CRESSON
CRÉSUS (kré-zus'), s. m. Homme extrêmement riche. C'est un Crêsus.
— HIST. xve s. Plus saiges est que Salemon, Et plus riche que ne fut Crise, eust. desch. Poésies i/iss. f" C6 , dans lacurne.
CRÈ
CKE
CRE
— ÊTYM. Kpoïdo;, Crésus. Crésus, roi de Lydie, fut un prince extrêmement riche, dumarsais, Tropes, antonomase.
CRÉTACÉ, ÉE (kré-ta-sé, sée), adj. Terme de géologie. Qui est de la nature de la craie; qui est formé de craie. Terrain crétacé.
— ÊTYM. Lat. cretaceus, de creta, craie (voy. craie).
CRÊTE (krê-tf), s. f. || 1° Excroissance charnue que les coqs et quelques autres gallinacés ont sur leur tète. Pâté aux crêtes de coq. La gent qui porte crête au spectacle accourut, la font. F"b. vu, 12. || Fig. Lever la crête, témoigner de l'audace, de l'outrecuidance, et aussi se montrer avec plus de hardiesse. Dressant la crête et battant l'aile, Glapir quelque alarme npuvelle Dans tous les poulaillers dévots, gresset, Ombres. || Baisser la crête , perdre de sa confiance, de ses forces. || Rabaisser la crête à quelqu'un, donner sur la crête à quelqu'un, l'humilier, lui infliger une mortification. || 2° Proéminence charnue sur la tête de quelques reptiles.... Et leur tète hideuse Dépasse encor son front [de Laocoon] de sa crête orgueilleuse, delille, Enéide, n. || Crête de morue, certain endroit du dos de la morue vers la tête. || 3° Huppe qui orne la tête de divers oiseaux. La crête d'une alouette. || 4° Pièce de fer en forme de crête qui surmonte un casque ou autre coiffure semblable. || Par extension, ornement en forme de crête. Une crête de pourpre en relève l'orgueil [du casque], delili.e, Paradis perdu, ix. || 5° Cime, sommet. La crête d'un toit, d'une montagne. Elevons-nous, avançons vers les grandes crêtes, vers les sommets escarpés des grandes chaînes, cuv. Révol. p. 24. Je franchirais ces monts à crête immense, Où je crois voir nos vieux drapeaux flottants, bérang. Feu du pris. || Â la Convention , la crête s'est dit de la partie la plus exaltée du paru montagnard. || 6" Terre relevée sur les bords d'un fossé qui sépare deux champs. || 7° Terme d'architecture. L'ensemble des tuiles faîtières d'un toit. || Le chaperon d'une muraille. || 8° Terme de fortification. La partie supérieure du glacis ou parapet du chemin couvert. || La ligne de feu d'une redoute. || 9° Terme d'anatomie. Saillie osseuse, étroite et allongée. La crête de l'os des iles. || Terme de pathologie. Crêtes de coq, excroissances aplaties, tenant à la peau par un de leurs bords et dont l'autre est irrégulièrement découpé. || 10° Terme de conchyliologie. Crète de coq, nom vulgaire de l'huître crête de coq et du strombe cristé. || 11° Terme de botanique. Sorte d'axe plat et angulaire. || Crêtede-coq. Voy. ce mot à son rang alphabétique. || 12° Terme de minéralogie. Crète de coq, nom donné à des cristaux indéterminables qui, étant minces et arrondis sur les bords, imitent jusqu'à un certain point des crêtes de coq. || 13" Petite passementerie à dent comme une crête, sorte d'agrément, servant à border ou encadrer des rideaux, des sièges, etc. || 14° Tas de blé qui est dans un bateau et qui est élevé en forme pyramidale. Mettre du blé en crête.
— HIST. xiiie s. Nul garnement de ventres, de braieus, ou» de creistes, de croupes, de gorges ou d'escroies ne doivent riens de tonlieu, Liv. des met. 326. Renart ne fait pas grand sejor, Ains saut sur la creste del for, Ren. 8H6. Et i poent faire fossé de vingt pies de lé, et plantin sur le [la] creste du fossé qui leur iert [sera], tailliar, Recueil, p. 160. || xv* s. Et se rangèrent archers tous sur les dos et crestes des fossés autour de la ville, chacun les arcs tendus et appareillés pour traire, froiss. ii, m, 41. || xvie s. Or Osiander, amenant une cavillation si puérile, pense avoir tout gagné; il levé les crestes, et remplit beaucoup de feuillets de vanteries, calv. Instit. 575. Le chevalier du dragon le prévint et luy donna autre tel coup sur la creste de l'armet qu'il la luy entama et le test si avant, que force luy fut cheoir à la renverse, Don Flores de Grèce, fc cxxxm. Fourni d'entendement comme un oison de creste,
COTGRAVE
— Étym. Wallon, crèse; génev. crest, crêt; provenç. et espagn. cresta; ital. crista; du latin crisla.
CRÊTE, ÉE (krô-té, tée), adj. Qui a une crête. || Terme de blason. Animal crête, animal représenté avec une crête d'un autre émail que le corps. || Terme d'histoire naturelle. Qui a la forme d'une crête, qui imite une crête. || Terme de minéralogie. Cristal crête, cristal indéterminable, qui est mince et arrondi sur les bords.
— HIST. xivc s. S. rire commença, s'a les sourcilz levez ; Bertran le regarda comme lyon cretez , Guescl. 4044. || xvie s. Du Guesclin se jetta sur lui comme lion creté, Mém. s. du G. ch. to. Ce n'est pas raison qu'à laulte de rime ils me refusent la dis-
pense [d'user de terrr es libres] quemesme des hommes ecclésiastiques, des nostres et des plus cretez, jouissent en ce siècle, mont, m, 375.
— ÊTYM. Lat. cristatus, do crista. crête. CRÊTE-DE-COQ (krè-te-de-kok), s. f. Undes noms
vulgaires de la célosie à crête ( amarantacées ) et du rhinanthe crète-de-coq (rhinanthacées). || Au plur. Des crêtes-de-coq.
f CRÉTELER (kré-te-lé), v. n. Crier en parlant de la poule qui vient de pondre.
— ÊTYM. Onomatopée.
T CRETELLE (kre-tè-F) , s. f. Nom d'une plante (cynosurus cristatus) assez commune dans les prairies et les bois et qui fournit un foin de bonne qualité.
— ÉTYM. Peut-être diminutif de crête.
f CRÊTE-MARINE (krê-te -ma-ri - n') , sT f. La passe-pierre.
— ÉTYM. Voy. CRISTE-MARINE.
t CRÈTER (krê-té), v. a. Cacher, à l'aide de l'agrément dit crête, les broquettes, par exemple sur le bois d'un siège. || Arrêter avec de petits clous l'étoffe sur le bois d'un siège.
— ÉTYM. Crète.
CRÉTIN (kré-tin), s. m. Nom d'individus de l'espèce humaine disgraciés delà nature, de l'idiotisme le plus complet, d'une taille de moins de cinq pieds, et ayant la tête mal conformée, l'apparence extétérieure chétive et la peau flétrie, jaunâtre ou pâle. Les crétins du Valais et des vallées voisines procureraient de riches moissons aux physiologistes qui voudraient approfondir un sujet si digne d'être approfondi, bonnet, Paling. phil. 2e part. ch. 4. || Fig. Homme stupide au dernier point.
— REM. Crétin n'est ni dans Furetière ni dans Richeletni dans les éditions du Dictionnaire de l'Académie antérieures à (835.
— ÊTYM. Génin le tire de christianus, à cause que les imbéciles étaient considérés commedespersonnes innocentes et chrétiennes. Mais un mot si récent dans la langue ne peut venir de là; et il faut le tirer de l'allemand Kreidling, crétin, dérivé de Kreide, craie (voy craie), à cause de la couleur blanchâtre de la peau des crétins.
f CRÉTINISER (kré-ti-ni-zé), v. a. Néologisme. Rendre crétin, faire tomber dans l'idiotisme. || Se crétiniser, v. réfl. Devenir crétin.
— ÊTYM. Crétin.
CRÉTINISME (kré-ti-ni-sm'), .ç. m. Vice de conformation des crétins. || Fig. et familièrement, sottise profonde, imbécillité.
— ÉTYM. Crétin.
f CRÉTIQUE (kré-ti-k'), adj. Terme de métrique grecque et latine. Pied crétique, pied formé d'une longue entre deux brèves. C'est la même chose que l'amphibraque. || Vers crétique, vers composé de plusieurs pieds de ce nom.
— ÉTYM. Lat. creticus.
CRETONNE (kre-to-n'), s. f. Toile blanche, trèsforte, qui se fabrique du côté de Lisieux en Normandie, et qui a reçu le nom de celui qui en a fabriqué le premier. Les cretonnes ont la chaîne de chanvre et la trame de lin.
t CRETONNIEU (kre-to-nié), s. m. Celui qui achète les résidus des suifs en rame.
— ÉTYM. Créions.
CRETONS (kre-ton), s. m. plur. Partie grossière des graisses de bœuf et de mouton, qu'on met en pains pour la nourriture îles chiens de basse-cour ou de chasse. || Terme de charcuterie. Morceau de graisse de porc frais ou panne apprêtée.
— HIST. xiv° s. Cremium, gallice creton, quod fit ex carnibus assatis, du cange, cremium.
— ÉTYM. Picard, croton, graillon. Origine inconnue. Il y avait dans l'ancien français cr étonnée , qui était une sorte de mets, Ménagier, n, 4.
| CREUSAGE (kreu-za-j') , s. m. Action de creuser, principalement chez les graveurs. || On dit aussi le creusage d'un puits.
— ÊTYM. Creuser.
f CREUSANE (kreu-za-n') , s. f. Voy. cres\:;e. Creusane est une prononciation de cresane où l'e muet prend le son de eu.
i. CREUSÉ, ÉE (kreû-zé, zée), part, passé. Taillé en excavation. En un lieu souterrain par nos pères creusé, rac. Athal.y, i.[\ Rendu creux. De ses yeux affaiblis et creusés parles pleurs, ducis, Lear, n, 2. || Fig. Étudié avec soin. Une question creusée par un homme habile.
2. CREUSÉ (kreu-zé), S. m. Résultat de l'action de creuser. Ces effets, qui peuvent pour un moment fixer l'attention du passant, ne sont que d'insignifiants accidents à côté des creusés effectuée par le*
rivières du pays, fournet, Âcad. des se. Comptes rendus, t. lu, p. m 6.
CREUSEMENT (kreu-ze-man), s. m. Action de creuser. Tous ces travaux [reboisement, barrages, rigoles] réduiront considérablement le cube des matières aujourd'hui sujettes à être entraînées par les eaux, et de là résultera un creusement naturel et général du lit [du fleuve], dausse, Acad. des se, Comptes rendus , t. lui, p. 1250.
— étym. Creuser.
CREUSER (kreu-zé), v. a. || i» Pratiquer une cavité. Creuser un puits. Creuser la terre. Creuser un tronc d'arbre. Et dans le roc qui cède et se coupe aisément, Chacun sait de sa main creuser son logement, boil. Ép. vi. Peut-être aussi est-ce à cause de cela que la nature a creusé, dans la lune, des espèces de puits qui sont assez grands pour être aperçus par nos lunettes, fonten. Mondes, 3« soir. La main du temps creusa les voûtes, sombres D'un antre noir, séjour des tristes ombres, j. b. rouss. Altég. 5e, liv. n. Thémistocle, qui voulait rendre sa nation la plus puissante de la Grèce, pour en être le premier citoyen, fit creuser un nouveau port, construire un plus grand nombre de galères, barthél. Annch. inlrod. part, n, sect. 2. || Fig. Creuser sa fosse ou son tombeau, altérer sa santé par des excès. || Fig. Creuser un abîme, creuser un précipice, causer la perte, la ruine. Aussi bien sous mes pas c'est creuser un abîme Que retenir ma main sur la moitié du crime , corn. Rodog. v, I. L'hymen semble à mes yeux cacher quelque supplice, Le trône sous mes pas creuser un précipice, id. ib. i, 7. Préparons son supplice ou creusons mon cercueil, volt. Fanât. I, 4. Elle trouva qu'elle s'était ôté elle-même le cœur et l'estime de son mari et qu'elle s'était creusé un abîme dont elle ne sortirait jamais, lafayette, Princesse de Clèves, (ouvres, t. il, p. 165. Ainsi tout ce qui pouvait tourner à sa perte, tourneraità sa gloire; cette journée [l'entrée à Moscou] allait commencer à décider s'il était le plus grand homme du monde ou le plus téméraire; enfin s'il s'était élevé un autel ou creusé un tombeau, ségur, Hist. de Nap. vin, 4. || Terme de graveur. Revenir sur une taille pour la rendre plus profonde. Dans la gravure sur bois, évider. || Terme de marine. Nettoyer un port, le rendre plus profond. Il 2° Fig. Les biens de la terre ne font que creuser l'Âme et en augmenter le vide, chateaub. Génie, i, G , \ . 1 1 Se creuser le cerveau , se donner beaucoup de peine pour découvrir, comprendre, imaginer. Les réflexions dont' vous vous creusez la tête, sév. 427. Je me creuse la tête à deviner, id. 164. Ne vous y creusez point trop l'esprit, id. 37. Ne vous amaigrissez point, ne vous creusez point les yeux et l'esprit, id. 467. Pendant que je me creuse la tête [pour écrire la lettre], in. 99. Vous vous creusez l'esprit d'une si étrange manière, id. 86. Je me creuse la cervelle pour savoir comment un corps en pousse un autre, volt. l'Homme aux 40 écus, mariage. || 3° Creuser le visage, les traits, les amaigrir. Les soucis lui ont creusé le visage. ||4° Fig. Étudier avec soin, pénétrer avant dans un sujet. Creuser une question. On n'a garde d'en creuser toute la profondeur, mass. Car. Conf. Nos actions parfois ont un air de vertus: Qu'on lescreuse, c'est vice ou faiblesse et rien plus, lamotte, Fabl. v, <3. Du profond Spinosa je creusais le système, behnis, Relig. vengée, v. || Creuser un homme, le sonder, c'est, d'après Bouhours, une locution née à la cour. || 5° Absolument. Faire un creux. Creuser en terre, sous terre. On trouva un trésor en creusant. || Fig. Tacite creuse pour découvrir les plus grands raffinements dans les conseil* de l'empereur, fén. xxi, 237. Si nous creusons dans les abîmes, nous l'y trouverons, mass. Car. Temples Les Anglais pensent profondément;. Leur
esprit, en cela, suit leur tempérament; Creusant dans les sujets et forts d'expériences, Ils étendent partout i'empire des sciences, la font. Fabl. xn, 23. La raison s'attache à creuser jusque dans l'avenir, le père cheminais, dans bouhours, Nouv. rem. || 6° Se creuser, v. réfl. Devenir creux. Ce vieil arbre commence àse creuser. Elle [Amélie] maigrissait, ses yeux se creusaient, chateaub. René, m:.. Les premiers canons qui se présentèrent atteignirent l'autre rive; mais de moment en moment l'eau s'élevait, en même temps que le gué se creusait sous les roues et sous les efforts des chevaux; un chariot s'engrava, d'autres s'y arrêtèrent, et tout fui arrêté, ségur, Hist. île Nap. ix, et. || Terme de marine, La mer se creuse, se dit quand les sillons qui séparent les vagues deviennent plus profonds. || fi-'. So creuser, penser beaucoup à une chose, à quelqu un. Je vous vois, vous m'êtes présente, je peuse et
CRE
GRE
CRE
repense à tout, ma tête et mon esprit se creusent,
SÉV. 33.
— svn. creuser, approfondir. Creuser , c'est faire un creux ; approfondir, c'est rendre profond ce
1 déjà creux. Dès lors, au figuré, approfondir dira plus que creuser. Creuser une question c'est pénétrer comme on pénètre dans la terre qu'on creuse, et y faire un certain chemin; l'approfondir, c'est aller jusqu'au fond.
