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foies Où les dieux vous font appeler, malh. ut. 2.
Telle qu'une bergère aux plus beaux jours de fête De SUperbes rubis ne charge point sa tête, hoileau, Art />. il. || Charger de chaînes, enchaîner. |l Fig. M 'h courroux n'a déjà que trop de violence, Sans le charger encor d'une nouvelle offense, mol. Sgan. 6. i lorneille a aimé A charger la scène d'événements dont il est presque toujours sorti avec succès, labruy. i. || 4' Charger quelqu'un de coups, d'injures, de malédictions, l'en accabler. Détournons les yeux des soufflets sacrilèges dont on le charge, mass. Car. Passion. Il fut craint, mais l'histoire a dans tout l'avenir De haine et de mépris chargé son souvenir, M. j. CHÉHIER, ('hurles TX, m, I. Il pourrait bien, mettant affront de-sus affront, Charger de bois mon dos comme il a fait mon front, molière, Sgan. il. || Absolument, battre. Vous n'avez pas chargé son dos avec outrance? mol. l'Étour. m, 4. Je veux.... Que tous deux à l'envi vous me chargiez ce traître, mol. te. desf. iv, 9 Si quelque affamé venait pour en manger. Tu serais en colère et voudrais le charger, mol. Éc.desf. n, 3. ||5° Mettre sur, en parlant d'un fardeau. Charger sur ses épaules un fardeau. Énée avait chargé son père sur s- m dos. II avait fait charger du blé sur la Saône. Je vois de grands garçons charger un tonneau de vin, j. j. rouss. Ém. îri. || 6° Charger un registre d'un article, ou charger un article sur un registre. || Charger une lettre, un paquet, faire constater sur les registres delà poste l'envoi d'une lettre, d'un paquet. || Charger un mot, écrire un mot sur un autre sans effacer celui-ci. || 7° Rendre trouble. Un accès de fièvre qui charge l'urine. || En parlant de la langue, y produire un enduit morbide. Un embarras gastrique charge la langue. ||8° Imputer à quelqu'un, et, spécialement, déposer contre lui, l'accuser. Chargerquelqu'un de ses propres torts. Les témoins n'onl pas chargé l'accusé. Ils ne cessaient de le charger tantôt d'avarice et tantôt de trahison, vaugel. Q. C. liv.'x, dans RiciiELKT. On ne peut les charger d'aucun assassinat, corn. Poly. i, 3. Tous deux l'ont accusée, et, s'ils s'en sont dédits Pour la faire innocente et charger votre fils.... corn. Nicom. iv, 2. Le récit de ses fautes est pénible; on veut les couvrir et en charger un autre ; c'est ce qui donne le pas au directeur sur le confesseur, la bruy. xi. Chargez-ie comme il faut, monsieur, et rendez les choses bien criminelles, mol. l'Avare, v, 5. Des personnes qui le chargeaient des mêmes choses que vous, id. Impromptu , 3. Alors qu'aura servi ce zèle impétueux, Qu'à charger vos amis d'un crime infructueux? rac. Raj. u, 3. |l 9" Imposer une charge, une condition onéreuse. Charger les provinces d'un tribut. Il vit heureux [BaléazarJ, et tout son peuple est heureux avec lui; il craini de charger trop ses peuples, fén. Tél. vm. || Charger une terre d'une redevance. Charger une succession d'un legs. || Fig. Le grand nombre d'observances dont Moïse a chargé les Hébreux. A quoi bon charger votre vie Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous? la font. Fab. xi, 8. || 10° Donner commission, donner ordre. Il fut chargé du commandement de l'armée. On l'avait chargé de ce soin. Voici ce dont je vous charge. Ils le chargèrent de dire à Alexandre que.... vaugel. Q. C. liv. ni, dans bichelet. Rome qui m'a depuis chargé de son empire, corn. Olhon, ni, 3. Zerbinelte m'a chargé promptement de venir vous dire que.... mol. Fourber. de Scap. n, 6. Et qui vous a chargé du soin de ma famille?RAc. Iph. iv, u. De péculat, il n'y en avait pas davantage, puisqu'il ne fut jamais chargé ni de l'argent du roi ni de celui de la Compagnie, volt. LouisXV, 34. || Charger quelqu'un deses pouvoirs, de sa procuration. || 11° Mettre dans une arme à feu la poudre et les projectiles. Charger un fusil, un canon. || Absolument. Charger à balles, à mitraille. || Chargez, terme de commandement. || 12° Par extension. Charger une bouteille de Leyde, une jarre, une batterie électrique, y accumuler l'électricité. || Charger une bobine, y enrouler la quantité de soie ou de lil qu'elle peut recevoir. || Charger une quenouille, y mettre de la filasse de lin ou de chanvre. || Charger une pipe, la remplir de tabac. || Charger une plume d'encre, un pinceau de couleur. || 13° Attaquer ■ avec impétuosité. L'infanterie chargea l'ennemi qui pliait. Ils avaient ordre de ne se point découvrir que l'ennemi ne fût passé, pour le charger en queue, D'ablancourt, Luc. t. n, dans richelet. Joint les ennemis, les combat et les charge, fléch. Tur. Les partisans du tribun mirent l'épée à la main et chargèrent la multitude, vertot, Réiol rom. liv. x, p. 36. Ces paysans chargèrent les bourgeois à coups de pierres et de bâtons, id. ib. x, io. || Absolument. Charger à la baïonnette. Charger à la tète de la ca-
valerie. D'abord il a si bien chargé sur les reçois, mol. l'Étour. v, t. || 14° Exagérer, amplifier. Charger le prix d'une marchandise. Charger un article, en grossir le prix. Charger un compte, l'exagérer. || Outrer. De la manière dont il charge les choses, il semble qu'il ait voulu se faire peur à lui-même, boss. Relat. Pour diminuer l'horreur de l'athéisme, on charge t ropl'idoln trie, m onteso. 7?.^. 24, 2. || Charger un récit, une histoire, y ajouter, l'amplifier. Un comique outre sur la scène ses personnages; un poète charge ses descriptions, la brly. ni. || Absolument. L'homme est né menteur.... voyez le peuple, il controuve, il augmente, il charge par grossièreté et par sottise, la bruy. xvi. || Rendre ridicule une figure par certains traits qui en grossissent, diminuent ou altèrent quelque partie. || Par extension, passer la mesure, en parlant du jeu d'un acteur et aussi du style. Cet acteur charge son personnage. Ce comédien a l'habitude de charger tous ses rôles. Ce romancier a chargé le portrait de son héros. Et absolument : Les comédiens de province chargent plus que ceux de Paris. || 15" Y. n. Ajouter. Sur mon inquiétude ils viennent tous charger, mol. Ampli. m, t. Vieilli en ce sens. || 16° Terme de jardinage. On dit que les arbres chargent beaucoup, quand ils ont beaucoup de fruits noués. || 17° Se charger, v. réfl. Prendre une charge. Se charger d'un fardeau. Ses vaisseaux eu tous lieux se chargent de soldats, rac. Milhr. îv, I. || Absolument. Aide-moi à me charger. Il ne peut se charger tout seul. || Fig. N'allons point nous charger d'une haine immortelle, rac, Bérén.m,2. || Se charger d'une dette, la prendre à son compte. Il se charge d'une dette et en charge son bien, patru. Plaidoyer 3. || 18" Se couvrir. Cette femme ambitieuse et vaine croit valoir beaucoup, quand elle s'est chargée d'or, de pierreries et de mille autres vains ornements, boss. la Vallière. || 19" Se charger d'un crime, d'une faute, s'en reconnaître l'auteur, en assumer la responsabilité. Et je vous viens, seigneur, offrir une victime, Non pour sauver sa vie en me chargeant du crime, corn. Cinna, v, 2. Je me charge devant Dieu de tout le péché, boss. Lelt. abb. 89. || 20° Prendre le soin, la conduite de. Se charger d'une cause, d'une ambassade. Si tu te chargeais de corriger ce livre. Se charger de grands travaux. Que le ciel se chargerait du reste. De l'intérêt du ciel pourquoi vous chargez- vous? Pour punir le coupable, a-t-il besoin de nous? mol. Tait, iv, f . Et je me chargerais du soin de le défendre, rac. Phèdr. iv, 5. Je me charge de tout, fût-ce encorde ta haine, volt. Catil. m, 3. || 21" Se charger de quelqu'un, le prendre à sa charge pour le nourrir, l'entretenir, ou le prendre avec soi pour la vie commune, pour un voyage, etc. D'un gendre sans appui voudra t-il se charger? rac. Mithr. m, < . Quoi ! votre amour se veut charger d'une furie ? id. Andr. m, (.Moi, j'irais me charger d'une spirituelle Qui ne parlerait rien que cercle et que ruelle, mol. Éc. des f.ï, t. || 22" Le temps se charge, il se couvre de nuages. Le ciel se chargeait peu à peu. || 23" Devenir trouble. À la fin d'un accès de fièvre l'urine se charge. || La langue se charge, elle se couvre d'un enduit. || 24° En termes de manège, se charger d'épaules, de ganache, de chair, se dit d'un cheval quand il engraisse trop. || 25° Recevoir une charge de poudre. Ce fusil se charge par la culasse. || 26° S'attaquer l'un l'autre. Les deux troupes se chargèrent avec vigueur.
— HIST. xr s. D'or et d'argent quatre cenz muls chargez, Ch. de Iiol. ni. ||xnc s. Ne de tous ceus que vous cargié m'avez, Roncisv. p. (0). Vous me carjastes vos fils et vos amis, ib. p. 1 80. M'ame pourroit chargier plus pesant faix [avoir chagrin plus grand], Couci, xxn. || xm" s. Onques en nul termine ne furent aussi chargié de guerre corne il furent à celui point, villeh. clxix. Et quant les nés (nefsj furent chargics d'armes et de viande et. de chevaliers et de serjans, id. xliv. Et sachiés que il fu moult cargiés et fu féru d'un glaive parmi le cors, id. lxxii. Et li rois la fist atourner richement comme fille de roi, et li carga assés or et argent, Clvron. de Rains, p. 13. Sovent me semont [Bel Accueil] d'aprochier Vers le bouton et d'atouchier Au rosier qui l'avoit chargié, la Rose, 2885. Nus [nul] arbre qui soit qui fruit charge, ib. 1334. Et lor doit carquier qu'il (lient la cause à son home por quoi il est semons, beaum. ■in. H a esté delïendu, por ce qu'il carquoient si lor mesonset lor héritages de tix [telles] choses.... qu'on lessoit après les mesons, porce que eles estoient trop carquies, id. xxiv, 20. Je ne puis pas mon héritage carquier de douaires, fors que selonc ce que coustume done, id. xxxiv, 23. Je, qui n'avoie pas mil livrées de terre, me charjai, quant j'aie outremer, de moy
dixième de chevaliers, joinv. 2)1. Il estoit ainsi, que, quant le soudanc vouloit charger [donner un ordre], il envoioit querre le mestre de Haulequa [de la garde], id. 235. il respondirent touz que avoient chargié [confié] à Mons Guion Malvoisin le conseil que il vouloient donner au roy, id. 255. Et nous chargèrent les Sarrazins tous de pyles [javelots] que il traoient au travers du Hum, id. 223. || xiv* s. Quérir et vouloir estre honoré des humbles et moiens ou petis, c'est une chose charchant et qui n'est pas à loer, oresme, Eth. 123. ||xv"s. Ce voyage chargeoit [contrariait] trop fort le duc de Bourgogne, et disoit que c'estoit une choso et une guerre sans raison, froiss. ni, iv, 2». Us firent leurs messages sagement et à point, ainsi que chargé leur estoit, id. i, i, 45. Il prit tous ces joyaux et presens, et les chargea à son cousin messire Mansart, et lui dit de les reporter en France, id. i, i, 300. Et laissa le roi pour capitaine Aimery de Pavie ; et lui chargea en garde toute la ville et le chastel. id. i, i, 323. Les vins et marchandises que ils menoient, ils dirent que ils avoient cargé pour mener en Flandre, id. ii, m, 34. Et chargeoit le conte de Charolois ces gens de ceste maison d'avoir.... comm. i, 2. Et chargèrent sur nos archiers et ceulx qui les conduysoient, id. ii, 2. Et lui chargea [recommanda] la dame blanche Qu'il y retournast hardiment, villon, Repue du Pelletier. Ceux qui avoient esté présents où nostre ivrogne s'estoit chargé [soûlé], louis xi, Nouv. vi. ||xvies. 11 les chargea [attaqua] touts endormis, mont, i, £7. Charger une narration de circonstances, id. i, 84. Se chargeant seul de leur faulte commune, id. i, 97. Les maladies qui se chargent [gagnent] de l'un à l'aultre, id. i, toi. Charger un pistolet, id. i, 109. Les premiers fourmis chargent ce ver sur leur dos, in. 11, 179. Le degousté charge |attribue] la fadeur au vin; l'altéré, la friandise, id. ii, 373, Ses envieux le chargeoient et accusoient en son absence, amyot, Thém. 45. Après qu'ils se furent bien chargez de pillage et de toute sorte de butin.... id. Cam. 42. Pauvre homme que tu es, comment vastu ainsi deschargeant la fortune de ce dont tu la pouvoischargeretaccuserà tadescharge?iD. P. .Em. 44. [Pyrrhus] d'arrivée chargea sur son arrière garde si vivement, qu'il meit toute l'armée en grand dessarroy, id. Pyrrh. 57. Il attela vistement des bœufs à un chariot, sur lequel il chargea des febves, id. Marins, 64. Depuis cela il chargea une si grande audace et une si grande presumplion, qu'on ne le peut plus tenir, id. Nicias, 14. Et d'iceux medicamens en seront chargés les tentes et plumaceaux, paré, vu, 7.
— ÉTYM. Bercy, sarger ; picard, carguer, carker; provenç. et espagn. cargar; portug. carregar ; ital. caricare; du bas-lat. carricare, de carrus, chariot (voy. char) : mot à mot mettre sur un chariot.
CHARGEUR (char-jeur), S. m. || 1" Celui qui charge les marchandises sur la voiture ou dans un bateau. || 2° Manœuvre dont l'emploi consiste à charger les autres ouvriers. ||3" Celui qui procure aux routiers des marchandises pour charger leurs voitures. 114" Celui à qui appartient la cargaison d'un navire, celui qui l'a frété. ||5° Dans l'artillerie de mer, le premier servant de droite en parlant d'une bouche à feu. || 6° Ouvrier qui entretient un fourneau de forge. Il 7° Adjectivement. Commissionnairechargeur, celui qui expédie des marchandises par bateau.
— étym. Charger.
t CHARGEURE (char-ju-r') , s. f. Terme de blason, se dit des pièces qui en chargent d'autres. La chargeure ne diminue pas la noblesse comme fait la brisure.
— REM. L'e dans ce mot est une lettre servile appartenant au g et ne faisant point un son avec l'w.
— HIST. xvi* s. Il en portoit les armoiries en faulx escuou chargeure sur les siennes, que les dits mauvais blasonneurs appellent sur le tout, carl. 111, 2.
— ÉTYM. Charger.
t CHAR1ENT1SME (ka-ri-an-ti-sm'), s. m. Espèc de trope consistant dans une ironie où on lais-: e tendre, plutôt qu'on ne l'exprime, ce qu'il y a de piquant dans la pensée.
— ÉTYM. Xaf,ievTi<ju.è;, de /«?'£'<;, gracieux, de v âf.t:, grâce (voy. ch .rites).
CHARIOT (cha-n-o; le t ne se lie pas; au pluriel l's se lie : des cha-ri-o-z armés; chariots rime avec dos, propos, etc.), s. m. || 1" Sorte de véhicule (pu a quatre roues, des ridelles, et qui est propre à porter toute sorte d'objets. Les chariots de bagage qui suivent l'année. || 2° Dans l'antiquité, sorte de très-grande voiture, dont les peuples nomades se servaient pour transporter leur famille et leur mobilier. Les Scythes
CHA
CHA
CHA
erraient sur des chariots dans de vastes plaines. || Chariot armé de faux, char à deux roues hérissé de faux qu'on lançait dans les rangs ennemis. || 3" Char, voiture. La course dans les chariots, boss. Hist. m, 3. Le roi [Louis XIII] ordonna jusqu'à l'attelage qui devait mener son chariot [de mort], st-sim. 8, 102, Le roi fit monter l'électeur de Bavière seul avec lui dans son chariot, id. 303, 200. En ce sens il a vieilli. || 4° Petit compartiment à quatre roues dans lequel on place les enfants commençant à marcher et qui, s'y soutenant debout par les bras, le font rouler. Emile n'aura ni chariots, ni lisières, J. J. bouss. Ém. il. || 5" Bâti en planches, porté sur deux roues, dont se sert le cordier. || Métier du fabricant de lacets. || Instrument employé dans les manufactuies de glaces. || Véhicule à deux roues pour transporter des pierres. || 6° Terme de physique. Chariot électrique, machine pour lancer le cerf-volant électrique. || 7° Terme d'astronomie. Les constellations de la grande et de la petite Ourse. Le grand , le petit Chariot.
— REM. Tous les dérivés de char : charrette, charretier, charrier, charroi, charron, charrue, prenant deux r; chariot est le seul qui n'en a qu'une; c'est une irrégularité qui est sans raison, et qui dès lors complique inutilement l'orthographe. L'Académie fera bien de rétablir la régularité; d'autant plus que dans les livres imprimés au xvne siècle chariot a souvent deux r.
— HIST. xme s. Chascun marcheant forain qui descent es halles toile, doit de hallage, pour cheriot quatre sols, pour charete deux, et pour cheval douze deniers. Liv. des met. 343. ||xive s. [Les corps] furent mis en trois chariots à dames pour estre conduits au lieu de leur sépulture, Chron.de St. -Denis, t. ii, f" 2io, dans lacurne. || xve s. La royne entra à Paris en grandes pompes tant de litières, chariots branlans couverts de draps d'or et hacquenées, que d'autres divers paremeus, juv. des ursins, Hisi. de Charles VI, p. 1 69 , dans lacurne. Il se laissoit si peu voir et se tenoit tant clos en son chariot, comm. Mém. p. 527, dans lacurne. [Les ambassadeurs du roi de Bohême] avoient amené un chariot branlant moult sumptueux et moult riche, monstrt-l. t. m, p. 70, dans lacirne. || xvie s. Il se feit porter par Borne sur un chariot triumphal, amyot, Cam.\i. Si survint d'adventure un chariot' chargé, m. Aie. 3. Chariot engraissé etomgtÀcharier est mieux en poinct, i.e roux delincy, l'ror. t. il, p. 121. Qui n'a cheval ni chariot, il ne charge pas quand il veut, cotgrave. Compagnon bien parlant vault en chemin chariot branslant, id.
— ÉTYM. Char; wallon, cariot, rouet à filet; Berry, char rote, s. f.
CHARITABLE (cha-ri-ta-bl') , adj. || 1° Qui a de la charité pour son prochain. Il est juste et charitable envers ses domestiques. Je suppose qu'un moine est toujours charitable, la font. Fab.vu, 3. || 2° Qui fait des charités, des aumônes. Une famille charitable. Il est bon d'être charitable : Mais envers qui ? c'est là le point, la font. Fables, vi, <3. Il n'y a princes pacifiques que ceux qui l'ont des sacrifices pour avoir la paix, comme il n'y a d'homme charitable que celui qui sait donner, montesq. Correspondance, 20. || Le Médecin charitable, l'Apothicaire charitable, titre de livres qui, écrits en faveur des pauvres, enseignent à faire des remèdes à la maison. || Substantivement. Loin d'ici ces faux charitables, flechier, dansle Dict. de poitevin. || 3" Qui a sa source dans un sentiment de charité. Lui donner de la sorte un conseil charitable, corn. Nicom. ni, 3. J'honore, je chéris ces charitables lois, Ces lois qui, de la terre écartant les misères, Des humains attendris font un peuple de frères, volt. Zaïre, i, i. Puis c'était la religion qui voulait qu'on prit soin de moi; ensuite venait un faste de réflexions charitables, une enflure de sentiments dévots, marivaux, Vie de Marianne , impartie, p. 34. || Ironiquement. N'a-t-il point quelque ami qui pût sur ses manières D'un charitable avis lui prêter les lumières"? mol. Mis. il, 5. Je veux bien être cet homme charitable, boil. Hë/lex. crit. i. || Qui a rapport à la charité. Législation charitable. Économie charitable.
— HIST. xme s. En paradis l'esperitable Ont grant part la gent cheritable, ruteb. 280. Par lor cuer [ange et charitable, la Rose, 5259. || xvi" s. Instituer clerc parrochial, ministres margliseurs et eharitables des pauvres, Coustum. général, t. n,
— ETYM. Charité.
CHARITABLEMENT ( eha-ri-ta-ble-man ), adv. D'une manière charitable, par chanté. On l'a cha-
ritablement averti. Raymond Gaufrcdus, ministre général de l'ordre de Saint-François, lui octroya des lettres patentes, afin que partout où il passerait, il fût charitablement et civilement reçu des religieux de son ordre, perroquet, Vie de B. Lvlle, p. 18. Tant il a été saintement et charitablement industrieux à présenter tout ensemble le pain aux forts, le lait aux enfants, boss. Fr. Bourgoing. || Ironiquement. Je souhaiterais qu'il se trouvât quelque honnête homme qui lui voulût sur cela charitablement ouvrir les yeux, boil. Béflev. crit. i.
— hist. xv s. Il s'arrestoit à ouïr leurs supplications, desquelles passoit charitablement les raisonnables et les piteuses, christ, de pisan, dans le Dict. de dochez.
— ÉTYM. Charitable, et le suffixe ment.
CHARITÉ (cha-ri-té), x. f. || 1° Amour du prochain. Dans les nécessités extraordinaires sa chanté faisait de nouveaux efforts, bossuet, Anne de Gonz. Ce n'était plus cet aident vainqueur qui semblait vouloir tout emporter; c'était une douceur, une patience, une charité qui songeait à gagner tous les cœurs et à guérir des esprits malades, boss. Louis de Bourbon. Je suis reconnaissant de la charité (pie vous avez pour mon ame, boss. Lett. quiét. <2. J'ai appris la charité que vous aviez pour ce pays, id. lett. I. Nos pères ont eu plus de charité que cela, pasc. Prov.s. Ces faux monnayeurs en dévotion, qui veulent attraper les hommes avec un zèle contrefait et une charité sophistiquée, mol. Ier Placet au roi. Les grands ne semblent être nés que pour exercer la charité , flëch. Mont. Il se croit obligé d'exercer la charité dans une profession cruelle, id. Tur. Qu'est-ce qu'une charité qui n'a point de pudeur avec le misérable, et qui, avant que de le soulager, commence par écraser son amour-propre? marivaux. Vie de Marianne, t" partie, p. 34. Comme ils voulaient demeurer attachés à l'Évangile par leur devoir envers Dieu, et aux gens du monde par leur charité pour le prochain, pasc. Prov. 7. || Ironiquement. Marchangy, ce vrai sage. M'a fait par charité Sentir de l'esclavage La légitimité, bérang. Liberté. || Une des trois vertus théologales, par laquelle nous aimons Dieu comme notre souverain bien. La fin de la religion, l'àme des vertus et l'abrégé delà foi, c'est la charité. La charité, qui bannit la crainte, opère un si grand miracle; et, sans autre joug qu'elle-même, elle sait non -seulement captiver, mais encore anéantir la volonté propre. boss. Fr. Bourgoing. La charité est la plus parfaite des vertus théologales, st-cyran, Théologie familière, dans richei.et. || 2" Acte de bienfaisance, aumône. Voilà des charités qu'il a faites pour le salut de ses frères, pléch. Tur. Il faisait une infinité de charités que personne ne savait, sév. 152. On lui vient demander des charités pour les églises, id. 275. Je n'aimais pas qu'on me fît la charité, j. j. rouss. Conf. n. Ignace avait de quoi vivre honnêtement par les charités qu'on lui faisait, bouhours, Vie de saint Ignace, liv. n, dans richelet. || Absolument. Demander la charité, être à la charité, mendier. || Par antiphrase. Charité de cour, perfidie de courtisan. || Prêter des charités à quelqu'un, le calomnier. Lorsque le P. La Chaise eut cessé de parler, je lui 'dis que j'étais étonné qu'on m'eût prêté des charités auprès de lui, rac. Lett. Boil. 'i5. Une de ces personnes qui prêtent doucement des charités à tout le monde, de ces femmes qui donnent toujours le petit coup de langue en passant, mol. Impromptu, I. || Nom, dans quelques ordres religieux, de la discipline qu'un religieux donne à un autre. || 3° Les frères, les sœurs de la Charité, congrégations qui se vouent au soulagement de la misère. Il ne s'agit pas de faire de votre élève un frère de la charité, j. j. rouss. Ém. îv. Molière a terminé sa vie Entre deux sœurs de charité, bérang. M. de santé. || Frères de la Charité, ordre religieux fondé vers 1550 par saint Jean-de-Dieu pour le soulagement des malades; ces religieux suivent la règle de Saint-Augustin; ils bâtirent à Paris, dans le faubourg St-Germain, le célèbre hôpital qui porte encore leur nom. || Charité de Notre-Dame, religieuses de l'ordre de Saint-Jean-de-Dieu rendant aux femmes les mêmes services que les frères de Saint-Jean-de-Dieu rendent aux hommes. || Charité de Saint-Hippolyte, congrégation de religieux hospitaliers dans les Indes occidentales et qui rendent aux malades les mêmes services que les religieux de la congrégation de S,nnt-Jean-de-Dieu. |] ReligieusesdeNotre-Dame-de- Charité, établies pour retirer du mal les pauvres filles ou femmes de mauvaises mœurs. Elles suivent la règle de Saint-Augustin et commencèrent en 1642. !| Charité de la Sainte-Vierge, ordre religieux sous
la règle de Saint-Augustin. || La maison où résident les frères, les sœurs de Charité. Il n'y avait [dans le domestique de Mme de Maintenon] d'un peu distingué que cette ancienne servante du temps qu'elle et ut àlaCharitédeSaint-Eustache,ST-siM. 'i 14, 209. [1 Chalité, nom d'hôpitaux divers. La Charité de Lyon. La Charité de Paris. || Anciennement, la charité pour les pauvres honteux, service de charité composé un; quement du curé de la paroisse et des marguillieis et destiné aux pauvres honteux. || Anciennement, tous les pauvres malades d'une paroisse. Il est le médecin de la charité d'une telle paroisse. || 4" Aujourd'hui, dame de charité, bureau de charité dame, bureau qui distribuent des charités. || Nom que, dans quelques localités, on donne à des confréries ou assoeiations d'assistance. || 5° Votre Charité, titre d'honneur donné aux princes de l'Église. || Proverbe. Charité bien ordonnée commence par soi-même, c'est-à-dire avant de songera faire du bien aux autres, il faut songer à soi, à ses intérêts, à ses avantages.
— HEM. La locution prêter des charités à quel qu'un, qui signifie le calomnier en lui attribuant une chose défavorable qu'il n'a pas faite ou dite, s'explique par une antiphrase : lui donner des charités, lui faire l'aumône d'une imputation calomnieuse; locution à laquelle prêter ajoute une idée de méchanceté hypocrite, comme si le calomniateur ne faisait que prêter sa calomnie.
— HIST. xne s. Ne tieng, fait sainz Thomas, de lui fins [fiefs], n'eritez, Ne rien en barunie : mais tut estcharitez, E parmenable aumosne tut ço doni sui fieffez, Th. le mort. 45. Deus, cum par est mainz huem pur le siècle avuglez; N'i estamurs, ne fei, ne pais, ne charité/., ib. 121. Puis le pro;a assez que un petit menjast, Preïstla charité, un petit se dinast, Mez li dus [duc] n'i vout prendre ne disnerne repas, wace, Hou. || xme s. Ha! rois, ce dist la vieille, pour sainte charité.... Berte, xv. Il oit parler de la grant carité del hospital d'Acre, Chron. de Bains, p. 107. Ge t'ai veû carité prendre Deuz fois, sanz aller au mostier, Ben. 20fito. || xive s. L'enfant fut nourri ches le roy en honneur et en chariié, bercheure, f° 20, verso. ||xve s. J'ai fait charité et hospitalité de tels biens que j'ai céans à mon povoir,.P<,rc('/brt'4ï, t.i. f° )2, dans lacurne. || xvr s. Cela advenu, on l'eust pu calompnier d'estre adhérant aux rebelles (caries gens de bien et d'honneur ne manquent jamais de presteurs de charité), carl. vin, 7. Charité oingt, péché poingt, leroux de i.incy, Pror. t. i, p. 7. Les combats de nuict sont fort dangereux et subjects à do mauvaises chantez [traîtrises], brant. Sur les duels, p. 202, dans lacurne. C'est une charité que l'on luy preste quand on l'accuse de cruauté, pasquier , Becherches , liv. v, p. 427, .dans lacurne. Comme disent les Hébreux, il faut commencer la charité par soy mesme, charron, Sagesse, p. 468, dans lacurne. 11 me confirma en l'opinion que j'avoye que Maligny et d'autres ses compaignons lui avoyent preste ceste charité [d'être complice de la conjuration d'Amboise], condé. Mémoires, p. 55).
— ÉTYM. Picard, carité; provenç. can'iat, -espagn. caridad; ital. carità; du latin caritatem, de carus (voy. cher).
| CHARITES (ka-ri-f), s. f. plur. Le nom des Grâces en grec. || Il n'a pas été usité hors de l'école des poètes du xvie siècle.
— hist. xvie s. Prenez en gré ces poétiques fleurs ; Ce sont mes vers que les chastes Chantes Ont emaillé de plus de cent couleurs, Pour aller voir la fleur des marguerites, du eellay, Sonnet à Marguerite, sœur du roi.
— ÉTYM. XàpiTEç, les Grâces.
CHARIVARI (cha-ri-va-ri),s.m. || 1° Concert ridicule, bruyant et tumultueux de poêles, de chaudrons de sifflets, de huées, etc. qu'on donne en certaines localités aux femmes veuves et âgées et aux veufs qui se remarient, et aussi à des personnages qui ont excité un mécontentement. Monsieur, frère du roi, qui haïssait le marquis de la Vieuville. lui avait fait faire un charivari par les officiers de sa cuisine, trois jours avant sa disgrâce, Mém. du due d'Orléans depuis I6us, p. 22, dans lacurne. Les charivaris qui se font au sujet <le^ noces sont condamnés comme une injure faite au sacrement de mariage, thiers. Traité, des jeux, chap. 24, dans richelet. Elles [les attentions de votre belle-sœur pour son jardinier] sont publiques dans le village; et on leur prépare le régal d'un petit charivari; j'en viens de voir les apprêts, dancouht,(c r/i <j ri 'ru ri . >c. 19. Ji saphat n'avait pas voulu entourer la maison de Charles et donner le charivari... souliê, les Forgerons. § 12. || 2°Tout
CHA
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bruit discordant et tumultueux. Le roi frappa et lit frapper chacun de sa cuiller et de sa fourchette sur son assiette, ce qui causa un charivari fort étrange, W-silt. 85, io5. || 3" Par extension, musique bruyante et discordante. Quel charivari! || 4" Querelle accom- ■ de cris. Sa femme lui a l'ait un beau chari- , 'était pour faire un bon charivari, la FONT. Berc. || 5° Pantalon garni de cuirs et de boutons, pour monter à cheval. || 6° Terme de jeux. Se dit à L'hombre, quand les quatre dames se trouvent réunies dans la main d'un joueur.
nisr. xi\l s. Les femmes et les enfans cou-
par les villes à hacins et àsonnetes, si corne l'en fet orendroit aus chalivaliz, bercheure, f° 2. Comme nagueres pour occasion de la somme de douze sol/, pardonnée pour un chalivali en la ville dsVer, ducange, chalvaricum. || xv* s. Eulxestantà table, futparléd'un chalivari qui se devoit faire contre aucuns nouveaux mariés, in. ib. Lesquelz avoient esté condampnez à une amende pour un calivaly fait ;..n rulx à Saint-LÔ, n>. ih. Les aucuns estoient aimés de cuir et les autres de haubergeons tout enrugnis; et senibloit proprement qu'ils dussent faire un charivari, kiioiss. m. iv, 50. Ung tas de petites sornettes. Tant de petiz charivaris. Tant de petites façonnettes, Petiz gans, petites mainnettes, coquillabt, Monologue de la boite de foin. \\ xvie s. Tintouins, charivaris, mots donnés comme exemples d'onomatopée par du guez, dans palsgr. p. 889.
