dela Dalmatie (1102). L’un et l’autre défendirent avec fermeté l'honneur de leur couronne et l’indépendance de la nation contre les étrangers; l’un et l’autre rétablirent l’ordre à l'intérieur par d’excellentes lois. Après eux montèrent sur le trône Étienne II (mort en 1131) et Béla II (mort en 1141), deux princes d’une nullité com lète. L'établissement, sous le règne de Geysa II (1141-1162), de colons venus de la Flandre, de PAlsace et d'autres contrées de l’Allemagne, dans lesenvirons de Zips et en Transylvanie, et les relations plus étroites qui s’établirent, sous Bela III (1173-1204), avec Byzance, où ce prince avait été élevé, ne restèrent pas sans influence sur la civilisation de la Hongrie. Les Magyares s'habituèrent de plus en plus à la vie sociale et aux institutions civiles. Plusieurs emplois furent créés à la cour et une chancellerie du royaume établie sur le modèle de ia cour grecque. D'un aulre côté, le second mariage de Béla LIL avec Marguerite, sœur du roi de France Philippe et veuve du jeune Henri d'Angleterre, mit la Hongrie en rapport avec ces États. L’élégance française s’introduisit à la cour. De jeunes Hongrois furent envoyés à Bologne ct jusqu’à Paris pour y achever leur éducation. On fonda même à Vessprim une académie sur le modèle de l’université de Paris. Mais la noblesse et le clergé abusèrent de la faiblesse d'André II (1205-1235 ) pour augmenter leur puissance. La noblesse se fit accorder par la bulle d’or, en 1222, l'extension de ses priviléges, et le clergé arracha au roï, en 1283, un concordat avantageux. Les réformes salutaires de Béla IV (1235- 1270) furent interrompues, en 1241, par une invasion des Mongols; et, après la perte de la bataille du Schajo, le royaume, ravagé jusqu’à la mer Adriatique, fut reduit au plus triste état. Après la retraite des hordes tatares. Béla rassembla ce qui restait d'habitants, appela des Allemands et des Italiens pour repeupler le pays, rétablit l’ordre et la sûreté , favorisa la bourgeoisie, augmenta le nombre des villes libres, introduisit la culture de la vigne à Tokay, et employa tous les moyens pour ramener le bien-être dans ses États. Mais ses plans de conquêtes en Autriche, en Styrie et en Carinthie, et l'association de son fils Étienne à sa couronne occasionnèrent des différends qui ébranlèrent le respect de la royauté et préparèrent la décadence de la Hongrie. Avec André III, qui mourut le 13 janvier 1301, s’éteignit la ligne masculine de la race d’Arpad.
Après de longues querelles, le duc Charles-Robert d’Anjou l'emporta sur ses compétiteurs, et fut élu roi de Hongrie, en 1307. Sous les princes de cette famille, la Hongrie s’éleva au faite de sa puissance. Charles-Robert améliora le système monétaire, établit un nouveau système d’impôts, et substitua à ce qu’on appelait le jugement de Dieu l’action de tribunaux réguliers, comme en France et en Italie. 5} profita de ses liaisons avec le pape Clément V pour réglementer l'état du clergé hongrois. Louis 1° (1342- 1382) étendit son royaume aux dépens de la Pologne, de la Russie Rouge, de la Moldavie et de la Servie. Ses voyages et ses expéditions firent connaître à ses sujets la civilisation étrangère. IL fonda, en 1367, une école supérieure à Fünfkirchen , délivra de ses entraves le commerce, qui était très-actif avec l'Orient, favorisa l'industrie des villes; mais il expulsa les juifs et chargea les paysans de nouveaux impôts. En 1370 il réunit sur sa tête les deux couronnes de Hongrie et de Pologne. Sigismond, empereur d'Allemagne, monta après lui sur le trône comme son gendre. Tout son règne fut rempli par ses querelles avec les grands du royaume, par une invasion des Tures en 1391, et par la guerre des hussites. Quoique fort occupé, en sa qualité d'empereur, des affaires de l'Allemagne et de l'Église
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catholique, # ne négligea pas la Hongrie, où il établit l'uniformité des poids et mesures et promulgua le premier règlement militaire. En 1405, il éleva les villes libres au rang d'états du royaume et assura aux paysans l’exemption du droit de détraction. Après sa mort, la couronne de Hongrie passa pour la première fois dans la maison de Habsbourg, par suite du mariage de sa fille Élisabeth avec le duc Albert V d'Autriche ( Albert IT, comme roi des Romains). Ce prince mourut en 1439, laissant enceinte sa femme, qui, se sentant trop faible pour gouverner dans ces temps difficiles la Hongrie, la Bohême et l'Autriche, consentit à épouser le roi de Pologne Ladislas III, que les magnats élurent roi de Hongrie, Mais ce mariage n’eut pas lieu, la princesse étant accouchée, en 1440, d’un fils, qui fut plus tard le roi Ladislas, et qu’une partie de la Hongrie reconnut pour roi : ce qui donna lieu à des guerres intestines. Ladislas III de Pologne ayant été tué à la bataille de Varna, en 1444, Ladislas le Posthume monta sur le trône de Hongrie en 1445, et Jean Hunyad fut élu régent du royaume. Ce grand capitaine sut garantir la Hongrie des invasions des Turcs ; mais son plan pour les chasser de l’Europe échoua, par la tiédeur des princes chrétiens et la jalousie de ses ennemis. Après la mort de Ladislas , le fils de Hunyad, Mathias Corvin, fut élu roi, en 1458, et il tint d’une main ferme les rênes du gouvernement. A la fois diplomate et guerrier, il humilia ou dompta tous les ennemis intérieurs et extérieurs du royaume. Une honne organisation des comitats assura la tranquillité publique, trop souvent troublée, et Corvin, mægré la sévérité de son administration, mérita ainsi l'amour et la confiance de la nation. Un proverbe s’est conservé parmi le peuple : « Le roi Mathias est mort; dame Justice est morte avec lui. » Ce prince montra son goût pour les lettres et les sciences en créant l’université de Presbourg, en 1467, où il appela comme professeurs des savants étrangers, surtout des Italiens, et en réunissant une précieuse bibliothèque dans le château d’Ofen, bibliothèque qui malheureusement fut dispersée après sa mort. Le roi de Bohême Ladislas IL fut appelé au trône après lui. Sous son règne (1490-1516) et sous celui de son fils Louis II (1516-1526), l'ambition et l’avarice des grands, à la tête desquels se mirent Étienne Zapolya et son fils Jean, plongèrent le pays dans les plus grands désordres, et provoquèrent un soulèvement des paysans, qui ne fut comprimé (1514) qu’à l’aide des plus atroces cruautés. Une suite de ces troubles fut la bataille de Mohâcs (1526), où le roi Louis II perdit la vie, et qui plaça une grande partie de la Hongrie sous la domination des Turcs pendant cent soixante ans. Ferdinand d’Autriche et Jean Zapolya se dis= putèrent le reste du royaume, jusqu’à ce que les protestants, qui redoutaient le zèle persécuteur de ce dernier, eurent assuré le triomphe de son compétiteur en faisant cause commune avec lui, Zapolya dut se contenter de la Transylvanie et de quelques comitats de la haute Hongrie. Depuis lors la Hongrie est restée sous le sceptre de l'Autriche. La transaction intervenue avec Zapolya contenait le germe de nombreuses querelles entre l'Autriche et les princes de Transylvanie ses successeurs, La discorde, entretenue par les Turcs etles Français, favorisée par les persécutions des protestants, augmentée par l'introduction des jésuites, en 1561, éclata enfin en guerre civile. Le traité de Vienne (1606) conclu avec Étienne Bocskai, celui de Nikolsburg (1622) signé avec Bethlen Gabor, et celui de Lintz (1645) conclu avec George Rakoczy, ne rétablirent pas la tranquillité. Enfin les généraux de Léopold 1° s’emparèrent d’Ofen, en 1686. Le général Caraffa fit juger par le tribunal criminel d’Épériés, en 1687, tous ceux qui étaient soupçonnés d'intelligence avec l'ennemi, et la diète de Presbourg, en 1688, proclama Vhérédité de la couronne de Hongrie. En même temps, par le traité de Carlovicz ( 1699), la Porte rendit à l'Autriche la Transylvanie et la portion de la Hongrie qu’elle occupait, à l'exception du district de Temesvar.
| Cependant cette paix et l'établissement de la Commissio
neoacquistice, devant laquelle devaient étre portées toutes les questions relatives aux terres affranchies de la domination turque, excitèrent de nouveaux mouvements, que l’empereur Joseph L°* parvint enfin à calmer, en 1711, par la paix de Szathmär. Charles VI (Charles II, comme roi de Hongrie) assura, par la pragmatique sanction de 1713, la couronne de Hongrie même aux femmes de la maison de Habsbourg, et améliora l’administration en réformant la chancellerie aulique et les autres branches du gouvernement. Il établit aussi une armée permanente pour la Hongrie, et ordonna la levée d’une contribution de guerre pour son entretien. Le congrès de Passarowitz, en 1718, rendit à la Hongrie le district de Temesvar, et la paix de Belgrade , en 1739, fixa les limites du royaume du côté de la Turquie. L’impératrice Marie-Thérèse fit beaucoup pour le pays en régularisant, en 1765, les rapports des vassaux, au moyen ce qu’on appelle l’urbarium, en supprimant l’ordre des Jésuites, en 1773, et en réformant l'instruction publique. Joseph IE voulut aussi, et dans les meilleures intentions du monde, apporter d'importantes modifications à la constitution hongroise; mais son zèle le fit aller trop vite, et il rencontra dans la nation plus d'opposition que d'appui. Dans le but d'élever la Hongrie à un plus haut degré de civilisation, il chercha à conserver, autant que possible, sa liberté d'action, et à cet effet il ne se fit pas couronner roi de Hongrie, parce qu’il aurait dù jurer le respect de la constitution et se serait ainsi lié les mains; il ne convoqua même aucune diète, parce qu’il aurait été entravé dans l’exécution de ses projets par la longueur des délibérations de l’assemblée. Mais les paysans et les bourgeois ne pouvaient pas encore et la noblesse et le clergé ne voulaient pas apprécier les résultats salutaires des réformes de Joseph. En dépit du servage et des odieuses obligations imposées par les statuts des corps de métiers, les premiers trouvaient leur sort tolérable, et, grâce à leurs priviléges, à leur exemption de toutes les charges de l’État, les nobles et les prêtres étaient fort contents. Lors donc que Joseph abolit le servage et modifia dans un sens plus libéral les statuts des corps de métiers, lorsqu'il supprima les droits féodaux, soumit les nobles aux charges publiques, abolit les états, et introduisit un code national, lorsqu'il réduisit le nombre des couvents, rendit l’édit de tolérance et garantit la liberté de la presse, paysans, bourgeois, nobles et prêtres se soulevèrent contre ces innovations. Cependant, ce qui mit le comble à l'irritation, ce fut la loi par laquelle il rendit obligatoire pour tous l’ensei gnement de la langue allemande. Cet attentat contre la nationalité hongroise provoqua un si violent mécontentement qu’il fut facile au clergé et à la noblesse de soulever le peuple contre l’empereur, qui se vit forcé, le 28 janvier 1790, de rétablir beaucoup de choses sur l’ancien pied. Léopold II, qui succéda à son frère Joseph, s’appliqua à réconcilier la Hongrie avec l'Autriche ; son premier soin fut de convoquer la diète, qui ne l'avait pas été depuis vingt-cinq ans, et qui fut cette fois très-orageuse. Léopold se montra très-disposé à abolir les innovations de son frère, mais refusa avec énergie de. prêter le serment du sacre qui aurait réduit en Hongrie son pouvoir à une ombre, et il réussit à faire adopter l’édit de tolérance par la diète, après de longs débats. Son fils François 1°", qui lui succéda en 1792, marcha sur ses traces. Sous son règne, la civilisation, l’industrie, la commerce, firent de grands progrès en Hongrie, et la nationalité hongroise prit un puissant essor, Le peuple s’attacha de plus en plus à la maison de Habsbourg. Il en donna la preuve lorsque Napoléon convoqua inutilement en 1809,une assemblée nationale hongroise, qui n'aurait rencontré aucun obstacle si elle avait voulu proclamer la séparation de la Hongrie d’avec l’Autriche.