— MIST. xii* s. Il fait croser souz terre à pic et à martel, Sax. ix. || xnr s. E la roche est ensi crusée Cum une maison bien ovrée, Grégoire le Grand, p. 93. H xvr s. Les gouttes d'eau qui tombent dessus une roche dure, la creusent, amyot, Comm. nourrir les enf. 5. Creuser un fossé, id. Marius, 28. Les concupiscences nous suyvent souvent jusque dans les cloistres et dans les escholes de philosophie; ny les déserts ny les rochiers creusez ny la'haire ny les jeusnes ne nous en desmelent, mont. i, 275.
— ÉTYM. Creux ; provenç. crozat, creusé.
CREUSET (kreù-zè; le / 'ne se lie pas dans le parler ordinaire; au pluriel, l'a se lie: des kreû-zè-z en platine; creusets rime avec traits, succès, paix), s. m. H 1° Vaisseau de terre ou de métal, de forme et de grandeur variables, mais ordinairement rétréci vers son fond, destiné à être mis au milieu du feu, pour obtenir la fusion des corps très-réfractaires. Un autre avantage bien rare de la porcelaine des Indes, c'est que sa pâte est admirable pour faire des creusets et mille autres ustensiles de ce genre, raynal, Hisi. phil. v, 27. Leurs successeurs [de Newton et Leibnitz] s'imaginèrent tenir Uieu dans leurs creusets et dans leurs télescopes, chateaub. Génie, I, iv, 3. Ton art [l'alchimie] est sûr; le Pactole et Jouvence Dans le creuset vont marier leurs flots, bérang. Alchim. Il Creusets brasqués, creusets dont l'inti rieur est garni d'une pâte faite avec du charbon de bois pulvérisé, légèrement humecté et fortement bat lu. Il Terme de métallurgie. Partie inférieure et disl ncte d'un fourneau, dans laquelle se tient le métal fondu. || 2° Fig. Sa main est un creuset qui fond l'argent, sév, 439. Chez Mme de Maintenon, sans nom de maîtresse ni d'épouse, était déjà le creuset de la cour et de l'Etat [c'est-à-dire le lieu où se fondaient, se décidaient toutes les affaires de là cour et de l'État], st-sim. 4)3, 188. Tout son mérite [de Corneille], à l'heure qu il est, ayant été mis par le temps comme dans un creuset, se réduit à huit ou neuf pièces de théâtre qu'on admire, boil. Longin, réflex. 7e. Raffinez sur tous les plaisirs, subtilisez-les, mettez-les dans le creuset, mass. Pet. car. Malh. Hélas! j'aimais en vous un or faux et perfide, Par le creuset du temps en vapeur converti, J. b. rouss. Odes, ni, 9. Feu sacré dont brûla ton âme généreuse Qui s'épurait encore au creuset du malheur, volt. Odes, xn. || 3° Nom de quelques champignons ayant la forme d'un creuset. || Sorte d'agaric des caves très -humides , nommé aussi basset.
— HIST. xnic s. Croiseus por argent fondre, tailliar, Recueil, p. 19. || xve s. Encore firent faire ceux de Gand un engin, et asseoir devant la ville quijetoitcroisseuxde cuivre toutbouillans,FROiss.n, 11, (6 1. || xvi« s. Fourneaux avec creusets, pour faire réduction des métaux calcinés, paré, t. m, p. 638.
— ÉTYM. Wallon, crizou; nimurois, crljou; espagn. crisol, creuset; crisuelo, lampe; ital. crogiuolo, crociuolo, creuset; crogiolo, cuisson; crogiare, rôtir; angl. cruset; bas-lat. crosollus, cresollus, cruselinum , crusellus ; anc. franc, creuseul, croissol, crusset, crasset, espèce de lampe. Mot d'origine difficile. Diez, sans s'occuper des autres formes, tire l'espagnol crisuelo et, par suite, crisol du basque crisclua, crusclua, lampe. La forme primitive en français est croiseul (creuset n'en est qu'une altération) ; à croisi'ul répondent l'espagnol crisuelo, crisol, et l'italien crogiuolo; cet accord paraît écarter l'étymologie prise au basque, qui dès lors a plutôt emprunté que donné ce mot. L'étymologie est certainement le bas-latin crucibulum qui n'a pu être refait sur les mots romans et qui au contraire leur a donné naissance. Crucibulum paraît être dérivé de crux, croix, et avec la finale instrumentale bulum, parce que ces sortes de lampes portaient deux mèches en croix, ce qui faisait quatre becs. De lampe, le sens a passé à creuset.
t CREUSEUR (kreû-zeur), s. m. Celui qui creuse, approfondit, va au fond des choses. Des gens ingénieux et profonds, des creuseurs d'antiquité, volt. dans le Dict. de dochez.
— ÉTYM. Creuser.
t CREUSISXE (kreû-zi-st'), s. m. Fabricant de creusets.
— ÉTYM. Voy. creuset.
t CREUSOIR (kreû-zoir), s. m. Outil pour creuser la table d'un instrument de musique.
— ÉTYM. Creuser.
t CREUSOT (kreû-zo) , s. m. Nom de quelques champignons. Voy. creuset.
f CREUSURE (kreû-zu-r) , s. f. Terme d'art. Cavité, dans une pièce, pour quelque objet.
— ÉTYM. Creuser.
1. CREUX, CREUSE (kreû, kreû-z') ,adj. \\ 1° Qui a une cavité intérieure. Une roche creuse. L'aigle avait ses petits au haut d'un arbre creux, La laie au pied, la chatte entre les deux, la font. Fabl. m, 6. Théodoret dit que Théophile, évêque d'Alexandrie, fit voir à ceux de cette ville les statues creuses où les prêtres entraient par des chemins cachés pour y rendre les oracles, fonten. Oracles, 1, te. fi On dit d'un repas insuffisant, qu'il n'y en a pas pour la dent creuse de quelqu'un; et fig. il n'y a pas de quoi le satisfaire. || 2° Profond. La rivière est fort creuse à cet endroit. Fossé, chemin creux. Il représentait les forêts sombres qui couvrent, les montagnes et les creux vallons, fén. Tél. 11. || Assiettes creuses, assiettes plus profondes que les autres, et dans lesquelles on sert d'ordinaire la soupe. || Terme de marine. Mer creuse, se dit de la mer quand il s'y forme des lames considérables. || 3° Amaigri, cave. Avoir les joues creuses. Ses yeux creux et austères se changent en des yeux bleus d'une douceur céleste et pleins d'une flamme divine, fén. Tél. xxiv. Il 4° Vide. Avoir le ventre creux, n'avoir pas mangé depuis longtemps. || Terme de chasse. Trouver buisson creux, ne pas trouver le gibier où on espérait le trouver; et fig. ne pas trouver la personne ou la chose qu'on était allé trouver. || Drap creux, drap d'un tissu trop lâche, mal fabriqué. || Terme de jeu. Jeu creux, jeu de cartes incomplet. || 5° Viande creuse, viande peu substantielle, mets qui nourrit peu. Les écrevisses sont viandes creuses. || Fig. Divertissement qu'on propose à une personne qui a besoin de manger. La musique est une viande bien creuse pour un homme affamé, Dict. de l'Académie. || Se repaître de viandes creuses, s'infatuer d'idées chimériques, d'espérances folles. Ma foi, si vous songez à nourrir votre esprit, C'est de viande bien creuse, à ce que chacun dit, mol. Femrn. sav. 11, 7. Oser lui préférer de légères douceurs, C'est d'une viande creuse aisément se repaître, fonten. Poésies div. Œuvres, t.x, p. 387, danspouGENS. ||6° Vain, vide, chimérique. Que le cœur de l'homme est creux et plein d'ordures, pasc. dans cousin. Ne me plaignez que de n'avoir point ma chère fille, qui me fait une si charmante et si aimable occupation et sans laquelle ma vie est toute creuse , sév. 478. Au lieu d'un bien solide et effectif, ils n'ont embrassé que l'image creuse d'une vertu fantastique, pasc. Pensées, part, a, art. \ . J'ai honte de discourir si longtemps sur des visions plus creuses que celles des malades, boss. Var. xiii, §43. Des spéculations creuses, fléch. Serm. 1 , "275. Des philosophes voudraient ébranler cette vérité [le libre arbitre] par de creuses spéculations, fén. Exisl. 63. A Dieu ne plaise que j'autorise une vaine crédulité pour de creuses visions, id. xvn, 255. Vous êtes insupportable, dit-elle, de me pousser à bout avec un raisonnement aussi creux que celui-là, fonten. Mondes, 2e soir. Comment donc, point de nature et tout est art? quelle idée creuse! volt. Dial. xxix. Des idées creuses, soi-disant profondes, revêtues d'un style de rhéteur ou d'écolier, qu'on appelle de l'éloquence et quelquefois du sublime, d'alemb. Éloges, Marivaux. || Une tète creuse, un esprit creux, un homnie qui a peu de bon sens. || 7° Adverbialement. Sonner creux, se dit du son que rendent les corps creux et vides quand on les frappe. Ce tonneau vidé sonne creux. Il Songer creux, se laisser aller à de vaines rêveries, poursuivre en idée des chimères. || Songe-creux, voy. ce mot à son ordre alphabétique.
— HIST. xine s. Renart le vit si adreciez, Ne s'ose à lui abandonner, Ainz ne fina d'esperonner Jusqu'à l'entrée du val crues, lien. 569. El [elles] versent vin en gorge cruese, Tout ainsinc cum en une huese, la Rose, 13649. Se les ées [abeilles] sont en creus de chesne ou d'autre arbre, du cange, apicularii. || xve s. Dieu sçet se il songe creux et trouble, coquill. Droits nouv. || xvies. Le comte voiant la difficulté daller à la charge à lui par l'eau qui estoit fort creuse.... d'aub. Uist. m, 262. Chemin creux, id. ib. m, 263. Et alla envelopper Ptolemaîus sans estre apperceu , à cause qu'il alla par chemin creux et bas, amyot, Pyrrk. 63. Songer creux, oudin, Curies, fr. Avoir le ventre creux, id. ib. Cerveau creux, id. ib. De la viande creuse, id. ib.
— ÉTYM. Bourguig. crô; Berry, cros, crot; oain-
tongeois, creut; provenç. crus; bas-lat. crosum et crotum. Diez propose, dubitativement il est vrai, corrosus, rongé et, par suite, creusé. Mais, en prenant les formes dans leur ensemble, qui ont une s ou un t, il semble qu'il faut, pour étymologie , un mot qui permette à la fois ces deux lettres; or on a le latin crypta, grotte (voy. grotte), qui a donné à la fois le provençal crosa et crota. Ici la dérivation de crypta est indubitable, et rien n'empêche de l'étendre à creux.
2. CREUX (kreû; l'x se lie : un kreû-z énorme), s. m. y 1" Cavité. Faire un creux en terre. Le creux d'un arbre. Trou ni fente ni crevasse Ne fut large assez pour eux: Au lieu que la populace Entrait dans les moindres creux, la font. Fabl. iv, 6. Quand Maurice peut tout du creux de son cercueil, corn. Héracl. 1, 3. Alors ces malheureux vaincus rappelleront à leur compagnie leur superbe triomphateur; et du creux de leur tombeau sortira cette voix qui foudroie toutes les grandeurs.... boss. Duch. d'Orl. Nous nous mîmes dans le creux d'un vieux chêne, jusqu'à ce que le bruit de notre évasion se fût dissipé, montesq. Lett.pers. 67. Le squelette de la Mort laisse passer les rayons livides de la lumière infernale entre les creux de ses ossements, chateaubr. Mart. 263. Esprits aériens de la terre et des eaux Qui murmurez dans le creux des ruisseaux, c. del.w. Paria, 11, 6. Dans le creux du rocher, sous une voûte obscure, S'élève un simple autel, lamart. Méd. 1, 26. Il Fig. Je ne puis arracher du creux de ma cervelle Que des vers plus forcés que ceux de la Pucelle, boil. Sat. vu. || 2" Partie concave. Le creu . de la main, de l'estomac. Le creux de l'aisselle, île la nuque. Puiser de l'eau dans le creux de la mair. Il reçut un coup de poing au creux de l'estomac. Il lui* alla mettre le coude dans le creux de l'estomac, scarron, Rom. corn. ch. vi. || Plein 1- creux de la main, se dit d'une petite quantité de quelque chose qui peut se tenir dans la main. Vous avez bien peu de haricots pour un plat; il n'y en a que plein le creux de la main. || 3° Terme de chant. Avoir un beau creux, avoir du creux, avoir une voix qui descend fort bas. Ne vous étonnez pas si mon creux est profond, Et si ma voix descend jusqu'à la double octave, richelet. En grossissant le son de sa voix, qui est naturellement doux, elle en corrompt la douceur et forme un creux assez désagréable, lesage, Gil Blas, ni, 6. y 4° Terme de sculpture. Moule dans lequel on coule les substances qui en doivent prendre la forme en relief. || Matrice du coin à frapper les médailles. Graver en creux. || 5° Terme de manne. Creux d'un vaisseau, la hauteur qui est depuis le dessous du premier pont jusque sur la quille. || Creux d'une voile , le sein où elle reçoit et enferme le vent. Il 6° Vide. Je n'aime pas ces fables : nourri depuis beaucoup d'années de l'Écriture sainte, qui est le trésor de la vérité, je trouve un grand creux dans ces fictions de l'esprit humain, boss. dans le Dict. de dochez.
— HIST. xive s. Li sarrasin en croz tuit ensemble mis furent, Non où les cristiens ne près du cemetere, Girart de Ross. v. 4272. Le suppliant et son compaignon prinrent en ung crot dedans terre, environ quatre sextiers de seigle, du cange, croium. Il chey ou dit cros ou fosse qui estoit derrière lui, id. crosus. || XV s. Le suppliant feist ou celier de l'ostel un crot ou une fosse et y enterrast et couvrist la vaisselle d'argent, id. crotum. || xvie s. Plustost naistroit du poil dedans ce creux de ma main, Crassus, que tu voyes la cité de Seleucie, amyot, Crassus, 35. Fossé de douze pieds de "large et de six de creux en œuvre, d'aub. Hist. ni, 526.
— ÉTYM. Creux I; bas-lat. crosum, crotum; provenç. cros.
f CREVAILLE (kre-va-U', Il mouillées), s. f. Mot populaire. Repas où l'on mange avec excès.
— HIST. xvie s. Crevailles, cotgrave.
— étym. Crever.
f CREVAISON (kre-vê-zon), s. f. Terme tout à fait trivial. Mort. Il a fait sa crevaison.
f CREVALE (kre-va 1) . s. m. Sorte de poisson.
CREVASSE (kre- va -s'), s. f. Fente étroite à la surface des corps. La sécheresse fait des crevasses à la terre. Avoir des crevasses aux mains. Dans 1 endroit où la tige du chardon s'implante dans la tête, est une sorte de fente ou de crevasse qui annonce que cette tète est habitée par une chenille ; on ne voit pas cette crevasse dans les chardons qui ne sont pas habités, bonnet, Observ. 19, Insectes. Ici d'affreux débris, des crevasses affreuses, Des ravages du temps empreintes désastreuses, delille, Homme des champs, m. Ils s'emportèrent au loin dans la plaine haute et voulurent s'emparer des canons
GRE
CRE
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ennemis, mais une des crevasses profondes dont le sol russe est sillonné les arrêta sous un feu meurtrier, ségur. Hist. de Nap. ix, 2. || Terme de marine. Ouverture dans la carène d'un vaisseau. || Terme de gravure. Tailles confondues. || Terme de vétérinaire. Fentes qui surviennent an pli du paturon et au boulet, chez les chevaux et les bétes asines.
— HIST. xii« s. Li abimesl'abisme apelet, en la voiz de tes crevaces, Liber psalm. p. 56. || xiir-' s. L'autre tremble toute effraée. Tant se sent foible et esbaée, Et pourfendue de crevaces En plus de cinq cens mile places, la Rose, 6 137. Et par tous ces ostex [ils] se boutent, Ne clés ne barres ne redoutent, Ains s'en entrent par les fendaces, Par chatières et par crevâmes , ib. 18636. Il xve s. Elle s'avança de venir ouyr et regarder par les crevances des fenestres et secrets treillis d'icelles , louis xi, Nouv. c. || xvi" s. Les scissures ou crevasses, lesquelles surviennent le plus
it après la curation, paré, xvi, 36. Dans une se de montagne, d'aub. Hist. 11, 338. Celui qui a des crevasses aux doigts, mont. 11, 319.
