‹ Dictionnaire de la langue française (volume 2)Chapitre 155 sur 754 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

— ÉTYM. Wallon, souweur; provenç. ruxor, suor; espagn. sudor; ital. tudore; du lat. sudorem; grec, tSpo»;; angio-saz. twdt; anc. haut-allem. tveix; sansc. svédd.

SCFFÈTES (su-fTè-f), ». m. pi. Terme d'antiquité. Nom des premiers magistrats de Carthage. Le pouvoir des sufTètes n» durait qu'un an ; et ils étaient i Carthage ce que les consuls étaient à Rome, Bou-m, Hist. anc. Œuvr. 1. 1, p. <98.

— Etvm. Mot carthaginois, phérrtcien et hébreu qui signifie juge.

SUFFIRE (su-fi-r'), je suffis, tu suffis, il suffit, nous suffisons, vous suffisez, ils suffisent; je suffisais; je suffis; je suffirai ; je suffirais; suffis, suffisons; que je suffise, que nous suffisions; que je suffisse ; suffisant, suffi (invariable), v. n. \\ 1° Pouvoir fournir, pouvoir satisfaire, en parlant des choses. Il fallait que cette modique somme suffît pour élever trois orphelins. Attendons-nous que Dieu ressuscite les morts pour nous instruire ? ce qui entre aujourd'hui dans le tombeau doit suffire pour nous convertir, boss. Duch. d'Orl. Le moindre rayon de beauté qu'elle [l'âme] y aperçoit [dans le corps] suffit pour l'arrêter; elle se mire, pour ainsi parler, et se considère dans ce corps, m. io Vallière. C'est trop pour un mortel de tenter un efl"ort Où les forces d'un dieu ne suffisent qu'à peine, quinault, l'haéton, iv, U. Un père, en punissant, madame, est toujours père; Un supplice léger suffit à sa colère, rac. Phèdre, m, 3. La France seule pouvait à peine suffire à réparer (les pertes si énormes, id. Louis XY, 3». Ces bruits publics qui ont éclaté dans tous les temps et dans tous les États à la mort des princes en- ,evés par une mort prématurée, comme si la nature ne suffisait pas à nous détruire, volt. Russie, II, 17. Une seule partie de l'histoire naturelle, comme l'histoire des insectes ou l'histoire des plantes, suffit pour occuper plusieurs hommes, BUFP. Hist. nat. ^" dise. Ce qu'il faut pour le bonheur physique d'un seigneur, suffirait souvent pour faire celui de tout son village, duclos, Consid. mœurs, <B. Quand on juge d'après ses craintes, ce qui ne suffirait qu'à la rigueur ne suffit pas ; et on croit ne trouver ce qui suffit que dans ce qui abonde jusqu'à un certain point, con- DiL. Comm. gouv. i, 4. || Cela me suffit, cela suffit, ou, simplement, suffit, voilà qui est bien, c'est assez. Suffit, je t'entends bien, hauteroche, App. tromp. i, 2. Le comte de Bussy ne laissa pas d'adresser ce qu'il avait fait [traduction des Amours d'Hélène], si ce fut à Mme de Sévigné ou bien à Mme de la Fayette, je ne sais; suffit que ce fut à une femme de beaucoup d'esprit, p. L. COUR. Éloge d'Hélène. || 2' Il se dit des personnes en un sens analogue. Les nomades n'ont bergerie Qu'il [le lion] ne suffise à désoler, malh. m, 3. Le roi leur montra bien qu'il suffit à tout, PELLissoN, Lett. hist. t. m, p. H6. Jérémie luimême, qui seul semble être capable d'égaler les lamentations aux calamités, ne suffirait pas à de tels regrets, boss. Reine d'Anglet. Les prêtres ne pouvaient suffire aux sacrifices, rac. Athal. i, l. Tant de Romains sans vie, en cent lieux dispersés, Suffisent à ma cendre et l'honorent assez, id. Jfithr. v, 5. Si vous m'aimez, je dois vous suffire, DUCLOS, Œuv. t. viii, p. 87. Ah! si j'avais suffi à son cœur, comme elle suffisait au mien, quels paisibles et délicieux jours nous eussions coulés ensemble! J. J. Houss. 9* prom. La surprise, la joie, trop do mouvements agitent mon âme, elle ne peut y suffire, GENL. Thédl. d'éd. Zélie, v,to. \\ 3" Il s'emploie impersonnellement. Tout beau, que votre haine, en son sang [celui de Pompée] assouvie. N'aille point à sa gloire; il suffit de sa vie, COHN. Pomp. Il, 2. On (•echerche les honneurs; elle a jugé qu'il suffisait de s'en rendre digne, FLÉCH. Duch. de Mont. Dans le crime il suffit qu'une fois on débute; Une chute toujours attire une autre chute, boil. Sat. x. Il suffit de tes yeux pour t'en persuader, hac. Phèdre, ii, 5. Que de choses depuis Varron, que Varron a ignorées I ne nous suffirait-il pas même de n'ctre savants que comme Platon ou comme Socrateï la bhuy. XII. Il me suffit d'avoir mené votre esprit aussi loin que vont vos yeux, fonten. Mond. 6* sotr. Il suffit que M. le marquis ait du goût ; c'est aux artistes i travailler pour lui, tolt. Jeannot et Colin.

