‹ Dictionnaire de la langue française (volume 2)Chapitre 43 sur 754 · BEG · texte numérisé non relu

BEG

RÉG

les eaux qui devraient le recevoir, regorgeraient dans les siennes, fonten. Guglielmini. Le sang qui regorgea sous ses mains meurtrières [de Tarquin], De notre obéissance a rompu les barrières, volt. Urutus, 1, a. |{ Par exagération et poétiquement, il se dit d'une rivière sur les bords de laquelle il s'est fait un grand carnage. Tant de fois le Rhin et la Meuse Par nos redoutables' efforts Auront vu leur onde écumeuse Regorger de sang et de morts, MALH. VI, 8. Et le Tibre effrayé regorgeant de carnage, DP.LiLLE, En. VI, Il 3° Inversement il se dit des espaces où les eaux regorgent. La Grève est si pleine d'eau, que l'on n'en approche que par bateau; toutes les rues prochaines en regorgent, gui PATIN, Letl. t. II, p. 378. Toutes les villes et Jérusalem même regorgeaient de sang innocent, comme il arriva sous Manassès, boss. 5« avert. 26. jj 4° Fig. Avoir une grande abondance de quelque chose, en parlant des personnes. D'éloges on regorge, à la tête on les jette, mol. Mis. m, 7. Pouvoir à lui seul grossir sa fortune, et regorger de bien, la bruy. VI. Ce Saint- Lambert est un esprrit froid, fade et faux; il croit regorger d'idées, et c'est la stérilité même, m""" du depfand, Lett. à H. Walpole, t. i, p. 343, danspouGENS. Il est aussi atroce qu'absurde, de voir les uns regorger de superflu, et les autres manquer du nécessaire, b'alemb. Lelt. ou roi de Pr. 30 av. (770. Il Absolument. Tandis que vous regorgez, il est dans la misère. || Régnier a dit regorger d'ennui : Un longtemps sans parler je regorgeais d'ennuJ, Sat. x. || 5° Il se dit, dans le même sens, des choses qui sont pleines. Les maisons des satrapes regorgent d'or, vaugel. Q. C. x,

7 Il faut toujours punir; Tout regorge dans le

Tartare, la motte, Fabl. ii, 20. De leurs grains les granges sont pleines. Leurs celliers regorgent de fruits, ]. B. Bouss. Odes, i, 8. L'Italie, la Sicile, l'Asie Mineure, l'Espagne, la Gaule, la Germanie, étaient à peu près comme la Grèce, pleines de petits peuples, et regorgeaient d'habitants, montesq. Esp. xxni, 18. Une campagne qui regorge de biens craintle pillage, ellecraint unearmée, iD. tb.xviii, ). Il y a les libelles politiques ; les temps de la ligue et de la fronde en regorgèrent, volt. Dict. phil. Libelle. Il [le grand duc] chasse alors avec tant d'activité que son nid regorge de provisions; il en rassemble plus qu'aucun autre oiseau de proie, BUFF. Ois. t. n,p. 125. Il Absolument. Les magasins regorgent. || 6° Regorger de santé, jouir d'une forte santé. Votre père, votre oncle, enfin tout le lignage Regorge de santé; rien ne meurt, dont j'enrage, lîAi'TEBOCHE, le Deuil, 1. Aviez-vous entendu parler d'un médecin nommé la Mettrie, gourmand célèbre, ennemi des médecins, regorgeant de santé? volt. Lett. d'Àrgenlal. 13 nov. 17BI. || 7° Être trèsabondant. L'avoine regorge cette année. || Cet emploi est peu usité. || 8° V. a. Rendre, restituer par force. Jusqu'à ce que M. son oncle venge sa querelle, et fasse regorger son bien à ceux qui l'ont injustement usurpé. Caquets de l'accouchée, p. loo, dans LACURNE. On lui fera faire cet agréable manège [sortir de prison et y rentrer], jusqu'à ce qu'il ait regorgé le portefeuille qu'il tenait de M. Mayor, Papiers saisis à Bareuth, p. 1 26.

— HIST. XV' s. Quand le flux de la mer est en venant, il regorge la rivière si contre mont que nul n'y pourroit passer, froiss. i, i, 278. Touttes les avenues de Paris.... regorgeoientde monde qui vouloit voir ce fameux Bertrand, ilém. s. du G. 3i . Il XVI s. Cette alaigresse et vigueur qui regorgeoit de mon adolescence, mont, i, 9t. C'est tesmoignage d'indigestion que de regorger la viande comme on l'a avallée, id. i, tei. Quant à la fertilité [de la France], elle est telle que toutes choses nécessaires à la vie humaine y regorgent, langue, 3B8. Quand Sardanapalus et Darius, remplis d'or jusques à regorger.... iD. 464. Les fleuves et ruisseaux regorgeans de sang et de corps morts, amyot, Péric. et Fab. comp. 2. La rivière se desbordoit et regorgeoit en la plaine d'alentour, id. Timol. 38. Le sang regorgea par les portes jusques dedans le fauLxbourg [dans Athènes mise à sac par Sylla], id. Sylla, si. Nos chiens sont devenus loups à force de sang regorgé, d'aub. Hist. III, 641. Nous la [la vie] perdons, dissipons, et en faisons marché comme de chose de néant et qui regorge, charron. Sagesse, \, 36.

— ÊTYM. Wallon, rigorgi; provenç. regorgar; ital. ringorgare; de re..., etyorger.

REGOULfi, ÉE (rc-gou-lé, ée), port, passé de regouler. Rassasié jusqu'au dégoût. Vous devez être regoulé de Tancrède ; il n'y a que votre bonté qui vous soutienne; on n'a jamais fait pour un pauvre diable d'auteur ce que tous avez daigné faire pour

moi, VOLT. Lett. d'Àrgentol, 16 déc. 4760. Il [Linguet dans une plaidoirie] a ennuyé beaucoup de ses lecteurs, regoulés de tout ce bavardage absolument intolérable, sans la méchanceté qui en fait l'âme, BACHAUMONT, Mém. secrets, t. xxxiv, p. 138.

REGOULER (re-gou-lé), V. a. || 1° Terme populaire. Repousser quelqu'un avec des paroles dures. Il ne faut pas ainsi regouler les gens. || 2° Rassasier jusqu'au dégoût. On le regoula de pâté d'anguille.

— ÉTVM. Re..., et gueule, anciennement gouîe. t REGOURMER (re-gour-mé), t). a. Gourmer de

nouveau.

— HIST. XVI' s. Regourmer, cotgravb.

t REGOOter (re-goû-té), v. a. || 1» Goûter de nouveau. Pour ce qu'il n'est pas possible de faire revenir ces jours bienheureux, je tâche le plus que je puis de les regoiiter, balz. le Prince, Avantpropos. Les rivière.s, les campagnes et les villes ne sauraient m'empêcher de regoûter les bonnes choses que vous m'avez dites, id. liv. iv. lett. 15. Dieu sait comme on se raccoutume à vous, et tout ce que cela fait souffrir à ceux qui ont regoûté le plaisir de votre conversation, m"' de longueville, Lettres. Il 2° V. n. Faire un nouveau goûté.

— HiST. XV' s. Après disner, un nommé Ponsart et autres de la ville d'Auberniealerent regouter et boire en l'pstel d'un tavernier, du cange, recticinium.

t REGRADILLER (re-gra-di-Ué , Il mouillées), ». a. Terme de perruquier et de coiffeur. Friser les cheveux avec un fer chaud.

— ÉTYM. Re..., et gradille, espèce de dentelure en architecture.

REGRAT (re-gra ; le « ne se prononce pas et ne se lie pas), s. m. || 1° Vente, en détail et de seconde main, de menues denrées, particulièrement du sel, des grains, du charbon. Moi adjudicataire des regrats de Péronne, sous-fermier des aides de l'élection de Saint-Quentin, d.încourt, Ret. des ofp.c. se. i. Une garniture de quinze cents livres, que veut revendre une fermière des regrats, lesage, Turcar. iv, i-2. Ils tâchaient de les engager à me quitter, leur promettant un regrat de sel, un bureau à tabac, et je ne sais quoi encore, par le crédit de Mme d'Épinay, J. j. BOUss. Conf. viii. Il 2° Lieu où l'on vendait le sel à petite mesure, à petits poids. || 3° Vente de desserte.

— HiST. xiii* s. Et nul homme ne peust vendre' pain à regrat, ne vendre blé à regrat à Angers, DU CANGE, regratarii.

— ÉTYM. Vay. regrattier.

t 1. REGRATTAGE (re-gra-ta-j'), t. m. Action de regratter un édifice.

— ÉTYM. Regralter, 1.

f 2. REGRATTAGE (re-gra-ta-j'), s. m. Anciennement, charge de regrattier. Défendons de donner aucun trouble à tousregrattiers.... et sans que nous puissions faire revendre lesdits regrattages et mesurages pendant le temps du présent bail , Bail Gautier, a mars 1660.

— ÉTYM. Regralter 2.

REGRATTÉ, ÉE (re-gra-té, tée), part, passé de regratter i. Une muraille regrattée.

1. REGRATTER (re-gra-té), t). a. || 1° Gratter de nouveau. 11 gratte et regratte sa tête. Pour trouver un prétexte honnête De quitter ces aimables lieux, scAR. Virg. iv. || 2' Racler les pierres noircies d'un édifice. Regratter d'anciennes constructions. L'envie de regratter à neuf les vieilles masures ne marque que l'époque de la décadence, gbimm, Corresp. t. I, p. 136. Il Fig. Leur savoir [de Malherbe et de son école] ne s'entend.... Qu'à regratter un mot douteux au jugement, Prendre garde qu'un çwi ne heurte une diphthongue, Régnier, Sat. ix. 11 [l'abbé Régnier] n'en devait pas faire le vain [d'une traduction], puisqu'il n'a fait que regratter celle qu'avait faite auparavant le sieur Binier, fubetière, Z' factura, t. i,p. 3oi. || 3* Terme de plombier. C'est, dans un ouvrage mal soudé, enlever la soudure avant qu'elle soit refroidie, pour réparer la faute que l'on a faite. || 4° Terme de gravure. Retoucher avec le burin. || Se dit d'une planche déjà gravée, dont on efface les traits, et que l'on repolit pour y graver autre chose. |1 B" Se regratter, v. réft. Se gratter de nouveau, il se gratte et regratte.

— ÉTYM. Re..., et gratter.

2. REGRATTER (re-gra-té), ». n. || 1° Avoir du profit sur quelque chose que l'on vend en détail. Il Fig. et activement. Le savant, par exemple, attaché sur son livre. Mais qui n'invente rien, ne dit rien de nouveau. Des auteurs qu'il regratte et qu'il vend à la livre. Croit égaler la gloire, et que son nom doit vivre. Comme le leur, au delà du tombeau, du CEncEAD, dans eichelet. |{ 2° Fig. Faire des réductions sur les petits articles d'un compte de dépen-

ses. Il Activement. Passer en Normandie et se déclarer pour les gentilshommes normands à qui on voulait regratter quelque chose sur leur prétendue noblesse, gui patin, Lett. t. ii, p. 4I3. jj 3' Prendre garde à une bagatelle sur un compte. Il aime à regralter sur les moindres choses. || Fig. Voilà vos craintes bien dissipées.... je vous défie avec toute votre industrie de trouver à regratter là-dessus, sév.