— ÉTYM. Crever; provenç. crebassa; bas-lat. crepatia. du latin classique crepare . éclater.
CREVASSE, ÉE (kre-va-sé, sée) , pari, passé. Un vieux mur tout crevassé.
f CREVASSÉE (kre-va-sée) , s. f. Chose crevassée, un mur, un plafond, etc.
CREVASSER (kre-va-sé), v. a. || 1° Faire des crevasses. Le froid lui a crevassé les mains. || Terme de gravure. Faire un pâté, un pochis. || 2" Se crevasser, r. réfl. Être crevassé. Cette muraille commence à se crevasser. Le navire, comblé de morts et de mourants, S'entr'ouvre, se crevasse.... brébœuf, Phars. ni.
— HIST. xve s. Là fouirent et houerent et piquèrent Anglois tant que la moitié de la tour, par defaute de pied, s'ouvrit et crevaça, froiss. ii, m, 33. y xvie s. Une espèce de verrue avec aspérités crevassées, paré, xviii, 86.
— ÉTYM. Crevasse; provenç. crebassar.
CREVÉ, ÉE (kre-vé, vée . , part, passé. || l°Qui a
éclaté. Un fusil crevé par la charge. Un frémissement dans l'air dont le bruit est semblable à celui d'une grosse pluie qui tombe d'un nuage dissous et crevé tout à coup, raynal, Ilisl. phil. vu, 26. Il Terme de marine. Cordage crevé, cordage dont l'un des torons est déchiré ou cassé. || 2° Mort. Dom Joseph portera l'habit que vous iui voyez, à moins que ses parents crevés de la peste n'en aient laissé dont personne ne veuille, p. l. cour. Lett. 11, 283. Il 3° Bouffi. Madame de Verneuil n'est plus rouge ni crevée comme elle était, sév. 128. || ^'Substantivement. Un gros crevé, un homme fort gros. Je ne suis plus une grosse crevée, sév. 294. || Manger, boire, ronfler, rire comme un crevé, c'est-à-dire avec excès. || 5° S. m. Terme de tailleur et de couturière, ouverture longitudinale pratiquée aux manches de certains vêtements.
f CRÈVE-CHASSIS (krè-ve-châ-si) , s. m. Un des noms vulgaires de la mésange charbonnière.
ï CRÈVE-CHIEN (krè-ve-chiin), s. m. Un des noms vulgaires de la morelle noire. || Au plur. Des crève-chiens.
— ETYM. Crever, et chien. La morelle noire ne paraît mériter aucunement une pareille dénomination.
CRÈVE-COEUR (krè-ve-keur), s. m. Grand déplaisir , déboire mêlé de dépit. Quel crève-cœur! Il n'y a point de crève-cœur plus grand à un homme d'honneur, que s'il faut qu'il aime ce qu'il ne prend point plaisir d'aimer, malh. Traité des bienfaits de •Séiièque, 11, *8. Si Vaudemont fut satisfait d'avoir le maréchal de Villeroy en Italie, ce fut un nouveau crève-cœur pour Tessé, st-sim. 97, 30. L'incroyable contrainte où l'humeur de M. le Prince tenait tout ce qui était réduit sous son joug, donna un extrême crève-cœur à cette aînée [de ses filles], id. 4, 62. y Au plur. Des crève-cœur.
— HIST. xme s. Mais corroz qu'en a de s'araie, Cil corroz a nom crievecuer , Partonopex, dans le Dict. de dochez. || xvi" s. Que ce leur est un grand crevecœur de voir.... d'aub. Hist. 11, 44. Si par crevecœur du rejet que vous.... carl. iv, 9. Feu monsieur le mareschal de Montluc, ayant perdu son fils, me l'aisoit fort valoir, entre ses aultri s regrets, le desplaisir et crevecœur qu'il sentoit de ne s'estre jamais communiqué à lui, mont, ii, 82. Or si mon sein , rempli de creve-cœur extrême Des taches de nos. grands , a tourné sur eux-mesmes L'œil de la vérité.... d'aub. Tragiques, les princes, l'.v. 11.
— ÉTYM. Crever, et cœur.
CREVER (kre-vé. La syllabe cre prend un accent
grave quand la syllabe qui suit est muette : je crève, je crèverai). || 1° V. n. Se rompre par excès de tension, par surcharge; sens qui ne s'applique qu'àdes objets considérés comme susceptibles d'être gonflés. Ce sac crèvera si vous l'emplissez tant. Et je veux [dit une suivante à sa maîtresse] , si jamais j'ai contre vous manqué, Crever comme un boudin que
l'on n'a pas piqué, scarron, Jodelet, 11, 1 La
chétive pécore S'enfla si bien qu'elle creva, la font. Fabl. 1, 3. Ou ma vie ou la sienne, importunes sangsues, Doivent crever du sang dont elles
sont repues, rotr. Antig. 1, 6 L'abondance à
pleines mains Verse en leurs coffres la finance, En leurs gremeis le blé , dans leurs caves les vins : Tout en crève.... la font. Fabl. vu, 6. || Terme de jardinier fleuriste, qui se dit des œillets et de leur étui quand la quantité des feuilles les fait ouvrir et éclater. Il est difficile d'avoir de beaux œillets et de les empêcher de crever. || 2° Éclater avec explosion. Le canon creva dès le second coup. Son fusil lui creva dans la main, sév. 476. À leurs pieds aussitôt cent nuages crevèrent, la font. Phil. et Bauc. || Fig. Je vois se former de loin un nuage de coups de bâton qui crèvera sur mes épaules, mol. Fourberies. 1, \. Je voulus parier, quoique tout respirât la noce, qu'elle ne s'achèverait pas; en effet, le jeudi, le temps se brouilla, et la nuée creva le soir à dix heures, sév. 12. Reine, n'attendez pas que le nuage crève, rac. Ath. 11, 6. || Crever dans la main, se dit d'une arme à feu qui éclate dans la main au moment où on la tire; et, figurément, crever dans la main, n'être d'aucun service. Le pouvoir et l'impunité rendent les forts audacieux; le bon droit seul est l'arme des faibles; et cette arme leur crève ordinairement dans les mains, j. J. rouss. Lett. auchev. d'Éon, Corresp. t. vi, p. 255, dans pcugens. Il 3° Terme de médecine. Aboutir. L'abcès est près de crever. || 4° Crever de graisse ou d'embonpoint, être excessivement gras. || Crever se dit de ceux qui ont trop mangé. Il soupe, il crève; on y court, On lui donne maints clystères, la font. Glout. Ils mangeront jusqu'à regorger, jusqu'à crever, j. j. rouss. Ém. 11. Il Crever dans sa peau, être d'un embonpoint excessif; et, figurément, enrager en secret de quelque grand dépit. || Par extension. Crever de santé, avoir une santé florissante et de l'embonpoint. Un gros garçon qui crève de santé, Mais qui de sens a bien moins qu'une buse, J. b. rouss. Épigr. ni, (3. Il Crever d'argent, de biens, avoir beaucoup d'argent, de biens. Mme de Coulanges, qui crève d'argent, a prêté mille francs à Mlle de Méri, sév. t. vm, Lett. 790, p. ne, dans pougens. Il 5° Être en proie à quelque passion qui cause du tourment, à quelque sentiment qui cause de l'impatience et que l'on renferme en soi, que l'on a honte de laisser voir. Que son cœur convoiteux d'avarice ne crève, regn. Sat.x. Et chacun, en riant, en parleà cœur ouvert, Dont je crève de rage, id. Elég. 2. Je crève de dépit, mol. les Prie. 1, 7. Et que puisse l'envie en crever de dépit, id. Tart. m, 7. Pour le faire crever de honte et de ressentiment, hamilt. Gramm. 9. [| Absolument. Il fallait crever ou communiquer ses chagrins, hamilt. Gramm. 8. Sa mère pensa crever en la revoyant, sév. 535. Le peu de fruit d'attenter sur ta vie Fera crever la haine et lassera l'envie, rotr. Bélis, iv, 6. [Ô Boileau] J'embrasserai Quinault, en dusses-tu crever, volt. Ép. 95. Les gens crèveraient plutôt que de ne pas jaser, et vous tout le premier, p. l. cour. 2e lettre particuhère. || Crever de rire, rire excessivement de choses ridicules. Et dont les beaux discours.... Feraient crever de rire un saintdu paradis, régn. Sat x. Les sermons dont vous parlez font crever de rire, sév. 398. Les étrangers crèvent de rire quand ils voient, dans nos tragédies, le seigneur Agamemnou et le seigneur Achille qui lui demande raison aux yeux de tous les Grecs, et le seigneur Oreste brûlant de tant de feux pour madame sa cousine, p. L. cour. Trad. d'Hérod. préface. || Crever de faim, avoir grand faim, être dans le dénûment. Je ne veux pas me défaire de mon blé autrement, dussiez -vous crever de faim, montesq. Lelt.pers. \\.\\ 6° Mourir en parlant des bêtes, et aussi par dédain ou colère en parlant des hommes. Fait crever les courtauds en chassant aux forêts, Régnier, Sat. v. Et que vous n'êtes point crevé de toutes les médecines qu'on vous a fait prendre, mol. Mal. imag. m, 3. Ils firent tant Qu'on les vit crever à l'instant, la font. Fabl. viii, 25. Elle et son équipage ont pensé crever des chaleurs, sév. 577. Un homme qui tombe de cheval et qui crève sur la place, id. 66. Mme d'Elbeuf a pensé crever, in. 212. Mme de. Lavardin est enrhumée à crever, in. 389. Tu crèveras bientôt du venin
que tu jettes, tristan, Mort de Chrispc, iv, 7. Les Juifs faisaient boire d'une eau mêlée de cendre à leurs femmes soupçonnées d'adultère; les coupables ne manquaient pas d'en crever, volt. Mœurs, 22. Il [Satan] jure, il grimace, il se tord , Il crève comme un hérétique, bérang. Mort du Diable. || 7° Terme de cuisine. Faire crever le riz, le faire gonfler à l'eau bouillante ou à la vapeur. || 8° À certains jeux, crever c'est perdre la partie, parce qu'on a fait plus de points qu'il n'en fallait pour la gagner. || 9° V. a. Faire éclater, rompre avec effort, violence. Cette forte charge creva le canon. Et la foudre qui va partir, Toute prête à crever la nue, Ne peut plus être retenue, corn. Polg. iv, 2. || 10° Faire manger à l'excès. Il les creva de bonne chère. || 11° Crevar les yeux, crever le globe de l'œil de manière qu'il se vide et cesse de voir. On creva les yeux à Philippique, boss. Hist. 1, u . Dans une émeute populaire, un jeune homme nommé Alcandre creva un œil a Lycurgue d'un, coup de bâton, rollin, Hist. anc. QEuvres, t. 11, p. 520, dans pougens. Il [Louis le Débonnaire] fit crever les yeux à Bernard, roi d'Italie, son neveu, qui était venu implorer sa clémence, montesq. Esp. xxxt, 20. || Se crever les yeux, se percer les yeux ou se les détruire d'une façon quelconque. Semblable en quelque chose à cet ancien que l'on dit qui se creva les yeux pour n'être pas distraitdansses méditations philosophiques, fontf.n. Amontons. || Fig. Crever les yeux, se dit de choses qui sont sous les yeux et que cependant on n'aperçoit pas. Cela crève les yeux, cela est d'une évidence palpable. Les saletés y crèvent les yeux, mol. Critique, 3. Pour moi, je ne vois pas ces exemples fameux.— Moi, je les vois si bien qu'ils me crèvent les yeux, id. F. sav. iv, 3. Notre propre intérêt est un merveilleux instrument pour nous crever les yeux agréablement, pasc. Imag. 5. || Crever le cœur, faire dans la région de l'estomac une plaie qui cause la mort. Il s'est jeté comme un furieux et s'est crevé le cœur, sév. 460. || Fig. Exciter une vive compassion. Cela nous creva le cœur, sév. 149. Il 12° Crever un cheval, le fatiguera le faire mourir, le rendre fourbu.... [un faix] Suffisant de crever un genêt de Sardaigne, Régnier, Sat. vi. L'autre crevait son cheval pourarriveravant, hamilt. Gramm. 5. M. Colbert pensa crever ses chevaux, sév. 386. Toujours à Pavant-garde, crevant mes chevaux, et me chargeant de toutes les commissions, p. l. cour. Lett. 1, 163. Le duc d'Angoulème crevé les chevaux sur la route de Bayonne, id. ii, 268. || Que la peste te crève, sorte d'exclamation de dépit, qui se dit à quelqu'un qui nous cause peine ou colère. || 13° Se crever, v. rifl. Éprouver une rupture à force de distension. Le sac, trop empli, se creva. j| Se crever de boire et de manger, ou simplement, se crever. Le jeune renard mange tant qu'il se crève, et peut à peine aller mourir dans son terrier, fén. xix, 4ts. Soit qu'on meure de faim ou qu'on se crève, on dit toujours : ah! si M. de Formont était là! volt. Lett. en vers et en prose, 19. Comment es-tu mort, Callidémidès? Car, pour moi, tu sais que ]'■ me crevai en un festin chez Dinias, qui est une belle fin pour un parasite, d'ablancourt, Lucien, Dial. de Zénophanteet Callidémidès. || 14" Être fatigué outre mesure. Se crever de travail, de fatigue, travailler avec excès. Il est vieux et usé, il s'est crevé à me suivre; qu'en faire? la bruy. ix.
— REM. Crever, v. n. se conjugue avec l'auxiliaire avoir quand il indique une action : la bombe a crevé, c'est-à-dire elle a fait explosion; avec l'auxiliaire être, quand il indique un état : la bombe est crevée, c'est-à-dire l'explosion est faite, accomplie.
— hist. xie s. Si alcuns crieve l'oil à Paître.... L. de Guill. 21.
— xue s. L'aube creva [parut], si prist à ajourner, Roue. p. iÎ9. Ainz lui verrez le cuer au cors crever, ib. 158. [Ils jurèrent que] Par desuz le mentun la lengue lui trarunt, E les oilz de sun chief andous [tous deux] li creverunt, Th. le mari. )3i.
— xiii" s. Hé! envieus, chose dolente, Que te vaut d'un amant grever? Par foi, pour ce porras crever, Roman de la Poire. Et fist à cescun des arbalestriers un poing copper, et as siergans à cescun un oel crever, Chr. de Rains, p. 72. Quant povres jentiex hom demeure En son pais une seule heure, On li devroit les iex crever, Bl. et Jeli. 25, Fait Chantecler : et je le voil, La maie goûte li criet Poil Qui s'entremet de someillier À l'eure que il doit veillier, Ren. 1702. Benart commence à apelerQu'ilueques ne volt plus ester. Que jàestoit l'aube crevée, ib. H 75. En ort leu m'orent [les moines] ostelé; De poor dui [je dus] estre crevez; Moult ai esté par toi grevez, ib, 14370. Amors, aine ne fu chevauchée,
CRI
CRI
CRI
Tournoiemens ne os banie [armée à bannières]. Où on ne sentist de tes caus [coups];"Tu fais faire chevalerie, Tu fais perdre Famé et la vie; Tu fais crever corset chevaus, Hist. litt.t. xxm, p. 613. Lesovres r 1er (levés, Se vous n'avez les iex crevés, la Rose, in 14. Lor piez lavez et furent oint, Qui crevé erent de mesaise, ruteb. h, 203.
— xiv s. Et le comte d'Auxerre, a qui l'ueil on creva, Fu à Robin Carole, qui puis le délivra. Cucscl. G355. Et les fossez remplis avironnéement, Et les gros murs minez et crevez laidement, ib. 1 9577. Picquiez d'une espingle les boudins quant ils s'enflent, ou autrement ils creveroient, Ménagier, u, 5. Et soit tant bouly que l'orge crevé, ib.
— xvc s. Allez, allez querre vostre comte d'Armignac, qui s'est tué et crevé à boire fontaine devant Alexandrie, froiss. m, îv, 20.
