HONORIUS — HONTE
de fuir dans ia Toscane, mais le peuple lint ferme, et le duc Godefroi, étant venu à son secours, fit un effroyable carnage des troupes de l’antipape. Cadaloüs n’échappa lui- | même à la captivité et peut-être à la mort qu'en séduisant à prix d’or quelques officiers du duc de Toscane, Mais dans ce temps, comme dans beaucoup d’autres , les vaincus ne | gardaient point d’amis. L'Allemagne, dirigée par les conseils d'Annon, archevêque de Cologne, et par les écrits de Pierre | Damien, abandonna le pape du synode de Bâle et reconnut | celui d'Hildebrand, L'impératrice Agnès vint elle-même à | Rome solliciter le pardon d’Alexandre, et se retira dans un couvent pour expier sa faute. Le chancelier Guibert fut déposé et chassé de la cour; mais l’antipape ne se tint point pour battu. Réfugié dans son église de Parme, il renoua ses intrigues , attira dans son parti ce même Godefroi de Toscane qui l’avait repoussé des portes de Rome, et séduisit encore quelques ministres ou officiers de l’empereur Henri. L’archevèque Annon, changeant de langage, se rendit en Italie pour soutenir devant Alexandre le droit qu'avait eu | empereur de nommer un pape; mais il ne tarda point à | faire voir que la reconnaissance de ce droit par Alexandre | le touchait plus que le rétablissement de Cadaloüs. Un concile | fut assemblé à Mantoue; le cardinal Pierre Damien y suivit | le pontife, qui, s’étant purgé du reproche de simonie, fit | condamner tout d’une voix son compétiteur comme simo- | niaque. Cadaloüs n’en fut pas plus abattu; il osa même se | rendre à Rome en cachette, séduisit quelques capitaines, | distribua de l'or aux soldats, et s’empara de l’église de Saint- | Pierre. Mais le peuple, étonné d'abord de ce trait d’audace, | | secours que lui prêta Cencius, gouverneur du château Saint- | Ange, il eût péri dans ce tumulte. Ce secours n'était pas désintéressé : Cencius ne recueillit Cadaloüs dans sa forteresse que pour le rançonner, tout en résistant aux troupes du pape Alexandre. On prétend que le siége dura deux an- nées : c’est difficile à croire. Quoi qu'il en soit, il est hors de doute que l’antipape arriva au mont Bardon au milieu de | quelques pèlerins qui avaient protégé sa fuite, et que, réfugié plus tard dans le bourg de Barette, il continua à faire des ordinations et des décrets, que reconnaissaient encore plusieurs églises d'Allemagne; il soutint enfin jusqu’à sa mort, arrivée en 1066, Ja légitimité de son élection, et le nom d'Honorius IL, que l’histoire ne lui a point conservé. | VIENNET, de l’Académie Française. ] = HONORIUS II, pape, élu en 1124, évêque d’Ostie, nommé | précédemment le cardinal LamserTr, confirma Lothaire dans la dignité impériale, et condamna, pour diverses fautes, les abbés de Cluni et du mont Cassin. Il mourut en 1130, laissant quelques lettres assez curieuses.
HONORIUS III (Cencio SAVELLI), né à Rome, élu en 1216, mort en 1227, reconnut l’ordre des Dominicains et celui des Carmes, prêcha vainement une croisade pour conquérir la Terre Sainte, arma Louis VIII contre les albigeois, accorda, le premier, des indulgences dans la canonisation des saints, et défendit, vers 1220, d’enseigner le droit civil à Paris. On a de lui: Conjuratio adversus A tenebrurum et angelos ejus (Rome, 1629, in-8°).
HONORIUS IV (Jacques SAVELLI), Romain, élu pape en 1285, mort en 1287, délivra les États de l’Église des brigands qui les infestaient, soutint, en Sicile, le parti français contre la maison d'Aragon, et fut le défenseur des immunités ecclésiastiques.