20 nov. 1689

— HIST. xv g. Lesdits regratiers et regratieres le regratent [le sel], et vendent le tiers plus chier, Ordonn. 1484.

— ÉTYM. Voy. begrattier.

REGRATTERIE (re-gra-te-rie), ». f. Commerce

des regrattiers; marchandises de regrat.

— HIST. XIII* s. Quiconques a achaté le mestier de regraterie de pain à Paris, il puet vendre poisson de mer, char cuite.... Liv. des met. 32. || xvrs. Fruits nouveaux.... que le pauvre chantre achetoitaj marché vieux ou à la regraterie, desper. Conter, m.

— ÉTYM. Regrattier.

REGRATTIER, lÈRE (re-gra-tié, tiè-r'), s. m. et ^ Ijl" Celui, celle qui vend en détail, et de seconde main, des marchandises de médiocre valeur. Il Anciennement, regrattiers, ceux qui vendaient du sel à petite mesure, dans les pays de gabelle. Il 2° Fig. et familièrement. Celui qui a l'habitude de faire des réductions sur les petits articles d'un compte. C'est un regrattier, un franc regrattier. Il 3° Fig. Écrivassier, compilateur ignorant. Je me garde bien d'en user comme ces regrattiers insolents de la littérature, ces faiseurs d'observations à tant la feuille qui usurpent le nom de journalistes.... VOLT. Dict. phil. Vers. Les regrattiers de nouvelles littéraires, qui écrivent ici les sottises de Paris, id. Lett. d'Argenlal, 14 nov. 1750.

— HIST. XIII' s. Nus [nul] ne puet [peut] estre regratiers de pain, c'est à savoir venderes de pain que autres fourniece et guise [cuise], se iln'achate le mestier du roy, Liv. des met. 3(. Espiciers et regratiers. On vous tiendra pour musart. Se vers vous n'avez renart, Queue de renart. || xiv s. Regretier, DU GANGE, auscionarius.}\xv s. Faulz laboureurs, faulz couratiers, Faulz marcbeans, faulz regratiers, Mir. de Ste Geneviève.

— ÉTYM. Provenç. regratier; espagn. regatero, regaton, regatear, user de subterfuge, et marchander, liarder; ital. rigattiere. Dans l'état actuel, il n'est pas possible de mettre sous un même chef d'une part le français et le provençal, d'autre part l'espagnol et l'italien ; l'r ne permet pas de les confondre. 11 est vraisemblable que le français et le provençal viennent de gratter; quant à l'espagnol et à l'italien ils viennent de goto, gatto, chat : fai re le chat.

f REGRAVER (re-gra-vé), v. a. Graver de nouveau. Il Terme de graveur. Effacer des traits pour leur en substituer d'autres.

— HIST. XVI' s. Regraver, cotgrave.

f REGRAVIR (re-gra-vir) , t). û. Gravir de nouveau.

— HIST. XVI' s. Regravir, cotorave.

f REGRÉER (re-gré-é), v. a. Terme de marine. Réparer le gréement d'un bâtiment, ainsi que tous les dommages qu'il a pu éprouver.

f REGRKFFER (re-grè-fé), v. a. || 1° Greffer de nouveau. Il 2° Ajouter à la cuve d'indigo une certaine quantité d'ingrédients, pour pouvoir continuer à la mettre en œuvre.

t REGRËLAGE (re-grê-la-j'), i. m. Action de regrêler, son effet.

t REGRÊLER (re-grê-lé), v. a. Faire passer la cire une seconde fois dans lagrêloire, pour la mettre en rubans.

— ÉTYM. Re..., et grêler 2.

REGRÈS (re-grê), s. m. || 1' Terme de juri.-îprudence bénéficiale. Droit de rentrer dans un bénéfice résigné ou permuté, lorsque le résignataire n'observe pas les conditions stipulées. || 2° Anciennement, faculté de revenir sur la vente de charges, d'offices de judicature, en signifiant dans les vingt-quatre heures la révocation de la résignation qu'on en avait faite.

— HIST. xvi* s. Et quant à une douagiere, elle en pourra aussi estre poursuivie, sauf son regrès [recours] sur les héritiers de son mary, IVou». eoust. gén. t. Il, p. 125.

— ÉTYM. Lat. regressut, action de revenir, de re, et gressus, pas.

t REGRESSIF, IVE (ré grè-ssif, ssi-v") , adj. Il 1* Ternie de philosophie. Qui va en arrière. Série régressive. || 2' Terme de physiologie et de pathologie. Qui, après avoir offert des phénomènes de développement, s'atrophie, se résorbe ou se décompose : tels sont certains éléments anatomiquei

REG

et tumeurs considérés en masse. Travail régressif. Transformation régressive.

— ÊTYM. Voy. RÉGRESSION.

t RÉGRESSION (ré-grè-ssion), s. f. Figure de style, qui consiste à reprendre, à la fin de la phrase, les mots qui se trouvent au commencement, en les rangeant dans un ordre inverse, ou en les expliquant un à un.

— ÊTYM. Lat. regressionem, de rcgressum, supin Aeregrcdi, de re, et gradi, marcher (voy. grade).

t RÉGUKSSIVEMENT (ré-grè-ssi-ve-man), adv. Terme de philosophie. D'une façon régressive. Procéder régressivement.

Bk regret (re-grc; le ( ne se prononce pas et ne se JP? lie pas dans le parler ordinaire; au pluriel \'s se lie : desre-grè-z éternels; regrets rime avec paix, succès, traits, etc. Palsgrave, p. 24, dit que devant une voyelle le t se fait sentir), s. m. || 1° Déplaisir d'avoir perdu, ou de n'avoir pu obtenir quelque chose. Si j'ai quelque regret, ce n'est pas à ma vie, Que le déclin des ans m'aurait bientôt ravie, corn. Médée, V, 4. Vous me dites que la beauté de votre fils diminue, et que son mérite augmente; j'ai regret à sa beauté, sÉv. 4 mai 1672. J'ai regret à tous mes jours qui s'en vont, et qui m'entraînent sans que j'aie le temps d'être avec vous, id. <3 nov. <675. 11 avait regretaux heures qu'il donnaitaujeu, hamilt. Gramm. 7. Le sophiste Eunapius, païen, paraît avoir grand regret au temple de Sérapis, fonten. Oracl. II, 4. Une mort semblable à celle des justes, pleine de consolation, sans regret K ce qu'on laisse dans le monde, mass. Profess. relig. 4. Les regrets permettent la parole; mais la douleur est muette, BUFF. Réponse à Chastelux.Qn'nn regret inutile est un regret amer ! M"' riccoboni, Sophie de Yallière, Lett. 43. J'ai grand regret à la féerie, lebrun, Ép. 1, 9. Ah! plus, amour, tu nous causes de larmes. Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets, béhang. Fuite de l'amour. \\ Familièrement. Il ne doit pas avoir regret à sa jeunesse, se dit d'un homme qui a passé sa jeunesse dans les plaisirs. || 2° Particulièrement. Chagrin que cause la mort, la perte, l'absence d'une personne. Qu'il ait regret à moi pour „ son dernier supplice, corn. Médée, i, 4. J'ai regret, ■É disait-il, à mon premier seigneur, la font. Fabl.vi, K^ a. Le pauvre M. du Bois [mort], j'y ai un regret ex- K trême, sÉv. ao juill. (694. Par le regret que vous P témoignez de la perte d'Ulysse, vous m'apprenez vous-même à sentir le malheur de ne pouvoir retrouver mon père, fén. Tél. ix. Si les regrets de la reconnaissance -sont les plus sincères et les plus sûrs, quel deuil a jamais dû être plus universel? mass. Or. fun. Madame. La place [Namur] avait la gloire de n'avoir jamais changé de maître; aussi eut-elle grand regret au sien, st-sim. i, ai . Allons et rallumons dans ces âmes timides Ces regrets mal éteints du sang des Héraclides, volt. Mérope, i, 2. Ce n'était plus ce prince [Henri III] environné de gloire.... Et qui de sa patrie emporta les regrets, ID. Henr. i. La douleur n'est pas la seule marque des regrets; et, en pareil cas, plus on trouve de plaisir à penser à un ami, plus on sent vivement la perte qu'on a faite, condil. Traité sens extr. rais. Œuv. t. III, p. BB. Quel homme.... X l'espoir d'un regret ne sent pas quelques charmes, Et des yeux d'un ami n'attend pas quelques larmes ? deiiLLE, Jard. IV. Il y a dans le sentiment même des regrets quelque chose de doux et d'harmonieux qu'il fauttâcherde faire connaître à ceux qui n'en ont encore éprouvé que les amertumes, stael, Corinne, v, t. De quelque nom d'ailleurs que le regret s'appelle, L'homme par tout pays eu a bien vite assez, A. DE MUSSET, À la Malibran. 113° Déplaisir causé par le souvenir de ce qu'on a fait ou omis de faire. Ils disent qu'ils ont regret du passé, pasc. Prov. X. Un regret immense de ses péchés ne permet pas à Madame de regretter autre chose, boss. Duchesse d'Orléans. Et, si je m'en croyais, ce triomphe indiscret Serait bientôt suivi d'un éternel regret, rac. Brit. iv, 4. X quels mortels regrets ma vie est réservée! id. Phèdre, v, 6. Vous.... qui portez des embarras et des regrets sur la conscience que vous n'éclaircissez jamais à fond, mass. Carême, Tiéd. i. Pourquoi tant de pleurs, chère et douce amie? pourquoi ces regrets plus grands que ta faute, et ce mépris de toi-même que tu n'as pas mérité? J. J. rouss. Hél. i, 30. {| Familièrement, en être aux regrets, se repentir trop tard d'avoir fait ou dit quelque chose. || 4° Toute espèce de déplaisir. En s9rte que les vaincus n'eussent point de regret à mes victoires, vaugel. Q. C. 468. J'ai tous les regrets du monde d'être obligé d'en user ainsi, «OL. Mar. forcé, («. Je suis fort redevable à vos