— xvi's. II fut blecé à travers le corps si à point que son aposteme en creva, mont, i, 254. Délibéré de crever [mourir] plus tost que de luy ouvrir la porte, id. i, 278. Se crever les yeulx, n>. ib. Il fault aller ou crever, id. iv, 1 69. Ne vous ay-je point dit que cette nuée se'creveroit à la fin quelque jour, avec orage et tempeste qui tumberoit sur nous? amyot, Fab. 26. Il crevoit de despit, voyant que les nobles faisoient tout ce qu'ilz pouvoient à le [Sylla] poulser en avant, id. Marins, 58. 1 force de crier après luy et de se tourmenter, il feit crever l'apostume qu'il avoit dedans le corps, m. Sylla, 75. À la fin il y perdit un œil qui luy fut crevé en combatant, id. Sertor. '>. En prononçant seulement une harengue qu'il a estudiée de longue main, il est en danger de crever et estoufl'er devant vous, id. Phoc. 13. Ces choses luy crevejent le cueur, id. Cicéron, 41. Hz s'encoururent devers Cleomenes en si grande haste que les chevaulx en crevèrent, i». Agis et Cléom. 47. Les assiégez aussi tirèrent un grand rempart derrière le bastion de l'évangile, où une mine creva sur six vingts pionniers, d'aub. Hist. n, 46. Ils surchargèrent l'artillerie de telle façon qu'elle creva toute entre les mains des Turcs, id. ib. n, 200. Nous lui jurerons toutte fidélité et service tant ■jour cet affaire en gênerai, que pour son particulier, pour crever tous à ses pieds pour son dit service, m. ib. 228. Les autres crevans de rire, id. ib. n, 230. Eux vont pour le desgager selon que le chemin assez large permettait; mais tout cela estoit crevé [rempli] de cette fleur de gentils-hommes gascons, qui tous frais venus avoient eu commandement de mesler sans taster, id. ib. n , 254. La glace creva et enfonça plus de 120 hommes, id. ib. ni, 2o3. Que, sans le respect qu'il portoit au roi, il eust faict crever do harquebuzades tous les mareschaux de logis, carl. m, to.
— ÊTYM. Provenç. crebar; espagn. et portug. québrar ; ital. crepare ; du latin crepare, crever.
f CREVET (kre-vè) , s. m. Lacet de tresse ferré aux deux bouts.
CREVETTE (kre-vè-f), s. f. || 1° Petite écrevisse de mer, dite aussi chevrette ou salicoque, très-bonne à manger (palsemon squilla, Fabricius). || Crevette d'çau douce ou des ruisseaux, puce d'eau, nom vulgaire d'un très-petit crustacé commun dans nos ruisseaux (gammarus fhiviatilis). jj 2" Terme d'art militaire. Espèce de grenade à feu.
— HIST. xvie s. Escrevette, oudin.
— étym. Allem. Krabbe, qui vientdu latin carabus. Escrerete paraît formé sur le modèle de escrevise.
f CREVETTINE (kra-vè-ti-n') , s.f. Terme de zoologie. Nom d'une famille de crustacés qui sont tous parasites.
— LTYM. Diminutif de crevette.
f CRÈVE-VESSIE (krè-ve-vè-sie), s. m. Appareil de physique dans lequei on fait enfoncer et crever une membrane par la pression atmosphérique. || Au plur. Des crève-vessies.
— ÉTYM. Crever, et vessie.
f CREVICHE (kre-vi-ch'), s. f. Un des noms vulgaires de la crevette.
— ÉTYM. Autre forme de crevette.
CRI (kri), s. m. || 1° Voix poussée avec effort, de manière à être entendue au loin; et, par extension , d'abord les voix inarticulées que nous arrache la douleur ou une passion violente, et ensuite les voix confuses, les sons indistincts d'une multitude qui demande une chose; enfin, par exagération, les paroles emphatiques ou trop enflées d'un orateur ou d'un poète. Nous nous levons alors, et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants, corn. Ci d, iv, 3. Un grand peuple, seigneur, dont cette cour est pleine, Par des cris redoublés demande à voir la reine, id. Pomp. v, 6. Elle jeta des cris, elle versa des pleurs, id. Médée, i, ■) . Tout le peuple à
grands cris demande Nicomède, id. Nie. v, 4. Comment, bourreau, tu fais des cris? mol. Amph. i, 2. Elle se mit a faire des cris effroyables, hamilt. Gramm. 10. Il lui baisa la main, fit des cris, sév. 400. Qui frappe l'air, bon Dieu, de ces lugubres cris? Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris? boil. Sut. vi. Que produira l'auteur après de si grands cris? La montagne en travaille enfante une souris, id. Art poét. ni. Nos Grecs n'ont répondu cpi'avecun cri de rage, rac. Andr. v, 3. La moitié s'épouvante et sort avec des cris, id. Brit. v, 5. Pendant que toutgardait un silence paisible, Sa voix s'est fait entendre avec un cri terrible, id. Esth.n, t. Nos Lévites pleuraient de joie et de tendresse, Et mêlaient leurs sanglots a leurs cris d'allégresse, id. Alhal. v, 1. Il poussait des cris horribles, fén. Tél. xv. On poussa d'abord de grands cris de joie, id. ib. xvi. Quant aux cris naturels, l'homme les formera aussitôt qu'il éprouvera les sentiments auxquels ils sont affectés, condillac, Conn. humaines, sect. n, ch 4. Les cris naturels introduisent nécessairement l'usage des inflexions violentes, puisque différents sentiments ont pour signe le même son varié sur différents tons; ah, par exemple, selon "la manière dont il est prononcé, exprime l'admiration, la douleur, le plaisir.... id. ib. part. 2e, sect. i",ch. 2. Ces chants vont se changer en des cris de tristesse, volt. Tancr. v, 5. [| N'avoir qu'un cri, ne jeter qu'un cri, crier constamment, se plaindre sans discontinuer. Ce pauvre malade n'a qu'un cri, tant la douleur est vive. Mme de Rochefort n'a qu'un cri , depuis que vous avez écrit à ses cousines sans lui dire un mot, sév. dans le Dict. de dochez. || Familièrement. N'avoir qu'un en api es quelqu'un, se dit de plusieurs personnes qui en désirent une aulre impatiemment. || Ne faire qu'un en , pousser un seul cri. Eudoxe en le voyant ne fait qu'un cri et tombe évanouie, marmont. Bélisaire, ch. vi. || Fig. Jeter, pousser les hauts cris, se récrier, se plaindre amèrement. || On dit aussi dans le même sens crier les hauts cris, faire les hauts cris. .le le trouvai criant les hauts cris, sév. 32. Mme de Brissac de crier les hauts cris, id. 117. Mme d'Elbeuf a crié les hauts cris, id. 2(2. M. le Prince et son parti firent les hauts cris, st-sim. 91, 109. || 2" Paroles prononcées en criant et de manière à être entendues au loin. Cri de guerre. Cri de ralliement. Un cri d'alarme se fit entendre. || Cris de Paris, cris des petits marchands qui offrent de vendre ou d'acheter par la ville de menues denrées, des ouvriers ambulants qui offrent de faire de menus ouvrages. || Acclamation. Les cris de vive le roi ! retentissaient de tous côtés. J'ai vu de rang en rang cette ardeur répandue, Par des cris généreux éclater à ma vue, rac. Alex, i, 2. Sont autant de témoins dont le cri glorieux A déposé pour vous au tribunal des Dieux, volt. Sémiram. i, 5. || Cri public, ce qu'on publie à son de trompe par ordre de justice. Il est défendu par cri public. || Les cris de l'école, les paroles bruyantes, qui se font entendre dans les argumentations des écoles. Juvénal. élevé dans les cris de l'école, Poussa jusqu'à l'excès sa mordante hyperbole, boil. Art p. n. Tout est trouble et discorde, et les cris de l'école Égalent en fracas les cavernes d'Êole , delille, Trois règnes, u. || Terme de chasse. Mots que prononcent les chasseurs quand ils parlent aux chiens pour les flatter ou les exciter à poursuivre la bête. Chasser à cor et à cri , chasser avec le cor et les chiens; et fig. Demander à cor et à cri, demander à haute voix, d'une voix pressante. || Terme de blason. Cri d'armes, cri de guerre, ou, simplement, cri, un ou plusieurs mots en forme de devise qu'on place ordinairement au cimier des armes. Comme ces mots étaient anciennement sur les bannières, c'était dans les batailles le cri de ceux qui suivaient une bannière. || 3" Gémissement, plainte, accusation. Dieu entend les cris des veuves et des orphelins. Et mes cris éternels L'arrachèrent du sein et des bras paternels, rac. Phèd. i, 3. Son père par vos cris dès longtemps prévenu, id. ib. m, 3. Voila, voilà les cris que je craignais d'entendre, id. Tphig. iv, 5. Sion, le jour approche où le Dieu des armées Va de son bras puissant faire éclater l'appui, Et le cri de son peuple est monté jusqu'à lui, m. Esth. i, \. Les cris élevés contre l'inoculation, même avant qu'on eût essayé de la mettre en usage, condorcet, Tronchin. || 4° Opinion publique. Il n'y a qu'un cri contre lui. Le cri public. La renommée se fait entendre et le cri de la louange devient général, desfontaines. Quoiqu'il n'y ait qu'un cri contre ceux qui ont l'imprudence de jouer, sans s'être informés de la valeur des jetons, chacun peut impunément parler sans avoir appris la valeur des mots, condillac, Traité des syst. ch. 18, Si quel-
quefois les femmes sortaient des bornes de cette modestie, le cri public montrait que c'était une exception, j. j. rouss. Lettre à d'Alemb. \\ 5° Fig. Appel qui émane des choses, des sentiments. Étouffer le cri de la conscience. Les cris du sang, sa force et ses impressions, volt. Fanât, iv, 1. Allez, sacrés vengeurs de vos princes meurtris , De leur sang par sa mort faire cesser les cris, rac. Alhal. v, 6. Le cri de l'innocence, qui, dans le moment de l'action, appelle des témoins, appelle des juges, montesq. Esp. xxix, <5. À l'instant va s'élever contre moi cette philosophie d'un jour qui naît et meurt dans le coin d'une grande ville et veut étouffer de là le cri de la nature, j. j. rouss. Lettre à d'Alemb. De ses mânes sanglants j'apaiserai les cris, volt. Œdipe, m, 5. Et l'on entend dans les bois d'alentour La voix mourante ou le cri de l'amour, Bernard, Art d'aimer, m. Le cri de leur remords est monté jusqu'à moi, delille, Parad. perdu, xi. Cri de l'honneur, ducis, Othello, m, 6. Avant Gustave Vasa, tout Suédois était militaire; au cri du besoin public, le laboureur quittai t sa charrue et prenait un arc, raynal, Hist. phil. v, 9. Entends du haut des cieux le cri de nos besoins, lamart. Méd. I, 16. Il 6° Voix propre à chaque animal. Le cri de la corneille annonce de la pluie. La poule qui partage un ver à ses enfants N'a pas le même cri que la poule éperdue Dont l'horrible faucon vient de frapper la vue, delille, Trois règnes, vin. Un effroyable cri [d'un monstre] sorti du sein des flots Des airs en ce moment a troublé le repos, rac Phèd. v, 6.|j7°Bruit strident. Le cri de la scie. N'entend-on pas le quivive des gardes, Qui se mêle au cri des verrous? bérang. Louis XL [| Poétiquement. J'ai souvent sur ma tête Entendu les fureurs, les cris de la tempête, ducis, Othello, i, 8. || 7° Le cri del'étain, craquement que ce métal fait entendre quand on le plie. j| 8" Donner du cri à la soie, la soufrer.
— SYN. cri, clameur. Cri est beaucoup plus général que clameur; il se dit de tout grand bruit de voix produit par l'homme ou par les animaux, tandis que clameur exprime quelque chose de collectif. Un homme pousse un cri, mais il ne pousse pas une clameur; au contraire on dira la clameur de la foule. Cependant la Fontaine a dit, et très-bien dit : Une montagne en mal d'enfant Jetait une clameur si haute.... Fabl. v, (0. Mais ici la montagne est quelque chose de gigantesque qui équivaut à quelque chose de collectif.
— HIST. xr s. Cil ki prendra larun sanz suite et cri, lots de Guill. v. Donc [ils] recomencent et le hu et le cri, Ch. de Roi. eu. \\ xne s. Li quens Ernouf en out de traïson grant cri [blâme], Mais onques por le blasme le chastel ne guerpi [quitta!, Rou, ms. p. 65, dans lacurne. Qu'à l'assembler [à l'attaque] ot tel noise et tel cri, Ronc. p. 72. Grans fu la noise et li cris de la gent, ib. p. 77. Devant lui vient, si lui crie à haut cri, ib. p. 142. Charles li rois fist faire et son ban et son cri, ib. p. idi. Que, s'en tute la terre eust clerc si hardi, Qui à Rome apelast.al lues le rei Henri, Sereient erranment tuit si chasel saisi, E il mis en prisun, cum s'il eust mal cri, Th. le mart. 66. Seignur, par amur Deu, nel faites pas einsi; S'un ocist l'arcevesque, vus en aurez le cri; Car tus li païs scet que vus l'avez haï, ib. 42. ||xiii« s. Qui de fausseront le cri [ont la réputation de tromper], ifs. de poésie fr. avant 1300, t. iv, p. 407, dans lacurne. Orgueil de serf, ueil de larron, Langue de leu [loup], cri de paon, Parlonop. Ms. de St-Germ. f 164, dans lacurne. Lors a la maie serve un moût grant cri jeté, Berte, xv. Chascuns entre en la chambre, quant il oient le cri, ib. lxxxix. Chascuns maudit" la serve et crient à haus cris.... ib. xcix. Que vous n'aurez ne cri ne non De m'amor. pour rien que je voie, Lai de l'ombre. Cascuns est tenus de penre [prendre] le bani son segneur; et, s'il ne le pot penre, de lever le cri après li, et de porsivir tant qu'il soit pris, beaum. xxxiv, 32. Et quant li cris a esté fet communément par les églises, il doivent regarder combien il sont tenu à paier, id. xh, 31. Quant les bouchiers et les autres homes de i'ost et les femmes qui vendoient les danrées oïrent ce, il levèrent le en en l'ost, et à [avec] l'aide de Dieu il secoururent le conte, joinv. 233. || xve s. Et fit-on à savoir par un cri et par un héraut que, le premier qui entreroit dedans Duras, il gagneroit cinq cents francs, froiss. n n, n. Elle m'a faict souvent monter À cheval, fa'ire'mes effors, Aller, chevaucher, tempesier. Et courir à cry et à cors, coquill. MonoL de la botte de foin. \\ xvic s. Les pauvres femmes se levèrent à cri [en criant], tant estonnées de voir leur maistresse comme morte, marg. Nouv. xv. Et
CRI
CRI
CRI
les vieilles désolées S? tordent leurs cheveux gris, Voyant leurs filles en cris Par ces bourreaux violées, yver. p. 526. Et si doit [l'aîné] avoir le nom, le cri et les armes pleines, loysel, 6 15. Le héraut s'escria si hault que son cry fut ouy de toute l'assemblée, amyot, Flamin. 20. Les cris et proclamations publiques, m. Solon, It.
— ÉTYH. Provenç. crit, crida; catal. crit; espagn. grito; ital. grido (voy. crier).
f CRIAGE (kn-a-j'), s. m. Action et office de celui qui fait le cri public, c'est-à-dire qui va criant les choses que l'on veut faire savoir à tous.
— HIST. xiii* s. Et il les peut toz faire vendre l'un après l'autre au criage par le dit crior, Ass. de Jér. I, <98. il xv* s. À cause de mon office de criage, du Cange, cridatio.
— ÊTYM. Crier.
CRIAILLER (kri-â-llé, Il mouillées, et non kriâ-yé), v. n. Il 1° Crier fréquemment et d'une manière désagréable. Si on ne leur donnait jamais [aux enfants] ce qu'ils auraient demandé en pleurant, ils apprendraient à s'en passer; ils n'auraient garde de criailler et de se dépiter pour se faire obéir, rollin,
Traité des Et. liv. vi, 1" part. ch. 4 , art. 3 Je
criaille Pour les mieux exciter à se donner bataille, du freny, Réconc. norm. v, H. || Par extension. Ma plume criaille et ne fait que des filets, sev. 368. Il 2° Crier fréquemment après quelqu'un, se répandre en gronderies, en plaintes. Il ne fait que criailler. Criaillez tant que vous voudrez contre les encyclopédistes, volt. Lett. Richelieu, 23 août 1765.
