‹ Dictionnaire de la folie et de la raison. Parsemé de petits romans ... d'anecdotes ... de recherches curieuses et d'aperçus variés sur les superstitions et la philosophie, sur la littérature et les moeurs ... etcChapitre 29 sur 93 · CARNAVALS · texte numérisé non relu

CARNAVALS

En France, sous la première et Ja seconde races, le repas qu'on donnait, aprés le service funèbre , ne se terminait pas , sans qu’on représentàt un spectacle bouffon, avec des ours, des danseuses et des gens masqués en démons :

on s’enivrait ensuite pour l’amour des saints, des anges, et de l'âme du défant ; et cette coutume était très-ancienne. On sait que, chez les Gaulois , il y avait plusieurs confréries qui prenaient chacune pour symbole une constellation. Ces confrères faisaient leurs

processions et leurs festins, déguisés en

béliers, en lions, en ours, en chiens ; c’est-à-dire, sous la figure qu’on suppose aux constellations qu’ils ! honoraient.

Lorsqu'un confrère était mort, on l’enterrait avec son masque, et tout le convoi était masqué. On se masquait pareil- 4ement à la plupart de nos anciennés fêtes.

— Nous dirons encore un mot sur les

orgies qui nous occupent au carnaval.

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Te

CARNAVEL 57 On voit, dans Lucien (1), qu'outre le scandale des nuits et les désordres du jour , les Sazurnales des anciens (que nous avons remplacées en grande partie par le carnaval) ne se passaient pas toutà-fait innocemment. Les maisons de jeu étaient ouvertes; et il paraît qu’on y jouait aussi imprudemment que chez nous. Le ministre de Saturne lui demande : « Jouait-on aux dés, de ton temps, comme on fait maintenant à tes fêtes ? — Oui, répond Saturne , mais pas des millions, comme à présent. On jouait des noix, ou quelque vétille semblable, pour passer le temps et se réjouir , et non pour se désespérer comme on fait aujourd’hui, quand on a perdu tout son bien ».

À Venise, les maisons de jeu ne s’ouvraient aussi que pendant le carnaval :

on ne pouvait y entrer que masqué. Les

nobles seuls avaient le droit de tenir les

(1) Dialogue des Saturnales,

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cartes ; et comme ils pouvaient renvoyer les joueurs quand bon leur sem blait , la banque gagnait toujours. Ces priviléges absurdes, dans des jours de liberté et de licence , causérent souvent de graves querelles, qui ne se terminérent que par l’effusion du samg.

En France, les nobles n’ont pas eu le droit exclusif de tailler aux jeux publics; ils l’auraient aujourd’hui moins que jamais : mais les désordres qui souillaient les tripots de Rome pendant les Saturnales , et ceux de Venise pendant les jours gras, ne duraient que quelques semaines. Chez nous, les maisons de jeu sont ouvertes tous les jours de l'année; et tous les jours, on peut y trouver du scandale.

— Si les fêtes de Saturne et de Bacchus donnaient aux esclaves des Romains le ‘droit d’agir librement, dans les autres temps, on avait soin de remettre chacun à sa place. Narcisse, affranchi de Claude , envoyé dans les

CARNAVAL, 5ÿ

Gaules par cet-empereur, pour apaiser une sédition qui s'était élevée parmi les troupes , eut l'audace de monter à la tribune ? et de haranguer l’armée’, à la place du général; mais les soldats se mirent à crier io Saturnalia ! voulänt dire que c’était la fête des Saturnales ; où les esclaves faisaient les maîtres. En France, il arrive souvent que des valets fassent les maîtres à la tribune, sans qu’on leur rappelle qu'ils sortent de leur rôle.

— Saint Charles-Borromée fut un des plus terribles adversaires du carnaval.

Ses déclamations et ses efforts parvinrent à faire supprimer, en quelque sorte, les bals et les mascarades dans le diocèse de Milan, dont il était archevêque :

mais de pareilles réjouissances ne peuvent demeurer long-temps suspendues.

Il n’y avait pas trois mois que Charles- Borromée était mort, quand le carnavalse releva plus extravagant que ja-; mais ; et au lieu de le terminer Île

6o CARNAVAL,

mardi, suivant l'usage, les Milanais l'ont prolongé depuis, jusqu'au samedi qui suit le jour des cendres, comme pour se dédommager du temps qu'ils ont passé sans se masquer (1).

— Un auteur protestant attribue l'origine du carnaval à une secte de monta-

nistes qui parut au quatrième siècle.

«Les Ascodrogites affectaient une grande sainteté de mœurs , dit-il; ils regar-

ennemies aeneen nn eme en ene Rene To RES

(1) Dans quelques cantons de la Bretagne, le mercredi des cendres, on brüle sur la montagne voisine un gros homme de paille, couvert de haillons, après l’avoir promené dans la ville, Mardi-Gras le suit, vêtu de sardines et de queues. de morues. Ces fêtes remontent à la plus haute antiquité : ainsi, dans la Flandre et dans l’Allemague, à des époques reculées , dont on a conservé des traces, on exécutait des scènes de cette espèce ; le combat de l’hyver et de l’été était figuré par des chœurs d’hommes qui rappelaient le retour des feuillages, Parrivée du soleil, les réco'tes, elc.; jeux simples, près de la nature, antérieurs aux jeux des Tascans et des Grecs.

( Foyage dans le Finistère en 1794, tome 2.).

CARNAVAL. 61 daient l’indulgence pour le péché comme une faiblesse; ils faisaient trois longs carêmes; et avec une morale aussi sévére, ils ramenérent l'usage de célébrer à la fin de l’année les Bacchanales payennes », Mais il ne faut pas croire pour cela que les orgies du carnaval soient dues aux Ascodrogites. Dans tous les temps connus , on a aimé les divertissemens de ce genre. T'ertullien gémissait (1) de voir les chrétiens de son siécle conserver plusieurs fêtes du paganisme, et principalement les Saturnales et les Bacchanales. Les saintspères qui ont précédé Tertullien ont fait les mêmes plaintes, et ilest probable que les réjouissances qui com mencent l’année chez tous les peuples, n'ont jamais été interrompues.

U— Aux Bacchanales d'Athènes, les

prêtres de Bacchus portaient un crible,

dans lequel ils nétoyaient du bled. On (1) De Idolatrid , çap, 14,

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