feux généreux Et j'ai regret, monsieur, de

n'y pouvoir répondre, lo. Femm. sav. v, ). Je suis contente, et n'ai point de regret à mon voyage, sÉv. 21 oct. 1C87. Quand.... dix-huit ans [son âge de dix-huit ans] lui donneraient [au jeune Grignan] quelque regret à carême prenant [quitter Paris à ce moment], lO. 2B janv. 4 690. Ils [les alliés assiégeant Maestricht] n'ont point voulu attendre le combat; le prince d'Orange, qui avait regret à ses peines, voulait tout hasarder, id. 2 sept. (676. Les pluies nous empêchent de faire les foins, et nous avons grand regret à cette perte, id. 3i juill. leao. En vain je veux au moins faire grâce à quelqu'un [des mauvais auteurs] ; Ma plume aurait regret d'en épargner aucun, boil. Sat. vii. || Avoir regret que, avec le subjonctif, être fâché que. J'aurais grand regret d'en payer le port [de ces lettres] , si vous me les renvoyiez ; elles sont pleines de tant de bagatelles, que j'ai quelquefois regret que vous le payiez vous-même, sév. 21 sept. (676. J'ai regret à sa gloire ; J'ai regret qu'aveuglée elle attire sur soi La honte qu'elle croit faire tomber sur moi, th. corn. Comte d'Ess. iv, 1. J'aurais même regret qu'il me quittât l'empire, rac. Théb. iv, 1. 1| Familièrement. Avoir regret à quelque chose, donner, faire cette chose avec peine, faire avec peine la dépense de quelque chose. Il avait regret à ce qu'il mangeait. || 5" Au plur. Plaintes, lamentations. Nous entrons dans une salle, où nous voyons une vieille femme mourante, assistée d'une servante qui faisait des regrets, mol. Fourber. 1, 2. ô prince, le digne objet de nos louanges et de nos regrets, boss. Louis de Bourbon. Venez en d'autres lieux enfermer vos regrets, rac. Bajai. i, 4. || Coups de cloche intermittents, pendant des funérailles. || 6° Au plur. Cendres d'orfèvre. || 7° Â regret, toc. adv. Avec répugnance. Je vous quitte à regret ; Mais enfin il le faut, corn. Foly. 1, 2. Je ne m'étonne plus qu'interdit et distrait Votre père ait paru nous revoir à regret, rac. Iphig. 11, 4. Couchant sur une peau d'ours, et y donnant, à regret encore, peu d'heures au sommeil, volt. Dict. phil. Julien. La terre, à regret cultivée, semble être fertile à regret, et, sous des mains avares de leurs peines, elle est avare de ses dons, markontel, Œuv. t. xvii, p. 117. On loue à regret ce qu'on ne voudrait pas imiter, genlis. Ad. et Th. t. i, p. 219, dans pougens. || L'abbaye de Monte-à-regret [la potence] , Dict. argot-(ranç. à la suite du poème de Cartouche, par Granval, 1725.

— HlST. xiii" S. Ses confors [son confort] fu regrès etp\ois,Fl. et Blanchell.v. (734. || xV s. Dame Bonne sa femme, sœur au duc de Bar, la quelle durant sa maladie [il] manda pour venir devers luy, ayant désir et regret de parler à elle, monstrel. t. i, ch. (38, p. 220, dans lacurne. || xvi"s. Comblé des saints desirs, si du ciel le séjour Donnoit place au regret, j'auroy regret au jour, Et voudroy.... desportes, Tombeau de Desportes. Son regret |le regret de sa perte] me console et m'honore, mont, ii, 83. Je aurois grant regret, sy ne venés ici avant la grant compaignie, marq. Lett. 3. Vous ne deveriés point avoir regret au temps passé, id. ib. iv. Encore neantmoins mouroit il à regret, amyot. Marins, 86.

— ÊTYM. Wallon, Il r'gret d'on mau, le retour d'un mal ; dicton namurois, on a todis des r'grets d'on mau do moeis de maiye, on a toujours des retours d'une maladie gagnée au mois de mai (cha- VÉE, Rev. de ling. t. i, p. 224). La plus ancienne étymologie de regretter et la plus reçue est le latin re-quiritari, composé de quiritari, se plaindre. Pour le changement de q en g, on a l'exemple de Guienne venant de Aquitania; et, bien que quiritari ait donné crier, on peut expliquer la conservation du t dans regretter, par (ugita qui a donné fuite à côté de fuie. Une autre étymologie est celle de Màlzner, qui, appuyant sur le sens de plaindre attaché au mot regretter, renvoie au goth. gretan, ancien scand. grata, anglo-sax. graetan, graedan, pleurer, plaindre; Diez est favorable à cette étymologie, parce que, regretter ne se trouvant pas dans les langues sœurs, il est probable que l'origine dans le français en est germanique. Enfin Mahn le dérive du lat. gratus; avec ce radical, regretter signifiera primitivement reprendre avec reconnaissance ; mais, de là, le passage au sens de regretter est difficile. M. Chavée, RevuedeHnguistique,i.i, p.224, arguant du sens du mot regret en wallon, y voit le latin recretum, chose qui recroît, qui repousse, de recrescere: le c changé en g, comme dans segrel, prononciation très-usitée de secret ; le sens de fâcherie attaché à ce mot, comme dans l'italien increscere, rincrescere (il aurait pu ajouter que cette signification de increscere n'est pas étrangère à

REG

l'ancien français, encroistre y ayant signifié petner). En définitive, il faut un mot qui renferme l'idée de retour : regret du passé, d'une perte, recroissance, comme dans le wallon, et, pour reffreMer, rappeler, invoquer, comme dans certains textes du vieux français. On a repoussé avec raison le lat. regressus, qui aurait donné regrès, non regret; mais ce sens fondamental apparaît quand on compare regret à degret (voyez l'historique à degré); regret répond à une forme regradus, comme degret à une forme degradus. De cette façon, on rend raison de toutes les acceptions, en conservant l'analogie entre regret et degret. Une difficulté reste : le radical étant gradus, le verbe devrait être regreder, non regreter; mais le changement de d en t se voit dans convoitise, de cupidicia, dans piétiner, piéton, de pedcm; et, inversement, de ( en d, dans plaider, de placitum, et cuider, de cogilare.

REGRETTARLE (re-grè-ta-bl') , od;. ||1* Qui mérite d'être regretté, en parlant des personnes. Je me rappelais avec attendrissement tout ce qui me la rendait regrettable, j. j. rouss. Ém. v. Il 2° Pour quoi on doit avoir du regret, en parlant des choses. Cette mesure est regrettable. La révolution, qui a tué mon entreprise ainsi que tant d'autres plus regrettables, l'abbé morellet, Uém.

t. I, p. (85, dans POUGENS.

— HiST. XVI' s. Regrettable, cotgrave.

— ETYM. Regretter.

tREGRETTARLEMErrr (re-grè ta-ble-man) , adv.

D'une manière regrettable.

REGRETTÉ, ÉE (re-grè-té , tée), part, passé de regretter. M. de la Rochefoucauld est mort.... cette porte est fort regrettée, sËv. B avr. (680. Une mère si chérie et si regrettée, boss. Mar.-Thér. Le cardinal de Richelieu était mort peu regretté de son maître , qui craignit de lui devoir trop, id. le Tellier. M. le duc de Choiseul.... regretté [dans sa disgrâce] non-seulement de tous ses amis, mais de toute la France.... volt. Comment. Œuv. aut. Henr. Que celui de nous deux qui précédera l'autre se sente regretté, se sente aimé de l'ami qu'il laissera au monde ! stael, Corinne, xx, 3.

REGRETTER (re-grè-té), v. a. || 1° Être fâché de ne plus avoir ce qu'on a eu. Il regretta l'occasion qu'il avait laissée fuir. Ce qu'on donne aux méchants, toujours on le regrette, la font. Fabl. 11, 7. Un jour les peines et les soucis cruels qui environnent les rois vous feront regretter sur le trône la vie pastorale, fKn. Tél. u. On dit qu'elle [Mme de Pompadour] est morte avec une fermeté digne de vos éloges; toutes les paysannes meurent ainsi; mais à la cour la chose est plus rare, on y regrette plus la vie, et je ne sais pas trop bien pourquoi, VOLT. Lett. d'AJemb. 8 mai (764. Quelqu'un demandait au philosophe Fonlenelle âgé de quatrevingt-quinze ans, quelles étaient les vingt années de sa vie qu'il regrettait le plus; il répondit qu'il regrettait peu de chose, que néanmoins l'âge où il avait été le plus heureux était de cinquante-cinq ans à soixante et quinze ans, buff. Suppl. à l'hist. nat. Œuv. t. xi, p. (46. Et tandis que It vice, amoureux des ténèbres, Ferme les yeux au jour et regrette la nuit, LAMART. Ilarm. ii, 6. || 2' Être affligé de la mort, de la perte, de l'absence de quelqu'un. Vous ne seriez pas fâché d'être pris [M. de Montausier prisonnier], si vous saviez combien vous êtes plaint; il y a, sans mentir, moins de plaisir d'être à Paris, que d'y être regretté comme vous êtes, VOIT. Lett. (4(. On perd quelquefois des personnes qu'on regrette plus qu'on n'en est alfligé, et d'autres dont on est affligé, et qu'on ne regrette guère, LA ROCHEFOUC. Max. 365. Ruyter est mort, je laisse aux Hollandais le soin de le regretter, sév. 286. Enfin je vous ai regrettée, et je vous regrette encore tous les jours ; je ne m'accoutume point à ne plus voir ni rencontrer ma chère fille, après une si aimable et si longue habitude, id. 504. Afin que nous la vissions honorée au-dessus de toutes les femmes de son siècle, pour avoir été chérie, estimée, et trop tôt, hélas I regrettée par le plus grand de tous les hommes [Louis XIV], boss. Èar.-Thér. Regretter ce que l'on aime est un bien en comparaison de vivre avec ce que l'on hait, la bhuy. iv. [,es vrais philosophes doivent regretter Mme de Pompadour; elle pensait comme il faut ; personne ne le sait mieux que moi, volt. Lett. Damitaville, 23 avril (704. 11 [M. de Melun] est plus regretté qu'il n'était aimé; c'était un homme qui avait peu d'agrément, mais beaucoup de vertu, et qu'on était forcé d'estimer, id. Lett. Mme de Bemières, juill. (722. Il Absolument. Venez, venez, dit-il à l'amour qui regrette, Au génie opprimé sous un ingrat ou-

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bli, LAMART. Harm. i, n . || 8° Être fâché d'avoir fait ou de n'avoir pas fait quelque cnose. Je regrette de m 'être mis en colère. Le renard seul regretta son suffrage [donné au singe pour être roi], Sans toutefois montrer son sentiment, la font. Fabl. vi, 6. I| i° Éprouver un déplaisir quelconque. Regrettant un hymen tout prêt à s'achever, rac. Andr. m, i. Quelle gloire pour un roi, de régner encore après sa mort sur les coeurs de ses sujets! d'être sûr que, dans tous les temps à venir, les peuples, ou regretteront de n'avoir pas vécu sous son règne, ou se féliciteront d'avoir un roi qui lui ressemble I mass. Pet. carême, Grand, de J. C. En jouissant de ce que nous avons [feux d'artifices], je regrette un peu ce que nous n'avons pas [amélioration de Paris], VOLT. Lett. au pr. roy. de Pr. sept. )739. Ces recherches annoncent une étendue do connaissances qu'on est étonné que M. le comte de Tressan ait eu le temps d'acquérir, et montrent une sagocité qu'on regrette de n'avoir pas été plus constamment employée, condorcet, Tresian. || Regretter son argent, être fftché d'avoir fait une dépense. En vérité, je crains que vous ne regrettiez bientôt votre argent, picaro, Petite ville, ii, 7. || Regretter son lit, être lâché de s'être levé, ou de ne s'être pas couché. Brontin en est ému [d'un bruit redoutable]; le sacristain pâlit ; Le perruquier commence à regretter son lit, BOIL. Lulr. m. \\ S" Se regretter, v. réfl. Éprouver du regret au sujet de soi-même, au sujet de ce qu'on a perdu. Que voulez-vous savoir de moi, lui dit-elle un jour qu'il insistait pour lui parler? je me regrette, et voilà tout; j'avais quelque orgueil de mon talent, stael, Corinne, xv, 2.