— étym. Picard, canbari [carib&ri, caribara, crient les enfants en donnant im charivari), on cite aussi queriboiry ; norm. carimallot ; dauphinois, chanavari; provenç. caravil, et dans Du Gange, à pelota n" 1. charatit; bas-lat. carivariuin , charivalli, cbararallium , char avaria, charavaritum , chalvaricum, chalvaritum. Mot d'origine inconnue qui ne paraît pas remonter au delà du xivc siècle. Scaliger le tire de chabjbaria, chaudrons; DuCange, du baslatin caria, noix, xapuov , à cause qu'on jetait des noix et qu'on faisait tumulte le jour des noces. Diez remarque que la finale vari se trouve dans quelques mots qui expriment une sorte de tumulte : hour-vari, boule vari ; piémontais , santi-vari, gargouillement; finale que du reste on ne sait pas interpréter; et, pour la première partie du mot, il demande si elle ne représenterait pas calix, verre, pot, bruit des verres, des pots. Ce sont là des conjectures au delà desquelles il n'est pas possible d'aller.
f CHARIVARIEUR(cha-ri-va-ri-eur), s. m. Celui qui prend part à un charivari. On trouve aussi charivanste.
f CHARIVARIQUE (cha-ri-va-ri-k') . adj. Quia le caractère du charivari. Les uns.... Trouvant que de nouveau je pèche et prévarique Élèveront encor leur voix charivarique, Et, se scandalisant de ma ténacité, Crieront au mauvais goût, à l'excentricité, am. pommier, dans Revue de l'Instruction publique, 8 nov. 1860. [Colifichets, I" pièce.)
f CHARIVAR1SER (cha-n-va-ri-zé). || 1° V. a. Donner à quelqu'un un charivari. H fut charivarisé. |j 2° V. n. Faire un grand tapage.
— ÉTYM. Charivari.
CHARLATAN (char-la-tan), s. m. || 1° Opérateur ambulant qui débite des drogues sur les places et dans les foires. Et ce qui plus encor m'empoisonne de rage, Est quand un charlatan relève son langage, Régnier, Sut. v. Il me senibleque je vois deux charlatans en plein marché, dont l'un distribue des poisons et l'autre des antidotes, volt. Memmius, lx. || 2" Empirique qui prétend posséder certains secrets merveilleux. La témérité des charlatans et leurs tristes succès qui en sont les suites, font valoir la médecine et les médecins; si ceux-ci laissent mourir, les autres tuent, la bruy. xiv. On le consultait dans ces maladies rares et extraordinaires pour lesquelles les charlatans n'ont pu faire accroire que la connaissance de l'anatomie fût inutile, cundorcet, Bcrtin. || 3" Tous ceux qui exploitent la crédulité publique. Gardez-vous des charlatans. Le monde n'a jamais manqué de charlatans ; Cette science, de tout temps, Fut en professeurs très-fertile, la font. Fabl. vi, 1 9. Que l'église est fertile en dévots empiriques ! Que de saints charlatans! st-évremond, dans m- Chelet. On connaît ces vieillards sur le Pinde honorés, Politiques adroits, charlatans illustrés, gilbert, Mon apol. Charlatans! charlatans ! tout ici-bas n'est que charlatans, scribe et mazères, le Charlatanisme, se. 3. || Un charlatan politique, un homme qui, pour s'élever, flatte les passions d'un parti. || Adj. Un médecin qui n'est point charlatan, sév. 280. C'étaient les parents ou les amis qui faisaient les oraisons funèbres chez lesHomains; l'étranger
qui s'en mêle a toujours l'air charlatan, volt. Lett. Tressa i, 28 fév. 1767.
— nisr. xvic s. Ces charlatans, triacleurs et basteleurs, joueurs de passe-passe, amyot, dans le Dict. de docuez.
— i.tyji. Ital. ciarlatano, âeciarlare, babiller.
f CHARLATANE (char-la-ta-n') , s. /'. Celle qui s'efforce , par ses paroles d'attraper les gens. Les marchandes du Palais sont des charlatanes, richelet. Dict. Ce que j'ai toujours aimé en vous, madame, parmi plusieurs autres genres de mérite, c'est que vous n'êtes point charlatane , volt. Lett. Mme du De/jant , is mai 1 772. J'aime mieux la charlatane Mlle Durancy [une actrice] qui enchante le public, volt. Lett. Chabanon, 3 nov. 1 766. || Adj. La race charlatane des devins.
CHARLATANE, ÉE (char-la-ta-né, née), part, passe. Charlatane par un empirique qui lui avait promis de le guérir.
CHARLATANER (char-la-ta-né). || 1° V. a. Tromper à la manière des charlatans. La crédulité des malades va souvent au-devant de ceux qui veulent les charlataner. || 2" V. n. Faire le charlatan.
— ÉTYM. Charlatan.
CHARLATANERIE (char-la-ta-ne-rie) , s. f. Acte de charlatan. Tout cet appareil me parait une pure charlatanerie, J. j. rouss. Ém. i. Le duc d'Orléans curieux de cette charlatanerie qui séduisit l'antiquité [tirer l'horoscope], volt. Louis XIV, 2G. Il disait que ces sortes de remèdes ne sont propres qu'à entretenir la charlatanerie, contre laquelle il avait une antipathie insurmontable, montesq. Lett. pers. t43. Il ne faut pas s'imaginer qu'il soit trèsaisé de débarrasser la médecine des prétendues théories chimiques; la charlatanerie les a fort multipliées, condorcet, Bucquet.
— étym. Ital. ciarlatenefia.
f CHARLATANESQUE (char-la-ta-nè-sk') , adj. Qui appartient aux charlatans. Discours charlatanesques.
— ÉTYM. Charlatan.
CHARLATANISME (char-la-ta-ni-sm' ) , s. m.
Habitude ou art de charlataner. Son charlatanisme fut bientôt dévoilé. Du charlatanisme! mais tout le monde en use à Paris; c'est approuvé, c'est reçu, c'est la monnaie courante, scribe et mazères, le Charlatanisme, se. a.
— SYN. charlatanisme, charlatanerie. La chaKlatanerie est un acte de charlatan. Le charlatanisme est le caractère du charlatan, sa manière de l'aire. Une charlatanerie ne fait pas le charlatan. Le charlatanisme est constitué par une suite de charlataneries.
— ÉTYM. Charlatan.
f CHARLEMAGNE (char-le-ma-gn'). Terme de jeu. Faire Charlemagne, c'est se retirer du jeu avec tout son gain, ne point donner de revanche. Charlemagne garda jusqu'à la fin toutes ses conquêtes, et quitta le jeu de la vie sans avoir rien rendu du fruit de ses victoires: le joueur qui se retire les mains pleines fait comme Charlemagne : il fait Charlemagne, génin, RécréatA. I, p. 186. || Autant que Charlemagne en Espagne, se dit à propos d'une entreprise de longue baie, ne et qui ne doit pas réussir, par allusion aux expéditions fabuleuses que les chansons de geste attribuent à Charlemagne en Espagne. || La Saint-Charlemagne , fête qui se célèbre le 28 janvier dans les collèges et lycées de Paris. Cette fête est fondée sur la fausse opinion qui fait regarder Charlemagne comme le créateur de l'Université, lorsqu'il n'a établi en réalité, dans son palais, qu'une sorte d'académie ou compagnie savante.
— HIST. xv° s. Et quant est de l'aymer, il y seroit avantautantque Charlemagne es Espagnes, martial de paris, Arrests d'amour, arrest xxm.
f CHARLES (Le cœur de), s. m. Étoile double très-remarquable de la constellation des Lévriers.
— ÉTYM. Karl, nom propre allemand.
f CUARLOT (char-lo), s. m. Nom vulgaire du grand courlis (nuinenitis arcuatus). \\ Chariot de plage, alouette de mer.
CHARLOTTE (char-lo-f), s. f. Terme de cuisine. Marmelade de pommes entourée de morceaux de pains grillés et frits. || Charlotte russe, charlotte faite de crème fouettée, garnie de petits biscuits.
CHARMANT, ANTE (char-man, man-t') , adj. Oui a du charme, qui plait extrêmement. Ali ! qu'a qu'avec peu d'effet on entend la raison Quand le rieur i^t atteint d'un si charmant pu i si m ! ou un. ('al, n, 5. La charmante Aricie a-t-elle su vous plaire? rac. Phèdr. i, i. Charmant espoir, id. Andr. i, 4. Où m'emporte un souvenir charmant? m. Bêrén. i, 5. Tous ses jours paraissent charmants, id. Eslh. il, 9.
Arrêtez, Thésée, Et ne profanez pas des transports si charmants, id. Phèdr. m, 4. Les biens les plus charmants n'ont rien de comparable Aux torrents de plaisir qu'il répand dans nos cœurs, id. Eslh. m, 9. Si l'or seul a pour vous d'invincibles appâts, Fuyez ces lieux charmants qu'arrose le Permesse, Ce n'est point sur ses bords qu'habite la richesse, boil. Art p. IV. C'est peu d'être agréable et charmant dans un livre; Il faut savoir encore et converser et vivre, id. ib. || Par ironie et familièrement. I] est charmant , se dit quand quelqu'un témoigne des exigences qui paraissent peu acceptables. Parbleu, vous êtes charmants, vous autres, de vouloir que je paye votre dépense. Mais l'argent, monsieur?... Je vous trouve charmant, par exemple! bayard et duvert, le Mari de la dame de chœurs, n, 1. || Substantivement. Et nous verrons s'il n'est point de milieu Entre le charmant et l'utile, corn. Agésil.
t. CHARME (char-m'), s. m. || 1° Effet prétendu d'un art magique qui change l'ordre naturel. Le charme se rompit; le pilote vit le rivage tel qu'il était, fén. Tél. ix.... Un charme ordinaire a trop peu de pouvoir Sur les spectres parlants qu'il faut vous faire voir, corn. Illusion, I, 3. Mais je crains des chrétiens les complots et les charmes, id. Poly. i, 3. Je n'ai que des attraits et vous avez des charmes [en parlant à MédéeJ, id. Tois. d'or, ni, 4. Un démon.... Fit un onarme si souverain Que.... lafont. Ch. imposs. Toute l'antiquité se servait de charmes contre la morsure des serpents, volt. Mœurs, prèj. Une Thessalienne a composé des charmes, a. chEn. 41. On avait saigné l'enfant, sa m're lui avait mis des charmes, chateaub. Ilin. 74. Vous croyez donc que les déplaisirs et les plus mortelles douleurs ne se cachent pas sous la pourpre, ou qu'un royaume est un remède universel à tous les maux, un baume qui les adoucit, une charme qui les enchante? boss. Marie-Thérèse. || 2° Par extension. Ces prières apostoliques qui , par un espèce de charme divin, suspendent les douleurs les plus violentes, boss. Duchesse d'Orl. Il se tait et ces mots semblent être des charmes, corn. llor. ni, 2. Quel est ici ton charme, odieuse princesse? id. Rud. lv, 7. N'attendez point de moi de regrets ni de larmes; Un grand cœur à ses maux applique d'autres charmes, id. Pomp. v, t. Et contre ma douleur j'aurais senti des charmes, Quand une main si chère eût essuyé mes larmes, id. Cid, m. 4. À ma douleur je chercherai des charmes, bac Baj. n, 5. Quel charma l'attirait sur ces bords redoutés? id. Phèdr. u, l. Par quel charme secret laissé-je retenir Ce courroux si sévère et si prompt à punir? ïD.Mithr. iv, 4. Par un charme fatal vous fûtes entraînée, id. Phèdr. Vf, 6. Ils s'aiment! par quel charme ont-ils trompé mes yeux'? id. ib. Par quel charme, oubliant tant de tourments soufferts, Pouvez-vous consentir à rentrer dans ses fers? id. Andr. i, I. || Fig. Le charme est rompu, l'illusion est détruite. 11 n'appartient qu'à vous de rompre le charme qui les éblouit, flech. Mont. Il est nécessaire que cet esprit lève le charme de l'amourpropre, boss. il, Fr. de P. t . À peine y touchez-vous que le charme cesse, mass. Car. Prosp. Rompez le charme fatal qui vous endort, id. ib. Tiédeur, sermon 2. || 3° Ce qui plaît, ce qui touche, ce qui attire. Reine, puisque ce titre a pour vous tant de charmes, corn. Nie. m, i.Tous ces charmes de langage Dont on s'offre à la servir, Mel'assurent [madame] davantage, Au lieu de me la ravir, malh. v, 3. Pour un cœur généreux ce trépas a des charmes, corn. Ilor. il, I. Qui veut que dans sa mort je trouve encordes charmes, id. ib. iv, 5. Le mérite a toujours des charmes éclatants, id. Sert, il, I. Et s'il met à vos pied. ce charme de vos yeux [le diadème], in. Pulch. I, t. Mais c'était à l'insu de leurs parents cruels; La défense est un charme, la font. Filles de Mime. C'est proprement un charme [l'apologue] ; il rend l'àrae attentive, Ou plutôt il la tient captive, Nous atta chant à des récils, id. Fabl. vu. Dédie. Ne sent; rai-je plus de charme qui m'arrête? Ai -je passé le temps d'aimer ? id. ib. ix, 2, Sa conversation était un charme, parce qu'il savait parler à chacun selon ses talents, boss. Louis de Bourbon. Jamais personne n'a jeté des charmes dans l'amitié comme vous laites, sév. 477. Il y a un charme pour les peuples dans la vue du prince, boss. Polit. Tout cédait ati charme secret de ses entretiens, m. Duch. d'Ori. Ce> charme victorieux qui les entraîne, pasc. dans cousin. La simplicité qui l'ait le plus grand charme delà beauté . fen. Tél. iv. Et prête à mon discours un charme qui lui plaise, rac. Esth. I, 4. Retiens Irfs cris, et, par d'indignes larmes, De cet heureux moment [la mort] ne trouble pas les charmes, id. Mithr.
CIIA
Cil A
CHA
, . - Dans moi! désespoir trouvez-vous tant de charme-;? rac. Bér. v. 5. Qu'après un long hiverle printemps a de charmes ! jd. Poésies, I . Pour l'homme de bien la verni a mille fois plus de charmes que le vice, Trie. Avenir. La vérité a des charmes dont un bon coeur a peine à se défendr'1. id. ib. Vous plaignez mon exil, il a pour mo. i v. (. La vie a ses attraits, mais la mort a ses char-
i. Triuwr. i. 2. I! enchante ces lieux par un charme invincible, id. ffenr! IX. Rougis-tu d'être belle, ô charme île mes yeuxl lamart. Méd. II, 24. || 4" S. m. plur. En parlant d'une appas. Celle dont mes ennuis avaient leur gu S'en va ] ses appas e1 ses charmes-,
MALH. v, 7, Elle pleure en secret le mépris de ses
s. riAC Andr. l, i. Hermione à Pyrrhus pro- I tous ses charmes, ro. ib. I, I. Il commençait à trouver des charmes dans sa personne, hamilt. Gramm. t. Vénus avait répandu sur elle de nouveaux charmes, fén. Tél. VU.
— REM. 1. lXaprès les grammairiens, ce mot ne
i attraits, d'appas, et qu'au singulier quand il signifie cette puissance secrète qui attire, ce qui plaît, ce qui touche. La première partie de la remarque est vraie; mais la seconde ne l'est pas, comme on peut s'en assurer en parcourant les exemples. Celte distinction, qui n'a rien en soi de logique ou de grammatical, ne qu'une affaire d'usage; or 1
• est contre elle. || 2. Des grammairiens prétendent que charme ne se dit pas des personnes ue des choses. Cette remarque n'est pas fondée.
rtine a très-bien dit: Ô charme de mes yeux.
teille a dit charme à, par une tournure poétique, aujourd'hui archaïque : Si vous n'avez un charme à [un moyen de] vous justifier, cohn. liod.
— SYN. 1. CHARME, ENCHANTEMENT. Le charme
(carmen) est une formule en vers ou en prose mesurée à laquelle on attribue la vertu de troubler » de la nature. L'enchantement {incantamentum) est l'action de prononcer cette formule. Comme à tout moment, dans le discours, on prend la cause pour l'effet ou l'antécédent pour le conséquent, la différence des deux mots disparaît, et ilssont la plupart du temps synonymes. || 2. charmes, appas. On est très-porté à confondre absolument ces deux termes. Mais, à une époque où l'on était plus près du sens primitif des mots, Malherbe n'a hésité à mettre: ses appas et ses charmes. En ell'et, appas se dit des beautés qui attirent ; et tharmes, de celles qui agissent par une vertu octulte, magique.
— HIST. xir s. Il dit un charme que il avoit aprins. Garin, n, <oi. k uns charmes truvad, par unt il soleit asuager les mais, Rois, 241. || xm's,
i que je feré ; Un bon charme vos aprendré, R< n 7660 | xves. Les aucuns de ces
affii moienl que le roi estoil demi né par sorts et par m, IV, 54. À l'amour ne suys
. Et j'ame encori i loin i I- 3 armi -, Mais le vin, dès que je fi i C'esl pourquoi j'en fai tous mes carmes [versj , bassel. 4.[|xvr s. Conjurations, charmes, characteres..., pari . fnlrod. 27.
— ÉTYM. Carmen, chant, vers, formule d'enchantement, anciennement casmen, sanscrit çasman, de caris, célèbre 1 .
2. CHARME (char-m I, s. m. Arbre de haute tige, de la famille des amentacées (ca/rpinus betulus, L.). de chai me. Le chai mu est d'un grand u âge le charronn - HIST. xiii* s Le guichet qui estoit de charme j / 1 lins", 524. Ormes i ot branchas et gros, Et avec ce charmes et fos [hêtres .... ib. 1368. ||xv's. Les supplians sioient de leur bois, c'est assavoir deschara] pelez 1 haï mes . 1»' c \ ige . char men.
— ÉTYM. Wall ou, chaune : Berry, eh unir, charpe; i, carme; rouchi, carne, carme; Saintonge, char-
pre; espagn. carpi carpino; du latin euiinnu,
que l'on croit un mot celtique, etque l'on interprète par car, bois, et pin ou pen, tête. C'est charme larmer qui, dans le français, a conduit, par assimilation, à nommer charme l'arbre que plu sieurs patois nomment plus régulièrement charne ou charpe. Les dictionnaires latins varient, accentuant tantôt cârpinus, tantôt carpïnus; les langues romanes, qui ont l'accent sur car, prouvent que la première accentuation est la bonne.
CHARMÉ, ÉE (char-mé, méc), part, passé. || 1" Affecté d'un charme. Les forêts charmées par Annide.... 11 faut que i'enfer d'un étrange nuage De ma rai on charmée ait offusqué l'usage, rotr. Bélis, v, ■ •.
Il 2° Attiré, séduit. Nos yeux auraient été charmés de voir cette terre, fén. Tél. n. Maître, n'en doutez point, d'un cœur déjà charmé, Commandez qu'on vous aune et vous serez aimé, rac. Bére'n. n, 2. La Piété charmée Sent renaître la joie en son âme calmée, boil. Lutr. vi. Charmé de deux beaux yeux, mon vers charma la cour, Et ce que j'ai de nom je le dois à l'amour, corn. Excusi à Iriste. Le roi m'a fait l'honneur plusieurs fois de me parler, et j'en suis sorti à mon ordinaire, c'est-à-dire fort charmé de lui et au déi contre moi, rac. Lettres à Iloileau, 19. Il 3" Adj. m. En termes forestiers, bois charmé, arbre qu'on a gâté par le pied pour le faire périr. CHARMER (char-mé), v. a. || i° Exercer une action magique par le moyen d'un charme. Un faux ciel et une terre feinte se présentèrent au pilote; et l'impression de la divinité trompeuse qui charmait ses yeux.... fén. Tél. ix. Aurait-elle appris la merveille De si bien charmer ses appas Que je pusse la trouver belle? malh. v, 10. 11 [l'amour] croit charmer ses sens [de Mornai], il croit blesser son cour, volt. Henr. ix. Je puis l'enseigner des prières Pour charmer la fureur des loups, bérang. Ch. et laitière. Si le roi de Suède s'est jeté dans le péril.... le cardinal de Richelieu pouvait-il charmer la balle qui l'a tué? voit. Lett. 74. || Le serpent charme et attire les petits oiseaux. Ainsi l'oiseau, faible et timide, Veut en vain fuir l'hydre perfide Dont l'œil le charme et le poursuit, v. hugo, Odes, iv, 6. || 2° Par extension. Voilà de vos chrétiens les ridicules songes ! Voilà jusqu'à quel point vous charment leurs mensonges! corn. Poh/. iv, 3. Il 3" Suspendre l'effet d'un sentiment triste et pénible. Tu charmais trop ma peine, et le ciel qui s'en fâche.... id. Hor. m, \. Rien ne peut-il charmer l'ennui qui vous dévore? rac. Bérén. 11, 4. Je charmerai ta peine en attendant le jour, lamart. Méd. Il, 3. Il Rendre agréable ce qui est désagréable ou ce qui peut être considéré comme fatigant. La lecture charme les loisirs. Il 4° Plaire, ravir. Tel Sophocle à cent ans charmait encore Athènes, corn. .4k roi. Plût aux dieux Que sa bonté touchât là beauté qui me charme! id.
Cinna, in, 2 Je m'en doutais, seigneur, que ma
couronne Vous charmait bien autant du moins que ma personne, id. Nicom. I, 2. Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce Qui me charme toujours et jamais ne me lasse, rac. Eslh. 11, 7. Un Dieu si bon ne peut-il vous charmer? id. Ath. \ , 4. C'est maintenant, dit-il au roi, que vous allez charmer vos sujets, fénel. Tél. xiv. L'heureux talent dont vous charmez la France, volt. Epit. xxv. I. Ainsi, pour nous charmer, la tragédie en pleurs, D'Œdipe tout sanglant fit parler les douleurs, boil. Art p. m. Il Absolument. Là tout charme et rien n'éblouit. Il Familièrement, causer une vive satisfaction. Vous me charmez en m'apprenant cela.
— HIST. xme s. Maint homme i est à mort charmé [maltraité], g. guiart, t. il, p. 458, vers H908 (20891). Il xivc s. Le suppliant fery le dit Nepveu un seul coup.... et le dit coup charmé de paroles seulement, sanz autre médecine ne garisou, le dit Nepveu ala de vie à trespassement , du cange , carmen. || xve s. Tous guérirent, excepté icellui Estienne qui fit charmer sa plaie qu'il avoit sur la teste, sans autre remède y quérir, id. ib. Le quel Anglois se fist, comme lendit, charmer par un franc archier.iD. ib. Par quoy on doit son faulcon hast' nie prendre mue, qui en veut charmer et voler la saison d'yver, Modus, f° xc, verso. ||.xvie s. Et bon vin, s'ils en peuvent fournir, à fin de charmer la brouée [tuerie brouillard], paré, xxrv, 7. Je veux parler, maistresse, à quelque vieil charmeur, Pour vous rendre amoureuse, et changer vostre humeur : .le faux : l'amour qu'on charme est. de peu de séjour,
bons. 236 pour charmer mon souci, Page, verse
a longs traits du vin dedans mon verre, id. 273. L'humide nuict qui de son voile enferme L'œil et le soing de l'homme qu'elle cherme, id. 623. Charmer les puces [s'enivrer], oudin. Platon fait inhibition à ceux qui ont charmé les puces, choliéres. Contes, t. 1, dans le ROUX, Dicl. comique.
— ÉTYM. Charme I.
[ CHARMEUR (char-meur), s. m. .CHARMERESSE (char-me-rè-s') et CHARMEUSE (char-meû-z') , s.f. Il 1° Celui, celle qui emploie les charmes. Charmeur de serpents. || 2° Charmeuse, celle qui charme un cœur. Juge un peu quel désordre aux yeux de ma charmeuse, corn. Illusion, ni, i.
— HIST. xv" s. Le dit Henry appella la dite femme putain, larronnaisse et charmegneresse, du cange, carmen. Les grans tempestes pardurablcs. Qn'en enfer souffrent les pécheurs, Charmeurs, devins, sorciers, sorcières, Mir. de Ste Genev. |l xvr s. les
son iers, enchanteurs, devins, magiciens, charmeurs, empoisonneurs, exorciseurs, se vantent de guarir plusieurs maladies, paré, Introd. '21.... En peu de temps du breuvage donné Peurent forcer la force charmeresse, rons. 41. Les immodérées et charmeresses blandicesde la volupté, mont, iv, 3oo.
— ÉTYM. Charmer.
CHARMILLE (char-mi-H', Il mouillées, et non char-mi-ye), 5. f. || 1" Plant de petits charmes. H 2" Terme de jardins. Palissade, berceau, allée de charmes et même de diverses autres espèces d'arbres, taillés de manière à présenter une surface plane, un mur de verdure. Quand d'une faible charmille Votre héritage est fermé, bérang. Ménétr. A l'ombre de vertes charmilles.... Vous voulez danser aux chansons, id. Orage.
— étym. Charme 2; wallon, chârnale, chnurnia; namurois, chaunia.
CHARMOIE (char -mol) , s. f. Lieu planté de charmes.
— REM. Les noms de lieux plantés de certains arbres se terminent généralement en aie : aunaie, châtaigneraie, etc. Charmoie fait une exception qui n'est qu'apparente; tandis que, la prononciation changeant, les autres changeaient oie en nie. charmoie a gardé l'ancienne orthographe, et la prononciation est devenue différente de celle des mots congénères.
— ÉTYM. Charmez; Saintonge, charprd; picard, canouc.
CHARNAGE (char-na-j'), s. m. Temps dans lequel l'Eglise catholique permet de manger de la chair. Cette dorure [mélange de blancs d'œuf et de jaunes pour dorer la pâtisserie] est la dorure de charnage; car, pour la dorure de carême, ce -n'est que des œufs de brochet détrempés avec un peu d'eau, hichelet, Dicl. Il Vieux.
— HIST. xme s. Nus ne puet ne ne doit ouvrer en charnage puis vespres sonans, au dit mestier, ne en quaresme puis complie sonant, Liv. des met. 48. Chascun jor en la quarantaine Et une foiz en la semaine La batoient, ce vous redi, En charnage, le vendredi, ruteb. h, 176. ||xve s. Car karesme vient et commande A charnaige , tant qu'on le mande, Que pour ung temps se tire arrière, ch. d'orl. Rond.
— étym. Wallon, charnèie ; namurois, chaurnaie; provenç. carnatgue; du bas-latin carnaticum, du latin caro, carnis, cl. air (voy. chair et comp. carnage).
f CHARNA1GRE (char-nè-gr') , s. m. Espèce de chiens lévriers, qui forcent le gibier dans les ronces où il se retire.
f CHÀRNAL1TÉ (char-na-li-té), i. f. Caractère de ce qui est charnel, par opposition à spiritualité.
— HIST. xirs. Tôt ce que de carnaliteit soi levoit en eaz [eux], Job, 422. || xmes. Car jà tant n'y ara d'esperitualitê, S'en ne fuit et eschieve toute oportunitéj Que moult ne s'i embate de la charnalité, j. de meung. Test. 2068. Comment Diex prist carnalité En la virge sainte Marie, du cange, carualitas. Il xve s. De faict et de semblant le mareschai est net de cestuy vice de charnalité, Bouciq. iv, 7.
— ÉTYM. Cariialitalem , de carnalis, enarnel (voy. ce mot).
CHARNEL, ELLE (char-nèl, nê-1'), adj: || 1° Qui dépend de là chair. Appétit, plaisir charnel. || Fig. Dont les pensées et le cœur sont attachés à la chair, en parlant des personnes. Non, ces hommes charnels dont les cœurs s'abandonnent À tout ce que les sens ordonnent, Ne possèdent jamais un bien si précieux, corn. Imit. 1, «. Oblige déménager la faiblesse d'un peuple charnel, mass. Car. Pardon. Ils avaient à entretenir un peuple charnel, pascal, Fig. I. |l Substantivement. La grandeur qui vient de Dieu est invisible aux charnels et aux gens d'esprit, pasc dans le Dict. de bescherklle. || 2° Qui est engendré selon la chair. Enfants d'un père charnel, nous naissons tous charnels comme lui, mass. Carême, Culte.
— HIST. xi" s. J'à n'ert [il ne sera] vaincut par nul homme carne], Ch. de Roi. clviii. || sii's. Ne coneit-il negum home charnô, Ronc. p. m. Et Olivier et ses amis carnaus, ib. p. 149. Que odeles [ils] ne oussent conversement charnel ne cumpaignie, Rois, 275. Ce est li charneiz deliz, Job, 4 52. sire, fait ele, por noient en parlez; Je vos aim plus que nul home charnel, Raoul de C. 228. || xme s. Mais l'amor qui te tient ou las [au lacs], Charnex delis te représente, la Rose, 4017. Femme efforcier, si est quant aucuns prent à force carnele compaignie à feme contre le [la] volentéde le [la] feme, beaum. xxx, 7. Il xivc s. Et comme telles fortunes qui peuvent avenir as amis charnels ou autres soient de
CHA
cm
CHA
moult manières.... oresme; Kih. 26. Foie amour charnel, id. ib. 239. Et en delettacion charnel, in. th. Si. Deliz corporels et charneux, id. ib. IX, 15. Il XVe s. Si aucuns des dits prisonniers ou de leurs parents ou amis charnels tiennent contre nous aucunes forteresses, froiss. II, II, 24 1 . || xvi° s. Ceulx qui sont de leur nature subjects aux volupté/ charnelles.... amyot, Comment il faut nourrir les enfanta, 40. Les appétits charnels, mont, i, 383.
— ÉTYM. Provenç. et espagn. camcl; ital. carnale ; du latin carnalis, de caro, carnis, chair(voy. chair).
CHARNELLEMENT (char-nè-le-man), adv. D'une manière charnelle. Charnellement se joindre avec sa parenté, En France c'est inceste.... Régnier, Sal. V. H Fig. Selon la chair. Il ne considère les choses que charnellement.
— HIST. xmc s. Li desloiaus rois Henris ala tant entour la damoisiele qu'il fu carnelment àli, Chr. de Rains , p. 13. Et chascun qui vitcharneument , Se fait tout mort certainement, nu cange, carnaliter. Por eus acoler et baisier Et por eus charnelment aisier, la Rose, 4396. y xv° s. Si [la reine de Hongrie] traita et bailla sa fille au marquis de Blanquebourez qui tantôt l'espousa et geut avecques elle charnellement, FROÎSS. 11, II, 233.
— ÊTYM. Charnelle, et le suffixe ment; provenç. carnalment, charn aiment ; espagn. et ital. carnaU mente. Charnelment ou chant ument de l'ancien français est fait de même, charnel étant au féminin, comme carnalis qui est masculin ou féminin.
CHARNEUX, EUSK (char-neû, neû-z'), adj.
Terme de médecine. Qui est principalement composé de chair. Mot vieilli.
— HIST. xvic s. Le fond de l'estomac est charneux et moins membraneux que le dessus, paré, Introd. 6. La solution de continuité ne se guarit pas en partie nerveuse comme en partie charneuse, id. ib. 22.
