CED
CEI
m ai h. ii. 12. Nous n'avons point d'amis qui ne cèdent
au nombre, corn. Sert, v, 5. On dira que je cède à la difficulté, mol. l'Étour.m. 4, Un homme dont le a cédé aux tourments, boss. Hist.u, 12. Prince, sans l'irriter, cédons à cet orage, rac. Brit. m, h. Je suivais mon devoir et vous cédiez au vôtre, id. Indr. iv, 6. Son téméraire orgueil, que je vais redoubler, Croira que je lui cède et qu'il m'a l'ait trembler, id. fph. iv, 8. Le roi de son pouvoir se voit déposséder, Et lui-même au torrent est contraint de céder, 10. ib. v, S. Aux cris d'un vil oiseau vous cédez mus combat, non., Eulr. m. Deux fois, en grand politique, ce judicieux favori sut céder au temps et s'éloigner de la cour, boss. leTellier. Poussin, rappelé de Rome à Paris, y céda a l'envie et aux cabales; il se retira, volt. Louis XIV, Peintres. || Absolument. A la fin il céda. Tu céderas, ou tu tomberas sous ce vainqueur. Alger, riche des dépouilles de la chrétien le, boss. Marie-Thér. Du moins s'il faut céder.... rac. Mithr. m, i- L'univers a cédé; cédons, mon cher Zamore, volt. Alx. 11, 4. ||5° Dans le même sens, en parlant des choses. Tout cède à un travail opiniâtre. Comme j'ai fait céder mon amour au devoir, corn, fid, v. ii. Je sais ta passion et suis ravi tle voir Que tous ses mouvements cèdent à ton devoir, corn. Cid, 11, 2. Enfin ma bonté cède à ma juste fureur, id. Poly. v, 3. Leur vaine amitié cède à leur politique, id. Nie. iv, 6. Ma générosité cède enfin à si haine, id. ib. 111, 4. Peu savent, comme vous, s'appliquer ce remède [la patience], Et dans leur intérêt [affliction], toute leur vertu cède, id. Hor. v, 2. La constance du pape Libère cède aux ennuis de l'exil, boss. Hist. 1, 1 1. Je vois que la raison cède à la violence, rac. Phèd. 11, 2. Et que medirezvous qui ne cède, grands dieux! Â l'horreur de vous voir expirer à mes yeux. id. ib. 1, 3. Dont la beauté ne cédait qu'à celle d'Achille, fén. Tél.xx. Que l'éclat de l'ancien temple céderait à la majesté du nouveau, mass. Mijst. Nouvelle vie. Ce nom si redoutable à qui tout autre cède, volt. Tanc. 11, t. Dès sa première jeunesse, tout cédait aux lumières de son esprit, boss. leTellier. Tout devait céder à ses désirs fougueux, fén. Tél. 11. I! 6° Se reconnaître au-dessous |de quelqu'un, et aussi être au-dessous de quelqu'un. |Et comme ses rivaux lui cèdent en mérite, corn. D. 'Sanch. 1, l. Les Gaulois ne leur cédaient pas en courage, boss. Hist. ni, 6. Le roi ne cédait à personne ni pour la taille ni pour la mine, hamilt. Gramm. e. Elle ne cède point à la reine pour corn munier souvent, sévig. 411. Il aurait été tenté de nous regarder comme des intelligences supérieures, s'il n'avait éprouvé combien nous lui cédions à d'autres égards, mdf.r. Lett. s. I. aveugles. || On dit aussi le céder, dans le même sens. Il le cède en habileté a son frère. Il ne le cède à personne en vertu. L'Académie ne donne pas cette tournure; mais elle est continuellement employée, et, à l'historique, on voit qu'Amyot s'en est servi. || 7° Être diminué, en parlant d'un mal physique, cesser. La violence du mal ne cédant pas aux remèdes. Quand la douleur vient à céder. Le mal paraissait céder.
— hist. xvi" s. Je luy cède la mestairye de la pomardiere, à perpétuité, rab. Gar. 1, 32. Si les ennemis ne cèdent et viennent à accord, mont, i, 25. En présence, toutes choses luy cèdent; mais.... id. Il, 80. La commodité particulière doibt céder à la commune, id. ii. 87. Ces ouvrages montrent qu'ils ne nous cedoient non plus en l'industrie, id. iv, 18. Hz refusèrent tous le tripié, et le cédèrent en tour les uns aux autres par une honneste humilité, amyot, Solon, 1. Il ne le cedoit en bonté d'entendement à nul d'eulx, id. Sertor. t.
— ÉTYM. Espagn. céder; ital. céder e ; du latin cedere, proprement, aller, puis s'en aller, et, finalement, céder.
CÉDILLE (sé-di-11', Il mouillées, et non pas cé-diye) , s. {. Signe en forme de c retourné qu'on met sous le c suivi d'à, 0, u, afin qu'il soit prononcé comme s : ça. et là, glaçon, reçu.
— ÉTYM. Espagn. cedilla; ital. zediglia; diminutif de zêta, nom du z en grec; la cédille a été ainsi nommée, parce que, d'ordinaire, pour donner au c le son de l's, on écrivait cz : Icczon pour leçon.
CÉDRAT (sé-dra), s. m. Fruit du cédratier ou citronnier médique. Cédrat confit. Essence de cédrat. On ne doit servir un plat à son hôte que pour qu'il en mange, et il est fort injuste de se brouiller avec lui parce qu'il aura entamé un cédrat qu'on lui aura présenté, volt. Lett. d'Autre, g sept. 4765. || Cédrat ou cédratier, arbre de la famille des aurantiacées, originaire de Perse et de Médie (citrus medica, L.) , aussi appelé citronnier des Juifs.
— HIST. xvic s. Par sus tous ses compagnons, le
cedriac [espèce de limon] ainsi appelé en Provence, est le plus propre à recevoir les escussons des autres,
— ÉTYM. Ital. cedrato, cédrat, proprement citronné, c'est-à-dire assimilé au citron, de cedro, citron (voy. citron).
t CÉDRATIER (sé-dra-tié), s. m. Voy. cédrat.
