‹ Dictionnaire de la langue fran©aiseChapitre 369 sur 389 · I.-ÎIS · texte numérisé non relu

I.-ÎIS

BODRDAL. !>• dim. après Pâq. Dominie.t. il, p. I79. Pour moi, je n'ai qu'à prier et à mourir; et je n'en suis pas fâchée, maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 34 déc. 1718. Prier ensemble dans quelque langue, dans quelque rite que ce soit, c'est la plus touchante fraternité d'espérance et de sympathie que les hommes puissent contracter sur cette terre, STAËL, Corinne, %., 5. [Le peuple] prie les gouvernements de l'épargner un peu, et il croit qu'on l'écoute; en un mot le peuple est toujours priant et croyant; croire et prier, c'est son état, sa façon d'être de tout temps, p. L. couR. Lett. au réd. du Censeur, «. Enfants, quand vous prierez, pnerezvous pas pour moi? v. hugo, F. d'aut. xxxvn. Il 3' Demander par grâce. Je vous prie de le protéger. Une mère pour vous croit devoir me prier, rac. Iphig. in, 6. Il Prier quelqu'un de quelque chose, le lui demanderavec prière. Vois l'urne de Pompée, il y manque sa tête ; Ne me la retiens plus; c'est l'unique faveur Dont je te puis encor prier avec honneur, CORN., Pomp. V, 4. Il Prier un homme de son déshonneur, se dit quand on lui fait quelque demande qu'il n'est pas honorable d'accorder. Vous étant bien amusé durant la promenade à prendre du tabac sans songer à moi, vous ne vous en souvenez au retour que pour me prier de mon déshonneur en termes honnêtes, mais fort intelligibles, hamilt. Gramm. 4. Il Prier que, avec le subjonctif. Nous lisons fort ici; La Mousse m'a priée qu'il pût lire le Tasse avec moi, sÉv. 2t juin 1 67 1. Il [mon fils] me croit autant qu'il peut; il me prie que je le redresse ; je le fais comme une amie, m. 22 avr. I67i. Quand elle [Mme de MaransJ nous pria qu'elle pût venir avec nous passer le soir chez M. de la Rochefoucauld, id. 3 avr. 167). Il Se faire prier, différer d'accorder une chose demandée et qui n'est pas difficile. Elle se fait prier, pour se donner un nouveau prix, sÉv 5 janv. 1680. Eh, pourse marier. Est-il fille aujourd'hui qui se fasse prierTxH. cohn. Comt. d'Orgueil, i, 7. On a dit de quelques-uns qu'ils se faisaient si longtemps prier, qu'ils donnaient si sèchement et chargeaient une grâce qu'on leur arrachait de conditions si désagréables.... la bruï. vin. || On dit dans le même sens : il veut être prié. j| Familièrement. Je l'en ai prié comme Dieu, comme pour Dieu, je l'en ai prié à mains jointes, je lui ai demandé la chose avec toute l'ardeur possible. Il Je vous prie, se dit ab.solument comme formule de politesse. Faites porter cela chez moi, je vous prie. Il On dit de même: je vous en prie. Faites cela, je vous en prie. || Je vous prie, je vous en prie, s'emploie quelquefois par forme de menace. Ne recommencez pas, je vous prie, je vous en prie. Il 11 se dit aussi par humeur. Si j'étais de mon fils, son époux. Je vous prierais bien fort de n'entrer point chez nous, mol. Tart. 1, t. Vous? mon Dieu 1 mêlez-vous de boire, je vous prie, boil. Sat. m. Il Absolu.menl. Prier pour quelqu'un, intercéder pour quelqu'un. J'ai prié pour lui, mais je n'ai rien pu obtenir. || 4° Inviter, convier. Des parents à prier tant d'un cflté que d'autre, montpleury, Femme juge et part. 1, 4. Mon maudit campagnard s'était informé des personnes que je voyais le plus fréquemment, et n'avait pas manqué de les prier, DUCLOS, Œuv. t. vui, p. (72. || Prier à, inviter avec quelque cérémonie. Le mariage se fera dans quatre jours.... mandez-le un peu à son maître de musique, afin qu'il se trouve à la noce.... je vous y prie aussi, HOL. Hal. imag. 11, 5. Comme il a faim et que la nuit est déjà avancée, il la prie à souper, la bruy. XI. On m'assure qu'on a vu frère Berthier avec un autre fiôre, allant par la route de Genève à .Solf'ure; si j'en avais été informé plus tôt, je les aurais priés à dîner, volt. Lett. d'Aryental, H mars 1764. Elle est priée à tous les bals et à tous les soupers, genlis, Àd, et Th. t. 11, p. 177, dans pou- GKNS. Il Prier de, même sens. Si cette partie est rompue, j'irai chez Mme de Chaulnes ; j'en suis extrêmement priée par la maîtresse du logis, aiv. h févr. (674. S'il est prié d'un repas, la bruy. Théophr. v. Du souper le patron l'aura prié peut-être, B*iioN, Éc. des pères, iv, 3. Touchez-là : c'est me prier d'une partie de plaisir, boissy, Franc, i Londres, se. lo. ||Les auteurs de synonymes ont voulu distinguer prier à de prier de, disant que prier de indiquait moins de cérémonie, et que, prés de se mettre à tal)lo avec ceux t|u'on a priés à dîner, une personne survenant, on io prie de dîner. Cette nuance n'est pas observée par l'u-sage. Cependant, en général, il vaut mieux dire, en ce sens, prier à que prier de, du moins dans tous les cas où le sens d'inviter ne serait pas clair, et où l'on craindrait qu'il ne se confondît avec celui de de-