SUF

Je sais qu'aux Castillans il suffit de l'honneur, id. AU. i, 4. Il Absolument. L'honneur parle, il suffit, ce sont là nos oracles, rac. Iphig. i, 2. Il suffit; comme vous je ressens vos injures, id. Brit. i, 3. Il a mordu le sein de sa nourrice : elle en est morte la pauvre femme, je m'entends, il suffit, la BRUY. XII. Il Elliptiquement. Vous croiriez que Pison est plus digne de Rome; Pour ne plus en douter, suffit que je le nomme, cohn. Olhon, m, 3. Suffit qu'en bel esprit on vous ait érigé. Pour ne pouvoir prétendre à la moindre fortune, deshoul. Poés. 1. 1, p. 37. Il 4" Se suffire, n'avoir pas besoin du secours des autres. Elles se sont toujours suffi. N'attendez rien de grand de qui croit se suffire, LA MOTTE, Fabl. III, 7. Malgré ses talents et les ressources de son esprit, il [le régent] ne pouvait longtemps se suffire à lui-même; la dissipation, le bruit, la débauche lui étaient nécessaires, duclos, Œuv. t. v, p. 20). Quand on se suffit l'un à l'autre, s'avise-t-on de songer à un tiers? i. i. rouss. Hél. I, 4B. Ah! ma fille, la triste et pénible résolution que celle de vivre seul, et de suffire à soi-même! l'homme est trop faible pour se soutenir, MARMONTEL, Cont. moT. Misaulh. corr. \\ Proverbe. X chaque jour suffit sa peine, il no faut pas se faire de chagrins d'avance. || Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

— REM. 1. Suffire veut à ou pour devant les noms et les verbes. Peu de bien suffit au sage. La vie, qui est courte et qui ne suffit presque pour aucun art, suffit pour être bon chrétien, nicole. [j Impersonnellement, il régit de devant un nom et devant un infinitif. Il lui suffira de l'honneur. Il suffit d'être malheureux pour être à plaindre. Il 2. Avec que, il suffit veut le subjonctif. Il suffit que vous le disiez pour que je le croie. Cependant de bons auteurs ont employé aussi l'indicatif. Il suffit que nous savons ce que nous savons , et que tu fus bien heureuse de me trouver, mol. Méd. m. lut, i, ) . Ne vous suffit-il pas que je l'ai condamné? Ne vous suffit-il pas que ma gloire offensée Demande une victime à moi seule adressée ; Qu'Hermione est le prix d'un tyran opprimé; Que je le hais; enfin, seigneur, que je l'aimai ? rac. Andr. iv, 3. Qu'il te suffise donc, pour me justifier, Que je vis, que j'aimai la reine le premier, id. Mithr. i, i. N'allons pas plus loin quant à présent; il suffit que votre principale question est résolue, j. j. rouss. Lett. à Ulle D. M. 7 mai i764.

— HIST. xiii' s. Raisons dit qu'il me souffisse. Quant onc j'i osai penser; Mais amors pas ce ne prise, Couct, p. U9. Fille, dist Blanchefleurs, pas ne me doit soufire, De ce que [je] ne vous voi, Berte, Lxxxvin. || xiv* s. Et soufise ce que nous avons dit de ces choses, oresme, Éth. 26. Droit naturel, qui souffist cstre escrit es cueurs des hommes, iD. ib. 4 07. Il xv" s. Avecques tout ce, il lui convenoit [il lui fallait] payer cent mille francs.... et tant faire qu'il souffisist au duc, froiss. ii, m, 6B. Il XVI' s. Lorsqu'on ne peut à bon souhait suffire. Le désir croist toujours en attendant, st-ge- LAis, p. 248, dans lacurne. Voyans les Genevois [Génois] que brèche à suffire avoient pour devoir donner l'assault, j. d'auton, Ann. de Louis XII, 1506, 1507. Suffit à un chresticn croire toutes choses venir de Dieu, mont, i, 248. Si ce qu'on a suffit à maintenir sa condition, id. m, 49. Se sentans incommodez de loger si serré comme ils avoyent fait jusques-là, ils voulurent s'escarter, estimans qu'ayans deux mille haïquebusiers, il ne suffisoit qu'à une armée de les defl'aire, lanoue, 646. Jean Buron du basPoictou, qui, adverti d'appeller, respondit : Ne vous suffit-il pas d'avoir les mams teintes de mon sang sans en souiller d'autres ? d'aub. Hist. i, 79.