Cependant le gouvernement de l’empereur François méconnut l’état véritable du pays. Les mesures de l’empereur Joseph avaient développé un esprit de rivalité nationale et d'indépendance que le système dominant ne sut pas satisfaire. Le gouvernement s’aliéna une partie du clergé et de
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Janoblesse. Une opposition, qui compfait dans ses rangs des 1 magyare trouva dans le Pesti Hirlap, publié depnis 1841
hommes pleins d'activité et de talents, se forma, fortifiée d'un côté par mesures du système gouvernemental , encouragée de lue par la faiblesse du palatin, l’archiduc Joseph, qui avait été éleyé à cette dignité en 1796. Pendant un temps, on s’imagina à Vienne qu’on ferait facilement triompher l’absolutisme en Hongrie. On ne conyoqua aucune diète, on essaya de lever les impôts et les recrues; mais on éprouva une résistance qui obligea à réunir la diète en 1825. Cette fois encore on parvint à s'entendre; néanmoins, l’opposition politique et nationale, à la tête de laquelle se placèrent des hommes considérables, comme le comte Étienne Széchényi, ne cessa de gagner du terrain. Elle trouva à la diète de 1830 l’occasion d’essayer ses forces dans les questions importantes du recrutement, de lemploi d'officiers indigènes et de l’usage de la langue magyare, et elle le fit avec un succès évident. Bientôt après la clôture de la diète, le pays fut horriblement ravagé par le choléra. Le peuple, dans son ignorance superstitieuse, se persuada que les fontaines avaient été empoisonnées, et se livra, surtout dans le nord, aux plus déplorables excès. Au mois de décembre 1832 se réunit une nouvelle diète, à laquelle le gouvernement soumit la réforme de lurbarium. Cette question intéressait plus que toute autre les rapports des seigneurs avec les paysans, et la manière dont elle fut résolue dénotait un progrès essentiel. Cependant, la marche des discussions dans la diète, le vœu de plus en plus prononcé de réformes politiques, la force de l'agitation dans les assemblées de comitats , tout prouvait que le gouvernement ne parviendraif plus à satisfaire les exigences de la nationalité magyare par de simples réformes matérielles. C’est alors que parut Kossuth, qui, malgré l’opposition du gouvernement et de la police, sut si bien profiter des ressources de la publicité, que les débats de la diète excitèrent un intérêt général, C'est au milieu de ce mouvement de plus en plus rapide que l'empereur François mourut, en 1835.
Sous Ferdinand I** (Ferdinand V en Hongrie) le gouvernement comprit les périls de la situation. IL essaya au moyen de pelites concessions d’en prévenir de plus grandes, mais ne réussit par là qu'à donner plus de force à l'esprit public. La question de l’urbarium fut définitivement réglée dans l'automne de 1835. Les rapports &es paysans avec leurs seigneurs furent mieux réglés, l’exemption absolue d'impôts dont jouissait la noblesse fut limitée, et ces réformes ne contribuèrent pas peu aux progrès de l'esprit publie. Dès lors les vieux moyens du système de Metternich ne pouvaient qu’attiser le feu au lieu de l’éteindre. On essaya de restreindre la liberté de la tribune dans des limites plus étroites, en intentant des procès aux plus grands orateurs de l'opposition, Wesselényi, Kossuth, Déak, Klauzal, etc.; mais le résultat fut diamétralement opposé à celui qu’on attendait. L'élément magyare de la population, actif et bien organisé, se montra partout opposé aux tendances du Re et les intrigues auxquelles le pouvoir eut recours pour ex@lure de la diète les individus qui lui déplaisaient échouèrent honteusement. La diète de 1839 ne s’occupa guère que de plaintes élevées contre les mesures du gouvernement, qui, au milieu des violents débats soulevés par ses fautes, parvint à peine à faire mettre ses propositions aux voix. La diète, qui fut close au mois de mai 1840, ne se sépara pas sans avoir rempli un des vœux les plus chers de l'opposition. Elle vota la loi de la langue, qui sanctionna la suprématie de la nationalité magyare, et une amnistie en faveur de tous ceux qui étaient poursuivis ou avaient été condamnés pour abus de la liberté de la parole. En général la vie publique avait fait de très-grands progrès depuis les dernières années du règne de François. La condition des paysans s'était améliorée, les priviléges de la noblesse avaient été restreints, les tendances intolérantes du clergé combattues avec succès, et beaucoup d'améliorations matérielles étaient projetées. L'opposition
par Kossuth, un organe extrêmement influent. La loi de la langue lui donna les moyens de magyariser de plus en plus le pays, et elle y travailla avec une activité infatigable, sans respect quelquefois pour les autres nationalités. C'était dans les comifats qu’on discutait avec feu, souvent avec violence, ces questions qui devaient être portées devant la diète. À la diète de 1843-1844 la question de l'imposition de la noblesse fut agitée de nouveau, mais elle ze fut pas définitivement résolue; cependant les roturiers furent déclarés aptes à présider et à remplir toute espèce d'emploi, et une nouvelle loi sur l'usage de la langue magyare confirma la prépondérance de la nationalité magyare, D'autres questions importantes, comme celles de la réforme des états, du code pénal, de l'introduction de la publicité et de la procédure orale, etc., tendant toutes à transformer la Hongrie en un État représentatif, furent agitées , sans être résolues, Le gouvernement n’ayait aucun moyen de s'opposer énergiquement à tout ce mouvement de propagande. Lorsqu'il voulut essayer de comprimer par des mesures administratives l’action des comitats, il essuya de nouveaux échecs. L’archidne palatin, à la faiblesse duquel les magnats, partisans de l’ancien ordre de choses, attribuaient les succès de l’opposition, étant mort le 13 janvier 1847, son fils, l’archiduce Étienne, qui était né et avait été élevé en Hongrie, fut nommé gouverneur et élu palatin la diète de 1847, que le roi ouvrit en personne par un discours en magyare. Le gouvernement proposa toute une série de mesures concernant le commerce, les échanges, la position des villes libres, les rabotes, etc. L'opposition réclama la liberté de la presse, la responsabilité des ministres, l’union de la Transylvanie à la Hongrie, la publicité de tous les actes du gouvernement, l'égalité en matière d'impôt, l'égalité devant la bi, la réforme de l'urbarium, etc. L'influence de Kossuth se fit déjà sentir d’une manière tout-à fait prépondérante dans cette diète, et la machine gouyernementale, paralysée en Hongrie comme dans tout l'empire, se montra aussi impuissante pour accorder que pour refuser. La lutte était ardente sur toutes ces questions, lorsque éclata la révolution de 1848, bientôt suivie d’un mouvement insurrectionnel en Hongrie.
Une députation, chargée des yœux du peuple, arriva à Vienne au moment où le poire | de Metternich s’écroulait. L'opposition libérale obtint promptement satisfaction. Un de ses chefs, le comte Louis Batthyàn y i, fut chargé de composer un ministère particulier pour la Hongrie, dans lequel entrèrent Szemera, Kossuth, Deak, Messàros. Les robotes furent supprimées, la dime abolie du consentement du clergé, l'impôt rendu général , une garde nationale instituée, et les liens qui unissaient la Hongrie à l'Autriche tellement relâchés, qu'il ne resta qu’une union personnelle avec la famille impériale. La diète procéda avec rapidité aux changements les plus importants, de manière à mettre l'administration d'accord avee les institutions nouvelles. Elle adopta une loi électorale conforme au système représentatif, vota légalité en matière d'impôts, réglementa l’wrbarium, introduisit la liberté de la presse et le jury. Grâce à son énergie, la révolution eut bientôt obtenu un triomphe complet et assuré à la Hongrie un gouvernement national. Il ne restait plus pour opérer la séparation d'avec Autriche qu'à créer une armée et à établir des rapports directs avec les puissances étrangères. Mais les Magyares avaient de tous temps respecté trop peu les nationalités et s'étaient montrés trop intolérants envers les autres races juxtaposées à la leur, pour que celles-ci ne proftassent pas de l’occasion de se venger, Les Allemands de la Transylvanie, entre autres, portaient impatiemment le joug; les Serbes et les Croates, de leur côté, désiraient une réorganisation nationale, Dès le mois de mars ces derniers prirent des mesures importantes. [ls choisirent pour ban Jellachich, et adressèrent au gouvernement une série de demandes, qui, basées, sur le principe de l'indépendance nationale , étaient directement
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contraires dans leurs tendahtés au but que poursuivaient les Magyares. Tandis que la diète de pesth cherchait à séparer autant que possible la Hongrie du reste de la monarchie autrichienne, on s’efforçait à Agram d'arriver à une séparation complète d'avec la Hongrie. Ces divisions amenèrent bientôt une guerre ouverte entre les Hongrois d’un côté, les Serbes et les Croates de l’autre, Les deux partis essayèrent, at mois de juin, de faire valoir leurs droits auprès de l'empereur, qui résidait alors à Inspruck, et il chargea en effet l’archiduc Jean d’accommoder leurs différends. La conduite des conseillers de l’empereur dans toute cette affaire n’a pas été clairement expliquée.