mander avec instance. || La viande ne prie point les gens, se dit d'un méchant repas. La viande pourtant ne priait point les gens, régnier, Sat. x. Il 5° Se prier, s'adresser une demande, une prière. Je me prie, en pleurant, d'oser rompre ma chaîne, A. CHÉN. Élég. XXXVI. Il S'inviter soi-même. Pressez vite le jour de la cérémonie; J'y prends part, et déjà moi-même je m'en prie, mol. Éc. des f. v, 8. Il Familièrement. Se prier se dit pour tout ce qui ennuie ou déplaît. Il faut que je me prie pour aller à cette ennuyeuse soirée.

— REM. i Boiloau a dit prier quelque chose à quelqu'un : Tout ce que j'ai à vous prier maintenant, c'est de me mander.... boil. Lett. à Racine. 4 juin (693. Il 2. Dans la versification du commencement du XVII* siècle, on écrivait je te pri' devant une consonne, ou même je te prie (d'une seule syllabe). Quitte-moi, je te pri', je ne veux plus de toi, MALH. I, 4. Et prie Dieu qu'il nous garde en ce bas monde ici, bégnieh, Sat. viii. Maillet, quoique fort importun, Ainsi que dit le bruit commun, N'a pas tant faim comme il crie; Car, puisqu'il nous donne aujourd'hui Un je te pri pour je te prie, S'il ne mange, il ne tient qu'à lui, Epigrammes , dans RICHELET. Il 3. On a dit prier à Dieu, prenant prier comme verbe neutre. Aussi de tous étiez jà regretté. Fors de l'envie et de votre bon frère; Lui ne voyant en vous de sainteté Priait à Dieu qu'il vous mît vite en terre, Pour accourcir d'autant l'iniquité, i'ers adressés par Piron à Voltaire, le 3 déc. (723. C'est un archaïsme.