— ÉTYM. Lat. suf/icere, de sub, sous, et facere, faire.

SUFFISAMMENT (su-fi-za-man), adv. || !• Assez, autant qu'il faut. Et l'exemple du roi.... Instruit suffisamment un généreux courage Des moyens de braver le destin qui l'outrage, corn. Uédée, v, 5. Si ces gens-là, disent-ils, ont suffisamment en leur pays ce qui est nécessaire à la vie, que vontils chercher en un autre? fén. Tél. vui || 2° Avec capacité; sens vieilli. Qui plus suffisamment entrant sur le devis.... Régnier, Sat. x.

— HIST. xiir s. Qu'il y metent de lor volenté

soufisaniment, beauman. xlix, 5 Quant hom ne

tenoit De quoy souffisamment payer, j. de iikung, ÏV. 587. Il XV* s. Toutes ces choses furent escriptes et scellées bien et suffisamment, froiss. ii, ii, 8î. Wx.yp s. Cela fut un acte, que l'on ne sçauroit

SUF

ny suffisamment louer, ni assez blasmer, amyot, Publ. 9.

— ÉTYM. Suffisant, et le suffixe ment.

SUFFISANCE (su-fi-zan-s'), s. f. || !• Ce qui suffit, ce qui est assez. Avoir suffisance de blé. Avant qu'elle [une dame] en eiit pris sa suffisance [de danse], hamilt. Gramm. 10. On avait des le matin renvoyé Mme de Verneuil à Paris, trouvant qu'elle en avait eu sa suffisance [de la fêle], st-sim. 3, 57. Il 2* Il s'est ditde la grâce dans les querelles qu'elle a suscitées. Supposez que tous les hommes aient des grâces suffisantes ; il n'y a rien de plus naturel que d'en conclure que la grâce efficace n'est donc pas nécessaire pour agir, puisque la suffisance de ces grâces générales exclurait la nécessité ^e toutes les autres, pasc. Proti. ii. N'est-ce point ici quelque chose de semblable à cette suffisance qui ne suffit pas? iD. ib. IV. || 3* Capacité intellectuelle. Qu'est-ce qu'on peut dire à la louange de messieurs les secrétaires d'Élat, qui ne soit au-dessous de leur inestimable suffisance et de leur incomparable probité ? UALH. à il. de Luynes, trad. du xxxiil' liv. de Tite Live. Quand on est assuré de la suffisance de son guide, il n'y a que plaisir à être mené, balz. liv. v, lett. 12. Broussel, personnage d'une ancienne probité, de médiocre suffisance, et qui avait vieilli dans la haine des courtisans, LA ROCiiEFOUC. Mém. 28. Homme de suffisance, homme de capacité, mol. Jfar. forcé, 6. Nous ne pouvons pas seulement voir un avocat en soutane et le bonnet en tête, sans une opinion avantageuse de sa suffisance, pasc. Pens. m, 3, éd. havet. La vie des hommes est trop importante, on y agit avec plus de respect; les lois ne l'ont pas soumise à toutes sortes de personnes, mais seulement aux juges dont on a examiné la probité et la suffisance, ID. Prov. XIV. On estime les choses à proportion du degré de suffisance qui est requis pour les bien faire, montesq. Esp. xxi, 13. || 4* 11 s'est dit pour capacité, droit politique. Le roi étant informé de sa capacité et suffisance. La plupart des citoyens, qui ont assez de suffisance pour élire, n'en ont pas assez pour être élus, montesq. Espr. n, 2. || 5° Vanité, présomption ridicule. X son ton naturellement tranchant, il ajouta la suffisance d'un parvenu, J. J. ROUSS. Confess. ix. Jusqu'à ce que la suffisance soit devenue la mesure du mérite, il faudrait se garder d'en prendre le ton, didkr. Claude et Nér. ii, 17. Décidant avec suffisance, à la fois pédant et superficiel, GENLis, Veill. du chdt. t. I, p. 347, dans POUGENS. Il a bien de la suffisance pour avoir de l'esprit, m. Théàt. d'éducation, le Voyageur, i, 2. || On dit souvent d'un sot présomptueux, que rien n'égale sa suffisance, si ce n'est son insuffisance. || Il se ditaussi des manières. La suffisance de son maintien et de ses manières, GENLIS, Mér. riv. t. ni, p. 43, dans pougens. jl 6* X suffisance, en suffisance, loc. adv. Suffisamment, assez. Il y a eu cette année du blé en suffisance. Il y avait abondance de munitions de guerre et de bouche, et de l'artillerie à suffisance, st-siii. t. vm, p. 441, éd. CHÉRUEL. Il peut, sans préjudice dt sa félicité, ignorer la nature de l'or et de l'argent, pourvu qu'il en possède à suffisance de ses besoins, BOULAiNviLLiERs, Réfut. de Spjnoso, p. 147. Il Proverbe. Qui n'a suffisance n'a rien, quelques avantages qu'on ait d'ailleurs, si on manque de ce qui est nécessaire, on n'a rien.

