‹ Dictionnaire de la langue française (volume 2)Chapitre 207 sur 754 · TUI · texte numérisé non relu

TUI

Aesfontaincs : Que ces clairs ruisseaux, etc. et vantez-vous d'avoir tué un poète, dider. sur Tirence. || Tuer le temps, s'occuper de choses futiles pour échapper à l'ennui. (Des vers] Que, pour tuer le temps, je m'efforce d'écrire, regnieh, Sat. viii. Il On (lit aussi quelquefois : tuons le temps qui nous tue. || 13*Termede peinture. Se dit quelquefois de l'effet d'une couleur, d'une lumière, qui en détruit, en affaiblit une autre. || On dit de même qu'une figure en tue une autre. jjSe ditaussi dans le langage ordinaire. Si vous mettez votre robe bleue, je ne mettrai pas la mienne; la vôtre est d'un bleu plus vif et tue la mienne complètement. Il 14° Absolument. La lettre tue, quand on s'attache servilement aux mots, on ne saisit pas la pensée. La lettre tue : tout arrivait en figures, il fallait que le Christ souffrit, pasc. Pcns. xvi, 8 bis, éd. havet. Répétez souvent que la lettre tue, et que c'est l'esprit qui vivifie, fén. t. xvii, p.70. || Cela se dit aussi d'un traducteur servile. || 15' Se tuer, v. réft. Se donner la mort, par accident ou volontairement. Il s'est tué en tombant de cheval. Brutuset Cassius se tuèrent avec une précipitation qui n'est pas excusable, iiONTESQ. Rom. )2. Il n'y avait point de loi civile à Rome contre ceux qui se tuaient eux-mêmes, ID. Esp. XXIX, 9. Il y a une loi de Marc-Aurèle qui ordonne de ne point confisquer les biens de ceux qui se sont tués, VOLT. Lett. Thibouville, lo nov. «777. On ne se tue point pour les douleurs de la goutte; il n'y a guère que celles de l'âme qui produisent le désespoir, J. J. rouss. Ém. 1. 1| Se donner la mort l'un à l'autre. Les deux adversaires, tirant en même temps, se tuèrent l'un l'autre. || Par exagération, on s'y tue, se dit d'un endroit où l'affluence est excessive. || 16* Nuire au corps, à la santé. Vous vous tuez à mener une pareille vie. Il se tue à boire. Je vous demande la grâce de ne vous point tuer pour moi, et que je n'aie point la douleur de contribuer à détruire une vie pour la- «juelle je donnerais la mienne, sÉv. 378. J'ai pensé me tuer depuis trois mois, afin d'achever on morceau que je veux y mettre [dans l'Esprit des lois].... je vous jure que cela m'a coûté tant de travail, que mes cheveux en ont blanchi, MONTESQ. lett. à Mgr Cerati, ta mars 4748. Faudrat-il que M. le marquis se tue à calculer une éclipse, quand il la trouve à point nommé dans l'almanach? volt. Jeannot et Colin. || Se tuer à plaisir, faire sans nécessité des choses qui nuisent à la santé. || 17° Se donner beaucoup de peine Les autres [les érudits] se tuent pour remarquer toutes ces choses, non pas pour en devenir plus sages, mais seulement pour montrer qu'ils tes savent, pasc. Pens. iv, 2, éd. havet. || On dit ordinairement se tuer à. On se tue à vous faire un aveu des plus doux, mol. Tart. iv, 5. l'our moi, je ne me tue point à écrire; je lis, je travaille, je me promène, je ne fais rien, sÉv. 824. Il [Chapelain] se tue à rimer : que n'écrit-il en prose? BoiL. Sat. ix. Montesquieu, dans ses Lettres persanes, se tue à rabaisser les poètes, volt. Lett. Saurin, 28 déo. * 788. Figurez-vous ce que c'est que de faire imprimer à la fois son Siècle et une nouvelle édition de ses pauvres œuvres; de se tuer du soir au matin à tâcher de plaire à ce public ingrat, id. Lett. d'Àrgental, 28 aoiit (75(. Pour moi, quand je me tuerais par mes travaux, le nom de Durand n'en deviendrait pas plus célèbre, GENLis, Thédt. d'éduc. le Magistrat, u, 4. Il 18° Se tuer de, faire incessamment. Je me tuais moi-même à tous coups de lui dire Que mon âme pour lui n'a que de la froideur, corn. Yeuve, lu, 4. Le bruit est grand autour d'elle [une dame à qui on prétendait que Monsieur faisait la cour] ; Monsieur en est au désespoir; il se tue de dire qu'elle ne prétend à rien, SÉv. t. I, p. U8, dans POUGENS. Son ami [de Matha] se tuait de lui dire, qu'ils [ses procédés de galanterie] étaient insolents plutôt que familiers, uamilt. Gram. 4. Je me tue de vous faire signe que j'ai quelque chose à vous dire, brueys, Muet, rv, 7. ||19* Ces deux nuances se tuent mutuellement, elles se ternissent l'une l'autre. || 20* On dit que le cidre se tue ou est tué, lorsque, restant en vidange, il prend une teinte brune et perd de sa saveur. Il 21* K tue-tête, Joe. ad». Très-fort, en parlant de la voix (si fort que l'on tue, casse la tête). Ils parlent tous à tue-tête, scarr. Virg. vi. Un jour d'audience, où se trouvaient les ambassadeurs et nombre do gens distingués, le cardinal [Dubois], importuné par quelqu'un, l'envoya promener en termes grenadiers, jurant et criant à tue-tête, sucLos, Œuv. t. VI, p. <3&. Dans l'instant, nous

