PRODIGES
peu dérangé. On croit tous les contes les plus monstrueux ; on ne cherche pas à s’expliquer ce qu’on ne conçoit pas :
c’est un miracle. M. de Paris était un saint dans le dernier siècle : il guérissait, à Saint-Médard , des malades sans maladies. M. Comte est un magicien, pour les Suisses , qui ont voulu l'assommer. Les chevaux de Franconi auraient été brûlés, il y a cent ans, comme endiablés, par la sainte Sorbonne. C'est un plaisir de gouverner un pays plongé dans la superstition: si le peuple regimbe , on fait parler le diable, et tout est fini.
La superstition est loin d’être éteinte dans nos campagnes. Il faut y vivre; il faut entendre les contes de vieilles, qui épouvantient les soirées d'hiver, pour s'en faire une idée. Les miracles sont
toujours des miracles, les escamoteurs des sorciers. Dans un siècle où l'esprit humain fait tant de progrès , la peur des revenans devrait enfin disparaître; mais
PUDEUR var les curés y perdraient, parce que Îa frayeur des apparitions paye la moitié des messes qu’on fait dire pour les morts.
( Voyez Superstitions, et Traditions populaires).
PROPHÉTIES. ( Voyez Superstitions.)
PÜDEUR. — Dans un temps où l’om ne les épousait point, les filles de Milet se dégoûtérent d’une vie solitaire; et bientôt des suicides multipliés menacèrent la province d’une dépopulation générale. Pour arrêter une épidémie si funeste, les magistrats publièrent que toute jeune fille qui aurait abrégé ses jours , serait exposée nue aux regards du peuple. La pudeur blessée leur sembla plus cruelle que la mort, et toutes consentirent à souffrir l'existence.
— Nous avons encore des préjugés qui nuiront long-temps à l'épuration de nos mœurs. Parce qu’il y a eu des fem mes d'esprit qui se sont livrées à la dé-
bauche, parce que les courtisannes trouvent däns la liberté de tout dire, des saillies qu’une femme honnête ne se permettrait point; bien des hommes voient plus de charmes dans la société des filles, que dans un cercle de dames.
Quels sont pourtant ces charmes ? Un homme de cœur en rougit, lorsqu'il permet à sa raison de se faire entendre: il ne s’en amuse que lorsqu'il s'abandônne au délire de ses passions ; et les passions deviennent si fortes chez l'homme qui ne les comprime point! et nous faisons si peu d'efforts pour en arrêter le débordement, qu'il y aura des adultères et d’affreuses débauches, tant qu’on laissera quelque considération publique aux courtisannes. Une foule de dames, sans jugement, ont, dans leur chambre, le portrait de Ninon en pendant à celui de madame de Sévigné…. Les filles publi= ques étalent en pleines rues leurs méprisables séductions.… Les femmes qui
pensent, et qui considéreront quel cas
on fait de la vertu et de la prostitntion, verront la vertu oubliée, et le déshonneur illustré dans les livres et dans les, gravures. — On a gravé cent lois les maitresses de François 1%., les Diane de Poitiers, les Lavaliière, les Montespan, les Dubarry, les Pompadour, les Ni.
non ; on leur a fait des vers ; on les a, présentées, dans des livres, comme les femmes les plus adorables.
Madame de Genlis n’a pas dédaigné elle-même de chanter l'adultére. Or, quels honneurs semblables a-t-on faits à la femme de Louis XIV, à la reine Marie Lekzinska , à mille autres fem mes vertueuses ? On les igüore àa-peuprès; et Lucrèce a moins d'hommages que la plus vile des prostituées.
Voila pourquoiles hommes voudraient que leurs femmes fussent ignorantes, parce qu’en comparant l’état d'unefzmme honnête, l’oubli où elle est abandonnée, avec la situation brillante d’une courti-
sanne , les honneurs dont on l’entoure,
le respect qu’elle trouve dans la posté xité, les dames choisiront ce dernier côté , si elles ont plus d’espritque de jugement ; si elles n’ont pas le cœur assez droit pour préférer l'estime des gens de bien, la paix de leur conscience, à un éclat qui séduit, qui déshonorcra sans doute un jour, mais qui ne déshonorait point dans ces derniers siècles, où les idées les plus immorales ont pris naissance.
Dans laffaire de Vallet, condamné à Melun , le 16 mai 1818, comme assassin de quatre femmes, ce scélérat voulut se former un alibi,en disant que, dans la soirée du crime , il était allé au hameau de Fontenettes , en rendez-vous amoureux , avec la femme Robeis , àgée de vingt-deux ans, et mariée à un jeune bücheron. Ainsi, il cherchait à s’excuser de quatre assassinats, sur un double adultére. Mais la femme Robeis repoussa avec indignation l'allégation de Vallet.
Elle prouva qu’elle avait toujours méprisé cet homme; qu’elle jouissait d’une
€ 191 réputation intacte; qu'elle avait soupé avec son mari au moment où l’on commettait le crime; qu’elle avait ensuite passé la nuit dans la couche commune.
Les juges rendirent un témoignage éclatant à la vertu de cette femme. Alors on pouvait la comparer avec une autre, qui jouait un rôle tout différent, dans un procès plus fameux. Mais on ne s’occupa que de ceile qui avait des amans; et la vertu modeste, aux prises avec la scélératesse, n’attira pas un seul regard.
Le
Q — « L'Académie eut, sous Louis XIV , un grand démèêlé avec quelques docteurs, à l’occasion de la lettre ©, qu’elle voulait que l’on prononçät comme un K. La dispute s'échauffa si fort, que quelques-uns furent dépouillés de leurs biens : il fallut que le parlement terminât le différend; et il accorda permission, par un arrêt solennel, à tous les