‹ Dictionnaire de la langue fran©aiseChapitre 137 sur 389 · RANT · texte numérisé non relu

RANT

MANDANT (man-dan), s. m. Celui qui donne un mandat.

— ÊTYM. Mander.

MANDARIN (rnan-da-rin), || 1» s. m. Titre que

l'on donne aux officiers civils et militaires de la Chine et qui est étranger à la langue chinoise. Il Arbre des mandarins, arbre propre à la Cochincliine, du port et de l'aspect de nos tilleuls et donnant une sorte de grenade blanche à pulpe granulée et miellée. || 2° Adj. Le dialecte mandarin, la langue mandarine, nom donné à la langue actuellement parlée et écrite en Chine par les classes cultivées.

— ETYM. Mot portugais, que les uns tirent du latin mandare, mander, ordonner, et que les autres regardent comme un mot indien corrompu du sanscrit mandrin, conseiller, ministre; cette dernière étvmologie est plus probable.

t MANDARINAL, ALE (man-da-ri-nal, na-1'), adj. Qui appartient aux mandarins, qui a le caractère du mandarin. Les marchands y sont très-méprisés [en Chine].... ce dédain mandarinal pour le commerce nuit beaucoup au progrès des sciences, volt. Mi!l. litt. Lett. chin. et ind. vu.

t MANDARINAT (man-da-ri-na), ». m. Charge, office, dignité de mandarin.

t MANDARINE (man-da-ri-n'), ». f. Fruit du mandarinier ; celte espèce d'orange nous est venue primitivement en France de Malte.

t MANDARINIER (man-da-ri-nié), ». m. Nom que porte, aux îles de France et Bourbon, une variété de l'oranger, provenant de Manille et aujourd'hui cultivée à Malte.

t MANDARINISME (man-da-ri-ni-sm"), t. m. Néologie. Système d'épreuves et de concours que l'on fait subir, à la Chine, à ceux qui aspirent aux grades de lettrés, et par suite aux charges de l'État. Il Par rxtension, tout système dans lequel on prétend subordonner la classification des citoyens aux épreuves d'instruction et aux concours.

— ETYM. Mandarin.

MANDAT (man-da ; le Jne se lie pas; au pluriel, r» se lie : des man-da-z en blanc), ». m. \\ 1° Terme de jurisprudence. Contrat unilatéral, acte par lequel on commet le soin d'une aflaire à quelqu'un qui s'en cliarge. 11 a bien rempli son mandat. || Fig. La pacte est par vous déchiré ; Rendez-nous le mandat qui vous fut conféré, c. delav. Popul. v, 6. || 2* Instruction spéciale donnée par les électeurs aux députés. Mandat impératif, celui par lequel les électeurs font prendre l'engagement de voter de telle ou telle façon sur un point déterminé. || 3" Terme de commerce. Écrit portant l'ordre de payer une certaine somme à la personne qui y est dénommée. Il Pièce que délivrent les administrations à leurs créanciers et sur la présentation de laquelle ceuxci sont payés au Trésor. {| Terme d'administration militaire. Espèce de bon payable à vue. Mandat de fournitures. Mandat de payement. Mandat de passage. {| 4° En style de justice et de police, mandat de comparution, injonction de comparaître devant un juge. Quittez la lyre, ô ma Muse, Et déchiffrez ce mandat, rérang. Muse en fuite. || Mandat d'amener, ordre de faire comparaître devant un tribunal. || Mandat d'arrêt, ordre d'arrêter, d'emprisonner. Il Mandat de dépôt, orlonnance en vertu de laquelle un prévenu contre qui il a été décerné un mandat d'amener, est retenu dans la maison d'arrêt. || B* Nom d'un rescrit du pape, par lequel II mande ou donne ordre à un coUateur de pourvoir quelqu'un du premier bénéfice qui sera vacant par mort. Les mandats furent introduits en France, sous Clément V, lorsqu'il eut établi son siège i Avignon, mais ils n'y sont plus en usage.

— HIST. XV' s. Atant regarde et voit la damoiselle messagiere estre à genoulx par devant Gorseles, qui lui demandoit nouvelles de Norgal son chevalier : Madame, dist la danic/scUe, vostre chevalier trouvay hier, et je lui ay iliU vostre mandat, l'crecforest, t. v, f" 78. Il xvi' s Man.lats et grâces expco-

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fatives, quand commencèrent de venir en désordre, PASQuiER, Recherches, p. 224, dans lacl'rne.

— ÉTYM. Provenç. mandat; esj«gn. et ilal. tnandalo; du lat. mandatum, qui vient de mandare, mander.

MANDATAIRE (man-da-tê-r'), s. m. et /. || 1° Celui , celle qui est chargé d'un mandat. Le manda- Uire ne doit agir que conformément à ses pouvoirs. Cette dame est ma mandataire. Le procès que nous avons à Dijon est au nom de Mme Denis, et non pas au mien; il suffirait que votre mandataire, si vous en avez un, recommandât à M. de Poligny l'affaire de Mme Denis, en général, volt. Lett. Mme de Saint-Julien, 6 avr. *'!^^■\\ Fig. Quelque chose de silencieux enveloppe les actions de Washington ; il agit avec lenteur; on dirait qu'il se sent le mandataire de l'avenir, et qu'il craint de le compromettre, CHATEALB. Àmér. Yoy. en Amer. \\ 2° Mandalaire du peuple, député. I| 3" Celui en faveur de qui le pape avait expédié un mandat.

— ÉTY.M. Lat. mandatarius, de mandare, mander. t MANDATÉ, ÉE (man-da-té, lée), adj. Terme

de finances. Porté sur un mandat. Somme mandatée.

f MANDATER (man-da-té), v. a. Terme d'administration. Délivrer un mandat pour le payement d'une somme.

t MANDATIF, IVE (man-da-tif, ti-v'), adj. Qui appartient au mandat. Forme mandative. |1 Ancien terme de grammaire. Mode mandatif, s'est dit du futur employé pour donner un ordre, par exemple : Tu iras ; on fera telle chose.

— ÉTYM. Lat. mandativus, de mandare, mander. ■\ MANDE (man-d'), s. f. Panier d'osier à deux

petites inses, très-fin, pour transporter la terre à pipe.

— HIST. XIV* S. Item pour le mande de merlans, DE LABORDE, Émaux, p. 379. || XV" S. Une grande mande quarrée, pour mettre, chargier et amener par charroy treize tableaux de bois, de labohde, Émaux, p. 379.

— ÉTYM. Le même que manne, panier, avec intercalation d'un d à côté de la nasale.

MANDÉ, ÉE (man-dé, dée), part, passé de mander. Il 1° Quiareçu avis de venir. Mandé par le télégraphe. Courtois et Denyau [médecins], mandés à son secours, BOiL.Saf.i. || 2° Qu'on a fait savoir par lettre ou par message. Les nouvelles de Paris mandées au roi de Prusse par d'Alembert.

t MANDELINE (man-de-li-n'), s. f. Plante des Alpes (famille des scrofularinées).

MANDEMENT (man-de-man), s. m. \\ 1° Ordre par lequel on mande, on fait venir. Les vieilles cohortes des Caniiiefates et des Balaves, dont la garnison était à Mayence, mais qui avaient pris leur marche pour aller à Rome au mandement de Vitellius, MÉzERAi, Ilist. de France avant Clovis,u, 6. Le monde cependant se rit de mes excuses. Croit que, pour m'inspirer sur chaque événement, Apollon doit venir au premier mandement, boil. Ép. vi. Il i' Ordre publié de la part d'une personne qui a autorité et juridiction. Au milieu de la nuit et du temps du sommeil. Je vois de mon trépas le honteux appareil; J'en ai devant les yeux les funestes ministres ; On me lit du sénat les mandements sinistres, coBN. tlllut. com. IV, 7. Il Si donnons en mandement, formules que contenaient les lois, les lettres patentes, etc. || Aujourd'hui on emploie une injonction analogue : Donnons en mandement à nos cours et tribunaux, préfets, etc. |i 3° Particulièrement. Écrit qu'un évêque fait publier dans l'étendue de son diocèse, et par lequel il donne aux fidèles des instructions ou des ordres relatifs à la relij^ion. On a été très-content du mandement que M. le cardinal a fait pour les prières publiques, MAiniEXON, Leit. au duc de Noaillex, 8 juin <709. Vous avez su que l'archevêque de Paris a donne un mandement violent contre Jean-Jacques, volt. I^lt. (ÏÀrgence, 22 avr. 4783. Déjà un Anglais en France, un lierwick, évêque de Soissons, avait osé dire dans son célèbre mandement de 476/ que les Turcs sont nos frères ; ce que ni Bossuol, nr Massillon n'avaient jamais eu le courage de dire, m. Philns, Sermon de Jnsiaa Bosselle. On n'avait jamais vu auparavant des chansons dans un mandement d'évèque ; celui d'Arles fit voir cette nouveauté ; il y avait dans ce mandement une chanson c<jnlre le parlement de Paris, in. llist. pari. ch. 64. Il (Lamiitle] a fait jusqu'à des mandements d'évêqucs, à qui, comme de raison, il a bien gardé le secret, et qui ont encore eu plus de soin de le lui garder, d'alemb. Éloges, Lamotle. || 4* La lettre, le billet qu'on donne à quelqu'un portant ordre à un

DICT. DE LA i.ÀNaUK VHA.NÇAliiE.

receveur ou fermier de payer quelque somme (acception vieillie).