i. CÈDRE (sè-dr'), s. m. || 1° Nom d'un genre d'arbres conifères, dont le plus connu, très-grand, est le cèdre du Liban {larix cedrus, L.), et qui donne un bois très-résistant aux causes de destruction. Poudre de cèdre. Crayons à gaîne de cèdre. Temple, renverse-toi, cèdres, jetez des flammes, rac. Ath. ni, 7. Liban, dépouille-toi de tes cèdres antiques, id. Esth. m, 9. Le sage Louis XII, au milieu de ces rois, S'élève comme un cèdre, et leur donne des lois, volt. Henr. vu. Jésus-Christ n'a pas toujours eu des autels de porphyre, des chaires de cèdre et d'ivoire, chateaub. Génie, i, n, 4. || Fig. Ce qu'il y a de plus grand, de plus élevé, en parlant des personnes et des choses. Nous avons vu tomber les cèdres mêmes du Liban, mass. Or. fun. Dauph. Je voyais le régent livré à ce cèdre tombé, à ce malheureux évêque de Troyes que le retour au monde avait gangrené, st-sim. 459, 214, La comtesse de Grammont l'avait vue [MmedeMaintenon] sortir de terre et surpasser rapidement les plus hauts cèdres, id. <I8, 41. || Proverbes. Il connaît tout depuis le cèdre jusqu'à l'hysope, il connaît tous les secrets de la nature depuis les plus grands jusqu'aux moindres, et aussi il connaît tout le monde, les plus grands personnages comme les plus petits. Par la sambleu! on m'a dit qu'on le va dauber, lui et toutes ses comédies, de la belle manière, et que les comédiens et les auteurs, depuis le cèdre jusqu'à l'hysope, sont diablement animés contre lui, mol. Impromp. 3. || 2° Cèdre rouge ou cèdre de Virginie, nom du genévrier de Virginie (juniperus virginiana, L.).
— HIST. xn" s. Tu veis que jo main [demeure] en palais de cèdre, e l'arche Deu est herbergie desuz peels, Bots, 142. La voix del Segnur frainanz [brisant] les cèdres, Liber psalm. p. 34. || xme s. La voix dame Dieu est ausint comme debrizans les cèdres, qui sunt grant arbre, Psautier, fu 35. || xiv° s. Un coffre de cèdre, côulleiz, environ lequel sunt dix pilliersd'or et une serrure, de laborde, Émaux, p. ici;. Cèdre vermeil est un fust que l'on vend sur les espiciers, et est dit cèdre dont l'en fait manches à cousteaulx, id. ib. p. 166.
— ÉTYM. Provenç. cèdre, sedre ; espagn. cedro; ital. cedra; du latin cedrus, qui vient du grecxsopoç.
2. CÈDRE (sè-dr'), s. m. Cédrat. Aigre de cèdre (voy. aigre).
— ÉTYM. Ital. cedro, citron, de citrus, citron (voy. ce mot).
f CÉDREL (sé-drèl) , s. m. Terme de botanique. Nom 'de genre d'arbres d'Amérique, dont le fruit etl'écorce ont, dans une espèce (le cédrel odorant, cedrela ndorata , L.) , une odeur fétide et alliacée passant dans la chair des animaux qui en mangent.
CÉDRIE (sé-drie),s. f. Résinequi découle du cèdre.
— ÉTYM. Kcôpta, de xéSpoç, cèdre.
CÉDULE (sé-du-1'), s. {. || 1° Autrefois, petit morceau de papier où l'on écrivait quelque chose pour servir de mémoire. Dans l'ancienne université, on donnait aux régents des cédules où étaient écrits les noms des écoliers qui avaient commis quelque faute. || 2° Promesse de payer sous seing privé. Prêter sur simple cédule. Il signa, comme il aurait signé la cédule du sabbat, s'il avait eu peur d'y être surpris par son bon ange, retz, iii, 154. || Fig. Plaider contre sa cédule, contester contre l'évidence, vu que, quand on plaide contre sa cédule, on nie une dette contre sa propre signature. || 3° Terme d'ancienne pratique. Cédule évocatoire, signification de pourvoi à fin de renvoi devant un autre parlement. || Terme de pratique actuelle. Cédule de citation, acte par lequel un juge de paix, en cas d'urgence, abrège les délais. Au milieu du procès, dans la plus grande rage de ses persécutions, quand son garde champêtre [du maire], ses cédules, ses huissiers ne me donnaient point de relâche, p. L. cour. I, 153. La cédule pour l'élargissement du prisonnier fut signée, chateaub. Natch.u, 251.
— HlST.xm* s. Et nous baillèrent une sedule qui estait le transcript de la dite letre où estaient contenues les dites ordenances, Liv. des met. 392. || xive s. Uns homs mit en escript ses pechiés, ce lisons, Puis les mit sur l'autel en fervens orisons, Puis reprist sa sedule, riens escrips n'y trova, Girart de Ross. 4489. Comme dit est au blanc de ceste cédule [feuillet], Ménagirr, n, 5. ||xvc s. Bien est vérité que j'en vis aucunes cedulles, jetées et es-
criptes en papier; et disoit-on que c'en estait la propre copie, froiss. ii, iii, 103. || xvie s. Si le papier de mes schedules beuvoyt aussy bien que je foys, mes créditeurs auroyent bien leur vin quand on viendroit à la formule de exhiber, rab. Garg. I, 5. Il faudrait veoir si tu le pourrais induire à te prester un talent sans cédule ny obligation, amyot, De la mauv. honte, 21. Papiers, schedules et lettres obligatoires, id. Agis et Cléom. 15.
— ÉTYM. Provenç. cedula, cedola ; espagn. cedula ; ital. cedola; du latin schedula, feuillet, page, descheda, feuille, du grec ax.iSi\, planche, ais, de cyitîi-t, fendre, latin scind^re (voy. scinder).
CEINDRE (sin-dr'), je ceins, je ceignais, je ceignis, je ceindrai , que je ceignisse, ceignant, ceint, v. a. Il 1° Entourer, border. Du côlé qui regarde l'orient, la province était ceinte d'un fleuve très-rapide, vaugel. Q. C. liv. vu, ch. 10. Sa tiare était ceinte d'un bandeau de pourpre, id. t'j.liv. m, ch. 3. Chacun peut apprendre en Hollande et en Italie avec quelle rapidité le Rhin, le Pô et l'Arno, aujourd'hui qu'ils sont ceints par les digues, élèvent leur fond, cuvier, Bév. I5i. || 2° Plus particulièrement, ceindre se dit des choses qui serrent le corps ou la tête. Une corde lui ceint les reins. Des bandelettes ceignaient le front des victimes. Et ton front cette fois Sera ceint de rayons qu'on ne vit jamais luire Sur la tête des rois, malh. ii, 12. || Il se dit aussi de l'action de mettre autour du corps ou de la tête de quelqu'un une chose qui serre. Il le ceignit d'une écharpe. Se ceindre les reins, la tête, etc. d'une corde, etc. Arracher de son front le sacré diadème Pour ceindre une autre tête en sa présence même, corn. Rodog. i, G. Je vous ceins du bandeau préparé pour sa tête, rac. Andr. m, 7. Les princes à qui ces chevaliers s'engageaient , leur ceignaient le baudrier, volt. Mœurs, 43. || Ceindre l'épée à un chevalier, lui mettre une épée au côté. || Absolument. Se ceindre le corps, les reins, se serrer avec une écharpe, une corde, etc. || Fig. Ceignez vos reins, préparez-vous à de grands efforts. || 3° Fig. Ceindre le diadème, la liare, être élevé au trône, au pontificat. Je ceignis la tiare et marchai son égal, rac. Ath. in, 3. Que de tableaux à tracer depuis le pasteur du hameau, jusqu'au pontife qui ceint la triple couronne pastorale ! chateaub. Génie, n, n, 9. || Etre ceint de lauriers, avoir une grande gloire. Aux lauriers immortels qui lui ceignent le front, corn. Hor. v, 3. Que je souffre à mes yeux qu'on ceigne une autre tête Des lauriers immortels que la gloire m'apprête, id. Hor. n, 5. || 4" Se ceindre, v. réfl. Le commissaire se ceignit de son écharpe. || Dans le langage de la dévotion, se ceindre, s'apprêter à la lutte contre les passions.
