TRADITIONS POPULAIRES
payer, et qu’en cela, comme en toute autre chose, ils s'étaient toujours fait un plaisir de contribuer à la gloire et aux richesses de leur roi; mais que, dans l’occasion présente , ils seraient coupables de se taire, et qu'il n'était pas supportable qu'un officier , qui portait son insolence jusqu’à refuser le passage au fils du souverain, et à maltraïîter les premiers officiers de la couronne, demeurât impuni. |
Le Pharaon, qui n’avait rien compris dans le discours de ses officiers , parce= qu'il n'avait jamais entendu parler de Caron , fut fort surpris lorsqu’on lui expliqua quel était cet homme, et de quelle’ mature était Pimpôt exigé. Il s'écria qu'il n'avait jamais donné de pareils ordres, et il envoya aussitôt un détachement de ses gardes, pour arrêter Pinsolent qui osait usurper les droits de son roi.
Caron , qui ne se piquait pas de timidité , se présenta effrontément. Le Phaz
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raon lui demanda qui lui avait donné la
permission de piller ainsi le publie ?
Cela ne l’étonna point : il répondit d'un P ; P l
ton ferme, que ce qui était permis aux
grands seigneurs, ne pouvait être un
crime pour lui.
Le roi allait ordonner qu’on l'empa-
lt; mais Caron, sans se troubler , lui
dit :
« Ecoutez-moi , sire ; il ne faut pas mener si lestement les choses, Ce n’est pas pour moi que jai tiré ce tribut de vos sujets; c’est pour vous, dont on ne prend pas assez les intérêts. Qu’ai-je besoin de ces richesses, moi qui sais me rendre heureux à si peu de frais ? Et peut-on dire que c’est.
pour en jouir dans les délices, lorsqu'on me voit tous les jours exposé aux insultes de ceux qui mènent les convois funèbres ? Vous allez, sire, approuver ma conduite, Je me suis persuadé que, puisque vos intendans vous volaient , il fallait du moins que
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» quelque sujet fidèle remit dans vos » coffres ce qu'ils en Ôtaient, J'ai voulu » être ce fidèle sujet : je vous ai acquis >» déjà de grandes richesses , et j’es- » père vous en donner encore de plus » grandes ». | :
Le roi envoya aussitôt au lieu où Caron déposait le produit de l'impôt qu'il levait sur les morts : on y trouva de grosses sommes , qu'il fit mettre dans ses coffres ; et au lieu de faire mourir cet homme , il le fit son premier Mministre , lui donna un palais somptueux , et le confirma dans son emploi, dont il fit la premitre dignité de l'Etat.
Ce fut alors que l'impôt s’exigea par ordre du roi. Caron y gagna des sommes énormes , et devintensuite si puissant , qu'il fit assassiner le roi, et se mit Ja couronne sur la tête. Ainsi la prophètie qui avait consolé sa mère fut accomplie,
Cette histoire n’est qu'une tradition populaire , qui fut racontée à Paul Lucas
par des Egyptiens, sur les bords du lac
TRADUCTIONSs 185 de Kern ; mais ces sortes de traditions servent quelquefois à débrouiller les faits obscurs de la vieille histoire ; et Von pourrait douter si c’est de ce que nous venons d'extraire , que les poètes ont tiré la fable de Caron, le batelier des enfers, ou si c'est des poètes que les Egyptiens tiennent leur : conte populaire.
TRADUCTIONS, — On a dit, avec raison, qu’une traduction bien exacte n’était, auprès de Voriginal, que le revers d’une tapissérie. Pour bien traduire, il faut connaître le génie de la langue où l’on écrit, plus encore que le génie de celle qu'on interprète : c'est pour cela que la traduction d'Homère (de Bitaubé) ne sera jamais estimée des gens de lettres, et ne servira qu'aux écoliers.
Celui qui traduit Virgile doit songer qu'il ne travaille pas pour ceux qui sa vent le latin , et que sa traduction , at téindrait-elle l'original, ne Ini serait -
x rés à *
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point préférée. C’est aux dames et aux hommes à demi-instruits qu’on offre des traductions ; et copie pour copie , les dames aimeront mieux le Zucien de Perrot d’Ablancourt, le Firgile de l'abbé Delille, l/liade du prince Lebrun , et la Jérusalem de M. Baour-Lormian, que le Virgile de V’abbé Desfontaines, l'Anaeréon , en vers et en prose littérale, de M. Hardouin, etc.
Voici un exemple des nombreux inconvéniens ‘où s'expose un traducteur maladroit. On lit ces mots dans saint Mathieu, chapitre V : Beat spirilu sim plices. Il aurait fallu les traduire par ceux-ci : Bienheureux ceux qui ont le cœur simple. Des moines, chargés de cette besogne , et intéressés à prècher une pauvreté qui les devait enrichir, ont écrit : Bienheureux les pauvres d’esprit ! Et cette phrase est si mal tournée , que si un Allemand voulait la traduire du français en sa langue, il n’y verrait
TRADUCTIONS. 187 que cêtte pensée : Bienheureux les im bécilles !
— Îl y a des traits qui ont quelque grace dans la prose , et qui la perdent ‘tout entière sous la plume d’un rimeur.
L'auteur des Trois Animaux philosophes rapporte cette anecdote dans les Voyages de l'ours de Saint-Corbinien, page 6:
« Un voyageur égaré aperçut enfin une
potence. Sa joie fut inexprimable, » dit-il dans ses Mémoires , à la vue » consolatrice de ce pendu , etil s'écria:
» Graces au ciel! je suis dans un pays > civilisé ».
La même anecdote se trouye dans le Dictionnaire des Gens du Monde AW,
mot Gibet , versifñiée comme il suit:
Battu de Ja-tempête , un: vaisseau fitnaufrage:: Sur ses débris , un voyageur ,.
. Éong-temps jouet des flots , eut enfinle bonheur | D'être jeté sur le rivage D'un pays inculte et sauyage :
N'y cheminant d’abord qu'avec lenteur ,.
Il craint de rencontrer un peuple antropophage ;
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Et chaque pas qu’il fait redouble sa frayeur. Après avoir marché deux jours à l'aventure.
IL aperçoit enfin un gibet tout dressé :
Oh ! ceci, dit-il, me rassure ;
Oui , me voici, la chose est-süre:,
Dans un pays civilisé.
Les plus courtes folies sont les meilleures, et cette petite pièce est trop longue de plus de moitié. Si celui qui l'a rimée a cru faire une épigramme, il aurait dû le dire; car la pointe en est bien émoussée. Un poète ministériel donnait dernièrement au public ces pe
tits vers de sa composition :
Ah! désormais je ne lis pas ; T’Indépendant ni les Débats.
Le premier est trop politique...
11 m’effraie et me fait bäiller ; Le second trop mélancolique, M’ennuie en voulant m’égayer.
Mais au moins l’auteur de ce petit morceau avait eu la délicatesse de donner à
son ‘sixain le titre d'ÉPIGRAMME en