SENTENCES DE JUSTICE
harmonieux déplait à une oreille anti= musicale. La main ou le toucher ne suffira point pour distinguer la forme de la famée, etc. Platon parut au milieu de ces débats; il rejeta les sens , et dit que lintellect était le seul juge de la vérité.
Malheureusement , l'intelligence de l’esprit n'explique pas les couleurs un.
aveugle, ni l'harmonie à un sourd. 'Théophraste vint enfin , et mit le sens=commur, OU Je Ho sens, entre les sens et li niellect.
— On sait que nos moines mendians , me possédant rien en propre, parlaient de tout ce qu’ils portaient corne appartenant à l'ordre en général. Ainsi, ils disaient notre robe, notre besace, nolre barbe, etc. ; de sorte qu’on fit ce jeu de | mots, que se chez eux élait COMMUN,
hors le SENS.
SENTENCES DE JUSTICE. — Exfait du voyage de Valentin Pulsini au
SENTÉNCES DÉ JUSTICE 14 pays des Talapoins , imprimé en italien. Venise, 1617.
— Un boulangeravait donné un soufflet à sa femme , parce qu’elle s'était disputée chez sa voisine, et qu’elle avait scandalisé tout le quartier. La boulangère cita son mari en justice, préten dant qu'il avait outrepassé les droits coujugaux, et qu’il devait lui demander publiquement pardon. Malheureusement cette femme ne connaissait que les lois qui la favorisaient ; le juge la condamna, contre son attente, à recevoir un second soufflet, en vertu d’un certain article du Code, qui prescrit aux hommes de souflleter leurs femmes sur les deux joues quandelles se disputent hors de chezelles, et qui donne le même pouvoir aux femmes, si les époux sont dans le même cas. Nous trouvâmes cette loi singulière.
— Un jeune homme s'étant enivré, avait fait tapage dans la chambre de sa sœur , et s'était amusé à lui déchirer
140 SENTENCES DE J'USTICEs
quelques robes. Quand il eut repris son bon sens, la sœur Île pria de réparer ses sottises. Mais il s'excusa sur son état
d'ivresse, et dit que tout le mal survenu ne le regardait point; que sa sœur, le voyant ivre , devait serrer ses robes ; que, d’ailleurs, cette petite leçon lui apprendrait à ne point laisser les choses en désordre dans sa chambre; et qu’enfin, il n’était pas responsable du mal qu'il faisait, sans mauvaise intention. La sœur se plaignit en justice. Le juge prononça qu’il y avait mauvaise intention, quand on s'enivrait; qu’on ne pouvait ‘pas s’excuser sur un état de folie volontaire ; que sa sœur était libre de mettre de l’ordre ou du désordre dans sa chambre. Il condamna donc le frère , qui était un célibataire aisé, à payer tout le
dégât qu'il avait fait; à compter , en outre , une somme de cent pièces d’argent à sa sœur, pour les désagrémens et le
mauvais exemple qu'il avait donnés ; et enfin, à payer une amende assez consi-
SENTENCEÉS DE JUSTICE 149 ‘dérable , pour avoir osé défendre une cause injuste et scandaleuse, Ce juge- “ment nous parut assez sage.
— Une femme avait eu une intrigue sérieuse , en l’absence de son mari, et portait dans son sein le fruit d’un amour adultère. Le mari, qui revenait d’un long voyage, avait le droit, selon les constitutions du pays , de faire séquesirer sa femme. Apres avoir long-temps médité sur les moyens de prévenir un éclat déshonorant, l’épouse criminelle apprit à son amant que le retour du mari ne pouvait plus tarder que de quelqués jours ; et qu’ils se trouvaient l’un et l’autre dans un péril d'autant plus -pressaut,--qu'’elle était grosse de sept mois. Son complice, qui devait s'attendre aussi à une prison de quelques années, s'effraya comme eile; et ces deux monstres prirent la résolution de faire tomber sur le mari même, le déshonneur et le châtiment que méritait leur
conduite, L'amant de la dame parut