— HIST. XII' s. Quant il aura oï cel nostre mandement, Saxons, xxi. E qu'à pape Alissandre de rien n'obeïreient. Ne pur ses mandcraens nule rion ne fereient, Th. le mart. 66. || xiii* s. Noz avons dit que mandement oblige celi qui le mandement fet, envers celi à qui il fet le mandement, beaum. xxix, 7. Il XV* s. Et là y dévoient eslre tous les seigneurs dessus nommés avec leur mandement de chevaliers et d'escuyers, et le pouvoir des bonnes villes, froiss. 1, 1, 22B. Venant devers luy à son mandement, comm. VII, 4t. Moy qui suis nature appellée, J'ay donc la terre environnée Defors, dedans et au milieu; En toute chose ay pris mon lieu Par mandement de Dieu le père, La Fontaine, 379. || xvi* s. 11 ne faudroit qu'une couple de chèvres abandonnées pour gaster tous les jardins et vignobles d'un mandement [canton], 0. de serres, 328.

— ÉTYM. Provenç. mandamen ; catal. manament ; espagn. mandamiento; ital. mandamento; du lat. mandare, mander.

MANDER (man-dé), v. a. || 1° Mander quelqu'un, lui donner avis ou ordre de venir. Seigneur, César vous mande, et Maxime avec vous, corn. Cinna, I, 4. Seigneur, Félix vous mande au temple, ID. Poly. II, B. 11 manda donc par députés Ses vassaux de toute nature, la font. Fahl. vu, 7. Celui-ci [le roi lion] parmi chaque espèce Manda des médecins, ID. ib. VIII, 3. Il II a mandé ses équipages, ses carrosses, ses chevaux, etc. il a donné ordre qu'on les lui envoyât. 112° Envoyer dire, faire savoir par lettre ou par message. On mande que le roi d'Angleterre est arrivé en Irlande, où il a été reçu avec transport, sév. B36. Mandez-moi ce qu'il faut pour la nourriture et les ustensiles de ces pauvres femmes, Boss. Anne de Gons. Il mande à ses agents dans la conférence qu'il n'est pas juste que la paix de la chrétienté soit retardée davantage à sa considération, ID. Louis de Bourbon. Je vous écris, monseigneur, dès que j'ai quelque chose à vous mander; alors mon cœur et ma plume vont vite, volt. Lett. Richelieu, 3 janv. 4757. On sait qu'il [Henri IV] mandait au duc de Sully que sa marmite était renversée, ses pourpoints percés par le coude, ses chemises trouées; et c'était le plus grand roi de l'Europe qui écrivait ainsi! lo. Hist. pari. ch. 38, Il Je ne le lui ai point mandé, je le lui ai dit, phrase par laquelle on fait entendre qu'on n'a pas craint de dire en face à quelqu'un une cho.se fScheuse. Il 3° Mander que, ordonner par une lettre (avec le subjonctif). Sur le point de partir, Rome, seigneur, me mande Que je vous fasse encor pour elle une demande, corn. Nicomède, 11, 3. || Mandons et ordonnons, premiers mots du mandementqui termine lesactes publics faits ou rendus au nom du souverain. Il 4° Envoyer, en parlant d'une lettre, d'une nouvelle. J'ai vu Guitaut et sa femme; ils vous aiment; mandez-moi un petit mot pour eux, sév. 48. Faitesmoi mander simplement de vos nouvelles sans vous donner la peine d'écrire vous-même, fénkl. t. m, p. 354. Il 5° Se mander, v. réfl. Être mandé, être transmis par lettre ou par message. Des choses qui ne se mandent pas par la poste.

— HIST. XI* s. Mandez [à] Carlon, al orguillus, al fier.... Ch. de Roi. m. Com faitement [de quelle façon] lui manderons nouvelles? ib. cxxvi. Li reis

•vous mande que vous le secourez, ib. cxcv. || xii* s. Marsille mande des Sarrazins la flor, Ronc. 39. Baron, dist Charles, je vous ai fait mander, ib. 4 67. Charles mande et commande que treQ [nous] lui devon, Sax. xxv. Quant Hurepois entendent que Charles au fier vis Leur a mandé tel mant, chascuns fu engramis [irrité], 16. xxvi. Li reis li a mandé qu'il seit prez l'endemain De respundre e de rendre sun acunte tut plain. Th. le mart. 33. ||xiii* s. Sire, li dus de Venise et li quens Looys de Blois, mes [mon] sires, et li autre baron qui sont dedens Constantinoble, vos mandent salut corne à leur seigneur, villeii. cxxiii. Ou pais ne remest maçon Ne pionnier qu'ele ne mant, la Rose, 38ll. Lors li firent dire les deux meslre, que moult estoit hardi leur seigneur, quant il avoit osé mander au roy si dures paroles, joinv. 259. || xiv* s. Aux reins est mandée une arlere du cuer [cœur] passant par le milieu du foie, h. de mondeville, f* 29, verso. Il XV* s. Oro est li temps qu'on ne fait que mander [appeler les hommes au scrvico militaire]; Mais li mandez dcstruisenl leur contrée, Prennent, pillent quan qu'ils pculont trouver, e. dp.scii. Poésies m.is. 275. S'il est gentilhomme, et le prince face sa mandée et son armée, si la dame vcult, il ira. Les 45 foyes de mariage, p. 405. || xvi* s. X rien man-

der il ne faut pas de messager, cOTGRAVâ \ toile ordie Dieu mande le fil, id.

— ÉTYM. Provenç. mandar; catal. manar; e.spmandar; ital. mandare; du lat. mandare.

t MANDIBULAIRE (man-di-bu-lê-r'), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui a rapport à la mandibule. Il Les os mandibulaires, les os de la mâchoire inférieure chez les mammifères.

MANDIBCLE (man-di-bu-r), i. f.\\i° Mâchoire. L'autre [le cheval], qui s'en doutait, lui lâche [au loup] une ruade Qui vous lui met en marmelade Les mandibules et les dents, LA FONT. Fabi.v, 8. || 2° Terme d'histoire naturelle. Expression dont on se sert en parlant du bec des oiseaux, dont les deux parties sont appelées mandibules et distinguées en supérieure et inférieure. || Chez les insectes broyeurs, nom de deux pièces mobiles et très-dures, placées l'une à droite, l'autre à gauche de la bouche, et servant, comme deux dents, à diviser les aliments.

— HIST. XIV* s. Les os des mandibles, h. de mondeville, f° 4 3, verso.

— ÉTYM. Provenç. et espagn. mandibula, du lat. mandibula, de mandere, manger.

t MANDIBULE, ÉE (man-di-bu-lé, lée), adj. Terme de zoologie. Qui a des mandibules.

MANDILLE (man-di-ll'. Il mouillées, et non mandi-ye), s. /■. || 1° Sorte de casaque que les laquais portaient autrefois. Et l'eût-on vu porter la mandille à Paris.... boil. Sat. v. Qu'on ne s'étonne plus qu'un laquais, un pied plat. De sa vieille mandille achète un marquisat, régnard. Joueur, v, 0. Il porta jadis la mandille, Et maintenant chez lui tout brille, legrand, l'Usurier gentilh. Dirertiss. Il 2' Par extension, pauvre vêtement. De (leurs j'ai garni sa mandille [deBéranger]; Pauvres pécheurs, priez pour moi! bérang. Épit.

— HIST. XV* s. Icelluy Guillaume perça au suppliant son mandilh, qu'il portoit en droit de son estomac, du cange, mandile. ||xvi*s. [L'homme de cheval à présent] ordinairement ne portenulles tassettes; et, au lieu de casaque, un mandil, et sans lance, langue, 286. Et pour la colation qui se fit à cette occasion, demeura [pour payement] le mandil du laquais, d'aub. Fœneste, m, 47,

— ÉTYM. Ce paraît être une autre forme de mantille.

MANDOLINE (man-do-11-n'), t. f. Petite mandore. La mandoline se pince avec une plume. Les Napolitains jouent de la mandoline. 11 [M. de Giac] pinçait de la mandoline en se pinçant la bouche et jouant des prunelles, decourchamp, Souvenirs de la marquise de Créqui, t. 11, ch. 4. La mandoline, le galoubet, la trompette, le trombone, le cornet, la harpe, le mélophone, les clochettes, la clarinette basse ont été successivement admis à l'honneur du solo, c. blaze, Hist. de l'Acad. de mus. 1. 11, p. 362.

— ÉTYM. Mandore, par l'ancienne forme mandole; ital. mandola, mandolino.