— HIST. xili* s. Si ne fait pas richesse riche Celi qui en trésor la fiche ; Car sofisance [contentement] solement Fait homme vivre richement, la Rose, 4993. Il xiv* s. Quant l'en a de teles choses à soufisance pour vie humaine, oncor celuy qui est juste a mestier d'autres choses, oresme, Éth. 315. Il XV* s. Il a acquis un très grand trésor, qui est a suffisance, et c'est la propre richesse, ny point n'en est d'autre, bouciq. rv, 6. || xvi* s. Ils en acquirent à suffisance pour s'en servir à la nécessité, MONT. I, 194. Ma suffisîmce ne va pas si avant que d'oser entreprendre.... id. i, 206. Les unes se contentent de suffisance honneste ; les autres ne s« plaisent qu'en l'abondance, lanoue, 162. Il n'estoit pas moins bien né à la tempérance et à la simplicité et suffisance de peu que luy, amtot, Agés, et Cléom. 25. Qui a suffisance a prou de bien ; qui n'a suffisance, il n'a rien, H. est. Précell. p. 88,

— CTYM. Suffisant.

SUFFISANT, ANTE (su-fi-zan, zan-f), adj.

||1* Qui suffit. Cette somme est suffisante pour les frais du voyage. Ces hommes sont suffisants pour défendre la place. La mémoire seule [d'un bienfait], sans que nous mettions la main i la bourse, est suffisante i nous acquitter, halh. le Traité dit

SUF

bienf. de Sénéque, m, i. Désobéir un peu n'est pas un si grand crime, Et, quelque grand qu'il soit, mes services présents Pour le faire abolir sont plus que suflisants,C0RN.Cid, n, t. Avez-vous oublié, en quittant le monde, ce que le mol de suffisant y signifie ? ne vous souvicnt-il pas qu'il enferme tout ce qui est nécessaire pour agir? pasc. Prov. u. Il jouissait d'une fortune suffisante. Bon! roprit-il, suffisante, à quoi cela va-t-il? tout ce qui n'est que suffisant ne suffit jamais, mariv. Pays. parv. 4* part. Il ne faut point faire de changements dans une loi sans une raison suffisante, montesq. Espr. XXIX, )C. Il Terme do philosophie. Raison suffisante, ' voy. RAISON, n' II. Il Terme de théologie. Grâce suffisante, voy. grAce, w s. \\ Terme de littérature. Rimes suffisantes, celles où le son consonant est suivi d'articulations semblables : joli et ami est une rime pauvre, polir 1 1 saphir où le son de l'i se trouve des deux côtés prolongé par l'articulation r, est une rime suffisante. ||8* Capable; sens qui vieillit. Homme fort entendu et suffisant de télé, RÉGNIER, Sat. IX. Je trouve Pauline bien suffisante de savoir les échecs; si elle savait combien ce jeu est au-dessus de ma portée, je craindrais son mé|)ris, sÉv. 614. || Substantivement. Moimême un mes discour» qui fais le suffisant, Régnier, 5a(. IX. Il 3' Oui a de la suffisance, qui se croit capable et le témoigne par son air. L'on voit des gens brusques, inquiets, suffisants, qui, bien qu'oisifs, et sans aucune affaire qui les appelle ailleurs, vous expédient, pour ainsi dire, en peu de paroles, la bruy. v. Elle était simple, glorieuse, crédule, soupçonneuse, coquette, sage, fort suffisante et fort sotte, hamilt. Gramm. ix. Ces hommes suffisants qui ont assez d'éducation et d'habitude du monde pour parler des choses qu'ils n'entendent point, vauven. Du goût. Il est ferme et non suffisant, ses manières sont libres et non dédaigneuses, i. J. Rouss. Ém. rv. || Substantivement. Un suffisant. Une suffisante. Le suffisant est celui en qui la pratique de certains détails que l'on honore du nom d'affaires, se trouve jointe à une très-grande médiocrité d'esprit, la bruy. ïii. Vous voulez que je trouve parfait Un petit suffisant qui n'a quedu caquet? gress. Méchant, iv, «. Il fait le suffisant dans la ville et dans les endroits où il est chargé de fonctions, bachaum. Jfem. secr. t. xxxiv, p. «99. Il II se dit aussi de l'air, des manières. Il prend avec mon frère un ton bien suffisant, DESTOiiCHES, Glov. ili, 7. Qu'elle avait en général une antipathie mortelle pour les airs suffisants, ÏAGAN, Pupille, se. 2(.

