HOOKER — HOPITAL
secours et appui chez ces patriciens qui avaient des milliers de clients sous leur patronage. Le christianisme vint, qui changea la face du monde, en proclamant cette maxime étrange pour les riches, cette bonne nouvelle pour les pauvres, que les esclaves sont les frères de leurs maîtres. C’est le christianisme qui a fondé les hôpitaux.
On croit que les premiers hôpitaux furent fondés à Jérusalem, pour recevoir les pèlerins qui venaient visiter la Terre Sainte. Ils se multiplièrent ensuite dans toute l'Europe chrétienne; chaque abbaye, chaque monastère, chaque cathédrale même eut son hôpital. Les fonds nécessaires à leur établissement et à leur entretien furent fournis par les seigneurs et les rois; les bourgeois eux-mêmes contribuèrent pour beaucoup à la fondation des hôpitaux. II n’y avait guère d’homme riche qui en mourant ne fit quelque legs à un hôpital. Les barons, après avoir pillé les serfs pendant leur jeunesse, faisaient ensuite pénitence en donnant à un hôpital le fruit de leurs rapines. Aussi voit-on qu'au moyen âge il existait des hôpitaux pour chaque espèce de maladie et d’infirmité, des hôpitaux pour chaque genre de métier, des hôpitaux pour les hommes, pour les veuves, pour les filles, pour les voyageurs, etc. Tous ces établissements étaient sous la direction du clergé, et le service intérieur en était fait par les différents ordres religieux. Les malades, les infirmes, et longtemps aussi les voyageurs ou pèlerins, trouvaient dans ces asiles nourriture et repos; quant au traitement médical, il n’en était souvent pas question. On n’offrait aux pauvres que l'hospitalité, maïs une hospitalité réelle et généreuse : ceux qui étaient reçus dans les hôpifaux, disent les chroniques, se confessaient et communiaient ; ils étaient ensuite regardés comme les maîtres de la maison, et les religieux devenaient leurs serviteurs.
Quand le pouvoir se concentra dans la main du roi, c’est son gouvernement qui dut protection et secours à tous ses sujets. L'administration des hôpitaux passa d’abord aux parlements ; plus tard, en 1544, François [°° chargea le prévôt des marchands et les échevins de Paris de veiller aux besoins des pauvres. Depuis lors, ces magistrats, sous
ble nom de grand bureau des pauvres, eurent l’administration des hôpitaux, à l'exception del'Hôtel-Die u, des Petites-Maisons et de La Trinité, régis par des administrateurs particuliers. Il en fut à peu près de même dans les provinces. Comme les dons volontaires ne suffisaient plus, le bureau des pauvres avait le droit de lever sur tous les habitants un impôt nommé {axe d'aumône. Ce bureau fut remplacé à la révolution par des administrateurs, et plus tard par le conseil général des hôpitaux el hospices. Depuis l'époque où le gouvernement eut son siége définitif à Paris, c'est dans cette capitale que s’élevèrent les établissements de charité les plus importants.
En 1632, Louis XIIT posa la première pierre de La S alpétrière, eten 1657 on put y faire entrer les pauvres mendiants. Onavait, dans le même temps, agrandi et äisposé le château de Bicètre pour qu'il pût servir d'hôpital : ces deux établissements reçurent 7 à 8,000 pauvres. Vers la même époque, on parvint à fonder un établissement pour les enfants trouvés. Sous Henri IV et Louis XIII furent encore fondés deux grands hôpitaux, celui de Saint-Louis et La Pitié. Traités d’abord dans les divers hôpitaux et surtout à l'Hôtel-Dieu, les vénériens furent ensuite envoyés à Bicètre. Là, ils devaient être fustigés avant et après le traitement, et ce traitement était tel que la plupart mouraient
dans un horrible état. En 1784 les vénériens furent transportés dans l’ancien couvent des Capucins, aujourd’hui hôpital du Midi, et ils y furent traités d’une manière convenable, Depuis longtemps les malades n'étaient plus des hôles considérés comme les maîtres de la maison où on les recevait ; les hôpitaux étaient devenus des lieux terribles, où les malheureux n’entraient souvent que pour y agoniser et mourir. A l'Hotel-Dieu, les malades ont couché jusqu'à huit dans un lit à deux étages, c'est-à-dire que la moitié de ces malheureux couchaient par terre pendant six heures