— HIST. xic s. Il ceint l'espée au senestre costet, Ch. de Jlol. ccxxvn. || xiic s. Ceinte [il] ot joyeuse, onques ne fut sa pair, Ronc. m. Mainte en i a cainte d'une courroie Qui lor ami ne font fors de guiller, quesnes, Romane. 87. En dementres s'armèrent là fors li chevalier, E estèrent les cotes, ceinstrent les brans d'acier, Th. le mart. 144. H xme s. Ensi montèrent li message seur leur chevaux, les espées ceintes, et chevauchierent ensemble, villeh. xciii. Et li bon rois Pépins leur ceint les brancs d'acier, Berte, cxxix. S'il veut porter espée, porte la ceinte desoz son surcot, beaum. lviii, 43. Vous m'adoubastes, sire, n'i a mestier celée, Me çainsisles, biaus sire, une moult longue espée, Ch. d'Ant. v, 919. [Il] me tint si pressé que je ne pouoie traire m'espée que j'avoie ceinte, joinv. 225. || xive s. Appius ceint à l'entour de grant compeignie de jouvenceaux , bercheure, f° 69, recto. || xve s. Puis espérance l'asseurée, L'espieu ou poing, cainte l'espée, Vint pour combattre voulentiers, ch. d'orl. Rond. || xvr s. La picque au poing, les tranchantes espées Ceinctes à droit.... marot, ii, 21. Le pais d'alentour est une vallée ceincte et environnée de montagnes, amyot, Fab. 15. On luy devalla de dessus la muraille une chorde, de laquelle il se ceignit et fut ainsi guindé à mont, id. Sijlla, co. Elle cuida se donner d'une courte daguç qu'elle avoit tout expressément ceinte à son cosdé-, id. Anton. 102.
— ÉTYM. Provenç. cenher, sendre; espagn. ecih'r; portug. cingir, ital. cingere; du latin cingerc. Le français, le provençal et l'italien ont gardé la conjugaison latine, cingere avec l'accent sur cin ; l'espagnol et le portugais l'ont fait de la 4e conjugaison, cingïre, avec l'accent sur gi.
CEINT, CEINTE (sin, sin-t'), part, passé. Entouré. Une place ceinte de murailles. Front ceint de lauriers, de gloire. Son pourpoint était un casaqup
CEI
CEI
CEL
de grisette, ceinte avec une courroie, scarr. llom. com. cli. i.
f CEINTES isin-t'), .?. f. plur. Nom de certaines 3 de bois qui servent à lier la charpente d'un vaisseau. On dit aussi receintes. || Tous les cordages qui ceignent, qui lient ou environnent un vaisseau.
— ÉTYM. Ceindre.
CEINTRAGE (sin-tra-j') , s. m. Terme de Marine. L'ensemble de cordages qui ceint et relie un bâtiment en mauvais état pour l'empceher de s'ouvrir.
— ÊTYM. Ceintrtr.
f CEINTRE (sin-tr'), s. m. Terme de marine. Sorte de ceinture placée autour d'une embarcation pour la préserver du frottement.
— ÉTYM. Voyez CINTRE.
f CEINTRÉ, ÉE (sin-tré, trée), adj. Terme de
marine Navire ceintré, navire arrêté et croisé par
le câble de son ancre, par-dessus lequel il a passé.
f CEINTRER (sin-tré), v. a. Terme de marine.
par-dessous la carène d'un navire, et serrer
âbles et des grelins pour obvier à la déliaison
des bordages. || Ceintrer des lisses ou préceintes,
leur donner la courbure qu'elles doivent avoir.
— ÉTYM. Cintre. La marine a conservé l'orthographe par ei, tandis que l'Académie écrit cintrer.
CEINTURE (sin-tu-r') , s. f. || 1° Ce dont on se ceint le milieu du corps. 11 se mit une ceinture. Porter une épée à la ceinture. Détachant son poignard de sa ceinture. Ceinture de commandement, ceinture d'uniforme portée par les généraux Dénouer la ceinture de sa robe. || Ceinture de Vénus, ceinture dite ceste que la mythologie attribuait à la déesse Vénus et qui avait la vertu de charmer les cœurs. On dirait que, pour plaire instruit par la nature, Homère ait à Vénus dérobé sa ceinture, boil. Art p. ut. || Ceinture de vierge, ceinture que portait une jeune fille chez les Grecs et les Romains et que le mari dénouait le premier soir des noces. Détacher sa ceinture, se marier. Celui qui ne s'est point attaché â son épouse par sa ceinture virginale [c'està-dire qui. épousant une femme vierge, ne s'est pas attaché à elle et ne conserve pas sa mémoire], celui-là ne fera jamais la félicité d'une -seconde épouse, chateaub. Génie , i, i, 10. || Bourse ou sacoche en cuir à mettre de l'argent que l'on s'attache autour de la taille sous le vêtement. Mettre son argent dans sa ceinture. || Ceinture de la reine, droit qu'on levait pendant un certain temps sur les marchandises qui venaient à Paris par la Seine, et qui était ainsi nommé, parce qu'il entrait ou était supposé entrer dans la bourse de la reine. || Ancienne locution. Bailler le bout de la ceinture, faire cession ou banqueroute. || Terme de chirurgie. Sorte de band ge porté par les femmes qui sont affectées de certains déplacements de l'utérus. || Sorte d'appareil qui est muni d'un cadenas ne pouvant être ouvert par la personne ainsi enveloppée, qui embrasse le bassin jusqu'à la ceinture, et qui, imaginé par la jalousie pour garder les femmes, a été quelquefois employé par la médecine pour préserver les jeunes gens de l'abus d'eux-mêmes. || Portion circulaire du tronc du corps occupée par une affection dartreuse. L'eczéma affecte souvent la forme de ceinture ou de demi-ceinture. || 2° La partie de certains vêtements qui entoure et serre la taille. Un pantalon, une jupe trop large de ceinture. Il lui fallut élargir sa ceinture, la font. Lun. || Fig. Être toujours pendu à la ceinture de quelqu'un, suivre ses pas, être toujours après lui. || 3° Le milieu du corps. Nu jusqu'à la ceinture. Ayantde l'eau jusqu'à la ceinture. Il vit arriver le petit Ragotin, botté jusqu'à la ceinture, scarr. Rom. com. 2e part. ch. vu. Ils sont semblables à vous, de la ceinture au haut, b'ablanc. Lucien, t. H, p. 38, dans richelet. || Être grosse à pleine ceinture, se dit