— ÊTYM. Provenç. carnos; espagn. et ital. carnoso; de carnosus, de caro, carnis, chair (voy. ce mot). •
t. CHARNIER (char-nié; IV ne se lie jamais; au pluriel l's se lie : les charnié-z et les jambons), s. m. Il 1° Endroit où l'on garde le; viandes salées et, en général, toute espèce de viandes. Mille autres moutons comme moi. Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire, Seront servis au peuple-roi, A. chénier, 2G8. ||2°Dansle langage des chasseurs, gibecière. On dit beaucoup plus souvent carnier. Il 3° Cimetière, lieu où les corps morts sont déposés : sens aujourd'hui lombé en désuétude. On me jettera dans les charniers Saint-Innocent et on ne mettra sur ma fosse qu'une croix de bois, volt. Préf. de Cath. Vadé. || Galerie autour des églises à Paris, où l'on donnait la communion aux grandes fêtes. j| 4° Dépôt des os exhumés des charniers ou cimetières. || La pile mémo des ossements.
— HIST. xr s. En un carnel comandez qi^'on les port [porte], Ch. de Roi. cevm. Ad un ca"nei' sempres [ils] les ont porlet, th. ccix. || xn ' "' s- A pieux agus [ils] font lescharners [fosse morKUa'reJ ouvrir, llonc. p. 156. y xinc s. Et no fra"1- crestien (que Jhesus puist sauver) Ont fait tous-1 Antioche des mors Turs délivrer ;Ens es carniers ^efofs les alerent jeter, Ch. il'Ant. vi, 4 085. Bacejns [jambon] mal salés En charnier empire, A di<jt n vilains, Proverbes du vilain, ms. dans lacu/',ne- Il XIV" s- Le charnier des esperviers est fait'si|run arbre qui a regart à leur aire, et est aussi ranime au trait d'un arc de leur dit aire, Ménagier.< m> 2- li xvC s- Loys de Luxembourg fist faire r » la place où la bataille avoit esté, pluseurs carnier'' et Puis nst assembler tous les mors, fenin, Hir>. Quand je considère ces testes Entassées en ces ch;irn'ers> Tous furent maistres des requesles, Au mo is de la chambre aux deniers,
que les tuez eurent esté mis harniers, Mathieu de coucy,
UOO, dailSLACURNE. Il XVI°S.
lia est le charnier, auquel
; des Macédoniens qui mou-
yot, Alex. 13. Deux char-
l'un plein de venaison de
carl. iv, 24. Cuisine ac-
'fices; assavoir, charnier,
î-paià.... 0. DE SERRES, 20.
du bon charnier, que du
■ cave, s'en trouvant peu
u, mesme les lards, ne
Villon, G. Test. Apr!
en terre en de grand Ilist. de Charles VII, Et non gueres loing furent enterrez les co rurent en la bataille, niers [caisses de cha cerf, l'aultre de sangb compagnée de tous se^ boulengeric, fournil, si Plus rare est le rencont bon grenier et de la bon où les chairs de pourc s'enrancissent, id. 836.
— ÊTYM. Bourguig. a inier; provenç. carnier; espagn. carnero; portug. c '''neiro; ital. camajo;de carnarium, du latin tara , ïr»«, chair (voy. chair).
t 2. charnier (char-ni i s. m. ||l°Termede ma-
rine. Jarre où se met l'eau pour la consommation journalière de l'équipage. || 2° Terme de pèche. Cuve où l'on met l'huile tirée des foies de morue. On dit aussi foassier.
— étym. Charnier 1 ; ainsi nommé à cause qu'autrefois un garde-manger y était joint où les matelots serraient ce qu'ils gardaient d'un repas pour l'autre sur leurs rations de viande.
I. CHARNIÈRE (char-niè-r'), S. f. || 1° Assemblage de deux pièces de bois ou de métal enclavées l'une dans l'autre, réunies par une broche et mobiles l'une sur l'autre. La charnière d'un compas, d'une tabatière. Boucle, boîte à charnière. Petits os emboîtés les uns dans les autres en forme de double charnière, boss. Connaiss. 11, 7. || 2" Terme d'anatomie. Charnière ou ginglyme, articulation qui n'exécute que des mouvements de flexion et d'extension. || La partie qui unit les valves d'une coquille. Charnière d'un coquillage. || 3° Terme de mécanique. Charnière universelle, appareil pour transmettre le mouvement de rotation d'un axe à un autre axe de position variable. || 4" Outil qui sert à graver sur les pierres dures.
— HIST. xme s. De nostre Seigneur Dieu sunt les charnières de la terre, et il posa seur elles la reondece, Psautier, f° 182. Ces sept estoiles [la grande ourse] apelent li sage home l'une des carnieres du firmament ù il tome, Comput, f°(3. || xive s. À Guillaume Arode, orfèvre, pour argent doré par lui mis et employez en avoir fait et forgié quatre coplettes à charnières, de l aborde, Émaux, p. )66. Uns tableaux d'argent doré, fermans à chernieres, où il y a plusieurs reliques, id. ib. p. 208. S'avoit une chainture de fin or d'Arrabie, A carnieres estoit ouvrée et entaillie, Raud. de Seh. xi, 873. Caria table estoit d'or; en croix aloit ploiant Par charnières d'or fin qui bien furent séant, Guescl. 9095. Il xv s. Celle ville estoit tellement ouvrée et charpentée que on la pouvoit défaire par charnières ainsi que une couronne et rasseoir membre à membre, froiss. 11, in, 35. y xvi" s. La charnière pour faire jouer et mouvoir la jambe, mise au devant du genouil, paré, xvn, )2. ^^.
— ÊTYM. Charnière, qui dans le PsautierJ'^TMuit cardines du texte latin, vient d'un bas.-lakiin cardinaria, dérivé de cardo, cardinis , jsgCnd (voy. cardinal). Diez, avec bien moins, "tt'apparence, le rapporte à cran.
f 2. CHARNIÈRE ' vchar-niê-r'), s. f. Terme de fauconnerie. Endroit où le fauconnier portait son leurre et la cb-wir dont il acharnait l'oiseau.
— ÉTYV*. Le même que charnier 1.
f CK-ARNON (char-non), s. m. Petit cylindre
cre' Jx qui fait partie de la charnière d'une botte.
— ÊTYM. Charnière 1 .
CHARNU, UE (char-nu, nue), adj. || Ie Bien
fourni de chair. Un corps charnu. || 2° Formé de chair. Les parties charnues du corps. || 3" Terme de botanique. Plante, feuille charnue, celle qui a de l'épaisseur et une sorte de chair. || Fruit charnu, celui dont la substance est ferme et en même temps succulente. H 4° S. m. Ses jambes me parurent d'un charnu, d'un fini qui approche de l'Apollon du Beîvéder, volt. Jenny, i.
— HIST. xme s. Et sera bien carnus et bruns ,
alhbrant, f" 10. || xvie s Prise ses doigts, prise
ses bras polys, Semblablement ses espaules charnues, marot , iv, 39. L'homme bien charnu et musculeux, paré, Introd. 6. Nous confirons les olives; convient les choisir des plus grosses et charnues, o. de serres, 843. Certes je n'ay point le cœur si enflé qu'un plaisir solide, charnu et moelleux comme la santé, je l'allasse échanger pour un plaisir imaginaire, spirituel et aéré, mont m, 234.
— ÊTYM. Picard, chairu; provenç. carnul; ital. carnuto; du latin caro, carnis, chair (voy. chair).
CHARNURE (char-nu-r'), s. f. L'ensemble des parties charnuesdu corps. Avoir une charnure ferme molle.
— HIST. xve s. La charneure clere brune; mais la chiere ot assez pale, christ, de pisan, Charles V, i, ch. 17. || xvie s. Sa charneure sentoit bon et il avoit Paleine très doulce, amyot, Alex. 6. il avoit la charnure blanche et molle, id. César, 2t. Un corps, pour amplifier en charnure ou gresse, n'est pas dit s'augmenter, paré, Introd. o.
— étym. Provenç. carnadura; du bas-lat. carnatura, du latin carnatus , bien en chair, de caro carnis, chair (voy. chair).
CHAROGNE (cha-ro-gn') , s. f. Corps de hôte morte et en décomposition. Semblable à ces lâches oiseaux qui ne se jettent que sur des charognes el
des corps morts, vertot, Révol. rom. liv. xn, p. (57. Ne considérons plus un corps comme une charogne infecte , pasc. Lettre 4. Telle fut lafortune d'un repaire [Marly] de serpents et de charognes, de crapauds et de grenouilles, st-sim. 4io, t56. || Par extension et par dépréciation, viande. Ma table ne serait point couverte de charognes lointaines, j. j. rouss. Ém. iv.
— HIST. xne s. E la charuigne Jezabel girrat cume feins el champ de Jesrael, Rots, 379. || xiir* s. Les charoignes de tes sers que il ocistrent , livrèrent il as oisiauxetas bes tes, Psautier, f"97. Il n'a ne créance ne foi, Ne que chiens qui charoingne tire ruteb. .217. Chascuns scet que quant l'ame de sa charongne part, De cest monde n'emporte avec soi point de part, j. de meung, Test. 309. Li ver ont la charongne, et li parent la terre; Mauvais fait pour tiex hoirs mauvaisement àcquerre, id. ib. 340. f| xv s. Autrement ils eussent esté tous morts et em punaisés sans mercy, tant leur envoyoit on de charognes pourries et d'autres ordures par les engins, froiss. I, I, 1 1 5. || xvie s. Qu'il n'y avoit aulcun mal de se servir de nostre charongne à quoy que ce feust pour nostre besoing, et d'en tirer de la nourriture, mont, i, 24o.
— étym. Picard , carone , carongne; Saintonge, chareugne; provenç. caronha; ital. carogna ; d'un latin fictif caronia, dérivé du nominatif caro, chair (voy. chair).
t CHAROGNEUX, EUSE (cha-ro-gneQ, gneù-z') , adj. Qui tient de la charogne. Vieux.
— HIST. xvie s Tous oiseaux funèbres, Chaz-
huans, amis des ténèbres, Avec maint charogneux corbeau, du bellay, vu, 51 , recto. Lorsque l'air est infecté par des vapeurs putredineuses et charogneuses, paré, ix, 15.
— ÊTYM. Charogne.
f CHAROI (cha-roi) , s. m. Terme de marine. Embarcation qui sr •;, .'■■ •' •'-'•■nents faisant la pèche de la morur à '; erre- Neuve
>' 'nv..i. Le même que charroi.
| •.II«n/-V»T /l A ... . "•'•>'
CHARON (ka-ron), s. m. Terme de mytlu "gie. Divinité de l'enfer dont la charge' était de fam passer aux morts dans une barque le fleuve du Styx.
— ÉTYM. Xâpwv.
f CHARONIEN, IENNE (Ka-ro-niin, niè-n') , adj
Grotte charonienne, grotte dans laquelle règne un air méphitique.
— ÉTYM. Xaptôvctoç, de Xapuv, Charon; dételles grottes ayant été comparées par les Grecs à l'ouverture qui conduit aux enfers.
t CHAROTE (cha-ro-f), s. f. Terme de chasse. Espèce de panier ou de hotte, qu'on emploie dans la chasse au pluvier.
t CHARPENTA1RE (char-pan-tê-r'), s. f. Un des noms vulgaires de la scille.
CHARPENTE (char-pan-f), s. f. |j i» Assemblage de pièces de bois ou de fer servant aux constructions. \\ Bois île charpente, bois propre à la construction. || 2" Par extension. La charpente du corps, la charpente osseuse, les parties osseuses du corps,' considérées surtout dans leur assemblage el en ce sens qu'elles déterminent la forme générale du corps. L'épine du dos sert de fondement à la charpente du corps, buff. Animaux, ch. xi. || Par une autre extension. Les masses énormes des montagnes constituent la base et comme la grosse charpente du globe. || Fig. La trinité est l'archétype de l'univers, ou, si l'on veut, sa divine charpente, chateaub. Génie, i, t. || 3° 11 se dit aussi des parties qui, dans un ouvrage d'esprit, forment le plan et le soutien du reste. La charpente d'un poëme. Les syllogismes sont la charpente d'un sermon, Mém. de Trév. 1726.
— HIST. xvie s. Aussi fut cetie belle naumachie ou combat de galères, tout à l'antique, et pour la façon encore et enrichissement des dites galères de leurs poupes et proues, tant pour l'art de la lia que l'on appelle la charpente en Levant, que pour la menuiserie, brant. Cap. fr. t. n, p. 17, dans
LACURNE
— ÉTYM. Picard, carpente (voy. charpentier.; CHARPENTÉ, ËE (char pan-té, té< i, part. |
|| 1° Du bois charpenté. || Fig. Un homme nÇr reusement charpenté. Un roman bien charpi || 2° Taillé grossièrement.
CHARPENTER (char-pan-té) , v. a. ll>. raiUérdu bois de charpente pour le mglirt en étal d'être assemblé. || 2° Faiiiilièrep-.,;V , Sécouper, tailler maladroitement. Charpente] une lai [| Ce chirur- " en isl un ignorant, il a charpenté le bras de son malade, en roulant lui ouvrir un abcès. || 3° Fig. i ei .i- de littérature. Dispose: , principales
CHA
d'une o?u\re littéraire. Ce roman e*t mal charpenté. Bien charpenter une pièce, bien faire le plan d'une ' i et l'enchaînement des scènes. Ma pièce Tancrède] est fort différente de celle qu'il a plu aux comédiens de charpenter sur le théâtre, volt. Lett. Thiriot, I9nov.4760. 4 V.n. Populairement, frapir. Et de la plus grosse branche il se mita charpenter sur Don Quichotte, Von Quich. part, i, dans lk roi \. Dict. comique.
— HIST. xn* s. Mauvaisement est faiz et joinz ponz, et mal fu charpentez, la Charrette,
3014. || xiit* s. Et li rois Pheiippes faisoit carpenter ;hà mer à grant plenté, Chr. de Rains, 37, Por carpenter ou por mâchonner, beaum. xxix, :.. Mult felonesse rente m'en rendront mi rentier; iar charpenteront li félon charpentier, huteu. h, 9G. || xv* s. 11 fit au dehors de la porte faire et charpenter une barrière.... froiss. i. i. 86. Le le France, qui estoit sage et subtil, charpenté et œuvré, entour ses traités, trois .et bien savoit qu'il avoit de bons amis er Hainaut, id. liv. i,p. 356, dansLACURNE. || xvi* s. Olivier île Mauny charpentoil partout avec sa hache, Uétn. s du <'.. xni. Et combien qu'ilz fussent pluà l'entour de lui à le charpenter, si ne pou- ■ moyen 'le le tuer, tant il estoil fort armé, amyot. Artst.34. Un logis de bois, où il y avoit quatre corps de maison qu'il avoit fait charpente! lerre, m. du bell. 27.
— ÉTYM. Picard, carpenter, faire du bruit (voy. charpentier).
CHARPENTERIE (char-pan-te-rie) , s. f. || 1° L'art de travailler les bois pour la charpente. || 2" Profession de charpentier. || 3" Travail de charpente. La char] enterie de cette église est fort belle. [| 4° Endroit où sont déposés les bois de construction sur les ports.
— HIST. xn* s. Ma gent ne ;event pas tant de charpenterie cjjmg êfevent ces de Sydonie, Rots, ■m . Ce sunt les ordenance's J$s mestres
-«i ^partiennent a charpenterie en la baniitje de '".ri-. Livredes met. <u4. Puis s'armèrent ensemble • gent seigneurie, Dont oïssiés grant noise et grant carpenterie, Ch. d'Ant. iv, 432 || xiv* s. Et la charpenterie est autre que n'est la fachon du temple, oresme, Eth. 30). || xve s. .Vint iceluy tonnerre mettre le feu au clochier de madame saincte Geneviève au mont de Paris, lequel brusla toute la charpenterie du dit clochier, j. de troyes, Citron. 1483. Congnoistre selon les espaces des charpenteries, à veoir les cours des toiz par un des cours seulement, quans milliers de clou et de late il aura sus au toit, e. deschamps, Art de dictier, p. 263.
xvi1' s. Il eut en l'espace de dix jours dressé et achevé son pont de la plus belle charpenterie, et à veoir de plus ingénieux devis, que l'on sçauroil penser ne croire, amyot, César, 30. Si on regarde bien le plus beau butïet ou chai it d'alors, ne dira on pas que c'est charpenterie et non pas menuiserie'? h. est. Ap. pour Hérodote, xxvm.
— ÉTYM. Cliarpenler ; provenç. carpentaria ; esi agn i nrpinteria ; portug. carpintaria.
CHARPENTIER (char-pan-tiô; l'r ne se lie pas; au pluriel Ys se lie : des char-pan-tié-z habiles), s. m. || 1° Nom des artisans qui travaillent à façonner les bois en pièces, et qui les assemblent, suivant certaines règles, pour la construction des édifices de terre et des bâtiments de mer. Un de ces vaisseaux avait été construit de ses propres mains [du czar] ; il était le meilleur charpentier, le meilleur amiral, le meilleur pilote du Nord, volt. Charles XII. 7. \\Adj. Maître charpentier. Apprenti charpentier. || 2" Pécheur de baleine, qui la dépèce pour en enlever le lard. || 3° 'ferme de zoologie. Oiseau de l'île Saint-Domingue, qui a le bec si i si pointu, que dans l'espace d'un jour il perce jusqu'au cœur le tronc d'un palmiste, arbre des plus durs. I, 4" Anciennement et fig. Les rouges charpentiers, le feu, l'incendie.
— HIST. xn* s. E li carpentier erent à lur disner aie "'h. le mari. 144. ||xm*s. Puis fist querre car-
par tout por faire eschieles et bierfrois,
"s valenc. xxxv. C'est à savoir charpentiers,
2liers et toutes autres manières d'ouvriers qui
f uvrcntdu trenchant en merrien, Liv. des met. loi.
Et chevaucierent dusques à l'ourmiel [ormeau] à
Gyso's, les arbalestiers et les carpentiers devant, à
boines haches trenchans et as boins martiaus j s,
Chr on. de Rains, 63. Benart, qui se do toit de guerre, A\oit fait porchacier et querre Charpantiers de plusors manieri Qui li fesoient ses periercs.. tien. 482)9. Vous me toléS ma terre, et metés efl < tre grange ce que je dsusse avoir, et voz n'en gorrés
CHA
[jouirez] jà, car je voz envoierai en vostre grange les rouges carpentiers [le feu], beaum. xxxix, 14. Et lors me seignai et m'agenoillai au pié de l'un d'eulz, qui tenoit une hache danoise à charpentier. joinv. 246. |] xive s. Semblablement le charpentier fait la maison pour habiter, oresme, Eth. II. || xv* s. Le charpentier et le masson N'estudient que bien peu, non, Et si font aussi belle mine Qu'estudians en médecine, la font. 337. ||xvies. Un cherpantier trouva l'invention de miner une grille dans un ruisseau ... d'aub. Ilist. i, 316. On dit qu'un bon charpentier ne fait jamais d'esclats, bouchet, Serées, "liv. u, p. 259, dans lacurne.
— ÉTYM. Wallon, chèpetî; namurois, cherpèti; rouchi, carpentier; provenç. carpentier; espagn. carpintero; portug. carpinteiro ; ital. carpentiero ; de carpentarius , charron, carrossier, de carpentum, char; le nom du charron en latin est devenu le nom du charpentier dans les langues romanes.
f CHARPENT1ÈRE (char-pan-tiê-r') , s. f. Nom de certaines femelles d'insectes hyménoptères qui percent le bois. || Un des noms des pics.
— ÉTYM. Charpentier.
| CHARPI (char-pi) , s. m. Billot sur lequel le tonnelier taille les douves.
— ÉTYM. Voy. charpie.
CHARPIE (char-pie), s. f. Fils provenant de morceaux de vieille toile de 8 à 10 centimètres de longueur et d'autant de largeur, que l'on a effilés. Les Filles-Dieu portent et reportent çà et là les bouillons, la charpie, chateaub. Génie , iv , ni, 6. || Fig. Cette viande est en charpie, se dit d'une viande trop cuite, et dont les fibres se détachent.
— HIST. xivc s. Decouppez les membres par morceaulx, et mis à la charpie, c'est à dire que de la cuisse l'on face trois pièces, Ménagier, 11, 5.|| xvi° s. On remplira la playe de charpy sec, paré, vi , t.... Se gardant y mettre de la charpie, id. vin, 33. Et sera mis dessus de la charpie seiche, id. xv, 1.
— ÉTYM. Génev. charpi, charpis, s. m.; picard, carpie; Saintonge, charpille. Charpi, s. m. qui se dit dans les provinces et dans le peuple et qui est devenu une faute , et charpie sont le participe passé de l'ancien verbe charpir (charpir la laine, la Rose, 20429; il desmembrent et charpissent, g. chastelain, Expos, sur cérité mal prise) conservé dans quelques provinces (Berrv, charpir, mettre en loques; wallon, cherpi, éfaufiler), et qui vient, par changement de conjugaison, de latin carpere, couper, tondre. Charpie est plus ancien dans la langue que ne l'indique l'historique-, car on trouve, dans des textes latins du xme siècle carpia, ce qui suppose le français charpie.
1. CHARRÉE (cha-rée), s. f. || 1" Cendre qui reste sur le cuvier, après que la lessive est coulée. || 2" Résidu des soudes brutes soumises au même traitement que les cendres.
— HIST. xive s. Pren de bonnes cendres et met avec de l'eaue etfais comme charrée, Ménagier, 11, 5. Leur deffend icelle chambre jetter de leurs maisons, par les fenestres, ordures, urines, charrées, infections, Ordonn. des rois de France, t. 11.
— ÉTYM. Berry, cherrèe. Ménage le tire de cinerata, cendrée; la Monnoye, du bourguignon carre, cendre. Il est bien probable qu'en effet charrée'csi que'que altération de cendrée.
f 2. CHARUEE (cha-rée), s. f. Terme de pèche. Larve d'insecte qui sert d'appât.
CHARRETÉE (cha-re-tée) , s. f. Ce que contient une charrette. Une charretée de foin. || Populairement. Une charretée d'injures, toute sorte d'injures qu'on dit à quelqu'un.
— hist. xne s. Cil porte un mail, n'ot lance ne espée; De fer i ot demie cliaretée, Bat. d'Aleschans, v. r,3<;9. H xme s. Et de bûches à charretées Por faire feu en cheminées, la Rose, (7873. Nulle charretée, pour avoir nul que elle meine, quex que li avoirs soit, ne doit paier que deus deniers de chaucie, Liv. des met. 275. Une caretéede buce [bûche], beaum. xxiv, te. Il xive s. De charrettes en a mené mainte chartéc, Guescl. it>08. On en peûst chargier quarante charetées, Girarl de Ross. v. 4604. Il xvi* s. Mille bourdes qu'il a en France rapportées, Assez pour en charger quatre grandes chartées, duijell. iv, 83, verso. Combien encourut de ruyne nostre dernier duc de Bourgoigne, pour la querelle d'une charretée de peaux de mouton ! mont, iv, 167.
— étym. Charrette; provenç. et espagn. carrelada; ital. carretata.
). CHARRETIER, 1ÈRE (cha-re-tié, tiè-r'), s. m. et f. Il 1" Celui, celle qui conduit une charrette. On ne
CHA
plaint guère un cheval de charretier dans son écurie, j.j. rolss. Ém. iv. Il Familièrement. Jurer comme un charretier embourbé, ou, simplement, comme un charretier, jurer beaucoup, \\Adj. Garçon charretier. Il Charretier se dit quelquefois de celui qui conduit la charrue. || 2° Un des noms de la constellation du Cocher.|| Proverbe. Il n'y a si bon charretier qui ne verse, c'est-à-dire il n'est si habile homme auquel il n'arrive de commettre quelque faute.
— UEM. On trouve souvent, dans les textes du xvi* siècle et par suite dans les livres imprimés au xvn* siècle et au xviii", chartier au lieu de charretier. Pour ve.nir au chartier embourbé dans ces lieux, la font. Fabl. vi, 18.
— hist. xue s. Et lors a dit li chevaliers, Cil qui ot esté charretiers, la Charrette, 684. |[xin* S. Si que li arçon ne puissent estre mis en œuvre, fors que à sele à charretier, Liv. des met. 215. Bourelier ne puet cloer sele à charetier de cloz d'estain, ib. 221. D'autre part il est plus grans hontes D'un fil de roi, s'il estoit nices Et pleins d'outrages et de vices, Que s'il iert filz d'un charretier, D'un porchier ou d'un çavetier, la Itose, )9(i89. Et bien apartient qu'on ait miséricorde du caretier, beaum. lxix, 18. i] xiv* s. Son charretier se arresta tout effraie, bercheure, f" 23, rffsfi. || xve s. Voici venir quatre gros lourdiers , charretiers ou bouviers, louis xi, iVour. xcvm. |] xvic s. Que de mon nom la mer nommer je face, Ou que je sois ce chartier mal appris.... dubell. v, 3, verso.
— ÉTYM. Charrette ; Berry, cherretier ; provenç. charretier, carratier; espagn. carretero; portug. carreteiro; ital. carreltiere.
2. CHARRETIER, 1ÈRE (cha-re-tié, tiè-r'), adj. Par où les charrettes peuvent passer. Chemin charretier. Porte charretière. || Voie charretière, l'espice compris entre les roues d'une charrette, espace ordinairement déterminé par les règlements.
— ÉTYM. Voy. le précédent.
t CHARRETIN (cha- re-tin), s. m. Espèce de charrette sans ridelles.
— étym. Charrette.
t CHARRETON (cha-re-ton) ou CHARTON (charton), s. m. Conducteur d'un chariot, d'une charrette. Le charion n'avait pas dessein De les mener voir Tabarin, la font. Fabl. vm, 1 2. Vieilli.
— hist. xn* s. Après la charrete [il] s'avance, Et voit un nain sor les limons, Qui tenoit comme charretons Une longue verge en sa main, la Charrette, v. 346. || xme s. C'est un hareng, ce dit Renart, Car jetrovai un charreton Qu'en portoit une charretée, Ren. 4124. Et doivent cil qui ont fait le meffait, si comme li caretons et cil qui sont au conduire, estre bani du lieu, beaum. xxiv, )6. ||xves. On prit deux chars chargés de pourveances atout quatre ch.Tretons vestus de grises cottes et armés dessous, froiss. il, H, 22). Le charreton fit si grand diligence qu'il amena deux voitures plus qu'il n'avoit fait es jours paravant, louis xi, Nouv. vu. Eon charton tourne en petit lieu, le roux de lincy, Prov. t. ii, p. )C). || x'vies. Soudain les chevaulx s'effrayèrent; le charton fit tout ce qu'il put pour les arrester, amyot, Publ. .26.
— ÉTYM. Charrette; génev. charoton; Berry, charton; picard et Rouchi, carton; wallon, chèron.
CHARRETTE (cha-rè-f), s. f. || 1° Voiture à deux roues, avec deux ridelles et deux limons. J'entends déjà partout les charrettes courir, boil. Sat. vi. || Fig. et familièrement. Un avaleur de charrettes ferrées, un fanfaron. || 2" Charrette à bras, petite charrette traînée par un ou deux hommes. || 3° Terme de chasse. Machine pour approcher du gibier sans lui causer de crainte.
— REM. La prononciation . ovinciale de cheretlc n'était pas encore tout à fjj bannie de l'usage au xvn" siècle; et l'on discut§" 'ur savoir lequel était le meilleur, cherette ou p rette, marg. buffet, Observ. p. 50. • '
— HIST. xie s. En tror "es très bien [ils] les ont guiez [guidés], a. <//" ex. ||xiir*s. Sur chars et surcharreteset sur si,-,., trousser, Berle, xcvn. Et lor fist bailler den»erei!'| êtes, et si s'en alerent droit à Biauvais, Chror 'J iains, g?. Et nous les deduisans sentiers, Noi, >s chemins à charretes, Mes les jolives sentelet, ( lîf et renvoisié tenons, la Rose, 21697. Ne en intiers ne doit aler nule carete, en nul tans c ] ■ puist fere damace as biens de terre, beaum. d\ , 2. En démenties [tandis, (jne je venoie, je l, / .é trois homes mors sur une charrette, joinv. 2*J . || xvi* s. Il se saisit d'un vieux clou de charrettj.1 mont, h, 128. On les couchoit sur des charrW,^ pleines de bruyère, id.
CHA
CHA
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— ÉTYM. Diminutif de char; wallon, cRèrêfe ;Berry, chairette, charte; provenç. et espagn. carrela; ital. çarretto.
f CHARRIABLE (cha-ri-a-bl') , ad). Qui peut être charrié.
— HIST. xvic s. Vins charriables et de facile tran-
poi't, O. DE SERRES, 218.
— étym. Charrier.
CHARRIAGE (cha-ri-a-j'), s. m. Action de charrier, de voiturer. Le charriage est difficile en hiver. || Le prix du transport.
—HIST. xve s. Ilavoitdansun fort chastel sa femme et ses enfants et, tout son cariage,FROiss. il, il, 236. Passèrent ceste petite rivière, pour venir assaillir nostre charriage, qui estoit trop grand, comm. viii, 6. || xvie s. Le roy gaigna tout le gros chaînage.... J. marot, v, (35. 11 fut le premier qui meit le feu au chariage royal, où l'on trainnoit son bagage, amyot, P. Mm. ts. Le second jour furent aussi portez sur grand nombre île charriage, toutes les plus belles armes des Macédoniens, id. ib. 55. Monsieur de Sainct Pol feit passer l'artillerie et tout le bagage et carriage pour marcher droit à Pavie, m. ou bell. 15C. Le vin vaut bien le charriage Qu'il y a il l'abbaye du Broc, j. le houx, i.
— ÉTYM. Charrier; picard, carriage; bourguig. cairiaige.
CHARRIÉ, ÉE (cha-ri-é, ée), part, passé. Le vin charrié jusqu'à notre porte. Des glaçons charriés par la rivière.
1. CHARRIER (cha-rié), s. m. Drap de grosse toile sur lequel, dans la lessive, est placée la charrée.
— HIST. xvie s. Puis faut passer les dites choses par dedans un charrier double, ou autre toile, paré, xxv, 32. Puis coulerez le tout au travers d'une grosse nappe ou charrier, id. ib.
— ÉTYM. Voy. chahrée ; bourguig. charroi.
2. CHARRIER (cba-ri-é), v. a. || 1° Voiturer dans un chariot, dans une charrette. Des hommes qui charrient le bois du Liban, labruy. vi. || Fig. et absolument. Charrier droit, se comporter comme on le doit, remplir son devoir. Cette Puisieux était bien épineuse; il fallait, comme vous dites, charrier bien droit avec elle, sévigniï au comte de Bussy , 13 octobre 1077. Et qu'il fera bien, s'il me croit, Désormais de charrier droit, scarron, Giganlom. chant i. J| 2° En parlant d'une rivière, entraîner, emporter
dans son cours. Cette rivière charrie beaucoup de sable. La rivière charrie d'énormes glaçons. Un torrent charriait du limon et des pierres, j. j. rouss. Hél. iv, 16. || Absolument, entraîner des glaçons. La rivière charrie. ||3° Terme de fauconnier. L'oiseau charrie, quand, emportant la proie, il ne revient que quand le fauconnier la réclame; et aussi quand il se laisse emporter à la poursuite de la proie. || 4° Terme de marine. Charrier de la voile, se dit d'un navire qui porte beaucoup de voiles.
— HIST. xic s. Cinquante chars qu'en [on] fera carier, Ch. de Roi. iH.||xmes. On trouva l'àigbe [l'eau] si durement engielée que on pooit bien charier sus, n. de valf.nc. xiv. Por le carier ou por autres fres.... beau m. xxix, 4. Il ne pooit souffrir ne le charier ne le chevaucher [supporter ni la voiture ni le cheval] , joinv. 300. Et sunt aucune fois cil qui plus tost charient Contre clers et pieias, et plus les contrarient, j. de meung, Test. 039. || xve s. Le comte ne pouvoit mais chevaucher, mais charier se faisoit, quand il vouloit aller d'un lieu en un autre, froiss. m, îv, 25. Et y firent amener et charrier du pays voisin grand foison de blés.... id. 1, 1, 12c. Gravier de blanche marie, fort et dur, sur quoi on peut fermement charier, m.