— RKM. On dit ordinairement suffisant i ; cependant Régnier et Molière ont dit suffisant de. Je me déchargerai d'un faix que je dédaigne, Sufflcant do crever un mulet de Sardaigne, régnier, Sot. VI. Bon Dieu! que de discours! Rien n'est-il suffisant d'en arrêter le cours ? mol. le Dép. n, 7. C'est un archaïsme (voy. l'historique).

— SYN. SUFFISANT, PRÉSOMPTUEUX, VAIN. Vain

est le terme le plus général. L'homme vain tire avantage de tout, aussi bien des choses intérieures que des choses extérieures. Le présomptueux est celui qui présume trop de ce qu'il peut ou de ce qui lui est permis. Le suffisant est celui qui, ayant une trop bonne idée de son mérite, le laisse voir en toute sa personne. Le dernier exemple de laBruyère montre le sens premier du mot en cet emploi, et la transition qui l'a produit. Le suffisant est proprement celui qui, ayant passé par certains emplois, y a montré sa suffisance, sa capacité, et en a conservé un air de satisfaction impertinente.

— HlST. xnr s. Et si soies bien entendans. Se justice dormoit gisans, Si seroit Amors suffisant, Que tu vas si moult desprisant, X mener bêle vio et bonne, la Rose, 555). Et iluecques doit estre ois par le segneur qu'il servi, ou par home soufisan envoyé de par li, s'on li vaurra riens demander [à l'ancien bailli d'un lieu], beauman. i, 41. ...plusor chanoine. Oui vivent du Dieu patremoine, Il n'en doivent, selonc le livre. Prendre que lesouffisant vivre, Et le remanant humblement Deûssent il communément X la povre gent départir, ruteu. S20 II XV s. Si ot conseil le duo [de Bretagne] qu'il envoieroit suffisans hommes d'armes en Angleterre, FHOiss. II, II, 66. Nous sommes suffisans, nous tenans ensemble, de nous retyrer jusques es marches de Haynaut.... comm. i, u. ||xvi' s. Et n'est pas loisible à l'homme de s'excuser, en tant qu'il n'a point la puissance, et, comme un pauvre detteur, n'est pas suffisant de payer, calv. Instit. 272. Vous et un compaignon estes assez suffisant théâtre l'un à l'autre, mont, i, 288. Hz ne pen-

SUP

I soient pas que l'empire romain fust suffisant pour eulx qui n'estoient que deux, amyot, Pomp. 77. Il est fort suffisant en cela [il s'y connaît], H. BST. Préeell. p. 79.

— KTYM. Suffire. On disait aussi soficient.

t SUFFIXE (suf-fi-ks'), t. m. Terme de grammaire. Se dit des syllabes ou lettres qui s'ajoutent après les racines pour en déterminer l'idée générale, et leur faire jouer un r^ile comme parties du discours; on les distingue des désinences de flexion, qui, en un sens, sontaussi des suffixes, en ce que la différence des suffixes fait des mots différents, tandis que celle des désinences ne fait que varier dans un même mot le genre et le nombre si c'est un nom, et, si c'est un verbe, le» personnes, temps, modes et voix. Suffixes primaires. Suffixes secondaires. || Adj. Lettre suffixe. Particule suffixe.

— ÊTYM. Lat. suffùtut, attaché, fixé, de tub, sous, et fixus, fixe.

SUFFOCAIHT, ANTE (su-fo-kan, kan-t'), adj. Oui suffoque, qui gêne ou fait perdre la respiration. Une vapeur suffocante, buff. Ilist. min. Introd. Œuvr. t. TTi, p. <02. La réverbération suffocante des rochers frappés du soleil, J. J. bouss. Ém. m. Il Fig. Je n'y tiens plus.... c'est étouffant à la longue, c'est suffocant, sainte-beuve, Nouv. Lundis, I, p. 407. Il Terme de médecine. Catarrhe suffocant, variété grave du catarrhe pulmonaire, accompagnée de suffocation imminente.

