SUR LA GENDARMERIE. XXV
Une levée de troupes de toutes armes porta la force de l'armée à 49,600 hommes. La gendarmerie conserva encore longtemps la même force ; en 1640, elle se montait à 2,338 hommes. Elle continua, sous la même dénomination , de faire partie des corps des gardes royales et de ceux des armées jusqu'à ce qu'elle fut supprimée par ordonnances du roi des 30 septembre 1787 et 2 mars 1788. Elle n'était plus alors composée que d'une compagnie de gendarmes de la garde de 54 nommes , et d un autre corps de 896 hommes , connu sous le nom de gendarmerie de Lunéville. Il fut créé , sous l'empereur Napoléon I", un corps de cavalerie portant le titre de gendarme» d'ordonnance; mais, en 1806, après la campa^e de Prusse , ce corps fut dissous , et les militaires qui en faisaient partie prirent place dans les autres régiments de l'armée.
En 1814, une compagnie de gendarmes de la garde fut organisée; mais sa suppression eut lieu en 1815. Enfin , toute cette cavalerie , sous, la dénomination de gendarmerie^ n'avait aucun rapport avec la maréchaussée et la gendarmerie actuelle considérées comme force publique.
Depuis l'avènement de Napoléon III à l'empire , il a été créé un régiment et un escadron de gendarmerie de la garde impériale.
§17. — Conclusions.
On voit, par cette série de faits historiques, que, dans tous les temps , les gouvernements et les peuples ont désire, recherché et maintenu la gendarmerie. F^a France oure le plus d'éléments pour l'organisation d'un corps qui ne peut se recruter que d'hommes sachant lire, écrire et rédiger, et possédant déjà un commencement d'instruction judiciaire, parce que l'instruction élémentaire y est plus avancée que partout ailleurs. Aussi les puissances voisines ont-elles essayé de créer , chez elles , une force pu • blique à l'instar de la nôtre ; mais elles ont éprouvé et éprouvent encore de grandes difficultés par la rareté des sujets ; elles ne pourront de longtemps atteindre la perfection à laquelle la gendarmerie française est arrivée.
On a dû remarquer combien ce corps est utile et s'est fendu nécessaire depuis son origine , sous les rapports politiques et d'ordre public ; son augmentation successive dans les moments de danger et à mesure de l'accroissement de la population et de la civilisation; son concours con** stant avec la magistrature ; ses relations continuelles avec les autorités ; ses vicissitudes dans tous les changements de règne ou de gouvernement, résultat de sa bonne conduite , de sa fidélité, de son dévouement à toutes les époques ; l'empressement des peuples à redemander la gendarmerie ; son intrépidité dans les temps de crise politique et de guerre civile ; son état permanent de guerre active contre les mauvaises passions, guerre d'autant plus dangereuse que le véritable courage y est mis en jeu, qu'il n'a pour témoins de ses actions que des lieux inhabités, et pour adversaires que des gens méprisés, mais souvent braves , adroits et féroces.
Cette belle arme est arrivée, sous l'escorte de l'honneur, jusqu'à nos jours. La gendarmerie est la magistrature armée : qu'elle apparaisse sous les titres de compagnies d'ordonnance, de gens d'armes, de maréchaussée, d'archers, de cavaliers, de gendarmerie nationale , impériale, royale , départementale ou municipale, son amour pour l'ordre ne peut dégénérer; elle fut, est, et sera toujours un des fermes soutiens du gouvernement.
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C'est en vain qu'elle sera ballottée de révolution en révolution, d'organisation en organisation; elle survivra toujours , parce que son existence est nécessaire même à ceux qui voudraient la lui ôter. Elle ne répond à l'in^ gratitude que par sa &iéhté , ses actions utiles, sa bravoure, et le secours qu'elle porte à tous ceux qui le réclament.
§ 18. — Observations générales.
Avant de terminer cette notice , il convient de combattre et de détruire cette pensée , que la gendarmerie a, dans ses attributions, certains devoirs qui demandent mystères et ténèbres.
Ce préjugé n'a pu naître que de l'ignorance de son institution. Cette arme tient tous ses devoirs de la loi ; elle ne peut faire un pas sans s appuyer sur elle ; elle seule la gouverne, et elle ne peut s'en écarter sans une responsabilité effrayante. Quelle observe , Qu'elle maintienne , qu'elle ré~ prime, qu'elle signale , qu'elle arrête les malfaiteurs, elle n agit jamais que dans un cercle légal , et tous ses actes sont publics comme ses démarches.
