HONNEUR — HONNEURS
Îl y a de la vertu, et puisque ces deux expressions se rencontrent sous notre plume, nous ne saurions les laisser passer sans critiquer le jeu de mots de Montesquieu sur les républiques et les monarchies. Dans les unes comme dans des autres, la vertu ne gâte rien, et l'honneur seul ne suffirait à aucune. Il n’y à que de l’honneur dans le retour de Régulus à Carthage; car c’est l’accomplissement d’une obligation prise, d’une parole donnée. Il y a de la vertu dans la résistance de Malesherbes au despotisme de la cour et dans celle de Matthieu Molé aux fureurs de l'anarchie. Si les républiques ont des Coclès, des Camille, des Marceau, la monarchie a ses Bayard, ses d'Assaset ses Catinat. Défions-nous des principes absolus en morale comme en politique.
Il est des circonstances où l'honneur consiste à bien se battre, à braver la mort sur un champ de bataille, et, comme chevalier, François 1° aurait pu écrire à sa mère, après le désastre de Pavie, que tout était perdu fors l’honneur; car il s'était défendu en héros après la défection des Suisses. Mais comme roi, comme capitaine, il ne pouvait le dire; car il n’y a pas d'honneur à affaiblir son armée quand l'ennemi renforce la sienne; il y en a moins encore à jeter cette armée entre sa propre artillerie et la mitraille qu’elle bat en brèche. Aussi François I*° a-t-il bien fait de ne pas écrire les mots qu’on lui prête, parce qu’en sa qualité de roi il avait autre chose à faire que de se battre, et qu'il ne l’avait pas fait.
L'honneur ne varie pas seulement suivant les lois et les mœurs d’un pays ; ses conditions changent avec l’état des personnes et plus on est grand, plus on a de devoirs à remplir, el par conséquent plus il est difficile de se maintenir dans les voies de l’honneur, de conserver intact ce qu’on a justement appelé le bien le plus précieux de l’homme. Oui, c'est à son honneur que l’homme doit attacher le plus de prix. Ce n’est pas tout d’être bien vêtu, bien logé, bien nourri, d’avoir des équipages et des salons dorés, il faut être estimé, considéré de ses concitoyens. Maïs ici nous entrons dans un autre ordre d'idées : ce n’est plus la pratique de l’honneur, c’en est la récompense. Au moment de sortir pour aller signer le traité d'Amiens, lord Cornwallis, se trouvaut indisposé, fait dire au plénipctentiaire français qu’il signera le lendemain, et qu’on peut regarder sa signature comine donnée. La nuit suivante, arrive un courrier de Londres qui ordonne de suspendre. « J’ai conclu, » répond le ministre anglais à sa cour,.et il signe le lendemain malgré la défense, parce qu'il a engagé sa parole. On disait autrefois bonne renommée ; on a trouvé plus commode, plus concis de dire l’honneur d’un homme, celui d’une famille, celui d’une nation. Celui-ci dépend de la probité des gouvernements, et peut être en contradiction avec l’honneur per sonne] des individus qui la composent. Il n’est point toujours synonyme de grandeur, de gloire même.
Qu’y avait-il de plus perfide que la conduite des Romains à l'égard des rois et des peuples étrangers ? L’honneur n’en était pas le mobile, et cependant c’est là tout le fondement de leur immense gloire. Le monde entier s’est pris à ce piége : il admire encore Richelieu, Mazarin et Pitt. Les moralistes crient, et J.-B. Rousseau a fait là-dessus une ode admirable. Ce mot a subi bien d’autres abus. On peut être un homme sans honneur e{ se faire honneur d’une belle pièce de théâtre ou d’un beau livre; cela s’est vu. Puis, dès qu’on a été en train de se faire honneur de quelque chose, on a fait descendre ce mot dans les formules de la servilité. On s’est fait un honneur de recevoir une lettre, une invitation d’abord d'une personne considérée , ensuite de tout le monde; d’être le très-humble serviteur du premier venu, de saluer le premier faquin qu’on rencontre, ef ces expressions sont aujourd’hui communes à la duchesse et à l'écaillère. Vous me faisiez honneur de me parler, dira un homme de cour à un détaillant de chandelles; il disait autrefois à son égal : Monsieur weut-il me faire l’honneur de se couper la gorge avec moi?