MANDORE (man-do-r'), s. f. Nom d'un instrument de musique qui est une espèce de luth. La mandore n'avait ordinairement (|ue quatre cordes. Les mandores qui étaient à six cordes s'appelèrent mandores luthées, parce qu'elles approchaient plus du luth. La mandore n'est plus en usage depuis longtemps.

— HIST. XVI* s. Mandole, cotgrave.

— ETYM. Ital. mandora ou pandora, du latin pandûra; grec, TtavSoOpa, instrument de musique à cordes.

MANDRAGORE (man-dra-go-r'), s. f. Nom d'un genre de la famille dessolanées, ayant pour type la mandragore des officines, dite vulgairement mandragore {atropamandragorOjL.). On employait autrefois la mandragore pour produire l'anosthésie dans les opérations. || La MandragoTe, titre d'une comédie de Machiavel et d'un conte de la Fontaine, fondés sur les propriétés aphrodisiaques qu'à tort on attribuait anciennement à la mandragore. || La racine do mandragore offre une vague ressemiiiance avec une petite poupée humaine, et, traitée comme telle (voy. l'historique), passait pour porter bonheui; à ceux qui la possédaient.

— HIST. xiii* s. ... Li dui compaignon [un c«upl% d'éléphants] vont contre Orient près du paradis terrestre, tant que la femelle Iruove une herbe que ou, apcle mandragore, si en manjuc, et si atise tant son masle qu'il en manjue avec li, cl maintenant eschaufe la volonté de chascun, et s'cntrejoigncnl à envers, et engendrent un filz saiiz plus, unuN. LAT. Très. p. 244. Un vergiera li pères Floiro [le père de Floire], Où plantés est li mandcgioire, FI. et RI. 244. Il XV* s. En ce temps il fisl ardre [biûler] plusieurs madagloires que maintes sottes gens gar-

li. — 53

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doient en lieux repos, et avoient si 8™"'/°' «°^«"^ ordure que ils croyoïent ferDir^ment que. tant comme ils l'aToienl, mais qu'il fuslljicn neinm°nt en beaux drapeaui de soye ou de lin envelori'*. que jamais iour de leurs Ties ne seroienl pouvres, du cange, mandragora. || xvi's. Comme un pallent qu on endort avec les mandragores pour lui couper un membre TVïB, p. 68«. La diligence est la mandragore, que le sol Tulgaire estime estre entre les mains de cciu qui font bien leurs affaires, o. de serbes, 32. De sorte que je craindrois autant de la rencontrer de nuit, comme de voir une mandragore [on croyait que 'celui qui déracinait une mandragore en mourait aussi la faisait-on déraciner par un chien], BRAUT. Dames gai. t. i, p. 390, dans lacubne.

— ÊTYM. Provenç. et espagn. mandragora ; ital. mandrajolo ; du lat. mandragora, qui vient du grec iiav8paYop*: (4), qui paraît être un nom d'homme appliqué à une plante, et contenir [livîpo; ou (livSpo, nom d'une divinité locale de l'Asie Mineure.

+ MA>DRAGORrrE(man-dra-go-ri-t'),J.m. Vin dans lequel on a fait infuser des racines de mandragore. ,

t MANDREBIE (man-dre-ne), t. f- Se dit, cnez les vanniers, de tous les ouvrages pleins en osier, sans laites ou cerceaux. Cette profession [des vanniers] se divise en trois branches : savoir, la vannerie proprement dite, qui comprend tous les ouvrages d'osier à jour; la mandrerie, qui comprend tous les ouvrages à claire voie ; et la clôture où closerie, qui ne s'occupe que de la fabrication des vans et des hottes pour la vendange, Dict.desorlt et mét.Van.

— ÈTYM. Voy. MANDB1EB.

t MANDRIER (man-dri-é), t. m. Ouvrier qui fait des ouvrages de mandrerie.

— ÉTYM. Mande, sorte do panier.

+ MANDRILL (man-dril), s. m. Espèce de singe des côtes de Guinée, du genre cynocéphale, simia maimon, L.

i. MANDRIN (man-drin), s. m. || 1° Poinçon qui sert à percer le fer chaud. || Terme de serrurier. Morceau de fer qui sert à agrandir un trou après qu'il a d'abord été percé. || Morceau de fer qui sert de noyau, sur lequel on forge des pièces qu'on veut rendre creuses. || 8° Terme de tourneur. Morceaux de bois de différentes formes, entre lesquels on fait tenir les ouvrages délicats, qui ne peuvent être tournée entre les pointes. H 8° Cylindre de bois sur lequel l'artificier et le canonnier roulent le papier des cartouches. || On dit aussi mandrin à cartouches. || 4° Cylindre de fer sur lequel on contourne une ferrure. || 5° Tige de métal qu'on introduit dans une sonde de chirurgien. || 6" Instrument qui sert à soutenir, cntr'ouvrir et travailler plusieurs pièces des épées et des fourreaux. |{ 7* Outil qui sert à tourner certaines pièces d'horlogerie. || 8° Plateaux de bois sur les'^uels les doreurs travaillent les plus grandes pièces. || 9" Terme de marine. Morceau de bois poli qui sert de patron ou de gabari aux charpentiers et autres. |1 10° Pièce creuse en fer forgé ou en fonte, dont on se sert pour réunir les deux extrémités d'une tige métallique, ou en guise de moyeu pour supporter les bras d'une roue hydraulique. Il 11* Terme de menuiserie. Poteau de bois brut que l'on place au centre d'une colonne creuse, et qui passe au travers et maintient les plateaux ou tourtes qui y sont rapportées pour entretenir toutes les alaises formant le fût, hohisot.

— ETYM. Origine inconnue.

t ». MANDRIN (man-drin), t. m. Nom d'un célèbre contrebandier, sous le règne de Louis XV (mort sur la roue à Valence en <765), qui sert quelquefois pour désigner un voleur, un homme capable de grands crimes. C'est un Mandrin. Amener cette bande de Mandrins pieds et mains liés à U Convention, hëbert, 47S3, cité dans Ezeentricilit du lartgage.

— ETYM. Diei, trouvant dans quelques patois wtandrin avec le sens de voleur de grand chemin, croit que mandn'n est une contraction de malandrin. Nous ne savons si le nom propre est une contraction de malandrin ; mais, dans les patoi» et même dan* la langue usuelle, mandrin, au sens de brigand, provient du nom du célèbre chef de contrebandiers.

t MANDRINKR (man-dri né), v. a. Mettre sur ou dans le mandrin l'objet qu'on veut travailler.

— CTYH Mandrin I.

MANbUCATlON (mandu-ka-sion ; en ver» de cinq syllabes), ». f. || !• Terme de physiologie. Action do manger. l|t- Terme de religion. L'action de manger l'agneau pascal, cbox les Juifs. Une louil- Itirc.... qui, par l'ordonnance de U loi, leur inter- 4iatit U maoducaiion d« l'igneau p^ical, mau.

MAN

I Carême, Sur la comm. || Chez les cbrcliens, participation actuelle à l'eucharistie, qui est une viande céleste. La manducation de notre victime doit être aussi réelle à la sainte table, que son immulation a été réelle à la croix, Doss. Euchar. i, ». La première [action, dans le sacrifice de la messe] est la consécration, par laquelle le pain et le vin sont changés en corps et en san^' ; et la seconde est la manducation par laquelle on y participe, id. Expos, de la docir. calh. t*. Parla manducation, nous croyons recevoir ce corps et ce sang [de Jésus-Christ] aussi réellement et aussi substantiellement qu'ils ont été donnés pour nous à la croix, id. l'roj. de réun. des protest. Explie, de points de controv.

HIST. XVI' s. Il a voulu exprimer une chose

plus haute en ceste prédication notable, où il nous recommande la manducation de son corps, calv. Instil. t097. Comme des comédies de sa sale on l'avait conduit [Henri de Navarre] aux exhortations de sa chambre, aussi do ces prières on le fit descendre aux manducations dans la cave, ou pour le moins es lieux secrets de la monnoye qui e.st sur la pente du talus du chasteau de Pau; ainsi appeloientils leurs cérémonies, laquelle à présent ils nomment cène, florimond de remond, Hist. de l'hér. VII, 3, cité dans bayle, note f de l'art. Navarre [Marguerite de Valois, reine de).

— ETYM. Lat. manducationem, de manducare, manger (voy. manger).

MANÊAGE(ma-né-a-j'), ». m. Terme de marine. Travail que les matelots font avec les mains, pour charger et décharger, sans salaire particulier.

— ÊTYM. jWoin.