À l’ouverture de la nouvelle diète hongroise, le 5 juillet 1848, la situation était déjà fort critique, Kossuth sut inspirer son enthousiasme à la diète, qui, à la suite d’un brillant discours de l’agitateur, vota un impôt de 42 millions de florins et une levée de 200,000 hommes. On se prépara à la guerre avec une activité extrême; on organisa partout des bataillons de Aonvéds,on arma les forteresses, on émit du papier-monnaie; les demandes dé concours adressées par l’empereur pour la guerre d'Italie furent éludées, on travailla à détacher les troupes hongroises de la politique impériale et à les rattacher directement à leur patrie, on chercha à nouer des alliances à l’étranger ; en un mot, tout faisait prévoir une rupture. Le ministère impérial, à son tour, changea de politique. Le 14 août il retira à l’archiduc-gouvertieur la pleine puissance qui faisait de lui le véritable représentant de l'autorité royale. On proposä dans des conférences tenues à Vienne, comme moyen d'accommodement, la suppression des ministères de la guerre et des finances, incompatibles avec la constitution autrichienne. À cette proposition, une nombreuse députation de la dièté hongroise répondit, le 9 septembre, par la présentation d’un contre-projet, dont l’adoption eût équivalu à la reconnaissance de l’indépendante hongroise. La cour fit une réponse évasive, en même temps que Jellachich entrait en Hongrie. La position de l’archiduc palatin , qui essayait de jouer le rôle de médiateur, devenait insoutenable; il donna sa démission, et quitta le royaume. Le ministère, dissous, fut remplacé par un comité de défense sous là présidence de Kossuth, et les préparatifs de guerre furent poussés avec uhe nouvelle ardeur. La lutte s'était déjà engagéé avec le ban Jellachich, lorsque l’empereur chargeà le baron Vay de composer un nouveau minislère, et envoya en Hongrie le comte Lamberg comme commissaire impérial. Le meurtre de ce commissaire sur le pont d’Ofen (28 septembre) fut le signal de la révolution. Les Hongrois virent dans les événements de Vienne u diversion faYorable; mais ils ne purent donner aux Viennois le secours qu'ils leur avaient promis, après la défaite de Schwechat (30 octobre). La prise de Vienne, la formation, en novembre , du ministère Schwarzenberg-Sladion, l'abdication de Ferdinand, l’avénement au trône de François-Joseph Ier (décembre 1848) devaient hâter la décision du Sort de la Hongrie.
Avant la fin de l’année, l’armée impériale, aux ordres de Windischgrætz, marcha contre les Hongrois, s’empara rapidement de la rive droite du Danube, bloqua Komorn et Leopoldstadt, et S’'empara de Bude. Mais les afaires changèrent bientôt de face. Les Impériaux avaient à lutter contre les rigueurs de la saison, et la défection des régiments hongrois, sur laquelle ils comptaient, n’eut pas lieu. Gœrgei opéra avec beaucoup d'habileté la retraite depuis le Danube jusque dans les montagnes, et résista avec avantage à toutes les attaques du corps de Schlik. La désunion qui existait déjà entre lui et Kossuth éclata lorsque le Polünais Dem binski fut nommé général en chef. La dé-
faite de Kapolna (27 février) fut le premier résultat de cette mésintelligence entre les chefs, et amena Ja retraite de Dembinski ét son remplacement par Vetter, puis par Gœrgei. Cependant, la lutte s'était aussi engagée en Tran- Sylvanie, où les Szeklers seuls tenaient le parti des Ma-
gyares, tandis que les Roumans et les Saxons s'étaient déclarés contre eux. Au mois de janvier 1849, le général polonais Bem yavait ouvert la campagne contre Puchner, et avait occupé toute la partie septentrionale. 11 battit les impériaux , rejeta les Russes en Valachie et s’empara de tout le pays. Les succès des armes hongroise: avaient tiré le pays de son apathie; les préparatifs s'étaient achevés, les troupes se montraient pleines d’ardeur et de confiance, Les Magyares purent donc prendre l'offensive et enlever à leurs ennemis les avantages de la campagne d’hiver, Une armée sous les ordres de Pérezel marcha sur la Bacska et le Banat, repoussa les Serbes, qui étaient divisés, et sou mit presque entièrement ces pays, pendant que Bem conquérait la Transylvanie. Serrée de près, la forteresse d’Arad dut capituler; Karlsburg et Temesvar, les seules p'aces à peu près qui fussent encore au pouvoir des Impériaux dans tout le sud-est, furent assiégées. Les opérations de Gœrgei dans le nord ne furent pas moins heureuses. A là fin de mars, les Magyares avaient franchi la Theiss et occupaient les Impériaux dans les environs d'Erlau, et dans le même tempsun corps de troupes s’avançant contre Go: dœællæ y battit les Autrichiens, le 7 avril. Un autre corps, commandé par Aulich, s’approcha de Pesth, tandis que Gœrgei courait au secours de Komorn, battait l'ennemi le 9 avril, et le forçait à abandonner ses positions. Tel était l’état des affaires lorsque Windischgrætz fut remplacé par Welden. Les Magyares poursuivirent leurs succès, battirent encore les Autrichiens à Nagy-Sarlæ, le 19 avril, débloquèrént Komorn, et au lieu de marcher sur Vienne, ils préférèrent attaquer d’abord Ofen, qui succomba, après une vaillante défense, le 21 mai. La guerre insurrectionnelle avait atteint son apogée.
Kossuth dirigeait les affaires dans le sens d’une solidaritérévolutionnaire. Il rêvait une constitution démocratique pour sa patrie; il songeait au rétablissement de la Pologne, et il trouvait pour ses projets d’ardents soutiens dans les nombreux émigrés polonais, qui occupaient dans l’armée des grades élevés. De là là mésintelligence qui régnait entre lui et Gœrgei. Ce dernier voulait arriver à un accommodement avec l’empereur ; ses vœux n’allaient point au delà de la constitution de mars. En vain les deux rivaux essayèrent-ils de s'entendre ; le désaccord entre eux n’en devint que plus tranché. Kossuth tenta enfin un acte décisif, pour répondre à la constitution octroyée le 4 mars à tout l'empire. 11 arracha, le 14 avril, à la diète de Debreczin, un décret portant que la Hongri- se déclarait indépendante, excluait du trône la maison de Habsbourg, et confiait les rênes de l’État à un président et à des ministres responsables. Élu lui-même président, il forma, sous la présidence de Szemère, un ministère qui se déclara hautement républicain-démocrate, et dévoué à la souveraineté du peuple dans toutes ses conséquences.
L’Autriche, de son côté, avait réclamé l’intervention de la Russie, menacée elle-même par une insurrection dirigée
en partie par des généraux polonais. Une division russe,
sous les ordres de Paniutine, vint se joindre à l’armée du Danube commandée parHaynau, le nouveau généralissime autrichien; un autre corps, commandé par Lüders, devait soumettre la Transylvanie, et l’armée principale, forte d’environ 130,000 hommes, pénétrer en Hongrie par la Gallicie, sous les ordres de Paskewitsh. Le 19 juin, Lüders défit tes Magyares et occupa Hermannsladt, pendant que, au sud, les Autrichiens se rendaient maîtres de Kronstadt, en juillet. Se portant de la Bukovine dans le nord de la Transylvanie, les alliés en chassèrent Rem après divers engagements malheureux, et le battirent près de Schæssburg, le 31 juillet, après une inutile tentative de diversion en Moldavie. Jellachich ne fut pas aussi heureux dans la Backsa. Cependant, vu l'inégalité des forces, la lutte ne devait pas tarder à se décider. Tandis que la grande armée russe s’avançait par Épériés et Kaschau vers la grande Plaine de la Hongrie, Haynau commença ses opé-
rations vers les deux rives du Danube. Gærgei était alors en complet désaccord avec Kossuth. Refusant d’obéir aux ordres du gouvernement, et de concentrer ses troupes derrière la Theiss, il résolut de soutenir la guerre dans les environs de Komorn. Frappé de destitution, il s'appuya sur la confiance de l’armée, et resta à sa tête, sans atteindre toutefois le résultat qu’il avait en vue. Le 2 et le 11 juillet il livra de sanglants combats près de Komorn; mais il ne réussit pas à rompre les lignes des Autrichiens, et il se vit contraint de se replier sur la Theiïss et sur Szegedin, où le gouvernement s’était réfugié. Quoiqu'il eût habilement conduit cette retraite, une catastrophe était inévitable. L'armée impériale avait pris avec succès l'offensive: Raab fut emporté, Ofen et Pesth occupés ; Gœrgei lui-même ne cachait pas sa conviction qu'il n'y avait plus qu’à espérer une capitulation honorable, et c’est dans ce sens qu'il répondit aux propositions des Russes. Cependant Haynau avait quitté les bords du Danube, et s’approchait de Szegedin. Le gouvernement s’enfuit en toute hâte. Après avoir pris possession de la ville, le général autrichien défit Dembinski à Szæreg, le 3 août, et remporta le 9, près de Temesvar, une victoire complète sur le général Bem, qui avait été rappelé de la Transylvanie, Kossuth, convaincu de l'impossibilité de continuer la lutte, donna sa démission, et céda la dictature à Gœærgei, le 11 août. Le conseil de guerre du nouveau dictateur se prononça pour une soumission absolue, et le 13 fut signée la capitulation de Vilâgos avec le général russe Rüdiger. Les autres corps furent dispersés ou se réfugièrent en Turquie, Les forteresses cédèrent l’une après Pautre, excepté Komorn, que Klapka ne rendit qu’au mois d’octobre, après avoir obtenu une capitulation honorable,
Les Impériaux, quiavaient surtout contribué à terminer la guerre, durent voir avec déplaisir les Russes traités en vainqueurs. Haynau, investi de la dictature, donna libre cours aux vengeances. Dès le commencement d'octobre, Pesth et Arad furent témoins du supplice de Louis Batthyanyi, Nagy-Sändor, Aulich, Pültenberg, Leiningen, Damianics, sacrifiés aux ressentiments d’un vainqueur impitoyable. La loi martiale, à laquelle fut soumise la Hongrie, fut exécutée par Haynau avec une sévérité sanguinaire, jusqu'à ce que le ministère impérial révoquât les pleins pouvoirs de cet homme entêté et capricieux (juillet 1850). Les restes de l’ancienne constitution hongroise disparurent avec la nouvelle. La Hongrie fut complétement assimilée aux autres parties de la monarchie, Le régimede fer qui pesait sur elle reçut quelque adoucissement lorsque Varchiduc Albert en fut nommé gouverneur (1851); cependant ce ne fut que l’année suivante, à l’occasion du voyage de l’empereur, que les conseils de guerre furent supprimés et une amnistie partielle accordée. Le gouvernement n’en poursuivit pas moinsses plans d’incorporation du royaume,
Le statut provincial, qui depuis 1849 devait régler la nouvelle organisation de la Hongrie, n’était pas encore édicté en 1859. Les défaites de l’Autriche en Italie provoquèrent alors parmi les Hongrois un mouvement d’indésendance, qui commença à se manifester au sujet de la patente impériale du 1er septembre 1859. Cette patente, conséquence du concordat signé en 1855 avec la cour de Rome, était la ruine des droits et priviléges des communaultés protestantes. Sur 3 millions de protestants que comptait la Hongrie, plus de 2,800,000 se prononcèrent par leurs délgués contre la nouvelle patente. Il en résulta une agitation que vint accroître le dessein formé par la jeunesse de Pesth, de célébrer, le 15 mars 1860, en faisant une visile solennelle aux cimetières, le souvenir du 15 mars 1848, jour anniversaire de la révolution. Les soldats autrichiens usèrent de la force pour empêcher ces démonstrations, et le sang coula dans les rues. Une catastrophe semblait imminente, quand un rescrit impérial, en date du 19 avril 1860, annonça que le régime im= posé à la Hongrie depuis 1849 allait cesser, En effet, la
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patente impériale du 20 octobre suivant y remit en vigueur les institutions constitutionnelles.