— HIST. xvi* s. Peuple qui vole en troupes infiny, Et criaillant sur les rives cognues, Se presse ensemble aussi espais que nues [noie de Ronsard: fréquentatif de crier, fort usité en Vandomois, Anjou et Maine], rons. 602. On ne cesse de criailler à nos aureilles, comme qui verseroit dans un entonnoir; et nostre charge ce n'est que redire ce qu'on nous a dict, mont, i, <60.
— ÊTYM. Fréquentatif de crier; provenç. crizaillar.
CRIAILLER1E (kri-â-lle-rie, II mouillées, et non kri-â-ye-rie) , s. f. || 1° Action de criailler. Ce qui nourrit les criailleries des enfants, c'est l'attention qu'on y fait, j. j. rouss. Hél. v, 3. || 2° Action d'importuner par des plaintes et des récriminations. Délivrez-moi, monsieur, de la criaillerie, mol. Tart. v, 7.
— ÉTYM. Criailler.
CRIAILLEUR, EUSE (kri-â-lleur, lleu-z', Il mouillées, et non kri-â-yeur), s. m. et /'.Celui, celle qui ne fait que criailler. Tous ces gens de guerre étaient autant de criailleurs à gage, retz, 11,275. Le commandeur de St-Simon, chef des criailleurs du parti des princes, id. Mém. t. n, liv. ni, p. 377, dans pougens. Non-seulement il faut crier, mais il faut faire crier les criailleurs en favcurde la vérité, volt. Lett. Damilaville, 29 sept. <764.
— ÊTYM. Criailler.
CRIANT, ANTE (kri-an, an-t'), adj. Oui crie. Une voix criante. Peu usité; on dit de préférence criard. || Par extension, qui excite à se plaindre hautement, en parlant des choses. Des injustices criantes. Un passe-droit criant. On ne peut faire une altération plus criante, boss. Conc. On se contente de renoncer à certains vices criants qui étaient à charge, mass. Car. Causes de rechute. Pourvu que la conscience ne vous reproche pas de vice grossier et criant, id. ib. Riche. Il serait d'une injustice criante de ne pas adresser la même insulte à Burrhus, didf.r. Ess. s. Claude. Tel était l'état de Sparte, quand Agis songea à remédier à des abus si criants, rollin, llist. anc. Œuvres, t. vu, p. 525, dans pougens. La Suède éprouva au dedans les vexations les plus criantes et perdit an dehors une partie de sa réputation, condillac, Étud. hist. part. 11e, ch. 6.
CRIARD, ARDE (kri-ar, ar-d'), adj. || 1° Qui crie souvent. Un enfant criard. L'àtre entouré d'un tas d'enfants criards, mad. desiioul. Rallade. La même cause qui le rend [un enfant] criard à trois ans le rend mutin à douze, querelleur à vingt, impérieux à trente, et insupportable toute sa vie, j. j. rouss. Hél. v, 3. Il Oiseaux criards, les oiseaux niais qui n'ont qu'un cri désagréable. || Dettes criardes, petites dettes que l'on contracte chez les fournisseurs d'objets de première nécessité et dont le payement est sollicité avec importunité. Mémoire juste et bref de nos dettes criardes Que Mathurin Géronte aurait tantôt promis Et promet maintenant de payer pour son fils, regnard, Joueur, m, 4. À condition que toutes les dettes criardes qu'il a faites dans ce pays-ci seraient préalablement acquittées, volt. Lett. Beau-
mont, <6 février J770. Je n'ai jamais su faire des dettes criardes, j. j. rouss. Conf. iv. || 2" Aigre. Voix criarde. Sons criards. Instrument criard. Comment concevrez-vous jamais que la langue française, dont l'accent est si uni, si simple, si modeste, si peu chantant, soit bien rendue par les bruyantes et criardes intonations de ce récitatif? j. j. rouss. Lett. sur la mus. franc. j| Toiles criardes, et, substantivement, des criardes, nom de toiles extrêmement gommées qui font un certain bru. lorsqu'on les emploie. Il Fig. Terme de peinture, Tons criards, couleurs criardes, tons, couleurs qui tranchent trop fortement, qui font sur l'œil l'effet blessant que font des sons discordants sur l'oreille. || 3° Qui gronde sans cesse et à grand bruit. Cette femme est bien criarde. Humeur criarde. Tantôt, aigre et criard, parle en maître irrité, delille, Trois règnes, vin. Il Substantivement. C'est un grand criard. Vous êtes une criarde. Le roi des dieux ne sait auquel entendre; Son fils Mercure aux criards vient encor, la font. Fabl. v, I. C'était d'abord un petit criard qui étourdissait tout le monde, et vous êtes témoin qu'on ne l'entend pas plus à présent dans la maison que s'il n'y avait point d'enfant, j. j. rouss. Hél. v, 3. Il 4° S. m. Un des noms vulgaires du pluvier à collier.
— HtST. xiii* s. Ce dist Renart : trop ies criarde; Ce fis je por toi esmaier; Einsi te voloie essaier , Ren. isoi. Il xvte s. Et à tous ceux qui auroient des chevaux criarts, de leur lier et serrer la langue, carl. v, H. Un séditieux criart, amyot, P. Mm. 60.
— ÉTYM. Crier.
f CRIBLAGE (kri-bla-j'), s. m. Action ou opération de cribler.
— hist. xvie s. Criblage, oudin, Dict.
CRIBLE (kri-bl'), s. m. Instrument percé d'un
grand nombre de trous, par lesquels on sépare ce qui est plus fin de ce qui est plus gros. || Percé comme un crible, percé de tous les côtés. La peau est percée partout comme un crible, fên. Exist.32. Il Crible à pied, crible composé d'une trémie dans laquelle on verse le grain. || Planche percée de trous et maintenant les tuyaux dont les embouchures sont placées dans le sommier de l'orgue. || Terme de métallurgie. Espèce de claie dans laquelle on passe les minerais, pour les réduire à unegrosseur uniforme. Il Terme de mathématique. Crible d'Ératostbène, méthode pour déterminer les nombres premiers.
— HIST. xme s. Tu iez saluz de nostre essence, Balaiz de nostre vanitei, Criblesde nostre concience, ruteb. 11, il. Il xvie s. Ses murs seraient tous percez comme un crible, Mém. s. D. G. ch. 32. Les semences sauvages qui sont de mesme forme en grandeur et grosseur que le froument, se trouvans meslées parmy, sont bien malaisées à trier, et séparer
d'ensemble avec le crible : aussi est l'amitié très
difficile à cribler et discerner d'avec la flaterie, amyot, Comm. dise, le paît, do l'ami, 4 0. Cest os a esté nommé des Grecs ethmoïde, des latins spongieux ou cribleux, pource qu'en luy y a plusieurs trous comme aux esponges, et non pas droits comme un crible, paré, iu, 4.
— ETYM. Berry, cruble ; génev. quiblc; wallon, crile; rouchi, creule, grible; du latin cribrum.
CRIBLÉ, ÈE(kri-blé, blée), part, passé. || 1° Passé au crible. Du sable criblé. || 2" Percé de trous comme un crible. Mur criblé de coups de canon. Criblé de blessures. Criblé de petite vérole. Le vaisseau ennemi, criblé de coups, ne put être sauvé, et coula bas le lendemain, fonten. Renau. || Terme d'anatomie. Lame criblée ou cribleuse, portion horizontale de l'os ethmoïde. || Fig. Être criblé de dettes, avoir beaucoup de dettes. Criblé de ridicules , se dit d'une personne très-ridicule.
f CRIRLETTE (kri-blè-f) , s. f. Genre de mousses.
— ETYM. Crible.
CRIBLER (kri-blé), v. a. || i° Passer au crible. Il faut cribler le froment et rejeter l'ivraie, volt. Sing. de la nal. 186. || Fig. Et criblant mes raisons pour en faire un bon choix, Régnier, Sut. xiv. Nous criblons le d'scours au choix se variant, id. Sat. ix. Il 2° Percer de trous nombreux. Cribler quelqu'un de coups de stylet. || Fig. Le mal nous crible et nous pénètre de tous côtés, volt. Mcmmius, x. || 3° Se cribler, v. réfl. Être criblé. Ces parties se criblant dans les petites branches des carotides, desc. Fœtus, 3. y Se percer l'un l'autre de beaucoup de coups. Sœurs [Cités sœurs, Semlin , Belgrade], à vous cribler de blessures Espérez-vous un grand renom? v. hugo, Orient. 35.
— HIST. xvie s. Je cognois que je semé au rivage infertile, Que je veulx cribler l'eau, et que je bats le vent, dubell. vi, 15, verso. L'on couvrira les
pépins de deux doigts de terre, qu'on y criblera par
deSSUS, 0. DE SERRES, 632.
— ÉTYM. Picard, gurrblcr; wallon, criler ; rouchi, creuler, gribler; génev. quibler; Berry, crubler ; espagn. cribar; portug. crirar; du latin cribrare (voy. crible).
CRIRLKCR, EUSE (kri-bleur, bleû-z'), s. m. et f. Celui, celle qui crible.
— ÉTYM. Cribler.
t CRIBLEUX, EUSE (kri-bleu , bleû-z'), adj. Terme d'anatomie. Os cribleux, l'ethmoïde. Le nez a un os cribleux pour faire passer les odeurs jusqu'au cerveau, fén. Exist. 38.
— ÊTYM. Crible.
f OUBLIER (kr.-bli-é), s. m. Celui qui fait les cribles.
— étym. Crible.
CRIBLURE (kri-blu-r'), s. f. Tout ce qui, étant le plus gros, ne passe pas au crible. On donne les criblures aux volailles.
— hist. xiv s. Car bien sçait-on que la criblure N'en pust faire basse nature, fr. d'alch. 843. || xvi°s. Le farrage est une composition de plusieurs sortes de grains francs et sauvages, qu'on tire des cnbleures des bleds, o. de serres, 277.
— ÉTYM. Cribler; génev. quiblure.
CRlBRATION(kri-hra-sion),s./\ Terme de pharmacie. Opération par laquelle on sépare les parties menues ou fines de certains médicaments d'avec les parties les plus grossières.
— ÊTYM. Lat. cribrare (voy. cribler).
f CRIBRIFORME (kri-bri-for-m'), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui est en forme de crible.
— ETYM. Lat. cribrum, crible, et. forma, forme. 1. CRIC (kri; le c ne se prononce jamais), s. m.
Instrument de mécanique, composé d'une roue dentelée, qui se tourne avec une manivelle, et qui donne le mouvementà une barre de fer dentelée aussi. On se sert du cric pour lever toutes sortes de fardeaux. || Terme de carrosserie. Pièce de fer dentée, qui tient chaque soupente tendue. Une des soupentes de la voiture s'était détachée de son cric.
— HIST. xvie s. Il vous faut des souliers à cricq, d'aub. Fœn. 1, 2.
— ÉTYM. Pourrait-on penser à saint Cricq, le nom d'un saint ayant été donné métaphoriquement à un instrument très-secourable (Cricq est Quiricus, altéré de Cyricus); ou à l'onomatopée cric, à cause du bruit que fait l'instrument?
f 2. CRIC (krik). Onomatopée qui exprime le bruit d'une chose qu'on déchire. || Substantivement. On entendit un léger cric.
f 3. CRIC (krik), s. m. Se trouve quelquefois pour criss (voy. ce mot).
CRIC CRAC (krik-krak), s. m. Onomatopée qui exprime le bruit que font certains corps solides en se brisant ou en se déchirant.
| CR1CÉAL, ALE (kri-sé-al, a-1'), adj. Terme d'anatomie. L'os cricéal, ou, substantivement, le cricêal, la quatrième paire d'os auxiliaires des arcs branchiaux, chez les poissons.
— ÉTYM. Kpc'jcoç, cercle.
f CRICET (kri-sè), s. m. Un des noms du hamster.
f CRICETIN (kri-se-tin), s. m. Terme de zoologie. Nom d'une famille de petits rongeurs qui renferme les marmottes et les hamsters.
— ETYM. Cricet.
f CRICK. (krik), s. m. Nom donné à Cayenne au psittacus agilis, dit aussi perroquet crick, et qu'on y a étendu à tous les perroquets, legoarant.
f CRICO.... Préfixe anatomique qui vient de xpîxo; et signifie cercle.
f CRICO-ARYTÉNOÏDIEN, IENNE ( kri-ko-a-rité-no-i-diin, diè-n'), adj. Terme d'anatomie. Nom de plusieurs muscles qui s'attachent aux cartilag s cricoïde et aryténoïde. || Substantivement. Les crico-aryténoïdiens.
f CRICOÏDE tkri-ko-i-d'), adj. Terme d'anatomie. Cartilage cricoïde, ou, substantivement, le cricoïde, cartilage à la partie inférieure du larynx.
— ÊTYM. KpixoeiS^;, de xpixoç, anneau, et elào;, forme.
f CRICO PHARYNGIEN , IENNE (kri-ko-fa-rinjiin, jiè-n'), adj. Terme d'anatomie. Qui appartient au cartilage cricoïde et au pharynx. Les muscles crico-pharyngiens , ou, substantivement, les cricopharyngiens.
t CRICOSTOME (kri-ko-sto-m'), adj. Terme de zoologie. Qui a la bouche ou l'ouverture ronde.
— ETYM. KpCxoç, cercle, et <rx6u.a, bouche
t CRICO THYROÏDIEN, IENNE (kii-ko-ti-ro-idiin, diè-n') et mieux CRICO - THYRÉOÏDIEN,
cm
CRI
CRI
IEXXE (kri-ko-ti-ré-o-i-diin, diè-n'), adj. Qui appartient à la fois aux cartilages cricoïde et thyréolde. Les muscles crico-thyréoïdiens, et, substantivement, les crico-thyréoïdiens.
t CRlCO-TRACUÉAL,ALE(kri-ko-tra-ké-al, a-1'), adj. Terme d'anatomie. Qui appartient au cartilage cricoïde et à la trachée-artère.
f CK1-CRI (kri-kri), s. m. Le grillon domestique. || Le bruant proyer. || Au plur. Des cri-cris.
— Etym. Onomatopée.
CRID (krid'), s. m. Voy. chiss.
CRIÉ, ÉE (kri-é, ée), part, passé. Des paroles criées à la hâte. Un air crié et non chanté. || Vendu à la criée. Des marchandises criées.
CRIÉE (kri-ée), s. f. || 1° Terme de pratique. Proclamation pour annoncer la vente des biens en justice. Le code a substitué les affiches à la criée. || 2" Vente publique aux enchères. Une vente à la criée. || Audience des criées, celle où l'on vend les biens dont la vente a lieu devant le tribunal.
— hist. xne s. Illoc refut la criée si grant, Ronc. p. 1 66. || xmc s. Là oïssiez de joie commencer tel criée, Berte, cxxvi. Tel noise font et tel criée, Qu'en les oïst d'une lieuée, lien. lisoi. Quant il oîrent la criée.... ib. 13312. Il appela son père moult à haute criée, Ch. d'Ant. v, 1916. ||xvies. Le sergent qui faisoit la criée, amyot, Thém. 36.
— ETYM. Crié; provenç. cridada.