— REM. Regretter se dit avec de et l'infinitif; avec que et le subjonctif : Je regrette qu'il ne soit point ici.

— HIST XI* s. Sovent [ils] regretent Olivier et Roland, Ch. de Roi. cxiv. Tel as occis dont al cuer me regrette, ib. cxx. || xiii* s. Oriolans, en haut solier, Souspirant prist à lermoier. Et regrate son dru Helier. Romancero, p. 42. La mort me fait regreter et tomplaindre Vostre clair vis, bêle, et vostre cors gent, ANONYME, dans Couci. Fu l'amirans Balans huciés et regretés [appelé au secours] : Sire, c'or venès tost et si nous secoures, Fierabr. (52, (2. Et quant li rois vit qu'il ardoit tout et que morir li convenoit, si comencha à plaindre soy meyme et à regretter, et disoit ensi.... Chr. de kains, p. 80. Mais riens n'i vaut à regreter, la Rose, uiso. ||xiv* s. Poingdestre feri le suppliant de son coustel sur la teste, en disant qu'il letueroit; et lors ledit exposant commença à regreter [invoquer] nostre dame de Montfort, du cange, regreta. \\ xvi' s. Je regrette de tout mon cueur que n'est icy Picrochole, rab. Garg. i, bo. Ces affaires leur firent bien sentir et regretter la perte qu'ilz avoient faitte en luy, amyot, Péric. 7B. Il dit qu'il ne regrettoit point sa mort [de mourir], id. Arist. *i. Regreltans leur misère et malheur, de ce qu'il leur falloit ainsi pauvrement mourir, id. Crassus, is. Le repentir ne touche pas proprement les choses qui ne sont pas en notre force; ouy bien le regretter, mont, m, 268.

— ÉTYM. Regret; wallon, rigreté; génev. regretter une chose à quelqu'un, la lui envier; prov. regretar, dans Gir. de Ross. p. 204.

t REGRETTEUR (re-grè-teur), s. m. Celui qui regrette. Quelques regrelteurs du temps passé, hochant la tête, disent : de mon temps, il n'en était pas ainsi, champfleuby, dans Figaro', ) 5 février 1 866.

•j- REGRIFFËR (re-gri-fé), v. a. Grifl"er de nouveau.

— HIST. XV' s. S'il advient que, pour un grant ennuy de noise que sa femme luy fait, il luy mescheut tant qu'il se vousist [voulût] regriffer et rebeller de respondre, Les 1 5 joyes du mariage, p. 166, dans lacurne.

t REGRIFFONNER (re-gri-fo-né), v. a. Griflonner de nouveau. Que ne vous servez-vous de cette plume pour regrilTonner quelques vers? volt. Lett. d'Argental, IB févr. 4 760.

t REGRILLER (re-gri-Ué , H mouillées), v. a. Griller de nouveau.

— HIST. xvi* s. Regriller, cotgrave.

t REGRIMPER (re-grin-pé), v. n. Grimper de nouveau. Le chat a regrimpé sur l'arbre. || Activement. Regrimpant l'escalier je suis mon vieux dessein, RÉGNIER, Sat. X..

— HIST. XVI' s. Regrimper, cotgrave.

t REGRONDER (re-gron-dé). || 1° F. n. Gronder de nouveau. Le canon qui avait cessé commence à regronder. || 2* Y. a. Recommencer les reproches. Nous disons comme vous; et, croyant que vous avez tort sur votre parole, nous vous grondons; sur cela vous nous grondez à votre tour, et nous vous regrondons sÉv. bis.

t REGROS (re-grô), s. m. Grosse éoorce dont on fait le tan.

t REGROSSIR (re-grô-sir), ». o. Elargir les tailles et les hachures de la gravure.

t REGROSSOYER (re-grô-so-ié), v. a. Grossoyer de nouveau.

— HIST. xvi* s. Lettres [actes] une fois grossoiées, ne peuvent estre regrossoiées sans appeler la partie et [sans] ordonnance de justice, loysel, 893.

t REGUÉRIR (re ghé-rir), t;. a. Guérir de nouveau.

— HIST. XVI' s. Jamais au cœur ne sera que je n'aie Lo souvenir du favorable accueil, Qui reguarit et rengregea ma playe, bons. 93.

t REGUETTER (re-ghè-té), t). a. Guetter de nouveau.

— HIST. XVI' s. Reguetter, cotgrave.

t REGUINDER re-ghin-dé), v. a. Guinder de nouveau. Il [le bouc] descend [dans le puits] ; et son poids, emportant l'autre part [l'autre seau], Reguinde en haut maître Renard, la font. Fabl. xi, o. Il Se roguinder, v. réfl. Terme de fauconnerie. Se dit d'un oiseau qui s'élève en l'air par nouvel effort.

— HIST. XVI' s. Reguinder, cotgrave.

RÉGULARISATION (ré-gu-la-ri-sa-sion) , *. (.

Action de régulariser ; effet de cette action. La régularisation d'un compte.

— KtYM. Régulariser.

RÉGULARISÉ, ÉE (ré-gu-la ri-zé , zée), port. passé de régulariser. Un compte régularisé.

RÉGULARISER (ré-gu-la-ri-zé), ». a. \\ 1° Rendre régulier ce qui n'était pas conforme aux règles. Régulariser une dépense. || Régulariser sa position, épouser une femme avec laquelle on vivait irrégulièrement; se dit aussi d'un homme qui a obtenu une chose (congé, faculté, etc.) par permission tacite, et qui veut obtenir une autorisation en règle, authentique, || 2"" Se régulariser,». ré(l. Devenir régulier. Un mécanisme qui se régularise.

— ÉTYM. Lat. regularis.

RÉGULARITÉ (ré-gu-la-ri-té), s. f. || 1° Qualité de ce qui est régulier. La régularité du cours du soleil. Quelle mallieureuse régularité, pour vouloir aller tout droit, de ne se détourner pas d'un abîme? balz. De la cour, «' dise. || Terme de géométrie. Régularité dans une figure, égalité de tous ses côtés et de tous ses angles. || 2° Proportion, harmonie. La symétrie et la régularité plaisent à tous les yeux. La régularité et les agréments de sa figure, GENLis, Thcât. d'éduc. la Mère rivale, i, (. || 3° Moralement, exacte observation des devoirs. Comment accoutumer des esprits si corrompus à la régularité de la religion véritable, chaste, sévère, ennemie des sens et uniquement attachée aux biens invisibles? Boss. Ilist. Il, 12. Dieu l'a [la reine] élevée au faîte des grandeurs humaines, afin de rendre la pureté et la perpétuelle régularité de sa vie plus éclatante et plus exemplaire, m. Mar.-Thér. La première des bonnes œuvres de la princesse palatine fut d'acquitter ce qu'elle devait avec une scrupuleuse régularité, lu. Anne de Gorns. L'exemple de son inflexible régularité fut l'inévitable censure de tous les mauvais desseins, m. le Tellier. On vit, dans une grandejeunesse, ce qu'on trouve à peine dans un âge plus avancé, de la régularité et de la retenue, fléch. le Tellier. Il est des âmes paresseuses et indolentes.... qui conservent, au milieu des plaisirs du monde, un fond de retenue et de régularité qui annonce encore la vertu, mass. Carême, Tiéd. 2. Notre régularité n'est qu'une décence que nous donnons au monde et au sérieux de notre état, id. Confir. Zèle contre les scandales. I| Par antiphrase, désordre, dépenses effrénées. Elle [votre femme] vivra régulièrement comme vous voyez. — Quelle chienne de régularité I dancourt, Bourg, à la mode, IV, 6. Il 4° Conformité aux règles. La régularité d'une procédure, d'un édifice, d'une tragédie. Le sentiment de saint Bernard touchant les régularités et les pratiques extérieures , abbé de rangé, cité dans bouhours, Suite des Remarques , p. 46B. Je traiterai monsieur méthodiquement, et dans toules les régularités de notre art, mol. Pourc. i, lo. M. Dupin, qui fait tant l'habile, est si peu instruit de ces régularités du langage Ihéologiciue.... boss. Bitt. rem. conc. m, 6. || 5° Particulièrement, exacte soumission aux règles d'un ordre religieux. Ces moines vivent dans la régularité. Les dégoûts et les murmures ne régnent que dans ces maisons infortunées [couvents] oti le premier esprit est tombé, où la régularité primitive ne s'observe plus, mass. Profess. relig. 2. || Se dit de l'état monastique par opposition à sécularité. On fait aussi bien son salut dans la sécularité que dans la régularité. — BIST, xxv s. Corfis dont nul ne puet recevoir

regulairetô ne politure. — Régularité de mouvement, ORESHK, Thèse de meunier. |1xvi' s. Nous en avons escrit les regularitez [détails] plus au long en la vie de Sylla, amyot, Uarius, ti.

— ÉTYM. Lat. regularis, régulier; génev. réguliarité.