familièrement d'une femme qui est très-avancée dans sa grossesse. || Familièrement et par exagération. Il ne lui va pas à la ceinture, il est très-petit à coté de lui ; et figurément, il est loin d'avoir autant de talent,de capacité, etc. Us ne vont pas à la ceinture De ceux dont je fais le portrait, scarron, dans richelet. || 4" En général, ce qui entoure. Une ceinture de murailles, de haies. La ceinture du chœur d'une église. J'avais imaginé que la ceinture des Alpes et du mont Jura serait une barrière contre les vents, volt. Albergati, 27 octobre t7C2. Et le vieux Océan, père de la nature, Etend autour de nous son humide ceinture, louis rac. Religion, v. Hélas! et vous feriez une ceinture au monde Du sillon du vaisseau, v. hugo, Feuil. d'aut. 6. || 5° Ceinture funèbre ou ceinture de deuil ou litre, bande noire que les patrons des églises ou les seigneurs hauts justiciers avaient droit de faire peindre dans les églises et dehors, chargée de ieurs
armes, pour honorer les morts de leur famille; aujourd'hui bande noire et ornée des armoiries du défunt qu'on tend autour de l'église. || Terme d'architecture. Ceinture de colonne, petiie moulure carrée au haut et au las du fût, auquel elle se joint par un congé. || Terme de boulanger. Ceinture de four, le tour intérieur de la cavité où la chapelle' et l'âtre s'unissent. || 6° Ceinture de Vénus, ligne de la main, qui forme un arc de cercle depuis le second doigt jusqu'à l'auriculaire, et que l'on consulte dans la chiromancie. || Proverbe. Bonne renommée vaut mieux (jue ceinture dorée, c'est-à-dire il vaut mieux avoir une bonne renommée qu'un certificat de vertu. L'origine de ce proverbe n'est pas très-assurée. On dit que Blanche de Castille, femme de Louis VIII, ayant reçu à la messe le baiser de paix, le rendit à une fille de mauvaise vie qui portait une ceinture dorée, et que, ayant appris sa méprise, elle obtint du roi une ordonnance qui défendait aux courtisanes de porter de telles ceintures. Le fait est que Pasquier, Recherches, vin. M, cite deux ordonnances, l'une de \ 420 et l'autre de 1446, qui renouvellent ces défenses. Il est très-probable que ce sont ces ordonnances qui ont donné lieu au proverbe, soit qu'elles fussent éludées parles femmes de mauvaise vie, soit que le malin dicton voulût dire que des femmes qui de droit portaient la ceinture dorée faisaient, par leur conduite, mentir ce certificat. || Parler sous la ceinture, c'est, dans le langage d'argot, promettre de l'argent à quelqu'un pour l'engager dans une entreprise.
— HIST. xiie s. Sicume ceiisgture, de la quele tûtes ores il est purceint, Lihcr psalm. p. 170. || xme s. Charlemagne six espans avoit de seint, sans ce qui pendoit dehors la boucle de la ceinture, de laborde, Émaux, p. 195. Et li chevalier issirent maintenant des huissiers [navires] et saillirent en la mer jusques aux ceintures, villeh. lxx. || xiv' s. Une ceinture d'or à charnières et menues perles et à pierres, de laborde, Émaux, p. (96. || xrs. Ils avoient coursiers et genests de séjour cinq ou six, et grosses ceintures d'argent, froiss. ii, m, 35. Tant comme ils seront seigneurs de Calais, ils disent ainsi qu'ils portent les clefs du royaume de France à leur ceinture, id. ni, iv, 27. Dire ne sauroye combien Dedans mon cueur mal je retien , Serré d'une vieille sainture, ch. d'orl. Bal. 98. || xvics. Si j'aime bien les blanches ceinturettes, J'aime bien mieux dames qui sont brunettes, marot, ii, 3t. On faisoit une ceinture de pippes enduites depoix, et on faisoit ceindre en basse mer le navire [à relever] par le cable qui les enfiloit, d'aub. Hist. m, 19. Les premiers le ventre à terre, les seconds le genou, les tiers penchez de ceinture, et lesderniers seuls debout, m. tl>. m, 51. Adonc Brennusdeceignit son espéeet la mit, ceinture et tout, dedans la balance, amyot, Cam. 49. Les Portugais usoient d'une aultre sorte de mort contre eulx quand ils les prenoient, qui estoit de les enterrer jusques à la ceincture et tirer au demourant du corps force coups de trait, mont, i, 239. Que nuls orfebvres ny aultres personnes mettent ou facent mettre sur les ceintures d'argent nuls autres bloquets ny mordants qui soient signez d'autres poinsson que de celuy qui aura fait premièrement les dittes ceintures, Coustumier génér. t. i, p. U5b. Pourquoy, en matière de cession de biens, l'on fait abandonnement de la ceinture devant la face du juge, pasquier, Recherches, liv. iv, p. 344, dans lacurne. Étroit de ceinture, se dit d'un avare, le roux de lincy, Proverbes, t. n, p. 158.
— ÊTYM. Provenç. cenlura, sentura; espagn. et ital. cintura; du latin cinctura , de cingere (voy. ceindre).
f CEINTURÉ, ÉE (sin-tu-ré, rée), part, passé. Le comte de Guiche, ceinturé comme son esprit, sév. (12. || Terme d'histoire naturelle. Qui a le milieu du corps d'une autre couleur que le reste.
f CEINTURELLE (sin-tu-rè-P) , s. f. Terme de marine. Sorte de trelingage des mâts qui portent des antennes. || Bridure des haubans.
— ÉTYM. Diminutif de ceinture.
f CEINTURER (sin-tu-ré), v.o. Entourerd'une ceinture. || Se ceinturer, v. réft. Se mettre une ceinture.
— HIST. xvie s. Non celle desnaturée, Qui de Venus ceinturée Les loix ne recognoist point, du bellay, m, 35, verso. Environnée de ses Grâces et de ses Cupidons, qui la coifToient et ceincturoient de fleurs, yver, 626. Ils arrivèrent en veue de la ville sur la mi-nuict : le chef de ces estradiots l'aiant veue bien ceinturée de feux.... d'aub. Hist. il, 379. En une heure ils furent ceinturez de retranchemens, id. ib. m, 42.