MANÈGE (ma-nè-j'; on prononce ainsi, malgré l'accent aigu que met l'Académie), s. m. || 1" Exercice qu'on fait faire au cheval pour le dresser. Cheval de manège. || Art de dompter, de discipliner, d'instruire les chevaux. Il Toutes les connaissances relatives au cheval. || Manège de guerre, se dit d'un galop inégal pendant lequel le cheval change aisément de main. Wanége par haut, manière de dresser les sauteurs, par courbettes, par croupadcs, etc. qui s'appellent airs relevés. || 2" Terrain entouré de murs et destiné à enseigner ou à pratiquer l'art de l'équitation. || 3° Fig. Manière de se comporter, de se prendre aux choses. 11 y a bien de petites choses qu'il faut encore lui apprendre [au jeune marquis de Grignan] pour le manège de la conversation et de la société, sÉv. 22 déc. <688. Que fera-t-il [le jeune marquis de Grignan] d'un carnaval à Paris et à Versailles où l'on voudra le mettre de tout?... il est bien jeune et bien peu accoutumé à cette sorte de manège, ID. 22 janv. 1690. En votre absence, je me mêle de lui apprendre les manèges des conversations ordinaires, qu'il est important de savoir, id. 10 déc. <C88. Comme il était question de Borne, nous fîmes conter à ce duo [de Chaulnes] en carrosse tout le manège de ses autres voyages [à Rome], id. 3i août 4 689. Enfin toute la cérémonie, toutes les révérences, tout le manège demeurant arrêté [dans une réception de chevaliers, deux des chevaliers s'élant accrochés l'un à l'autre par les ornements de leurs vêtements].... lu. 3 janv. t689. Étes-vous en faveur, tout manège est bon, vous ne faites point de faute, la bruy. viii. Il y a quelques rencontres dans la vie où la vérité et la simplicité sont le meilleur manège du monde, id. viii.ll II se dit aussi des moyens, des ressorts, des ruses par lesquelles on s'efforce d'arriver à son but. Il a du manège, locution de la cour, de cailliéres, (600. U [P. Corneille] avait l'âme fière et indépendante, nulle souplesse, nul manège ; ce qui l'a rendu très-propre à peindre la vertu romaine, et très-peu propre à faire sa fortune, fomen. Vie de Corn. Genlis avait de l'esprit et du manège et n'avait d'autre protection que celle dont il avait tout reçu, ST-siM. 25, J7. Quand même, à force de manège, il devrait réussir, il devrait toujours trouver trop chors des succès achetés à ce prix, J. 1. rouss. 2* dialogue. Le manège des procédés est substitué aux devoirs réels, id. Hél. 2* préf. J'ai vu quelquefois le petit manège destjeunes femmes.... id. Ém. 1. Comme le public fait des réputations par caprice, des particuliers en usurpent par manège, duclos, Consid. mceurs, ch. 5. Tout cela, mon ami, manège de femme, coquetterie déguisée ; voilà comme elles sont toutes, gbnlis, TMdt. d'éduc. Fauiset délicat. I, s. 114° Appareil servant à appliquer la force des animaux pour faire mouvoir des machines, et dans lequel d'ordinaire un axe vertical est mû par des animaux marchant en un cercle horizontal. Faire monter de l'eau par uo manège. || 6* Allure ou direction des veines du charbon de terre. || C* Le ma-

MAN

nége, le parti du manège, ou la société du manège, nom, sous le directoire, d'un parti formé des débris des jacobins, réunis dans une salle de manège attenante aux Tuileries. || 7" Terme de marine. Manière particulière de se mouvoir, de faire certaino? évolutions; art de manœuvrer.

— ÉTYM. Ital. maneggio, de manus, main. fMANÉGÉ, ÉE (ma-né-jé, jée), adj. Cheval manège, cheval dressé, exercé au manège.

MANES (mâ-n') , ». m. pi. Nom que les anciens donnaient à l'ombre, à l'àme des morts. Aux mines paternels je dois ce sacrifice, corn. Cinna, i, 2. Vengez la reine, immolez tous Ce traître à ses augustes mânes, la font. Fabl. viii, (4. Pensezvous qu'après tout ses mânes en rougissent? rac. Àndr. m, 8. Ô fils d'Ulysse! me dit Aceste, je ne puis refuser votre sang aux mânes de tant de Troyens que votre père a précipités sur les rivages du noir Cocyte, fén. Tél. i. Ils [les Juifs] pensèrent, comme presque toutes les autres nations, que l'âme est quelque chose de délié, d'aérien, une substance légère, qui retenait quelque apparence du corps qu'elle avait animé; c'est ce qu'on appelait les ombres, les mânes des corps, volt. Pol. et lég. Tolérance, Extr. toi. des Juifs. Si je meurs pendant que vous serez en route, cela ne fait rien ; venez toujours, mes mânes en seront très-llattès ; ils aiment passionnément la bonne compagnie, id. Lctt. Dclisle, ta juin. 1773. Nous [Athéniens] n'avons à présent d'autre ressource que l'indulgence ou la pitié de ce prince [Philippe] ; la pitié! mânes de Thèmi.stocle et d'Aristide I... barthél. Anach. ch. 6I. Ah 1 vous pleurer est le bonheur suprême. Mânes chéris de quiconque a des pleurs ; Vous oublier, c'est s'oublier soi-même; N'êtes-vous pas un débris de nos cœurs? lamart. Warm. II, i.||Fig. Laissons en paix les mânes de ses ouvrages [du P. Castel], ensevelis dans le journal de Trévoux, volt. Lett. Rameau, mars t738. {{ Les anciens Romains disaient aussi les dieux mânes. Aux dieux mânes (Diis manibus), se trouve souvent sur les tombes.

— REM. Bossuet, à tort, a Uitmânesda féminin : Et vous, grandes mânes, je vous appelle, sortez de ce tombeau, Cornet. Lesage a dit aussi, Diable fcoit. III : C'est l'ombre d'un vieux notaire lequel a eu la vanité de se faire enterrer dans un cercueil de plomb; ce qui a choqué toutes les autres mânes de bourgeois dont les cadavres ont été mis en terre ici plus modestement. C'est un archaïsme, voy. l'historique et Furetière, qui, dans son dictionnaire, indique mânes comme féminin.

— HIST. XVI' s. Les mânes font un bruit, et Caron par ses cris Réclame à son secours Pluton et ses esprits, desportes, Hodomont. Vous disiez que les nianes toutes guerrières et bouillantes de M. de Martigues.... s'irritèrent.... brant. Vie de Lanone.

— ÉTYM. Lat. mancs, de manis, doux, bienveillant, usité seulement dans le composé im-manis.

f 4. MANET (ma-nè), s. m. Terme de pêche. Filet en nappe simple dans lequel le poisson se prend par les ouïes.

f 2. MANET (ma-nè), s. m. Mot employé quelquefois comme synonyme de maniement (terme de boucherie).

— RTYH. Diminutif de motn.

t MANETTE (ma-nè-f), î. f. jj 1° Poignée en fer, fixée sur le haut de la barre de la bauclie ou planche du maçon piseur. || 2° Terme d'agriculture. Instrument propre à arracher les plants avec leur motte, et à faire des trous pour les recevoir : on s'en sert peu aujourd'hui.

— HIST. xvi' s. Non seulement ils sont tenus en ses pièges ou manettes, mais ils sont contraints par le frain de sa bride à lui obéir, calvin, Instit. (50.

— ÉTYM. Diminutif de main.

t MANGABEY (man-ga-bè), ». m. Singe d'Abyssinie, simia xthiops, L.

t MANGALIS (man-ga-lis'),».m. Petit poidsd'environ cinq grains qui ne sert, dans les Indes orientales, que pour peser les diamants.

f MANGANATE (man-ga-na-f) ou, rarement, MANGANESIATE (man-ga-né-zi-a-f), s. m. Terme de chimie. Sel produit par la combinaison do l'acide manganique avec une base.

t MANGANE (man-ga-n'), ». m. Terme de chimie. Nom donné d'abord au manganèse.

MANGANÈSE (man-ga-nc-z'), ». m. Métal découvert parScheele et Gahn eu 1774, d'un blanc brillant, pesant 6,85, d'une cassure raboteuse, très-dur, très fragile. |{ Peroxyde de manganèse, ou oxyde noir connu de toute antiquité, et désigné généralemeit sous le nom de manganèse, anciennement sous ce* lui de magnésie noire.

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— REM. Buffon faisait manganèse féminin : La manganèse est une matière minérale composée.... BUFP. Min. t. VI, p. 35.

— ÊTYM. Origine inconnue. Scheler propose l'allemand Ujinganen, minerai renfermant du manganèse; il trouve qu'une corruplion de magnésie n'est guère probable; mais d'où vient Mangan en allemand? D'autre part on lit dans Legoarant : «Le savon des verriers (oxyde de manganèse) était employé depuis longtemps sous le nom de magnésie noire, appelée en latin magalsea, que Lemery traduit en français par magalaize, maganaise et magnèse. »

t MANGANÉSIEN, lENNE (man -ga-né-ziin, ziè-n'), aàj Qui contient du manganèse.

t MAN'GANÉSIQUE (man-ga-né-zi-k') ou, plussouvent et mieux, MANGAXIQUE (man-ga-ni-k'j , adj. m. Terme de chimie. Oxyde manganique, oxyde de manganèse plus chargé d'oxygène que l'oxyde mangaceux.

t MANGANECX (man-ga-neû) , adj. m. Terme de chimie. Oxyde mangaiieux, oxvde qui est le premier de ceux du manganèse.

t MANGANICO -POTASSIQUE (man-ga-ni-ko-pola-ssi-k'), adj. Qui contient de l'oxyde manganique et de la potasse.

t MA.NGAMDES (man-ga-ni-d'), s. m. pi. Terme de minéralogie. Famille de minéraux qui comprend le manganèse et ses combinaisons.