D'autres idées également fausses ont été propagées. Le poste des gendarmes, depuis le premier jusqu'au dernier ^rade, est considéré mal à propos comme le refuge des invalides de l'armée et le tombeau de la cavalerie: c'est une étrange erreur; le service de ce corps est, au contraire, le mouvement même ; c'est une activité de tous les jours , de tous les instants ; ce sont les actes de la jeunesse et de Tâge mûr réunis. Le gendarme est en action permanente pour le maintien de l'ordre et de la sûreté pu^ blics; il n'est pas un moment où il ne réponde à la voix des magistrats et à celle des citoyens; il faut qu'il marche sans cesse ou qu'il soit prêt à marcher et à porter la force partout où la loi est méconnue. Du reste , la sinistre année 1848 a énergiquement répondu à ces mensongères croyances ; elle a, surabondamment, donné preuve du courage réfléchi, du courage jusqu'à la mort, des loyaux et braves militaires de cette amie. Nul d'entre eux n'a fléchi devant les plus meurtrières passions ; tous ont oftert leur vie pour la défense de l'ordre et des propriétés, et, en grand nombre, ils l'ont généreusement donnée pour sauver celle de leurs concitoyens.
L'activité est donc constitutive du service de la gendarmerie. Ce corps militaire est indispensable à l'Etat. L'expérience a démontré qu'il n'était pas de mauvais gendarmes avec de bons officiers , et qu'un officier de gendarmerie qui manquerait d'instruction, d'expérience ou de jugement, pourrait devenir le fléau de son arme et de la société.
En effet, sans instruction, croyant être sévère, il ne serait (^ue brutal et injuste ; n'ayant aucune idée des règlements , il attribuerait a ses subalternes les fautes dues à son ignorance; ne pouvant commander seul, il serait obligé d'avouer son insumsance à quelques favoris. Cette circonstance éveillerait l'ambition des mauvais soldats, toujours prêts à recourir à l'intrigue et à la flatterie pour usurper l'avancement. Delà naîtraient indubitablement le trouble, le désordre, des punitions sans motifs , des propositions de déplacement ou de congés de réforme injustement motivées, et, par suite, la perte de l'état d'un orave militaire qui, chargé de famille, n'a pour fortune que sa solde.
Sans expérience , l'offlcier se trouverait à la merci des exigences du
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pouvoir local, et placerait, malgré lui , la force publique sous la domination du bon plaisir des autorités, au lieu de l'utiliser au nom de la loi.
Sans jugement , avec des intentions louables , mais par un zèle inconsidéré, il pourrait, en dirigeant mal les sentiments (jui raniment, prendre la témérité pour de la fermeté , menacer la liberté individuelle , compromettre la tranquillité publique, alarmer la société, induire en erreur le gouvernement par des rapports inexacts , métamorphoser en émeute ou rébellion une simple rixe, employer la force des armes quand la persuasion aurait pu suffire , commencer enfin un engagement dont les suites amèneraient peut-être les plus grands désastres.
Ces puissantes raisons n'ont point échappé à M. le ministre de la guerre, qui repousse les officiers incapables, et lutte incessamment contre des recommandations dictées par des intérêts particuliers.
Les fonctions de directeur du personnel de la gendarmerie sont certainement des plus difficiles et des plus pénibles à remplir; depuis le gendarme jusqu au chef de légion, chaque militaire a des idées d'avancement; ces prétentions s'augmentent par l'appui qu'elles trouvent dans les riches propriétaires et les notabilités locales, qui , sans pouvoir apprécier les services militaires des prétendants , se libèrent ainsi envers eux de quelques services rendus dans la surveillance de leurs propriétés. Les officiers , sous-officiers et gendarmes cjui ont le moins de droits acquis sont souvent les plus chaudement appuyés.
Comment, alors, calmer ces ambitions incessantes ? Les vacances d'emploi dans cette arme sont rares , et ce n'est pas exagérer que de compter au moins ({uarante aspirants, ayant droit, en sollicitation permanente pour un emploi vacant d officier ; en eflFet , il existe deux ou trois vacances d'emploi au plus par an dans chaque grade d'officier. 11 est indispensable de satisfaire le tour d'ancienneté ; il ne reste donc au choix que le tiers^ qui est encore diminué par le tour des officiers à la suite ou en non-activité reprenant du service.
Le directeur du personnel oppose bien toutes les digues que la loi a élevées contre l'envahissement des emplois: le tour de l'ancienneté, celui de la non-activité et les candidatures des inspecteurs généraux; mais les prétendants qui se trouvent sur la liste au choix sont encore nombreux, et les vacances d'emploi ne suffisent pas à leurs désirs. Voilà les embarras et les difficultés : aussi , Faire son devoir et advienne que pourra est et doit être la devise de tous les chefs du personnel et de tous les braves militaires de la gendarmerie.
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