RENOMMÉE
— La renommée est ordinairement fausse et mensongère pour les choses morales , à moitié vraie pour les choses physiques, qu’elle grossit en s'éloignant,
Bernard est un dévôt, qui entend tous les matins trois messes, qui passeses jours dans les austérités , et qui s’est fait la réputation du plus pieux personnage qu'il y ait dans Paris. Mais les nuits de Bernard démentiraient bien la renommée ; et son cœur, s’il était ouvert , dévoilerait bien des turpitudes, qui font contraste avec la dévotion.
— Adolphe a du ba2bil, parle de ses Quyrages , et passe pour un écrivain plein de mérite ; mais ses livres ne sont pas de lui : il les achète, et y met son nom.
— On ditqu’il y a un géant de douze pieds , dans la cour des Fontaines. Allez le voir; c’est un homme de six pieds deux pouces, coiffé d'un grand chapeau, et monté sur des souliers hauts. É
— Une grande ville vient d’être le
théâtre d'une querelle, qui s'est élevée entre deux portefaix et un marchand d’épingles. Quatre personnes ont été égratignées. À cinquante lieues de cette ville, vous saurez que deux cents cita= dins ont été tués ou blessés. A Paris, on vous dira que la ville esten combustion , qu'on s'y tue, qu'on s’y égorge; et que la population est diminuée d’un tiers.
REVENANS. (Voyez Superslilion ),.
RÉVOLUTION. — Si la révolution a présenté des excès et des horreurs, elle a produit aussi une foule d’anecdotes divertissantes. Le docteur Meyer, dans ses Fragmens sur Paris ,*que le général Dumouriez a su traduire assez élésamment, rapporte un petit dialogue que nous allons traduire,
Une citoyenne de Ja section Pelletier, marchandait deux aunes d'étoffe ; elle ne ne connaissait pas encore le metre, tout nouvellement en usage, De retour à sa
maison , elle auna sa marchandise; et,
RÉVOLUTION, 127 he trouvant pas sa mesure, elle retourna chez le marchand, qui ne voulut pas entrer en composition. Alors, elle se rend chez le ciloyen juge de paix, et plaide sa cause devant lui, de la manière
suivante :
LA CITOYENNE. Monsieur...
Le suce. Comment! comment!je ne suis pas un Monsieur...
La CITOYENNE. Ah! pardon, citoyen.
Dimanche passé...
Le suce. Qu’appelez-vous dimanche ?
ne savez-vous pas que nous n’avons plus rien de tout cela 7...
La ciroyénne. Eh bien! le. quintidi de la seinaine….
Le guce. Ah! vous commencez à m'impatienter, Je ne connus point de SEMAINE ee 0
LA cITOYENNE. Mais, mons... citoyen,
je veux dire la décade du mois d'avril...
Le suGE (en colère), Encore une imà G*
pertinence! 4vril ! dans quel calendrier avez-vous vu cela ?
LA CITOYENKE. Je croyais dire foréal. J'ai done acheté, ce jour-là, deux au
ES. eo @ ®
Le Jjuce (furieux ). Ah finissez enfin.
Vous avez encore des dimanches, des semaines, des mois d'avril, des aunes, des messieurs!!! Allez! sortez d'ici!
vous êtes une aristocrate....— La pauvre femme, bien confuse de ses méprises , se retira et garda sa marchandise mé-
trique.
— On afait bien des contes bleus sur les comités révolutionnaires ; et on leur a prêté une foule de niaiseries , qui leur ont fait plus de tort que des déclamations, pusqu’en France on renverse tout par le ridicule , et que c’est par ce moyen
infaillible qu’on tuera enfin les préjugés ,
Se LS la superstition , et les absurdes préten-
tions des ultra.
— Bien des gens s'étaient persuadés
SR
que la révolution éclairerait les nobles sur la vanité de leur antique orgueil. Il n'en est rien. Les mêmes hommes qui veulent rétablir l'inégalité, les droits d’aînesse , l'esclavage, et par suite tous les bons usages des temps féodaux, ces mêmes hommes avouent encore ingénuement que le sang noble donne le courage , la délicatesse des sentimens , les vertus et l'esprit...
Ouvrez le Conservateur du 6 juillet 1619 ; dans une leltre de M. le duc de Lévis au Conservateur, vous lirez cette malheureuse phrase, qu’on ne sait trop comment qualifier. La délicatesse de l’honneur chevaleresque est généralement plus commune dans les classes élevées.n.
let trois lignes plus bas, vous apprendrez que M. le duc de Lévis, blessé à Quiberon , dut la vie à l'un des paysans bretons qu’il commandait ; que ce brave homme le releva , et le rapporta sur sès épaules , au milieu des balles et des bou
lets ; et d’autres traits de ce genre. Or,” +
é j F4 40 RIDICULE.
" maintenant, quel est le plus délicat.et le plus digne d'estime, du paysan qui expose sa vie pour faire une bonne action, et de l’homme de classe élevée, qui, en écrivant ce passage de son hiss toire, ne daigne seulement pas nommer celui à qui il doit la vie. C’est ainsi que les nobles et les moines ont écrit notre histoire : on n’ignore rien de ce que les nobles ont fait; mais de ces cent mille roturiers qui méritérent une gloire immortelle, depuis le commencement de la monarchie , il n’y en a pas vingt dont nous Sachions les noms (1).
— Celui qui désapprouverait totalement la révolution, parce qu’elle a produit des excès, éteindraittoutes les religions, parce
qu’elles font des fanatiques,
RIDICULE. — Le ridicule n'est pas toujours bien appliqué. Il y a des pays
(1) Voyez la conclusion du Dictionnaire
Jéodal.
RIDICULFe 141 et des siècles où il faut être ridicule, si l'on veut être honnête homme.
— Un mari, trompé par une coquette, est ridicule en France, parce que la co- | Quetterie et ses suites, dans la femme, n'ont lieu que sous le bon plaisir du mari, et qu’il est responsable, devant l’opinion publique, de la conduite de sa moitié. Mais la femme est plus que ridicule ; elle est flétrie par l’opprobre et le déshonneur , qui ne se réparent point, tandis que le ridicule s’efface.. à la longue.
— Voyez ce grand homme sec, qui discute pertinemment les vices de la Charte, les inconvéniens de l'égalité civile, les effroyables conséquences de la liberté naissante, etc; c'est un porte éteignoir qui fait Pimportant, et qui n’est que ridicule.
. — Une arme ne se brise pas sans danger dans la main du chasseur : de même le ridicule rejaillit sur celui qui le lance mal-adroitement., — C'est pour cela que
le loyal AŸ*** se rend méprisable, en