De tous les emplois de ce mot, le plus étrange est de l’in-
voquer en ôtant la vie à son semblable (voyez DurL). Que ce préjugé ait pris naissance chez un peuple barbare, cela
| se conçoit ; mais qu'il ait prévalu depuis quatorze siècles sur
toutes les idées de raison , de justice, d'humanité, au point de braver les lois et les échafauds, de soumettre même à ses exigences le plus déterminé de ses antagonistes, avec le mé-
! pris public pour auxiliaire, c’est la plus indéfinissable des
bizarreries de l’esprit humain. Nous nous trompons, il en est une qui le lui dispute dans cette singulière histoire de l'honneur, c’est d’attacher celui d’un mari à la bonne conduite de sa femme. La civilisation et la philosophie commencent heureusement à en faire justice. On n’est plus déshonoré que lorsqu'on le sait et qu'on le souffre. Encore ne voudrions-nous pas jurer que, si le temps des Montesfan et des Dubarry n’était point passé, les maris de ces dames ne vissent affluer dans leurs salles de bal ou de concert tous les collets-montés de la haute société de Paris. On dirait d'eux ce qu’on dit de tant d’autres, qu'ils se font honneur de leur fortune. I1 suffit pour cela de donner à dîner à des parasites, de faire danser toute une ville, d’avoir un grand train de chevaux, des loges aux grands spectacles, de jouir enfin de tous les plaisirs de la vie. Que cette fortune soit le produit d’une banqueroute ou de la prostitution , peu importe! dès l'instant que vous la dissipez avec grâce, que vous en jetez les débris à la tête de tout le monde, vous êtes honorable et honoré. 11 n’y aura même d’honoré bientôt que lä fortune. VIENNET, de l’Académie francaise,
HONNEUR (Affaire d), débat, démélé, querelle où les parties croient un homme compromis. Il se dit particulièrement d’un duel, d’un combat singulier.
HONNEUR (Chevalier d’). Voyez CHEVALIER:
HONNEUR ( Dame, Demoiselle et Fille d’ ). Voyez DAME et DEMOISELLE.
HONNEUR (Homme d’). Voyez HOMME D'HONNEUR.
HONNEUR (Légion d’). Voyez LÉGION D'HONNEUR.
HONNEUR (Parole d'). Voyez PAROLE D'HONNEUR.
HONNEUR (Point d’). Voyez Point D'HONNEUR.
HONNEURS. Les titres, les dignités, les hautes fonctions, les grandes charges, qu’on appelait autrefois, qu’on appelle encore des honneurs, n’attirent plus autant de respect ni de considération. À peine oserions-nous dire aujourd’hui ce qu’étaient jadis les honneurs du Louvre, de la cour, du tabouret et ceux que recevaient, à leur entrée dans nos villes, les rois, les princes, les ambassadeurs, les gouverneurs de provinces , les chefs de la magistrature. Qui, hors des cérémonies publiques, oserait maintenant se promener dans Paris avec les insignes d’une dignité ou d’une haute fonction? Dès que la fête est finie, voyez tous ces hommes à honneurs se réfugier dans leurs voitures et conrir vite les déposer pour endosser le frac qui les met de niveau avec tout le monde. On a tant dit et redit que les honneurs changeaient les mœurs qu’on a peur d'avoir même la dignité de son état. Ce n’est pas qu’on les fuie, on les recherche au contraire, mais pour largent qu'ils rapportent, et, par une amère dérision, nous appelons cet argent des honoraires, pour bien constater que les appointements d’une place en sont la partie la plus honorable.
Dans ce siècle d'agiotage et de spéculations, les 2onneursmilitaires sont peut-être les seuls qui aient conservé leur prestige. C’est encore un jeu sérieusement joué par ceux qui les rendent et par ceux qui les reçoivent. C’est qu’il y a là d’éminents services rendus au pays au prix du sang; il y à là un cortége de périls, de batailles, de vicfoires, toutes choses qui ont un grand retentissement, qui excitent les admirations populaires. Là on tressaille à l'as. pect d’un drapeau qui, sur là porte d’une mairie de village, n'est que l'assemblage de quelques lambeaux de serge. Les honneurs qu’on lui rend émanent d’un sentiment de véntration qui ne peut faiblir ; car il suffit d’une campagne pour le ranimer. Là on rend les honneurs même au courage malheureux, parce que les vainqueurs sentent ce qu'il en conte d’être battu et ce qu’on fait pour ne pas l'être.