— ÉTYM. Ceinture; provenç. centurar.
f CEINTURETTE ( sin-tu-rè-t'), s. f. Terme de chasse. Bande de cuir mise autour du cor de chasse.
— ÉTYM. Diminutif de cdnture.
CEINTURIER (sin-tu-rié) , s. m. Faiseur ou marchand de ceintures, ceinturons ou baudriers. | Adjectivement. Marchand ceinturier.
— ÉTYM. Ceinture.
CEINTURON (sin-tu-ron), s. m. Sorte de ceinture, ordinairement en cuir, pour suspendre des armes.
— ÉTYM. Augmentatil de ceinture.
CELA (se-la). nom général de chose, ou, ce qui revient au même, l'adjectif ce (cela est pour ce-là) pris substantivement au masculin singulier. || l'Indiquant, paropposition à ceci, la cliose la plus éloignée. Reprenez ceci et donnez-moi cela. Cela est bon, mais ceci vaut encore mieux. || 2° Indiquant, sans opposition à ceci, un objet présent, un fait actuel, la chose dont on parle ou dont on va parler. Cela fait, cela dit, je m'éloignai. X cela près. Cela ne fait rien. Et moi qui m'étais défendu toute ma vie des tristesses, des langueurs et des inquiétudes de l'amour, je trouve à cette heure tout cela dans l'amitié, voit. Leur. 53. Et quand je vous aurais payé au double tout ce que je vous dois, après cela je ne serais pas encore quitte, id. ib. L'objection à cela, c'est que les sauvages ont une religion, pascal, Mir. 30. Nous rendrons-nous à cela? mol. Bourg, ni. lu. || Point de cela ou pas de cela, phrase abrégée signifiant : je ne veux point ou pas de cela. Ne plus nous voir, oh! point de cela. Dans le discours ordinaire, on contracte souvent et l'on dit : point de ça. || Il ne manque plus que cela , signifie c'est le dernier coup, le dernier trait, ladeinière souffrance. Fâchez-vous à présent contre moi, il ne manque plus que cela. Dans le discours familier on contracte le plus souvent : il ne manque plus que ça. || Cela, sorte d'affirmation qui se met à la fin d'un membre de phrase, et qui y donne plus d'expression. Voilà parler, cela, et voilà ce que c'est que montrer de la fermeté. Voilà des événements, cela! || 3° Haut, grand comme cela, et souvent, dans la conversation, comme ça, se dit pour indiquer une certaine hauteur ou grandeur, que l'on est supposé marquer par un geste de la main. Je vous ai vu que vous n'étiez pas plus grand que cela, mol. Bourg, iv, 5. Mes lettres vous pleuvront une page pour une ligne, et bientôt vous en aurez haut comme cela, p. l. cour. Lett. i, 25. || Cela, avec un geste de mépris qui explique la pensée. Pour moi je m'en soucie autant que de cela, mol. l'Étour. n. 7. || N'est-ce que cela"? indique le peu d'importance qu'on attache à quelque chose. Ii 4" Familièrement. C'est cela, c'est bien cela, se dit à une personne qui cherche à imiter quelque chose, ou qui montre qu'elle a bien compris ce qu'on lui a dit. || C'est bien, cela! se dit quelquefois pour approuver et encourager une personne. || 5" Comment allezvous?— - Comme cela, et, dans la conversation, comme ça, c'est-à-dire pas trop bien. || 6" Il est comme cela, c'est sa manière d'être, son caractère. || C'est comme cela, la chose est ainsi, il faut en prendre son parti. || Comment cela? quoi ! est-ce possible? comment, de quelle manière? || 7° Cela.... que, locution où cela annonce ce qui va être dit. Cela est faux, mes pères, que, la défense étant permise, le meurtre soit aussi permis, pascal, Prov. 1 4. Cela même est assez plaisant, que ce système fut alors une occasion de péché, fontenelle, Les mondes, t" soir. Ils ont cela de bon qu'ils ne laissent pas de dire.... pasc. Prov. <. || 8° Cela avec le pronom i7 qui le représente. Cela viendra peut-être; mais il n'est pas venu, sév. ts. Je vous dis cela connue il m'a été dit, sév. 300, Si cela est vrai pour les hommes, à plus forte raison l'est-il pour les jeunes gens, j. j. rouss. Ém. iv. Cela peut être véritable, quoiqu'il ne soitpas certain, pasc. Prov. 13. || 9° Eu parlant des personnes. J'ai vu cela tout jeune. Comme cela dort, ces jeunes gens ! Cette petite fille m'a frappé en passant; jelui ai demandé qui étaient ses parents : cela meurtrie faim, cela a quatorze ou quinze ans, st-simon 355, t80. Il 10° Aveccela, néanmoins. Jesuisconvaincu que vous ne viendrez pas; avec cela, je vous attends toujours. || Avec tout cela, néanmoins. Je me suis acquis dansles armes l'honneur de sixans de service; mais, avec tout cela, je ne veux pas me donner un nom où d'autres en ma place croiraient pouvoir prétendre, mol. Bourg, in, <2. |j Pour cela, en vérité, effectivement. Il a reçu une charmante lettre de son ami, oh! pour cela, vraiment charmante. N'est-il pas fier de sa noblesse? — Oh! pour cela, non. || Par contraction, ça (voy. ce mot).
— REM. Des grammairiens ont demandé que l'Académie mît un accent grave, cela, puisqu'elle en
CÉL
CEL
CEL
me' un sur là e» sur vot'Id ; c'aurait l'avantage d'efiqutsnce d'orthographe. Mais l'ac Èfent grave sur là n'ayant d'autre objet que de le fuer, pour l'œil, de la article, du momenl nsunmot, comme cela, il n'y a plus de confusion possible, il est mutile île surcharger l'écriture; G est ainsi que dû se distingue de du, au lieu qu'au pluriel on cent di/s sans accent parce qu'il n'y a plus rien à distinguer.
— H1ST. xvi° s. I. 'amour a cela qu'il s'attache et se lie à tout ce qu'il trouve comme fait le lierre, imyot, Cumin, il faut ouïr, (9.
— ÊTYM. Ce et là ; picard, chelo; wall. soula.
t. CÉLADON (sé-la-don), s. m. Familièrement et ordinairement avec ironie, amant délicat et langoureux. C'est un céladon. Faire le céladon. Jamais Amour ne connut la morale; Ce qui me plaît peut me rendre fripon : Des gens d'honneur petite est la cabale Depuis la mort du pauvre Céladon, chauueu, Réponse à l'abbé C. || Adjectivement. On voit des mans céladons.