— ÊTYM. Mangane.

t MANGANIUM (man-ga-ni-om"), $. m. Nom que l'on donne quelquefois au manganèse.

t MANGASOSO-AMMONIQUE (man-ga-no-zo-ammo-ni-k'), adj. Sel manganoso-ammonique, sel qui contient de l'oxyde manganeuxetde l'ammoniaque. On dit, semblablement, manganoso-potassique.

MANGÉ, ÉE(man-jé, jée), part, passé de manger. Il 1° Mâché et avalé. Le gibier mangé dans un grand repas. || 2° Tourmenté par quelque maladie. Kontainemartel était mort, mangé de goutte, ne laissant qu'une fille encore enfant, st-sim. <6i, h 7. || 3° Consumé en mauvaises dépenses. Jamais, en ma vie, je n'ai parlé à qui que ce soit des souscriptions mangées, VOLT. Lelt. Thiriol, 12 févr. (739. || 4° Miné, détruit. Les bords mangés par le torrent. || Un bordage, un cordage, un objet exposé au frottement est mangé, quand il est usé, détérioré par cette cause.

MANGEABLE (man-ja-bi'), adj. Qui peut être mangé. Ce gibier est trop avancé; il n'est pas mangeable. Leur chair [des geais], quoique peu délicate, est mangeable, surtout si on la fait bouillir d'abord et ensuite rôtir; on dit que, de cette manière, elle approche de celle de l'oie rôtie, bufp. Ois. t. v, p. (52. Pour moi, je dirais au contraire, qu'il n'y a que les Français qui ne savent pas manger, puisqu'il faut un art si particulier pour leur rendre les mets mangeables, j. j. bouss. Ém. n.

— f.TVM. Manger.

.UANGEAILLE (man-ji-U' , (I mouillées, et non man-jâ-ye), s. f. \\ 1° Ce qu'on donne à manger à quelques animaux domestiques. Huxelles la cultiva [Mlle Choin] jusqu'à envoyer tous les jours de sa vie des têtes de lapins et autres mangeailles à sa chienne, sT-siM. 269, 228. || 2'" Familièrement. Ce que mangent les hommes. Monsieur a-t-il invité des gens pour les assassiner à force de mangeaille? mol. i'Av. m, &. C'est le moyen de faire mourir notre abbé que de le tenter de mangeaille, SÈV. 8 juill. (67Î. J'aurais volé des fruits, des bonbons, de la mangeaille; mais jamais je n'ai pris plaisir i faire du mal, du dé^lt, s. i. nouss. Confess. i.

— HIST. XIV* s. L'en fait présent de la teste et du pié [du ccrfj aux seigQeur»,et cela n'est point mengaille, Jf^nagier, ii, 5. ||xvi' s. Ceste mangeaille ne se fauche pas comme les précédentes, o. ue sf.b- RHS, 277. Le poulet ne voulut point toucher à la mangeaille qu'on luy présenta, amyot, les Gracq. 4.

— BTYM. Manger.

MANGEANT, ANTE (man-jan, jan-f), adj. Qui mange. Une femme bien mangeante. Soyons bien buvants, bien mangeants, Nous devons & la mort de trois l'un en dix ans, la font. fabl. vi, (». Et toujours bien mangeant, mourir par métaphore, boil. Sal. IX.

t MANGELIN (man-je-lin), (. m. l'oids usité dan-H l'Inde, qui sert au même usage que le mangalis et qui pèse un carat et trois quarts, c'est-à-dire sept grains (373 milligrammes).

MANGEOIRE (man-joi-r'), >. f. Auge en bois ou en pierre, dans Laqucllv on dépose, au moment du repas, les aliments destinés aux animaux, chevaux, Wlesde somme, poules, oiseaux, etc. || Fig. Tourner le (toi k la mangeoire, faire tout le contraire de ce qu'il

faudrait pour arriver au but qu'on se propose. Je pressai M. le duc d'Orléans de toute ma force d'aller donner sa lettre; il s'avançait vers le petit salon, puis tournait le dos à la mangeoire, st-sim. 268, (29.

— HIST. XII» s. [Pour l'enfant Jésus] Est dons [donc] sale li estables, sièges li maingeure, corz [cour] li [la] fréquence de Joseph et de Marie, ST BERN. B50. ||xvi*s. Noslre mesnager aura une anti-cuisine, qui lui servira de sallette ou mangeoir ordinaire, o. de serres, 24. Leur appropriant à cest effet de petites mangeoires et rasteliers, id. 3)9. Ils sçavoient que la mangeoire estoit pleine et les rasteliers garnis, Sat. Mén. p. (02.

— ÊTYM. Manger; provenç. manjadoira; cat. manjadora; povt. manjadoura ; ital. mangiatoia.

t MANGEOTTER (man-jo-té), V. a. Terme familier. Manger un peu, manger sans grand appétit, manger souvent.

— ÉTYM. Fréquentatif de manger.

i. MANGER (man-jé. Le g prend un e devant a et o: mangeant, mangeons), v. a. \\ 1° Mâcher et avaler quelque aliment. || 2" Absolument, prendre des aliments. || 3° Absolument, prendre ses repas. Il 4° Il se dit des insectes qui rongent certains objets. Il B" Consumer le corps, en parlant de maladies. Il 6° Dépenser en parties de Uble un certain argent. Il 7° Dépenser d'une façon quelconque. || 8° Fig. Etre la cause de dépenses excessives. || 9° Vivre aux dépens de, ruiner, lever des contributions, faire des exactions. || 10° Il se dit de choses qui en rongent , détruisent, absorbent d'autres. || 11» Manger quelqu'un de caresses. || 12° Ne pas articuler nettement ; ne pas prononcer. ||13° Manger un ordre, l'oublier. || 14° Il se dit des atouts à certains jeux. Il 15° En termes de marine, manger le vent, manger le vaisseau. |! 16° Manger les nuages, se dit de Taction de la lune. || 17° Manger le chemin, en termes de manège. || 18° Se manger, être mangé. ]| 19° Se manger l'un l'autre. || 20° Être dépensé. || 21° Être élidé. Il Proverbes.

1° Mâcher et avaler quelque aliment. Manger du pain, de la viande. Celui de la race de Baasa qui mourra dans la ville sera mangé par les chiens, et celui qui mourra à la campagne sera mangé par les oiseaux du ciel, saci, Bible, Rois, m, xvi, 4. Manger l'herbe d'autruil quel crime abominable! la font. Fabl. vu, (.Qu'importe qui vous mange, homme ou loup? toute panse Me paraît une à cet égard, m. ib. x,

4 Il mangea deux perdrix Avec une moitié de

gigot en hachis, mol. Tart.i,b. Là.... Tout ce qu'on boit esl bon, tout ce qu'on mange est sain, BOIL. Ép. VI. Un homme fort riche peut manger des entremets, faire peindre ses lambris et ses alcôves, jouir d'un palais à la campagne et d'un autre à la ville.... LA BnuY. vi. Les Iroquois même, qui mangent leurs prisonniers, en ont un [droit des gens], MONTESQ. Espr. I, 3. Juvénal rapporte que, chez les Egyptiens, ce peuple si sage, si renommé pour les lois, ce peuple si pieux qui adorait des crocodiles et des oignons, les Tentyrites mangèrent un de leurs ennemis tombé entre leurs mains, volt. Dict. phil. Anlhropoph. t . La belle Anglaise a été tuée et mangée; ma sœur a été prise et sera mangée tout de même, m. Jenni, 7. Les Africains mangent aussi la chair des panthères et des lions, buff. Suppl. à l'hist. nat. Œuv. t. xi, p. (30. || Manger à, se dit pour indiquer l'assaisonnement. Ce sont des artichauts dont vous déjeunez là? — Oui, général. — Vous, Rapp, vous les mangez à l'huile? — Oui, général. — Et vous, Savary, à la sauce? Moi je les mange au sel, p. l. cour, l'amphlet des pamphlets. Il Fig. Perdre, mettre à mal, par comparaison à un loup qui dévore sa proie. Le temps est venu où tous les philosophes doivent être frères, sans quoi les fanatiques et les fripons les mangeront tous les uns après les autres, volt. Lett. Duchs, ( ( août ( 700. Il Kig. Manger son pain dans sa poche, jouir de ses richesses, de ses avantages sans en faire part à personne. Et que les riches communiquent leurs biens aux pauvres, sans manger, comme l'on dit, leur pain dans leur poche, d'ablanc. Lucien, dans i.E Boux, Vict. com. || Il sait bien son pain manger, il sait vivre, il entend bien ses intérêts. || Manger le pain du roi, se disait autrefois pour être sold:it. Il Manger son pain blanc le premier, avoir dans .sa jeunesse des biens dont on est ensuite privé ; se dit aussi pour : commencer une affaire par la partie la plus agréable. || Cela ne mange point de pain, se ditde livres, depapiersdont la conservation ne coûte aucune dépense. || Voilà ce que les rats n'ont pas mangé, scditquand on produit quelque chose qu'on gardait secrètement. || Manger de la vache enragée, éprouver beaucoup de privations et de fatigues. || Ils