avons commencé un duo que nous avons chanté un peu faux, mais à tue-tètc, genlis. Ad. et Th. t. n, p. 284, dans pouoens. || Proverbe. Tel fiert qui ne tue pas, tous les coups ne sont pas mortels.

— REM. On ne se sert pas du verbe tuer en parlant des morts violentes par exécution de justice, ni en parlant de ceux qui ont été noyés, étouffés ou empoisonnés.

— HlST. XII* s. Icel orage e cel tempiz Lurdura tant que port unt pris En Englcterre, ceo m'est vis, Morz e tuet e esturdiz, benoît, i, v. 1874. si bruit li cox [le coup] com foudre contre oré; De trente maux [maillets] ne fust il niiex tué. Et li chevals par desoz asomé. Bat. d'Alesclians, v. 5775. E tuout [tuait] à glaive les cnfanz e les vielz par tûtes les citez. Rois, p. <9. || xiii" s. Paor ai ne vous tue , si me puist Diex aider, Berle, xi. Il xv s. Or ne fait rien, et si se tue. Fors soy partout faire escharnir [moquer], e. desch. Miroir de mariage, p. 61. Homs qui se marie se tue, id. Bail. Item à maistre Jacques James, Qui se tue d'amasser biens, villon, Gr. test. Ils trouvèrent devant S;-Mery un nommé Jehan le Prcstre qu'ils tuèrent [percèrent de coups] plus de dix fois. Journal de Paris, Paris sous Charles VI et VU, an. 4438. Il XVI* s. Si ma chambrière m'en eust fait autant, je me fusse levée, et lui eusse tué la chandelle sur le nez, marg. Nouv. lix. Ils tuent le feu à une pipe de vinaigre défoncée, o'wB. Hist. m, <4. L'ambition se tue en se faisant cognoislre, m. Tragiques, édit. lalanne, p. 4 35. De sept tuez sur la terre gisans. Mille en y a les tueurs s'en disans, AJJYOT, Galba, 33. Tel tue qui ne pense que blesser, et tel cuide frapper qui tue, cotgrave. Tuez, il fait bon saler, oudin, Curios. franc.