I, 1, 278. Â cely devoit bien estre nientmoins soing aussi de charrier droict tant pour son honneur comme par obligacion , g. chastel. Chr. de Bourg. m, ch. 163. 11 estoit maistre avec lequel il falloit charier droit, comm. vi, 7. || xvie s. Nos âmes ont charié si uniement ensemble, mont, i, 214. Si les sens altèrent ce qu'ils nous charrient du dehors, id.
II, 360. Ce n'est pas tout que la volonté charie droict, id. m, 37 1. Ils n'avoient aultre moyen de charier qu'à force de bras, ou en traisnant leur charge, id. iv, 20. Elle taschoit de faire trainer et charier ses navires jusques en l'autre mer, amyot, Anton. 90. Les sablons que ces eaux charrient, 0. de
— ÉTYM. Wallon, chéri ; picard, carrier ; Bcrry, charreyer ; provenç. carregar ; anc. catal. carrcjnr; anc. espagn. carrear; ital. carreqgiare ; du bas-lat. carricare (voy. charger) decarrws, char. Charrier et charroyer sont deux formes d'un môme mot, suivant les anciens dialectes de la France.
f CHARRIERE (cha-riè-r'), s. f. Voie par laquelle peut passer un char, une charrette.
— HIST. xmes. Il a différence entre erre et charriere ; quar erre est par quoi l'en puet aler à pié et cheval sanz plus ; charriere est par quoi l'en puet amener char ou charrette, Digeste, f" 105. Lesse [largeur] de chariere donée tient en atendue onze piez, Liv. de just. 142. À compaignie si pleniere Qu'il tenoit toute la charriere, la Rose, 20420. Por l'estrece de la quarriere, Fabli. et contes anciens, 1, p. 196.
— étym. Charrier; bourguig. chareire ; provenç. carriera; espagn. carrera; portug. carreira; ital. carriera. Voy. carrière i .
f CHARRIETJR (cha-ri-eur) , s. m. Terme d'argot. Variété de voleurs qui exploitent les campagnards.
CHARROI (cha-roi), s. m. || 1° Transport par chariot ou par charrette. Trois mois de fâcheux temps pendant lesquels on n'a pu faire charrois ni labours, p. l. courieh, n, 277. Il 2° S. plur. Terme de guerre. Corps de troupes chargé du transport des bagages ou de l'artillerie d'une armée. On dit aujourd'hui train. || 3° Salaire du charretier.
— HIST. xiie s. Od granz tonels, od grand charrei Fet les deniers porter od sei, Boman de Rou, v. 15964. Là quistrent somers et carrei, gaimar, Haveloc , v. 500, dans raynouard. || xine s. Porquoi murdristes cel soupir? Que nel laissastes fors issir? Celer vos en quidiez vers moi; Mais ge sai trop de cest charroi [manière d'agir], Partonopex, ms. f° 149, dans lacurne. Il xiv0 s. Artillerie est le charroi qui.... est chargé des quarriaus en guerre, g. guiart, an 1304. y xve s. Il leur convenoit [à Pierre de Beuil et les autres qui ramenaient l'engin de la Réole] tenir le plus ample chemin pour leur charroy, froiss. n, n. 5. S'estoient mis à pied hommes d'armes et archiers, et cloz de son charroy, comm.
i, 3 Opina disant qu'on bruslast une partie de
charroy et qu'on sauvast seullement l'artillerie, id. i, 4. Il xvi" s. L'artillerie et leur charroy [ils] gaignerent, j. marot, v, 135. Le lendemain le roy fist mettre sus Son ost et camp, carroy, pouldres, bahus, id. v, 145. Et ainsi triste, en haste s'en alloit Par maint carroi [chemin], par maint canton et place, marot, 11, 278. Les Romains les menèrent tuans et batans jusques en leur camp et à leur charroy, amyot, Marius, 34. Il faisoit mener un grand charroy de bateaux pour passer le Pau, quand il lui plairoit, carl. i, 41. Il n'y avoit place, canton, carrefour, ny carroy.... id. m, 20. Aux carrois des rues, de cent pas en cent pas, paré, t. m, p. 706.
— ÉTYM. Voy. charroyer; Saintonge, charroi; provenç. charrei.
CHARRON (cha-ron), s. m. Celui qui fait des chariots, des charrettes, des trains de voiture et particulièrement des roues. ||-4d/. Ouvrier, apprenti charron. Maître charron.
— HIST. xme s. C'est à savoir charpentiers, tonneliers, charrons, couvreurs de mesons, Livre, des met. 104. y xvie s. Charrons, voituriers, chartiers, amyot, Péric. 25.
— ÉTYM. Char; picard, caron.
CHARRONNAGE (cha-ro-na-j'), s. m. Art ou ouvrage du charron. Les pièces d'artillerie étaient bien montées, et le charronnage m'en parut anglais, chateaub. ltin. n, 136. || Bois de charronnage, bois propre aux ouvrages de charronnage.
— ÉTYM. Charron.
CHARROYÉ, ÉE (cha-ro-ié, iée, ou cha-roi-ié, iée), part, passé.
CHARROYER (cha-ro-ié ; quelques-uns disent cha-roi-ié), je ebarroie, tu charroies, nous charroyons, vous charroyez, ils charroient ; je charroyais, nous charroyions, vous charroy iez; je ebarroyai; je charroierai; je charroierais ; que je charroie, que nouscharroyions, quevouscharroyiez; que je charroyasse ; charroyant, v. a. Transporter sur des chariots ou charrettes.
— SYN. charroyer, charrier. Ces deux verbes n'ont pas de différence de sens, puisqu'ils sont un seul et même verbe à deux prononciations; mais cette différence de prononciation a fini par faire, d'une part que charroyer est moins usité que charrier, et, d'autre part, que charroyer ne se prend jamais au figuré; ainsi l'on dit charrier droit, et non charroyer droit; le fleuve charrie du limon, et non charroie; la Seine charrie et non charroie.
— HIST. xne s. Cinquante chars lui faites caroier, Ronc. p. 3. || xme s. Ne vos estovra charroier, Ne çà ne là porter nul fais; À toz jors rnfcz vivrez en pais, Ren. 7568. Il orent un engien qui moult fist à prisier, A. clous ef à chevilles l'orent fait atachier, Et par desous le pont mener et caroier, Ch. d'Ant.
iv, 25i. || xive s. Icelluy Montfaucon dist au dit Grisart, qu'il avoit bien besoin de charroier droit, à quoi le dit Grisart respondit que c'estoient menaces, du cange, assecurare.
— ÉTYM. Char. Charroyer est une autre forme de charrier.
t CHARROYEIJR (cha-ro-ieur ou cha-roi-ieur), s. m. Celui qui charroie.
— ÉTYM. Charroyer.
f CHARRUAGE (cha-ru-a-j'), i. m. Étendue qui peut être labourée avec une seule charrue.
— HIST. xvie s. Les charruages [terres labourables], prez, vignes et estangs , Coustumier génér. t. i, p. 456.
— ÉTYM. Charrue.
CHARRUE (cha-ruc), s. f. ||i° Instrument pour labourer la terre, qui consiste en un train monté sur deux roues, et un soc tranchant. C'est à Osiris que les Egyptiens attribuaient l'invention de la charrue, noel et carpentier, Dict. des orig. || Fig. Tirer la charrue, avoir beaucoup de peine, faire un travail continu. || Fig. C'est une charrue mal attelée, se dit d'une entreprise dirigée par des personnes qui ne s'entendent pas, d'un ménage qui va mal. || Fig. Mettre la charrue devant les bœufs, commencer par où l'on devrait finir. || Un cheval de charrue, un homme grossier et stupide. || 2° L'étendue de terre qu'on peut labourer avec un attelage de charrue. Cette ferme est de deux, de quatre charrues, ||3° Fig. L'agriculture. On reverra la charrue en honneur, fén. Tél. xn. || 4° Terme de pêche. Sorte de filet à manche.
— HIST. xiie s. Ne la meùssenl li buef d'une chesrue, Ronc. p. 105. || xmc s. De cel vilain qui si vos tue Et vos fet trere à la charrue, Ren. 7560. Cames de rentes doivent estre prisies, cascune jornée à deux quevax, deux sous par an, beaum. xxvii, 22. Se mors le fet de vie nu, Voisent lai [qu'ils aillent là] dont ils sont venu : Si voist ebascun à la charrue, ruteb. 163. || xve s. Tournant à chaque propos la charrue contre les bœufs, Arrests d'amour, 53* arrest, p. 484, dans lacurne. || xvi" s. Charrue da jeunes veaux, Chasse de jeunes chevaux, Et da jeunes faulcons la voilée Fo"nt rarement bone journée, le roux de lincy. Prov. t. i, p. 155. Les chefs furent contraints d'obtempérer; car aux guerres ci- f viles, quelquefois la charrue mené les bœufs, la J noue, Discours, p. 8io, dans lacurne. j
— ÉTYM. Picard, kérue, carue ; norm. quiérue^ (Valogne) ; wallon, chèrowe ; namurois, chèreuwe; rouchi, kérue; provenç. carruga; portug. charma; ital. carruca; du latin carruca, voiture dont le nom général a passé spécialement à la machine à roues dite charrue.
f CHARRUYER (cha-ru-ié) , s. m. Charretier, laboureur. Terme vieux.
— HIST. xme s. Car lor cors ne vault une pomme Oultre le cors d'ung charruier, Ou d'ung clerc, ou d'ung escuier, la Rose, 18793.
— ÉTYM. Charrue.
CHARTE (char-f) ou CHARTRE (char-tr'), qui est aujourd'hui tout à fait tombé en désuétude et qui est seul dans le Dict. de richflet, s. f. || 1° Acte concédant des franchises, des privilèges. Charte de commune. Charte d'affranchissement. Le serf pouvait, par une chartre de son seigneur, combattre contre toute personne, montesq. Esp. xxvm, 2 5. || La grande charte, charte par laquelle Jean (1 215), roi d'Angleterre, accorda certains privilèges, hases des libertés de la nation. Henri III confirma la grande chartre d'une manière très-solennelle, fên. xyn, 408. || Chartes générales du Hainaut, ordonnance d'un archiduc, en 1619, contenant le recueil des anciennes lois du Hainaut. || Charte ou chartre normande ou aux Normands, titre contenant plusieurs privilèges ou concessions accordés aux habitants de Normandie le 1 9 mars 1 31 3 parle roi Louis X et confirmés à diverses reprises. On mettait dans la plupart des lettres de la grande chancellerie : Non obstant clameur de haro , charte normande à ce contraire, etc. || Lettres de charte, lettres de grande chancellerie qui attribuaient un droit perpétuel et contenaient cette adresse; À tous présents et à venir. || La charte constitutionnelle, ou, simplement, la charte, celle que Louis XVIII octroya en (814, qui fut modifiée après la révolution de 1830, et abolie par celle de 1848. || Par suite, toute constitution accordée par un prince. || Acte législatif qui, en Angleterre et aux États-Unis, euustir.i" mie corporation. La charte de la compagnie des Indes. || 2° Ancien titre, si la chartre de quelque héritage était attaquée de toux, montesq. Espr. xxvm, »s. || L'école des chartes, école instituée pour apprendre à lire et à interpréter les chartes, diplômes, etc. et
CHA
en général pour étudier les titres, les institutions, les usages du moyen âge. || 3" Terme de commerce. Charte partie, acte qui constate le louage de tout ou partie d'un navire. Nous ne fumes pas plutôt arrivés qu'on nous demanda notre charte partie, qui es' si nécessaire à la mer, que tout homme qui navigue sans l'avoir est pendable, retz , iv , 330. Ce mot vient d'un ancien usage : au lieu de faire le double de l'acte, on le coupait en deux parties, dont les deux contractants gardaient chacun une. Partie est ici le participe passé du verbe partir, partager.
— HIST. xi' s. Les naïfs [serfs natifs] qui départent de leur terre ne deivent cartre faire, Lois de Guill. 33. Il est escrit es cartres et es brefs, Ch. de Roi. cxxv. Il fist la chartre au moustier de Laon, ib. CLiii. Faites faire errament Vos Chartres et vos briés [brefs] à clerz bien escrivanz, Sa.t. xxi. Vous porterez ma chartre où li seax d'or pend, i6.|| xme s. Vos et vostre père lor avés juré leur convenances à tenir; il en ont vos Chartres, villeh. xciv. Amors de la chartre leile A si la novele espandue Que jamès n'iert bons de vaillance Qui ne s'acort à la sentence, la Rose, 2088t. Autant vaut fours qui ne cuist, comme chartre qui n'est uzée, beaum. l. I. Cil qui ont tex manières d'uzages monstrent par chartre que le [la] coze lor fust otroiée par le segneur du liu, id. xxiv, 7. |] xv° s. Car estoient en la Gascongne trop anciennement chartes et privilégies du grand Charlemaigne, froiss, liv. i, p. 2 53, dans lacurne. Et prenans la pièce d'une chartre, escripvirent à Joseph, disans: Paix soit à toy et à ceux qui sont avec toy, Perceforest, t. vi, f° (24.
— ÉTYM. Provenç. espagn. et iial. carta ; du latin charta, du grec /âp-cïK, papier. Dans la forme chartre, IV vient d'une assimilation fautive avec chartre, prison.
f CUARTIL (char-ti ; 17 est toujours muette), s. m. || 1° Le corps d'une charrette. || 2° Appentis qui sert de remise dans les basses-cours pour les charrettes, les charrues et les autres instruments de campagne. Emplissant à milliers Greniers, granges, chartils et caves et celliers, Régnier, Sat. xv.
— hist. xiiic s. Fourches, fleaus, restiaus, fauches, ne doivent riens detonlieu, necharetil, ne chevron dolé, Liv. des mit. 323. Si me jetent el charretil, Ren. 4)67. Cil saillirent au charretil Où il cuidierent Renart prendre; Mais il ne volt pas tant atendre, ib%
— ÉTYM. Charrette, par l'ancienne forme charretil ; picard, carti; Berry, chârtil, chartiou; Saintonge, chartis.
t CHARTISME (char-ti-sm') , s. m. Doctrine des chartistes qui a un caractère socialiste.
f CHARTISTE (char-ti-st'), s. m. Les chartistes, parti anglais formé récemment, et réclamant l'adoption d'une charte démocratique qu'il a rédigée et qui contient des réformes sociales. || Chartiste s'est dit aussi, en Portugal, de ceux qui étaient partisans de la charte de Don Pedro contre Don Miguel.
— ÉTYM. Charte.
f CHARTOGRAPHE (kar-to-gra-f), s. m. Celui qui s'occupe de chartographie. On écrit plus souvent cartographe.
t CHARTOGRAPHIE (kar-to-gra-fie), s. f. Voy.
CARTOGRAPHIE.
f CHARTON (char-ton), s. m. Voy. charreton.
i. CHARTRE (char-tr'), s. f. Voy. charte.
2. CHARTRE (char-tr'), s. f.\\i" Prison. Cette chartre est faite de façon Que.... la font. Diable. || Il est vieux. Usité encore dans cette locution : Tenir en chartre privée, séquestrer une personne sans autotorité de justice. ||2° Nom vulgaire du carreau ou atrophie mésentérique, cette maladie retardant le développement et tenant le petit malade comme en une chartre, en une prison. Tomber en chartre. Etre en chartre.
— HIST. xne s. Que, se li clers forfait à perdre sun mestier, Face le sis prelaz en sa chartre lancier, Th. le mart. 31 . || xme s. Puis li liast on poins et piez, Si fust jetez trestoz liez En la chartre ou en lajeôle.... Ren. 8603. Cil que l'en met en chartre oscure, Et en vermine et en ordure, la Rose, 2623. C'est [l'amour] chartre qui prison [prisonnier] soulage, Printems plains de fort yvernage, ib. 4343. Lors, se vous ne voulez ce croire, Quand il ara sur vous victoire, Sans retour en sa ebartre noire Au feu d'enfer ardoir irez , j. de meung, Cod. 93. || xve s. Et par sentence fut privé de tous ses bénéfices et mené en un tombereau, mitre et condamné en chartre perpétuelle et au pain, juvën. Charles VI, 4 416. || xvie s. Pour retirer aucuns de la chartre des vices, sleidan. fei9. Si on en réchappe, le malade
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tombe en fièvre hectique ou en chartre, ou en mal caduc, paré, xxiii, 44. Je plainds plusieurs gentilshommes qui, par la sottise de leurs médecins, se sont mis en chartre tous jeunes et entiers, mont.
— ÉTYM. Génev. charte; espagn. carcer ; ital. carcere; du latin carcerem, prison.
f CUARTRÉ, ÉE (char-tré , trée) , adj. Qui a une charte, un privilège, un droit. Villes chartrées.
— hist. xve s. Nous tenir ens es franchises anciennes , dont nous sommes Chartres et bulles, froiss. II, II, 240.
— étym. Chartre \.
CHARTREUSE (char-treû-z') , s. f.\\\° Couvent de chartreux. Moins au courant des progrès de l'esprit que les moines enfermés dans les cellules des chartreuses, dider. Sur Vhist. du Parlement. \\ 2° Petite maison de campagne isolée. || 3° Terme de cuisine. Mets composé de plusieurs légumes. ||4' Variété de tulipe. || 5° Sorte de liqueur, composée par les moines de la Grande-Chartreuse (près de Grenoble) avec les plantes aromatiques des montagnes et de l'eau-de-vie.
— ÉTYM. Chartreux.
CHARTREUX (char-treû), s.m. || 1° Religieux de l'ordre fondé par saint Bruno en l'an 1086. Les règles des chartreux sont très-sévères. Le jeûne et le silence continuel , l'abstinence de chair même dans les grandes maladies, la clôture perpétuelle et le cilice qu'ils ne quittent jamais, des prières pendant une partie du jour et de la nuit, telles sont les principales parties de la discipline des chartreux. Il y a quelques couvents de religieuses chartreuses. Les chartreux sont les premiers qui prirent des frères lais pour les services extérieurs, j Poudre des chartreux, kermès minéral. || 2° Chartreux, ou, adjectivement, chat chartreux, chat d'un gris bleuâtre. || 3° Espèce de champignon de la couleur du chat chartreux.
— HIST. xv" s. Entre chartreux ou reclus A-il point fait sa retrete? ch. d'orl. Rond.
— ÉTYM. Cartusiensis , de Catursiani montes, nom des montagnes où ces religieux se sont d'abord établis, ou de Catorissium, Caturissium, Chatrousse, nom du village du Dauphiné auprès duquel fut fondé leur premier monastère.
CHARTRIER (char-tri-é; IV ne se lie jamais; au pluriel l'.s se lie : les char-tri-é-z et les chartes), s. m. || i° Lieu où l'on conservait leschartesdu royaume, d'une abbaye. || 2" Recueil de ces chartes. Richard enleva à Philippe-Auguste son chartrier qui le suivait partout, volt. Mœurs, 50. || 3° Celui qui était préposé à la garde des chartes. Qu'un vieux carme Chartrier Ait pour arme L'encrier, v. hugo, Rail. xii.
— ÉTYM. Chartre <. Dans l'ancienne langue, chartrier a aussi signifié geôlier, venant de chartre 2.
CHARYBDE (ka-ri-bd'), s. m. Gouffre situé dans le détroit de Sicile, vis-à-vis d'un écueil appelé Scylla. H Fig. Tomber de Charybde en Scylla, n'échapper à un mal que pour tomber dans un autre.
— ÉTYM. Charybdis, en grec Xâpuëôiç.
t. CHAS (châ; \'s se lie : un châ-z étroit), s. m. || 1° Trou d'une aiguille. || 2° Instrument de maçon, qui est une plaque carrée de métal, percée d'un trou par lequel passe le fil auquel on suspend un plomb.
— HIST. xivc s. À Jehan Cossart donnons un chas de maison avec la place derrières, du cange, chas sum. Et après se ala coucher en une petite chambre tenant au dit chas ou cuisine, id. ib. || xvie s. [Le puissant du monde] Rare exemple de Dieu, quand., par le chas estroit D'une aiguille, il enfile un cable qui va droit, d'aub. Tragiques, îv, les Feux.
— ÉTYM. Picard, case, trou d'aiguille. Chas est le masculin de châsse, signifiant ce qui enserre, enclôt, entoure; et châsse venant de capsa, chas vient du bas-latin capsum, capsus, qui est le même que capsa. Chas de maison, de l'ancien français, signifie une clôture.
f 2. CHAS (châ), s. m. Colle à l'usage du tisserand. || Colle d'amidon qu'on tire du grain par expression.
fCHASSARLE (cha-sa-bl'), adj. Qui est bon à chasser.
— HIST. xiv8 s. Tu congnoistras le jeune cerf de la biche par les traces, et aussi le grand cerf du jeune, et s'il est chaçable ou non, Modus, i° vu, verso. C'est le signe qu'il soit cerf chaçable et cerf à dix cors, Modus, f° vm.
— ÉTYM. Cliasser.
CHA
CHASSE (cha-s'), s. f. || 1» Action de chasser, de poursuivre les animaux pour les manger ou les détruire. La chasse au vol ou du vol. Chasse à courre. Chasse au tir, au tiré; on dit aussi : la chasse à tir. Mettre ses chiens en chasse. Pays de chasse. Chien dédiasse. Permis de chasse. Rendez-vous de chasse. Chasse aux chiens courants, au lévrier, à l'oiseau. Partie de chasse. La chasse du renard. Ils s'en allaient à la chasse. Au retour de la chasse. L'aigle donnait la chasse à maître Jean Lapin , Qui droit à son terrier s'enfuyait au plus vite, la font. Fabl. il, 8. N'ai-je pas bien servi dans cette occasion, Dit l'âne en se donnant tout l'honneur de la chasse? id. ib. h, t9. || Grande chasse, ou chasse à la grande bête, celle qui comprend le cerf, le daim, le chevreuil, etc. |J Habit de chasse, costume porté par les chasseurs qui accompagnent le roi, l'empereur, les princes, les grands seigneurs. || Rompre lâchasse, troubler la chasse ou même l'interrompre. || Chasse volante, poursuite que, d'après une opinion superstitieuse, lesdémons font des âmes après la mort. || Fig. Donner la chasse, poursuivre, courir sus, repousser. Donner la chasse aux ennemis. Donnant la chasse aux Tartares, sév. 229. M. de Grignan donnera la chasse à ces démons, id. 546. 11 donne la chasse aux vices, boss. Union. Que me faudra-t-il faire? Presque rien, dit le chien : donner la chasse aux gens Portant bâtons et mend:ants, Flatter ceux du logis, à son maître complaire, la font. Fabl. i, 5. || 2° Etendue de terrain pour la chasse. Ce propriétaire a une belle chasse. Les chasses royales. || 3° Le gibier pris ou tué à la chasse. Je vous ferai manger de ma chasse. Faire bonne, mauvaise chasse. || 4° Les chasseurs, l'équipage de la chasse. Suivre la chasse. La chasse a passé par là. || 5°Terme de musique. Air ou fanfare de chasse, air à 6/8, d'un mouvement vif, composé pour les trompes ou cors de chasse, c'est-à-dire dans le mode majeur, et revenant particulièrement sur les notes del'accord parfait. Sonner une chasse. || Symphonie, ouverture, chœur, dont les effets tendent à imiter l'action d'une chasse. || 6° Terme de marine. L'espace que peut avoir, autour de lui ou au-dessous de lui, un bâtiment en mouillage. [| Chasse de proue, les canons qui sont placés à l'avant du vaisseau. || Donner chasse, poursuivre un navire. || Soutenir la i basse , seconder le vaisseau qui la donne ; et aussi fuir aussi vite qu'on est poursuivi. || Prendre chasse, fuir à toutes voiles pour se dérober à la poursuite. || Appuyer une chasse, poursuivre vigoureusement. || Lever, abandonner la chasse, cesser de poursuivre. [| Maintenir, continuer la chasse, continuer à poursuivre. || 7° Facilité qu'a une voiture de se porter plus ou moins en avant. Ce cabriolet a peu de chasse. || Espace où le jeu de certaines pièces d'un métier peut s'exercer en liberté. || Dans une lunette, toute la corne où le verre est enchâssé. || 8° Terme de jeu de paume. Le lieu où la balle finit son premier bond. Chasse au pied de la muraille, ou, simplement, chasse au pied. || Chasse morte, coup perdu. Fig. et familièrement, chasse morte, affaire commencée que l'on ne poursuit pas. || Fig. Marquer une chasse, relever une parole, une circonstance dont on veut faire- son profit. || 9° Terme de ponts et chaussées. Ecoulement rapide de l'eau pour chasser ce qui obstrue un chenal ou une rivière, j | Ecluses de chasse, écluses destinées à nettoyer un bassin, un chenal. [| 10" Huîtres de chasse, les huitres apportées par les chasse-marée. || 11° Terme de pêche. Filet tendu sur des piquets. || Chasse ouverte, verveux auquel on ajoute un filet horizontal tendu d'une aile à l'autre. || 12° Charge de poudre qui, mise au fond d'une pièce d'artifice, la chasse. || Terme de chimie. Feu de chasse, feu violent dans un fourneau. || 13° Maçonnerie qui garantit le verrier de l'action du feu. || Partie d'une balance, au milieu de laquelle est placée l'aiguille. || Partie du métier de tisserand qui frappe la trame après chaque coup de navette. || Sorte de niveau à l'usage du maçon. Chasse à parer, outil pour finir une surface plane, j Chasse carrée, sorte de marteau à deux tètes. || 14° Terme d'imprimerie. Nombre de lignes qu'une page d'impression a de plus qu'un certain modèle donné. || Proverbe. Qui va à la chasse perd sa place.
— HIST. xiie s. Tresqu'à la porte est la chace [de l'ennemi] durée, Ronc. p. 1 46. || xine s. Et lors orentil plus grant bataille, et tous retindrent avoec eus cels qui venoient en la chace qu'il porent retenir, villeh. cxliv. Droit au Mans le roy [il] mené, s'a la chace laissie, Berte, exix. Cresus se mist tantost en fuie, Quant il se vit seul en la place, Sans encombrement et sans chace, la Rose, 6524. Mes amors si forment m'atire, Que par tretous mes pensers
CHA
CHÀ
CHA
chace, Cum cil qui partout a sa chace, Et tous jors tient mon ruer sous s'ele [sous son aile], ib. 4652. || xv« s. Finalement, les archers qui là estoient furent déconfits et mis en chasse, froiss. i, i, si. Tandis qu'ils s'entretenoient en tel point, il vint accourant sur euh une chasse [troupe] de douze rhe\ aliers dont ils ne se donnoient garde, Perceforest, t. i, f" 130. Toutefois feist il tant de prouesses sur Salphar que desmonté l'eust, se ne fust esté Lucides qui adyiséement tourna une chasse sur eux qui par force les feist départir, ib. t. VI, f° 36. Il scet trop de chasse qui a esté veneur, le roix de lincy, Prov. t. u, p. 73. Il rencontra le comte de Peraude.... auquel il donna la chasse, Bouciq. I, ch. 29. || xvie s. Hz donnoient la chasse à quelques galères d'Athènes, amvot, Aie. 56. Il y avoit force arbalestes de courte chasse pour assener de près, m. Marcel. 25. Six grandes coulevrines de dix-huict pieds de chasse, pour battre aux defi'enses, carl. vu, 7. Bref la chasse au poisson me seroit le plaisir Sur tous autres plaisirs que je voudrois choisir, r. belleau. Bergeries, t. i, p. us, dans lacurne. Il n'est chasse que de vieux chiens, le roux de lincy, Prov. t. u, p. 73. Il ne nous advint jamais de parler des Jésuites, car lors c'estoit une chasse morte, ou, pour mieux dire, saincts qu'on ne festoit nullement, pasquier. Lettres, t. u, p. 669, dans lacurne.
— ÉTYM. Voy. chasser ; bourguig. chaisse; picard, cache; provenç. cassa; espagn. caza; portug. caca; ital. caccia.
CHÂSSE (chà-s'), s. f. || 1° Sorte de boîte ou de coffre qui contient les reliques d'un saint. Onfitpiomener dans Paris la châsse de sainte Geneviève, volt. Louis XIV , 5. J'ai brûlé trois cierges de cire Sur la châsse de saint Gildas, v. HUGO, Bail. 6. || 2° Sorte de manche composé de deux lames mobiles réunies seulement vers la partie qui tient à la lame de l'instrument. La châsse d'une lancette. || Monture servant d'encadrement. La châsse d'un verre de lunette. || La châsse d'une balance, le fer qui soutient le fléau. || Terme d'orfèvrerie. La partie de la boucle où est le bouton.
— HIST. xne s. Je vous dorrai tôt le trésor de l'arche; Ne demorra [restera] ne galice ne chasce, Li coronemens Looys, v. 450. Li casse où li saintuaire ert, rendi si grant odor, que il sembla à tous que paradis fut ouvers, laborde, Émaux, p. 2u9.|| xiii's. Cildui piler d'ivire estaient Moult gent, et d'argent sostenoient Une ymageteen leu de chasse, la Rose, 21000. Puisqu'elle fu mise en la chasse, ruter. ii, 223. || xve s. Pour l'ouvrage et faezon d'une chasse et fierté d'argent, verée et ouvrée à y mages de appoustres, à pinnacles et tabernacles pour mettre les reliques de Monsieur saint Mallou, laborde, ib. p. 209. || xvie s. Figure de deux historiés courbées, dont l'une est ouverte, l'autre enfermée dans son manche ou chasse, paré, vi, 8.
— ÉTYM. Berry, châsse, bierre, cercueil; du latin capsa (voy. caisse).
*. CHASSÉ, ÉE (cha-sé, sée) , participe passé. || 1° Poursuivi par les chasseurs. Sangliers chassés et pris. || 2° Expulsé. Hippias est chassé, la tyrannie des Pisistratides est entièrement éteinte, boss. Hist. i, s. Son père, chassé, au berceau, du palais des rois et de sa patrie, dont il avait été reconnu l'héritier légitime, volt. Louis XV. 25. |) Fig. La timidité chassée parle besoin. || 3" Renvoyé. Un domestique chassé par son maître.
2. CHASSÉ (cha-sé), s. m. Terme de danse. C'est d'abord le mouvement par lequel on chasse (voy. chasser) ; il ne prend qu'un temps ou la moitié d'une mesure oomme le pas ordinaire. Chassé est aussi le nom d'un pas figuré qui se fait de côté à droite ou à gauche, dans lequel il y a un chassé au second temps, et qui se termine par un assemblé. En ce sens léchasse prend 4 temps ou 2 mesures.
— ÉTYM. Chassé ) .
f CHASSE-AVANT (cha-sa-van) , s. m. Surveillant des ouvriers dans les grands ateliers. || Fig. Celui qui excite les autres. || Au plur. Des chasseavant.
— HIST. xvie s. Cela s'exécuta tellement quellement par les mains des soldats, qui avoient pour chasse-avant les canonades, d'aub. Hist. it, 3C8.
— ÉTYM. Chasser, pousser, et avant.
tCHASSE-BONDIEU(cha-se-bon-dieu),s. m. Morceau de bois qui sert aux scieurs de long à enfoncer leur coin. || Au plur. Des chasse-bondieu.
t CHASSE-BOSSE (cha-se-bo-s') , s. f. Nom vulgaire delà lysimachie (hjsimachia lutea, L.). || Au plur. Des chasse-bosse ou chasse-bosses.
— Êtym. Chasser, et bosse, à cause de la vertu qu'on lui attribue dans les contusions.
f CHASSE-CARRÉE, s. /'.Voy. chasse carrée, au mot chasse, n° ta.
f CHASSE CHIEN (cha-se-chiin), s. m. Portier, bedeau. || Au plur. Des chasse-chien ou chassechiens.
| CHASSE-COQUIN (cha-se-ko-kin), s. m. Populairement, bedeau. Ce Boileau qui fut autrefois Le chasse-coquin du Parnasse, N'est plus sur l'Hélicon françois Ce Boileau qui fut autrefois; Phébus, le voyant aux abois, Dit aux muses : vite, qu'on chasse Ce Boileau qui fut autrefois Le chasse-coquin du Parnasse, Ancienne épigramme contre Boileau. || Auplur. Des chasse-coquin ou chasse-coquins.