se sont mangé les yeux, ils se sont fortement querellés. Il Fig. Manger à quelqu'un le blanc des yeux, lui manger la vue, ou, simplement, le manger, se courroucer fortement contre lui. Dedans l'esprit il me vint aussitôt De l'étrangler, de lui manger la vue, i.A FONT. Coc. Cette madame Denis, quoique fort douce, mangerait les yeux de quiconque.... VOLT. Lett. Damilaville, 45 juin (76(. || On dit dans un sens analogue : manger le cœur de quelqu'un. Ah! je vais soulever la nation, et manger le cœur d'Anytus, volt. Sacrale, m, (O. || Fig. Manger des pois chauds, se disait, au xvii* siècle, pour: ne savoirque répondre, par comparaison avec un homme qui a dans la bouche des pois chauds qui le brûlent. Il ne sait que répondre, il mange des pois chauds, PÉv. 6oct. (679. || Il ne me mangera pas, se dit populairement pour exprimer qu'on ne redoute pas de se présenter devant quelqu'un, et qu'au besoin on lui tiendra tète. Messire Jean, est-ce quelqu'un d'étrange [étranger] ? Que craignez- vous? hé quoi! qu'il ne vous mange? la font. Jument. \\ Fig. Manger quelqu'un, quelque chose des yeux, regarder avidement quelqu'un, quelque chose. || Fig. Manger de la prison, être mis souvent ou longtemps en prison. Va, tu en mangeras de la prison, je te le promets, p. L. COUR. Lett. particul. || Il mange l'or à la cuiller, il est très-riche. || Par menace, je le mangerais avec un grain de se!, à la croque au sel, se dit d'un homme à qui l'on se croit supérieur en force. Villars paya d'effronterie, et ne parlait que de manger l'armée ennemie avec ses rodomontades usées, ST-SIM. 277, 238. Il 2° Absolument et sans régime, prendre des aliments. Ayant fait vœu avec de grands serments de ne manger ni boire qu'ils ne l'aient tué, SAO, Bible, Actes des op. xxin, 21. Quand il y a à manger pour huit, il y en a pour dix, mol. l'Avare, III, 5. Dorante : Je voudrais que le repas fût plus digne de vous être offert. — Dorimène : Je ne réponds à ce compliment qu'en mangeant comme je fais, ID. Bourg, gent. iv, (. Il faut manger pour vivre, et non vivre pour manger, m. l'Avare, m, 5. Je suis bien heureuse que le conseil que j'ai donné de la part de Fagnn de manger davantage ait réussi; cette sorte de régime, pour les personnes déhcatcs, s'introduit beaucoup, sÉv. Lett. 24 junv. I880. Qu'avez-vous donc, dit-il, que vous ne mangez pas? BOIL. Sat. III. Elles donnèrent bien à manger aux noirs marrons, qui s'en retournèrenîdans leurs bois, BERN. DE ST-P. Paul et Yirg. || Manger de tout, n'être point difficile sur ses aliments. Cet enfant mange de tout. || Fig. C'est dommage de laisser son esprit [du jeune de Grignan] inculto; je ne sais s'il n'est pas encore trop jeune pour le laisser manger de tout, sÉv. (6 juill. (677. Il Bien manger, manger de bon appétit. Mais quand j'ai bien mangé, mon âme est ferme à tout. Et les plus grands revers n'en viendraient pas à bout, mol. Sgan. 7. [Il] A fait, en bien mangeant, l'éloge des moiceai.x, boil. Sat. m. Il Savoir manger, être grand connaisseur dans les choses de la table. C'est un personnage illustre dans son genre et qui a porté le talent de se bien nourrir jusqu'où il pouvait aller ; on ne reverra plus un homme qui mange tant et qui mange si bien, LA iiHUY. xi. Les animaux se repaissent; l'homme mange ; l'homme d'esprit seul sait manger, BRILLAT, Phys. du goût, Aph. 2. || Manger dans la main, voy. main, n° (. jj Populairement. Manger comme un chancre, manger excessivement. || On dit dans le même sens : manger comme quatre. || Fig. Il y a à boire et à manger, se dit d'une affaire qui peut avoir à la fois de bons et de mauvais résultats, d'une question qui présente deux sens, d'un ouvrage où il y a du bon et du mauvais. || 8° Absolument. Prendre ses repas. Il ne mange jamais chez lui. Il mango chez Mme de Coulanges, sEv. 407. Ils ont môme oublié le passé pour l'amour de moi, et l'ont priée à manger, m. 655. Les chambres du quarlier se remplissaient de demi-pen.sionnaires qui voulaient du moins manger chez lui, fontrn. Lemértj. Je ne vois pas pourquoi un homme qui peut et doit manger en public avec le ''oge et le sénat de Venise, ne pourrait pas manger en particulier avec M. le duc de Modène, 1. 1. rouss. Cnnfess. vu. || Manger dans sa chambre, ne pas manger, pour une raison quelconque, avec la famille, ou, dans une auberge, un liAlcl, à la table d'hôte. Comme elle est malade et que j'aurai compagnie, elle mangera dans sa chambre, mahivaux, Marianne, a* part. {| On mange bien chez cette personne, chez ce restaurateur, on y fait, on y prend de bons repas. || Donner à manger, recevoir chez soi à dîner une personne, de la compagnie. Le comte d'fâtrées est son ami et lui donne souvent à manger, sÉv. 57 (. Manon était

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une jeune. Mauriennoise dont Mme de Vercellis avait fait ta cuisinière, quand, cessant de donner à manger, elle avait renvoyé la sienne, J. J. Fouss. Confia, u. Il Donner i manger, signifie aussi tenir une maison où les gens viennent prendre leur repas en payant. || Terme de sucrerie. Donnera manger i un moulin, lui fournir des cannes pour en exprimer le »uc. Il «" Il se dit des insectes qui rongent certains objets. Cette fourrure a été mangée par les vers. On a laissé manger aux vers cette fourrure. Puissance des mouches : elles mangent notre corps, PASCAL, Pensée», XXV, <2U, édition HAVET. Il Populairement. La pauvre enfant était mangée de puces, elle en avait sur ella une grande quantité qui U piquaient. || 6' Fig. Consumer le corps, en parlant de maladies. Les écrouelles mangent cet enfant. Un ulcère lui mange la jambe, [j 11 se dit de l'air qui agit défavorablement sur la santé. Je pense fort souvent à votre santé, à votre tête, à cet air impétueux qui vous mange, sév. 27 avr. <6S9. Il 6* Dépenser en parties de table un certain argent. Nous mangerons ensemble, si vous voulez, largrnl du jeu. Mangeons galment l'argent de mon tombeau, BËRANO. Hon tomb. Il V Fig. Dépenser d'une façon quelconque. Un tel vit noblement, il mange son bien avec honneur, 'mass. Carême, Maiiv. riche. J'étais bien résolu, plutôt que de plier. D'y manger ma boutique et jusqu'à mon mortier, hegnard. Légat, u, ». Celui qui mange dans l'oisiveté ce qu'il n'a pas gagné lui-même, le vole, j. j. boues. Ém. m. Il Dépenser, avec une idée de dépense excessive, ou de prodigalité, ou de désordre. Jean s'en alla comme il était venu, Mangeant le fonds avec le revenu, LA FOUT. Épitaphe. Un débauché, un traître, qui me mange tout ce que j'ai ! mol. Uéd. m. lui, i, t . Il a retrouvé autant de bien qu'il en avait mangé, sÉv. C07. Il n'avait mangé du bien de sa femme que douze mille francs, haintenon, Letl. au d. de Noailles, n juin «70.1. Qui, ce jeune fou qui a joué et mangé tout son bien? dancourt. Femme d'intriguet, i, 3. Ce garçon de famille qui mange avec une femme de théitre une maison de campagne qu'il a près de l'Escurial, lesage, Didbl. boit. ch. ao, dans pouGENS. On me voit une disposition plus que prochaine à manger sa succession, id. Turearet, Di, 6. Freind en trois jours trouva cent mille livres sterling, que la cour de Charles VI mangea en moins de trois semaines, volt. Jenni, t. Maint vieux parent me répète Que je mange ce que j'ai, bérawo. B. rangé. || 11 a mangé son blé en vert, son blé en herbe, se dit de celui qui a dépensé d'avance son revenu, qui a mangé d'avance une succession. D'amasser leur froment en gerbe, Au lieu de le manger en herbe, scarr. Virg. dans le roux, Dict. corn. Cela me donna la belle pensée de vouloir être maîtresse de les vendre [des grains] quand il me plairait, et de manger mon blé en vert quand la fantaisie m'en prendrait, sÉv. 4 juill. 1679. || On a dit de même : manger sur le poing. Où tout apprivoisé je mangeais sur le poing, bégnif.r, Sat. xi. Il Sa part est mangée, c'est-à-dire il ne peut plus rien espérer de cette affaire, de cotte prétention. Croiriez-vous.... Que ma part, comme on dit, en fût déjà mangée? réonier, Sat. xiii. 118° Fig. Être la cause de dépenses excessives, ruiner. Ses valets le mangent; ses chevaux, ses chiens le mangent; les femmes le mangent. Mon zèle pour les colonies |à Femej] m'a mangé, volt. Lelt. d'Argentat, se sept. «770.|]»« Fig. Vivre aux dépens de, ruiner, lever des contributions, faire des exactions. Lorsqu'un roi mange son peuple jusques aux os et qu'il vit en ion Ëtat comme en terre d'ennemi, balz. De la cour, Tditc. Le Hazarin n'est pas à son aise ni en assurance ; il a mangé la France , les Français le mangeront, oui patin, Lettret, t. il, p. 520. L'armée éuil i Deinse le <« ; le roi y devait arriver ce jour-U pour la faire marcher près de Gand et manger ce bon pays, sRv. 20 mai I678. Puisqu'il iToulongeon, un cousin de Mme de Sévigné] ne m a point fait de réponse, je ne veux plus de commerce ayeclui que pour le manger jusques aux os quand jirai en Bourgogne, stv. & cet. (ess. Des chicaneur» viendront nous manger jusqu'à l'amc Et nous ne dirons moll... bac Plaid. 1 7 nio» li •• dit de choses qui en rongent, détnjisisnt minent absorbent d'autres. Cette forge mange bien ou charbon. U grand jour mange les couleurs La rouiUe nunge le fer. Las épinards mangent beaucoup de beurre Mtngoant le* bords, le Gange englottlit et IM arbr«s at une gtmnde partie du terroir !i!îîfî?-f; "'•'•"•"K- >«»ngerquelqu'un de cal«MM,lia hlr« de grande* caresaes. Madame la duebtsMeut U boni* de U manger de caresses, sthsim.