Le baron de Vay, homme d’État qui avait pris une large part au mouvement de 1848-1849, fut nommé chancelier de Hongrie, avec mission d'établir le nouvel ordre de choses. Il réunit les assemblées des comitals, qui élurent leurs députés, et la diète s’ouvritle 6 avril 1861. Le 13 mai, jour où commença la discussion de l'adresse, le chef du parti modéré, M. François Deak, résuma les conditions auxquelles une entente serait possible avec l'Autriche : rétablissement de l'intégrité nationale de la Hongrie; re= trait de toutes les mesures introduites illégalement durant la suspension de la constitution hongroise; remise en vigueur des lois de 1848; autonomie assurée à la Hongrie par un parlement indépendant et un ministère responsable. L'adresse, basée sur ces demandes, fut adoptée, sauf quelques modifications, le 24 juin. Elle était inconciliable avec la constitution octroyée, le 26 février 1861, par François-Joseph à son empire, constitution ayant pour but de réaliser l’unité de tous les pays de la monarchie; aussi l’empereur refusa-t-il de l’accepter. Les deux chambres de la diète la votèrent de nouveau, et elle fut remise une seconde fois, le 8 juillet, à l’empereur. Celui-ci, dans sa réponse datée du 21, protesta contre toute idée d’une fusion de la Hongrie avec les autres parties de l'Autriche, mais n’admit l'autonomie que dans le domaine administratif, et invita la diète à aviser immédiatement aux moyens de faire représenter la Hongrie au reichsrath de Vienne, seule assemblée compétente pour les affaires communes de la monarchie. En même temps, le baron de Vay était remplacé dans la place de chancelier par le comte Antoine Forgach. Une nouvelle adresse, rédigée par M. Deak, et votée par la diète le 12 août, maintint toutes les demandes formulées précédemment, à la séance du 22, le président donna communication d’un rescrit impérial qui ordonnait la dissolution de la diète. Les assemblées des comitats ayant élevé des protestations, elles furent déclarées dissoutes, ainsi que les assemblées municipales des villes.
La Hongrie se retrouva ainsi placée sous le régime de l’absolutisme. On espérait d’abord qu’elle y serait laissée peu de temps; mais on chercha vainement une solution qui répondit à la fois aux exigences de la nation hongroise et au programme du cabinet autrichien, et le comte Forgach, réconnaissant l'impossibilité de faire accepter par ses compatriotes la constitution de février, donna sa démission en avril 1864. 1l eut pour successeur le comte Hermann Zichy. A la suite d’une visite faite, du 6 au 9 juin 1865, à Pesth, par l'empereur François-Joseph, qui reçut un accueil chaleureux, celui-ci manifesta l'intention de changer sa politique intérieure. Le come Belcredi remplaça M. de Schmerling à la tête du gouvernement autrichien, et le système centralisateur fit place au système de la décentralisation et de l'autonomie. En conséquence ‘ le comte Zichy céda la chancellerie hongroise à M. Georges Mailath, et un décret convoqua la diète de Hongrie. Elle fut ouverte, le 14 décembre, par l’empereur François-Joseph en personne. L'adresse qui fut votée à l'unanimité, le 23 janvier 1866, par la Chambre des représentants, avait été , comme les precédentes, rédigée par M. Deak, et reproduisait les mêmes demandes; François-Joseph, qui s'était installé à Bade, y fit une réponse peu satisfaisante, et, quand il repartit pour Vienne, la population s’abstint de lui faire corlége ; mais bientôt la guerre entre l'Autriche et la Prusse amena la clôture de la diète, le 26 juin 1866. C'était là une mesure de précaution que vinrent justifier la proclamation de Kossuth à l’armée hongroise et la formalion dans le camp prussien d’une légion hongroise sous les ordres du général Klapka.
Une ère tout à fait nouvelle allait commencer pour la Hongrie avec l’arrivée aux affaires de M. de Beust. Appelé, en février 1867, à la tête du gouvernement autrichien, il
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fit triompher le système du dualisme, consistant à parlager l'empire en deux grandes divisions : d’un côté, la Hongrie avec ses annexes; de l’autre, les provinces allemandes et slaves; en d’autres termes, la Transleithanie et la Cisleithanie. La majorité de la diète hongroise, groupée autour de M. Deak, promit d'accepter les propositions de M. de Beust, dontles principales étaient la communauté des intérêts économiques avec les autres provinces et une organisation militaire générale. Un ministère hongrois spécial, sous la présidence du comte Andrassy, fut créé le 17 février, et chargé de rétablir l'ancienne administration autonome du pays, ainsi que de faire voter par la diète, à litre de proposition royale, le projet de loi sur les affaires communes. Cette loi fut adoptée, le 29 mai, par 209 voix contre 89. La réconciliation entre la Honerie et l'Autriche était donc un fait accompli, et l'empereur François-Joseph alla recevoir à Pesth, le 8 juin, la couronne de Saint-Étienne, au milieu d’un grand enthousiasme. 11 accorda le lendemain une amnistie à tous se$ sujets hongrois poursuivis ou condamnés pour délits politiques, et autorisa en même temps tous les émigrés à rentrer dans leurs foyers; ils rentrèrent en grand nombre, et parmi eux les généraux Klapka, Percel et Türr; quant à Kossuth, il refusa de profiter de l’amnistie. En vertu du diplôme inaugural préparé par la dièle et adopté par l’emper.ur, celui-ci s’engageait à maintenir la constitution, l'indépendance légale, la liberté et l'intégrité du territoire de Hongrie et de ses annexes; il promettait d'incorporer au royaume de Hongrie toutes celles des parties et provinces du royaume de Saint-Étienne qui avaient été déjà recouvrées et qui pourraient l’être encore; il consacrait pour tous ses successeurs l'obligation de sanctionner à l’époque de leur couronnement, par un serment solennel, toutes les garanties précédentes; il reconnaissait enfin à la Hongrie, dans le cas où la famille royale actuelle viendrait à s’éteindre, le droit de disposer de ses destinées. Ainsi se trouva constitué l’empire Austro-hongrois.
Les discussions de la diète, après cet évérement capital, portèrent principalement sur la loi militaire, qui fut votée à une grande majorité. Des élections générales, faites au commencement de 1869, renouvelèrent la chambre des représentants. L’animosilé de la lutte électorale donnait à penser que le parti Deak perdrait un grand nombre de voix; mais il en con<erva 270, tandis que la gauche modérée en avait 110 et la gauche extrême 60. Une majorité de 100 voix restait donc au parti Deëk dans la diète hongroise, qui s’ouvrit le 22 avril. Son affluence ne s’alfaiblit pas sensiblement les années suivantes, même après que lecomte de Lonyay eut remplacé, comme président du ministère hongrois, le comte Andrassy, appelé à diriger les affaires de l'empire, après Ja déruission de M. de Beust (9 novembre 1871); mais, dans le nouveau Reïchstag, dont ouverture se fit le 4 sept. 1872, l’autorité de ce parti sembla décroître peu à peu, bien qu'on lui gardât une grantle reconnaissance d’avoir amené l'union des diverses parties auroyaumede Saint-Étienne, et surtout avec la Croatie.
Littérature.
La littérature hongroise reflète fidèlement le caractère de la nation, ainsi que ses destinces; cela seul suffirait pour lui mériter laitention de l’Europe occidentale. Deux éléments, le latin el le magyare. auxquels on pourrait adjoindre l'allemand pour une part modeste, mais impor tante, dominent tout le développement intellectuel de la Hongrie, A peine les Magyares se furent-ils solidement établis dans la Pannonie, et eurent-ils constitué une espèce d'Etat par l'adoption de la forie monarchique (an 1000), qu'Étienne Ier y introduisit l'élément latin par sa conversion au christianisme. Dans les siècles suivants, surtout sous Mathias Ier, lidiome national rentra peu à peu dans ses droits, et on a pu remarquer alors les premiers symptômes d’une vie littéraire, Mais au seizième
siècle le royaume tomba sous la domination de la maison de Habsbourg, qui favorisa l'élément latin aux dépens du hongrois, en même tenips que les rapports politiques avec l'Autriche donnaient à l'élément allemand un accès toujours facile dans les classes moyennes. Cette compression de l'élément national arréta d'un côté le développement de la civilisation générale du pays. Ce ne fut que dans la seconde moitié du dix-huilième siècle que la langue hongroise commença à revendiquer énergiquement ses droits ; elle s'empara des positions laissées libres dans la vie politique et littéraire, et se produisit au grand jour dans toule la force et la fraîcheur de la jeunesse.