— ÊTYM. Nom d'un personnage du roman de l'Astrée, qui, langoureusement passionné, est toujours aux pieds et aux ordres de sa bergère; pris de Céladon, nom d'un héros mythologique qui est dans Ovide, et qui vient de xîXàowv, bruyant.
2. CÉLADON (sé-la-don), s. m. Vert pâle tirant sur la couleur du saule ou de la feuille de pêcher. Il Ad}. Vert céladon. Taffetas», ruban céladon. Puisque l'on dit bien des jarretières de Céladon et des roses à la Parthénice.... Francion, v, 196.
— ÊTYM. Les dames de la cour ont appelé ainsi cette couleur de Céladon, nom d'un personnage du roman de l'Astrée, parce que le caractère de Céladon est d'une tendresse fade.
f CÉLADON1QCE (sé-la-do-ni-k'), adj. Qui tient du céladon.
fCÉLADONISME (sé-la-do-ni-sm'),s.m. Style fade d'un céladon. || Manie d'un céladon. || Néologisme.
— ÊTYM. Cela il un t.
t CÉLAN (sé-lan), s. m. Terme de pêche. Sorte de hareng; le même que célerin.
t CELARENT isé-Ia-rint'). Nom d'une des formes du syllogisme dans la scolastique. Voy. Barbara.
f CELATION (se-la-sion) , s. f. L'action de celer, de cacher. Se dit en médecine légale, en parlant de la grossesse. Celation de grossesse.
— HIST. xih-'s. Seigneur, mi compaignon, n'en ferai celaison, Ch. d'Ant. i, 475.
— étym. Celatio, de celare (voy. celer). Celationem donne régulièrement celaison; celation a été refait sur le latin.
f CËLÉBRABLE (sé-lé-bra-bF) , adj. Qui peut être célébré.
— hist. xve s. Artus, Charlemaine, Alixandre, Et maint autre qui sont en cendre, Dont leur renoms est celebrables, e. desch. Poésies mss. f° 561 , dans lacurne.
— étym. Célébrer.
CÉLÉBRANT (sé-lé-bran) , s. m. Celui qui dit, qui célèbre la messe, ou qui officie. || Adj. Le prêtre célébrant.
f CÉLÉBRATEUR (sé-lé-bra-teur), s. m. Celui qui célèbre.
— HIST. xvie s. Celebrateur, monet, Dict.
— ÊTYM. Célébrer.
CÉLÉBRATION (sé-lé-bra-sion ; en poésie, de cinq syllabes), s. f. Action de célébrer, en parlant des saints mystères, de la messe, de l'office divin, d'une fête, d'un mariage, d'un concile.
— ÉTYM. Celebratio, de celehrare, célébrer. CÉLÈBRE (sé-lè-br') , adj . Dont le renom s'étend
au loin. Ce fut un avocat très-célèbre. Un Père de l'Église célèbre pour sa doctrine et sa piété. Le Tage est célèbre par son sable d'or. Abraham a toujours été célèbre dans l'Orient, boss. Hist. n, 2. Sur cent premiers peuples célèbres J'ai plongé cent peuples fameux Dans un abîme de ténèbres Où vous disparaîtrez comme ejix, béfang. Le Temps. Sais-tu dans quels périls aujourd'hui tu t'engages? Cette mer où tu cours est célèbre en naufrages, boil. Ep. i. C'est ainsi qu'on devient célèbre, parce qu'on a été maître de disposer d'un grand loisir, et qu'on perd ce loisir si précieux, parce qu'on est devenu célèbre, fontkn. Varignon. || Substantivement. C'est Rameau, élève du célèbre qui nous a délivré du plain-chant [du récitatif de Lulli] , Diderot, le Neveu, de Hameau..
— ÉTYM. Espagn. et ital. célèbre; du latin celeber.
CÉLÉBRÉ, ÉE (sé-lé-bré, brée) , part, passé. Il 1° Solenntsé. Fête célébrée avec beaucoup de pompe. || 2° Chanté, vanté. Evénement célébré par les deux plus grands poètes, boss. H~st. i, 5
CÉLÉBRER (sé-lé-bré. L'Académie ne dit rien sur la conjugaison de ce verbe, où la syllabe !■'■ doil prendre un accent grave devant une syllabe muette, il célèbre, lotit en gardant l'accent aigu au futur et au conditionnel, il célébrera; ce qui est une contradiction, puisque dans les deux cas la syllabe /c est devant une syllabe muette, mais contradiction que l'Académie consacre dans tous les cas analogues), v. a. || l°Solenniser. Célébrer un mariage, des noces, des funérailles, un concile Et que deviendrez-vous, si dès cette journée Je célèbre à vos yeux ce funeste hyménée? rac. Baj. n, 5. Je viens, selon l'usage antique et solennel, Célébrer avec vous la fameuse journée.... id. Ath. i, (. Lorsque de leur naissance on célébrait la fête, volt. Zaïre, il, 3. || Dans un sens analogue, célébrer la venue, l'arrivée de quelqu'un. || Célébrer la messe, ou, absolument, célébrer, dire la messe. Célébrer pontificalement, dire la messe en habits pontificaux. Après la mort d'Henri III, M. Benoise [secrétaire de son cabinet], qui vécut fort longtemps après lui, ne manqua pas chaque année de lui faire célébrer un service, auquel il invitait tous les officiers d'Henri III qu'il connaissait; après quoi il leur donnait à dîner, seorais, Mém. t. n, p. 96. || 2" Publier avec éclat, vanter, louer hautement. Tout y célébrait leurs ancêtres, boss. Hist. il, 3. Nous vous avons célébrée à tout moment, sév. 70. Non, non ne souffre, pas que ces peuples farouches, Ivres de notre sang, ferment les seules bouches Qui dans tout l'univers célèbrent tes bienfaits, rac. Esth. i, 4. Mes filles, chantez-nous quelqu'un de ces cantiques, Où vos voix si souvent se mêlant à mes pleurs De la triste Sion célèbrent les malheurs , id. ib. i, 2. Chacun célébrait ses vertus [de César] : les uns louaient sa rare valeur; d'autres sa douceur et sa clémence, vert. Rév. rom. xiv, 285. Nous célébrons tant de faits éclatants, bérang. Mon grenier. || 3° Se célébrer, v. réfl. Etre célébré, solennisé. Là, dans l'assemblée de toute la Grèce, à Pise premièrement, et dans la suite à Élide, se célébraient ces fameux combats où les vainqueurs étaient couronnés avec des applaudissements incroyables, boss. Hist. I, 6.