CHASSE-COUSIN (cha-se-kou-zin) , s. m. \\ 1° Mauvais vin, ou tout ce qui est propre a éloigner les parasites. || 2° Fleuret no pliant pas, qui est propre à bourrer ceux qui font assaut. || Au plur. Des chassecousin ou chasse-cousins.
— ÉTYM. Chasser, écarter, et cousin, dit ici pour celui qui abuse du titre de parent pour s'inviter trop souvent.
f CHASSE-CRAPAUD (cha-se-kra-pô), s. m. Engoulevent, oiseau. || Au plur. Des chasse-crapaud ou chasse-crapauds.
— ÉTYM. Chasser, et crapaud, à cause de la chasse qu'il donne aux crapauds.
f CHASSÉ-CROISÉ (cha-sé-croi-zé) , s. m. Pas figuré par lequel le cavalier fait un chassé à droite et ensuite un déchassé en passant derrière sa danseuse , et celle-ci fait devant son danseur le chassé à gauche et le déchassé à droite. Le chassé-croisé occupe 8 temps ou 4 mesures. || Fig. et dans le style familier et moqueur, chassé-croisé, se dit en termes de théâtre, de quatre personnages divisés en deux couples, qui font l'un par rapport à l'autre exactement la même chose. Ce mot se prend surtout en parlant de situations déjà connues -et dont on est rassasié. || Chassé-croisé se dit aussi des gens qui s'arrangent pour ne faire que changer de places, d'emplois. Le changement du ministère ne fut qu'un chassé-croisé.
— ÉTYM. Chassé, et croisé.
f CHASSÉ-DÉCHASSÉ (cha-sé-dé-cha-sé), s. m. Voy. chassez-déchassez.
f CHASSE-DIABLE (cha-se-dia-bl') , s. m. Un des noms du millepertuis. || Auplur. Des chassediables.
f CHASSE-ENNUI (cha-san-nui) , s. m. Ce qui est propre à chasser l'erjiui. Le vin est parfois un bon chasse-ennui. \\ Au plur. des chasse-ennui.
f CHASSE-FLEURÊE (cha-se-fleu-rée), s. f. Planche qui sert au teinturier à écarter l'écume de la surface de la cuve. || Au plur. Des chasse-fleurée ou chasse-fieurées.
— étym. Chasser, écarter, et fleur (d'écume).
f CHASSE-GOUPILLE (cha-se-gou-pi-11', Il mouillées) ,s. m. Outil d'armurier. || Au plur. Des chassegoupille ou chasse-goupilles.
— ÉTYM. Chasser, pousser, et goupille.
f CHASSÉ-HUIT (ena-sé-uif) , s. m. Voy. chassezhuit.
CHASSELAS (cha-se-lâ) , s. m. Raisin blanc estimé pour sa délicatesse.
CHASSE-MARÉE (cha-se-ma-rée), s. f. \\l° Voiture qui transporte le poisson de mer. || Le voiturier même. || Familièrement. Aller un train ou d'un train de chasse-marée, aller fort vite. || 2° Sorte de bâtiment côtier, ponté et à deux mâts. || Au plur. Des chasse-marée.
— REM. L'Académie qui, au mot chasse-marée , ne dit rien du pluriel, écrit, dans un exemple au mot chasse, des chasse-marées. Il est bien plus naturel d'écrire des chasse-marée ; car les chasse-marée chassent, c'est-à-dire mènent en hâte la marée bien plutôt que les marées; marée ne se disant pas en ce sens au pluriel.
— HIST. xve s. Se chevaulx à chasse marée Estiez, qui chascun jour sont las, S'estable aviez bienaprestée, Coucheriez vous à tout le bas [avec le bât]? e. desch. Poésies mss. f° 439, dans lacurne. D'une qui se fourre en ces trous, Sur le soir, quand la lune luyt, Elle chasse les loups garous Et les chassemarées de nuyt, coquill. Droits nouveaux. || xvie s. Six jours après je la trouvay hors la porte Montmartre sus un cheval de bast, jambe deçà, jambe delà, qui rioit à gorge desployée, et s'en alloit avec les chassemarées, paré, xix, 25, Une [clochette] Pendant au col, mal assurée, D'un cheval de chassemarée, r. belleau, CEuvres , t. h, p. 69, dans
LACURNE
— étym. Chasser, et marée.
CHASSE-MOUCHE (cha-se-mou-ch' ), s. m.
|| 1° Sorte de balai ou d'éventail pour chasser ies
mouches. || 2° Filet à cordelettes pendantes dont on garnit les flancs des chevaux pour les garantir des mouches. |) Au plur. Des chasse-mouche ou chassemouches.
t CHASSE-MULET (cha-se-mu-lê) , s. m. Valet de meunier. || Au plur. Des chasse-mulet ou chassemulets.
t CHASSE-NOIX (cha-se-noî), s. m. Outil d'armurier, espèce de chasse-goupille. || Auplur. Des chasse-noix.
f CHASSE-PARTIE (cha-se-par-tie) , s. f. Accord par lequel les aventuriers règlent ce qui doit revenir à chacun pour sa part. || Au plur. Des chassesparties.
— ÉTYM. Partie est ici le participe passé du verbe partir, partager: chasse partagée.
t CHASSE-PIERRES (cha-se-piè-r') , s. m. Appareil fixé en avant des roues d'une locomotive sur un chemin de fer pour écarter ce qui fait obstacle. || Au plur. Des chasse-pierres.
| CHASSE-POIGNÉE (cha-se-poi-gnée). s. f. Outil pour chasser la poignée d'une épée sur la soie de la lame. |j Au plur. Des chasse -poignée ou chasse-poignées.
f CHASSE POINTE (cha-se-poin-t') , s. f. Outil pour chasser les pointes ou goupilles d'un ouvrage quelconque. || Au plur. Des chasse-pointe ou chassepointes.
t CHASSE-PUNAISE (cha-se-pu-nê-z'), s. f. Nom de la cimicaire. || Au plur. Des chasse-punaise ou chasse-punaises.
CHASSER (cha-sé), v. a. || 1° Poursuivre le gibier, les bêtes fauves, pour les tuer ou les prendre. Chasser le renard. || Il se dit aussi des animaux qui poursuivent une proie. Le lion chasse les gazelles. L'aigle chassant les oiseaux, les lièvres et les lapins. [| 2° Terme de marine. Chasser un navire, lui donner chasse, le poursuivre. || Chasser la terre, s'en approcher. || 3" Faire marcher devant soi, pousser en avant. Chasser les sangliers dans les toiles. || Par extension, chasser l'ennemi devant soi, le forcer à se retirer, le poursuivre. || Pousser en avant. Le vent chasse la pluie, la neige de ce côté. Qu'ils soient comme la poudre et la paille légère Que le vent chasse devant lui, rac Esth. ni, 3. || La poudre chasse le plomb. Il eût fallu 1 50 livres de poudre pour chasser de tels boulets, volt. Mœurs, 91. || Chasser un clou, le faire sortir avec un marteau de l'endroit où il est entré. || Chasser à force, ou, simplement, chasser, faire entrer de force. Chasser à force un clou ou une cheville. Les tonneliers chassent à force les cerceaux pour bien serrer les douves. || Terme de manège. Chasser son cheval, le porter en avant en serrant les jambes. ||4° Mettre dehors, forcer de sortir, au propre et au figuré. Chasser quelqu'un du sénat. La nuit nous chassa de la forêt. Il fut chassé du théâtre au milieu îles sifflets. Chasser du corps un poison. Chassez les craintes qui vous obsèdent- Les remèdes qui chassent les fièvres. Vous pouvez, comme maître absolu de son sort, Le servir, le chasser, le livrer vif ou mort, corn. Pomp. i, \. C'est peu de t'a voir fui, cruel, je t'ai chassé, rac Phèd.ù, 5. Puisque c'est la chasser, Seigneur, je me retire, corn. 2Vtcom. in, 6. Son amour conjugal chassant le paternel.... id. ib. m, 7. Quel péril ou plutôt quel chagrin vous en chasse? rac Phèd. i,i. L'ardeur de s'enrichir chassa la bonne foi, boil. Épil. îx. Rien ne peut chasser cette image cruelle, mol. Psyché, i. t. Chassez de vos regards la plainte et le reproche volt. Zaïre, u, <. || Poétiquement. Le jour a trois fois chassé la nuit obscure, rac Phèdr. i, 3. || Écarter ce qui importune. Chasser les mouches. Le vinaigre chasse le mauvais air. || Fig. En termes d'escrime, chasser les mouches, parer au hasard. || 5° Congédier, renvoyer une personne par mécontentement. Chasser un domestique. || 6° V. n. Chasser au fusil, au furet, au chien courant, allerà la chasse des animaux avec un fusil, un furet, etc. Chasser à beau bruit. Chasser à cor et à cri. [| Chasser au loup, au renard, faire la chasse du loup, du renard. || Chasser bien, se dit d'un chien qui se comporte bien à la cha?se. || Chasser de gueule, aboyer en parlant d'un limier, qui naturellement est secret. Se dit aussi d'un braque ou d'un épagneul qui mène à la voix un lièvre ou un lapin. || Ce chien chasse de haut veut, il chassecont» le vent. || En parlant des chiens, chasser de race, chasser par race, par le fait de la race (de ici esl pouf par). || Absolument et fig. Etre d'ancienne raee. Je prétendsctre noble, et non pas. Dieu merci, De ceux qui seulement le sont cosi, cosl (couci-couci'i; Je chasse de plus loin , et ferais bien voir comme L'aïeul de mon aïeul était très-gentilhomme, th. corn. Dm
CHA
CHA
CHA
Bertran de Cigaral, rv, 1. 1| Fig. Donner la chasse, poursuivre pour prendre.... LesDelhys et les Slaves, Vils esclaves dressés à chasser aux esclaves, lamart. Harold, 34. Aux maris gaîment vous chassez; Pour vous je suis trop. jeune encore, bérang. Passez j. filles. || Fig. et familièrement, chasser sur les terres d'autrui, entreprendre sur les droits de quelqu'un, sur ses attributions. || Fig. et familièrement, cet homme chasse bien au plat, il a bon appétit, il mange volontiers chez les autres. || Familièrement, leurs chiens ne chassent pas ensemble, se dit de deux personnes qui ne sont pas en bonne intelligence. j| 7° Terme de marine. Ce bâtiment chasse sur les ancres, il les entraîne, et leur fait labourer le fond. Dans la nuit du 22 au 23, le bâtiment chassa sur son ancre, chateaub. Itin. n, 80. || Cette ancre chasse, elle ne tient pas le fond de la mer. || Chasser à la côte, chasser sur un navire, se dit d'un bâtiment que le vent ou le courant entraîne à la côte, sur un autre bâtiment. || 8" Aller, avancer, venir. Les nuages chassent du N. 0. || 9" Terme de métier. Commencer à étendre l'or et l'argent avec un marteau. || 10° Terme de ponts et chaussées. Ouvrir l'écluse de chasse. || il" Cette voiture chasse bien, elle roule avec facilité. || Terme d'imprimerie. Remplir beaucoup d'espace avec peu de composition. Si vous chassez beaucoup, l'espace vous manquera. || Occuper beaucoup d'espace, en parlant d'un caractère. Ce caractère chasse trop. || 12° Terme de danse. C'est d'abord ramener un pied derrière l'autre qu'on avance aussitôt, comme quand les militaires changent de pied pour se mettre au pas ; il ne faut pour cela qu'un temps ou une demi-mesure. Dans un second sens, c'est exécuter le pas figuré appelé chassé, lequel prend quatre temps. || 13° Se chasser, v. réjl. Se chasser l'un l'autre, s'expulser réciproquement. Les enfants de Cassandre se chassèrent les uns les autres de ce royaume, boss. Hist. I, 8. || Être pris à la chasse. Les alouettes se chassent au miroir. || Proverbe. Bon chien chasse de race, c'est-à-dire on ne doit pas être surpris que le fils fasse comme
son père de race Communément fille bâtarde
chasse, la font. Fer. Je suis un peu coquet, tu n'es pas mal coquette.... Nous chassons tous de race et le mal n'est pas grand, regnard, le Distr. m, 3. || Un clou chasse l'autre, c'est-à-dire un goût nouveau fait oublier les autres, et aussi en parlant d'une personne qui est supplantée par une autre, qu'une autre fait oublier. || La faim chasse le loup hors du bois, c'est-à-dire la nécessité fait faire ce qui déplait, ce qui répugne.
— HIST. xic s. Par vive force les en cacerent Franc , Ch. de Roi. cxxni. || xne s. Muetes de chiens lui donner pour chachier, Bonc. p. 3. Enz en un bois erent [ils étaient! allé chacier, ib. p. 164. Haï me vous [me haïssez vous], que tant vous travailliez Qu'aie [que j'ai] mari et de ci me chaciez? /ioma/icero, p. "4. Et Challemaine d'Aix de la terre chacier, Sax. vj. || xiiic s. Car cil qui chace adès et riens ne prent , Il emploie sa peine malement , matzner, p. 82. Qui deux choses chace ne l'une ne l'autre prent, le roux de lincy, Prov. t. n, p. 74.
On dit pieça Que tex cache [cherche] le mal d'au-
trui, Que li max retourne sour lui, Bl. etJeh. 3391. Et tout au derrière il se tient , Pour desfendre les bateliers, Se nuls le chasse par derriers, ib. 44(3. Mes la faim qu'il avoit as denz, Qui en chasse le leu du bois, Ben. 4909. Et pieça dist-on : Qui fuit, il trueve qui le cache, beaum. 66. Cil Guillaumes.... chassoit l'autre jour Un lièvre qui ert à séjour, ruteb. 290. Et le roy se loja à Iles dont il les avoit chaciés, joinv. 204. Se le roy de France nous envoioit maintenant par ses messages à chascun cent mars d'argent, nous ne les chacerions pas hors, m. 259. Il descendirent à pié et l'alerent trouver là où il chassoitaus bestes sauvages, id. 235. || xivu s. Un chien quant il chace bien, oresme, Eth. ix, 15. Au temps que cil oisiau sauvage Chantent doucement maint langage, [j] Aloie seuls par un boscage Un cerf chaçant, la Lande dorée. || xve s. Quand ceux de l'embusche virent comment les François chassoient [poursuivaient], Fnoiss. n, n, 66. Les Allemans ne chassèrent que ce soir et puis se retyrerent sans marcher après luy [à la défaite de Morat], comm. v,
12. Autant vault celui qui chasse et rien ne prend Comme celui qui lit et rien n'entend, le roux de lincy, t. n, p. 73. Seigneurs, dit le chevalier, vous chassez [cherchez] bien votre malheur; car se nous avions nos chevaulx, nous vous ferions danser avec elle, Perceforesl, t. i, f° 67. Jehan de Humieres cacha [poursuivit] ce jour si avant, qu'il ne peut retourner, et fut enmené prisonnier dedens la ville, pierre de ?emn, U<2. H xvie s. Comme aveilles
chassent les freslons d'entour leurs rousches, rab. Car. i, 40. Et y eust demouré quelque espace, n'eust esté que la peste les en chassa, id. Pant. n, 5. Je luy dis qu'il se levast soubs couleur de nous chasser [faire sortir], mont, i, 95. Ceulx qui chassent les éléphants.... id. ii, 176. En ces entrefaittes Tarquinius fut chassé de son royaume, amyot, Publ. 25. Les ennemis cessèrent de les chasser et poursuivre plus oultre ce jour là, id. Cam. 64. Ik chassoient aux bestes sauvages avec des pièges et des fosses, id. Fab. 1. Leurs arcs chassoient la flesche avec une roideur et une impétuosité merveilleuse, id. Crassus, 46. Le vent leur chassoit la pluye contre les visages, id. Pomp. 19. Chasser aux blancs moyneaux [perdre son temps à poursuivre une chose inutile], le roux de lincy, Prov. t. n, p. 73. Par la dite coustume locale le seigneur a droit que nuls meuniers estans en la ditte baronie ne peuvent ou doivent chasser et aller quérir les bleds des sujets de la dite baronie, Couslumier général, t. 11, p. 54. Mettant l'un des deux canons de son petit pistolet à l'endroit du pertuis, le deschargea tant heureusement qu'il chassa la baie au travers de l'estomach d'un des trois compagnons, Nuits de Slraparole, t. n, p. 24 3 , dans lacurne. L'on ne peut mener chasser ou faire paistre ses bestiaux sur l'héritage d'autruy sans congé et licence, Nouveau couslumier gén. t. 1, p. 450, dans lacurne.
— ÉTYM. Bourguig. chaissai; picard, cacher; wallon, chèsi; provenç. cassar ; espagn. cazar ; anc. espagn. cabzar; portug. caçar; ital. cacciare. En partant des formes romanes, on est conduit à un verbe captiare qui leur correspond simultanément et qui est une altération de captare (voy. capter), indiqué comme étymologie de chasser par Ménage et par Diez; en effet on trouve dans Du Cange , captator , chasseur, captare, chasser, captatio, chasse.
t CHASSE-RAGE (cha-se-ra-j'), s. f. Voy. passerage. Il Au plur. Des chasse-rage.
CHASSERESSE (cha-se-rè-s'), adj. féminin poétique de chasseur. Une Diane chasseresse. Les nymphes chasseresses. || S. /. Une chasseresse.
— ÉTYM. Chasseur.
f CHASSE-RIVET (cha-se-ri-vè), s. m. Outil pour river les clous en cuivre. || Au plur. Des chasserivet ou chasse-rivets.
t CHASSE-RONDELLE (cha-se-ron-dè- 1') ou CHASSE-ROUE (cha-se-roue) , s. m. Outil de charron. Il Au plur. Des chasse-rondelle ou chasse-rondelles.
t CHASSE-ROUE (cha-se-roue) , s. f. Voy. chasserondelle.
f CHASSETON (cha-se-ton), *. m. Un des noms vulgaires du grand-duc.
CHASSEUR, EUSE (cha-seur, seû-z'), adj. ||1° Qui chasse. Dircé les suit; Doris plus vive qu'elle, L'honneur des bois, la chasseuse Doris, Passe de loin Dircé, Nice et Chloris, malfil. Narcisse, ch. IV. |l 2° S. m. et f. 11 s'est dit grand chasseur, et nous a priés tous Qu'il put avoir le bien de courir avec nous, mol. Fâcheux, 11, 0. Quel diable déplaisir trouvent tous les chasseurs De se voir exposés à mille et mille peurs? id. ib. On eut d'abord à combattre les bêtes farouches; les premiers héros se signalèrent dans ces guerres.... Nemrod, le premier guerrier et le premier conquérant, est appelé dans l'Écriture un fort chasseur, boss. Hist. 1, 2. || Fig. Mais quel est le chasseur de millions qui s'arrête? balzac (le romancier), dansle Dict. de poitevin. || 3° Domestique occupe dans une terre à chasser pour son maître. || 4° Domestique en livrée de chasse, qui monte derrière la voiture du maître. || 5° Se disait autrefois de soldats choisis entre les plus agiles pour former une compagnie d'élite dans un bataillon. Il Aujourd'hui nom de certains corps de troupes d'infanterie et de cavalerie légère. Régiment de chasseurs. Un chasseur d'Afrique. || Nom des compagnies du centre dans la garde nationale. || 6° Terme de marine. Navire qui donne la chasse à un autre, et, adjectivement, le vaisseau chasseur. || 7° Terme de pêche. Harengs de chasseurs, ceux que des allèges prennent des pêcheurs et livrent promptement au commerce. || 8° Chasseuse, s. f. Araignée sans toile qui prend sa proie à la course.
— HIST. XIe s. Les altres quatre [chevaux] chaceurs e palefreiz, lots de Guill. 22. || xme s. Sur un bon chaceour [cheval de chasse] le cerf il parsuivi, Berte, cvm. Si s'ert vestuz e aturnez, Sur son chaceiir est muniez, Lai del désiré. || xve s. L'homme qui list et rien n'entend, Semble au chasseur qui rien ne prend, la font. 608. || xvi* s. 11 depescha sa messe, laquelle il dit en chasseur, ayant le cœur à la mangerie , desper. Contes , lxxv.
— ÉTYM. Picard, cacheux , provenç. cassayre, cassador ; espagn. cazador ; portug. caçador ; ital. cacciatore ; du bas-latin cacciatorem (voy. chasser). L'ancien français chasser e, provençal cassayre, est le nominatif et répond à cacciâtor; chaccor et cassador est le régime, et répond à cacciatorem. Dans l'ancien français, chassere, chaceor voulait souvent dire un cheval de chasse.
j CHASSEZ-DÉCHASSEZ (cha-sé-dé-cha-sé) , s. m. Pas figuré par lequel après avoir fait un chassé de quatre temps à droite, on fait à gauche un chassé tout à fait symétrique qu'on appelle déchassé : ce pas s'appelle aussi à droite et à gauche.
— ÉTYM. Chasser et déchasser. Pour l'orthographe du mot, voyez chassez- huit.
f CHASSEZ-HUIT (cha-sé-uif), s. m. C'est le chassé-croisé exécuté par les quatre couples à la fois; alors chacun dans le chassé et le déchassé se tourne vers le figurant qui vient à lui. Le chassezhuit termine souvent la dernière contredanse d'un quadrille.
— ÉTYM. Chasses, huit. Le verbe est ici à l'impératif, parce qu'autrefois, quand le ménétrier annonçait les divers pas qui entraient dans une contredanse , il criait à haute voix : Pour finir chassez huit ou les huit.
CHASSIE (cha-sie) , s. f. Humeur onctueuse et jaunâtre sécrétée sur le bord de chaque paupière par les glandes de Meibomius. Mme Panache, avec ses yeux pleins de chassie, ne voyait pas au bout de son nez, st-sim. 44, 9.
— HIST. xme s. Pur chacie prenez fenoil et ai rement, Ms. Si-Jean. || xvie s. Chassie baveuse et poignante, chassie seiche, paré, xv, 5.
— ÉTYM. Voy. CHASSIEUX.
CHASSIEUX, EUSE (cha-si-eû, eû-z'), adj. Qui a de la chassie. Des veux Encore bien flétris, rouges et chassieux, Régnier, Sat. xi. || Substantivement. Un chassieux. Ce qui plaît à l'œil sain offense un chassieux, Régnier, Sat. v.
— HiST. xiie s.Dous[deux] choses nous encombrevent, nostre oil si estoient chaceuols et oscur, et cil habiteveit en une lumière où om ne puet aprochier, stbern.526. || xnie s. La celidoine me prenez, Od let de femme la mêliez, Ceo garist les oilz chacius, Ms. St-Jean. Et li visages et li blans des iex seront pale et piers et cacieus, alebrant, f" 16. || xiv* s. Les yeulx chacieux, pleins d'ordure, J. bruyant, dans Ménagier, t. il, p. 6. || xve s. Cette vilaine alla jetter les yeux Sur un vieillard riche, mais chassieux, villon, Bail. Il xvic s. Une sanie qui fait que les palpebres se glutinent de nuit ensemble, et les rend chassieuses, paré, xv, h. Il est rare d'y veoir un homme malade; et m'ont asseuré n'en y avoir veu aulcun tremblant, chassieux, esdenté ou courbé de Tieillesse, mont, i, 236.
— ÉTYM. Berry, chachioux, chassioux; espagn. cegajoso. Ménage , en indiquant l'espagnol cegajoso, a montré la vraie étymologie de chaceuols, signifiait; comme l'espagnol : quivoitmal. Cegajoso représente un latin fictif cxcaliosus;chaceuolT&pTèsen\ecxcutiolus. Maintenant faut-il séparer chaccuol de chass;e? Cela est difficile, du moment que chaceuol montre exc changé en chac. Chassie viendra du latin excûtia, vue faible, de excus, aveugle, en vieux français, ciu. Chassie a donné chacius, chassieux.
CHÂSSIS (châ-si; Ys ne se lie pas, absence de liaison que remarque Chifflet, Gramm. p. 21 6), s. m. |l 1° Ouvrage de menuiserie servant d'encadrement. Châssis de chêne. Châssis de châtaignier. || Châssi> de papier, châssis de verre, l'ouvrage de menuiserie après qu'il a reçu, dans de petites feuillures pratiquées à cet effet, les carreaux de papier ou de verre destinés à laisser passer la lumière. || Châssis dormant, l'encadrement des parties mobiles d'une fenêtre. || Châssis de paravent, bois sur lequel sont tendues la toile et le papier du paravent. || Châssis d'osier, clôture d'osier qu'on met devant des fenêtres pour empêcher que les vitres ne soient cassées à coups de pierre. || 2° Châssis d'un tableau, le cadre sur lequel on attache, on tend la toile. || 3° Terme d'écriture par chiffre. Papier découpé qu'on applique sur celui où l'on veut écrire, et par les ouvertures duquel on écrit des mots dispersés, qui contiennent . le secret. || 4° Châssis d'imprimerie , cadre de fer dans lequel on serre les pages de composition. |j 5° Terme de jardinier. Vitrage qu'on met sur une couche. H 6° Bordure d'une table à couler le plomb." Il 7° Ce qui encadre, dans une construction, une ouverture perpendiculaire. || Bâti sur lequel est montée la porte d'un poêle. || Châssis de pierre, dalle de pierre qui en reçoit un autre en feuillure. || 8° Terme de chasse. Sorte de piège. || 9" Terme de marine.
CHA
Partie de l'affût d'une caronade sur laquelle se place la semelle. || 10» Décoration de théâtre, coulisse. [I 11° Châssis de serrurerie, l'assemblage des montants et des traverses d'une porte de fer. || Le bâti d'une rampe d'escalier.
— hist. xve s. Les fenestres et les hnys du palais ont mené si très grant batement à rencontre des murailles et des châssis que plus de la moytié en gisent sur la chaussée, Perceforest , t. v, f° (4. Item je laisse aux hospitaux Mes châssis tissus d'iraignée, yii.lon. Petit testam. || xvi" s. De la mesme toille l'on fait des châssis, tendus avec des petits clouds, sur bois léger, o. de serres, 472. D'autres, mieux entendus, reposent leurs fourmages sur de la toile claire, tendue roidement avec des petits doux sur des châssis de bois, id. 287, 288. De quoy feroit-on châssis? kab. l'ant. ni, 49.
— ÉTYM. Châsse; picard, cassis.
t CIIASSOIR (cha-soir), s. m. Outil qui sert au tonnelier à chasser les cerceaux sur la futaille.
— HIST. xv* s. Comme moi , tout bon buveur Au maillet et au chasseur Met les deux mains sans vergongne, Et s'employe de bon cueur À relier ses tonneaux, RASSELIN, L.
— ÉTYM. Chasser.
| CHASSOIRE (cha-soi-r'), s. f. Terme de fauconnerie. Baguette que portent les autoursiers.
— ÉTYM. Chasser.
CHASTE (cha-stf), adj. || 1° Qui s'abstient de tout amour illicite. Élevé dans le sein d'une chaste héroïne, rac. Phèd. iv, 5. C'est moi qui sur ce fils chaste et respectueux Osai lever un oeil profane, incestueux, id. ib. v, 7. Ses discours craints du chaste lecteur, boil. Art p. n. Ces mines qu'elles affectèrent durant toute la pièce firent dire de tous côtés cent sottises de leur conduite qu'on n'aurait pas dites sans cela; et quelqu'un même des laquais cria tout haut qu'elles étaient plus chastes des oreilles que de tout le reste du corps, mol. Crit. 3. Ce Triphon, qui a tous les vices, je l'ai cru sobre, chaste, libéral, humble et même dévot, la bruy. vi. Sobres, chastes et purs, l'œil et l'âme attentive, Veillez; je suis tout proche et frappe a votre cœur, rac. à Laudes. lies. || Cette chaste épouse du Fils de Dieu [l'Eglise], pascal, dans girallt-duvivier. || Les chastes sœurs, les muses. Chastes nymphes du Permesse, boil. Nanuir. H 2° En parlant des choses, qui est conforme à la chasteté. Chastes feux, corn. Hor. i, t. Chaste amour, rac. Brit. m, t. Afin que nous commencions, malheureux pécheurs, à verser sur nousmêmes un torrent de larmes, et que, ravis des chastes attraits de l'innocence, jamais nous ne nous lassions d'en pleurer la perte, boss. Marie-Thérèse. Si, comme nos prédécesseurs, nous faisons nos chastes délices de votre Écriture, notre principal exercice de la prédication de votre parole, id. le Tellier. Serre d'une étreinte si- ferme Le nœud de leurs chastes amours, Que la seule mort soit le terme Qui puisse en arrêter le cours, malii. ii, 4. La chaste obscurité des branches murmurantes, v.hugo, Voix intér. xix. || 3" D'une grande pureté grammaticale. On ne peut voir une diction plus chaste ni plus correcte, costar, dans bouhours, Nouvelles remarques. Je nrélonne que votre style puisse être si chaste, étant si mâle et si fort, id. «b. || Forme chaste, dans la littérature, quelque chose de réservé et que l'on compare à la chasteté, à la pudeur.
— REM. Ménage (Menagiana, p. 245) a dit : « Le mot de chaste n'est plus en usage dans notre langue il y a déjà du temps, et on a repris la chaste Sylvie dans mes poésies. Le mot de sage est en usage dans la même signification.» Ménage se trompait, même pour son temps , comme le montrent les exemples de Pascal et de Corneille; et chaste est resté pleinement en usage.
— hist. xine s. Se tu trueves chaste moillier, la Rose, 8749. Il xive s. Les chastes ont le cuer et la conscience clers, nets et luisans, Ménagier, i, 3. || xv* s. Et lui portaient renommée ceux du pays qui le connaissoient [le roi de Portugal] que encore estoit-il caste etn'avoit oneques eu compagnie charnellement avec une femme, froiss. ii, m, 56. Saige Cassandre , bêle Echo, Digne Judith, caste Lucresse, ch. d'orl. Bal. (02.
— ÉTYM. Provenç. cast ; espagn. et ital. casto; du latin castus.
CHASTEMENT (cha-ste-man), adv. D'une manière chaste. Vivre chastement. L'amour le moins honnête, exprimé chastement, N'excite point en nous de honteux mouvement, boil. Art p. iv.
— HIST. xne s. Et les dames qui chastement vivront, quesnes, Romancero, p. 94. || xme s. Dieu amer et chastement vivre , ruteb. ii, 90. Et com-
CHA
manda l'en que en y receust celles qui vourroient fere contenance à vivre chastement, joinv. 298.
— ÉTYM. Chaste, et le suffixe ment; provenç. caslament; espagn. et ital. castamenle.
CHASTETÉ (cha-ste-té), s. f. || 1° Vertu des personnes chastes. La chasteté dans le mariage. La chasteté déjà, la rougeur sur le front, Avait chez les humains reçu plus d'un affront, boil. Sat. x. || 2° Par extension, abstinence entière des plaisirs de l'amour. Faire vœu de chasteté. 11 faudra garder la chasteté, boss. Var. 7. || 3" Fig. Correction, pureté. Chasteté de style, costar, dans bouhours, Nouv. rem.
— syn. chasteté, continence. La chasteté est une vertu morale qui prescrit des règles à l'usage des plaisirs de l'amour; la continence est une autre vertu qui en interdit absolument l'usage. La chasteté règne dans le mariage; la continence règne dans les cloîtres. Il y a aussi cette différence que la chasteté est cette vertu considérée en elle-même, et que la continence est la même vertu considérée par rapport à son opposé qui est l'incontinence : il peut y avoir, dans un mariage chaste d'ailieurs, peu de continence.
— HIST. xii€ s. Vous portiez le pris de beauté Et l'enseigne de chasteé, Romancero, p. 60. || xme s. Chasleé, qui dame doit estre Et des roses et des boutons, la Rose, 2858. Et Drois, et Chasteé et Fois S'enfoïrent à celé fois, ib. 5409. || xive s. Laheauté et la chasteté de Lucrèce, bercheure, f° 26, verso. Luxure est le pechié, la vertu contraire est chasteté, Ménagier, i, 3. || xve s. Comment, parler.... Et de chasteé est-ce offense? Mir. de sainte Genevi. En Scelle fontaine, pour soi rafreschir, se baignoit Diane, la déesse de chasteté, froiss. h, m, 14. || xvi" s. Il [Charles-Quint] aime la religion, justice et chasteté, sleidan, f" 13.