— HIST. X" s. Tuit oram quepor nos [eile] degnil preier, Eulalie. Preiets [priez] li que de cest periculo nos libérât, Fragm. de Valenç. p. 469. || xj' s. N'i a paien [qui] nel prit [prie] e nel aort [adore], Ch. de Roi. lxvi. Clamez vos coulpes, si preiez Deu merci, ib. lxxxvii. || xii' s. [Je] Proi vous, dame, par vo très grant valor. Que vous amez [aimiez] vostre loial ami, Couci, vu. Bêle dame me prie de chanter, m. x. As fins amans proi [je prie] qu'il dient le voir [vrai], ib. xx. Qui donc veîst le duc nostre Seigneur prier Qu'il ait merci de s'ame.... Sax. XI. Sire, li reis vus ad porté grant amistié ; Bien li devriez faire ço qu'il vus ad preié, Th. le mart. 25.||xiii' s. Ne chantez mais, Quesnes, je vous en prie, hues d'oisi. Romancero, p. 103. Prions leur que il nous aident à conquerre la cité, villeh. xxxviii. Je vous pri sur la foi que vous m'avez jurée.... Berte xvi. Por le roi Pépin [elle] proie, nel [ne le] met pas en oubli, ib. lu. On dit pieça qu'au desoz [au-dessous] est qui prie ; Je nel cuidai jà si bien essaier, Poésies franc, mss. avant (300, t. IV,- p. 1472, dans lacurne. || xv* s. Or regardez du comte de Flandre; il semble qu'il ny attouche, et il fait tout ; il veut prier l'espée en la main, fhoiss. 11, 11, 207. Et au départir qu'ils firent, le pria et toute sa compagnie pour le lendemain disner, Jeh. de Saint, ch 63. Belle que tant veoir Touidroye, Je prie à Dieu que brief vous voye, ch. d'orl. Bai. xiii. Par ung prier qui vault commandement. Chargé m'avez d'une balade faire, id. Bail. 20. Les faulz prianz [les faux amants, ceux qui font de fausses prières], Perceforest, t. i;, f° (04. Comme le rossignol prie |fail l'amour], il chante mélodieusement, ib. t. m, f° 86. Si luy prièrent qu'il descendis! et qu'il allast manger avec elles; car aussi bien estoient elles seules, fors que d'ung nayn qui leur servoit; et il ne se fist point prier longuement; car il n'avoit mangé de tout le jour, Laruelol du lac, t. m, f 24, dans pougens. || xvi' s. Priez à Dieu qu'à elle soit propice, rad. Pant. u, 3. A quoi tient-il, je vous prie, que nous sommes si froids et craintifs à entrer au combat? calv. Instit. 233. Je la priay s'en reposer sur moy, mont, i, 96. Isocrates estant prié en un festin de parler de son art, m. i, 182. Je te prie de croire que cela advient à chascun de nous, m. m, (oe. Elle lui pria le bon repos et se retira, yver, p. 642. Capitolimis en devint amoureux, et le pria de son deshonneur sur le poinct qu'il estoit en la (leur de son adolescence, amyot, Marcel. 2. Bonjour, M. Philausone, je suis fort joyeux de ceste rencontre; car j'avois délibéré de vous aller prier d'un plaisir, 11. est. Nouveau langage francois. Qui veut apprendre à prier, aille souvent sur ia mer, cotorave.

— RTYM. Berry, jiréyer, perier, peurier ; provenç. pregar, preguar, preyar ; ital. pregare; du lat. precari; comparez sansc. prachh , demander; zeiid fraça, demander ; ail. (ragen, interroger.

t PRIKR-niED (pri-é-dieu), s. m. Le moment où l'on prie Dieu. J'ai vu des gens très-dignes de foi qui m'ont assuré l'avoir vu [M. le Prince] au coucher du roi, pendant le prier-Dieu, jeter la tète en

l'air subitement plusieurs fois de suite , st-sih. 225, (7. Il On trouve aussi ei ce sens prie-Dieu. Au sortir du prie-Dieu, M. de Troyes demanda au roi un moment d'audience, stsim. 46, 32.

- ÉTYM. Prier, et Dieu.