— ÊTYM. Berry, cuer le feu, cuer la chandelle; wallon, touwé; provenç. tuar, tuer; ludar, éteindre, étouffer; bas-lat. tulore, éteindre. 0ùeiv, tuer, n'a pu être indiqué que quand on ignorait les règles de l'étymologie ; il faut un mot qui rende compte du t ou d (tutare, tudar). Diez , écartant le germanique (goth. dauthjan, ano. haut-allem. tôtan, qui aurait donné en provençal doudor ou toudar, et en fra.içais Jouer), tire tuer du latin tutari, protéger, recouvrir pour protéger, puis étouffer : tuer le feu, qui serait l'emploi primitif, était, à l'origine le couvrir de cendres pour le maintenir ; d'où le sens d'étouffer qui s'est généralisé dans l'acception tuer. Mais tous les intermédiaires manquent pour appuyer un pareil écart de signification. L'origine est le latin tuditare, frapper, choquer, ou même tudare ; du moins du Gange a tudatus, marteau. Ici la forme et le sens sont d'accord. Le sens fondamental est frapper, assommer. Pour passer à éteindre, on a l'ancien texte qui dit : tenens cannam unam in manu sua, tutat lampadem unam, il frappe une lampe et l'éteint ; du langage ecclésiastique tutare a passé au sens d'éteindre dans le parler vulgaire ; de là le (udor, provençal, Vat-tulare, italien, lequel, figurément, a pris le sens d'amortir, apaiser. Enfin frapper est devenu sans peine donner la mort d'une manière violente.

TDERIK (tû-rie), s. f. || 1* Carnage, massacre. Le dénoùment [de Bajazel] n'est point bien préparé ; on n'entre point dans les raisons de cette grande tuerie, sÉv. (26. Voilà où se fit la tuerie [au passage du Rhin] qu'on aurait, comme vous voyez bien, évitée, si l'on avait su l'envie que ces gens-là avaient de se rendre; mais tout est marqué dans l'ordre de la Providence, id. iB2. || Familièrement et par exagération. N'allez pas là, c'est une tuerie, se dit d'un lieu où il y a une telle foule qu'il est difficile de s'en tirer sain et sauf. Il 2* Lieu où l'on tue des animaux pour la boucherie. Une tuerie spéciale organisée pour le débit de la viande de cheval.

— HlST. ivi* s. Sept cens ou environ de coups d'artillerie Donnèrent en la ville sans faire grand turie, MORiN, Siège de Boulogne, p. )2. Ils commencèrent la tuerie en criant vive la croix, d'aub.

But. I, 4 38.

— ÉTYM. Tuer ,- wallon, tout»r«ie ; prov. Juon'o.

t TUE-TEIGNES (tu-tè-gn'), s. m. Appareil insecticide pour préserver les blés des larves des teignes : on projette violemment les grains sur un disque métallique, et le choc tue les larves.

TUE-TÊTE (X) (tue-tê-t'), Toy. tuer, n* 24.

TUEUR (tu-eur), s. m. \\ 1° Celui qui tue. Je ne connais, .ui dis-je, ni le tueur, ni les tués, mariv. Pays. pari). 3° part. |{ C'est un tueur, c'est un homme qui a lue plusieurs hommes dans des affaires particulières. Je ne conviens pas que M. de

Val.... soit un si grand tueur que tu le supposes possible, MIRABEAU, Lett.orig. t. m, p. 304. || Ironiquement. Tueur de gens, fanfaron, homme qui fait le brave. || 2* Celui qui tue les porcs, les sale et les accommode. || Inspecteur des porcs tués.

— - HlST. xiii' s. Nulz vers ne la puet pertuisicr. Ne son vernis amenuisier; Car elle est de tous vers tueuse, j. de meung, Tr. 635. || xiv* s. S'ils [les médecins] n'ont sagesce en culi de pluseurs escriptures,et ne sont expers en l'art de médecine, ilz doivent plus tost estre appelez tueurs de gens que médecins ne cirurgiens, vignay. Esches moralises, f* 62. Il XV* s. Item est vrai.... que plusieurs.... ont dit publiquement.... que j'avois à Paris meurtriers et tueurs convenables pour eux tuer et meurtrir, monstrel. i, i, 419. ||xvi* s. Le sieur de Montravel, qui avoit tué auparavant le sieur de Mouy son maistre, qu'on appelloit le tueur du roy, ou le tueur aux gages du roy, brant. Cap. franc, t. in, p. 404. Je vous en veux à vous, bastards ou dégénères, Lasches cœurs qui leschez le sang frais de vos percs Sur les pieds des tueurs, d'aub. Tragiques, édit. lalanne, p. 304.