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268, 6. Il Absolument. Manger, accabler de caresses. Sans cesse, nuit et jour, je te caresserai, Jeté bouchonnerai, baiserai, mangerai, mol. Éc. des ^. v, 4. Je ne m'étonne pas si, après l'avoir grondé, vous vous êtes mise à l'aimer, à le manger ; car il n'y a que cela à faire à un petit ange comme celui-là, sÉv. tC6, [| fttre joli à manger, être à manger, se dit d'un joli enfant, d'une jolie personne. Cette bonne petite princesse est si tendre et si jolie que l'on voudrait la manger, sÉv. 304. Mongobert m'a mandé des merveilles de Pauline.... c'est une petite fille à manger, ID. 423. Le cousin est masqué mieux que personne en France ; Il est tout à manger : les femmes dans le bal Le prendront pour l'Amour en propre original, regnabd, le Bal, te. Lélio: Que de grâces I et que de variété dans ces grâces I — Arlequin : C'est une créature à manger, Marivaux, Surpr. de l'am. 1, 2. |{ On dit plus ordinairement : à croquer. || Manger les crucifix, se dit en parlant des hypocrites, des dévots outrés qu'on voit sans cesse agenouillés dans les églises. || 12° Ne pas articuler nettement. Manger ses mots, la moitié de ses mots. Il mangea la moitié de ce qu'il avait à dire, et nous comprimes par l'autre qu'il venait de déclarer la rupture du mariage, betz, Mém. m, 223. Il Ne pas prononcer. Ce serait que, pour la facilité de la prononciation, vous voulussiez me permettre, comme faisait ma vieille amie la comtesse de Dalets, de la maison d'Estin, de manger l'article, et, au lieu de faire dire rigoureusement madame la comtesse de Dalets, vous voulussiez bien vous contenter de la comtesse Dalets, sÉv. 22 juin I690. Il 13° Familièrement. Manger un ordre, une commission, l'oublier. Je lui avais prescrit de m'altendre, mais il a mangé l'ordre. || 14" Terme dont on se sert à quelques jeux de cartes pour indiquer que le.s atouts supérieurs emportent les inférieurs. Il Manger les cartes marquantes, les prendre avec les cartes supérieures. || 15° Terme de marine. Manger le vent à un bâtiment, se dit d'un objet, d'une hauteur sur la côte qui intercepte le vent. Il On dit, à peu près dans le même sens, être mangé par la brume ou le soleil. || Un bâtiment est mangé par la terre, lorsque la forme et la couleur de ce navire ne se détachent pas de la terre qui est de l'autre côté du bâtiment, et que, par cette cause, il est presque impossible de le voir du large. || Un navire est mangé par la mer quand, vu d'un autre navire, il disparaît dans le creux des lames. || Manger un navire, se disait des flots soulevés qui l'assiègent et le submergent incessamment. L'on a toute la journée remarqué que la Vipère n'avait point chassé, mais qu'elle souffrait extrêmement ; que la mer la mangeait et la couvrait de ses vagues, Desclouxeaux à Seignelay, <682, dans jal. || Manger du sable, retourner le sablier, sans attendre que tout le sable contenu dans la bouteille supérieure soit tombé dans l'autre. || 1G° Manger les nuages, se dit vulgairement de l'action de la lune dont la chaleur d'emprunt, sans pouvoir échauffer la masse de l'atmosphère, suffit pour faire brèche dans le rideau de vapeur, et, rendant la nuit claire, faire baisser la température. || 17° Terme de manège. Manger le chemin, se dit d'un cheval qui avance trop. || 18" Se manger, v. réfl. Être mangé. Les choux se mangent avec du lard. |l 19° Se manger l'un l'autre, se servir de nourriture l'un à l'autre. C'est ainsi que cette destinée éternelle portait que MM. Banck et Solander découvriraient de nos jours un pays immense où les hommes se mangent les uns les autres aussi communément que nous persécutons, que nous calomnions notre prochain à Paris, volt. Fragm. sur l'hist. art. 23. Il Fig. Se manger l'un l'autre, se nuire l'un à l'autre autant qu'on le peut. En quel siècle suis-je venu ! L'on se déchire, l'on se mange, gombaud, Epigr. liv. i, dans hicuelet. On a vu la liaison de Mme la duchesse avec la Choin et les nièces de Vaudemont, en attendant qu'elles se mangeassent les unes les autres à qui demeurerait l'entière autorité sur Monseigneur, st-sim. 206, 23. || Se manger des yeux, se regarder avec passion. || 20° Fig. Etre dépensé. Ce qu'il y a de plus de revenu à Marseille, se mange bien par les voyages, sév. 406. Il 21° Terme de grammaire. Être élidô. Voyelle qui, dans la prononciation, se mange devant une autre voyelle. En français, l'e muet se mange devant une voyelle. Jj Proverbes. Les gros poissons mangent les petits, c'est-à-dire les puissants oppriment et pillent les faibles. Il Oui se fait brebis, le loup le mange, c'est-à-dire qui a trop de bonté trouve bientôt des gens qui en abusent. || Les loups ne se mangent pa-s, les méchants s'épargnent entre eux. || Brebis

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compt(5es, le loup les mange, c'est-à-dire cela porte malheur de savoir son compte, et, plus raisonna'olement, il ne suffit pas de les avoir comptées, il faut savoir les garder. || 11 est savant jusqu'aux dents, il a mangé son bréviaire. || L'appétit vient en mangeant, le désir de s'enrichir ou de s'élever augmente à mesure qu'on acquiert de la fortune ou des honneurs.