SUFFOCATION (su-fo-ka-sion ; en vers, de cinq syllabes), s. f. jj i° Perte de respiration ou extrême difficulté de respirer. || i' Asphyxie causée par la présence d'un corps étranger qui obstrue le pharynx ou l'arrière-bouche, et intercepte le passage de l'air. Il Terme de médecine légale. Cas dans lesquels un obstacle mécanique autre que la strangulation et la pendaison est apporté violemment à l'entrée de l'air dans les organes respiratoires, tels que compression des parois delà poitrine, occlusion directe de la bouche et des narines, enfouissement. Il Terme de médecine. Suffocation de matrice, attaque d'hystérie.

— ÊTYM. Provenç. suffocaeio; espagn. sufocacion; ital. suffocaiione; du lat. sulfocationem, de suffocare, suffoquer.

SUFFOOUfi, ÉE (su-fo-ké, kée), part, passé de suffoquer. || 1* Qui perd la respiration. Suffoqué par un air brûlant. [Lors de l'éruption du Vésuve] Pline se lève appuyé sur deux valets, et, dans le moment, tombe mort, suffoqué apparemment par l'odeur de la fumée, bollin, Hist. anc. t. xi, 2* part, p. 623, dans pougens. || Par extension. Le sein suffoqué de sanglots, sans couleur, presque inanimée, MARMONTEL, Cout. moT. Laurtt. Il Fig. J'en suis tout suffoqué, j'en éprouve colère, indignation. La malheureuse enfant, suffoquée de colère, tomba sur son lit sans pouvoir proférer une parole, GENLis, Yeill. du chdt. t. i, p. 28 , dans pougens. Il 2* Qui meurt par suffocation. Fauste convaincue fut suffoquée dans le bain, boss. Ilist. i, n. Il Viandes suffoquées, la chair des bctes dont on n'a point fait sortir le sang. || 3° Intercepté, coupé, arrêté. Le bien Bon a quelquefois des disputes avec Mlle de Méri.... elle ne finit plus, elle le pousse, il se sent suffoqué par un torrent de paroles, SÉV. 12 juin. <675. Quelle fortune étranglée, suffoquée [du chevalier de Grignan, qui devenait infirme] 1 iD. 6 juin. 1689. Je mo trouve suffoquée par l'obligation de payer tout à l'heure cinq mille francs, ID. 22 janv. <fl90.

SUFFOQUEK (su-fo-ké), je suffoquais, nous suffoquions, vous suffoquiez; que je suffoque, que nous suffoquions, que vous suffoquiez , v. a. Il 1" Faire perdre la respiration, en parlant de quelque vapeur ou de quelque cause intérieure. Pauline m'a écrit une lettre charmante; son style nous plaît beaucoup; Mme de la Fayette en oublia l'autre jour une vapeur dont elle était suffoquée, SÉv. 6 déc. 1679. Une puanteur capable de suffoquer les hommes les plus vigoureux, fén. Tél. xv. Voilà ce que l'affliction qui me suffoque me permet de vous apprendre, ID. t. xxi, p. 368. C'est en revenant de chez lui que j'entrai dans l'église de ce couvent pour cacher les pleurs qui me suffoquaient, MARIVAUX, Marianne, 4« part. || Fig. Je n'y puis plus tenir, le secret me suffoque, destouch. Phil. marié, i, 4. || Absolument. Il fait un air brûlant qui suffoque. || i° Tuer par suffocation. Bannir tout un peuple du pays de sa naissance, en suffoquer un autre sous la terre, balz. le Prince, ch. 20. On lui trouva [à Montereul, de l'Académie française] sur le poumon un corps étranger en

SUF

forma de champignon, i|ui l'avait peu à peu sufToqué, PELLissoN. IJist. Àcad. IV, UonUreul. Il 3' Suff> foqucr un ruisseau, le charger de oois tu deli d« ce que son volume peut porter. || 4* Fig. Causer un sentiment pénible comparé i la gêne de la respiration. Paris me suffoque, et je voudrais déjà être partie pour Grignan, skv. 30 déc. 4 674. Elle [la Champmeslé] est laide de près, et je ne m'étonne pas que mon fils ait été suffoqué par sa présence, lo. 46 jainv. 4 673. || Absolument. Cela suffoque, cela excite l'indignation. || E* Fig. Mettre à l'écart. Tous les alliés et les amii des amis avaient pris un si grand terrain, que les tantes à la mode de Bretagne ont été entièrement suffoquées, SÉV. t. X, p. 447, éd. RÉGNIER. |1 6* Y. n. Perdre la respiration. X ces mots, Amazan fit de si prodigieux éclats de rire, qu'il fut près de suffoquer, VOLT. Prine. de Babyl. 9. || Faniiliirement et par exagération. Si vous ue le laissez pas parler, il va suffoquer, se dit d'un homme qui a une extrême envie de parler. || Suffoquer de colère, d'indignation, être en proie à une colère, à une indignation telle qu'on peut à peine respirer. Le malheureux suffoquait de colère, J. i. ROUSS. Ém. 1. 1| Fig. Il était étrange qu'il [Fénelon] fût séduit par une femme [Mme Guyon] à révélations, à prophéties et à galimatias, qui suffoquait do la gr&ce intérieure, VOLT. Louis XIV, 38. Il Fig. Se laisser suffoquer, se laisser accabler. Je me serais laissé surmonter et suffoquer par mes affaires, si je n'avais pris... cette résolution, SÉV. 4 6 nov. 4684. ||7* Se suffoquer, V. réft. Se causer une grande peine. Je vous prie, ma très-chère, de ne vous point suffoquer de faire réponse à mes lettres infinies, sÉv. 29 nov. 4CH4.il Se causer l'un à l'autre la suffocation. Qu'entre eux les gens de lettres se suffoquent d'encens ou s'inondent de fiel... buff. Rép. au duc de Duras, Œuvr. t. x, p. 59.