— ÊTYM. Tuer.

\ TUE-VENT (tû-van), J. m. Terme de jardinage. Abri contre le vent.

— ÊTYM. Tuer, et vent.

TUF (tuf), s. m. Il l" Nom générique ûes pierres poreuses produites par voie de sédiment ou d'incrustation, provenant de matières pulvérulentes remaniées et tassées par l'eau, et qu'on trouve assez souvent au-dessous de la bonne terre, de la terre franche.Tufcalcaire, siliceux, volcanique, etc. Creuser jusqu'au tuf. Ce terroir est mauvais, ce n'est presque que du tuf. On verra combien il est fréquent de trouver de grands amas de tufs dans

10 voisinage des montagnes primitives, Saussure, Voy. Alpes, t. ii, p. 402, dans pougens. Le tuf est la plus impure, la plus irrégulière et la plus poreuse des concrétions calcaires, a. brononiabt. Traité de miner, t. i, p. 2(4. || Fig. Apparence trompeuse. Mlle de Lovestein vit le tuf à travers tous les ornements qui le couvraient [Dangeau], st-sim. 39, 4 97. ViUeroy, déchu du commandement des armées, perdit toute l'écorce qui l'avait fait briller, et ne montra plus que le tuf, ID. 462, 435.

11 Fig. Rencontrer, trouver le tuf, se dit, lorsque après s'être fié à de belles apparences, on découvre que ce qui est dessous, y répond mal. L'esprit de ce pays n'est qu'en superficie; Sitôt que vous voulez un peu l'approfondir, Vous rencontrez le tuf, regnard, le Joueur, il,4. || 2° Particulièrement, sorte de pierre blanche et tendre , qui devient plus dure et plus blanche lorsqu'elle est employée. Maisons bâties en pierre de tuf, ou, absolument, en tuf. Il En ce sens, on dit quelquefois tuffeau. Il 3° Étoffe très-grossière, dont les tondeurs de draps se servent pour garnir leurs tables.

— mST. ivi* s. Espérant planter deux colomne»

sur ce tombeau, non de tuffe venteuse que la lune M et l'hyver puissent geler, mais d'un marbre de ij vérité, ds qui le temps ne void la fin , d'aub. HisU Préf. 9. Lors qu'elle est invétérée, et que l'humeur est dure comme piastre, ou comme une pierre de tuffe, paré, xv, 8.

— ËTYM. liai, tufo; du lat. tophus.

t TUFACÉ, ÉE (tu-fa-sé, sée), adj. Qui a le caractère du tuf. Il Terrein tufacé, terrein dont la majeure partie est composée de tuf.

TUFFEAU (tu-fô), s. m. Tuf, dans le sens de pierre blanche et tendre. Dans ce pays, on ne bitii que de tuffeau. || Variété de craie plus lâche et plus poreuse que la craie blanche.

— HlST. XVI* s. Un sombre obscur caveau... Dan» le tufeau cave.... baîf. Œuvres, p. 487.

— ETYM. Dérivé de tuf.

TUFIER, 1ÈRE (tu-fié, fiè-r'), adj. Qui est de la nature du tuf. Il Terre tuficre, celle qui, approchant du tuf, est ordinairement maigre et ingrate.

— KEM. Il serait à désirer, dit Pautex, que ce» mots suivissent la même orthographe, et que tous les deux prissent également deux f ou une seule, mais plutôt une seule.

— K lYM. Dérivé de tuf.

\ TUGET(tu-jè), J. m. Nom vulgaire du petit duc

t TUGURIO (tu-gu-rio), s. m. Mot qui s'est dit

au XVIII* siècle pour chaumière. Nous arrivâmes

dans un tugurio plus pauvre, plus misérable qu'on

ne peut vous le représenter, sÉv. 248.

— KTYM. Lat. lugurium, chaumière.

fTUILAGË (tui-la-j') , ». m. Petite planche, enduite de résine et couverte de limaille, dont s« sert le tondeur de draps. || On dit aussi tuile.

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