Les Aonneurs funébres, dont l'usage est demeuré universel, sont plus propres à résister aux variations humaines. C'est d’abord un spectacle pour le peuple, et cela ne blesse ni la vanité ni l'intérêt de ses chefs. L’égoisme et la vanité y trouvent même leur compte. Ce n’est point la satire de notre siècle que nous faisons; nous n’avons pas oublié que César fit rendreles honneurs funèbres à Pompée. Nous aimons mieux Ceux que reçut notre Marceau; ils ont réellement honoré nos ennemis. Mais l'esprit de parti s’est aussi emparé des honneurs funèbres pour en fausser le principe, pour altérer la pureté de cet hommage suprême. Dans les funérailles de nos hommes politiques, nous avons moins cherché à honorer les morts qu’à insulter les vivants : c’est fâächeux. Ne perdons point cet usage, ne le prodiguons pas surtout. Rendons-lui, s’il se peut, sa moralité.
VIENNET, de l’Académie francaise,
HONNEURS DE LA COUR. Voyez ÉrIQUETrE.
HONNÊURS MILITAÏRES. On désigne par ce terme les démonstrations extérieures de respect auxquelles tout rnilitaire est tenu à l'égard de son supérieur, et qui ont pour but de confirmer le prineipé si important de la subordination militaire en lui donnant une nouvelle consécration. Ils varient suivant le rang du supérieur et aussi suivant la position où se trouve le subordonné au moment voulu. Presque partout aujourd’hui le salut, qui consistait à se découvrir la tête quand on passait devant un supérieur, a été remplacé par Paction de porter simplement la main à la tête. Si un soldat est en faction, il portera ou présentera les armes suivant le grade de celui qui passera devant lui, Un poste ne prend les armes que pour un officier de ronde. Dans les parades, les revues, ctc., le drapeau s'incline, et les officiers saluent de leur sabre. Dans les places fortes, des honneurs particuliers sont rendus aux princes ou aux grands personnages qui viennent les visiter ; et des règlements spéciaux déterminent le nombre des coups de canon qui doivent être tirés en pareilles occasions. En mer, les vaisseaux se rendent aussi les Aonnewrs militaires, et se saluent réciproquemelt. Il saluent également, par un certain nombre de coups de canon, les forts devant lesquels ils passent ou devant lesquels ils jettent l’ancre.
On appelle gardes d'honneur les gardes que l’on donne aux princes ou à d’autres hauts personnages. Il est une autre espèce d’honneurs militaires : cesont ceux que la troupe
rend après leur décès aux officiers et soldats et aux membres de la Légion d'honneur de tous les degrés.
HONOLOULOU, capitale du royaume de Hawaï ou Sandwich, située sur la baie du même nom dans l'ile Oahou, avec 15,000 habitants, presque tous indigènes, est peut-être le seul endroit de la Polynésie qui ait jusqu’à présent mérité une place dans le monde civilisé. C’est la résidence du roi, des chambres législatives et du corps consulaire étranger. Le port est très-fréquenté, surtout par les baleiniers; parmi les 155 navires qui v étaient entrés en 1870, il y en avait 95 américains et 31 anglais. On n’y voit encore aucun édifice digne de remarque; mais la ville, dont la fondation remonte à la fin du siècle dernier, est propre, bien percée, régulière et éclairée au gaz.
HONORABLE. L'expression homme honorable indique un homme que sa posilion, autant que son caractère personnel, rend digne d’être honoré. Depuis 1815, le titre d’honorable est devenu une dénomination politique qui s'adresse aux députés x l'honorable membre; nous avons emprunté cet usage aux Anglais. Dans l’ancien ré: gime honorable homme était le titre que prenaient les bourgeois,
HONORABLE (Amende). Voyez AMENDE HONORABLE
HONORAIRE. On appelle honoraires la rétribution due aux services et aux soins des personnes qui exercent certaines professions libérales, par exemple les médecins et les avocats; elle est à peu près laissée à leur discrétion quant à la quotité de la somme. Jadis on employait le mot