RÉGULATEUR, TRICE (ré-gu-la-teur, tri-s'), odj. Il 1° Qui règle, qui régularise. Marché régulateur du prix des grains. Force régulatrice. Pour nous élever au principe régulateur de ces mouvements [des corps célestes], laplace. Expos, v, pn'face. Il 2° Substantivement, celui, celle qui sert de règle, qui règle. Ëpicharme de Cos, poSte comique, philosophe pythagoricien et régulateur de l'alphabet, BARTHÉL. Anach. taU. 5. Ce souverain régulateur [Dieu] voulut que les fêtes de son culle fussent assujetties aux époques de ses propres ouvrages, CHATEAOBR. Génie, I, v, 8. Il 3° Terme de mécanique. Toute pièce, tout appareil qui s'applique à une machine pour en régler les mouvemenls. Le régulateur qu'on nomme aussi ressort spirtl est un ressort d'acier très-mince, quelquefois même trèsimperceptible, qui, placé au-dessous de la circonférence du balancier auquel il est attaché, lui donne l'égalité du mouvement et par consé((uent la justesse du rouage, Dict. des arts et net. Horloger. || Fig. Dans l'homme machine même, la crainte d'une part et de l'autre l'intérêt sont les deux grands régulateurs, les deux roues principales qui font aller la machine, d'alemb. Lett. au roi de Pr. 2 août )770. Il 4° Terme d'horlogerie. Pendule d'une belle exécution et d'une marche parfaitement uniforme; elle est mue par un poids et n'a pas de sonnerie. Il 6" Régulateur à force centrifuge, appareil particulier, à l'aide duquel on règle l'arrivée de la vapeur dans les machines à vapeur. || 6° Terme de plombier. Armure du laminoir, qui dirige la pression des tables qu'on lamine, afin qu'elles ne soient pas plus pressées d'un côté que de l'autre. |{ 7° Terme de métallurgie. Régulateur de soufflet, réservoir d'air, caisse ou chambre dans laquelle se condense l'air qui sort des soufflets avant d'être lancé dans le porte-vent, jj 8° Terme de fondeur. Régulateur du feu, qui sert à procurer un degré de chaleur déterminé, et à le conserver longtemps. {{ 9° Une des parties de la charrue servant à déterminer la profondeur et la régularilé du labour.

— ÉTYM. Lat. regulatum, supin de regulare, régler, de régula, règle.

t RÉGULATION (ré-gu-la-sion), s. f. Terme didactique. Action régulatrice. La description du moulin à vent de M. Hamel, à orientation et régulation automatiques, poncelet, Rapp. vxach. et outils, t. 1, p. 340. Il y a là [dans l'incandescence du soleil] des éléments de régulation dont le jeu sera d'autant plus efficace que la communication sera plus libre entre l'intérieur de la masse entière et la superficie, faye, Acad. des se. Comptes rendus, t. Lxin, p. 233. Avec cette régulation [de la durée de l'introduction de la vapeur dans les cylindres].... on obtient des pressions.... dupuï de lôme, Acad. des se. Comptes rendus, t. lxv, p. 95.

t t. RÉGULE (ré-gu-l'), s. m. i| 1° Par dénigrement, petit roi. Une Andovère qu'on appelle reine de France, parce qu'elle était femme d'unChilpéric, régule de Soissons, volt. Dict. phil. Inceste. Il 2° Terme d'ornithologie. Nom moderne du genre roitelet (insectivores), dans lequel on distinguo le régule cristé de 'Vieiliot (c'est la motacille régule de Gmelin), et la sylvie régule de Latham, dite vulgairement roitelet, aussi bien que la motacille troglodyte de Gmelin, qui est le troglodyte européen de certains auteurs, appelé encore bérichon,

lEGOARANT.

— ËTYM. Lat. regulus, petit roi, diminutif de rex, roi.

2. RÉGULE (ré-gu-l'), s. m. Nom que les anciens chimistes donnaient aux substances métalliques non ductiles extraites des minéraux. La fonte, épurée autant qu'elle peut l'être dans un creuset ou refondue une seconde fois, donne un régule qui fait la nuance ou l'état mitoyen entre la fonte et le fer, buff. Min. t. IV, p. Hl. [II découvrit] le régule de manganèse, condorcet, Margraaf. || Régule d'antimoine, antimoine pur. || Régule d'arsenic, arsenic métallique, arsenic noir, dit, dans le commerce, mort aux mouches. || Régule jovial, alliage d'antimoine et d'étain. || Régule de Vénus, alliage d'antimoine et de cuivre.

— ÉTYM. Lat. regulus, petit roi, ainsi dit parce qu'on pensait que le métal imparfait pourrait s« perfectionner et devenir or ou roi des métaux.

RÉGULIER, IÈRE(ré-gu-lié,liè-r'.Au xvu' siècle.

RËH

REH

d'aprbs Ctifflet, Cramm. p. I88, IV de régulier se faisait sentir, et l'on prononçait ce mot comme hiver, enfer), adj. || 1° Conforme aux règles naturelles. Le flux et le reflux de la mer ont leurs périodes régulières. || i° Conforme aux règles conventionnelles. Un édifice régulier. En prose, comme rien n'empêche d'être régulier, aussi rien ne permet de «e l'êlre pas, d'olivet. Rem. Rae. ao. Il est vrai que cette pièce [les Horaces] n'est pas régulière, qu'il y a en effet trois tragédies absolument distinctes, la victoire d'Horace, la mort de Camille et le procès d'Horace, volt. Comm. Corn. Rem. Hor. V, au début. Un poème qui n'est que régulier est bien loin d'être un bon poème, marmontel, Qiuv. l. VII, p. 369. Si, dans le Centaure du Guide, la partie de l'homme ou celle du cheval était plus forte ou plus faible, l'œil et l'imagination ne s'y reposeraient pas avec cette satisfaction pleine et tranquille que leur cause un tout régulier, id. ib. p. 445. Il 3° Terme do musique. Se dit de tout ce qui est renfermé dans le» rèijles et dans de justes limites ou qui suit une progression uniforme. Cadence, marche régulière. || 4" Terme de grammaire. Verbes réguliers, ceux qui suivent, dans la formation de leurs temps, les règles générales des conjugaisons. || On dit de même: les formes régulières, les temps réguliers d'un verbe. || Noms réguliers, se dit des noms grecs, latins, etc. qui suivent une des déclinaisons ordinaires. 115" Terme de géométrie. Figure régulière, celle dont tous les côtés, tous les angles sont égaux. |1 Corps réguliers, les solides dont les surfaces sont composées de figures régulières. || Terme de minéralogie. Se dit du prisme dont la coupe perpendiculaire à l'axe est un hexagone régulier. || 6° Terme de botanique. Corolle régulière, corolle symétrique d'une certaine espèce, dont toules les parties sont symétriques par rapport à un axe. Quand cej parties sont symétriques par rapport à un plan, comme dans les labiées et les légumineuses, la corolle cesse d'être régulière, sans cesser d'être symétrique. || 7" Se dit du pouls, lorsqu'il présente, entre ses pulsations, des intervalles bien égaux. || 8° Terme de chronologie. Nombre régulier, ou, substantivement, régulier solaire, se dit des nombres mensuels que l'on ajoute à l'épaete de l'année, pour trouver quel jour de la semaine tombe le premier jour de chaque mois. L* douze réguliers solaires sont : 2, 5, 5, (, 3, a, I, 4, 7, 2, B, 7. Il Régulier lunaire, se dit des nombres mensue'is que l'on ajoute à l'épaete de l'année, pour connaître quel jour de la lune tombe le premier jour du mois. Les douze réguliers lunaires

sont : 9, 10, 9, <0, H, 12, <3, (4, )6, )6, 18, «8.

Il 9° Bien proportionné. Il me semble qu'on me va trouver bien habile en Provence d'avoir fait un si joli visage, et si doux et si régulier, sév. 23. Ses traits étaient beaux et réguliers, hamilt. Gramm. 6. Vous avez les traits réguliers, le teint beau, l'air noble, de la bonne grâce dans les manières, le- 8AGE, Tontine, (7. Ce n'est pas, comme vous voyez, une beauté régulière, mais elle est assez piquante, ma foi! ID. Turc, i, 2. || 10° Qui se conforme aux devoirs de la morale, en parlant des personnes. Ce qui lai>se toujours le pécheur dans ses mêmes imperfections, qui ne le rend ni plus fervent, ni plus régulier, bourdal. Car. i, Comm. 3. X qui est-ce.... de corriger une fille attachée au monde.... si ce n'est à une mère soigneuse et réguliùre? id. Dominic. i, Société de justes, 205. Des âmes régulières, zélées, charitables, patientes.... ennemies de tout désordre, id. Dominic. 1, Sainteté et force de la loi, 226. Sainte Thérèse s'estimait heureuse de pouvoir former à Jésus-Christ des épouses fidèles, régulières par vocation, non par coutume, fliLcu. Panég. Ste Thérèse. || 11 se dit des choses. Des mœurs régulières. Jamais vie ne fut plus pure, plus régulière, plus approuvée que celle de Marie-Thérèse, fléch. Mar.-Thér. La vie régulière qu'elle menait, des mœurs qui paraissaient austères, et ses liaisons avec tous les dévots du pays, MARiv. itarianne, 9« part. || Substantivement. Le régulier, ce qui est régulier. Le licite et le régulier le ferait languir [le plaisir de la comédie] , Boss. Comédie, 5. || 11» Exact, ponctuel. Peut-on être plus honnête, plus régulière [que Mme de Grignan à l'égard de son mari]'? peut-on vous aimer plus tendrement? sÉv. 2. Comme je suis une dame assez régulière, je n'ai pas voulu manquer à vous en demander votre avis et votre approbation [du mariage de sa fille], id. à Dussy, 4 déc. (668. Je suis fort peu régulier en visites, ou plutôt je suis assez régulier à n'en pas faire; on m'excuse.... boss. Letlr. Àlb. 253. On était ici fort régulier à lui [au czar]

envoyer chaque année le volume qui lui était dû en qualité d'académicien, et il le recevait avec plaisir de la part de ses confrères, fonten. dar Pierre /". |t 12" Il se dit, par opposition à séculier, en parlant des ordres religieux. Clergé régulier. Il Qui appartient aux ordres religieux. Habit régulier. Les lieux réguliers d'un couvent sont le cloître, le dortoir, le chapitre et le réfectoire. ||S. m. Un régulier, par opposition à un ecclésiastique séculier. On confond le séculier et le régulier; que dis-je! c'est souvent contre le régulier qu'on se déchaîne avec plus d'aigreur, bourdal. Pensées, t. m, p. 164. On fit, après sa mort [du P. Gouye], un règlement qui exclut à l'avenir les réguliers des places d'honoraires et ne leur laisse que celle d'associés libres, d'alemb. .irt. du card. Dubois, note 8. Il 13° Au plur. Les réguliers, s'est dit quelquefois de troupes réglées au service de puissances qui n'ont d'ordinaire que des milices. Les réguliers d'Abd-el- Kader. || 14° S. m. pi. Les réguliers, famille de zoophytes. || 15° S. f. Régulière, variété de tulipe.

— HIST. xiii* s. Et si mit canones riulers [chanoines réguliers]. De clergie garnis et clers, du CANGE, regulares. || xiv" s. Les mouvemens du ciel chascun par soy sont tousjours d'une manière et réguliers, ORESMB, Eth. 66.

— ÉTVM. Prov. reglar; espagn. reylar, regular; ital. regolare; du Isit.regularis, de régula, règle.

KÉGULIÈREMENT (ré-gu-liè-re-man), adv.