— HIST. xrv* s. Quant l'eaue suffoque un homme, quel mestier [besoin] est il que il boive encore? 0RESME, Éth. 496.11 XVI' S. Pareille cause [le vin] suffoqua aussi les forces abattues par l'aage du philosophe Arcesilaus, mont, ii, 4 9. S'en estant approchez, ils feurent suffoquez et bruslez, ID. ii, 38. Tout ainsi que les mauvaises herbes suffoquent les bonnes, si on ne les arrache.... lanoue, 650.

— ÊTYM. Provenç. sufogar; espagn. tufocar; ital. suffocare ; du lat. suffocare, de tub, sous, et faux, la gorge.

SUFFRAGANT (su-fra-gan), adj. m. || !• H se dit des évêques à l'égard du métropolitain dont ils dépendent, c'est-à-dire à l'officialitô duquel on peut appeler de la sentence rendue par leur officialité. Jaffa, sous la domination des chrétiens, avait un évêque suffragant du siège de Césarée, CHATEAUBR. Itinér. part. 3. || S. tn. L'archevêque de Tours a pour suffragants les évêques d'Angers, du Mans, de Nantes. ||2* H se dit aussi d'un évêque qui, n'ayant qu'un titre d'évêché in partibus, fait les fonctions épiscopales dans le diocèse d'un autre évêque. 118° Dans la religion protestante, ministre qui aspire à la charge de pasteur, et qui en remplit certaines fonctions comme suppléant des pasteurs malades ou en vacances. {| 4° Autrefois, celui qui assistait un juge. Taisez-vous, suffragant subalterne, MONTFLKURY, Fcm. jugc et part, iv, 2. Il 6" Par plaisanterie, remplaçant. Si votre femme de sa grâce Ne vous donne aucun suffragant, la FONT. Coupe. Il 6' S. m. et f. Suffragant, suffragante, celui, celle qui a droit de donner son suffrage dans une assemblée.

— HIST. XV* s. Icellui Jehan Ducamp estoit banni de la ville de BaiUeul, pour avoir battu le clerc du suffragant de Therouenne, du cange, suffraganei. Il XVI' s.... Laquelle jurisdiction ils exercent par leurs suffragans, vicaires, penitentiers et officiaui, CALV. Instit. 978. Qu'elle [la théologie] doibt estre principale partout, point suffraganle et subsidiaire, MONT. I, 400. S'il plaist à la doctrine de se mesler à nos devis, elle n'en sera point refusée, non magistrale, impérieuse et importune comme de coustume, mais suffragante et docile elle mesme, va.

III, 283 la bataille de Senlis, où monsieur

d'Aumale fut faict connestable, et !uy estoyent baillez les espérons aislez et zelez par M. de Longueville, prince politique, et par Lanoue bras de fer, et Givry son suffragant [son lieutenant], Soi. Ménippée, les Tapisseries.

— ÊTYM. Provenç. suffraguant; ital. sufiragante du lat. suffragantem , celui qui vote pour, qui s( conde.

SUFFRAGE (su-fra-j'; prononcé suffrage au xvn* siècle d'après Chifflet, Gramm. p. 483), t. m.

