‹ Dictionnaire de la folie et de la raison. Parsemé de petits romans ... d'anecdotes ... de recherches curieuses et d'aperçus variés sur les superstitions et la philosophie, sur la littérature et les moeurs ... etc (volume 2)Chapitre 57 sur 72 · SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ

méttre à côté de nos grands hommes, un monstre dépourvu de goût? J’aimé- rais autant que l’on comparât l'Apollon du Belvédère au saint Christophe de Notre-Dame. — Que diriez-yous, cependant, répliqua Diderot, si vous voyez cet énorme saint Christophe s’avancer à-vous, avec ses. grandes jambes et sa stature colossale ?..

SIBYLLE. ( Voyez. S uperstilion. )

SIFFLETS. — Artillerie du parterre.

re de Lehes a sifflé , disait dernièrement un petit auteur; mais je l’attraperai;bien :'je vais imaginer une pièce . superbe, que je ne ferai pas jouer.

SOCIETE, — On connaît cette maxime d'un ancien sage: « Malheur à celui F »: qui est seu; paree que ; quand ibsera » tombé ,; personne ne viendra lui don-

D la main. pr

— «Parmi les homwes, dit Buffon,

SOCIÉTÉ 153 la société dépend moins des convenances physiques que des relations morales.

L'homme a d’abord mesuré sa force et sa faiblesse; il a comparé son ignorance et sa curiosité ; il a senti que, seul, il ne pouvait suffire ni satisfaire par lui-même à la multiplicité de ses besoins ; il a reconnu l'avantage qu'il aurait à renoncer à l’usage immodéré de sa volonté, pour acquérir un droit sur la volonté des au tres ; il a refléchi sur l’idée du bien et du mal; il l’a gravée au fond de son cœur, à la faveur de la lumière naturelle , qui lui a été départie par la bonté du Créateur; il a vu que la solitude n'était pour lui qu'un état de danger et de guerre , il a cherché la sûreté et Ha paix dans la société; il y a porté ses forces. et ses lumières, pour les augmenter , en les réunissant à celles des autres : cette réunion est de l’homme l'ouvrage le meilleur ; c'est de sa raison l'usage le plus sage. En effet, il n’est tranquille, il n’est fort, il n’est grand,

254 STYLÉ, il ne commande à l'univers, que parce qu'il a su se comnmiander à lui-même, se dompter , se soumettre , et s’imposer des lois: l’homme, en un mot, n’est homme que parce qu'il a su se réunir à l’homme. »

SORCIERS. ( Voyez Superstitions. )

STYLE, On donne souvent au public des ouvrages où il faudrait un commentaire ; et souvent une délicatesse :mal entendue amène de l’obscurité , ou elle:est déplacée. Un des écrivains dont notre siècle s'honore, est tombé quel- -quefois dans ce défaut.

Monsieur le comte de Ségur dit, dans Sa Galerie morale et politique.(1) : « Fran- -»:çois ET mit en:faveur les ventres -pos- -» tiches. Les femmes de:Cour'inventè-

» rent une autre sorte ’attraits faeti-” » ces tout opposés , qu'il est peu conve- :» nable de nommer. »

(1) Tome Ier De la Mode.et des Couturmes.

STTLEe 105

Sans rien ôter au style, d’ailleurs si charmant, de M.le comte de Ségur, j'aime micux le même fait, raconté par Saint Foix (1): « Sous François IT, les hommes » trouvérent qu'un gros ventre donnait » un air de majesté; et les femmes ima« » ginérent auss:tôt qu'il en était de mème ‘» d’un gros c.. On avait donc de gros » entres et de gros €. postiches :

» Cette ridicule mode dura trois ou qua- » tre ans. » Quelques lecteurs seront obligés de s'arrêter pour comprendre M. le comte de Ségur ; tous entendront Saint-Foix sans le moindre travail.

Le journal des Débats disait , le 12 décembre 1818, qu'on avait servi, dans ‘un grand repas , un de ces volaliles précieux, qui ont conservé le nom du pays ‘dont ils tirent leur origine. C'est un dindon que le journal des Débats a voulu -dife; mais il était envieux ide se ‘faire deviner. *

(2) Essais historiques sur Puris, tome, page 115.

STYLE RIDICULE. — Lopez de Véga fit , sur la pompe fnnèbre de Cbarles-Quint , deux vers, dont voici la.

traduction : « Il mérite d’avoir pour » tombeau le monde, pour chapelle ar- » dente Le ciel, pour cierges les étoiles, » pour larmes les mers et les fleuves (1) ».

Un empereur turc prenait ces titres :

— « Soliman , fleur de courtoisie, mus- » cade de consolation, rose de délices, » tulipe d’admiration , fruit de plai- >» sir , eic. ». | Un poète espagnol disait que. le cœur d'Alexandre était un archicœur, « dans « un coin duquel tout ce monde est si à » l'aise, qu'il y reste de la place pour six

» autres (2) ».