Il 1° D'une manière régulière. Vivre régulièrement. Elle est régulièrement belle. || ï° Exactement, ponctuellement, uniformément. Dîner, travailler, se lever régulièrement. La duchesse de Nemours dit que, dans une conférence accordée à quelques députés des rebelles [dans la Fronde], on leur fit accroire que le prince de Condé se faisait servir régulièrement à son dîner des oreilles de Parisiens, volt. Hist. Pari. lvi. Vous voyez que j'écris régulièrement, tout malade que je suis, dès qu'il s'agit de la moindre affaire, id. Lelt. Ruhelieu, «2 sept. <767.

— Etym. liégulière, et le suffixe ment; provenç. regularmen, reglarmen; espagn, retjularmente ; ital. regolarmente.

tBÉGULIN, INE (ré-gu-lin, li-n'), ad;. Terme d'ancienne chimie. Qui a le caractère d'un régule. L'état régulin d'un métal est son état de pureté parfaite. Le soufre étant uni dans l'antimoine aux parties régulines de ce demi-métal, buff. Min. t. iv, p. 282.

— ÉTYM. Régule 2.

t RÉGULUS (ré-gu-lus"), s. m. Étoile de première grandeur qui fait partie de la constellation du Lion.

— ÉTYM. Lat. regulus, petit roi ; étoile ainsi dite à cause de son grand éclat.

t RÉGURGITATION (ré-gur-ji-ta-sion) , s. (. Il 1° Action par laquelle un conduit ou un réservoir se débarrasse des matières qui y sont amoncelées et qui refluent par son ouverture. || 2° Terme de médecine. Vomiturition naturelle et nullement pénible par laquelle l'enfant rejette par gorgées les aliments qui surchargent son estomac. La régurgitation est commune chez les nourrissons. || 3° Mode de digestion propre aux ruminants, par lequel les aliments sont dégorgés pour être mâchés et avalés une seconde fois.

— HlST. XVI* s. Et pour la régurgitation du sang qui remontoit en haut, avoit le ventre fort enflé et tendu, PARÉ, xviil, 60.

— ÉTYM. Régurgiter.

t RÉGURGITER (ré-gur-ji-té), v. a. Terme de médecine. Faire ressortir le trop-plein par l'ouverture d'un conduit, d'un réservoir. Le malade régurgitait des aliments mal digérés.

— HIST. XVI* s. La cholere [bile] coulée par icelui [canal], à la comprc^Fion dudit intestin faite de bas en haut, ne peut régurgiter dedans ladite vessie du

fiel, PARÉ, I, 24.

— ÊTYM. Re, en arrière, et lat. gurges, gurgitis, goulîre (voy. gorge).

RÉHAHILITATION ( ré-a-bi-li-ta-sion ) , s. f. Terme de jurisprudence. Action de réhabiliter; rétablissement dans le premier état. Du moins la mémoire de Calas sera rétablie dans l'esprit du public , et c'est la vraie réhabilitation, volt. Lett. d'Argental, <4 juill. t762. Il [milord Maréchal] se crut obligé de ne plus faire cause commune avec eux [lesjacobites], depuis qu'il avait obtenu ou plutôt accepté sa réhabilitation, d'alemb. Éloges, Milord Maréchal. Le failli qui aura intégralement ac quitté.... toutes les sommes par lui dues, pourra obtenir sa réhabilitation. Code comm. art. 604. || Réhabilitation s'est dit pour anoblissement. Réhabilitation, mot en usage dans les tribunaux, qui a fait vieillir et rendu gothique celui des lettres de noblesse, autrefois si français et si usité, la bp.3T. ziv.

— HIST. XVI* s. Et s'il esioit banny, luy promcltoit rehabilitation et restitution de tous ses biens, ahtot, Sertor. 3i.

— ÉTYM. Réhabiliter.

RÉHABILITÉ, ÉE ( ré-a-bi-li-té, lée), part, passé de réhabiliter. Un gentilhomme réhabilité. || S. m. En terme de commerce, se dit d'un négociant qui, ayant failli, a obtenu plus tard sa réhabilitation.

RÉHABILITER (ré-a-bi-li-té), e. o. || 1" Terme de jurisprudence. Rétablir quelqu'un dans un état, dans des droits, dans des prérogatives dont il était déchu. On réhabilite un prêtre qui a encouru quelque censure ecclésiastique, un gentilhomme qui a dérogé. On réhabilite l'empereur [déchui dans Saint-Denis auprès de Paris; mais il n'ose reprendre la couronne qu'après avoir été absous par les évêques. volt. Ann. Emp, Louis le Débonnaire, 834. Le failli pourra être réhabilité après sa mort, Code comm. art. 614. || On dit de même : réhabiliter la mémoire d'un homme condamné en justice. || Dan." l'ancienne jurisprudence, réhabiliter un mariage, réparer le vice d'un mariage par une nouvelle célébration. Il Réhabiliter s'est dit pour anoblir. Sa faire réhabiliter suppose qu'un homme devenu riche, originairement est noble, qu'il est d'une nécessité plus que morale qu'il le soit, qu'à la vérité son père a pu déroger ou par la charrue, ou par la houe, ou par la malle, ou par les livrées, mais qu'il ne s'agit pour lui que de rentrer dans les premiers droits de ses ancêtres, la brdt. xiv. || 2" Fig. Faire recouvrer l'estime, la considération. Celte action l'a réhabilité dans l'opinion publique. Et vous trouverez alors quelque gentilhomme capricieux ou malaisé, qui réhabilitera votre réputation par un bon mariage, lesagb, Turcar. s, *. Continuez, monsieur, réhabilitez notre siècle; je le quitta sans regret, volt. Lelt. Champfort, t» nov. <774. Tencin.... presque aussi décrié que Dubois,sans être réhabilité par des dignités qui couvrent ordinairement une partis du passé, surtout en France oiï tout s'oublie, duclos, Œuv. t. v:, p. 74. || 3* Sa réhabiliter, v. réft. Obtenir sa réhabilitation. Ce failli s'est réhabilité. || Par extension. Au bout d'un certain nombre d'années et de reproductions, l'homme verrait reparaître la plante originaire du froment, et saurait combien il faut de temps à la nature pour détruire le produit d'un art qui la contraint, et pour se réhabiUter, bufp. Chien. || Fig. Se réhabiliter dans l'osprit des honnêtes gens. On se réhabilite d'un crime impuni, duclos, Consid. mœurs, 4.

— HIST. xvi* s. Si par cas il estoyt devenu furieux, et que, pour luy rehabiliter son cerveau, tu me l'eusses icy envoyé, rab. Cor. i, 28.

— ÊTYM. Re..., et habiliter.

t RËUABITER (ré-a-bi-té) , v. a. Habiter de nouveau.

— HIST. XVI' s. Rehabiter, cotobavb.

RÉHABITUÉ, ÉE (ré-a-bi-tu-é , ée), part, patsi

de réhabituer. Réhabitué à la vie des camps.

RÉHABITUER (ré-a-bi-tu-é), ». o. Il se conjugua comme habituer. Faire reprendre une habitude perdue. Il Se réhabituer, v. réfl. Reprendre une ancienne habitude. Se réhabituer au travail.

— HIST. ivi* s. Rehabituer, cotqrave, fREHACHER (re-a-ché) , t?. o. Hacher de nouveau.

— HIST. XVI* s. Rehacher, cotgrave.

t REHAÏR (re-a-ir), v. o. Haïr de nouveau.

— HIST. XVI* s. Rehaïr, cotgrave.

t REHANTER (re-an-té), v. a. Hanter, fréquenter de nouveau. || Se rehanter, v. réfl. Se hanter de nouveau l'un l'autre. Ils s'étaient brouillés, mais ils commencent à se rehanter.

— HIST. XVI* s. Rehanter, cotgrave.

t REHARCELER (re-ar-se-lé), v. a. Har<ïaUr de nouveau.

— HIST. XVI* s. Reharceler, cotgrave.

t REHASARDER (re-a-zar-dé) , ». a. Hasarder de nouveau. Un joueur ne craint pas de rehasardar l'argent qu'il a gagné.

— HIST. XVI* s. Rehasarder, cotgrave.

t REHAUSSE (re-ô-s'), »./■. Augmentation de la valeur des monnaies. Le particulier perdait à celte rehausse, qui excédait de beaucoup la valeur intrinsèque, ST-SIM. 507, 178.

— HIST. xvi* s. Si le voisin voulant se servir de laditte rehausse [d'un mur], Coust. gén. t. ii, p. I07l.

— ÊTYM. Re..., et housse.

REHAUSSÉ, ÉE (re-ô-sé, sée), part, passt de rehausser. || 1° Haussé davantage. Une muraille rehaussée. || Par extension. [Une personne fière de sa noblesse] Le sourcil rehaussé d'orgueilleuses chimères, BOiL. Sat. X. Il Fig. Tout est rehaussé; autrefois.... toutes les grandes charges de la maison du

REH

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roi étaientaux seigneurs ; présentement tout est duc, tout est maréchal de France, sÉv. 10 janv. <680. J\2' Qu'on fait ressortir davantage. Un dessin rehaussé de blanc, un dessin où des touches de crayon blanc rendent les lumières plus vives. Sous des rideaux de perles rehaussés, volt. Ce qui plait. Il Par extension. Cette éclatante blancheur, symbole de son innocence et de la candeur de son âme, n'a fait, pour ainsi parler, que passer au dedans, où nous la voyons rehaussée d'une lumière divine, boss. Mar.-Thér. Le talentrehaussépard'aimablesdehors, Laverlu qu'embellit la grâce d'un beau corps, ueul. Trois règnes, v.

REHAUSSEMENT (re-6-se-man), s. m. || 1" Action de rehausser. Le rehaussement d'une muraille. Il 2" Le rehaussement des monnaies, l'augmentation nominale de leur valeur. L'abbé Bigorre m'a envoyé l'édit et le rehaussement des monnaies ; ah ! c'est cela qui vous enrichira, supposé que vos coffres soient pleins, sév. 21 déc. i«89. Ija» Fig. Action de rendre plus vif. La mort faisait une partie essentielle des divertissements antiques; elle était là pour contraste et pour rehaussement des plaisirs de la vie, chatbaubh. Génie, iv, vi, 4 3.

— HIST. xvi* s. Faudra que le plancher dudit fourneau aie sur sa circonférence ou bord un rehaussement d'un pouce de haut, 0. de serbes, sus.

— ÉTYM. Rehausser.