Quant à l’instruc‘ion supérieure, dès le onzième siècle il s'établit en Hongrie un grand nombre d'écoles de couvents et d'écoles épiscopales; et dès le douzième quelques Hongrois se rendaient à Paris pour suivre les cours de l’université. Au commencement du treizième la première école supérieure, séudium generale, fut fondée à Vessprim; on y enseignait non-seulement les arts libériux, mais la théologie et la jurisprudence. En 1367 Louis Ier fonda unc université à Fünfkirchen, eten 1388 Sigismond élablit une nouvelle académie à Ofen. Dès 1473 André Hess fondait à Ofen une imprimerie, des presses. de laquelle sortit le Chronicon Budense. Dans le seizième siècle les écoles se mulliplièrent en Honcrie et en Transylvanie d’une manière extraordinaire, surlout parmi les protestants, Dans le dix-seplième, les jésuites fondèrent leurs écoles de Tyrnau, Presbourg, Kaschau et Klausenburg. La première, qui devint université nationale après la suppression de l’ordre de Loyola, fut transférée à Ofen en 1780, puis à Pesth en 1784. Très-peu detempsaprès, cinq académies furent établies à Presbourg, Keschau, Raab, Grosswardein et Agram, consistant chacune en deux Facultés ; sans compter un lycée royal qui fut créé à Klausenburg, un lycée archiépiscopal à Erlau, et un lycée épiscopal à Fünfkirchen. A l’exception de la Société Danubienne, fondée en 1497 par Conrad Celtes, les sociétés savantes eurent beaucoup de peine à s'implanter dans la Hongrie et la Transylvanie. C’est en 1827 seulement que la diète ordonna la fondation d’une société savante, qui depuis scn établissement (17 novembre 1830) a rendu d’incalculables services à la littérature nationale. La Hongrie et la Transylvanie ont produit un grand nombre de savants, qui écrivirent en laüin sur toutes les branches de la science. On à des chroniques , des annales de Hongrie, en latin, remontant aux temps les plus reculés; une foule de ces documents, précieux sans doute, sont encore enfouis dans les archives, tandis que beaucoup d’autres ont péri au milieu des guerres civiles. Parmi ceux qui ont été imprimés, nous citerons l’anonymus Belæ regis Notarius, Simon Kéza, Calanus, Thomas Spalatensis, Rogerius, Jean de Kikellô et Laurent de Monacis. A dater de la fin du quinzième siècle, parmi les historiens ou chroniqueurs les plus remarquables, on trouve non-seulement des étrangers établis en Hongrie, comme Bonfinius, Galeotus, Ranzanus, Ursinus, Brutus, Taurinus, Laszky, Werner, Lazius, Ilicinus, Sommer, Gabelmann, Typotius et Ens ; mais surtout des indigènes, tels que J. Thurotzius, Tubero, Flacius, Brodericus, Zermegh, Listhius, Verantius, Forgacs, Nadasi, Frôlich, Ratkai, Jean et Wolfgang, comtes de Bethlen, Lucius, Toppeltinus, Haner, Mart. Szentivany; en ce qui touche la médecine et les sciences naturelles , on cite les noms de Clusius, Kramer, Perliczy, Moller, Jessenius, Torkos, Molnér, Mitterpacher, Piller, Kôleséri, Weszprémi, Rayger, Parizpapai, Benkô, Poda, Born, Hedwig, Lumniczer, Kictaibel , Grossinger, J.-B. Horväth, Domin, Pankl et Schraud.
Daria, Peurbach, Dudith, Boscovich, Szentivänyi, Berényi, Segner, Hell, Mako, J.-B. Horväth, Pap. Fogarasi, Handerla, Mikovinyi, Rausch et Aug. Roszgonyi se sont fait connaître par leurs travaux sur la philosophie et les mathématiques. Parmi les poëtes et les orateurs les plus distingués on doit mentionner Janus Pannonius, Jean Vitéz, Barth. Pan-
nonius, Jacques et Étienne Piso, Zalkàn, Olahus, François Hunyadi, Szentgyürgyi, Bekényi, Schesæus, Lang, Verner Uncius, Sambucus, Türy, Kassai, Filitzky, Dobner, Bajtai, Makô, Faba, Hanulik, Pallya, Zimänyi,Szerdahelyi, Somsich, Nic. Révai, Desæffy et Carlvoszky. Tous ces homines, dont la réputation s’est répandue même à l'étranger, n’agirent pourtant que sur une seule classe, les gens instrüits et les gens d'église; leur mépris de la langue nationale fut cause que la culture intellectuelle de la nation resta si fort arriérée, que sous Ladislas II (1491) la plupart des grands dignitaires du royaume ne savaient encore ni lire niécrire, quoique l’érudition étrangère eût déjà fait de grands progrès en Hongrie.
La littérature nationale ne se développa donc que trèslentement. Le magyare n’était plus d'usage que dans les relations commerciales, les camps , les réunions de famille, les fêtes publiques, et jusqu’à un certain point dans les assemblées de comitats et dans la diète. Les prêtres et les missionnaires étrangers, lorsqu'ils parlaient au peuple en latin, devaient avoir à côté d’eux un interprète pour traduire leurs discours en langue vulgaire; cependant les ecclésiastiques indigènes se servaient dé la langue maternelle dans l’accomplissement de certaines fonctions. Ils s’est conservé des traces d’anciens chants de guerre, des fragments de chants populaires, et des sermons ; il est question dans les annales du Cantus Joculatorum et Truffâtorum. La préface du décret de Koloman dans le Corpus Juris Hungariæ porte expressément qu’il a été traduit du hongrois, et on prétend que la bulle d’or d'André II existe encore dans l'original hongrois. C'est sous le gouvernement
des rois de la maison d’Anjou seulement que la langue du pays et avec elle la littérature nationale prirent un essor plus libre. Le latin resta toujours la langue ecclésiastique et officielle; mais le hongrois fut employé plus fréquemment qu'auparavant, ]l devint la langue de la cour; la plupart des dames de la cour étaient même des Hongroises. Charles-Robert fit élever à sa cour la fiancée de son fils, et le roi Louis ses deux gendres futurs, afin qu'ils se familiarisassent avec les mœurs et la langue du pays. On rédigeait déjà en hongrois des actes publics et des lettres ; c’est de cette époque que date la formule de serment, écrite en langue hongroise, qui se lit encore dans le Corpus Juris Hungariæ. On commença même à traduire les Saintes Écritures en langue vulgaire, comme le prouve un manuscrit de l’année 1382, qu’on conserve à la bibliothèque impériale de Vienne. Plus tard la Bible fat maintes fois traduite, entre autres par Ladislas Bâthori, en 1430, et par Bertalan en 1508. Après de pareilles tentatives, Janus Pannonius pouvait se hasarder à composer une grammaire hongroise, qui s’est cependant perdue,
Avec le seizième siècle commence une époque plus favorable pour la littérature hongroise. Les mouvements politiques et surtout religieux qui éclatèrent sous les règnes de Ferdinand 1*° et de Maximilien II (1527-1576) eurent les résultats les plus heureux sur la culture intellectuelle du peuple et le développement de sa littérature. La réformation, qui sintroduisit de la Bohême dans la Hongrie, l'exemple de cet état voisin, l’alliance intime qui existait entre les deux pays, agirent d’une manière vivifiante sur tous les esprits. Employée dans Les disputes religieuses, dans les églises ; dans les écoles, dans les chants de guerre et dans les chants populaires, la langue nationale s'enrichit, se polit et acquit un degré de perfection, d'énergie, qu’elle ne dépassa plus avant 1780. On travailla à instruire le peuple dans sa propre langue des destinées de ses ancêtres. C’est dans ce but que furent rédigées les Chroniques hongroises de Székely (1559), de Temesväri (1569 ), de Heltei (1572), de Pethë, dont le nom véritable est Zrinyi (1660), de Bartha (1864), de Lisznyai (1692 ) et d’autres, Les traductions des livres saints en langue hongroise devinrent de plus en plus nombreuses, Parmi les traductions de la Bible on doit citer celles de Komjäti (Cracovie, 1533), Pesti (Vienne, 1536), Érdæsi ou Sylvestre (Ujszigeth, 1541), Heltai (Klausenb.,
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1546), Székely (Cracovie, 1548), Juh4sz ou Melius (Debreczin, 1565), Félegyhazi (Debreczin, 1586), Karolyi ( Vis0ly; 1590), Alb. Molnär ( Hanau ; 1608 ), Kéldi ( Vienne, 1625); celle qui fut publiée par une société de théologiens protestants (Grosswardein, 1661), celles d’'Esipkés Komäromi ( Debreczin, 1685) et de Totfalusi (Amst., 1685), qui ont été réimprimées , même à l'étranger. De spirituels ora
teurs se produisirent : Gaal vers 1558, Juhäsz vers 1563, Davidis en 1569, Kultsär en 1574, Bornemisza en 1575, Telegdi en 1577, Detsi en 1582, Kärolyi en 1584, Pâzmän en 1604, Ketskemeti en 1615, Zvonarits en 1628, Koptsanyi en 1630, Käldi en 1630, Margitai en 1632, Alvin{zy en 1738, etc. Dans la poésie sacrée se distinguèrent Székely, Bornemisza, Batizi, Pétsi, Ujlalvi, Skaritzai, Fabricius, Fazékas , Alb. Molnar, Gélei, Dajka et Megyesi. Jamais on ne composa en plus grand nombre qu’à cetle époque des chants populaires destinés à rappeler les exploits des héros indigènes, à raconter les vieilles histoires ou de vieux contes. Parmi ceux qui se distinguèrent surtout dans ce genre de littératüre, nous mentionnerons Tinôdi (vers 1540), Käkonyi (1549), Tsanädi (1577), Valkai (1572), Tséktorny (1592), Tserényi, Szegedi, Illésfalvi, Sztary, Fazékas (1577), Balassa, Illosvai, Gosarväri, Veres, Enyedi, Szœllæsi (1580), ete. La poésie épique prit également un puissant essor; nous citerons les poèmes du comte Niklas Zrinyi (1652), de Ladislas Lissthi (1653), de Christophe Paskô (1663), du comte Étienne Kohary (1699), et surtout les œuvres nombreuses d’Étienne de Gyôngyôsi (1664- 1734), un des poëêtes les plus remarquables de la Hongrie. Dans la poésie Iÿrique, Rimai, Balassa, Benitzky et d’autres se sont fait un nom célèbre. Le code hongrois, rédigé en latin par Étienne Verbôezy, fut traduit en hongrois par Blaise Veres (1561), Gaspard Heltai (1571 ), Jean d’Okolitsanyi (1648) ; etc. En 1653, Jean Tsere ( Apälzai) publia même une Encyclopédie de toutes les sciences, qu’il fit suivre d’une logique en langue hongroise, en 1656. On ne négligeéa pas non plus la grammaire de l’idiome magyare, comme le prouve la publication de nombreuses grammaires, de dictionnaires et d’autres ouvrages de philologie, tels que la Nomenclatura de Gabriel Pesti (Vienne, 1538 et 1561 ), la Grammaire d'Erdæsi ou Sylvestre (Ujszigeth; 1539), le Lexicon de Calepin, avec explications en hongrois (Lyon, 1587 ); les Dictionnaires de Fabricius ou Kovâts (Debreczin, 1590), de Verantius (Ven., 1595), d’Alb. Molnar (Nuremberg, 1604); les Grammaires d’Alb. Molnar (Hanau, 1610), de Gelei Katona (Karlsburg, 1645, d’Ésipkés Koméromi (Utrecht, 1655), de Pereszlényi (Tyrnau ; 1682), de Kœvesdi (Leutschau, 1690; et Kaschau, 1766), les Origines Hungariæ d'Otrokotsi Foris (Franeker, 1693), l’'Ortographe de Tôtfalusi ( Klausenb., 1697), enfin le célèbre Dictionarium de Parizpäpai ( Leutschau, 1708 ; souvent réimp.) et les Principes de l'orthographe hongroise de Tsétsi.