PRIÈRE (pri-è-r'), t. f. || 1» Acte de religion par lequel on s'adresse à Dieu. Mes yeux seront ouverts et mes oreilles attentives à la prière de celui qui m'invoquera en ce lieu, SACi , Bible, Paralip. il, vu, (B. Sa prière montant vers vous avec l'encens qu'il vous offrait, ID. Sagesse, iviii, 2(. Un rien presque suffit pour le scandaliser. Jusque-là qu'il se vint l'autre jour accuser D'avoir pris une puce en faisant sa prière, Et de l'avoir tuée avec trop de colère, MOL. Tart. I, 6. Pourquoi Dieu a établi la prière. Pour communiquer à ses créatures la dignité de la causalité ; pour nous apprendre de qui nous tenons la vertu ; pour nous faire mériter les autres vertus par le travail; mais, pour se conserver la prière. Dieu donne la prière à qui il lui plaît, PAsc. Pens. XXV, bb , édit. havet. Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies. Titre d'un opuscule de Pascal. Ce regard continuel à Dieu [d'un malade], et cette unique et adorable prière à Jésus-Christ, de lui demander miséricorde par son s^ng précieux, sév. i» déc. (6«8. Les Machabées étaient vaillants, et néanmoins il est écrit qu'ils combattaient par leurs prières plus que par leurs armes, assurés par l'exemple de Moïse que les mains élevées à Dieu enfoncent plus de bataillons que celles qui frappent, eoss. Marie-Thérèse. Où allez-vous, cœurs égarés? quoi I même pendant U prière, vous laissez errer votre imagination vagabonde; vos ambitieuses pensées vous reviennent devant Dieu; elles font même le sujet de votre prière I id. t6. Les papes et les conciles nous ont enseigné que la doctrine de la prière est inséparable de la doctrine de la grâce, id. Et. d'orais. vi, 4. Saint Jean de Damas a défini ainsi la prière : l'élévation de l'esprit à Dieu, ou la demande qu'on a faite à Dieu des choses convenables , id. tb. iv, ( ( . Ce n'est point pour instruire Dieu que nous lui offrons des prières, mais pour nous mettre nous-mêmes dans les bonnes dispositions où nous devons être envers lui, ID. 16. m, (7. Une prière [l'Oraison dominicale] qui, dans sa simplicité et dans sa grandeur, est une des merveilles du christianisme, m. ib. m, 3. Saint Jérôme, en réfutant l'hérésie des adamistes, qui consistait à rejeter la prière comme superflue, BOURDAL. B* dim. après Paquet, Dominic. t. 11, p. 185. Quand nous serons dans cet affreux passage du jugement de Dieu à l'éternité bienheureuse, toute l'Église sera pour nous en prière, ID. Commémorât, des morts, Myst. 1. 11, p. BO8. Qu'elle fasse tous les jours la prière en public ; comptez qu'on doit cet exemple à ses domestiques, maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 28 fév. (678. Le chrétien est un homme de prière : son origine, sa situation, sa nature, ses be.soins, sa demeure, tout l'avertit qu'il faut prier, mass. Carême, Prière. Tous les hommes, dans leurs désirs ou dans leurs craintes, invoquèrent le secours d'une divinité ; des philosophes, plus respectueux envers l'Être suprême , et moins condescendants à la faiblesse humaine, ne voulurent pour toute prière que la résignation , volt. Dict. phil. Prière. Nous ne connaissons aucune religion sans prières, id. ib. Et la douce prière Mit le ciel en commerce avec l'humble chaumière, DELiLLE, Imag. vin. Pourquoi vous fermez-vous, ~ maison de la prière [l'église]? Est-il une heure, 6 Dieu, dans la nature entière Où le cœur soit las de prier? LAMART. Uarm. 1, 8. Si la prière enfin de ses pleurs vous inonde. Et devant l'infini fait fléchir vos genoux, ID. ib. i, ((. Je vous vis : je crus voir la céleste lumière. Et de l'autel vers vous détournai ma prière, p. leiirun, le Cid d'Ând. u, 3. || Dans cette maison on fait la prière tous les soirs, dans cette maison on fait la prière en commun tous les soirs. Il Absolument. La prière, se dit des cinq prières que les musulmans font dans la journée. Muley Ismaêl, qui coupait des têtes tous les vendredis après la prière , volt. Voyage de Scarmentado. \\i' Demande faite avec une sorte de soumission et à titre de grâce. Votre faveur pour nous éclata la première; Tout ce qu'il fit après fut à votre prière, corn. Pomp. m, 2. J'ai sur elle, après tout, une puis.sance entière; Mais j'aime à la cacher sous le nom do prière, id. Nicom. 11, 4. Quel adieu gai intérieurement nous leur faisions [à des visiteurs importuns] ! quelle crainte qu'ils cédassent aux fausses prières que nous leur faisions de demeurer ! quelle douceur et i|uelle joie quand nous en étions délivrés, sëv. 3( mai (680. Avant qu'un

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