CRIER (kri é), je criais, nous criions, vous criiez; que je crie, que nous criions, que vous criiez; je crierai; je crierais; on écrit aussi quelquefois crtrai, crîrais; v. n. \\ 1° Faire un ou plusieurs cris. Écoutez, l'enfant crie. Le chien battu criait. Les canards s'ébattent dans cette mare et crient. La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles; On a beau la prier: La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles Et nous laisse crier, malh. vi, 18. S'il savait son affaire, Il crierait comme moi, la font. Fabl. vm, 12. Dans les rues les petits enfants crient sur lui, sëv. !45.Aussitôton accourt; tout le peuple empressé Crie, pousse, se bat pour être bien placé, fén. xxi, 305. D'autres veulent crier, et leurs voix défaillantes Expirent de frayeur sur leurs lèvres béantes, delille, Enéide, vi. || Fig. Plumer ou tuer la poule sans la faire crier, exiger sans bruit et sans éclat des choses qui ne sont pas dues, rapiner tacitement. || Familièrement. 11 crie comme si on l'écorchait, ou comme un aveugle qui a perdu son bâton, il pousse de grands cris. || Crier comme un perdu, comme un fou, comme un enragé, comme un beau diable, expressions familières qui signifient crier très-fort. || Crier à pleine tête, à tue-tête, du haut de sa tête, crier de toute sa force. || Terme de chasse Quand les chiens chassent, on ne dit pas les chiens aboient, mais les chiens crient. || 2° Parler fort haut ou trop haut. 11 est tellement sourd qu'il faut crier pour se faire entendre. Il ne saurait discuter sans crier. Cette femme-là ne chante pas, elle crie. || Discuter avec aigreur. C'était à qui crierait le plus haut, le plus fort. || 3° Dire en criant. Se tournant de leur côté il leur cria : Ils ont vécu, vertot, llévol. rom. liv. xii, p. su. Elle crie au second qu'il secoure son frère, corn. ffor.iv,2. Et je pense avoir munie entendu quelque voix Nous crier qu'on apprît à dédaigner les rois, id. Suréna, v, 6. || Fig. On rapporte qu'il [Alexandre blessé] dit : Tous jurent que je suis fils de Jupiter; mais ma blessure me crie et me fait sentir que je suis homme, roll. Hist. anc. Œuvres, t. vi, p. 49 1. || Avertir avec instance. Il y a longtemps que je lui crie d'être sage, de prendre garde à lui. Et que sert àCotin la raison qui lui crie: M'écris plus, guéris-toi d'une vaine manie? boil. Sat. vm. || 4°Prononcerun ou plusieurs mots en criant. Les sœurs crient miracle, et chacune ravie Conçoit pour son vieux père une pareille envie, corn. Mé'dée, «, 1. J'entends crier au voleur, au feu, sév. 20. M. de Cambrai et ses amis crient ici victoire, boss. Lelt. quiét. 176. Rendons grâce à lui seul [Dieu] du rayon qui nous luit, Sans nous enfler d'orgueil et sans crier ténèbres Aux enfants de la nuit, lamart. Harm. i, 6. || Crier famine, crier misère, se plaindre hautement de la gêne où. l'on se trouve. Elle alla crier famine Chez la fourmi sa voisine, la font. Fabl.i, I. Nous avons eu beau crier misère, sév. 288. || Crier lamine sur un tas de blé, se plaindre demanquer des choses dont on est amplement pourvu. || Crier vengeance, faire appel à la vengeance. Il leur criait vengeance et changeait de pensée, volt. Orphel. v, 1. Il lin parlant des choses. Son sang criera vengeance et je ne l'orrai pas! corn. Cid, m, 3. Voilà qui crie vengeance au ciel, mol. l'Av. i, 6. || Anciennement. Crier haro (voy. haro), arrêter un homme pour le conduire sur-le-champ devant le juge. À ces motson cria I
haro sur le baudet, la font. Fabl. vu, I. || Fig. Crier haro sur quelqu'un, appeler sur lui la haine, la colère des autres. || 5° Intercéder. Tous les trésors du ciel vont se répandre sur la terre; la voix du sang de Jésus-Christ crie pour vous, mass. Car. Motif de conv. || Faire appel aux sentiments. Le sang de nos rois crie et n'est point écouté, rac. Alhal. i, 1. Que je découvre ce corps pâle et sanglant auprès duquel fume encore la foudre qui l'a frappé; que je fasse crier son sang comme celui d'Abel, et que j'expose à vos yeux les tristes images de la religion et de la patrie éplorée, fléch. Turenne. || Être criant. Malgré les cris de cette noblesse, malgré l'abus qui criait de lui-même, montesq. Esp. xxvm, 18. Je ne vous ferai sur cela aucun commentaire, la chose crie; vous en serez révolté, p. l. cour, i, ioo. || 6° Répéter de tous côtés. On criait de tous côtés que la république était rétablie, vertot, Révol. rom. liv. xiv, p. 3)6. || 7° Réprimander d'une manière aigre et bruyante. Il ne fait que crier. Elle a bien crié après lui. || 8° Faire entendre hautement le blâme, la plainte. Tout le monde crie de cela, crie contre ce ministre. Mais entendez crier Rome à votre côté, corn. Cinna, m, 2. ô temps! ô mœurs! j'ai beau crier ; Tout le monde se fait payer, la font. Fabl. xii, 6. Hélas I j'ai beau crier et me rendre incommode, L'ingratitude et les abus N'en seront pas moins à la mode, id. ib. xii, 16. Je vous crois; mais pourtant on crie, on vous menace, boil. Sat. ix. De zélés indiscrets qui crieront en public contre eux, qui les accableront d'injures, mol. D.Juan, v, 2. Qui criaient après les vices de leur siècle, m. Préf. de Tart. Il voulut les faire crier contre l'injustice du ciel, HAMILT. Gramm. 10. D'où vient que Tertullien crie si souvent contre les philosophes et les nomme tantôt les patriarches des hérétiques, tantôt les cuisiniers de toutes les hérésies? pelliss. Mém. pour les gens de lettres, -p. 84. Ceux qui criaient contre les abus, boss. Var. vi. Il est le premier à crier contre les dépenses excessives, fén. Tél. xui. Cet impôt fait beaucoup crier le peuple en France, j. j. rouss. Fol. 11. La nation française qui crie si aisément et qui plus aisément encore se lasse de crier, d'alemb. Destruct. des jés Œuvres, t. v, p. 7 1 , dans pougens. || 9° Crier vers Dieu, élever la voix vers Dieu, l'implorer. A qui crierai-je, Seigneur, si ce n'est à vous? pasc. Prière. Grand Dieu, vous refuserez-vous à la brebis qui revient? Le sang de l'agneau qui crie vers vous et qui coule sur l'autel, ne se fera-t-il pas entendre? mass. Or. [un. Conti. || Dans le même sens, crier à quelqu'un. Et ce peuple, en tout temps chargé de vos bienfaits, Crie encore à son père et demande la paix, volt. Fanât. i, 1. 1| 10° Crier à, crier contre. Crier à l'injustice, à l'oppression. S'il défend avec courage la souveraine puissance dont il est revêtu, on crie au tyran, vertot, Révol. rom. liv. ni, p. 252. Sans s'exposer à nous faire crier au blasphème, J. J. rouss. Étn. iv. Jusqu'à. ce qu'on en ait la preuve, ses confr'res de lAcadémie et du clergé ne sont-ils pas en droit de crier au mensonge? d'alf.mb. Apolog. de Clermont Tonn. Les bigots, par rancune, Au sorcier criaient tous, bérang. ilénétr. de Meudon. || Appeler à. Mon amour et ma haine et la cause commune Crieront à la vengeance.... corn. Attila, u, 6. Le clergé d'un côté, les pasteurs de l'autre criaient à la religion, volt. Mœurs, i7i.||Se récrier à cause de quelque chose. La santé dans ces murs tout d'un coup répandue Fait crier au miracle, corn. Œdipe, v, il. Vous allez, monsieur, peut-être crier au paradoxe, dider. Lett. s. les soiirds. || 11° Proférer un cri de ralliement, une acclamation. Les Français criaient autrefois Montjoie ! On cria vivat! Du haut de nos remparts j'ai vu descendre en larmes Le peuple qui courait et qui criait aux armes, rac. Théb. v, 2. || 12" Produire un bruit strident. Cette porte crie. L'essieu crie et se rompt; l'intrépide Hippolyte Voit voler en éclats son char tout fracassé, rac. Phèd. v, 6. C'est le vent, me dites-vous, Qui fait crier la serrure, bérang. Mère av. || Ses boyaux lui crient, se dit du bruit que font les entrailles. || 13" Publier à cri, annoncer au nom de l'autorité. On a crié à son de trompe que chacun balayât le devant de sa porte. || Impersonnellement et au passif. Il fut crié de par le maire que.... || 14° V. a. Crier les hauts cris, jeter de grands cris. Je le trouvai criant les hauts cris, sév. 32. Mme de Brissac de crier les hauts cris, id. 117. || Crier un air, le chanter d'une manière criarde. || Prononcer en criant. Debout sur le rivage, il lui cria ses adieux. || Demander en criant. Et ne point écouter le sang de mes parents Qui ne crie en mon cœur que la mort des tyrans, corn. Uéracl. m, 2, || 15° Dire une chose hautement,
proclamer. Il ira crier cela partout. Qu'est-ce donc que nous crie cette avidité et cette impuissance} pasc. dans cousin. |[ 16° Crier un objet perdu, annoncer qu'un objet a été perdu, afin qu'il soit rapporté. Crier une marchandise, annoncer le prix auquel elle se vend. On a crié du vin à quinze sous. Crier des meubles, les mettre à l'enchère. Crier des pommes, de la salade, les vendre dans les rues en les annonçant par le cri. Crier un bulletin, une ordonnance, la vendre dans les rues, en l'annonçant par un cri. Je me contentais d'entendre ici, toutes les semaines, crier votre nom et vos victoires et de pouvoir apprendre de vos nouvelles en les achetant, voit. Lett. 82. || Autrefois, crier à son de trompe, crier à ban, crier à trois briefs jours, citer un criminel à comparaître dans un temps donné. Il fut crié à son de trompe. || 17° Crier quelqu'un, le gronder. Tu ne me diras plus, toi qui toujours me cries, Que je gâte, en brouillon, toutes tes fourberies, mol. l'Étour.u, 14. Pourquoi me criez-vous? id. Éc. des f. v, 4. || Cette locution a vieilli; mais elle reste en usage dans plusieurs provinces, particulièrement en Normandie. || 18° Se crier, v. réfl. Être crié. Les marchandises qui se crient sur la voie publique. || Proverbes. On a tant crié Noël qu'à la fin il est venu, se dit d'une chose très-désirée et qui s'accomplit à la fin. || 11 est comme les anguilles de Melun, il crie avant qu'on l'écorche, il se plaint d'avance par peur et sans cause (voy. anguille).
— HIST. xi* s. Cel nen i a qui ne crie : Marsile ! Ch. de Roi. cxxiv. Adoubez vous, si criez vostre enseigne, ib. cxxxm. Li chrestien te reclaiment et crient, ib. eexem. ||xncs. Plorent et crient chascuns de ses casez [vassaux], Ronc. p. 18. Au roi de gloire merci [il] prist à crier, ib. p. ioo. Baligans crie trois mos à un tenant [d'une seule teneur], ib. p. 136. Devant lui vient, si lui crie à haut cri, ib. p. 142. En sa grant ost [il] fait banir et crier, ib. p. 177. Et quant je plus merci vous doi crier, Lors vous truis je [je vous trouve] cruel si durement, Couci, x. Diex ! quant crieront outrée, Sire, aidez à pèlerin, Pour qui [je] sui espouvantée; Car félon sont Sarazin, Dame de faiel, dans Couci. Empns [j'] ai greignor folie Que li faus enfes [enfant] qui crie Pour la bêle estoile avoir, ib. m. Merci |je] lui cri, qu'onc [je] ne fis vilenie; Car vilain fait boue amour desevrer [séparer], ib. xxh. Quant vit que il n'aura l'amur al rei Henri, Az piez lui est chau [tombé]; si li cria merci, Th. le mari. 33. Quant fui fait arcevesque e Deus m'i aleva, Tu diz que li régnez encontre ço cria, Et la mère le rei le desamone^ta, ib. 88. ||xines. Leur cries merci que il aient de toi pitié et de ton père, villeh. xlit. Li bien d'amours si doivent estre emblé, Que nus [nul] ne sache; et quant il sont crié [devenus publics], Dame enquert [encourt] blasme, et joie en amenrie [diminue], Et sius amis i pert sa seignourie, Anc. poésies fr. Vatican, dans lacurne. Lors crierez haro, qu'ele vous veut meurdrir, Berte, xm. Quant il venoit en sa meson [de la dame] , Li sejors n'i ert pas criez; Mais si comme il estoit montez, Aloit coiement à s'amie, Lai du conseil. Cil qui crient par la vile la cote et la chape ont achaté le mestier de freperie en la manière desus devisée, Liv. des met. 200. Li rois a fait son ban crier, Par tôt plevir et afier, Que qui porra Renart tenir.... Ren. 11959. Nos avons plusors fois commandé en assises, que cascuns ait pooir de penre toz tes qui s'eDfuient, sor qui on crie hareu 1 tant qu'on sace por quoi li hareus fu criés, beaum. lu, 16. Le légat me crut et fist crier les trois processions en l'ost par trois samedis, joinv. 218. Pluseurs des marcheansde Babiloinue [le Cane] crioient après le soudanc, que il leur feist droit du conte Gautier, id. 271. Le sire du Chastel estoit criez [accusé par le cri public] de desrober les pèlerins et les marchans. id. 210. Conscience ne lesse cuer pecheour durer; Ja pechié si très pou n'i venrapasturer, Qu'elle ne crie hareu sanz soiasseiirer, j. de meung, Test. 1567. || xives. Atant se partit le parlement; et ung autre fut crié à Coin, gne ou mois de septembre, Chron. de St-Denis, t. i, f" 165, dans lacurne. || xv's. Pour estie à Condé sur Escaut, à un tournoi qui là estoit crié, froiss. I, i, 27. Et avoit fait crier [Mgr de Charolois] que chascun portast crochetz pour attacher ses chevaulx, comm. i, 6. Supplyerent au roy qu'elle ne fust point encorescryée [la trêve], id. iv, I1.||xvi°s. Les paroles mesmes crient qu'on leur fait violence, en sorte qu'il n'est ja mestier de réfuter cette belle subtilité, calv. 43. Le sang d'Abel crioit à Dieu.... L'effusion du sang crie vengeance, id. 60. Elle commença à crier au larron, tant que sa teste le pouvoit porter, narg. lYout. lyiii. Ce n'a pas esté vous
CRI
qui m'avez décelé, mais celui qui a la voix plus criante que le chien, et le cœur plus ingrat que nulle beste, marg. JVoiai.Lxx. La reserve de ce peu de solde ne suffirait pas pour faire seulement un jour bonne chère et crier ripaille, lanoue, 279. C'estoit pour contenter les estrangers, qui crioient incessamment à l'argent, id. 678. Romulus voulolt retourner au combat, criant tant qu'il pouvoit à ses gens, qu'ilz monstrassent visage à l'ennemi; mais ilz ne laissoient point pour son hault crier, de fouir tousjours aval de roupte, amyot, Rom. 28. Le roy de Perse avoit fait crier à son de trompe qu'il donneroit deux cents talents à celuy qui le luy amènerait, id. Thém. 48. L'un de ses tuteurs fut d'advis de le faire crier par la ville, id. Aie. 6. Si lancea son cheval droit à luy, en luy criant un cri de desfiance, id. Marcel. 8. Crier à pleine teste, id. Nicias, 4 4. Crier aux voleurs, d'aub. Fœn. n, 4 4. La terre trembla à St-Maixent en 4 5)2 tellement que les soleaux et autres bois des maisons crioient en leurs mortaises, ffot. du roman d'Alexandre en prose, Ms. de St-Germain, dans lacurne. Crier le loup plus grand qu'il n'est, cotgrave. Tandis que le chien crie, le loup s'enfuit, id. ib.
— ÉTYM. Berry, querier; provenç. et anc. espagn. cridar; espagn. mod. et portug. gritar; ital. gridare; angl. lo cry. On a indiqué l'allemand kryten, crier; goth. grétan, pleurer (sens que lo crij a en anglais); et le celtique: cornw. ys-gre, du simple cre, cri. Mais Diez le rattache à l'ancienne étymologie latine quïritare, appeler les quirites, les citoyens à son secours; l't bref a facilement disparu, comme dans St Cricq de Quiricus, dans triade de theriaca; il est resté kritare, qui a donné sans peine crier, cridar, gritare. Les formes parallèles dans les autres langues empêchent de rapporter cri ou crier à une onomatopée.
CRIERIE (kri-rie) , s. f. Cris importuns. Faites cesser cette crierie. Il ne peut plus supporter cette crierie des avocats, la bruy. Théophr. 26.
— HIST. xve s. Tel meschef, douleur et crierie avoit en la salle qu'on ne savoit auquel entendre, froiss. m, iv, 32. || xvie s. Cela émeut une crierie et un tumulte, le plus grand qui.... amyot, Cam. 72. Une se laissa point aller aux crieries d'une commune, id. Péric. et Fab. comp. 4. Tels airs nullement mesprisés par l'amiral, furent estouffez par la crierie des impatiens, d'aub. llist. i, 304. À la solicitation et crieries de l'ambassadeur d'Espagne, id. ib.