SUF

||1» Déclaration que, d'une façon quelconque, on fait de sa volonté dans une élection, dans une délibération. Réunir la p'.aralité des suffrages. Prendre les suffrages. Recueillir les suffrages. Dans cette élection les suffrages furent partagés. Ce juge corrompu devient l'accusateur; toutes les règles de l'équité sont ici violées : il n'attend pas les suffrages, il les inspire, mass. Carême, l'astion, t. C'est une grande question, si les suffrages doivent être publics ou secrets, montesq. Esp. II, 2. Charles II paraît être le premier roi d'Angleterre qui ait acheté, par des pensions secrètes, les suffrages des membres du parlement, volt. Uirurs, <82. L'Académie, en le dispensant [l'abbé d'Olivet] de solliciter les suffrages que ses travaux sollicitaient assez, fit en cette occasion ce qu'elle dovraittoujours faire; les lettrés et la compagnie y gagneraient, d'alemb. Élog. d'Olivet. 6 honte 1 [en Angleterre] l'homme riche achète les suffrages de ses commettants pour obtenir l'honneur de les représenter; la cour achète les suffrages des représentants pour gouverner plus despotiquement, raynal, Hist. phil. XIX, 2. Il Suffrage universel, droit de voter accordé à tous les citoyens. || Suffrage restreint, celui auquel tous les citoyens ne sont pas appelés. Il 2° Par extension, adhésion, approbation. On m'a souvent fait une question à la cour, quel était celui de mes poèmes que j'estimais le plus, et j'ai trouvé ceux qui me l'ont faite si prévenus en faveur de Cinna, ou du Cid, que je n'ai jamais osé déclarer toute la tendresse que j'ai toujours eue pour celui-ci, à qui j'aurais volontiers donné mon suffrage, corn. Rodog. Examen. Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages Où tout Paris en foule apporte ses suffrages? boil. Art p. m. Rome, aussi bien que moi, vous donne son suffrage, rac. Brit. n, 3. Chacune avait sa brigue et de puissants suffrages, id. Esth. I, *. L'Église demande encore le suffrage des peuples dans l'élection de ses ministres, mass. Conf. Yocat. à l'ét.eccl. l. S'ils [les grands] consultent quelquefois, c'est moins pour connaître leurs devoirs, que pour chercher des suffrages à leurs passions, id. Carême, Passion, 4. 11 vous apprend qu'un ignorant suffrage N'est pas moins sot qu'un ignorant ouvrage, j. b. rouss. Épit. n, 2. Il est bon d'avoir votre suffrage; mais je veux l'avoir par la force de la vérité, volt. Lett. Mme du DeffarU, »0 juill. 4 773. [Un critique] Recueillant de petits suffrages. Et s'appesantissant sur de petits ouvrages. Croit dicter les arrêts de la postérité, desmahis, Foés. p. 87, dans pou- OENS. Recherchant les suffrages d'un salon, même après ceux d'une tribune, siael, Corinne, xn, ( . Il S- Au pluriel. Terme de hturgie catholique- Prières que l'on fait en certains jours de l'année à la fin de laudes et de vêpres pour la commémoration des saints. ]| La Fontaine a dit suffrages au sens de prières en général. Et nous, de qui les cœurs sont enclins aux forfaits, Laissons languir sa gloire [de Dieu], et d'un léger suffrage Ne daignons relever son nom ni son ouvrage, Saint Maie. Il Suffrages de l'Église, prières qu'elle adresse à Dieu pour les fidèles, afin de leur obtenir quelques grâces. C'est dans la solennité des saints mystères, parmi les vœux et les suffrages des fidèles ....que j'applique cet éloge à très-haut et très-puissant ....duc de Montausier, fléch. Jf. de Mont. || Suffrages des saints, les prières que les saints font à Dieu en faveur de ceux qui les invoquent. || Menus suffrages, courtes oraisons surérogatives que les moines ou quelques gens dévots récitent à la suite de l'office en commémoration des saints. Il Fig. et par plaisanterie. Menus suffrages, petites choses, de peu de conséquence. Epoux, quand ils sont sages, Ne prennent garde à ces menus suffrages, la font. Rémois.

— HIST. xrv' s. Le suffrage de la élection que le peuple fait au jour des comices estoit sans vertu, jusques à tant que les pères aprovent, bercheuke, f" 12, verso. Il XV* s. Vous deplaist il si je marchande Du drap, ou quelque autre suffrage Oui soit bon i. nostro mesnago? Pathelin. Vous seul [Dieu], sans aultre humain suffraige, me povez aider, inlem. consol. n, 40. || xvi* s. L'église en recevant l'Escriture saincte et la signant par son suffrage ne la rend pas authentique, calv. Instit. sa. Divid a esté souvent délivré par la puissance de Dieu : a ce esté pour l'attirer à soy, ou que nous soyons aujourd'hui secourus par ses suffrages? m. Inst. 703. Paster, longes de veau froides couvertes de poudre blanche, et autres m«nua suffrages pour remplir le boudin, romujovx, Vénerie, ch. a. Ung paoure lion par la forest de

Page 1