— ÉTYM. Provenç. castilat, castelat ; espagn. caslidad; portug. castitade; ital. castità; du latin castitalem, de castus, chaste.
CHASUBLE (cha-zu-bl') , s. f. Ornement que le piètre met par-dessus l'aube et l'étole, pour dire la messe.
— HiSTvxme s. Casule, dans le Glossaire de Lille, 22. Et par deseure tous les vestemenz li viesti on la casure, qui doit iestre de pourpre vermelle, qui senefie carité, Chron. de Rains, (04. Et m'estoit avis que pluseurs prêtas revestus le vestoient d'une chesuble vermeille de sarge de Reins, joinv. 299. Et li vesques à ses deux mains Lui affubla une ca-
suble, l'Éscoufle. \\ xvie s Donner des calices ou
reliquiaires, acheter chasubles et autres paremens, calv. Inslit. 882.
— étym. Espagn. casulla; ital. casipola, casupola, petite hutte; bas-lat. casubla, cassibula , casubula, casucula, casuvula, chasuble. Casule (ou casure) et l'espagnol casulla viennent de casulla, diminutif employé au lieu du diminutif régulier casûla, qui aurait donné casle ; chasuble et l'italien casipola viennent du bas-latin casibula, diminutif tiré de casa, comme manipulus de manus. Casula, dans Isidore, signifie un vêtement à capuchon, comparé à une petite case, à une petite hutte, de casa (voy. case) : c'est pour cela qu'en italien casipola signifie une hutte.
f CHASUBLER1E (cb.a-zu-ble.-rie), s. f. Ensemble d'articles appartenant au service soit de l'église soit des prêtres, tels que chapes, chasubles, ciboires, croix, etc.
— étym. Chasuble.
CHASUBLIF.R (cha-zu-bli-é ; IV ne se lie pas; au pluriel Vs se lie : les cha-zu-bli-é-z et....) s. m. Ouvrier qui fait toutes sortes d'ornements d'église.
— HIST. xnr s. Chasubliers et changeeurs, Allez quérir vostre part De la queue de Renaît, Queue de Renart.
— étym. Chasuble.
CHAT, CHATTE (cha, cha-t' ; en conversation le ( ne se lie que dans les phrases suivantes : chat échaudé craint l'eau froide , dites : cha-t échaudé ; acheter chat en poche, dites : cha-t en poche; jeter le chat aux jambes, dites : cha-t aux jambes. Au xvie siècle, Palsgrave, p. 24, dit que le ' se lie avec la voyelle qui suit. Au pluriel Vs se lie : les chaz et les chiens; chats rime avec pas, appas, etc.), s. m. || 1° Animal domestique, de l'ordre des carnassiers digitigrades. Le chat est un domestique infidèle que Tonne garde que par nécessité, buffon, Chat. Je mis Vambroc dans une soupente où il eût fallu être chat ou diable pour le trouver, retz, i, H. Le quolibet nous apprend qu'il n'est rien de plus semblable à un chat sur une fenêtre qu'une chatte, mademoiselle de oournay, Égalité des hom-
CHA
mes et des femmes. Madame, j'étais déjà si fort à vous que je pensais que vous deviez croire qu'il n'était pas besoin que vous me gagnassiez par des présents, ni que vous fissiez dessein de me prendre comme un rat avec un chat ; néanmoins j'avoue que votre libéralité n'a pas laissé de produire en moi quelque nouvelle affection, et s'il y avait encore quelque chose dans mon esprit qui ne fût pas à vous, le chat que vous m'avez envoyé a achevé de le prendre et vous l'a gagné entièrement; c'est, sans mentir, le plus beau et le plus agréable qui fut jamais; les plus beaux chats d'Espagne ne sont que des chats brûlés au prix de lui, et Rominagrobis même (vous savez bien, madame, que Rominagrobis est prince des chats) ne saurait avoir meilleure mine et ne sentirait pas mieux son bien, voiture, Lett.
I 53, à une abbesse qui lui avait fait présent d'un chat. Un homme chérissait éperdument sa chatte;
II la trouvait mignonne et belle et délicate Qui miaulait d'un ton fort doux, la font. Fab. n, (8. La nation des belettes, Non plus que celle des chats, Ne veut aucun bien aux rats,iD. ib. iv, 6. Mon fils, dit la souris, ce doucet est un chat, Qui, sous son minois hypocrite, Contre toute ta parenté D'un malin vouloir est porté, id. ib. v, 6. Et quel fâcheux démon, durant des nuits entières, Rassemble ici les chats de toutes les gouttières? boil. Sat. vi. La pédante au ton fier, la bourgeoise ennuyeuse, Celle qui de son chat fait son seul entretien, id. Sat. x. || 11 a joué avec les chats, se dit d'un homme qui a des égratignuresau visage. || Ilest propre commeune écuelle à chat, se dit d'un homme malpropre. || Dès que les chats seront chaussés, c'est-à-dire de bon matin. || Familièrement. Aller comme un chatmaigre, courir vite et beaucoup. Lors dispos du talon, je vais comme un chat maigre, Régnier, Sat. xi. || Fig. Jeter le chat aux jambes à quelqu'un ou de quelqu'un, lui susciter des embarras. Les calvinistes sont bienaises de jeter le chat aux jambes des papistes, volt. Lett. versetprose, 176. || Fig. Emporterlechat,sortird'une maison sans dire adieu à personne ; et aussi déménager complètement, le chat étant, de tous les animaux domestiques, le plus fidèle au logis. || Fig. Cette fille a laissé aller le chat au fromage, elle s'est laissé abuser. Je ne le nourris [un chat] que de fromages et de biscuits; peut-être, madame, qu'il n'était pas si bien traité chez vous; car je pense que les dames de*** ne laissent pas aller le chat aux fromages et que l'austérité du couvent ne permet pas qu'où leur fasse si bonne chère, voit. Lett. (53, à une abbesse qui lui avait fait présent d'un chat. \\ Bailler le chat par les pattes, présenter une chose par l'endroit le plus difficile, il 11 n'y a pas là de quoi fouetter un chat, la faute n'a rien de grave, c'est une bagatelle. || Se servir de la patte du chat pour tirer les marrons du feu, faire courir à un autre le risque d'une entreprise, d'une affaire dont on retirera seul le profit. i| Vendre chat en poche, ne point faire voir ce qu'on vend. || Acheter chat en poche, conclure une affaire sans examen. Vous êtes-vous mis en tête que Léonard de Pourceaugnac soit un homme à acheter chat en poche? mol. Pourc. n, 7. On dit dans le même sens : acheter le chat pour le lièvre. || Appeler un chat un chat, appeler les choses par leur nom. J'appelle un chat un chat et Rollet un fripon, boil. Sat. i. || 11 le guette comme le chat fait les souris, se dit d'un homme qui en épie un autre. || Ecrire comme un chat, écrire d'une façon illisible. || 11 a passé là-dessus comme chat sur braise, se dit d'un homme qui coule rapidement sur quelque fait délicat à rappeler, à mentionner, à raconter. || Ces gens s'accordent, vivent comme chien et chat, c'est-à-dire ils ne peuvent se souffrir, ils sont toujours en querelle. || Elle est friande comme une chatte, ou, simplement, c'est une chatte, se dit d'une femme très-friande. || Elle est amoureuse comme une chatte, se dit d'une femme d'une complexion amoureuse. || Dans le langage familier, chatte s'emploie adjectivement quelquefois. Des manières chattes, des manières semblables à celles d'une chatte qui caresse, qui joue. || Musique de chat, musique aigre et dissonante. || Il n'y a pas un chat, il n'y a absolument personne. 11 n'y a pas moyen que quelqu'un trouve un chat à l'hôtel de Clermont , volt. Lett. vers et prose, 25. Mon dévot se croirait un sacrilège s'il laissait un enfant et un chat en vie dans le territoire de Mercure, id. Dial. xxix, (, || Je ne connais pas un chat dans cette ville, je n'y connais personne. || Fig. Avoirun chat dans la gorge, éprouver dans le gosier un embarras soudain qui gêne la voix. || C'est le chatl manière populaire de répondre à une excuse personnelle à laquelle on ne croit pas. Votre fromage, ce n'est pas moi qui l'ai
CHA
mangé. — Non, c"est le chat. Le verre, ce n'es) pas thoi qui l'ai cassé. — Non, c'est le chat. || Mon chat, ma chatte, termes d'amitié très-familiers qui se 'lisent à un petit garçon, à une jeune fille ou femme. j|2° Par plaisanterie, chat fourré, nom donnée certains dignitaires qui portent des fourrures dans leurs habits de cérémonie, aux docteurs, aux magistrats. Si les chats fourrés de la Sorbonne étaient assez fous pour lâcher un décret, volt. Lelt. Damilaville, t i nov. 1767. || Terme de blason. Chat effarouché, celui qui est rampant. Chat hérissonné, c lui qui lève le train de derrière plus haut que la tôte. || 3° Terme de chasse. Chat haret, chat sauvage, et aussi chat domestique qui se retire dans les bois et garennes, et y vit de gibier. || 4°Terme d'histoire naturelle. Tout animal du même genre que le chat. Le lion, le tigre et le lynx sont des chats. || Chatcervier. Le chat-cervier proprement dit habite le Nord de l'Asie, et il ne faut le confondre ni avec le chat canadien, dit lynx du Canada, ni avec le chat roux, appelé chat-cervier des fourreurs. || Chat à crinière, guépard. || Chat musqué, civette. || 5"' haï de mer, nom vulgaire de l'aphysie et de quelques coquilles hérissées d'épines. || Un des noms vulgaires de la chimère monstrueuse, poisson chondroptérygien, qui est la chimère arctique de certains auteurs. || Chat marin, nom vulgaire d'une espèce de phoque et de trois poissons. || 6° S. m. plur. Folles Ileurs des noyers, des coudriers, des saules. || 7° Jeu d'enfants dans lequel l'un des enfants court après les autres; et celui qui est pris le remplace. || Chat coupé, le même jeu, avec cette condition que, si un troisième camarade passe entre le poursuivant et le poursuivi, c'est lui qui doit être poursuivi à son tour. || 8° Terme dépêche. Petit grappin pour retirer la lesture échappée au fond de la mer. || 9° Instrument à branches de fer élastiques dont on se sert pour visiter l'âme d'une pièce de canon. || Chat à neuf queues, nom du fouet dont on se sert, dans l'armée anglaise, pour punir les soldats. || 10° Matière étrangère et dure qu'on trouve dans l'ardoise. ||ll''Chevaletde couvreur. || Terme de charpentier. Pièce de cuivre ou de fer percée d'un trou par où passe la corde de l'aplomb. || 12° Chat-brûlé, nom d'une poire fort pierreuse, qui a la forme du martin sec et qui ne mûrit qu'à la fin de l'automne. || Proverbes. Chat échaudé craint l'eau froide, c'est-à-dire tout ce qui ressemble à ce qui nous a fait du mal nous effraye et nous met sur nos gardes. On dit dans le même sens : chat échaudé ne revient pas en cuisine. || On ne peut prendre de tels chats sans mitaines, c'est-à-dire l'affaire est difficile, épineuse. || La nuit tous les chats ou tous chats sont gris, c'est-à-dire on peut se méprendre dans l'obscurité, et aussi, dans l'obscurité, la beauté, la jeunesse ne comptent plus. Hé, monsieur le difficile, ne sais-tu pas bien que la nuit tous les chats sont gris? scarr Rom. Com.i, )3. Yeux-tu, ma Rosinette, Faire emplette Du roi des maris? Je ne suis point Tircis; Mais la nuit, dans l'ombre, -le vaux encor mon prix; Et quand il fait sombre, Tous les chats sont gris, beaumarch. le Barbier, m, ■>■ || Payer en chats et en rats, c'est-à-dire payer en bagatelles, en toutes sortes d'effets de mince valeur. || Â bon chat bon rat, c'est-à-dire la défense vaut l'attaque. Maudit soit le premier qui nous ensorcela ! Mais à bon chat bon rat, et ce n'est pas merveille Si les femmes souvent leur rendent la pareille, regnard, le Dislr. i, 2. || Le mou est pour le chat, se dit de ce qui revient naturellement à une personne, le mou servant de nourriture aux chats. || Il entend bien chat sans qu'on dise minon, se dit d'un homme habile et qui entend à demi-mot. || À mauvais rat faut mauvais chat, c'est-à-dire on ne peut ae dispenser d'être méchant aux méchants. || T'as été au trepassement d'un chat, t'as la vue trouble, [dit un paysan, dans] mol. Don Juan, n, t. || Quand les chats n'y sont pas, les souris dansent, c'est-àdire en l'absence des chefs, des maîtres, les inférieurs, les écoliers se dérangent. || Il ne faut pas éveiller le chat qui dort, n'éveillez pas le chat qui jort, ne provoquez pas un danger, une difficulté *}ue vous pouvez éviter, n'appelez pas l'attention, a colère d'un homme qui ne songe pas à vous. )[ Réveiller le chat qui dort, réveiller une mauvaise affaire assoupie. || C'est le nid d'une souris dans J'oreille d'un cliat, se dit d'une chose impossible. || On ne saurait retenir le chat quand il a goûté de la crème, c'est-à-dire on ne résiste pas aux habitudes déjà prises, aux tentations déjà goûtées. || Il est comme le chat qui retombe toujours sur ses pieds, se dit d'un homme adroit qui sait toujours se tirer d'affaire.
— hist xiiic s. Bien seit chaz cui barbes il loiche
CHA
[lèchej, marie, Fabl. 20. Li fiz au chat doit prendre la souriz, Agolant !, p. 170, dans nu cange, Gîoss. français. Ochaison a qui son chat bat, Hist. lift. t. xxni , p. 572. Uns pliçons gris vaut mielz que deus de chas, Bibl. des chartes, 4e série, t. v, p. 328. Chaz eschaudez iaue crient , leroux de lincy, Prov. t. i , p. < 55. Là où kas n'est, li souris se révèle [prend ses ébats], m. ib. t. n, p. 487. De castiier cat qui est viens Ne puet nus hom venir à cief [à bout], id. ib. Dont fist Hues d'Aire faire un chat [machine de guerre], et le fist bien cuirier et acesmer, h. ue valenc. xxxiv. Pians de chaz privez que l'en appelé chat de feu ou de fouicr, Liv. des met. 326. Si cum lichas set par nature La science de surgeùre, Nonques n'en fu mis à escole, la Rose, 10001. Femme semble trois choses, louve, goupille et chate, Chaslie-musard. || xvc s. Ils firent quatre grans kas [engins de siège] forts et hauts, froiss. i, i, 262. Prince, on conseille bien souvent, Mais on puet dire com le rat, Du conseil qui sa fin ne prant: Qui pendra la sonnette au chat? e. desch. La souris et le chat. Veuls-tu espouser chat en sac, Et que nids tes nopees ne vois, id. Poésies mss. f° 553, dans lacurne. Sans resveiller le chat qui dort, ch. d'orléans, ifVp. à Fredet. Dont passionné en cuer ne s'en est peu [pu] taire et a osé mettre la campane au chat, pour escrier lésion et foulure en l'innocent, g. chastelain, Expos, s. vérité . L'ung vault l'autre, c'est à'mau-chat mau-rat, villon, Bail. Il bouta sa teste dedans le bouhot de la cheminée, où il vit notre bouchère plus simple qu'un chat baigné , louis xi, Nouv. xl. Je crois, dit le mari qui la voit à genoux pleurant et gémissant, qu'elle sait bien faire la chatte mouillée, et qui la voudrait croire elle saurait bien abuser les gens, id. ib. lxi. ||xvics. On ne prend point de telz chatz sans mitaines, j. marot, v, 17. Mais quoy, c'estoient des ruffiens de Rome, Qui, pour fouyr, couraient comme chatz maisgres, id. v, 40. Elles [les filles qui se marient] acheptent chat en sac, mont, m, 5. Vous n'achetez pas un chat en poche; si vous marchandez un cheval, vous luy ostez ses bardes, vous le voyez nud et à descouvert, id. i, 324. Cette femme a quelque irritation contre moi; pour se venger elle me donne un dangereux chat par les pattes, préparée à accuser ce que je ferai, d'aub. Hist. il, 4M. L'herbe à chat, paré, xvi, 35. Lécher de iangue de chat, genin. Récréât, t. u, p. 242. À bon chat bon rat; il n'appartient qu'au savetier de parler de sa serpette, à l'y vrogne de sa bouteille. .. . Les caquets de l'accouchée, 8e journée. Chat emmoufflé [ganté] ne prend souris, leroux de lincy, Prov. t. i, p. 155. Chat miolleur ne fut onques bon chasseur. Non plus que sage homme grand caqueteur, id. ib. p. < 56. Chate ii'in ,1 souef [doux] poil, ïD.ib. Â tart se repent le rat, quant par le col le tient le chat, id. ib. Absent le chat, les souris dansent, id. ib. On ne doibt pas enseigner le chat à soriser [chasser aux souris], id. ib. Si ton chat est larron, ne le chasse de ta maison, id. ib. Rebelles estes et pervers, Pécheurs vers Dieu, plains de barat, Et pour tant à mau chat mau rat, fabri, Art de rhétorique, livr. 11, f" 46, dans lacurne. Avoir un œil à la poisle et l'autre au chat, cotgrave. Le chat a faim quand il ronge du pain, id. Celuy a bon gage du chat, qui en a la peau, id. On recognoit assez que chat veut dire minon, Contes de
CHOLIÈRES, f° 174, dailS LACURNE.
— ÉTYM. Wallon, chet ; bourguig. chai; picard, ca, co; provenç. cat ; catal. gai ; espagn. et portug. gato ; ital. galto ; du latin catus ou cattus, qui ni' se trouve que dans des auteurs relativement récents, Palladius, Isidore, et qui était un mot du vulgaire. Il appartient au celtique et à l'allemand : irl. cat; kymri, kâth; angl. sax. cat; ancien scandin. kôltr ; allem. mod. Katze. D'après Isidore, caltus vient de cattare, voir, et cet animal est dit ainsi parce qu'il voit, guette \calar, regarder, est dans le provençal et dans l'ancien français chnter (Honcisr. p. 97.)Maison ne sait à quoi se rattachent ni cattus ni catar; la tardive apparition qu'ils font dans le latin portent à croire qu'ils sont d'Qrigine celtico- germanique. Il y a daps l'arabe qitioun, chat mâle, mais Freitag doute que ce mot appartienne à l'arabe.
CHÂTAIGNE (chà-tè-gn'), 4'. f. || i° Fruit du châtaigriier. Pour nous ce sont des châtaignes qui font notre ornement ; j'en avais l'autre jour trois ou quatre paniers autour de moi; j'en fis bouillir; j'en fis rôtir; j'en mis dans ma poche; on en sert dans les plats, on marche dessus; c'est la Bretagne dans son triomphe, sév. octobre 167). || 2° Châtaigne d'eau, la macre. || Châtaigne de cheval, fruit du marronnier d'Inde. || Châtaigne de terre, fruit du bunioc bulbocastane. || Châtaigne du Brésil, fruit
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du bertholletia t.rcclsa. || 3° Petite plaque de corne située, chez le cheval, à la partie inférieure et interne de l'avant-bras, et, dans les membres postérieurs, à la partie supérieure et interne du canon. Sur l'âne, la châtaigne se trouve aux avant-bras seulement ; dans le mulet les châtaignes postérieures sont fort petites.
— hist. xii° s. [Ils] ne prisent vos menaces le pris d'une chastaine, Sax. xxx. || xm« s. Castaignes ou nois, Livre des met. 276. A cui parés vous ces chastaignes? la Ruse, 8547. Si qu'il cuit que celé en gré prengne Ce qu'el ne prise une chatengne, ib. 145)2. || xiv" s. 11 samhle que Gaufrois ne donne une castaingne De tout nostre pooir.... Baud. de Seb. vu, 184. Li rois ne trova pas qui li parast chastaignes, Girart de Ross. 4 4 67). || xve s. Si chastaignes ont \ente, villon, Requête en bail, au duc de Bourbon. || xvic s. Pétoncles, chastaignes de mer [oursins] , talissy, 280. Us lui disoient que les huguenots vouloient tirer la chastagne du feu avec la patte du lévrier, d'aub. Hist. n, 425. Après que ceux qui dévoient tirer les chastaignes du feu eurent dit franchement quel il y faisoit, id. ib. n , 446. Les chastaignes bastardes, appellées bouchasses. Les meilleures chastaignes franches sont les Sardones [de Sardaigne] et Tuscanes [de Toscane], ainsi dittes des pais d'où les races nous en sont venues de-par-decà. Les sardonnes [de Sardaigne] sont celles qu'on appelle à Lion marrons, cogneuës par toute la France, pour le traffique de tel fruit, o. de serres, 691. Les bources des chastaignes sont leurs premières robes garnies de piquerons, id. 692.
— ETYM. Saintonge, chalagne. chaligne; picard, caslaine, cataigne; génev. chdtagne ; provenç. caslanha, castagna ; catal. castanya ; espagn. caslai'.a; portug. castanha; ital. castagna; du latin castanea, de Kioravov , KàuTava, villes de la Thessalie et du Pont, delà xacTavaï/.èv xipuov, noix de Castana ou châtaigne. Nos anciens disaient : Tirer les châtaignes du feu; nous disons les marrons. Ils disaient aussi figurément : Il ne trouve pas qui lui pare les châtaignes, c'est-à-dire on ne lui prépare pas un bon accueil.
CHÂTAIGNERAIE (châ-tè-gne-rè) , s. f. Lieu planté de châtaigniers. Velléda traversa d'abord une châtaigneraie, chateaub. Mari. 302.
— HIST. xvie s. Pour les chasteneraies et nojeraies, c'est à dire pour les lieux complantés universellement de chastaniers et de noiers, o. de serres, 64) .
— ÉTYM. Châtaignier.
CHÂTAIGNIER (châ-tè-gniô; l'rne se lie jamais; au pluriel Fi se lie : les chà-tè-gnié-z et....) , s. m. || 1° Arbre qui produit des châtaignes (fagus castanea, L.). || 2" Châtaignier du Brésil {bertholletia excelsa, Humboldl), grand arbre dont le fruit sphérique, dit en France noix d'Amérique , peut dépasser io ou )2 centimètres, et a des amandes blanches bonnes à manger, ainsi que l'huile qu'on en retire. || 3° Pomme de châtaignier, ou, plus souvent, châtaignier, espèce de pomme rouge, presque entièrement rose à la face postérieure, à chair de blancheur farineuse (d'où lui vient peut-être le nom, par comparaison avec la chair de la châtaigne), et bonne surtout à cuire.
— hist. xme s. ÏS'i ot codre [coudrier] ne chastainier, U il ne mettent laz u glu, marie, Loustic. || xvie s. Sur lui-mesme, non ailleurs , veut estre inséré le chastaignier : non plus reçoit-il aucun autre arbre, toutmeslange lui des-agreant, o. m: serres, 692. Soubs ung grant et ample chastaignier, rau. Pont, m, )7.
— ÉTYM. Châtaigne; provenç. chatagner, chatigner.
CHÂTAIN (châ-tin), adj. qui ne se dit qu'au masculin. Qui est d'un brun de châtaigne. Poil châtain. Cheveux châtains. || Substantivement. Les châtains, les hommes dont les cheveux sont châtains.
— REM. 1. Cet adjectif ne prend pas la marque du pluriel quand il est suivi d'un autre adjectif qui lemo,difie : des cheveux châtain clair, châtain cendré; il peut alors se construire avec un nom féminin ; barbe châtain clair. || 2. Le féminin serait utile, etila été conseillé par plusieurs grammairiens qui veulen qu'on dise : barbe châtaine, chevelure châtaine.
— hist. xvc s. Chasteins en couleur, christ, d pisan, dans le Dict. de dociiez.
— ÉTYM. Châtaigne.
CHATAIRE (cha-tê-r'), s. f. Plante. Voy. cataire.
f CHAT-BRÛLÉ (cha-bru-lé) , s. m. Voy. chat, n° 12, || Au plur. Des chats-brùlés.
f CHAT-CERVIER (cha-sèr-vié) , s. w. Voy. chat, n° 4. || Au plur. Des chats-cerviers.
CHÂTEAU (châ-tô), s. m. |l i° Demeure féodalb
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fortifiée qui était défendue par un fossé, de hautes murailles et des tours. || 2" Aujourd'hui forteresse environnée de fossés, de gros murs et de bastions, il dans une ville pour la défendre ou pour la naader. || 3" Habitation royale ou seigneuriale. i e château des Tuileries, de Fontainebleau. Le château de Windsor. Cependant I.éontine, étant dans le château Heine de nos destins et de notre berceau, corn. Hérael. n, 4. || Absolument. Le château, la cour, le roi, l'empereur. Il a été bien reçu au château. || Le gouvernement ei son parti; la cour et ses intrigues. j| 4" Habitation d'un domaine seigneurial. || 5° Habitation du maître d'une grande propriété. i| Grande et belle maison de plaisance à la campagne avecou sans propriété. 11 vit dans son château. Quand on sait se préserver du poison mortel de l'ennui, on se trouve bien plus à son aise dans son château que dans le tumulte de Paris, volt. Lett. Florian, 29 nov. iTui. Les agréables soins d'un seigneur de château, Les plaisirs d'une vie occupée et tranquille, si -i.ambert. Saisons, hiver. Il La vie de château. Mener la vie de château, passer quelque temps à la campagne, dans une maison riche et amie où l'on trouve tous les plaisirs du lieu, la pèche, la chasse, bonne table, etc. || 6° Poétiquement. Château ailé, navire. L'appareil inouï pour ces mortels nouveaux De ces châteaux ailés qui volent sur les eaux, volt. Alz. i, l. || 7" Château en Espagne, projet en l'air, rêves chimériques. Son château en Espagne c'est de se faire porter dans les maisons, sév. 10. Hélas! notre château en Espagne serait de vous y voir, in. 24i. || Bâtir, faire des châteaux en Espagne, se repaître de chimères. On fait des châteaux en Espagne, tantôt gais, tantôt tristes, sév. 582. Je fais des châteaux en Espagne, Régnier, Épit. in. Elles seraient bien rigoureuses, si elles voulaient m'ôter la liberté des souhaits et m'empêcherde faire des châteaux en Espagne, puisque c'est le seul contentement que j'y aie [en Espagne, où il était alors], voit. Lett. 37. Quel esprit ne bat la campagne? Qui ne fait châteaux en Espagne? la font. Fabl. vu, to. || 8° Château de cartes, sorte de construction à plusieurs étages que font les enfants avec des cartes. Et passait îles jours entiers À faire des châteaux de cartes, scarron, Virg. trav. liv. vi. || Fig. Château decarte oude carton, petite maison de campagne d'une construction peu solide. || Jeu d'enfants. Voyez, châtelet. || 9° Château d'eau, grand réservoir d'où l'eau se distribue immédiatement aux fontaines. || Réservoir d'eau placé dans les gares et ateliers des chemins de fer pour alimenter la chaudière des locomotives. || 10° Terme de marine ancienne. Espèce de logement qui était élevé sur la poupe ou sur la proue d'un vaisseau. Château d'arrière, de proue, d'avant. Les officiers étaient sur le château de poupe avec les passagers, chateai'b. Génie, i, v, il. || 11" Terme de blason. Château fondu, celui qui est représenté en sa partie d'en haut seulement, celle d'ei\ bas semblant coupée. || Proverbe. Ville prise, château rendu, c'est-à-dire on ne peut guère tenir dans le château quand la ville est prise, et aussi, quand le principal est obtenu, les accessoires ne peuvent guère manquer de suivre.
— HIST. xie s. [111 prent i chastels et alquantes citez, Ch. de Roi. clxxxv. ||xiie s. Il n'i a cel n'ait chastel ou donjon, Ronc. p. »86. Si [la reine Blanche] fait fermer [fortifier] chastiaus, pour mieux valoir; De tant sont ja par lui [elle] creu si hoir, hues de la ferté, Romancero , p. (83. Il fait creuser souz terre à pic et à martel X ses engigneors [ingénieurs], dont ot pris maint chastel, Sax. ix. Allemagne [ils] ont destruite et tous les chastiax frais [brisés], ib. xv. || xme s. Une tor [tour] a ens el castel De marbre poli tôt novel; Li casteaus est fais à compas, Partonop. v. 943. Maint chastel abatu, mainte vile essilie [ruinée], Rerte, il. Un très riche chastel qui siet très noblement [entre deux rivières], ib. ix. Lors feras chastiaus en Espaigne, Et auras joie de noient, Tant cum tu iras foloiant En la pensée delitable, Où il n'a fors mençonge et fable, la Ruse, 2452. Vous savez que le roi de France guerroie au roy d'Engleterre et savez que le chastiau qui est plus en la marche de eulz deux , c'est la Rochelle en Poitou, joinv. <97. Quant je oy ce, je me levai de mon lit où je gisoie, et alai ou chastel avec les I mariniers, id. 283. || xves. Tout à part moy, en mon | penser m'enclos, Et fais chasteaulx en Espaigne et en France; Oultre les monts, forge mainte ordon- , nance; Chascun jour, j'ay plus de mille propos, ch. d'orl. Rond. Et assiégea ung petit chastel où il y, avoit des gens de guerre, comm. i, 2. Et me fist on mon foing ronger Tout à par moi, à ceste enseigne,
Que je commençai â songer Que faisoys chasteaulx en Espagne, coquillart, Monologue de la botte de foin. Et le songer fait chasteaux en Asie; Le grand désir la chair rassasie, pierre gringoire, Menus propos, dans le roux de lincy, Prov. t. n, p. 487. Bon chasteau garde qui sait son corps garder, id. ib. Je vays, je viens, le trot et puis le pas, Je dis ung mot, puis après je le nye, Et si bastis sans reigle ne compas Tout fin seullet les chasteaux d'Albanye, le Verger d'honneur, f° E. m, dans Ducatiana.t. il, p. 479. || xvic s. Car chastellain n'est point du chasteau sire, S'il n'a les clefs de derrière et devant, i. marot, v, 46. Chasteau pris n'est plus secourable, le roux de lincy, Prov. t. n, p. 487. Chasteau abbatu demy refaict, id. ib.
—ÉTYM. Picard, catiau,catieu.catcheu;bourg\i\g. chaitéa; provenç. castelh ; catal. caslell ; espagn. castillo; ital. castello ; du latin castcllum, diminutif de castrum, lieu fortifié. En vieuxfrançais, le nominatif est li chastels ou chastaus; le régime est h chastel ; le nominatif pluriel li chastel, le régime pluriel les chastaus. l.a locution faire des châteaux en Espagne se trouve dès le XIIIe siècle; on ignore quelle occasion y a donné naissance. A la vérité on lit dans le Mercure français, t. îv, p. 59 (ici g) : Dans l'ancien domaine d'Espagne, l'Espagnol n'y permet aucun fort, d'où est venu le proverbe faire des châteaux en Espagne, pour signifier faire chose inutile. Ce qui ajoute à l'incertitude de cette explication, si incertaine en elle-même, c'est qu'on a dit aussi château en Asie, château en Albanie; de sorte que, au fond, cela veut dire faire des châteaux en pays étrangers, là où l'on n'est pas, c'est-à-dire se repaître de chimères; le nom de l'Espagne a fini par prévaloir, sans doute parce qu'il était trèsconnu par les récits de Roland.
f CHATEAUBRIANT (cha-tô-bri-an) , s. m. Terme de cuisine. Morceau de filet de bœuf coupé épais et grillé, servi sur une sauce brune, et garni de pommes de terre frites, de champignons ou de truffes.