— ÉTYM. Crier.
CRIEUR,EUSE(kri-eur, eû-z'), s.m.etf. || 1° Celui, celle qui crie, qui élève la voix. Tous les gens de guerre, qui étaient autant de crieurs à gage pour moi dans les rues et dans la salle du palais, retz, Mém. t. I, liv. n, p. 374, dans pougens. Fais mettre pied à terre à cette crieuse, scarron, Rom.com. 2e part. ch. 4 l. C'est bien fait de fermer la porte à ce crieur, rac. Plaid, n, 4 0. || 2° Celui qui fait la proclamation des ordonnances, l'annonce des enchères , etc. Un crieur public. Les crieurs de la bourse. Un crieur de bulletins. Un crieur assiste tous les jours à la Bourse, pour dire à haute voix le cours des effets publics au fur et à mesure des négociations. Le crieur des dieux est Mercure; c'est un de ses cent métiers, la font. Psyché, il, p. 446. || Juré crieur, ou, simplement, crieur, autrefois officier public chargé par la ville de faire des annonces au nom des particuliers, d'inviter aux funérailles et de fournir la tenture, etc. La physionomie, le maintien et toute la figure de Laurière serrait le cœur de tristesse; elle [sa physionomie] était faite pour être crieur d'enterrement, st-sim- 499, 452. Il Juré crieur s'est dit aussi de certains officiers qui publiaient des édits. || 3° Celui, celle qui court habituellement les rues en annonçant par un cri ce qu'il vend. Les crieurs des rues. Et fût-il crieur de moutarde, Vous en avez toujours pitié, Régnier, Mac. || Crieuse de vieux chapeaux, nom qu'on donnait aux femmes qui vont par les rues de Paris criant vieux habits, vieux galons, et achetant les vieilles défroques. La marquise de Charlus était toujours faite comme une crieuse de vieux chapeaux, ST-SIM. 625, 245.
— HIST. xm" s. Li crieres crie le ban, Roman de Percerai, dans raynouard, Lexique. Li boutonier doivent lerier oevre en charnage au premier crieur du soir, et en quaresme si tost corne complie est so- Mée, Liv. des met. 486. Quant li viex [le Vieux de la montagne, le chef des Assassins] chevauchoit, il avoit un crieur devant lui qui portoit une hache danoise à long manche tout couvert d'argent, joinv.
CRI
— ÉTYM. Crier; provenç. cridaire, cridador ; catal. cridayre, cridadore; espagn. gritador;\U\. gridatore. Dans l'ancien français, criere, dans le provençal, cridaire est au nominatif, du bas-latin cridàtor, avec l'accent sur dâ; crieor et cridador est le régime, de cridatôrem, avec l'accent sur là.
t CRIGNARD (kri-gnar), s. m. Un des noms vulgaires de la sarcelle.
CRIME (kri-m') , s. m. || 1° Très-grave infraction à la morale ou à la loi, ou punie par les lois, ou réprouvée par la conscience. Le crime de meurtre, de faux. Un crime politique. Crime de trahison, de lèse-majesté. Il y a quatre sortes de crimes : ceux de la première espèce choquent la religion; ceux delà seconde, les mœurs; ceux de la troisième, la tranquillité; ceux de la quatrième, la sûreté des citoyens, montesq. Espr. xn, 4. Les crimes contre la religion doivent être punis par la privation des biens que la religion procure; les crimes contre les mœurs, par la honte; les crimes contre la tranquillité publique, par la prison ou l'exil; les crimes contre la sûreté, par les supplices, d'alemb. Anal. Espr. des lois, Œuvres, t. vi, p. 31 o, dans pougens. Toute l'horreur du crime a sa source dans l'âme, tristan, Mort de Chrispe, n, 4. Règne, de crime en crime enfin te voilà roi, corn, jfîod. v, 4. Celui-là fait le crime à qui le crime sert, id. Médée, m, 3. C'est ce qu'on nomme crime et ce qu'ilapuni, id. Hor. v, 3. Non qu'en un coup d'État je n'approuve le crime; Mais, s'il n'est nécessaire, il n'est point légitime, id. Pomp. i, 4. Atout prix un grand cœur achète un grand crédit, Et tout crime est permis lorsqu'il vous agrandit, rotr. Relis, il, 8. Ainsi que les vertus, les crimes enchaînés Sont toujours ou souvent l'un par l'autre traînés, id. Vencesl. iv, 6. Et pour ce cœur instruit par une âme si noire, Des crimes éclatants ressemblent à la gloire, brëbeuf, Phars. vin. Le crime heureux fut juste et cessa d'être crime, boil. Sat. xi. J'ai conçu pour mon crime une juste terreur; J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur, rac. Phèd. i, 3. Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes, id. ib. iv, 2. Je veux de tout le crime être mieux éclairai, id. ib. v, 4. Si de vos flatteurs vous suivez la maxime, Il vous faudra, seigneur, courirdecrime en crime, id. Prit. iv, 3. A-t-on tant de vertus après un si grand crime?
volt. Sémiram. iv, 2 Les crimes secrets ont les
dieux pour témoins, id. ib, v, 8. Quand le crime est sans fruit, on n'aime plus le crime, m. j. ciiénier, Gracques, II, 3. Est-ce un dieu qui trompe le crime? Toujours d'une auguste victime Le sang est fertile en vengeur! Toujours, échappé d'Athalie, Quelque enfant que le fer oublie, Grandit à l'ombre du Seigneur, lamart. Me'd. I, 45. La fortune toujours du parti des grands crimes, Les forfaits couronnés devenus légitimes, id. ib. i, 7. || Crime contre nature, se dit des crimes qui outragent la nature, le parricide par exemple, et quelquefois, plus particulièrement, des débauches contre nature. Cette soif insatiable de l'or a donné naissance au plus infâme, au plus atroce de tous les commerces, celui des esclaves; on parle des crimes contre nature et l'on ne cite pas celui-là comme le plus exécrable, raynal, llist. phil. xix, 15. || Crime d'État, crime commis contre la sûreté de l'État et aussi crime politique, crime qui a pour but de conserver ou de prendre le pouvoir. Quand le crime d'État se mêle au sacrilège, Le sang ni l'amitié n'ont plus de privilège , corn. Poly. m , 3. Tous ces crimes d'État qu'on fait pour la couronne, id. Cinna, v, 2. J'en saurai près de lui faire un crime d'État, id. Théod. v, 7. On n'attend point alors qu'il s'ose tout permettre, C'est un crime d'État que d'en pouvoir commettre, id. Nicom. n, 4. || Fig. Faire un crime d'État de quelque chose, y attacher un blâme excessif, injuste. Et d'un mot innocent faire un crime d'État, boil. Sat. ix. || Terme de jurisprudence. Infraction punie d'une peine afflictive ou infamante et jugée par la cour d'assises, par opposition à délit ou simple contravention. || 2° En général , faute, acte répréhensible. L'ingratitude est un crime. Jésus- Christ a porté la peine de nos crimes. Hélas ! si jeune encore, Par quel crime ai-je pu mériter mon malheur? rac. Esther, I, 5. Des offenses d'autrui malheureuses victimes, Que nous servent, hélas! des regrets superflus? Nos pères ont péché, nos pères ne sont plus, Et nous portons la peine de leurs crimes, id. t'b.Vous qui deviez être mon sauveur, vous devenez mon crime, mass. Av. Disp. Vous nous dites si souvent que votre conscience ne vous reproche pas de grands crimes, que vous n'êtes ni bon ni mauvais, et que votre seul péché c'est l'indolence et la paresse, id. Avent, Jug. univ. Le crime est
CRI
d'obéir à des ordres injustes, volt. Orphel. m, 3. || 3° Par exagération, action blâmable. C'est un crime d'avoir abattu de si beaux arbres. Le clergé a trouvé des terres incultes : il y a fait croître des moissons.... il a appliqué ses revenus à des monuments publics, vous l'accusez à la fois du crime de deux bienfaits, chateaub. Génie, iv, vi, 8. || Faire un crime à quelqu'un d'une chose, l'en blâmer et souvent avec injustice, ô ciel! m'auriez-vous fait un crime De cette insensibilité? mol. Psyché, n,4. Il vous fait un crime des choses les plus innocentes, fén. Tél. vu. Mais les républicains ne se font pas un crime D'immoler un tyran, volt. Triumv. n, 2. Gourmands, cessez de nous donner La carte de votre dîner; Tant de gens qui sont au régime Ont droit de vous en faire un crime, bérang. Gourm. || Voir du crime à une chose, blâmer, incriminer une chose innocente ou indifférente. Un détail que certaines gensqui voient du crime à tout ne manqueraient pas d'accuser d'irréligion, dider. Lett. sur les aveugles. || Imputer à crime, accuser quelqu'un de quelque chose comme d'un crime. || Son crime est, tout son crime est, se dit de légers manquements qu'on veut atténuer contre des gens qui les exagèrent. Tout mon crime est d'avoir parlé avec trop de franchise. || Ce n'est pas un grand crime, est-ce donc un grand crime? se dit pour atténuer un reproche excessif au sujet de quelque infraction que nous regardons comme légère ou même comme indifférente. || Tenir à crime, regarder comme un crime. Mais je tiendrais à crime une telle pensée, corn. Héracl. n, 7. || 4° Fig. Au sing. nom collectif de ceux qui sont criminels. Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance Laisse le crime en paix et poursuit l'innocence, rac. Andr. m, 4. C'est ainsi que le crime, à lui-même odieux, Jusque dans son repos se trahit à ses yeux, ducis, Abuf. îv, 4. || 5° Vie de désordre. L'habitude du crime. Être porté au crime. Être endurci dans le crime. Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés, rac. Phèd. iv, 2. Le crime quelquefois suit de près l'innocence, volt. Fanât, m, 3. Du crime ainsi toujours le crime ouvre la route, lemerc. Agam. v, 4 1.
— HIST. xiv s. Pour quelque crim ou excès, se le crim n'est capital, Ordonn. des rois de France, t. v, p. 706. || xve s. Cas de crime est trop vilain, leroux de lincy, Prov. t. n, p. 256. || xvr s. Le roy voyant la grant crime et foifaict Que Genevoys envers luy avoient faict, j. marot, v, 24.
— ÉTYM. Provenç. etcatal. crim; espagn. crimrn; portug. crime; ital. crimine; du latin crimen, grec ■/ptu.a, jugement, de xptveiv, juger (voy. crise).
f CRIMINALISABLE (kri-nii-na-li-za-bP), adj. Qui peut être criminalisé.
— ÉTYM. Criminaliser.
f CRIM1NAL1SANT, ANTE (kri-mi-na-li- zan, zan-t'), adj. Qui cause, amène, produit la criminalité.
CRIMINALISÉ, ÉE (kri-mi-na-li-zé, zée), part, passé. Affaire criminalisée.
CRIMINALISER (kri-mi-na-li-zé), v.a. || 1° Terme de jurisprudence. Changer un procès civil ou correctionnel en un procès criminel. Criminaliser une affaire. || 2° Se criminaliser, v. réfl. Passer de l'état civil à l'état criminel. 11 est à craindre que l'affaire ne se criminalisé. || Se rendre coupable. Ils [les matelots] appréhendèrent de se criminaliser par ce commerce avec l'Espagnol, retz, iv, 328. || Peu usité en ce dernier sens.
— HIST. xvi' s. Il criminalisé les absous par déclarations vérifiées au parlement, sully, Mcm. t. xii, p. 364, dans lacurne.
— ÉTYM. Criminel.
CRIMINALISTE (kri-mi-na-li-sf), s. m. Juriste qui écrit sur les matières criminelles ou qui y est trèssavant. Un savant criminaliste. M. le Noir, qui est, dit-on, le meilleur criminaliste du royaume, volt. Lett. Damilaville, 24 sept. 4766. Semblables à d'atroces criminalistes, vous vous fatiguez à chercher un coupable, dider. Ess. s. Claude.
— ÉTYM. Criminel.
CRIMINALITÉ (kri-mi-na-li -té), s. f. Qualité de ce qui est criminel.
— hist. xvie s. Criminalité, cotgrave.
— étym. Criminel.
CRIMINEL, KLLE(kri-mi-nèl,nè-l'), adj. || l"Qui est coupable d'un crime ou de toute grave infraction à la morale. Un homme criminel. On n'est point criminel quand on punit un crime, corn. Cinna, m, 4. Celui qui, sans autorité, tue un criminel, se rend criminel lui-même, pasc. Prov. 14. Je le crois criminel puisque vous l'accusez, rac. Phèd. v, 7. Pour bien comprendre toute la confusion dont sera
CRI
CRI
couverte l'âme criminelle, lorsqu'elle sera montrée à toutes les créatures et que tous ses vices les plus secrets seront exposés au grand jour, mass. Avent, Jug. univ. || Fig. Oui appartient à une personne criminelle, qui lui sert à commettre, à concevoir le crime. Des regards criminels. Grâces au ciel! mes mains ne sont pas criminelles, Plût aux dieux que mon cœur fût innocent comme elles ! rac. Phcd. i, 3. || 2" En parlant des choses. Attachements criminels. Une passion criminelle. Une vie criminelle, une vie passée dans le crime. Vanité de choisir pour souverains honheurs Des plaisirs criminels les damnables mollesses, corn. Imitation, i, 4. Un amour criminel causa toute sa haine, rac. Phcd. iv, 4. 11 n'y aura plus d'adoucissement qui ne vous devienne criminel, mass. Car. Fausse confiance. Je mouille devant lui de larmes criminelles Ces lieux où tu m'asditqu'il choisit son séjour, volt. Zaïre, iv, 4. Zaïre n'a point vu ce billet criminel, id. ib. iv, 7. || 3° Terme de droit. Qui a rapport au jugement des crimes. Tribunal, juge criminel. Ce même prince ordonna qu'on n'exécutât personne à mort, avant que le procès criminel lui eût été envoyé et même présenté trois fois, volt. Louis XI V, 39. L'ordonnance criminelle ne devait-elle pas être aussi favorable à [innocent que terrible au coupable? id. Louis XV, 42. La procédure criminelle des Romains, id. ib. 42. || Qui a rapport au crime, par opposition à délit. Une affaire criminelle. || 4" S. m. et f. Celui, celle qui a commis un crime. Un criminel. Une criminelle. Quiconque sans l'ouïr condamne un criminel.... corn. Médéc, n, 2. Parce qu'il a plu à sa providence [de Dieu] de conserver les sociétés des hommes et de punir les méchants qui les troublent, il a établi lui-même des lois pour ôterla vie aux criminels, pascal. Prov. 14. Et n'allez point, pour fuir la raison qui nous presse, Donner le nom d'amour au trouble inanimé Qu'au cœur d'un criminel la peur seule a formé, boil. Ép. xti. Il y a des criminels que le magistrat punit, il y en a d'autres qui! corrige, montesq. Espr. xxvi, 24. Chez les Germains, à la différence de tous les autres peuples, la justice se rendait pour protéger le criminel contre celui qu'il avait offensé, id. ib.xxx, 20. Les criminels tremblants sont traînés au supplice, volt. Orphel. v, 5. Les malfaiteurs ont été condamnés aux mines, aux travaux publics; leurs châtiments sont devenus utiles à l'État : institution non moins sage qu'humaine; partout ailleurs on ne sait que tuer un criminel avec appareil, sans jamais avoir empêché les crimes, id. Russie, i, 8. || Criminel d'État, celui qui a commis un crime d'État. Et depuis qu'on les traite en criminels d'État, corn. Poly.l, 3. D'un criminel d'État l'importante cassette, mol. Tart. v, 6. De quoi l'accuse-t-il? et par quel attentat Devient-elle en un jour criminelle d'État, rac. Brit. i, 2. || 5° S. m. Terme de droit. Juridiction criminelle. Procéder au criminel. C'est à moi que vous aurez affaire, messieurs; si tout le monde me ressemblait, vous n'auriez pas si beau jeu; je vous attaque tous au criminel, picafd, Duhaulcours . îv, y. || Fig. Au criminel, en mauvaise part. Juvénal était un fâcheux qui prenait toutes choses au criminel, balz. le Barbon. Ces exemples leur devraient apprendre à ne prendre pas au criminel d'autres expressions aussi fortes, boss. Var. 4a. || Aller d'abord au criminel, juger malignement de quelque chose sur de légères apparences. || Ancien terme de jurisprudence. Le grand criminel, se disait des procès qu'on jugeait à la tournelle criminelle et sur lesquels il pouvait intervenir condamnation à peine afflictive. Le petit criminel se disait de ceux où il ne s'agissait que de réparations ou d'amendes. || Aujourd'hui le grand criminel se dit des affaires de crimes du ressort de la cour d'assises; petit criminel, des affaires de délits du ressort du tribunal correctionnel.