Mais cette littérature si pleine de séve, si vigoureuse dans ses développements, fut bientôt étouffée, parce qu’en Hongrie, comme en Bohême, la langue nationale était considérée comme la source des hérésies et des révoltes ; seulement, en Hongrie on né procéda pas contre la littérature nationale avec autant de barbarie qu'en Bohême. La période qui s’écoula de 1702 à 1780 fut donc le siècle d’or des écrivains latins. Dès 1721 parut en latin la première gazette qui se publia régulièrement, et dès 1726 la langue latine fut employée dans la rédaction du Schématisme de l'État (almanach d'adresses), C’est dans cette période que rivalisèrent d'élégance romaine les écrits de Hidi, Hevenesi, Czwittinger, Kazy, Tarnétzi, Mathias et Charlès Bel , Prileszky, Huszty, Szegedi, Desericius, Stilting, Bajtai, Timon, Peterff, Kaprinai, Kollér, Ladisl. Thurœætzy, Schmitt, Bod, Szäszky ; Schier, Severini, Bentzur, Pray, Cornides, . Cetlo, Gänétzy, Noväk, Salâgi, Katona, Kerchelich, Palma, Wagner, Schænwisner, Kovachich, Weszprémi, Horänviyete, Parmi ceux qui écrivirent en hongrois se dis-
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tinguèrent Franç. Faludi, Abraham Bartsai, le baron Lorunz Ortzy, Georges Bessenyei, Alexandre Bärotzi, le comte Ad. Teleski, le baron Étienne Daniel, Paul Anyos, etc. Cet état de choses se prolongea presque jusqu’à la fin du règne de Marie-Thérèse, où se produisirent deux événements qui exercèrent une influence décisive sur le développement de la vie intellectuelle en Hongrie, et qui eurent l'un et l’autre leur origine dans les réformes de Joseph IT. Le contre-coup de la réforme de Pinstruction publique en Autriche se fit sentir en Hongrie et enflamma les esprits ; d'un autre côté, les efforts de Joseph II pour abolir la constitution hongroise, et ses mesures pour germaniser le pays, mirent tout en feu dans le royaume. Dès lors la nationalité et toutes les questions qui s’y rattachent furent à l'ordre du jour, et elles y sont restées jusqu’à ce jour. Les luttes que ces questions provoquèrent d’ahord contre le gouvernement, puis contre les nations qui n'étaient pas d’origine magyare, furent des plus violentes; elles ne s’apaisèrent jusqu’à un certain point que quand la langue magyare fut devenue la langue du gouvernement et que la littérature hongroise eut conquis la première place.
La nouvelle période de la littérature hongroise commence au règne de Joseph II et à la révolution française : elle est politique dans ses éléments comme dans ses tendances, Les premiers indices du génie moderne se firent remarquer dans la diète et dans les assemblées de comitats. Les débats de ces dernières assemblées ne pouvaient être imprimés ; aussi la littérature de cette première époque ne consiste-t-elle que dans les procès-verbaux des assemblées. En 1781, lesayant Mathias Râth parvint à fonder à Presbourg la première gazette hongroise. Faible et pâle d’abord, la rédaction prit plus de vigueur à mesure qu’elle excita davantage l'intérêt et que la concurrence augmenta. Bientôt naquirent quelques maigres brochures , et cette espèce de littérature se soutint même pendant la guerre. Après la conclusion de la paix, et surtout depuis 1820, lagitation redoubla dans les congrégations de comitats et les diètes. Différentes lois et divers règlements furent votés par la diète, lesquels donnèrent une énergique impulsion à la littérature nationale, en même temps qu’ils développèrent et étendirent l'usage de la langue vulgaire. Il fut ordonné que la langue magyare serait enseignée dans toutes les écoles sans exception; qu’elle serait employée dans tous les actes publics, politiques et juridiques, qu’elle serait la langue de tous les employés du gouvernement. Dans beaucoup d’écoles certains cours commencèrent à se donner en hongrois; un théâtre hongrois s'établit à Ofen et un autre à Pesth ; l'amour de la lecture, de plus en plus vif, fit naître plusieurs publications périodiques, le Mindenes Gyüjtemény, l'Orpheus, le Kassai Muzeum, l'Urania, etc.; des prix furent fondés pour les ouvrages littéraires les plus importants. Des hommes de talent ne tardèrent pas à paraître , et leurs efforts réunis imprimèrent nn grand essor à la littérature hongroise. On fonda des revues purement littéraires, la Nyelomivelô Térsasäg munkdi , l'Erdélyi Museum, l'utile Tudomänyos Gyüjlemény. David Szabé, Rajinis, Beregszäszi, Gyarmathi, Aranka, Fôldi, Benkô Kassai » Pethe, Szentpäli, Bôjthi, Verseghi, Viräg, Révai, Étienne de Horväth, et Jean Märton rendirent d’importants services à la grammaire de la langue magyare. Dans Ja poésie se distinguèrent David Szäbo, Joseph Rajinis, Gabriel Dajka , Georges Aranka, Charles Dôme, Jean Batsänyi, Joseph Takâts, André Horväth, mort en 1839, auteur du premier poëme épique en langue magyare (Arpéd, Pesth, 1830), le comte Joseph Teleki, le comte Ladislas, Teleki, le comte Jean Fekete, Joseph Mätyäsi, François Nagy, François Verseghi, Joseph Koväts, Benoît Viräg, Jean Kis, Alexandre et Charles Kisfalu dy, de qui date l’ère nouvelle du théâtre hongrois ; Gabriel Dôbrôntet, Paul Szemere , Michel Csokonai, Ladislas Tôt, Daniel Berzsenyi et Michel Vitkovits. Les prosateurs qui ont rendu le plus de services sont André Dugonits, François Kazinczy, Benoit Viräg,
Jean Batsänyi, François Verseghi, Esaïe et François Budai, Samuel Päpai, François Tôt, Gabriel Bâthori, Georges Fejér, Etienne Märton, Daniel Ertsei, Paul Sévéri, Joseph Takâts, Jean Endrodi, Szikszai et son fils Benjamin, Szâthmäri, Jean.-Georges Somosi, Magda, Kôvi, Imre, Georch (Gôrtsch) et Mokri. D'autres écrits originaux pleins d'intérêt ont été publiés non-seulement par des savants, tels que Nyiry, Slemenits, Szdsz, Källay, Gyôry, Bajza, Guzmits, Szemere, Schedel, Kerekes, elc., mais par des gens du monde, comme les comtes Étienne Széchényi, Aurel Desewffy, Wesselényi, le baron Jésika, M. de Féy, etc. Des documents relatifs à l’histoire littéraire ont été mis au jour, en langue hongroise, par Spangär (vers 1738), Bod (1766), Sändor, Budai, Päpai, Tôt, Jankowics, etc.; en latin, par Czwittinger, Rotarides, Bel, Schier, Haner, Schmeitzel, Weszprémi, Prag, Wallaszky , Simondrich, Bel. nai, Tibold, etc.; en allemand, par Windisch, Seivert, Kovachich, Engel, Fesseler, Miller, Schwartner, Schedius, Lübeck, Ræsler, etc.
Cependant la littérature n’exerçait encore son influence que sur une petite partie de Ja nation, sur la classe éclairée; car l’académie, fondée en 1827, n’ayait pas porté tous les fruits qu’on en espérait. Elle ne commença à se répandre, à se populariser, qu’à l'apparition du journalisme, qui, sous le point de vue politique et même littéraire, a joué en Hongrie un rôle plus important que dans tout autre pays de l’Europe. On peut regarder comme le créateur du journalisme hongrois Louis Kossuth, qui le premier traita dans son Pesti Hirlap, de 1841 à 1844, les questions les plus graves, lés plus importantes pour la patrie, dans un style à la fois élégant et populaire, clair et attachant, et qui répandit ainsi dans toutes les classes de la société un attachement de plus en plus profond pour la vie nationale, en même temps qu'il ranima et enrichit la langue vulgaire. Le PBudapesti Hirado, et d’autres journaux, tout en combattant le Pesti Hirlap sur le terrain de la politique, marchèrent sur ses traces dans le champ de la littérature. La Hirnæk, le Nemzeti Ujsäg, le Jelenkor, et tous les vieux journaux, qui jusque là s’étaient contentés d’enregistrer les événements politiques, rivalisèrent avec leurs jeunes concurrents, et contribuèrent aussi à hâter le développement de la vie littéraire. A côté de ces journaux se fondèrent des revues hebdomadaires uniquement consacrées à la littérature, et qui accrurent singulièrement les trésors littéraires de la nation. Un autre fruit non moins utile de la presse quotidienne furent ces almanachs politiques et littéraires qui, comme l'Ellenær, l'Emtlény, lŒrangyal, etc, introdui sirent le goût de lecture même parmi les femmes. Mais st les rapides progrès du journalisme eurent des résultats très-heureux , ils en eurent aussi de funestes, en ce qu'ils absorbèrent toutes les forces intellectuelles et arrêtèrent ainsi le développement d’une littérature d’une valeur plus réelle, Les seuls travaux d’un mérite solide que l’on puisse citer dans cette période sont les écrits sur l’économie politique et les voyages de Cœtvæs, Széchényi, Szalay, Trefort, Szemere, Pulszky, etc. ; les ouvrages historiques d’Étienne et de Michel Horväth, de Szalay, de Jaszay, etc. ; les travaux philologiques de Fogarassy et de Bloch, et les écrits de statistique de Fényes. La littérature des sciences exactes ne présente guère que des traductions de l’allemand, de l'anglais et du français, et elle ne se fait guère remarquer que par une tendance visible à magyariser toutes les expressions techniques , tendance évidemment plus propre à dépopulariser la science qu’à en faciliter l'intelligence. D’un autre côté, cependant, l'excitation produite par le journalisme sur la jeunesse instruite, et le goût pour la lecture qu'il fit naître, agirent d’une manière très-favorable sur les belleslettres, qui en quelques années firent plus de progrès qu’elles n’en avaient fait en des siècles. Les nouvelles et les romans du baron Jésika, qui prit pour modèle Walter Scott, les ouvrages de Cœtvæs, de Kemény , te, qui imitèrent plutôt les écrivains de l'Allemagne, les écrits de Kuthy,
Nagy, Pälffy, etc., qui copièrent la manière d’Eugène Sue, n’ont point, ilest vrai, une bien grande valeur, etne se distinguent guère par originalité; cependant ils révèlent un progrès important, et ils ont contribué à former la langue et à la répandre. Des travaux plus importants sont les comédies de société de Cœtvæs, Obernyik, etc., les drames de Gäl, Væræsinarty, Czaké, Ladislas eleki, ete, moins populaires toutefois que les pièces de théâtre du fécond Szigligeti, qui depuis longtemps règne presque seul sur le théâtre hongrois. C’est pourtant la poésie proprement dite qui forme le plus brillant côté de la littérature hongroise de nos jours. Il y a dans les œuvres de Czuczor, Vœræs-
des morceaux dignes de figurer à côté de ce que la littérature moderne a produit de plus beau dans les autres contrées de l’Europe. La palme à cet égard appartient au jeune Alex. Petæf, dont la lyre ne s’est fait entendre que de 1844 à 1849. Le premier il a affranchi la littérature hongroise de la servile imitation de l’étranger, pour la ramener à la nature et lui imprimer le: cachet du véritable génie de la nation. Le talent avec lequel il manie sa langue en fait d’ailleurs un modèle, que Tompa, Hiador, Lisznyai,'etc., et surtout le brillant , Jean Arany, ont essayé d’imiter avec plus ou moins de succès. C’est à eux que la littérature hongroise est redevable de sa poésie lyrique, dont ils sont vraiment les pères. La publication des anciens chants populaires hongrois, entreprise par la société Kisfaludienne, (qui a été dissoute depuis la révolution, après avoir rendu de grands services) et achevée par Jean Erdélyi (Pesth, 1845, 1847; 3 vol), contribua beaucoup aussi à ramener la littérature hongroise à la nature, à l'originalité et à la nationalité.