CHÂTELAIN, AINE (chà-te-lin,lè-n'), s. m. et/. || 1° Terme de féodalité. Seigneur d'un manoir, qui avait droit de juridiction sur ses vassaux. Le roturier qui dit par habitude qu'il lire son origine de quelque ancien baron ou de quelque châtelain, la bruy. xiv. || 2° Celui qui commandait dans un château. || 3° S. /'. Châtelaine, la femme d'un châtelain ; la maîtresse d'un château. || 4° Adj. Seigneur châtelain, dame châtelaine. Autrefois les seigneurs châtelains de Picardie n'allaient guère voir les seigneurs châtelains du pays des Allobroges; mais à présent que la société est perfectionnée.... voltaire, Lett. Florian, 29 nov. 1764. Au bout de huit jours je vis revenir mon homme qui m'apprit que le prince avait, non sans peine, obtenu du roi ma liberté; ce qui me fut confirmé le même jour par le seigneur châtelain, qui vint me dire : vous êtes libre, le sage, Gil Rlas, ix, 9. Qu'il avait de bon vin, Le seigneur châtelain, scribe. Comte Ory, n, 5. || Juge châtelain, ou, simplement, châtelain, le juge pour un seigneur châtelain. || Chaîne châtelaine, et aussi, substantivement, châtelaine, chaîne à laquelle sont suspendus des instruments de couture, des clefs, etc. et que les dames portent à leur ceinture. || 5° Châtelaine, bijou qu'une femme porte suspendue à sa ceinture par un crochet. || Bande d'étoffe de soie ou de laine que les femmes portent autour du cou pour se préserver du froid.
— HIST. xne s. Aussi com en la mer est puissanz la balaine, Sur touz autres poissons est dame et chastelaine, Sax. xxx. || xmc s. De celle estoire [flotte] fu chevetains Jehans de Neele, chastelains de Bruges, villeh. xxx. Et por Diu, gardés vous que chascuns vaille un castelain au besoing, h. de valenc. vin. Li chastelains de Coucy aima tant Qu'onc por amour nuls n'en ot douleur graindre [plus grande], anonyme, dans Couci. Et aporterent un escript qui avoit esté fait par l'accord des deux parties, par devant le chastelain du Louvre, Livre des met. 397. Vos ne troverez.... Conte, prince ne chasteleine Qui vos forface un fil de leme, Ren. 18843. Il n'est dame ne chastelaine Que ge ne tenisse à vilaine, S'ele nel' daingnoit aesier D'avoir ung savoreux besier, la Rose, 3465. Duc est la première dignité, et puis contes, et puis viscontes, et puis barons, et puis chastelains, et puis vavassor, et puis citaen, et puis vilain, Liv. de just. 67. Ha! très douce créature, Plus gente ke chastelaine, Ms. de poésies fr. t. m, p. 4 202, dans lacurne. Li chiés [la tête] vint à terre et les mains, Et li bons chevax chastelains S'en est alez fuiant ariere, Et cil remaint en la poudrière, Rlanchandin, ms. f° 181, dans lacurne. || xvc s. Il envoya jusqu'au
I chastel de Calais deux de ses escuyers, pour aller au 'chastelain, et savoir s'il estoit heure, froiss. i, i, 327. Sur ces pilliers fut ceste tour estable Par très longtemps; or la voi eslochier; Pourquoi? pource que j'ay veu clochier Le chastelain, e. desch. Poésies mss. f" 287 , dans lacurne.
— ÉTYM. Provenç. et espagn. castellan; catal. castelld; portug. castellâo; ital. castel lano ; de castellanus , de castellum, château.
CHÂTELÉ, ÉE (châ-te-lé, lée), adj. Terme de blason. Lambel châtelé, lambel chargé de châteaux.
— ÉTYM. Château, par l'intermédiaire de chastel; provenç. castellat.
CHÂTELET (chà-te-lè), s. m. || l- Anciennement, petit château. || 2° À Paris, le grand et le petit Châtelet : le grand où l'on rendait la justice; le petit où l'on tenait les prisonniers. || 3' La juridiction qui avait son siège au grand Châtelet et où l'on jugeait en première instance les affaires civiles et criminelles. Conseiller au Châtelet. Le Breton a été obligé de faire assigner ses accusateurs au Châtelet, volt. Lett. Souverains, 31. || 4" Châtelet se disait aussi des juridictions d'Orléans, de Montpellier et de quelques autres villes. || 5° Partie du métier du rubanier qui soutient les hautes lisses. j| 6" Jeu auquel les enfants jouent en assemblant des noix ou des marrons en pyramide, et qui se nomme aussi le château.
— HIST. xmc s. En un vies [vieux] castelet s'alerent embuschier, Ch. d'Ant. iv, 2G3. || xiv" s. Chastellet et guette du dit chastelet cornant, c'est à dire jusqu'à l'heure où celuy qui faisoit sentinelle dans le chastelet sonnoit de la trompette, Ordonn. des rois de France, t. m, p. (47. ]|xve s. Entour [le] chastelet vendoit on sel, fruit et herbes et aussi y faisoit on, tout l'an, chappeaux de diverses tleurs et verdeurs, de laborde, Émaux, p. 207.
— ÉTYM. Diminutifdec/idfeaM, par l'intermédiaire de chastel; provenç. castelet; catal. castellet ; espagn. castillete; ital. caslelletio.
CHÂTELLENIE (châ-tè-le-nie), s. f.\\ 1" Seigneurie et.juridiction d'un seigneur châtelain. C'est pour cela que je viens me renfermer dans ma chàtellenie, bayard et dumanoir, la Marquise de Prétintaille, se. 9. || 2° L'étendue d'une châtellenie.
— HIST. xvc s. Aussi seront delez nous ceux de Courtray, car c'est en nostre chastellenie, froiss. n, il, 56. Le duc voulut faire desemparer Mondidier; mais, pour l'affection qu'il veit que ce peuple de ces chastellenies luy portait, il la fit reparer.... comm. m, <0. (Dans les siècles précédents on disait chastelerie.)
— ÉTYM. Provenç. espagn. et ital. castellania ; de castellanus , châtelain.
f CHAT-HUANÉ, ÉE (cha-u-a-né, née), adj. Oiseau chat-huané, oiseau de proie ayant le pennage d'un chat-huant.
CHAT-HUANT (cha-u-an, au pluriel comme au singulier; du temps de Palsgrave, p. <9, au xvie siècle, on aspirait \'h ; l'Académie dit encore qu'on l'aspire; mais la prononciation la plus ordinaire ne tient pas compte de cette h), s. m. Sorte de hibou.... Hier soir sur la brune Un chat-huant s'en vint votre fils emporter, la font. Fabl. ix, i. Une souris tomba du bec d'un chat-huant, id. ib. ix, 7. || Au plur. Des chats-huants.
— HIST. xmc s. Mes moult i brait et se démente Li chahuan o sa grant hure, la Rose, 5999. || xve s. Les arondes y font leur nis Et li cahuan soir et main, e. desch. Bail, sur son bailliage de Senlis. || xvrs. Des chats-huants et chauves souris, d'aub. Hist. i, 363. Il ressemble au hibou ou chat huant.... paré, Mumie et Licorne , déd.Si nous oyons crier de nuict quelque chouan, Nous hérissons d'effroi, rons. 8 1 5. J'ay englué vingt vergettes ce matyn; si je eusse ung chathuant, nul petit oyselet ne me escaperoit, palsgr. p. 612. X midy estoile ne luit, cahuant ne sort de son nid, génin, Recréât, t. il, p. 234.
— ÉTYM. Berry, chavant, chaven, chavin, chavon; chavoche, femelle du chat-huant; patois messin, chè-heusant; picard, caouein; picard, cahouant; Saintonge, chavant; bas- lat. carannus. Bien que chathuant puisse avoir un sens et signifier le chat qui hue; bien que le huant se trouve dans des textes anciens avec le sens de chat-huant (les leus oy uller, et li huans hua, Bertc, p. 4i)> néanmoins on ne peut résister à l'ensemble de toutes les formes de nos patois qui témoignent d'un mot cltavan, chouan, qui fut altéré, par la prononciation, en un semblant de sens, le chat qui hue, et dont le radical cho ou eau se trouve dans chouette et dans choucas (voy. ces mots).
CHA
CHA
CHA
f CHÂTIABLE (châ-ti-a-bl'), ad). Qui mérite d'être châtié; qui peut être châtié.
— ÉTYM. Castigabilis, de castigare, châtier. CHÂTIÉ. ÉE (ciià-ti-é, ée), part, passé. || l°Puni.
Les nations châtiées par la colère céleste. Cet enfant châtié par son père. || 2" Rendu correct. Son style était plus suivi et plus châtié, boss. Var. 9. || Style châtié, celui qui est très-pur et très-correct.
CHÂTIER (châ-ti-é), v. a. ||1° Infliger une correction. Les enfants connaissent si c'est â tort ou avec raison qu'on les châtie, et ne se gâtent pas moins par des peines mal ordonnées que par l'impunité, la bruy. xi. [Ils] Adorent dans leurs fers le Dieu qui les châtie, rac. Esth. ni, t. || Terme de manège. Châtier un cheval, lui donner de la cravache ou de l'éperon. || 2° Mortifier. Les plus grands saints qui châtient leur corps, mass. Car F. légères. Son corps qu'elle avait toujours châtié, crucifié, id. ib. Mort.\\Z° Par extension, condamner, blâmer. Châtier en autrui ce qu'on souffre chez soi, corn. Poly. ni, 5. On. devrait châtier sans pitié Ce commerce honteux de semblant d'amitié, mol. Mis. i, t. || 4° Rendre plus pur et plus correct, en parlant des ouvrages d'esprit. Châtier son style. || 5° Se châtier, v. réfl. S'infliger à soi-même une punition. Il se châtiait lui-même en croyant châtier autrui. || Proverbe. Qui bien aime bien châtie, et aussi, qui aime bien châtie bien, c'est-à-dire on a une affection éclairée pour celui que l'on reprend, que l'on avertit de ses fautes.
— SYN. châtier, funir. Les juges punissent le coupable, afin qu'il satisfasse par sa punition à la justice et qu'il serve d'exemple. Les pères châtient l'enfant, afin qu'il se corrige et devienne meilleur. Dans punir, il n'y a que l'idée de l'expiation de la faute commise; dans châtier, il y a de plus l'idée de l'amélioration de celui qui est châtié.
— HIST. xie s. Vint tresqu'à els [eux], si's [si les] prist à castier, Ch. de Roi. cxxx. || xne s. Vus ne i devez pas tut sou voil conseillier, Ainz le devez suvent reprendre e chastier, Th. le mart. 28. Tierce feiz i fu pris; pas ne s'en castiheit, ib. 3i. Reis, suef se chastie qui d'autrui se chastie, ib. 75. || xnie s. Il la [sa fille] fait enserrer en la tour et remaindre, Ainsi la cuide bien chastoieret destraindre, audefr. lebast. Romancero, p. 15. Bêle Yolans, je vous chastoi; Ma fille estes, faire [je] le doi, ib. p. 5î. Si lor comanda qu'il castiascent lor enfants, Chr. de Rains, 226. Mais ice ne ferai-ge mie, Ge qui por ton preu te chastoi, la Rose, 7033. Plus en sai que vous ne savés, Qui ainsinc chastie m'avés, ib. 6628. Sunt en terre establi li juge.... Por ceus pugnir et chastoier Qui por ceste amor renoier Murdrissent les gens et affolent, ib. 5487. Moult a heneùrée vie Cil qui par autrui se chastie, ib. 8042. ....Si que par le bannissement il se castient de lor meffet, beaum. xxiv, 16. Que chascun seignor deit estre curious et ententif de faire justice de murtrier, por chastier les autres qu'il ne le seient, Ass. de J. 135. Nus ne puet tormenter son serf sanz cause; mes il le puet bien chasteier atempréement, Liv. de just. 77. Tout se furent assis sor l'erbe qui verdie; L'apostoles se dresce en pies, si les chastie [exhorte], Ch. d'Ant. i, 802. || xive s. Il convient punir, chastier et corriger celui qui appete choses laides, oresme, Eth. 99. || xvi" s. Il s'en chastoia en eage virille, fr. de bonnivard , Bibl. des ch. 2e série, t. n, p. 394. Il estoit incontinent admonesté par les autres evesques voisins: s'il ne se chastioit, il estoit déposé, calv. Instit. 862. Chastie les : car ils sont en ta subjection, id. ib. 90). Pensant que, quand il entendroit cela, il se chastieroit de l'aimer tant, marg. Nouv. i. Si, après avoir parlé à lui, il ne se chastie, je le chastierai si bien, que les autres y prendront exemple, id. ib. lui. On chastie aux enfants des erreurs innocentes, mont, i, 37. Vous serez chastiez: les enfans et les fous, S'ils ne sont chastiez, jamais ne se corrigent, Sat. M-énip. p. 212. Belle doctrine prend en luy, qui se chastie par autruy, génin, Récréât, t. il, p. 235.
— ÉTYM. Provenç. castiar , chastiar ; espagn. castigar ,■ ital. castigarc ; du latin castigare, de castus, chaste (voy. chaste), et un suffixe igare. Chastier et chastoyer, qui n'est plus usité, sont dans le même rapport que charrier et charroyer.
CHATIÈRE (cha-tiê-r'), s. f. || 1° Trou pratiqué à une porte pour le passage des chats. || Par extension, une ouverture quelconque. M. le prince, en arrière du service, regardait par la chatière et s'applaudissait de sa malice noire, st-sim. 75, 227. | Fig. Voie dérobée. Pelletier, soutenu du crédit (Je son père, était introduit [pour être premier pré-
sident] par la chatière de la main de Saint-Sulpice, id. 173, 56. || 2° Pertuis qu'on ménage pour donner issue aux eaux d'un bassin. || 3° Piège pour prendre les chats.
— HIST. xiii" s. Et por tous ces ostex [hôtels, logis] se boutent, Ne clés ne barres ne redoutent, Ains s'en entrent par les fendaces, Par chatières et par crevaces, la Rose, 18636.
— ÉTYM. Chat; picard, catière, gouttière.
f CHÂTIEUR (châ-ti-eur) , s. m. Celui qui châtie. Cette déplorable façon de gouverner jeta enfin dans le dernier désespoir ce maître de la paix et de la guerre, ce distributeur de couronnes, ce châtieur des nations [Louis XIV], st-sim. 408, 112.
— HIST. xme s. Et en tel cas et en sanblavles est-il bien mestiers que li maris soit castieres de sa femeresnablement, beaum. lvii, 6.
— ÉTYM. Provenç. casliaire, casligador; espagn. et porlug. casligador ; du latin castigaiorem,ûe castigare, châtier. Dans le vieux français et le provençal, chastiere, castiaire est le nominatif, répondant à castigâlor ; chastieor, casligador est le régime, répondant à castigatôrem.
f CHATILLON (cha-ti-llon, U mouillées), s. m. Nom vulgaire du lamprillon.
CHÂTIMENT (châ-ti-man), s. m. Peine qui a pour but la correction de celui à qui on l'inflige, et aussi, par extension, une punition en général. Infliger un châtiment. Il a reçu le châtiment de sa faute. S'humilier sous le châtiment. Faites son châtiment de sa
confusion, corn. Cinna, iv, 4 pour châtiment
de sa témérité II lui faudrait du front tirer le diadème, id. Nicom. v, 7 et si tu ne veux qu'un châtiment soudain T'ajoute aux scélérats qu'a punis cette main.... rac. Phèd. iv, 2. Vous voulez qu'un roi meure, et pour son châtiment Vous ne donnez qu'un jour, qu'une heure, qu'un moment, id. Andr. iv,3. L'âme sait que le châtiment répare l'ordre du monde blessé par l'injustice, boss. Connaiss. v, 6. Vous y pouvez encore joindre une autre suite; c'est la suite visible d'un continuel châtiment sur les Juifs, qui n'ont pas reçu le Christ promis à leur père, in. Hist. il, 13. Prendre châtiment des rebelles, d'ablancourt, Arrien, liv. vm, dans richelet. Le partage des hommes comme des bêtes y est [dans les états despotiques] l'instinct, l'obéissance, le châtiment, montesq. Espr. m, 10. || Punition infligée aux animaux à la suite d'une désobéissance ou de manifestations dangereuses.
— REM. L'Académie écrit remerciment ou remerciement; pourquoi n'écrit-elle pas châtiment ou châticment? ou réciproquement, pourquoi pas remerciment ? Ces anomalies compliquent inutilement l'orthographe.
— HIST. xiie s. Il aporterent briefs, tel de castiement De ço que li prélat errouent malement, Tel de suspensiun.... Th. le mart. 66. Oez de vostre père sun bon chastiement, E de vostre arcevesque sun amonestement, ib. 80. Droiz est ke la sainte pense [pensée] rapresset par spiritueil chastiement tôt ce ke ele sent charneilment elleveir en soi, Job, 452. || xme s. Quant j'oï ce chastiement, Je repondi iréement, la Rose, 3083. || xve s. Ore prangne chascun ci chastiment; Saiges n'est pas qui en tel service entre, e. desch. Femme et enf. || xvie s. Je visiteray avec verges leurs iniquitez, et leurs péchez avec chasiiement, calv. Instit. 833. Les derniers chastiements sont employez par la justice plus pour l'exemple que pour l'interest de ceux qui les souffrent, mont. Lettre ix.
— ÉTYM. Provenç. chastiament ; anc. catal. castigament ; espagn. caslimento; de. castigamentum, de castigare, châtier. Dans l'ancienne langue, chastiement était de quatre syllabes; on le trouve de trois dès le xvc siècle. A côté de chasiiement . l'ancienne langue avait fait chastoi, qui signifiait correction, remontrance.
t CHATOIEMENT (cha-toi-man), s. m. Voy. chatoyement.
i. CHATON (cha-ton), s. m. || 1° Tête d'une bague, c'est-à-dire partie qui renferme la pierre précieuse. || 2" Pierres enchâssées. Elle avait au doigt une belle rangée de chatons.
— HIST. xnr s. J'ai en ma main un tel anel : Deux pieres a ens el caston, Lai de Melion. || xive s. Les entrechamps de grosses pelles [perles] fines et de chastons enchastonnez en fin or, du cange, chasto. Pour cinquante que rubis, que esmeraudes petites, pour mettre en cinquante chastons d'or; lesquielx chastons furent baillés audit Nicholas Waquier pour mettre en sollers de broudeure qu'il fit pour le roy à la feste de l'Estoile, labobde, Émaux, p. 209. || xve s, Balais yssus de douze chastons d'or, id. ib.
|| xvie p. Trois petits châtions d'or à queue, où sont deux tables de dyaruant triangles, et au troisième est une rosette de dyamant, id. ib.
— ÉTYM. Berry, chaton, coffret ou tiroir établi dans un coffre sur des liteaux intérieurs. Diez le tire de cassa, caisse, italien cassetta, cassetlone, et par contraction castone, comme le parmesan castéina de cassettina; maison ne voit pas comment une contraction, telle que casseton changé en caston, aurait pu se faire dans la langue d'oïl. Il faut y admettre le même radical que dans l'allemand Kasten, coffre, anglais chest, suédois Itista, qui peutêtre tire son origine du latin cista, grec ytiavti. Voyez aussi le bas-latin caslicia, enclos, castulum, coffre.
2. CHATON (cha-ton), s. m. Petit chat. Le cardinal de Richelieu ajouta encore une pistole pour les chatons, l. feugère, Mlle de Gournay, p. 163, d'après tallemant.
— HiST.xmes. Qui prendroit, biau filz, ung chaton Qui onques rate ne raton Veù n'auroit ; puis fust noris Sans ja veoir rat ne soris.... Et puis veïst soris venir; N'est riens qui le peùst tenir, la Rose, 14241. Ce sache cil qu'à court ira, Et teiz sa droiture i achate Qui n'en porte chaton ne chate, ruteb. ii,71. || xvie s. Prenez petits chiens ou chatons nouvellement nés, ou pigeonneaux, paré, v, 29.
— ETYM. Diminutif de chat; provenç. cato ; catal. gatô.
3. CHATON (cha-ton), s. m. Terme de botanique Épi long et flexible, ressemblant un peu à une-queue, dont les fleurs sont incomplètes, c'est-à-dire qu'elles ne possèdent pas à la fois étamines et pistd (noyer, coudrier, saule, mûrier), et qui, articulé a sa base se détache en entier après la floraison.
— HIST. xvic s. N'estant tant à craindre le degast des chatons du couldrier par les froidures, o. de serres, 680. Le noier ne fleurit aucunement, comme la plupart des autres, seulement jette il des chatons pour avant-coureurs des nois prochaines, ainsi que font les coudriers et chesnes, id. G95.
— ÉTYM. Chaton 2, par comparaison avec la fourrure du chat. Boulin cite le gaél. caiste, frisé.
f CHATONNEMENT (cha- to-ne-man), s. m.
|| 1° Action de loger dans un chaton. || 2e Terme d'obstétrique. Chatonnement ou enkystement du placenta, rétention du placenta dans une espèce de poche formée par la contraction irrégulière des fibres de la matrice après la sortie du fœtus.
— ÉTYM. Chalonner i.
f i. CHATONNEU (cha-to-né) , v. a. Encastrer dans un chaton.
— ÉTYM. Chaton 1 .
f 2. CHATONNER (cha-to-né), v. n. Faire de petits chats. Il y a encore ma mie Piaillon, ajouta Bois-Robert; c'est sa chatte. — Je lui donne vingt livres de pension, répondit l'éminentissime. — Mais, monseigneur, elle a chatonné, dit Bois-Robert, L. feugère, Mlle de Gournay, d'après tallemant.
— HIST. xme s. [L'amour] .... tôt le meillor cler du monde [Aristote] Fait comme roncin enseller Et puis à quatre piez aller Tôt ehatonant [faisant le gentil comme un jeune chat] par desor l'erbe, Alexandre et Aristote, ms. f° 73, dans lacurne.
— ÉTYM. Chaton 2 ; Berry et Saintonge, cftatouner.
f CHATOUILLANT, ANTE (cha-tou-llan, Uan-t', Il mouillées, etnon cha-tou-yan) , adj. Qui plait, qui chatouille l'amour-propre. Par de chatouillantes approbations vous régaler de votre travail, mol. B. gent. i, i.
t CHATOUILLE (cha-tou-11', Il mouillées), e. f. Terme de pèche. Espèce de petite lamproie.
CHATOUILLÉ, ÉE (cha-tou-llé, liée, //mouillées), part, passé. || l°Cetenfant chatouillé parsa nourrice. |] 2" Fig. Sa soeur se croyant déjà entre les bras de l'Amour, chatouillée de ce témoignage de son mérite.... la font. Psyché, liv. n. Et chatouillé d'ailleurs par l'espoir qui le tlatte, corn. Sertor. i, 2.
CHATOUILLEMENT (cha-tou-lle-man . // mouiilées, etnon cha- tou-ye-man), s. m. || 1° Action de chatouiller; sensation que cette action cause. Le chatouillement cause un rire convulsif. Plusieurs personnes redoutent le chatouillement. || 2° Fig. Impression douce et agréable. Il n'y a que de la joie et du chatouillement pour l'esprit, balz. 4e Disc. s. la Cour.
— hist. xvie s. Mesprisant toute honnesteté, tu veux colloquer tout ton bien es chatouillemens de la chair, lanoue, 510. Ce mesme chatouillement el aiguisement qui se rencontre en certains plaisirs et semble nous enlever audessus de la santé simple et indolente, mont, ii, 215.
— £tym. Chatouiller.
CHATOUILLER (cha-tou-llé, //mouillées, et non
CHA
CHA
CHA
cha-tou-yé),t\ a.\\ 1° Produire, pardesattouchements i et répétés sur certaines parties du corps, une sensation moitié agréable, moitié pénible, qui excite un rireconvulsif. Il ne faut pas chatouiller les jeunes enfants. || En termes de manège, chatouiller un uheval de l'éperon, le toucher légèrement avec l'épe- Terme de monnaie. Chatouiller le remède, cher de très-près de la quantité d'alliage qui es; autorisée. || 2° Par extension, produire certaines sensations agréables. La musique chatouille l'oreille. Ce mets Lui chatouillait fort le palais, la font.' Pâté. Il le sommeil] chatouille mon mal d'un faux ressentiment, Régnier, Plainte. La douleur qui l'ait frémir ses bourreaux ne fait que la [la vertu] chatouiller, balz. le Prince, ch. xi. Que ferez-vous ici, faibles discoureurs? Dissiperez vous ces conseils cachés en chatouillant les oreilles? boss. Fr. Bourgning Jamais odeur de pâté ne chatouilla l'odorat plus délicatement que celle qui se répandit de tous côtés à celte ouverture [d'une tortue de 5<>o livres cuite en pâté], labat, Nouveau voy. aux îles, 2e part. ch. 22. Heureux .... Qui, pour ne rien souffrir qui lui pèse ou le souille, Fuit ce qui le chatouille, Et, pour mieux servir Dieu, se rend maître de soi ! corn. Irait. I, 21. || 3° Fig. Tandis que je m'arrête A" chatouiller mon Ame en ce contentement, malh v, 25. Dragon, gentil dragon, quête dirai-je encor Qui te chatouille et qui te plaise? la font. Psyché, liv. n, p. (78. Ce M. de Lucon avait un je ne sais quoi de votre voisin qui lui avait chatouillé l'esprit, balz. 8e Entretien. L'aise de voir la terre à son pouvoir soumise Chatouillait malgré lui son âme avec surprise, corn. Pomp. m, i . Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce Chatouillaient de mon cœur l'orgueilleuse faiblesse, rac. Iphig. i, i. J'aime à te voir presser cet aveu de ma flamme : Combattant mes raisons, tu chatouilles mon âme, mol. Pr. d'Él.
i, 1 l'appas qui la chatouille.... Lui cache le
péri! de ce qu'elle entreprend, ioursault, Fables d'Ésope, iv, 3. Un auteur vertueux en ses vers innocents Ne corrompt point le cœur en chatouillant les sens, boil. Art poét. iv. Il n'y a rien qui chatouille tant l'oreille d'un homme soupçonneux que les rapports, d'ablancourt, Lucien, t. m, dans BICHFXET. Il Absolument. 11 n'y a rien assurément qui chatouille davantage que les applaudissements que vous dites, mol Bourg, gent. i, i. || 4° Se chatouiller, v. ré/1. Se causer la sensation du chatouillement. || Fig. Se chatouiller pour se faire rire, rire sans sujet, faire effort pour paraître gai. || Se chatouiller l'un l'autre. Ils s'amusent tous deux à se chatouiller.
— HIST. xive s. Et aucuns sont aussi comme sont ceulz qui se doubtent que les autres ne les catoillent, et pour ce il se citoullent et confriquent premièrement, oresme. Eth. 21 1 . || xv" s. Quant dedans fu [le dard], mon cueur vint esveiller Et tellement le print â eatoillier Que je senty que trop rioit de joy, ch. d'orl. 1. Durant que ce vin j'avaloy, Qui me chastouilloit soubz la langue, basselin, Vau de Vire, 0. || xvi' s. Ceste parole ne despleut point à Sylla, ains au contraire, il donna à cognoistre qu'elle l'àvoit chatouillé, amyot, Sylla, 72. Lapluspart des plaisirs nous chatouillent et embrassent pour nous estrangler, comme faisoient les larrons que les ^Egyptiens appeloient Philistas, mont, i, p. 283. Livre que j'avoy basty pour me chastouiller moymesme, à fin de me faire rire le premier, des accords , Avant -propos. Guêtres, maux et telles petites mignardises qui chatouillent malheureusement les personnes pour les faire rire , Moyen de parvenir, p. 4, dans lacurne.
— ÉTYM. Picard, catouiller; rouchi, catoulier ; d'après Diez, de catulire, changé en catuliare, être en chaleur en parlant des chiennes, de catulus, petit chien, diminutif de canis, chien; d'après Grandgagnage, qui trouve dans le wallon catî, gatî, guèti, pour chatouiller, de l'allemand : anglo-saxon, citelan; holl. kiilelm; allem. moderne, kitzeln, chatouiller. La forme du mot est en faveur de l'opinion de Diez. Il y avait aussi dans l'ancien français chatillier ou catillier, signifiant harceler : Li mal d'amour.... Ne me font fors chatillier De joie et de delirier Sans penser nule folie, IHss. de poésies fr. avant 1300, t. iv, p. 1384, dans lacurne. Et s'estoient là retraits une grosse compaignie pour catillier les Picards, monstrelet, dans du cange, catillare. Ces formes catillare, catillier, dont le sens n'est pas très-précis entre harceler et chatouiller, se prêteraient mieux à l'étymologie de Grandgagnage , et, comme il est arrivé souvent, une confusion a pu s'opérer entre chatillier et chatouiller.
CHATOUILLEUX, EUSE (cha-tou-lleû, Heu-/.',
PICT. PE LA LANGUE FRANÇAISE, — li
Il mouillées, et non cha-tou-yeû). adj.\]i° Qui est sensible au chatouillement. Cet enfant est trèschatouilleux. || Terme de manège. Cheval chatouilleux a l'éperon, cheval qui, au lieu d'obéir à l'éperon, hennit et rue. || 2" Fig. Qui s'offense aisément , qui se pique aisément. C'est sur ce point qu'il est chatouilleux, boss. i, Annonc. t. Quelque chatouilleuses que soient les impressions de l'amour-propre, elles ne m'empêcheront jamais de dire la vérité, Mirabeau, Collection, t. in, p. 45. En un siècle comme celui-ci où l'on ne vit que par exemple, et qui me semble autant ou plus chatouilleux pour les écrivains que celui sous lequel on était obligé de se présenter la corde au cou quand on voulait proposer de nouvelles lois, Lett. à Malh. dans malh. Éd. de ménage, p. 262. Pour un monsieur si chatouilleux, qu'avez -vous trouvé de gai à certain soufflet de tantôt? beaumarch. Mar. de Fig. v, 19. || 3" Affaire, question chatouilleuse, affaire, question qui pourrait facilement exciter des susceptibilités. L'éclat de ces faveurs dont vous enveloppez De votre faux secret le chatouilleux mystère, corn. Agésil. m, 4. Ce factum accompagné de notes un peu chatouilleuses, volt. Lett. d'Argental, 4 janv. 1773.
— HIST. xv s. Il luy sembloit davantage que ses subgectz estoient ung peu chastoulleux à entreprendre auctorité quand ilz en verroient le temps, comm. vi, 7. || xvi' s. Sentir la hart, vaut autant à dire que chatoudleux de la gorge, desper. Contes, xcvn. Depesché aux plus chatouilleuses négociations, d'aub. Hist. préf. 8. Ils s'y logèrent, encores qu'il y fist fort chatouilleux [dangereux], carl. ix, 28. L'univers de bout en bout Sent partout Sa chatouilleuse puissance [de l'amour], am. jamyn, liv. iv, Chanson, Or que le plaisant.... Je ne sçay si la ditte princesse a composé le dict livre, d'autant qu'il est plein de propos assez hardis et de mots chatouilleux, la croix du maine, Bibl. p. 309, dans lacurne. Un aultre disoit au bourreau, qu'il ne le touchast pas à la gorge, de peur de le faire tressaillir de rire, tant il estoit chatouilleux, mont, i, 296. Mais, de contourner le jugement des événements, souvent contre raison, à nostre advantage, et d'obmettre tout ce qu'il y a de chatouilleux en la vie de leur maistre, ils en font mestier, id. ii, i 14. Combien qu'ayez la parole plus chatouilleuse et plaisante aux oreilles des auditeurs, Nuits de Straparole, t. il, p. 235, dans lacurne. Chatouilleux de la gorge [qui mérite d'être pendu], oudin.
— ÉTYM. Voy. chatouiller.
CHATOYANT, ANTE (cha-to-ian, ian-t' ; d'autres
disent cha-toi-ian), ad). Qui chatoie. Étoffe, couleur chatoyante. Les mouches étaient toutes distinguées les unes des autres; il y en avait de dorées, d'argentées, de tigrées, de rembrunies, de chatoyantes, bern. de st-p. Étude ire.
t CHATOYEMENT ou plutôt CHATOIEMENT (cha-tol-man), s. m. Effet d'une surface chatoyante. Le chatoyement du cou d'un pigeon.
— ÉTYM. Chatoyer.