— HIST. XI* s. N'en mangeront [de nos corpsj no lou, ne por, ne chien, Ch. de Roi. cx,\x.||xu* a Sauvages bcstes ne les pourront mangier, Roncisv. p. 83. Quant il orent mengié, ses [si les] en [de table] convint lever, Sax. xiii. Hé Dex, ce dist li rois, qui mengas à la cène, ib. xxx. Idonques fu ocis et au coeu [cuisinier] fu livrez; Li keus manja le cuer; quant lui fu demandez, Fist au seignur acreire que sans cuer estoit nez, Th. lemart. si. [| XIII" s. Que plus seurement guerroie cil qui a à mengier que cil qui n'en a point, villeh. lxii. Et quant il lui donnoit à boire et à mengier, Berte, XIX. En dormant lui sembloit que une ourse sauvage Lui menjoit le bras destre, ib. lxx. Et avint que li rois Richars manda au comte de Sancerre et as barons que il mangoient le pain le roi pour nient, Chr. de Rains, 63. Je me plains à lui [Amour] de Dangier, Qui par poi [peu s'en fallut] ne me volt [veut] mengier, la Rose, 3132. X la table le roy, manjoit emprès li le conte de Poitiers.... jomv. 205. Mon frère le sire de Vauquelour [Vaucouleurs] et les autres riches homes qui là estoient, donnèrent à manger chascun l'un après l'autre, le lundi, le mardi, le mercredi, id. 208. || xiv* s. Ce qui est dict, en la vénerie des rouges bestes, viander, est dict es noires bestes menger, ilodus, f. xxxi. Mengier une fois le jour est vie d'ange, et mengier deux fois le jour est vie humaine, et trois fois ou quatre ou plusieurs est vie de beste et non pas de créature humaine, ilénagier, i, 3. Pierre Alfons dit : une des grans adversitez de ce siècle, c'est quant un homme franc par nature est contraint par pourelé de mangier l'aumosne de son ennemi, le CHEv. de la tour, Inslruct. à ses plies, f° 8I, dans lacurne. Et vous estes ici et de gent grand foison , Où vous ne trouverez vivres ne garnison; Li pa'ii est mangiez et pilliez environ, Guesclin, i-2b\3. Il xv° s. Bien jeune le jour qui au soir a assez i menger, leroux de lincy, Prov. t. 11, p. 20 ( . Les gens de guerre furent licenciés et retournèrent chacun es lieux dont ils estoient venus, en mangeant le pauvre peuple, selonc la coutume d'adonc, monstbel. 1,03. Mal fait mangierà l'appétit d'aulrui, E. DESCH. Poésies mss. f° 368. Sans sausse mangue l'en bien rost, in. ib. f" 379. 11 va prendre le roy par le heaulme à force de bras et dist : Gentil roy, trop vous glorifiez en vos prouesses; cuydez vous tout le tournoy manger? Perceforest, t. i, f° <47. La poudre qui corrosive estoit, lui gasta et mangea trestout l'œil, louis xi, Nouv, xi. || xv;« s. Le médecin luy avoit ordonné qu'il mangeast d'une grive, AMYOT, LucuU. 80. Il leur semble, quand ils voyent les ennemis en barbe , qu'ils doyvent manger (comme on dit) les charrettes ferrées, langue, 3|8. Les armées se reculèrent, tirans vers les quartiers moins mangez, m. 678. Environ trois cens hommes sortirent de la ville; toutefois ils ne l'eslongnelent plus que d'une mousquetade, et ne voulurent attendre le capitaine Loup, combien qu'il essayast de les attaquer plusieurs fois; voyant donc qu'ils n'en vouloient autrement manger, se retira, beaugué. Guerre d'Escosse, 1, 5. U en mangeroit autant qu'un evesque en pourroit bénir [il en mangerait beaucoup], oudin, Curios. franc. Il faut travailler qui veut manger, lkroux de lincy, Pror. t. 11, p. 3H. Qui a faim mange tout pain, id. ib. p. 381. 11 y a pourtant des filles qui, lorsqu'elles commencent un peu à sentir leur cœur, elles s'apprivoisent si bien qu'elles viennent manger aussitost dans la main, rbant. Dames gai. t. 11, p. 08, dans lacurne. Monsieur le maréchal du Biez entreprint de se saisir et ruiner la terre d'Oye, ayant tenté d'attirer l'Anglois en bat.iille, lequel n'en voulut manger, MON1.UC, Uém. t. I, p. 254, dans lacurne. En mangeant l'appelit se perd, cotgrave. En mangeant l'appelit vient, id. Bonne beste s'eschaufîe en mangeant, iD. Mauvaise est la saison quand un loup mange l'autre, id. Qui a honte de manger a honte de vivre, id. Qui avec son seigneur mange poires, il ne choisit pas les meilleures, m. Un seigneur de paille mange un vassal d'acier, id.

— ÊTYM. Wallon, manit; namur. mounil; Hain. m^3n«r, migner, mougner; nivern. mescr ; bourg. maingeai; provenç. manjar; catal. menjar; osp. et portug. manjar; ital. mangiare. X côté démanger, on trouve non moins usité manjuer, en pro*

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Tençsl manjuiar. Ces deux formes montrent qu'il y eut, au moment où se firent les langues romanes, deux prononciations du latin mandûcare : l'une correcte gardait lu l ng, et a donné manjuer, manjuier; l'autre fautive supprimait cet u et a donné manger, manjar, mangiare. Manduco est le fréquenutifde mandere, dont l'étymologie probable est ainsi donnée par Corssen, Beùràge, p. 2i6: il le rapporte an radical mad, enivrer, être ivre, dont le sens primitif est mouiller, être mouillé; de là madaydmi, enivrer, rassasier ; de là aussi madeo, madidus, le grec [ia5âw,se dissoudre, se fondre, et (ladàoiiai, mouiller, mâcher. Ifandere, avec insertion de nasale, aurait le même sens : humecter de falive, mâcher, et delà manger.

2. MANGER (man-jé; Vr ne se lie jamais), s. m. Ce qu'on mange, ce dont on se nourrit. Le manger n'est pas ce qui nous rend agréable à Dieu, SACi, Bible, St Paul, )■• épit. aux Corinih. vm, 8. Et ce financier se plaignait Que les soins de la Providence N'eussent pas au marché fait vendre le dormir. Comme le manger et le boire, la pont. Fahl. viu, 3. J'ai des fruits, j'ai du lait : ce n'est peut-être pas De nosseigneurs les ours le manger ordinaire, id. ib. vm, <o. Le chou que la cime de cet arbre renferme au milieu de ses feuilles est un fort bon manger, bern. de st-p. Paul et Virg. Me voici dans mon nouveau logement.... la jardinière me fait mon manger, p. L. COUH. Lelt. ii, 187. || Familièrement. Il en perd le boire et le manger, se dit de celui qui est entièrement absorbé par une occupation, par une passion. || Manger des oiseaux, calebasse de Guinée et d'Amérique. |1 Le manger de la baleine, animalcule microscopique et rougeàtre, abondant en certains gîtes que fréquentent les baleines. || Blanc-manger, voy. BLANC-MANGER. Il Proverbe. X petit manger, bien boire, on compense par la boisson ce qui manque au manger.

— HIST. III* s. Li arcevesques sist un jor à son roangier, Th. le mart. 64. Et nequedenl [néanmoins] l'avoit vendu [son droit d'aînesse] por un mangier de lentille. Job, p. 517. ||xiii* s. Si corn li peissons est pris à l'aine [hameçon] et li oisiaus au laz, tout aussi est pris li hom au mangier, brun. LATiNi, Trésor, p. 38(. Les barons, qui deussent garder le leur pour bien emploier en lieu et tens, se pristrent à donner les grans mangers et les outrageuses viandes, JoiNV. 2i7.||xiv' s. Et pour ce au latin [le récit latin de la vie de Girart] me vuil du tout aordre [attacher]; Quar en plusieurs mostiers le lisent la gent d'ordre [les moines].... Et on lit au raaingier, c'est chouse toute certe, Ainssin comme de sains les fais Girart et Berte, Girart de Ross. T. 9S. Il XVI* s. Ils en perdent le boire, le manger et le repos, mont, i, e*.

MANGERIE (man-je-rie), ». f. || 1* Action de manger beaucoup. One ne fut telle mangerie ; Jusqu'à la moindre hôtellerie. De mon monde tout regorgea, scARR. Virg. m. L'étoile de la mangerie s'est mise en ce pays malgré moi , je m'en suis plainte à vous; car nous mangeons si sérieusement et si fort, comme du temps de nos pères, que l'on ne sent que l'ennui de la dépense, sÉv. «46. On mangea à deux tables dans le même lieu ; il y a quatorze couverts à chaque table.... cela fait une assez grande mangerie, id. 5 août (67(. P" Kig. Frais de chicane, exactions. Il semblerait que, dans les pays où les tailles sont réelles, les laillables devraient être exempts des mangeries et des exactions qu'on voit ailleurs dans la levée des tailles, val'ban. Dîmes, 43. Lorsqu'il fallait parler à Desmarets pour quelque mangerie de financiers dans mes terres, je priais Mn)edeSaint-Simond'yaller,ST-siM.337,96. \\3' Action de se nuire les uns aux autres. Le monde n'est qu'une mangerie universelle des uns par les autres.

— HlST. XII* s. Li temples de luxure e de mangeries e de mcscreanz esloit plains, Machab. ii, <. Il XV* s. En ce mesme temps plusieurs choses se faicoient par les seigneurs, comme prinso de bleds.... et se faisoient plusieurs mengeries par les officiers particuliers, Juv. des vks. Charlet H, M07. || xvi* s. De là s'cDsuyvroit que la moitié des procez et des mangeries s'en iroit à vau l'eau, lanoue, to-i. Il dépêcha sa messe, laquelle il dit en chasseur, ayant la cœur à la mangerie, desper. Contes, lxxv.

— 6TYM. Kanger.

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