HONT, comitat de Hongrie , situé en deçà du cercle du Danube, confinant aux comitats de Mograd, de Grân, de Pesth, de Bars et de Sohl, comprend une superficie de 32 myriamètres carrés, est généralement montagneux , et, tant par ses beautés naturelles que par la richesse de ses produits, forme l’une des parties de la Hongrie les plus heureusement douées. On y récolte d'excellents vins, on y cultive beaucoup de tabac, et il n'y a pas de comilat dont les produits minéraux soient aussi abondants. Les mines appartenant
mit en fuite les soldats de l’antipape, et sans le prompt |
à la couronne rapportent annuellement, en moyenne, 708 marcs d’or, 13,126 marcs d'argent et 2,498 quintaux de plomb, tandis que les mines appartenant à des particuliers fournissent chaque année 856 mares d’or, 18,493 marcs d’argent, et 6,945 quintaux de plomb, L'exploitation des mines, pratiquée surtout par des Allemands, occupe au moins um dixième de la population. Celle-ci, répartie en 4 villes, 9 bourgs à marché, 176 villages et 28 poussten, s'élève à 112,000 habitants. Sous le rapport des nationalités, elle se divise en 47,000 Hongrois, 57,000 Slaves el 8,685 Allemands; sous le rapport des cultes, elle se compose de 76,000 catholiques, de 27,134 protestants luthériens, de 7,142 calvinistes et 1,200 juifs, qui n’ont été admis à résider dans ce comitat qu’en 1840. Il a pour chef-lieu la ville de Chemnitz, dont le nom est aussi employé d’ordinaire pour désigner les mines du comitat de Hont.
HONTE. La honte est quelquefois la conscience d’une action qui dégrade l’homme dans sa propre estime; elle est. aussi la crainte d’entendre l'expression d’un blâme mérité ou non,et par conséquent elle se soumet au joug des préjugés dominants comme aux ordres d’une morale judicieuse, aux Conseils de l’honnêteté et des convenances. Ce n'est pas un guide qui arrête sur la bonne voie, mais seulement un obstacle qui ferme quelques-unes de celles qui n’aboutissent qu’au mal et quelques autres qui seraient indiquées par la vertu. La fausse honte est une disposition méticuleuse et condamnable, qui place la crainte du ridicule au niveau ou au-dessus des exigences du devoir. Une mauvaise honte empêche trop souvent de réparer les dommages causés par des propos indiscrets, une démarche imprudente, un abus de pouvoir, une négligence, etc. « Tel homme opulent, dit Horace, craignant de passer pour prodigue et dissipateur, refuserait de venir au secours d'un ami qui souffre de la faim et du froid. » La honte n’est donc pas un frein moral sur lequel on puisse compter dans tous les cas. L'expression énergique, mais très-juste, boire sa honte, eût dû avertir le législateur et provoquer ses méditations sur l’inefficacité de l’ignominie considérée comme moyen de répression, et trop prodiguée dans nos codes criminels. Les hideux spectacles mis trop souvent sous les yeux du public émoussent plus les sens moraux qu'ils ne peuvent les exciter et les développer à l’avantage de la société.
Rien de ce qui présente quelque idée de grandeur ne passe pour honteux ; l'audace ne flétrit jamais, au lieu que tout ce qui lui est opposé dans la conduite etle caractère de l’homme peut mériter la Æonte. Dans les âmes d’une trempe forte, le témoignage d’une bonne conscience l'emporte sur tout le reste, Thomas Corneille a dit avec au-tant d'énergie que de justesse :
Le crime fait la honte, et non pas l’échafaud.
L'infortuné que le besoin réduit à mendier refuse quelquefois de recourir à cette humiliante ressource : c’est ur pauvre honteux ; le brigand est au-dessus de la honte : il semble que cette sorte de censure perd ses droits et s’arrête lorsque le crime commence. Un petit mensonge peut être honteux ; une calomnie atroce ne le sera pas si elle tire son origine de fortes passions, et surtout si elle a été funeste à sa victime.
On donne quelquefois le nom de Aonte à une timidité: qui gêne l'expression de la pensée, parce que les Latins la comprenaient parmi les nombreuses acceptions du mot pudor. C’est dans ce sens qu'Horace, en parlant des courtes réponses qu'il fit a Mécène lors de leur première entrevue, donne cette raison de l’embarras qu’il éprouvait :
Infans, namque pudor prohibat plura profari,
Il semblerait, d’après cette observation, que notre idiome a poussé plus loin l’analyse des sentiments moraux qu’on. ne l'avait fait à Rome jusqu’au siècle d’Auguste, puisque nous avons des mots pour exprimer des nuances que l’on n’apercevait pas alors, des distinctions que l’on n'avait pas faites. C’est la pudeur qui prescrit de voiler les parties
honteuses du corps humain. La pudeur ne peut être confondue avec la honte, quoique le mot impudeur signifie le plus souvent l'insensibilité aux atteintes du blâme public, aux réclamations de la conscience. Ferry.