CHATOYER (cha-to-ié; d'autres disent cha-toiié) , je chatoie, tu chatoies, il chatoie, nous chatoyons, vous chatoyez, ils chatoient; je chatoyais, nous chatoyions, vous chatoyiez; je chatoierai; je chatoierais; que je chatoie, que nous chatoyions, que vous chatoyiez; que je chatoyasse, v. n. Changer de couleur, avoir des reflets, selon les différents aspects, comme l'œil du chat.
— REM. Ce mot ne se trouve ni dans les éditions du Dictionnaire de l'Académie antérieures à 1835, ni dans Richelet, ni dans Furetière. Il existe dans le parler du Berry. Il se peut qu'étant provincial, il se soit introduit tardivement dans la langue littéraire.
— ÉTYM. Chat; Berry, chatoyer, flatter comme lorsqu'on caresse un chat, plaire.
f CHAT-PARD (cha-par), s. m. Nom scientifique de l'espèce appelée vulgairement lynx de Portugal. || Au plur. Des chats-pards.
— ÉTYM. Chat, et pard.
f CHÂTRABLE (chà-tra-bl'), adj. Qui peut être châtré.
— hist. xvi' s. Le chastrer des aigneaux n'est restraint à. certain aage, estant chastrables et les jeunes et les vieux de ces animaux, o. de serres, 322.
CHÂTRÉ, ÉE (cliâ-tré, trée), part, passé. || 1" Un taureau châtré. || 2° .S', m. Un châtré, un homme châtré. 11 s'était adressé pour cela à un petit châtré, organiste d'une église, scarr. IIodi. com. ch. xv. Voyant un châtré fredonner le rôle de César, volt. Cand. 25. || On dit aussi castrat; mais châtré, eu cet emploi , a quelque chose de moqueur que n'a pas castrat.
CHÂTRER (châ-tré),v. a. || l°Couperles testicules on les ovaires. Châtrer un taureau, une truie. On a châtré des hommes pour avoir certaines voix de chanteurs. Les Orientaux châtrent les hommes pour en faire des eunuques et les commettre à la garde des harems. On proposa à cet Attale de châtrer Honorais, volt. Mo?!/™, 1 1 . |l 2° Fig. Châtrer un livre, en retrancher ce qui peut être licencieux ou simplement trop hardi. || 3° Terme de jardinage. Chatrerdes fraisiers, des melons, en ôter les rejetons ou les fleurs superflues. || 4° Châtrer une ruche, en ôter la cire ou le miel. || Châtrer des cotrets, en ôter quelques bâtons. || Châtrer une roue, ôter quelques jantes, pour resserrer les ais.
— HIST. xiii' s. Chastris [moutons], joinv. 2G7. || xv° s. En ce moys l'en chastre les vaisseaulx des mousches,se ilz ontassez miel, Prouffitz champ, et ruraulx, vu, e.||xvi« s. Et puis, pour couronner l'eslevation des Lorrains, le Conseil de France la chastra du droit qu'elle avait sur Bar, et les en fit souverains, d'aub. Hist. i, 88. Les eunuques et chastrés dégénèrent en nature féminine, pare, vi , 18. Chastrer les abeilles, c'est à dire vendanger la miel et la cire qui sont dans les rusches, o. de serres, 447.
— ÉTYM. Picard, catrer ; provenç. castrar,crastar, crestar ; espagn. caslrar; ital. castrare; du latin castrare , châtrer.
CHÂTREUR (châ-treur), s. m. Celui dont la profession consiste à parcourir les campagnes pour châtrer des animaux.
— HIST. XVIe s. Il y a gens en Afrique qui vont par la ville, h la mode de nos chastreux, et font mestier de couper telles caruncules, paré, i, 34.
— ÉTYM. Berry, chdtreu; provenç. creslaire; espagn. castrador; du latin castratorem , de castrare , châtrer. Dans le provençal crestaire est le nominatif répondant à castrdtor; crestador serait le régime répondant à castratorem.
t CHAT-ROCHIER (cha-ro-chié) , s. m. Nom vulgaire du squale roussette, dit aussi rocher et chat des rochers, parce qu'il affectionne les parties rocheuses ue la mer. \\ Au plur. Des chats-rochiers.
t CHÂTRURE (chà-tru-r'), s. f. Terme de vétérinaire. Castration des animaux par l'emploi du caustique.
— ÉTYM. Châtrer.
\ CHATTE (cha-f) , s.f.\\l° Voy. chat. || 2" Terme de marine. Sorte de grappin servant à accrocher au fond Ce l'eau une corde tendue par l'ancre ou des cordages tombés dans une rade. || Espèce de chasse marée servant à la pêche.
j-CHATTÉE (cha-tée), s.f. La portée d'une châtie.
— ÉTYM. Chatte.
f CHATTEiMENT (cha-te-man), adv. Terme trèsfamilier. Â la manière des chattes, d'une façon caressante et aussi d'une façon trompeuse et hypocrite.
— ÉTYM. Chatte, et le suffixe ment.
CUATTEM1TE (cha-te-mi-f) , s. f. Personne affectant des manières humbles et flatteuses. Voyezvous cette chattemite! Un chat faisant la chattemite, Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras, la font. Fahl. vu, 16. Ah! ah! dis-je, Alison, vous lisez des romans; Et vous vous arrêtez â l'endroit de l'ermite; Je crois qu'ainsi que vous, pleine d'enseignements, Oriane prêchait, faisant la chattemite, id. Ballade sur les romans. Que maudit soit l'amour et les filles maudites Qui veulent en tâter et font les chatteraites, mol. le Dép. v, 4. Les renards, autres chattemites, Se glissant dans nos basses-cours, volt Épttr. xcvn.
— HIST. xme s. Si l'une est chate , l'autre est mite, Ben. 144. ||xvie s. Ils font si bien les chatemites, quand ils veulent avoir quelque avantage sur quelqu'une, et sont de si attrayante manière, marg. iVo«f.46.Chatemities, lequel dernier terme vaut quasi autant que contrefaiseur de brebiettes, h. est. Apol. d'Hérod. p. 626, dans lacurne. Malheureux nostre siècle en ce désastre né, Sous lequel nous voyons tant d'aines chatemites, Carnassières des rois, avoir esté produites, pasquier, Lettres, t. Il, p. 573. Je ne voudrais, Florus, estre Pauvre, pouilleux chatemite, Caché près d'une marmite Dont on ne me peust cognoistre, duverdier, Biblioth. p. 40, dans lacurne. Vous voulez donc que désormais .le lac i de lachatemile, Papelardant comme unhermite, Le blason des foulées amours , p. 240, dans lacurne. Les Huguenots deCoudom, qui estoient demeures sous ledit du roy, ayans lait toujours la chatte mit - de ne vouloir prendre les armes, montluc, Mcm. t. U, p. 394, dans LACURNE.
— ÉTYM. Chatte, et mite, qui probablement est le 'même que mitis, doux, employé pour signifier chat.
cnv
CHA
CHA
f CHATTEM1TERIE (cha-te-mi-te-rie) , s. f. Action de chattemite.
— HIST. xvi s. D'autres aussi font les scrupuleux par une vraye chaternitterie, afin de sembler plus saincts, langue. "7.
— f.TYM. Chattemite.
CHATTER (cha-té), ». n. Faire des petits, en parlant d'une ch tte.
— ÉTYM. Chatte.
t CHATTERIE (cha-te-rie), s. f. || 1° Acte de friandise. || 2° Les friandises mêmes. Manger des chatteries. || 3" Coquetterie, gentillesse. Faire des chatteries. || Fausse caresse.
— hist. xvic s. Fouquet lui alla ouvrir et en allant s'avisa de jouer un tour de chatterie à son homme, desper. Contes, xn.
— ETYM. Chatte, chat, ces animaux paraissant plus sensuels que les autres, à cause qu'on les voit souvent se lécher les babines; bourguig. chatterie. Au xvie siècle, on disait chatonie, dans le sens d'espièglerié.
t CHAT- TIGRE (cha-ti-gf') . s. m. Un des noms vulgaires donnas au chat margay, au chat ocelot et au chat serval. \\ Ait plur. Des chats- tigres.
f CHAUCHÉ (chô-ché), s. m. Chauché gris, nom, an Bourgogne, du pineau blanc.
f CHAUCHE RRANCHE (chô-che-bran-ch') , s. f. || 1° Levier pour de grands fardeaux. \\Auplur. Des chauche-branches. ]| 2° S. m. Nom vulgaire de l'engoulevent. || Au plur. Des ebauche- branche ou chauche-branches.
— ÉTYM. Dans le premier sens, c'est une branche [levier] qui cauche ; dans le second, c'est l'oiseau qui cauc'ie la branche. Caucher est un ancien verbe qui veut dire serrer, presser (voy. cocher).
f CHAUCHE-POULE (cho-che-pou-1'), s. m. Nom vulgaire du milan. \\Au plur. Des chauche-poule ou chauche-poules.
— ÉTYM. Caucher 'voyez le précédent), et poule : l'oiseau qui cauche la poule.
CHAUD, CHAUDE (chô,chô-d'; ledneselie pas, un ami chaud à nous servir, dites : chau â; Chiffiet, Cm mm. p. 212, fait même remarque; au pluriel Vs se lie : des amis chau-z à), adj. || i° Qui a, qui donne ou produit de la chaleur. Dans ces climats chauds, les hommes n'imaginèrent point de plus grande béatitude que les ombrages et les murmures des eaux, volt. Pr. de Babyï. 4. Le comte de Guiche disait des merveilles des esprits de vos pays chauds, sêv. (27. Que faisiez-vous au temps chaud? la font. .f'ab. I, t || Fig. et familièrement. Avoir les pieds ch nids, jouir des commodités delà vie. || Fig. Pour lui il n'y a rien de trop chaud, ni de trop froid, il prend tout et de toutes mains. Dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne, il ne trouve rien de trop chaud ni de trop froid pour lui, mol. le Festin, i. \. || Fig. Avoir la main chaude , gagner plusieurs fois de suite à un jeu où le gagnant fait toujours, ce qui, pour ainsi dire, lui entretient la main chaude. || Main chaude jeu où l'un des joueuis tient une main renversée sur son dos, et doit deviner celui qui frappe dedans. Ce jeu se nomme ainsi, parce que la main, souvent frappée, s'échauffe. || Pleurer a chaudes larmes, abondamment. Je ne désespère pas de sa conversion que tous les gens de bien demandent au ciel à chaudes larmes, balz. Kl', il, lett. f>. Au point d'en pleurer à chaudes larmes, j. j. rouss. Conf. il. || Fig. et familièrement. Cela est trop chaud, on n'y peut pas toucher, c'est chose délicate, dangereuse. Ce fut M. d'Alet qui fit sa cour, en se i écriant pour M. de Paris; ce nom présentement n'est plus trop chaud, il a soufflé dessus, sév. 466. i| 2° Qui garde encore une portion de la chaleur qui a servi à la préparation. Un paie tout chaud. Ce pain, ce gâteau est encore tout chaud du four. || Fig. Cet ouvrage est encore tout chaud de la forge, il sort des mains de l'auteur. Lorsqu'ils [les journalistes] s'imposent la loi de ne parler que des ouvrages encore tout chauds de la forge, montesq. Lett. prrs. H>8. || Le rendre tout chaud à quelqu'un, le rendre chaud comme braise, riposter, repartir incontinent et vertement. ||Fig. Prompt, tout récent. Les récompenses toutes chaudes ont. un prix merveilleux. Le soufflet sur ma joue est encore tout chaud, rac. Plaid, n, 4. Ce petit conte est tout chaud, il faut qu'il passe, sév. 455. Les plaisanteries ne sont bonnes que quand elles sont senies -toutes chaudes, volt. Lett. Chaloiais , 21 mars 1763. il 3° Qui conserve la chaleur, qui garantit du fro d. Ce manteau est bon et chaud. Lue étoffe chaude. || 4" Qui augmente la chaleur intérieure du corps Les liqueurs alcooliques, les épices sont chaudes.
|| Être chaude, être en rut en parlant des femelles de quelques animaux. || Fièvre chaude, fièvre accompagnée de délire et d'extrême agitation. || Chaud mai, le même que fièvre chaude. || Fig. Tomber de fièvre en chaud mal, tomber d'un état fâcheux en un pire. || Etre chaud de vin [être ivre], volt. Pr. de Babyl.
4. [| 5° Fig. Ardent, passionné, vif, emporté. Tempérament chaud, J'eus le sang un peu chaud et le bras un peu prompt, corn. Cid, n, (. Près d'un esprit si chaud et si fort emporté Suréna dans ma cour est-il en sûreté? id.' Suréna, v, l. Ma femme bien souvent a la tête un peu chaude, mol. Femmes sav. il, 5. Et d'un sang un peu chaud réprimant les bouillons, N'oublions pas tous deux devant qui nous parlons, m. D. Garde, m, 3. Le Marseillais, Provençal un peu chaud, la font. Quipr. L'n jour pourtant d'humeur un peu trop chaude, boil. Épigr. m.... je vois bien où tend tout ce discours trompeur. Reprend le chaud vieillard; le prélat vous fait peur, id. Lutr. iv. Les Cévennes, pays peuplé d'ignorants et de cervelles chaudes, volt. Louis XIV, 36. On craint que quelques têtes chaudes n'attaquent quelques articles auxquels il est si aisé de donner un mauvais sens, volt. Le». Damilaville, 28 avril )766. || 6" Zélé. Un chaud partisan. Être chaud sur une affaire. S'il se montre trop chaud à suivre la vertu, Régnier, Sat. XVI. Indocile à la paix et trop chaud à la guerre, in. Épit. i. Un roi qui aime mieux qu'on le blâme d'être un peu trop chaud quand il voit les ennemis que trop sage, pélisson, Conrers. de L. XIV devant Lille, p. 63. Je crois qu'un ami chaud et de ma qualité N'est pas assurément pour être rejeté, mol. Mis. I, 2. Faites état de moi, monsieur, comme du plus chaud de vos amis, id. Impromptu, 3. || Familièrement. N'être ni chaud ni froid, rester indécis, indifférent entre deux partis. f| 7° Vif, animé. St\ le chaud. Attaque chaude. La dispute fut chaude. || En termes de guerre, affaire chaude, action chaude, chaude journée, engagement sanglant et disputé. || En termes de peinture, ton chaud, coloris chaud, ton, coloris brillant et vigoureux. Tableau chaud de couleur. || Alarme chaude, vive alarme. Savoir me retirer des plus chaudes alarmes, Régnier, Épit II. Remetiez-vous, monsieur, d'une alarme si chaude, mol. Tart. v, 7. Harcourt leur donna des alarmes si chaudes.... st-sim. 206, 18. || La donner bien chaude, l'avoir bien chaude, donner, avoir une grande alarme. Mon front l'a, sur mon âme, eu bien chaude pourtant [l'a échappé belle], mol. Sgan. 22. || 8° Chaud, adv. Servir, boire, manger chaud. || Tenir chaud, préserver du froid. Cette robe lui tiendra chaud. || Se tenir chaud, se préserver du froid. Ils se tiennent chaud au poêle. || Tout chaud, /oc, adv. Tout de suite. || Chaud! chaud! vite, sans tarder. Très-familier. |] 9° X la chaude, loc. adv. X l'instant, vivement. Mais il faut à la chaude Le gripper aux cheveux, scarr. Jodelet, 11, 6. X la chaude, les cantons protestants firent rendre par ceux de Neuchàtel un jugement provisionnel, st-sim. (81, 182. M. le duc, toujours furieux, ne put être induit à chercher à la chaude à replâtrer l'affront, id. 99, 54. || 10° Substantivement. Chaleur. Avoir chaud. Je mourais de chaud, sév. 42. Nous avons chaud nous autres, il n'y a plus qu'en Provence où l'on ait froid, sév. 197. L'oiseau que.... Le vain courroux des vents berce au chaud sur sa branche, lamart. Joe. 111, n 7. || Il fait chaud, on ressent de la chaleur. Il faisait très-chaud dans cette chambre. 11 fait trop chaud ici. || 11 faitchaud, la température est chaude. || Fig. Il faisait chaud à cette bataille, l'action était vive, périlleuse. Il était à la tranchée partout où il faisait chaud, sEv. 30t . Nous nous sommes vus en des lieux où il faisait fort chaud, mol. Prie. 12. || La chaleur du jour. Le chaud, la solitude l'invitèrent d'abord. || Souffler le chaud et le froid, louer et blâmer une même chose, être tour à tour d'un avis contraire. Arrière ceux dont la bouche Souffle le chaud et le froid , la FONT. Fabl. v, 7. y Cela ne fait ni chaud ni froid, cola ne fait rien, ne sert ni ne nuit. Il ne vous fora ni chaud ni froid, sév. 454. Cela ne vous fait ni chaud ni froid, ni bien ni mal, plaisir ni peine, p. l. cour. Lett. 1, 209. Il Fig. Je n'ai jamais senti ni froid ni chaud pour vous, regnard, Ménecli. 11,
5. Votre bourse est.... Un thermomètre sûr, tantôt bas, tantôt haut Marquant de votre cœur ou le froid ou le chaud, regnard, Joueur, 1, 6. || Proverbes. Si vous n'avez rien de plus chaud, vous n'avez que faire de souffler, vous vous flattez d'une vaine espérance. |l Froides mains, chaudes amours, c'està-dire la fraîcheur des mains annonce ordinairement un tempérament ardent. || Il faut battre le fer
pendant qu'il est chaud, c'est-à-dire il faut saisir l'occasion favorable.
— REM. C'est une façon de parler populaire mais fautive, dédire: il fait plus de chaud qutiier. Il faut dire : il fait plus chaud qu'hier. Faire chaud est une locution faite, dans laquelle plus n'intervient pas pour changer le rapport des termes.
— SYN. le chaud, la chaleur. Le chaud est la qualité de tout ce qui est chaud; la chaleur est la qualité active qui fait qu'un corps est chaud. On sentira la nuance dans ces phrases : le chaud du jour, la chaleur du jour. Le chaud du jour, c'est le temps où le jour est le plus chaud ; la chaleur du jour est l'impression qu'un jour chaud nous fait sentir. Nous sortîmes au chaud du jour plutôt que pendant la chaleur du jour. La chaleur du brasier (et non le chaud) était si grande. Dans les qualités élémentaires qu'ils admettaient, les anciens comptaient le chau I, non la chaleur.
— hist. x" s. E faciebat grant iholt, Fraq. de Valette, p. 468. Il xie s. Et endurer et granz chalz et granz freiz, Ch. de Roi. lxxvii. Granz est li calz, si se levé la poudre, ib. cclxvi. Nous les ferons [nos épées] vermeilles de chald sang, ib. ixxtv. ||xu° s. Icel jour fit moût caut, et li ciel fu serin, Ronc. p. 194. Car li sans et li chais l'avoit forment grevé, ib. p. <95, A! mult par est la vie del chaitif humme grieve ; Or est chalz, or est freiz, came celé eve tieve, Th. le mart. 92. E Deus de rechief Samuel apela, e Samuel chalt pas leva et vint al evesche, Rois. H. |)xiii« s. Il la recuevrent chaut et de gris et d'ermin, Berte, lv. Car nus sens n'i peuist suffire, Tant estoit de chaude matire, la Ruse, 8332. Omicides, si est quant aucuns tue aucun en caude mellée, i>eaum. xxx, 6. L'yaue devenoit, ou [au] chaut du jour, aussi froide comme de fonteinne, joinv. 220. Il looit [conseillait] que il se traisit [retirât] sur le flum, pource que ses serjans eussent à boire; car le chaut estoit jà grant levé, id. 226. Il xivc s. Et comme en esté par grant chaut l'en na dit pas à un homme ou deffent que il ne sue , oresmk, Eth. 72. Por ce sont congneuz les principes en science naturel comme cestui : tout feu est chaud, id. ib. xi, <3. Il xve s. Le connectable de France, qui savoit d'armes ce qui en est, et qui sentait les Anglois chauds, bouillans et aventureux, froiss. 11, n, 32. Couroient ses gens tout le païs d'environ, et ne laissoient rien à prendre s'il n'estoit trop chaud, trop froid ou trop pesant, id. liv. 1, p. 291, dans lacurne. Messire Enguerrant estant cbault, non sentant le meschief qu'il avoit, cinda hausser sa hache, Jeh. de Saintré, ch. 42. Par luy je reçoy Souvent froit et chault; Puisqu'estre ainsi Tault, Remède n'y voy, en. d'orl. Rond. Si ne souffiroit de donner exemple, ni ung ny plusieurs, quand bien, par l'espace de deux mil ans, Dieu a ainsi traictié les Juifs entre chault et froit, chastel. Chron. du duc Philippe, Proesme. Si les fit boire un coup et eux refreschir, car grand chaud faisoit, Bouciq. 11. ch. 2o. Et plusieurs prins en la ville, lesquelz furent penduz â la chaulde, comm. vi, 5. La guerre est telle qu'il faut besongner selon le loisir qu'on a, et fault procéder aucunes fois froit, aucunes fois chault, le Jouvence! , f° 29, dans i.\- CURNE. Sire, dist la dame, sauf vostre grâce; car vos parlers ne font ne froit ne chault, Perceforest , t. iv, f° 48. || xvr s. lcy commença Homen.iz jecter grosses et chauldes larmes, et battre sa poictrine , rab. Pant. îv, 53. Sur la chaulde [au moment même], mont. 1, 2". Souvent il tastoit s'ils estoyent trop chauds, id. i, (00. Boire chauld, id. i, <64. C'est souffler de mesme bouche le chauld tt le froid, id. i, 249. Nous retombons tousjours de fiebvre en chaud mal, ID. i, 283. Les Grecs descrioient les tisserandes, d'estre plus chauldes que les aulties femmes, id. iv, 189. Il ne savoit à qui s'en prendre; mais, à la chaude [tout à coup! , vint saisir un gentilhomme le plus prochain de lui... desper. Contes, i.xxxn. M. d'Andelot, qui ne trouvoit jamais rien trop chaud [dangereux], dit qu'il se falloit retirer au pas, lanoue, 6EÔ. Leur camp, ayant pris l'alarme très chaude, commença à tirer canon ades sur canonnades, id. cei.Je cuiday suyvre le mesme chemin à la chaude, sans l'humanité de Monseigneur, m. 689. Pleurant à chaudes larmes, amyot, Cam. 62. Chault de l'ardeur de la bataille, id. Pélop. et Marcel, camp. 5. Il faisoit un chaud picquant et eslouffé, d'aub. Foen. 111, 7. Comme un homme déterminé, qui ne trouve rien de trop chaud ni de trop froid, id. Vie, xxvm Peu de gens voulant coudre la besongne que cette chaude leste entreprenoit, il se mit à pleurer chaudement, in. Hist 1, 303, La mère de famille se prend garde des meubles
CHA
qui déraillent, dont on fait faire la recherche à la chaude, o. ot. serpes, 882. Kien ne lui est trop chaud ni trop froid, h. est. P recel, p. 77. Chaud a l'uvre, m. Conf. du long. fr. aire le grec , p. 103, Tomme la chaleur de leur aage les pousse qui ne d>utt> de rien et qui ne trouve rien de trop chaud n trop froid, sinon au toucher, montbourcher, Du gay débat, f° 3, dans i.acurne.
— ÉTYM. Picard, keud , eaud; provenç. cald, caitt; anc. calai, calt; espagn. et portug. calido; ital. cnldo; du latin calidus, chaud (voy. chaleur). La forme ihnlt rencontrée dans un texte du Xe siècle n'est point inexplicable : il faut que l'on prenne ih pour une manière insolite de représenter le son ch.
t CHAUDE (chô-d'), s. f.\\i° Feu vif et qu'on entretient pour se réchauffer. Donnez-nous une chaude. Il 2° Terme de maréchalerie. Se dit de l'action île faire chauffer le fer et de le forger. Il faut plusieurs chaudes pour faire un fer à cheval. On dit que la chaude est grasse, quand le fer est presque en fusion à sa sortie du feu. || 3° Degré de cuisson que l'on donne à la matière du verre. [14° Chaude suante, certain degré de chaleur que l'on communique au fer. Donner une chaude, mettre le métal au feu. || Chauffe que l'on donne à une pièce de fer pour la remanier. || 5° Battre la chaude, se disait autrefois dans les monnaies pour battre sur l'enclume les lingots sortant du moule.
— ÉTYM. Chaud.
CHAUDEAU (chô-do), s. m. || 1° Sorte de brouet ou de bouillon chaud que l'on portait autrefois aux mariés. Préparer des chaudeaux, || 2" Toute boisson chaude. Là-dessus Son épouse.... Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer, la font. Fabl. m, 7. || 3° Lait de poule.
— HIST. XIIIe s. Qui a fait à ma fille brasser si fait chaudel"? Berte, lxxxv. || xive s. Se cel aigle [je] tenoie qui brassa ce chaudel. En tel cage seroit mis.... Gués' l. 20554. || xv* s. Le chaudeau que nous vous apportons, sera tantost tout froid, louis xi, Nouv xxix. || xvie s. On donnera à l'accouchée un pressis de chapon, ou un chaudeau où il y aura du saffran, pake, xviii, 34. Chaudeaux faits de poulailles cuites avec racines de persd, ozeille, petit houx, semences froides, etc. id. xx, 26. 11 descouvroit les discours qu'ils avoient eus ensemblement le premier soir de leurs nopees , nommoit ceux qui leur avoient apporté le chaudeau le lendemain matin, pasquier, Recherches, liv. vi, p. 572, dans
LACUHNE.
-- ËTYM. Picard, caudiau, bouillie faite avec de la farine et des œufs; génev. chaudelet ; bas-lat. caldellum , diminutif de caldus , pour calidus , chaud.
t CIIaUDE-CHASSE (chô-de-cha-s') , s. f. Terme d'ancienne législation. Poursuite active d'un prisonnier.
— ÉTYM. Chaud, et chasse.
t CHADDELAIT (chô-de-lè), s. m. Espèce de gâteau composé de lait, de farine et d'anis.
CHAUDEMENT (chô-de-man), adv. || i» Avec chaleur; de manière à conserver sa ciialeur. Quand on est enrhumé, il faut se tenir chaudement. || 2" Fig. Avec ardeur et vivacité. Ils poursuivaieui chaudement leur ennemi, vaugel. Q. C. liv. vi, ch. <, dans eichelet. Le prince qui prend si chaudement les intérêts d'Alexandre, hamilt. Gramm. 7. || 3" Tout de suite, à l'instant même. Voilà ses mêmes paroles que je vous écris tout chaudement, sév. 208.
— HIST. xne s. Le cors et le ventrail durement freit aveit, E de sun mal del flanc achaisuneux esteit. E pur ço tut adès chaudement se vesteit, Th. le mort. 155. || xme s. Ks-tu or laiens chaudement? Ben. 8120. Cors tenir tôt chaudement, hiteb. h, 76. || xive s. Et puis ont à conseil que Henri chaudement À Sébile s'en voist faire aux bourjois présent, Guescl. I68:k;. || xv' s. Respondin-nt chauldement qu'ilz estoient bien seurs de ce que ils disoient, comm. v, te. || xvie s. Il se présenta une belle occasion qui fut bien preveue par M. l'admirai, et assez chaudement exécutée, langue, 6fio. L'edict fut révoqué, et recommencèrent à poursuivre ce^te guerre plus chaudement que devant, amyot, Solotl, 1 1. Ma mort ne soit des miens non regrettée, Ains chaudement plorée et lamentée, in. Vubl. et Salon, t. Larmoyant fort chaudement, id. P. Mm. 56. Le fruit sur lequel l'eau et le sucre meslés sont jettes chaudement, ne reçoit neantmoins que le sucre,
— étym. Provenç. caudameit; anc. catal. ealdament; ital. caldamente; de chaude, et du suffixe ment.
CHA
t CHAUDE-PISSE (rluVile-pis'), s. f. Nom vulgaire et grossier de la blennorrhagie.
— HIST. xvie s. Et par ce <pie un malheur ne vient jamais seul, lui print une pisse chaulde qui.... rad. Pant. il, 33. La chaude pisse ou ardeur d'urine, pare, xvi, 16. A d'aucuns, par un reliqua d'une chaude-pisse, se procrée des carnosités, m. xvi, I.
— ÉTYM. Chaud, et pisse; àcauseque l'urine, en passant, excite de la douleur.
f CHAUDER (chô-dé) , r. a. Répandre de la chaux sur un champ pour le fertiliser. On dit plutôt chauler.
— ÉTYM. Chaux.
f CHAUDERET (chô-de-iè) et CHAUDRET (chôdrè), s. m. Le plus petit des moules à étendre l'or et l'argent.
f CHAUDERIE ( chô-de-rie ) ou CHAUDRERIE (chô-dre-rie), s. f. Nom du caravansérail dans l'Inde.
f CHAUD-FROID (chô-froij, s. m.. Sorte de préparation culinaire en usage pour la volaille. || Au plur. Des chauds-froids. En Lorraine, un rhume.
f CHAUDIER (chô-di-é), v. n. Terme de vénerie. Entrer en chaleur, en parlant des levrettes.
— HIST. xve s. Â cause de cest amour en quoy l'ung chaudioit, g. chastelain, Chron. des ducs de Bourgogne, m, 7.
— ÉTYM. Chaud.
CHAUDIÈRE (chô-diê-r'), s. f. || i° Grand vaisseau en nié al où l'on fait chauffer, bouillir ou cuire. Chaudière de teinturier, de raffineur. La chaudière d'une machine à vapeur. Et qu'il est aux enfers des chaudières bouillantes Où l'on plonge à jama s les femmes mal vivantes, mol. Éc. des f. m, 2. || 2" Contenu d'une chaudière. Une chaudière de lessive. || 3e Terme de marine. Chaudière d'étuve, vase qui, dans les ports, sert à faire chauffer le goudron. || Grand vaisseau en cuivre où cuisent les aliments. il Faire chaudière, faire bonne chère. || Dans les ports de mer, faire chaudière, tenir une maison où les marins des bâtiments de commerce en relâche apportent leur ration et où on la leur fait cuire. Ici on fait chaudière. || 4° Partie du four à chaux qui se trouve au-dessus du cendrier. \\ Vase de foute peu profond rempli de feu chez les argenteurs. || En termes de manufacture de laine, le pied de la chaudière, les drogues préparatoires et les drogues colorantes. Charger la chaudière, y mettre les ingrédients nécessaires. || 5° Terme de blason. Meuble qui, surtout en Espagne et en Portugal, est une preuve de grande noblesse.
— HIST. xue s. Miex vos venist les hastes à torner, Et le broet des chaudières humer, Bat. d'Aleschans, v. 4031. Moab est caldere de la meie espérance, Liber psalm. p. • 67. || xni" s. Nus ne puet à Paris mètre en œvre laine ne file taint en noir de chaudière, se il n'i a autre coleur desus.... Liv. des met. \ 19. Qui dont veïst cel asne ocire et destrenchier, Et mètre en la caudiere et sor le grant brasier, Ch. d'Ant. vu, 899. [Il voit] Ces cuisines fumer, ces caudieres bolir, Ces somiers vers la mer et aler et venir, id. v, 444. Jà ne iert [sera] si haus hom, si je l'ai en baillie [en mon pouvoir], Qu'il ne soit aïs au feu ou chaudeire bouillie, Pari.se la duchesse, dans du cange, caldaria. || xve s. Messire Jean d'Aubrecicourt regarda les armes quelles le chevalier les portoit.... et me dit depuis que le champ estoit d'argent à une endenture de gueules à deux chaudières de sable, fhoiss. ii, iii, 39. || xvie s. Et desjeunions luy et moy tous les matins de potage de soupe chaudière, paré, ix, 14.
— ÉTYM. Picard caudiere; provenç. caudicra; espagn. caldera; portug. caldeira; ital. caldaja; du latin caldaria, de caldus, pour calidus, chaud.
f CHAUDRÊE (chô-drée), *-. f. Quantité de soie à teindre en noir à la fois.
f CHAUDRERIE (chô-dre-rie), s. f. Voy. ciiau-