— HIST. xie s. Venger [tu] te peus de la gent criminel, Ch. de Bol. clxxv. || xine s. Il n'avoit fet enviers le roi nul fait criminel, Chr. de Bains, 233. De mainte guise a gent el monde, Que li un sont de pechié monde , Et moult i en a d'enteclnez De toz les criminiés péchiez, Ben. 15648. Que nos ne façons hui pechié crimiual, Psautier, f" 4 91. || xivcs. La punicion des crimineulx,BERCHEURE, f" 69, recto. || xv s. Que si aucuns faisoit le contraire de ce que dessus est dit,... de ceile offense que par la connoissance des officiers du seigneur et des lois à qui il appartiendra, le fait soit criminel , fhoiss. il, h, 24). Crimineux de leze-majesté,C0MM. ni, 6. Le connestable estoit declairê ennemy et crimineulx vers tous les deux princes, id. m, 4 t. Quant ils furent à cheval, l'estour [combat] commença moult crimi-
nel [violent] et plus fort que par advant , Perce foresl, t. m, f° 47. Disans les uns aux autres que jamais n'avoient veu si criminelle [violente] bataille, ib. f° 4 05. || xvics. Exécuter les criminels au lieu où le crime est commis, mont, i, 7t. Ce noble criminel [Socrates], id. iv, 217. Combien ay je veu de condamnations plus crimineuses que le crime I id. IV, 241.
— ÉTYM. Provenç. et espagn. criminal ; ital. criminale;de criminalis, du latin crimen (voy. crime). Au xv« siècle, criminel avait pris le sens de violent, sanglant.
CRIMINELLEMENT (kri-mi - nè-le -man), adv.
|| 1° D'une manière criminelle. Agir criminellement. || 2° Terme de droit. Par-devant la juridiction criminelle. Protagoras, un des plus illustres sophistes de son temps, ayant commencé un de ses ouvrages par ces mots : Je ne sais s'il y a des dieux ou s'il n'y en a point, fut poursuivi criminellement et prit la fuite, barthél. Ânack. ch. 24. Le chef des Achéens [Philopœmen, après sa mort] fut poursuivi criminellement devant le proconsul Mumnwus, chateaub. Mart. 104. || Fig. Expliquer criminellement une chose, en juger criminellement, l'interpréter en mauvaise part.
— HIST. xive s. L'en leur dist journée à criminalment respondre, bercheure, f° 61, recto. Accusé criminelment, id. f" 46, verso. || xv* s. S'aulcuns vouloient empeschier le bien de la paix, fust en parolle ou en faict, qu'ils en fussent criminellement pugnis, j. lefevre de st-remy, Hist. de Charles VI, p. 41 , dans LACURNE.
— ÉTYM. Criminelle, et le suffixe ment; provenç. criminalmeii ; catal. criminalment ; espagn. et ital. criminalmente.
CRIN (krin; Vn se lie pas: un crin et la queue; au pluriel, Vs se lie : les krin-z et la queue), s. m. || 1° Terme très-familier ou de dénigrement. Les cheveux de l'homme. Il a les crins rudes, le crin noir. Prendre aux crins, saisir quelqu'un par les cheveux. Se prendre aux crins, se saisir l'un l'autre par les cheveux, se battre. Je m'attendais à tout moment à voir ces messieurs s'échauffer et se prendre aux crins, fin ordinaire de leurs dissertations, lesage, Gil Blas, xi, 44. || Poétiquement, cheveux, en parlant de tout autre être que l'homme. La discorde aux crins de couleuvre, Peste fatale aux potentats, malh. m, 2. Dès que Thétis chassait Phébus aux crins dorés, la font. Fabl. v, 6. La discorde aux crins de couleuvre se mêla parmi les duchesses, sév. 245. Je poursuis la comète aux crins étincelants, a. chén. 236. || 2° Nom donné aux poils qui garnissent l'encolure et la queue du cheval, le bout de la queue des espèces du genre bœuf. Matelas, tamis de crin. Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé, rac. Phèd. v, 6. D'autres [oiseaux] dérobent un crin à une cavale, ou le brin de laine que la brebis a laissé suspendu sur la ronce, chateaub. Génie, i, v, 6. Si c'est un cheval [statue], les crins sont tournés d'une main hardie, ils voltigent et semblent être le jouet du vent, la bruy. Disc, à l'Acad. fr. Préface. Les crins de son cheval, en aigrettes flottantes, Balancent sur son front leur ornement guerrier, delille, Enéide, x. || Cheval à tous crins, cheval qui a tous ses crins, à qui on n'a point coupé de crins. || À tous crins se dit familièrement aussi en parlant d'une personne qui porte ses cheveux longs et en désordre : une tête romantique à tous crins. || Faire les crins, couper avec des ciseaux les crins de la partie inférieure des membres du cheval, afin de lui donner plus de finesse apparente. || Crin crépi, celui qui a été filé comme une corde, et qu'on a ensuite fait bouillir pour le friser. Crin plat, celui qui est tel qu'il a été tiré de l'animal. || Terme de pèche. Crin d'empilé, crin très-fort sur lequel on monte un ou plusieurs hameçons. || Populairement, être comme un crin, être irritable, se fâcher pour la moindre chose. || 3° Par extension, poils de quelques autres animaux. Les crins d'un lion. [Un dragon en forme de lutrin] Dont le triangle affreux tout hérissé de crins.... boil. Lulr. iv. || 4° Fissure dans un filon de mine. || 5° Terme de botanique. Crin végétal, nom donné aux feuilles de la zostère marine et de la zoslère méditerranéenne, lesquelles sont employées à faire des matelas, à rembourrer des banquettes. || Crin de cheval, espèce de lichen. || 6° Terme de zoologie. Crin de fontaine ou de mer, nom vulgaire du dragonneau (entozoaires).
— hist. xii« s. Les crins [elle] ot Ions et Mons plus que li ors luisans, Sax. v. ||xiu*s. À Blanchefleur sa femme qui les crins avoit blois [blonds], Berle, lxi. Bel-Acueil, sans dire autre chose, Le
chapel prent, et si le pose Sor ses crins blons, et s'asseûre, la Bose, 4 2933. || xv" s. Sain est mon corps, blanc sont mi crin, E. desch. Poésies ms. f" 31 , dans lacurne. Elle avoit sur ces crins un chapel d'or à pierres précieuses, Percefnrest, t. i, p. 75. || xvi* s. Une jeune poultre qui avoit le poil et les crins rouges fort luysans, amyot, Pélop. 39. Alexandre le grand à la mort d'Ephestion feit tondre les crins des chevaulx et des mulets, id. ib. 63. Longue barbé et long crin font les hommes plus beaux, rons. 754. Et si, en beuvant, quelque goutte en tumboit sur le crin de leurs chevaux [chez les Tartares], il estoit tenu de la leicber avec la langue, mont, i, 367.
— ÉTYM. Provenç. et espagn. crin; portug. crina; ital. crine; du latin crinis, proprement tissu de cheveux, chevelure divisée en tresses, que les étymologistes latins rapportent à cernere, séparer, le même que xpivEtv, séparer, juger (voy. crise). L'ancienne langue employait crin dans le meilleur style pour signifier les cheveux de l'homme ou de la femme.
f 4. CRINAL, ALE (kri-nal, na-1'), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui est de la grosseur d'un crin.
— ÉTYM. Crin.
f 2. CUINAL (kri-nal), s. m. Ancien termede chirurgie. Nom d'un instrument servant à comprimer la fistule lacrymale.
— ÉTYM. Crin ; ainsi dit parce que l'une des extrémités était garnie d'un petit coussinet de crin.
f CR1NCELLE (krin-sè-1') , s. f. Espèce d'oiseau de proie.
CRINCRIN (krin-krin), s. m. Terme très-familier. Mauvais violon. Monsieur, ce sont des masques Qui portent des crincrins et des tambours de basques, mol. Fdck. m, 5. || Mauvais violoniste.
— ÉTYM. Onomatopée.
f CRIN1CORNE (kri-ni-kor-n'), adj. Terme de zoologie. Qui a les antennes terminées par une longue soie, ou les antennes velues.
— ÉTYM. Crin, et corne.
CKINIER (kri-nié; l'r ne se lie pas; au pluriel, Vs se lie : les kri-nié-z et le crin), s. m. Celui qui travaille le crin. Les criniers sont exposés à la pustule maligne.
— étym. Crin.
CRINIÈRE (kri-niê-r'), s. f. || 1° Les crins du cou de certains animaux. Longue crinière. Le lion hérissa sa crinière, fén. Tél. il. Fille se coiffe volontiers D'amoureux à longue crinière [il s'agit du lion et d'amoureux comparables au lionj , la font. Fabl. iv, 4. || Assemblage de crins garnissant, dans le cheval, tout le bord supérieur de l'encolure, se continuant en avant par le toupet et se terminant en arrière sur le garrot. Et secouant dans l'air sa crinière flottante, delille, Géorg. m. Les officiers russes nous montraient ces chevaux d'un aspect encore sauvage, à peine domptés, et dont la longue crinière balayait la poussière de la plaine, sêgur, Hist. de Napol. vm, 4 o. || 2° Par extension. La crinière d'un casque, ornement en crins de cheval qui est adapté à un casque et qui est flottant. || 3° Fig. Poétiquement. L'air siffle, le ciel se joue Dans la crinière des flots, lamart. Harm. i, 3. j| 4° Par dénigrement ou par plaisanterie, chevelure grande. Vilaine crinière. Ce nouvel Adonis à la blonde crinière, boil. Lulr. i. || 5° Toile ou treillis qui, accompagnant le caparaçon, couvre le cou et la tête du cheval. || Terme d'histoire naturelle. Crête hérissée sur le cou, ou huppe de plumes effilées sur la tête de certains oiseaux.
— ÉTYM. Crin. On ne trouve dans les anciens textes que crignete, crinie, crine.
f CRIN1FËRE (kri-ni-fô-r'), adj. Terme de zoologie. Qui porte une crinière.
— ETYM. Crin, et le suffixe latin fer, qui porte.
f CR1N1FLOKE (kri-ni-(lo-r'), adj. Terme de botanique. Qui a ia corolle partagée en segments longs et grêles.
— ÉTYM. Crin, et fleur.
f CR1NIFORME (kri-ni-for-m'), adj. Terme d'nistoire naturelle. Qui a la forme d'un crin.
— ÉTYM. Crin, et forme.
f CR1N1GÈRE (kri-ni-jê-r'), adj. Synonyme de crinifère.
— ÉTYM. Crin, et le latin gerere, porter.
f CRINOÏDE (kri-no-i-d'j, ad/. Terme de botanique. Qui ressemble à un lis.
— ÉTYM. Kpivov, lis, et eTSoç, forme.
| CRINOLE (kri-no-1'), s. f. Terme de botanique. Crinole américaine, dite vulgairement lis asphodèle. Cnnole africaine, appelée tubéreuse bleue.
— ETYM. Kpivov, lis.
cm
t CRINOLINE (kri-no-li-n'), s f. || 1» Étoffe de ;rindont on Fait des cols, des sacs, des couvertures ie meubles, des jupons; la chaîne île l'étoffe est en fil noir et la trame en crin. Casquette de crinoline. Jupe garnie de crinoline. || 2° Espèce de jupon originairement fait avec cette étoffe, que les femmes mettent dessous pour gonfler les robes en forme de cloche. Une crinoline en acier.
— ETYM. Dérivé de crin. ■
+ CRINON (kri-non), s. m. ||i°Terme d'histoire naturelle. Nom vulgaire de plusieurs vers nématoïdes, qui vivent en parasites chez les animaux. || 2° Terme de médecine. Synonyme de comédon (voy. ce mot).
— ÊTYM. Crin, à cause de la forme de ces vers, f CUIN'ULE (kri-nu-1'), s. m. Terme de botanique.
Poil tordu qui, renfermé dans l'ovaire de certaines plantes, supporte les sémiuules.
— ÊTYM. Diminutif de crin.
j- CRIOROLE (kri-o-bo-1'), s. m. Terme d'antiquité. Sacrifice d'un bélier, en l'honneur d'Atys.
— ÊTYM. Kpio;, bélier, et (36).<k, jet, saciilice.
t CRIOCEPUALE (kri-o-sé-fa-1') , adj. Qui aune tête de bélier.
— ÊTYM. Kpio;, bélier, et xeipaX^, tête.
f CRIOCÈRE (kri-o-sè-r'), s. m. Insecte nuisible aux céréales.
— ÊTYM. Koièç, bélier, et xÉpocç, corne.
t CRIOCÊR1DE (kri-o-sé-ri-d'), adj. Terme d'entomologie. Qui ressemble à un criocère. || S. m. Les criocériiles, ordre de coléoptères.
f CRI PART (kri-par), s. m. Un des noms vulgaires du grimpereau.
— ÊTYM. Crimper, grimper (voy. grimper). CRIQUE (kri-k'), s. f. || i» Terme de marine.
Petite anse dans les anfractuositês d'un rivage. Nous entrâmes au port de Sunium^c'est une crique abritée par le rocher , chateaub. Itin. 252. || Coupure formant un canal se prolongeant dans les terres. || 2° S. f. plur. Terme de fortification. Fossés autour des places fortes, coupant le terrain et empêchant l'ennemi d'y conduire des tranchées. || Terme d'armement militaire. Crique d'armurerie, fissure ou défectuosité des métaux employés dans la fabrication des armes.
— HIST. xiv« s. Un marais aboutantd'un bout ans marais de l'abbé de Fecamp, et, de l'autre bout, à la crigue de Vatevilie , delille, Agriculture du moyen âge. p. 291. Nous voulons qu'il soit fait à la crique de l'Eure et devant ia ville de Harefleur, port et hable, du cangr, creca.
— ÉTYM. Holland. kreek ; angl. creek; de l'angiosax. crecca.
f CRIQDER (kri-ké), v. n. Se fendiller, en parlant de l'acier qui se fendille lors du refroidissement.
— ETYM. Crique, qui signifie fente, crevasse.
1. CRIQUET (kri-kè; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire; au pluriel, \'s se lie : les kn-kè-z agiles; criquets rime avec traits, jamais, paix , succès), s. m. || 1° Insecte du genre acridion qui, sous le nom abusif de sauterelle (la sauterelle appartient au genre locuste et est inoffensive), ravage souvent dévastes étendues de pays (acridion migratorium , criquet émigrant). || 2" Nom vulgaire d'un insecte qui se retire ordinairement dans les murs des cheminées et des fours et qui fait entendre un petit cri aigu. || 3" Nom, dans la Picardie, de la sarcelle d'été ou petite sarcelle, dite aussi criquard.
— HIST. xiiie s. Or médites, sire' crequet [cigale], Dont vos serviez en esté , Quant je porchaceie le blé? Ce dict li crequet : je chantoue Sor ma fosse et me delitoue, chast. Prol. 202-206.
— ÉTYM. Provenç. mod. cricot ; picard, créqueillon ; angl. cricket. Onomatopée. Comp. bas-allem. krieken, crier comme le criquet; krekel, criquet; kymri , cricell.
2. CRIQUET (Kri-kè), 5. m. Petit cheval faible et ae vil prix. || Par extension, homme faible et de petite taille. || Criquet se dit aussi populairement comme synonyme de piquette (petit vin), et même adjectivement : du criquet, un petit vin criquet.
— ÊTYM. Wallon, crakète, petite pomme mal venue; namurois, (,-rac/ioî, mauvais petit fruit. Origine du reste inconnue.
». CRIQUET (kri-kè), s. m. Jeu d'adresse. Voy.