REHAUSSER (re-ô-sé), v. a. || 1° Hausser davantage. Rehausser un plancher qui s'est affaissé. Il Fig. Celui qui ne peut faire ni une vraie comédie, ni une vraie tragédie, tâche d'intéresser par des aventures bourgeoises attendrissantes.... il ne peut s'élever au cothurne, il rehausse le brodequin, VOLT. Comm. Com. Rem. D. Sanche, préface. || 2» Relever, soulever. Et dans son cœur déjà se proposait De rehausser le linge de la fille, la font. Gag. |l 3° Augmenter. Rehausser le prix d'une marchandise. Cet homme croit s'agrandir avec son équipage qu'il rehausse, avec ses appartements qu'il augmente, avec son domaine qu'il étend, boss. la Valliére. Il Fig. L'époux.... Fit si bien par sa jalousie Qu'il rehaussa de prix celle-là qui d'ailleurs Méritait de se voir servie Par les plus beaux et les meilleurs, LA FONT. Pet. chien. Rehausser le prix de la reconnaissance, hauilt. Gramm. iv. || Rehausser les monnaies, en augmenter la valeur nominale. Il 4° Rendre plus haut, eu parlant d'un son, de la voix. Puis sa voix rehaussant en quelques mots joyeux, RÉGNIER, Élég. 11. || 5° Fig. Donner plus de force. Rehaussant ton cœur que rien ne peut ployer, Régnier, Épttre 1. Il [Chapelain] soutenait, il rehaussait par la sagesse de sa conduite l'opinion que l'on avait de son esprit, d'olivet, Hist. Acad. t. II, p. 1B3, dans pouGENS. Il Rehausser le bras, relever les forces. De votre illustre hymen je sais les avantages, J'adore les grands noms que j'en ai pour otages. Et vois que leur secours, nous rehaussant le bras, Aurait bientôt jeté la tyrannie à bas, CORN. Sert, i, 3. ||6°Fig. Faire paraître davantage. Les ombres dans un tableau rehaussent l'éclat des couleurs. Je [moi mouche] rehausse d'un teint la blancheur naturelle, la font. Fail. rv, 3. En passant de la palette sur la scène entière de la composition, la couleur est modifiée, affaiblie, rehaussée, et change totalement d'effet, DibER. Essai sur la peint. 11. {{ Il se dit de certaines hachures ou retouches que l'on fait à la peinture en bâtiment. Ces ornemente ont été rehaussés d'or. Il Les vernisseurs disent rehausser, dans le sens de donner plus de clair aux jours, et plus d'obscurité aux ombres. || 7° Rehausser d'or et de soie des ou- Trages de tapisserie, en relever la beauté en y mêlant de l'or, de la soie. Rehausser de broderie le fond d'une étoffe. Cette double teinte [de pourpre] est si vive, que le temps ne peut l'effacer; on s'en sert pour des laines fines qu'on rehausse d'une broderie d'or ou d'argent, fén. Tél. m. ||8°Fig. Il s'est dit de mets que l'on renforce et dont on relève le goût. On rehausse le potage de trois poulets et de quantité de pois verts, scarr. Lett. Œuv. t. I, p. 2)0, dans pougens. || 9° Fig. Faire valoir davantage, mettre en plus grande estime. C'est par le titre de protecteur de l'Académie que le cardinal de Richelieu a cru rehausser l'éclat de sa pourpre, vadoel. Remarques, Ep. dédicat. De cette nuit, Phénice, as-tu vu la splendeur.. ..Cette pourpre, cet or que rehaussait sa gloire, Et ces lauriers encor témoins de sa victoire? rac. Bérén. i, 6. Dès longtemps elle hait cette fermeté rare Qui rehausse en Joad l'éclat de la tiare, id. Athal. i, 1. L'occasion était de celles où les difficultés rehaussent la gloire en succès, hahilt. Gramm. v. || Il se dit des per-

sonnes, en un sens analogue. J'ai parlé de vous avec M. de la Trousse; le goût qu'il a pour votre personne le rehausse bien à mon égard, sév. ou prés, de Moulceau, 24 nov. (687. || 10" Vanter avec excès. Cicéron cherchait à rehausser son consulat et sa victoire sur la conjuration de Catilina. || H° Se rehausser, v. réfl. Se rendre plus haut. Un nain cherche toujours à se rehausser.

— HIST. xiv s. Les fossez parfondiz, les murs [ils] vont rehaussant ; Moult durement doubtoient la venue Bertran, Guescl. 7972. || xvr s. Les difficultezanoblissent, aiguisent et rehaulsent [le plaisir de la vertu], mont, i, 7o. Qu'on veoye, en ce que j'emprunte, si j'ay sceu choisir de quoy rehaulser mon propos, id. ii, 98. On ne leur donna pas loisir de rehausser le pont, carl. v, 12.

— ÉTYM. Re..., et hausser; wallon, rihôssi.

REHAUT (re-6), s. m. Terme de peinture. Retouche servant à faire ressortir des figures, des ornements, des moulures. Des rehauts blancs sur un fond bleu. Il Rehauts d'un tableau, les teintes les plus claires et les plus vives. Les rehauts sont des eiïels nécessaires du reflet, ou ils sont faux, dider. Pensées sur la peint. Œuv t xv, p. 2)9, dans pougens. Il Blanc ou hachure blanche dans la gravure. Il Fig. Il [Octave Feuillet] a des élégances à lui, un peu languissantes par endroit, mais que relèvent de temps à autre des rehauts de vigueur, lavoix, Moniteur universel, 26 août (867, p. ii44, )'• col.

— HIST. xvi* s. Lesquelles [armes] paroissoient aucunement faucées et abastardies en leur couleur, n'ayant pas leurs rehauts si vifs ni si eclatans, Pèlerin d'amour, t. i, p. 328, dans lacurne.

— ÉTYM. Be..., et hâta.

t REHEURTER (re-eur-té), v. a. Heurter de

— HIST. xvi« s. Reheurter, cotgrave.

t RÉHUMECTER (ré-u-mè-kté), v. a. Humecter de nouveau.

— HIST. XVI' s. Rehumecter, cotgrave.

t REHUMER (re-u-mé) , v. a. Humer de nouveau.

— HIST. XVI" s. Je rehume à longs traits l'amoureuse poison, desportes, Cléonice, lxxxiv.

fREILLÈRE (rèUè-r', Il mouillées), s. f. Conduit qui amène l'eau sur la roue d'un moulin à pots.

t RÉIMPORTATION (ré-in-por-ta-sion) , s. f. Action de réimporter d'importer ce qui a été exporté.

RÉIMPORTÉ, ÉE (rè-in-por-té, tée), part, passé de réimporter.

RÉIMPORTER (ré-in-por-té), v. a. Importer de nouveau.

t RÉIMPORTUNER (ré-in-por-tu-né), v. a. Importuner de nouveau.

— HIST. xvi' s. Reimportuner, coigrave.

RÉIMPOSÉ, ÉE (ré-in-pô-zé, zée), part, passé de

réimposer.

RÉIMPOSER (ré-iii-pô-zé) , v. a. || !• Faire une nouvelle imposition, imposer une nouvelle taxe. On réimposa les habitants de cette commune. Une forte somme fut réimposée sur le canton. || 2° Terme d'imprimerie. Imposer une feuille de nouveau pour donner aux pages une disposition nouvelle.

— HIST. xvi" s. Reimposer, cotgrave.

RÉIMPOSITION (ré-in-pô-zi-sion), î. /. || f Nouvelle imposition, nouvelle demande d'argent aux contribuables. || 2° Terme d'imprimerie. Action de réimposer une feuille, une forme.

RÉIMPRESSION (ré-in-prè-sion ; en vers, de cinq syllabes), s. f. Action de réimprimer; le résultat de cette action. Ce n'est pas une nouvelle édition, c'est une simple réimpression.

RÉIMPRIMÉ, Se (ré-in-pri-mé, mée), part, passé de réimprimer. Il [ce discours] passe à l'examen, il est imprimé, et, à la honte du siècle, comme pour l'humiliation des bons auteurs, réimprimé, la bruy. xv.

RÉIMPRIMER (ré-in-pri-mé), v. a. || 1» Faire une nouvelle empreinte. Vous seul [ô Seigneur] avez pu créer mon âme, vous seul pouvez la créer de nouveau; vous 'seul y avez pu former votre image, vous seul pouvez la reformer et y réimprimer votre portrait effacé, pasc. Prière. \\ 2' Imprimer de nouveau. Vous rendez un grand service à la raison, en faisant réimprimer le livre de feu M. Helvétius, volt. Lett. Gallitîin, )9 juin 177S. Quand un livre imprimé en Hollande, parce qu'il n'a pu ni dû être imprimé en France, y est pourtant réimprimé, le gouvernement pèche alors contre ses propres maximes, et se met en contradiction avec lui-même, J. J. rouss. Lett. à M. de Malesh. Corresp. t. v, p. «n, dans pougens. || Se réimprimer, f. réfl. Être réimprimé. C'est un livre qui se réimprimera.

— HIST. XVI* s. Non seulement quand ledit livre a esté imprimé pour k seconde fois, mais toutes fois et quantes on l'a r'imprimé, il a esté augmenté et enrichi, c*Lv. Inst. épit.

t RÉIMPUTER (ré-in-pu-té), V. a. Imputer d» nouveau.

— HIST. XVI* s. Reimputer, cotgrave.

). REIN (rin; au pluriel, Ys se lie : les rin-z engorgés), s. m. Il 1* Terme d'anatomie. Viscère double qui est l'organe sécréteur de l'urine. Le rein gauche. Le rein droit. Un calcul logé dans le rein. Nous sommes presque effrayés, quand nous venons à apprendre que les tubules qui entrent dans la composition d'un seul rein, mis bout à bout, formeraient une longueur de plusieurs milliers de toises, bonnet, Paling. phil. ix, 2. || Pierre des reins, s'est dit autrefois de la pierre d'aigle. || Reins succenturiés ou succenturiaux, nom donné par Casserius aux capsules surrénales. || 2° Au plur. La partie inférieure du dos. Pourquoi donc vois-je maintenant les hommes qui tiennent leurs mains sur leurs reins, comme une femme qui est dans les douleurs de l'enfantement? saci, Bible, Jérémie, XXX, 6. Vous savez ce que c'est pour moi que d'être seize jours sur les reins sans pouvoir changer de situation, sÉv. 250. || Avoir mal aux reins, être allecté de lumbago. || Poursuivre l'épée dans les reins, poursuivre de près. Vaubonne fut chassé l'épée dans les reins jusqu'à un petit ruisseau, ST-siM. 47, 49. Sosiandre poursuivit les sentinelles du lac, la lance dans les reins, volt. Mœurs, 7. Il [Napoléon] lui avait confié [au maréchal Ney] la mission de pousser Castagnes l'épée dans les reins, tiiiers, Hist. de VEmp. xv. || Fig. Poursuivre, presser quelqu'un l'épée dans les reins, presser vivement quelqu'un de conclure une affaire, le presser dans une dispute par de fortes raisons. Il Chaud de reins, plein de luxure. Où les centaures.... Voulurent, chauds de reins, faire noces de chien, Régnier, Sat. x. 113* Au plur. L'épine du dos considérée quant à la force, à la souplesse. 11 a les reins souples, les reins forts. || On dit aussi au singulier : Ce cheval, cet homme a du rein. || Un tour de reins, sorte d'entorse que l'on se donne dans la colonne vertébrale, en faisant quelque violent effort, quelque mouvement brusque. || Fig. Donner un tour de reins à quelqu'un , lui rendre un mauvais office qui doit lui nuire beaucoup. || Fig. En termes de l'Écriture, sonder, éprouver les reins, éprouver la force. C'est moi qui suis le Seigneur, qui sonde les cœurs, et qui éprouve les reins, s.aci, Bible, Jérémie, xvii, )o. Celui qui sonde les reins et les cœurs, vous jugera sur vos intentions, chateaubh. Atala, le Drame. || Fig. Se ceindre les reins, se préparer à quelque effort. Suivant la voix de mon divin auteur, Pour porter aux mourants le pain consolateur, Et pour donner aux morts la sainte sépulture, X l'entour de mes reins j'ai serré ma ceinture, p. lebrun, Foy.de Grèce, ix, 4. || Fig. Avoir les reins forts, être riche, être puissant. || Il n'a pas les reins assez forts, il a les reins trop faibles, il entreprend quelque chose qui est au-dessus de ses forces. Barbezieux, à peine en fonctions, n'avait pas encore les reins assez forts pour porter bien haut personne, st-sim. )88, 2. Il 4° Chez les animaux, les reins, la région qui est entre le dos et la croupe, ayant pour base les vertèbres loinbaires et la portion des muscles spinaux qui lés entourent. Une tête de barbe avec l'étoile nette [chez un cheval]. L'encolure d'un cygne.... Point d'épaules non plus qu'un lièvre, courl-jointé.... Des pieds, morbleu! des pieds! le rein double.... mol. Fdch. u, 7. || 6° Terme d'architecture. Les reins d'une voûte, les parties d'une voûte comprises entre la portée et le sommet. Sur les reins de la voûte intérieure de la coupole s'élèvent quatre rangées de piliers construits en brique, Raymond, Inst. Mém. hist. et beaux-arts, t. m, p. 4)». Il Reins vides, les parties qui, n'étant pas remplie», ne soulagent pas la charge.