— HIST. xne s. E [ils] establirent que, chascon an, cest jor fussent célébré hautement, Mach. n, io. En la sue sale demaine [seigneuriale] Le roi [il] fist servir e honorer E si hautement célébrer.... benoît, n, 10126. Icel saintisme baptisteire Qui i est faiz e célébrez, id. ii, 1528. Qu'il loyse à vos cappellains en vo église célébrer li office divin à basse voix, tailliar, Recueil, p. 503. Erranment li verrez la messe célébrer, Th. le mart. 30. Quant ne puis, fait li sainz, par ma parosse aler, Parusses e églises conseilliereguarder, Ne puis pas mun mestier faire ne célébrer, ib. (3(. [| xnr s. Et li chapelain qui estoient en l'ost célébrèrent le service nostre seigneur en l'onnour dou Saint-Esperit, h. de val. vi. Lors a mis son prestre à parole Qui celebroit en sa chapele, La Rose, 16476. Ains en font les grans cortoisies, Dont lor proesces sont prisies Et célébrées par le monde, ib. 5256. Commandé fu de par Dieu à la ligniée Israël que célébrassent celé feste, Pseautier. f» 99. || xive s. Lors hont les consuls les sollempnitez des diex faites et célébrées, bercheure, f°28, recto. || xve s. Il n'estoit prestre qui y osast célébrer ni faire le divin service, froiss. i, i, 106. || xvie s. Il dit et profera tout hault celle parole, qui depuis a tant esté célébrée, amyot, P. Mm. 46. 11 fit célébrer des jeux de toutes sortes, et des somptueux sacrifices aux dieux, id. ib. 47.
— ÉTYM. Provenç. et espagn. celebrar; ital. celebrare; du latin celebrare , de celeber, célèbre.
CÉLÉBRITÉ (sé-lé-bri-té) , s. f. || 1° Solennité, pompe. Cette cérémonie se fit avec une grande célébrité, la bruy, Théophr. 15. || 2° Renom qui s'étend au loin. La célébrité d'un nom, d'une personne, d'un ouvrage, d'un événement. Viser, parvenir à la célébrité. Une vaine, une honteuse célébrité. Ils lui disent par compliment que sa haute réputation et la célébrité qu'il a donnée au lieu où il est, les ont obligés de le venir voir, balz. Entretien 8, dans richelet. H 3° Néologisme, personne célèbre. Les célébrités de notre temps.
— HIST. xvie s. Célébrité, monet, Dict.
— ÉTYM. Provenç. celebritat ; espag. celebridad; ital. célébrité; de celebritalem , de celeber, célèbre.
CELÉ, ÉE (se-lé, lée), part, passé. Un secret longtemps celé. Il n'a rien de celé pour moi. Une grossesse celée.
CELEB (se-lé. La syllabe ce prend un accent grave devant une syllabe muette : je cèle; je cèlerai; mais, par une inconséquence singulière, l'Académie qui écrit celer, écrit receler, et au futur je recèlerai.
On remarquera aussi l'anomalie qu'il y a à écrire, dans un cas tout semblable, je cèle, et j'appelle; il faudrait suivre une règle uniforme), v. a. \\l° Dérober aux yeux, à la connaissance. Si dom coursier voulait Ne point celer sa maladie, Lui loup, gratis, le guérirait, la font, v, 8. Je ne vous puis celer que son ordre m'étonne, corn. Cinna, i, .4. X ne vous rien celer.... mol. Éc. d. maris, i, i. Récit menteur! soupçons que je n'ai pu celer! rac. Baj. tv, I. Soupirs d'autant plus doux qu'il les fallait celer, id. ib. I, I . || 2" Se faire celer, refuser sa porte. C'est une fort mauvaise politique de se faire celer aux créanciers, mol. Festin, iv, 3. Il faut absolument qu'il se fasse celer, rac. Plaid, i, 7. Glycère se fait celer pour les femmes, la bruy. iii.||3° Se celer, v. réfl. Être celé. Un grand contentement malaisément se cèle, régnier, Sat. xn. Et votre heureux larcin ne se peut plus celer, rac. Ath. i, 2.
— HIST. xie s. La traïson ne puet estre celée, Ch. de Roi. cxi. || xue s. Que vous ferez ceste dolor celer, Ronds. 158. Ne tout [je] ne coil mon cuer, ne tout [je] nel di, Couci, vu. Ne vus en sai mustrer suit quer ne sun pensé . Mais à cels del conseil ne l'a il pas celé, Th. le mart. 42. Respundi li reis : ne me ceile pas ço que je te demanderai, Rois, (7b. || xiiic s. Que ceste chose soit si teùe et celée, Berte, xvi. Qui sui et qui je qu;er, jà ne vous ert [sera] celé, ib. xt.v. Mais que Floires nel coile mie, Que tôt son engien ne lui die, FI. et Bl. 3015. Tantost se sont el bois aie Tôt coiement et à celé, Lai de Melion. Mes vers la gent très bien te celé, Et quiers autre achoison que celé Qui celé part te face aler; Car c'est grant sens de soi celer, la Rose, 2399. Or te lo [je te conseille], et veil [je veux] que tu quieres Un compaignon sage et celant, À qui tu dies ton talent, ib. 2699. Mais se li procureres derrain se taist ou choile se [sa] procuration, beaum. 34. || xive s. Celer teles choses, c'est fait de paoureux et de couart, oresme, Eth. 124. || xve s. Je vous di, sans que plus le celle.... ch. d'oul. Bal. 33. || xvie s. C'est ce qui le fit résoudre de se faire celer, commandant que l'on repondist qu'il y avoit longtemps qu'il estoit sorti, Mém. s. Dug. 29. Celer les vices des rois, mont, i, (3. Ilsluy celèrent les deux articles précédents, id.* i, 59. Ce qui a esté fié à mon silence, je le celé religieusement, id. m, 24<. Jamais le front ne celle le souci De triste cœur que l'amour a transi, rons. 6(6.
— ÉTYM. Picard, chéler; provenç. celar, selar ; espagn. celar; ital. celare; du latin celare. On en rapproche le celtique : kymri, cel; gaél. ceal, cacher.
t CÉLERET (sé-le-rè), s. m. Terme de pêche. Sorte de filet, en Normandie.
CÉLERI (sé-le-ri), s. m. Variété de l'opium graveolens, L. qui a perdu son âcreté par la culture, et dont on mange les tiges non développées et les supports étiolés des feuilles. Faire blanchir du céleri.
— ÉTYM. Picard, cerri; ital. sedano, vulgairement sellaro; brescian,seteno;allem. Cellerie, Zelleri, Sellerie ; holl. sellery. Le mot céleri est passé de l'italien en France, et de France dans le nord; c'est une altération de l'italien sellaro qui, par la forme bresciane seleno, se rattache au latin selinum, persil, du grec cteXivov.
f CÉLÉRIFÈRE (sé-lé-ri-fè-r') , s. m. Voiture publique dont le service est accéléré.
