SÉNÈQUE
Les œuvres de Sénèque sont assuré mentremplies de l'esprit Le plus sublime et le plus juste. Mais il est plus aisé de penser comme il a vécu, que de vivre comme il a pensé. N'est-il pas ridicule, en effet, qu'un homme de quelques millions comme lui, recommande aux autres le mépris des richesses; et qu’au milieu de l’opulence , il trouve qu’une grande ä&me peut se consoler aisément des horreurs de la pauvreté...
On sait qu'il exerçait l’usure, et qu’il n’était rien moins que délicat sur les moyens d'agrandir sa fortune. Pourquoi done lui a-t-on prodigué tant d’admiration ? Est-ce parce qu’il prèche, dans ses écrits, le mépris de la mort ? Mais outre qu'il a chanté la palinodie dans plusieurs endroits, il a montré, à ses derniers momens , une faiblesse qui ter nit un peu sa gloire.
Quand l'infime Néron eut condamné à mort son illustre pédagogue, celui-ci
supplia le tyran, par les plus humbles
SENS-COMMUNe 143 prières ; de lui laisser choisir la porte par où il devait sortir du monde; et il préféra quelques piqûres de lancette à un bon coup de sabre, qui lui aurait emporté la tête tout d'un coup. Il eut même la lâcheté d'engager sa femme, la célèbre Pauline, à partager sa mort.
« Cela me fait soupçonner, ajoute Île » comte d'Oxenstirn , qu'il avait la cer- .
» velle mieux tournée que le cœur.
». Aussi, sa statue, qu’on voit à Rome, » dans la vigne Borghèse, a toute la » physionomie d'une vieille femme, » maigre et décharnée, que jai vue à » Paris, vendre des marons, au bout du » Pont-Neuf, »
SENS-COMMUN. — Les philosophes dogmatiques qui précédèrent Pla:
ton, prétendaient qu’on pouvoit discer— mer le vrai du faux par les cinq sens.
Mais la vue n’est pas toujours un juge infaillible. IL y a des fruits empoisonnés
qui portent un goût séduisant. Un som IL 7 |