HONTHORST (Gérarn), peintre distingué de l’école flamande, né en 1592, à Utrecht, se forma sous Abraham Blæmeært, et à Rome et Naples, sous Michel-Ange de Caravage. Là , il s’appropria ces effets de umière vigourenx et tranchés, surtout ces effets de nuit, qui lui ont fait donner par les Italiens le surnom de Gherardo dalle notti. 1 fut au nombre des artistes de ce siècle qui, évitant le genre maniéré et les extravagances d'imagination de plusieurs de leurs centemporains, s’attachèrent, à l'exemple du Caravage, à reproduire exactement la nature. Toutefois, il n’imita du Caravage que la carnation , la vie et les grandes masses d’ombre et de lumière; il fut plus exact dans le dessin, plus choisi dans les formes, plus gracieux dans les mouvements. Honthorst travailla quelque temps en Angleterre, pour Charles 1%, et fut ensuite peintre du prince d'Orange. I habitait La Haye, et fit un grand nombre de peintures pour le château de plaisance de la Maison du Bois, près de cette capitale, où se trouvent toujours beaucoup de ses plus beaux tableaux. 11 vivait encore en 1662. Joachim de Sandrart fut le plus célèbre de ses élèves.
Son frère, Guillaume Honruorsr, mort en 1666, travailla dans ke même style, particulièrement pour la cour de Brandebourg,
HONVÉD, c'est-à-dire défenseur du pays. On appelait ainsi autrefois en Hongrie, sous les rois, les combattants indigènes, et plus tard toute l’armée. Cette dénomination disparut avec les institutions qui lui servaient de base ; mais on la fit revivre lors de la dernière révolution. Dans l'été de 1848 on ne donna d’abord le nom de honvéds qu'aux volontaires enrôlés pour quelques semaines seulement ou a’gyæzelmig (jusqu’à la victoire), et qu’on envoya dans le sud contre les Raîtzes et les Serbes. Mais quand, plus tard, la lutte s’engagea plus particulièrement contre l’Autriche, lorsque beaucoup des anciens régiments de troupes régulières passèrent sous les étendards hongrois, et lorsqu'on y incorpora un grand nombre de ces volontaires, ou bien qu’on en forma de nouveaux régiments de ligne, le nom de Aonvéd servit à désigner toute l’armée nationale. Dans la nouvelle organisation militaire de la Hongrie, les kAonvéds forment le premier ban de la réserve ; on en comptait, en 1872, 175,000.
HOOD (Samuezj, célèbre amiral anglais, né en 1794, fils d’un pasteur, débuta dans la marine royale comme enseigne, et dès le commencement de la guerre de sept ans était parvenu au grade de capitaine de la flotte. En 1758, il obtint le commandement de la frégate La Vestale, sortit de Portsmouth en croisière, et prit, après un long combat, la frégate française La Bellone ; ensuite il commanda le vaisseau de ligne L'Afrique, de 64 canons. Lorsque commença la guerre contre les colonies américaines, Hood croisa dans les eaux de ces contrées. En 1780, élevé au rang de baronet et au grade d’amiral , il rencontra et battit l’amiral de Grasse, près Saint-Christophe, le 21 février 1782, ét lui fit essuyer une défaite plus décisive le 14 avril, près de la Guadeloupe. Quelques jours après il prit encore, dans la passe de Mona, deux vaisseaux de ligne français et deux vaisseaux espagnols. A la paix de 1783, le roi George III lecréa pair d'Irlande, sous letitrede baron de Catherington. L'année suivante, il entra à Ja chambre basse, où il s’acquit , par le libéralisme de son opposition, une grande popularité qu’il perdit lorsque, en 1766, il se laissa gagner par le ministère, qui le nomma lord de l’amirauté.
Au commencement des guerres de la révolution française il obtint le commandement de la flotte de la Méditerranée, Le 27 août 1793, de concert avec l’amiral espagnol Langara , il s’empara, par capitulation, de la ville de Toulon, révoltée contre la Convention. Mais la désunion des royalistes et,la jalousie de l'Espagne entravèrent ses