— ÉTYM. Celer, vite (voy. célérité), et ferre, porter. Ce mot est mal composé; car, étymologiquement, il signifie : qui porte des choses rapides.
f CÉLÉRIGRADE (sé-lé-ri-gra-d'), adj. Terme de zoologie. Qui marche ou court avec rapidité.
— ÉTYM. Mot latin hypothétique, celerigradus, formé à l'imitation de tardigradus; de celer, vite (voy. célérité), et gradi, aller (voy. grade).
t CÉLÉRIMÈTRE (sé-lé-ri-mè-tr') , s. m. Instrument qui, adapté à la roue d'une voiture, mesure le chemin parcouru. On dit plutôt et mieux hodomètre.
— étym. Celer, vite (voy. célérité), et mètre.
f CÉLERIN (sé-le-rin), s. m. Petit poisson de mer qui est une espèce de sardine (du genre chipée).
— HIST. xiii0 s. Et harenc celerin ne doit point de coustume, Liv. des met. 273. || xvie s. Gournauds, merlus, celerins, sardines, paré, xxtv, 22.
— ÉTYM. Origine inconnue.
f CÉLÉRIPÈDE (sé-lé-ri-pè-d'), adj. Terme de zoologie. Qui marche rapidement.
— ÉTYM. Mot latin hypothétique, celeripes, de celer, vite (voy. célérité), et pes, pedis, pied (voy. pied).
CÉLÉRITÉ (sé-lé- ri-té) , s. f. Activité rapide. C'est une. affaire qui requiert célérité. Les Romains
CÉL
bâtirent des navires avec une célérité capable de l'aire croire que leurs forêts avaient été tout à coup métamorphosées en galères, le p. catrou, dans desfont. Le nouvel arrangement des finances demande de la célérité quand ce ne serait qu'en faveur de ceux qui souffrent dans le passage, Lettre sur le nouv. syst. des fin. dans desfont. Les expériences montrent combien l'exactitude des arrivées et la célérité de la marche [des bateaux à vapeur] coûtent cher aux compagnies, Compte rendu, Acad. des sciences, t. li, p. 1073.
— HIST. xvie s. Pour la grande promptitude et célérité de laquelle ilz executoient ses mandemens, amyot, Rom. a.
— ËTYM. Provenç. celeritat; espagn. celeridad ; ilal. celerità; de celeritatem, de celer, vite, prompt, qu'on a rattaché au latin cellere, usité seulement en composition, per-cellere, grecxé'/Xgiv, secouer, agiter.
CÉLESTE (sé-lè-sf ; au xvi" siècle, d'après Palsgrave, p. 63, on ne prononçait pas ]'s), adj. || 1" Du ciel. Les espaces célestes. Les globes célestes. || Poétiquement. Les célestes flambeaux, les astres. La voûte céleste, l'espace illimité qui parait sous forme de voûte. || Harmonie céleste, harmonie que quelques philosophes anciens avaient pensé être produite par le mouvementdes astres , sans être perceptible à notre oreille. || En astrologie, thème ou figure céleste, synonyme d'horoscope. || Bleu céleste, bleu qui est de la couleur du ciel vu par un temps serein. || 2° En considérant le ciel comme séjour des bienheureux, la gloire céleste, les esprits, les puissances célestes. La céleste patrie, le paradis. Le Père céleste, Dieu. || 3° Dans les idées païennes, en considérant le ciel comme le séjour des dieux. Les célestes lambris, le palais des dieux. La troupe céleste, les dieux de l'Olympe. Le souverain pouvoir de la troupe céleste, corn. Hor. iv, 1. || 4° Divin, qui vient de Dieu ou, dans les idées païennes , des dieux. Don céleste. Détestables flatteurs, présent le plus funeste, Que puisse faire aux rois la colère céleste, rac. Phèd. iv, 6. Objet infortuné des vengeances célestes, Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes, id. ib. n, 5. Mais, au milieu de ces célestes douceurs, la justice divine eut son tour, boss. Anne de Gonz. .... Cet enfant l'objet du céleste courroux, volt. OEd. iv, 1. Les animaux périr! Car encor les humains! Tous avaient dû tomber sous les célestes armes, la font. Phil. et Bauc. Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux, id. Fab. vn,i. || 5°Fig. Plus qu'humain. Beauté, âme, regard céleste. Et lorsqu'on vient à voir vos célestes appas, mol. Tart. ni, 3. || Termede musique. Voix céleste, se dit d'un registre de l'orgue qui produit des sons doux et voilés. || 6° Sœurs célestes, ou sœurs de l'Annonciade, religieuses d'un ordre qui fut fondé en 1604 et qui professa la règle de Saint-Augustin; elles sont vêtues de blanc, leur scapulaire est bleu et leur manteau de même. || 7° Le céleste empire, nom que les Chinois donnent à leur empire.
— HIST. xi" s. Hoi [je] te coman [recommande] au glorieus céleste [Dieu], C h. de Roi. Chxvv. ||xnes. Lor arnes soient en la céleste vie, Roncisv. 154. Deus est celestiex, e sa lei ensement, Th. le mart. 29. Car ki volt à la gloire celestiel partir [avoir part].... id. 79. Bethsames, cest num espelt [signifie] cité de soleil, e signefie la cité delà celestiel Jérusalem, Rois, 22. || xme s. Paradis est celestiaus, Mèsn'est mie à toz conmunaus, Ren. 6773. Dont ge jur Dieu le roi celestre, la Rose, 9052. En espérance d'avoir les biens celestiens, beaum. xlix, 6. || xves. Sur quoy povons noter estre les plus suppellatifz biens les celestielles choses comme perpétuelles, ch. de pisan, Ch.v, i, 4. Et pour ce, enfans, soyez tous avoyez De rendre loy à Dieu celestieulx, coquill. Bail. Paix de Reims. || xvie s. En la céleste et béatifiée Hierusalem, rab. Garg. i, -10. Le bleu signifie certainement le ciel et choses célestes, id. ib. Toutes créatures tant célestes que terriennes honnorent sa majesté, calv. Jnstit. 402. Aussi de ce que nous sommes resuscitez avec Christ, il infère qu'il nous faut cercher les choses celestielles, id. ib. 400. Or m'ont les dieux celestes et terrestres Tant fait heureux.... marot, i, 222. Il se couvre de pretieux habits, arbore un panache d'oiseau céleste avec une enseigne de gros dUments, d'aub. Hùt. i, 237. Une taye, laquelle est quelquesfois blanche, noire, céleste, cendrée ou livide, pabë, xv, 20.
— ÉTYM. Provenç. espagn. et ital. céleste ; de cœlestis, de cœlum (voy. ciel). On disait aussi dans l'ancien français celestien et celestiel ou celestial.
CELESTIN (sé-lè-stin), s. m. Ordre religieux institué vers l'an 1254 par Pierre de Moron, depuis