La révolution de 1848 imprima un puissant élan au fournalisme, mais elle nuisit en général au développement de la littérature nationale, qui semblait devoir rester ensevelie sous les ruines de la patrie, les écrivains les plus éminents ayant péri dans la lutte, comme Petæfy, Vasvary, etc., ou bien ayant cherché un asile sur la terre étrangère, comme Szemere, Pulszky , Josika, Gorove, Horväth, Szalai, Teleki, etc., ou encore ayant perdu leur liberté, comme Czuczor, Särosy, etc., ou bien brisé leur plume de douleur, comme Væræsmmrarty et Garay, ou même ayant été frappés de folie, comme Al. Vachot et Bajza. Mais elle portait en elle un principe de vie qui survécut à cette terrible crise. Le temps consola le désespoir, rendit la liberté aux prisonniers et procura aux exilés les moyens de se mettre en communication avec leur patrie. Les plus belles espérances ne tardèrent pas à renaître. Le journalisme politique, qui était avant 1848 la branche la plus importante de la littérature, n'est plus représenté aujourd’hui que par le Budapesti hirlap et le Pesti Naplo; mais le journalisme littéraire s’est enrichi de ses pertes. Différents recueils, comme le Phénix de Losoncz, par Vachot (1851-53, 3 vol.), l'Album de Nagyenyed et le Livre de la littérature hongroise, par Szilâgyi, les Feuilles lénilives de Sziksso, par Csäszär, etc., sont également des témoins vivants du réveil littéraire. Katalin et les Bohémiens de Nagy-Ida (1852), par Arany, Ladislas le suint, par Garay (Erlau, 1851-52, 2 vol.), la suite des Nouvelles et Contes de Tompa (Misk, 1852), les Trois Paroles de Vœræsmarty, Paul Kinissi, épopée populaire, par Tôt, l'Écho de Tihany, par Pompéry, les Œuvres complètes de Bajza, et d’autres publications de ce genre, prouvent que la poésie hongroise ne fut pas seulement un produit du mouvement politique et qu’elle n’a pas succombé avec la révolution. On doit encore citer avec éloge le Recueil des Chants populaires hongrois publié par Mätray, et la suite de ces chants par Erdélyi, qui a aussi composé, de concert avec Ballagi, un Recueil de Proverbes. I] serait fâcheux qu’à force de rechercher la nationalité la poésie hongroise tombât dans le jargon, comme cela est déjà arrivé à Lisznyay, dans ses Chants des Paloes, et à Szelestey, dans son Cymbalom de Kemenes. Le baron Jôsika occupe toujours le premier rang parmi les
HONGRIE
| romanciers. Parmi les jeunes poëtes, on remarque surtout Mor. Jdkay, à cause de sa grande fécondité, de sa brillante imagination et de la beauté de son style. Dans le champ du roman et de la nouvelle, Kuthy, Bérez, Pälffy, Dobsza, etc., ont produit d'excellentes choses. La littérature des voyages s’est enrichie d’un Voyage en Orient par Jerney, de Lettres écrites de la Turquie par Egressy, d'un Tour en Italie par Hovänyi, d’un Voyage en Russie et en Scandinavie par Podmaniczky , et surtout du Voyage dans les Indes du comte Andréssy. Dans le domaine du droit public, nous ne voyons à mentionner que l'Orateur
| et l'Homme d’État hongrois, par Esengery, la continuation mary, Bajza , Garay, Vachot, Szäsz, Erdélyi, Kerényi , etc., |
du Livre des Hommes d’État, par Szalay, le Dictionnaire de la Conversation des temps actuels, excellent ouvrage rédigé par Pâkh, et l’Influence des idées dominantes au dix-neuvième siècle, par Cœtvæs. L'histoire at la statistique sont, au contraire, cultivées avec une grande ardeur. L’Histoire dela Hongrie, par Szalay, Le Siècle des Hunyads, par Teleki, La Hongrie après la bataille de Mohacs, par Jézay, les Dissertations historiques de Palugyai, Fejér, Toldy, Telesky, etc., l'Histoire des anciennes Littératures classiques, par J. Szvorényl, les Antiquités grecques, par J. Fojtenyi, le Dictionnaire géographique d’Alexandre Fényes, la Description statistique de la Hongrie, par Enn. Palugyai , feraient honneur à quelque littérature que ce fût. Les Æsquisses de la vie du peuple en Hongrie, par le baron Prénay, illustrées par les Hongrois Barabäs, Sterio et Weber, offrent de l'intérêt au point de vue ethnographique. Cependant l’ouvrage qui mérite le plus d’éloges, c’est la Bibliothèque nationale, publiée par F. Toldy, avec le concours des patriotes et des écrivains les plus distingués. Cette grande publication se composera de plus de 100 volumes in-4°, divisés en 15 sections, et reproduira tous les écrits des auteurs hongrois un peu remarquables, depuis le quinzième siècle jusqu’à nos jours. Ont déjà paru les œuvres complètes des frères Kisfaludy, de Jean Kis et de Csokonay; les œuvres du palatin Esterhäzy, du comte Nicolas Zrinyi, la Chronique de Michel Cserey, et d'autres ouvrages remarquables. On comprend qu’une littérature aussi jeune dut chercher à s'approprier par des traductions beaucoup de productions étrangères; on ne peut même que l’en louer. La traduction de l'Histoire d'Angleterre de Macau-
lay, par Esengery, et celle de l’Histoire de la Révolution d'Angleterre de Guizot, par Somsich, ne sont guère inférieures aux originaux. Au nombre des meilleures traductions des classiques anciens on doit citer celle de l’Zliade par S. Szabd, celle de Platon par P. Hunfalvi, celle d'Euripide par H. Szabù : ce sont de véritables chefs-d’œuvre. On ne peut parler qu'avec éloge aussi de Ja traduction d’Aristote par I. Kis, de celle d’Hippocrate par Tonzlev, de celle de Virgile par Gyuric, de celle d’Ovide par Egyed , etc. Les sciences exactes ont été cultivées avec zèle dans ces derniers temps, la physique par le professeur Jedlick, la chimie par le professeur Nendtwich, la botanique par Gœnczi et Brassai, etc. Consultez F. Toldy, Histoire de la Littérature hongroise (vol. 1-3,2° édit.; Pesth, 1853);
Langue.
Parmi les langues vivantes de l’Europe qui viennent de l'Asie, la langue magyare est une des plus jeunes; la séve de la vie physique y abonde, et aucune ne renferme peuttre dans son organisme moins d’éléments étrangers, llle doit à son originalité d’avoir conservé ses formes particulières, sa vigueur originelle , au milieu des circonstances les plus défavorables, Le magyare appartient à la même famille que la langue des Uzes ou Koumans, des Polowzes, des Chazares, des Petschenègues, peuples qui avaient tous une origine commune, Jusqu'à ces derniers temps on a discuté la question de savoir s’il avait aussi de l’affinité avec le lapon et le finnois, ainsi que le prétendent Budbok, Eccard, : Ihre, Hell, Sajnovits, Gatterer, Schlôzer, Büsching, Hagen et surtout Gyarmathi; ou bien avec les langues orientales,
, HONGRIE
comme Otrxolsi Oecrtel, Kalimär, Verseghi et surtout Beresszasyi ont essayé de le démontrer, Différant compléferment de toutes les langues européennes (excepté le finnois et, à certains égards, le turc) dans ses formes tant intérieures qu'extérieures, la langue hongroise adû exprimer, au moyen de l'alphabet latin adopté par la nation depuis sa conversion au christianisme, les nuances qui lui sont - propres et les finesses de sa prononciation. Le hongrois distingue les voyelles simples des quiescentes; les premières, a, €, i, 0, Ô, u, à, ont le son aigu, qu’elles soient brèves ou longues; les secondes se prononcent en trafnant, elles sont toujours surmontées d’un accent (@, é, à, à, 4, à) et diffèrent beaucoup des premières dans la prononciation , .par exemple, Æar (le bras) et Ædr (le dommage); kerek (rond), kerék (la roue) et hérek (je prie). En outre, la langue hongroise n’a pas de diphthongues proprement dites ; elle distingue avec un soin extrême les plus fines différences de sons, surtout des consonnes. Elle a des sons particuliers, gY, ny, ly, ty, où l’y ne sonne nullement cemme un i, mais comme un j confondu avec la consonne. Jamais une syllabe ne commence par plus d’une consonne; dans les mots étrangers qui commencent par deux, le vrai hongrois fait précéder d’une voyelle la première ou intercale une voyelle entre les deux; ainsi il prononce iskola pour schola, et Kiraly pour Kral.