(1) On trouve, dans la plupart des poètes espagnols, des hyperboles de cette force. — Dans le Virgile travesti, Jupiter dit à Mercure : Wa faire brider un Zéphir, monte dessus , etc. Mais au moins Scarron était un poète burlesque. |

(2) Gongora, autre poète espagnol, appelle

Un avocat plaidant pour un maqui-

gnon que lon voulait forcer à reprendre

un cheval, s’exprimait ainsi : « Mes-

DE

sieurs , quand nous ayons vendu notre cheval, il était en très-bon états il était gros et gras. Aujourd’hui, comment veut-on que nous le reprenions ?

On nous le ramène comme un ecce homo , parce qu’on lui a fait faire trop

de chemin, et qu’on l’a fait courir à

ventre déboutonné, — Mais, lui dit-

on, gardez le cheval à l’écurie une

quinzaine de jours , il sera bientôt refait. — Ah ! Messieurs, reprit avocat, ce qu’on demande n’est pas raisonnable. Ma partie n’est pas en état de garder à l’écurie un cheval qui resterait là quinze jours les bras croisés (1) D +

le Mançanarès vicomte des Fleuves et duc des

Arrosotirs.

(1) Encyclopediana. — Nous avons beaucoup

d’orateurs qui parlent d’une manière aussi tri

Salluste du Bartas, un de nos anciens poètes, à qui on a reproché mille extra vagances, appelait le tonnerre, le 1ambour des dieux ; les vents, les postillons d’Eole ; le soleil, le duc des chandelles ; la lune, la princesse des lantérnes ; le déluge, la grande lessive du genre humain, etc. (1).

viale. — Un prédicateur disait : Seigneur , vo us êtes à nos trousses, comme le maître qui pour= suit son esclave !..... Un professeur a écrit, en tête d’une édition de Virgile, que le prince des poètes latins avait /a langue bien perdue.

(1) Saint Albin. Les trois Animaux philoso= phes, page 98. Ces figures sont des métaphores, mais poussées beaucoup trop loin. On dit bien :— La Grammaire est la clef des sciences. La soif s'éteint en buvant, etc. — IL faut, quand on emploie la métaphore, songer à la soutenir. Un écrivain ecclésiastique a dit que l'Eglise était assiégée par un déluge d’hérésies. Un déluge R'assiége pas; il inonde.

SUTERSTITIONS, 159

SUPERSTITIONS , REVENANS, SORCIERS, etc. —

Des préjugés aussi préservez le jeune âge, Naguère des esprits hantaient chaque village; Chaque bourg, en tremblant, consultaitson devin; Tout château renfermait son spectre, son lutin, Et dans de longs récits, la vieillesse conteuse En troublait le repos de l’enfance peureuse, Surtoutlorsqu’aux lueurs d’un nocturne flambeau, L’heure de la veillée assemblait le hameau, Toujours de revenans quelqu’effrayante histoire Resserrait de frayeur le crédule auditoire.

Loin d’eux ces fictions qui sèment la terreur , Filles des préjugés et mères de l’erreur !

Ah ! contons-leur plutôtla bonne moissonneuse, Soigneuse d’oublier épi de la glaneuse ,

Le bon fils, le bon père, et l’invisible main

Qui punit l’homicide et nourrit l’orphelin.

Deuzce, { Homme des champs.

$. 1. Des Apparitions et des Miracles.

— Un bateleur, qui veut attirer la foule dans sa baraque, séduit les spectateurs par quelques tours de force ou

d'adresse , et donne la parade à la porte.

— Les hommes qui se sont toujours fait

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une idée si étroite de leur Créateur, lui font jouer, chaque jour, un rôle indigne, je ne dirai pas d'un Dieu, mais d’un homme un peu sage. Dieu est juste.

Pourquoi donc ferait-il plus de miracles dans un temps que dans un autre ? Nos ancêtres, qui en ont tant vu, étaient-ils meilleurs que nous? Il serait aisé de prouver que les abominations de notre | siècle ne sont rien , si on les compare aux dégoûtantes horreurs , aux vices crapuleux , à l'horrible barbarie des siècles qui ont précédé la révolution:

Ce qu'il y a de remarquable dans lés apparitions miraculeuses, c'est qu'elles ne sont connues que par des oui-dire, et que ceux qui ont le talent de voir les esprits sont toujours des sots ou des fous. Comme on pourrait se récrier contre le témoignage d’un homme au moins suspect, les champions des miracles ont dit, je ne sais sur quelle au- :

torité, qu’un esprit se montrait souvent à une personne seule, rarement à deux,

SULERSTITIONS. * “E61

et jamais à trois personnes ensemble ….

La philosophie s’est efforcée de détruire la foi aux apparitions, qui ne peuvent venir de Dieu, qui renverseraient l'empire du diable , si elles étaient son ouvrage , et qui ne sont que le fruit de limposture ou de l'imagination égarée.

Cependant ; et dans un siécle aussi éclairé que le nôtre, la moitié de la France, pour ne pas dire plus, croit encore aux apparitions , aux sorciers ) aux tireuses de cartes...

S. IT. Anecdote récente.

— Dans le village de Daunon, auprès d’Arcys-sur-Aube , YVivait , au commencement de ce siècle, un redoutable sorcier, qui savait lire le Petit Albert.

Par le moyen de ce livre magique, le sorcier faisait venir le diable toutes les fois qu’il avait besoin de luis et quoique - de la plus crasse ignorance , il avait si bien soumis l’esprit-malin à ses ordres ,

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