Comme la langue finnoiïse, la hongroise ne distingue pas des genres ; elle n’a pas de déclinaisons; les flexions des cas consistent en particules qui se joignent au radical et se confondent plus ou moins avec lui. La distinction établie par les lois de la logique entre les formes absolues et les formes relatives des mots se produit dans le hongrois à travers les déclinaisons et les conjugaisons d’une manière si précise, si caractéristique qu'il en résulte de très-grandes difficultés pour les étrangers qui ne sont pas habitués à cette précision logique. Les pronoms possessifs et les prépositions s'expriment »ar des suffixes. Les noms de famille sont considérés comme des adjectifs et précèdent les noms de baptème, par exemple, Bathory Gabor (Gabriel de Ba- ‘thor). La juste proportion des voyelles et des consonnes, le soin que l’on apporte à nuancer exactement les sons et à articuler les syllabes et la succession précise des voyelles donnent à la langue hongroise beaucoup de pompe, de force et d'harmonie, en même temps qu’elle est redevable d’une singulière énergie à la variété Ge ses formes de mots et de ses constructions. La régularité des flexions et des liaisons Ja rend en outre claire et précise; le caractère tout particulier de ses radicaux prouve son originaité, enfin sa flexibilité lui donne une richesse si grande qu’elle emporte, à cet égard, sur presque toutes les langues de l’occident.
Malgré toutes ses qualités, la langue hongroise est peu parlée, ce qui s'explique par la coexistence dans le pays de ælusieurs autres langues, comme le slave, l’allemand, le valaque, l'italien, et surtout par cette circonstance que, pendant des siècles, elle a été exclue de l'administration publique, de l'Église, des écoles, où l’on ne se servait que -du latin, et même pendant longtemps des cercles dé la bonne société, où l’on préférait le français ou l'allemand, Les cours des rois de Hongrie et des magnats et plus particulièrement des princes de la Transylvanie contribuèrent à la développer et à la répandre, de même que la constitution libre du pays, les disputes théologiques que fit naître la Réformation et qui se soutinrent généralement en hongrois, et plus tard la réaction contre l'introduction de l’atlemand comme langue officielle sous le règne de Joseph II. A partir de la mort de cet empereur, le hongrois prit un puissant essor et tendit de plus en plus à se perfectionner.
La grammaire hongroise composée à Debreczin par une |
société de savants et publiée à Vienne en 1795 fonda la
critique savante; celle de Gyarmathi, écrite également en |!
hongrois (Klausenburg, 1795), se distingue par la richesse
des matériaux; elle est moins complète pourtant que celle
4e Niklas Révai ( Pesth, 1809; 2 vol.), que la mort de l’au- DICT, DE LA CONVERS. — T, XI.
teur ne lai permit pas d'achever. Les meilleures grammaires élementaires sont celles de Jean Farkas, refondue par François Pethe ; de Joseph Märton (Vienne ,1820, et souvent
réimprimée depuis ) et de Bloch. De très-bonne heure, Pesti,
Verantius, Megiserus, Fabricius, Molérar et Pârizpäpai publièrent des dictionnaires, qui furent suivis de ceux de Märton et Mokry. De nos jours, Fogarasi et Bloch ont fait imprimer de bons dictionnaires de poche allemands et hongrois. Présenter un tableau complet de la langue hongroise sous le
| point de vue de la critique, de létymologie, de l’histoire
et de la grammaire, tel est le but que la Société des savants hongrois poursuit avec une infatigable persévérance. HONGRIE (Vins de ). La Hongrie est, après la France, le pays de l’Europe le plus riche en vignobles sous le rapport de la quantité et de la variété des produits. Les vignobles occupent une surface de 41 myriamètres carrés dans la Hongrie actuelle, de 8 dans la Woïvodina et le Banat, de 8 dans la Croatie et l’Esclavonie, c'est-à-dire de 57 myriamètres carrés dans le royaume de Hongrie, tel qu’il se coraposait avant la révolution. On évalue la production annuelle ‘de vin dans la Hongrie proprement dite à 10,778,560 hec-
: to'itres (d’une valeur de 169,7 15,000 francs), dans la Woï-
vodine et le Banatà 2,517 780 he ctol. (33,469,000 fr.), dans
la Croatie et l’Esclavonie à 2,092,640 hectol. (27,766,090
fr.); en tout 15,388,980 hectolitr.s (valeur 230,950,000
franes), dont 2,400,000 environ sont exportés à l’étran-
ger. Les vins de Hongrie sont en général d’un goût agréable,
doux, un peu amer, aïigrelet. Il y en a d’un rouge foncé, d’un rouge clair, d’un jaune d’or, d’un jaune pâle, de limpides comme de l’eau, de verdâtres. En général, ils contiennent beaucoup d'esprit; aussi les classe-t-on parmi les vins lourds ou épais, qui agitent fortement le sang, mais causent rarement des maux de tête et d'estomac. Une des plus nobles sortes est le okay, qui vient dans l'Hegyalja, comitat de Zemplin. D’un jaune brunâtre quand il est Jeune, il devient verdâtre en vieillissant. On en récolte annuellement 325,000
hectol., dont 7,000, tout au plus, de la première goutte,
d’après le rapport de Fenyes. Pour le préparer, on sépare
avec soin les grains secs, et on en fait quatre sortes de vins de qualité supérieure. La qualité la plus recherchée est appelée essence ; c’est le suc huileux des grappes de raisin que leur propre poids fait égoutter à travers des vaisseaux percés de trous. Lorsque l’égouttement cesse, on écrase ces grains secs avec des grappes fraîches, on en fait une pâte que l’on arrose de moût, et après la fermentation on verse le moût doux dans des vaisseaux ; c’est le vin de la première goutte. Un second mélange de moût de tokay ordinaire avec ce qui reste des grains secs, et dont on exprime le suc avec les mains, donne le maschläsch. La quatrième sorte est le vin ordinaire. Le vin de la première goutte et le maschlâsch se préparent de la même manière sur les coteaux de Menesch, dans le comitat d’Arad ; et le vin de la première goutte à Rust, dans le comitat d'Œdenburg, et à Saint-Georges, dans celui de Presbourg. On obtient annuellement plus de 273,000 hectol. de vins de Menesch en le mélangeant avec
des qualités inférieures. La Hongrie produit en outre d’excellents vins d’entremets, dont les plus estimés sont ceux d’Ofen, d’Erlau , de Szeckzard, de Nessmély, de Villén, de Schomlau, les vins des lacs (entre autres, celuide Badatschon qu’on récolte sur les coteaux du lac Platten , et qui rivalise avec le Tokay)}, ceux de Szeredny, de Miskolcz, de Diosgyôr et de Székelyhid. Le principal entrepôt est à Pesth. Le vin de Hongrie supporte le transport en toute saison ; cependant les grandes chaleurs et les grands froids lui sont nuisibles. Quant aux vins des pays qui faisaient autrefois partie de la Hongrie, on cite comme le meilleur de l’Esclavonie celui de Syrmie, connu dans le commerce sous nom de vin de Carloviez. Les vins de Croatie sont liquoreux; les plus estimés sont ceux de Bukovez et de Mozlaviné. Le meilleur vin du Banat, après celui de Sirmie, est le vin de Versecz, et des Frontières militaires, le vin rouge de Weisskirclien. Consultez Schams, la Vigne en Hongrie (Pesth, 1832); et
Hain, Manuel de statistique de l’Empire d'Autriche (Nienne, 1853; 2 vol.).
HONGROYEUR, ouvrier qui façonne spécialement le cuir dit de Hongrie.
HONNETE, L’honnéte, pris substantivement, est, d’après Cicéron, tout ce qui est conforme à la raison et à la sertu ; pris adjectivement, ila, comme lemot honnéteté, diverses significations : une personne Aonnéle est celle qui connaît les bienséances et qui les pratique; Aonnéle, placé après le substantif, signifie obligeant, civil, qui sait vivre :
ainsi une femme honnête peut être une femme Aonnéte,
dans ses manières sans être pour cela Aonnéle femme. De même un homme honnéte peut bien n'être pas un Aonnéle homme. Appliqué à certaines choses inanimées, konnète se dit de ce aui est d’une médiocrité raisonnable.
Dans 1es auteurs du siècle de Louis XIV, l'expression Aonnéte homme s'applique presque exclusivement à Phomme de bien, qui a pris l’air du monde, qui sait vivre, qui connait toutes les bienséances de la société et excelle à les pratiquer. Les qualités de l’honnête homme ont plus d’extérieur, mais sont moins solides et bien moins réelles que celles de Phomme de bien. « L'honnête homme, dit Saint- Évremond, ne cherche pas à monter sur le théâtre du monde ; mais, si sa naissance et la fortune l’y placent , il joue bien parfaitement son rôle. » « On connaît assez, ajoute La Bruyère, qu'un homme de bien est honnête homme; mais il est plaisant d'imaginer que tout honnête homme n’est pas homme de bien. L’homme de bien est celui qui n’est niun saint ni un dévot, et qui s’est peiné à n’avoir que de la vertu. » Enfin, plus vrai que sévère, Pascal définit l’honnête homme : « Celui qui ne se pique de rien. » Le poëte Faret, qui a fait un livre de l’Honnétle homme, lui avec qui Saint-Amand , si l’on en croit Boileau,
Charbounait de ses vers les murs d’un cabaret,
parlait sans doute de l’honnète homme, c’est-à-dire de l'homme du monde par excellence, à peu près aussi savamment que les romanciers d'aujourd'hui, piliers d'avant-scènes, de cafés et de coulisses, parlent du beau monde. Donnons, pour finir, une définition complète de ce terme par Ménage, qui ne voyait du moins que la meilleure société de son temps : « Être honnête, c’est n’être point prévenu, avoir du discernement, juger bien des choses, avoir l’esprit et le cœur droits; c’est louer avec chaleur son concurrent et son ennemi dans les choses où il est louable; c’est le condamner sans aigreur et sans emportement quand il est condamnabhle ; c’est enfin ne pas exagérer le mérite de son ami, et ne pas soutenir ses sottises. Tout roule là-dessus, la justesse de l'esprit et l'équité du cœur, L'une est une vertu en l'esprit qui combat les erreurs , et l’autre une vertu au cœur qui empêche l’excès des passions, soit en bien, soit en mal, »
Le dix-huitième siècle a relevé l'emploi du mot Aonnéle homme , et l’a rendu synonyme d'homme de bien. Déjà Boileau l'avait réhabilité dans ces deux traits échappés à son indignation :
Lucile le premier... 5. se...
Vengea l’humble vertu de la richesse altière Et l’honnéte homme à pied du faquin en litière,
(Art poétique.) L'argent en honnète homme érige un scélérat.
(Épitre vi.)
Les philosophes de l’époque ne parlent que de roi Aonnéle homme. Louis XIV, a-t-on dit, a été le plus Aonnéte homme de son royaume. Qu'a servi ce même titre décerné à l'infortuné Louis XVI?
La politique a abusé du titre d’honnétes gens. Chateaubriand, dans les derniers jours de sa vie, eût été sans doute un peu embarrassé d'expliquer, dans le sens de sa popularité, ce fameux adage dont il est l’auteur : Za Charte et les honnéles gens,
HONNÉTETÉ. De quelque manière qu’on l'envisage, soit comme qualité, soit comnme vertu, l'honnêteté (en latin