— HIST. XII* s. Ço fud uns huem hurepez [hérissé], si out un purceint [ceinture] de pels [peaux] entur les reins, Rois, p. 345. E Malhatias le vit, e si l'en pesa [il en eut du chagrin], et ses rains li tremblèrent, Machab. i, 2. || xm' s. Or donc, Bernart, qui fors rains as. Va, si t'acule à cel huisset....

Ren. )7345 Quatre vilein m'ont trové. Qui m'ont

batu à reposées; Totes les reins en ai enflées, ib. 23298. Toutes [les femmes] sunt par rains lées [larges], combien que maigres soient ; Ne sai qu'eles y boutent, ne qu'eles y emploient, Fors que \iez peliçons, si com maintes gens croient, j. de meung, Test. )2a).||ivi* s. U fault avoir les reins bien fermes pour entreprendre de.... mont, i, <55. Un

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REI

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médicament a sa charge d'aller droict au reins, yoire jusques à la vessie.... ID. m, 2)8. Comparez.... un laboureur.... qui n'a du mal que lorsqu'il l'a, où l'aultre a souvent la pierre en l'ame avant qu'il l'ayt aux reins, iD. ii, 212. Le roy fournit la plupart des armes ; car autrement les reins des capitaines soroyent trop foibles, pour y satisfaire si à coup, LANGUE , 282. Le rein dextre le plus souvent est plus liant, et le senestre plus bas, paré, viii, 34. En la région de l'os coccyx, qu'ils appellent les reins, id. xviii, <3.

— ÊTYM. Berry, érein, échine; provenç.ren, re; anc. espagn. rené; ital. rené; du lat. renem.

t 2. REIN (rin), s. m. Autre orthographe de roin. t RÉINCISER (ré-in-si-zé), t). o. Inciser de nouveau.

— HIST. XVI* s. Reinciser, cOTonAVE.

t RÉINCITER (ré-in-si-té), V. a. Inciter denouveau,

— HIST. xvi* s. Reinciter, cotgbave.

t RÉINCORPORER (ré-in-kor-po-ré), v. a. Incorporer de nouveau.

— HIST. XVI' s. L'Austrasie, que l'on pouvoit fort aisément empiéter et reincorporer à la couronne de France, cabl. iv, 32.

REINE (rê-n' ; au xvi' siècle, la prononciation hésitait entre reine et roine qu'on prononçait rouène et que H. Estienne recommandait), s. f. Il 1° Femme de roi. Combien de fois a-t-elle remertié Dieu de deux grandes grâces : l'une de l'avoir /aite chrétienne.... l'autre de l'avoir faite reine malheureuse I Boss. Reine d'Angtet. Quoiqu'elle [la fille de Pharaon] sût que selon la coutume de ces temps, il y eût, pour la magnificence de la cour [de Salomon], soixante reines et un nombre infini de femmes et de jeunes filles, elle sentit que seule elle avait le cœur, m. Polit, x, v, 1. Il est vrai que tout le poids de l'autorité et toute la grandeur de l'Êlat est en la personne des rois; mais on peut dire que la discipline des mœurs et le succès de la piété dans la cour est en la personne des reines, fléch. Var.-Thér. C'est autour des reines que se range et que se réunit ordinairement tout l'esprit du siècle, le désir de plaire, l'envie de parvenir, le plaisir de voir et d'être vue, id. tb. Dès qu'elle entrait dans la maison de Dieu, n'oubliait-elle pas qu'elle était reine? id, tb. Soyez reine, dit-il ;et, dès ce moment même, De sa main sur mon front posa son diadème, RAc. Esth. I, I. Sous le règne de Louis VII, on nommait prince du royaume l'héritier présomptif de la couronne, les filles de France avaient le nom de reine au lieu de celui de madame, qui ne leur fut donné quedu temps de Philippe Auguste, SAiNT-roix, Bss. Paris, Œuv. t. iv, p. 82. || La reine mère, la reine qui est mère du roi. || Familièrement. Cette femme a un port de reine, une taille, un maintien noble. Il Comme une reine, d'une façon éclatante. Vêtue comme une reine. Vous aurez vu votre tante au Saint-Esprit, et vous aurez été reçue comme une reine, sév. 23. || 2° Princesse qui gouverne un royaume. La reine Elisabeth. Victoria, reine d'Angleterre. Une reine est suspecte à l'empire romain, RAC. Bérén. m, 3. || 3° La reine du ciel, la reine des anges, la sainte Vierge. || La reine des enfers, Proserpine. || La reine des ombres, la Lune. Et le char vaporeux de la reine des ombres Monte et blanchit déjà les bords de l'horizon, lamart. Médit. 1. \\ Reine se dit de différentes personnifications. C'est en vain que les aveugles enfants d'Israël dressaient une table à la fortune et lui sacrifiaient; ils l'appelaient la reine du ciel, la dominatrice de l'univers, boss. Politique, vii, vi, 5. Reine des longs procès, dit-il [à la Chicane], dont le savoir Rend la force inutile et les lois sans pouvoir, boil. Lutr. y. Reine des flots, sur ta barque rapide Vogue en chantant, au bruit de longs échos ; Les vents sont doux, l'onde est ;alme et limpide, Le ciel sourit : vogue, reine des flots, BÉBANG. Prisonnier. || i" Fig. Celle qui domine par quelques qualités éminentes. Tant qu'ils ne sont qu'amants, nous sommes souveraines. Et jusqu'à la conquête ils nous traitent de reines; Mais après l'hyménée ils sont rois à leur tour, corn. Poly. i, 3. Reine de tous les cœurs, elle met tout en armes, rac. Alex. 1, 4 . || Autrefois, la reine du bal, celle qui commençait le bal; aujourd'hui, celle pour qui on le donne; la plus élégante. Mme de la G*"**, reine du bal et de la fête, était fort parée, FONTEN. Lett. gai. 11, )9. Cette femme, qui avait au plus vingt ans, eût été proclamée la reine du bal, s'il était d'usage de mettre aux voix la souveraineté de la grâce et de la beauté, ch. de Bernard, la Chasse aux amants, § i.|| On dit de même: la reine de la fête. Cette jeune fille, couronnée de rose? et mieux parée encore que ses compagnes ,

c'est la reine de la fêle, genlis. Veillées du chdt. t. u, p. 30, dans pougens. || La reine de la lève, celle qui, le jour des Rois, a eu une part do gâteau où se trouve la fève, ou celle que le roi de la fève choisit pour reine. || Familièrement. C'est la reine des femmes, se dit d'une femme pleine de vertus et de bonnes qualités. || Familièrement et fig. Celle qui règle, gouverne quelque chose. Vous, la reine efficiente de la santé des autres, ayez soin de la vôtre, SÉV. à Mme de Grignan,tis cet. 168». ||La reine des incidents, celle qui soulève plus qu'aucune autre des incidents. Si je n'avais pas été la reine des incidents, par la peur que j'avais de conclure [le mariage de Mlle de Sévigné], sév. « août <67).|| 6° Fig. n se dit de ce qui exoroe un empire comparé à l'empire des reines. La beauté est reine des cœurs. Cette grande ville [Tyr] semble nager au-dessus des eaux, et être la reine de la mer, FÉN. Tél. m. On crie contre les philosophes , on a raison ; car, si l'opinion est la reine du monde, les philosophes gouvernent cette reine , volt. !«.«. d'Alembert, s juill. (765. Avez-vous vu la reine de l'aurore [Constanlinople], La cité merveilleuse, épouse des sultans? p. lebbun, Voy. de Grèce, iv, t. Il 6" La plus excellente en son genre, en parlant de choses. La rose est la reine des fleurs. Si la justice est la reine des vertus morales, elle ne doit point paraître seule, boss. Sermons sur la justice, *. Ls Seigneur a détruit la reine des cités [Jérusalem], RAC Athal. 111,7. Il 7° Terme du jeu d'échecs. La principale pièce après le roi. [Bustos] Défend sur le damier sa reine menacée. Et l'échec véritable est loin de sa pensée, p. leuhun, le Cid d'And. 11, 8. || 8° Familièrement. U se dit quelquefois en «'adressant à une femme à qui on reconnaît quelque empire d'affection. La comtesse : Mais quel droit avez-vous sur moiT — Le marquis : Quel droit, ma reine? Le droit de bienséance avec celui d'aubaine, régnard, le Joueur, II, 4. À vous parler sans fard, Ma reine, au rendez-vous vous venez un peu tard, destohch. Glor. I, 2. Il 9° La femelle, ordinairement unique, qui se trouve dans les ruches des abeilles. Des 30 à 36 mille mouches dont une ruche est souvent fournie, la reine est la seule qui engendre, bonnet, Contempl. nal. xi, 26. Cette reine est, à la lettre, la mère de tout son peuple ; elle pond pendant le cours de l'année 30, 40 ou 50 mille œufs, m. t" mém. abeilles. || lO" Reine des prés, nom vulgaire du spir<Ba ulmaria, L. dite aussi belle des prés. || Reine des bois, Vasperula odorata, ou muguet des bois. Il 11» Reine des vergers, espèce de pêche qui vient bien en plein vent, et qui est aussi bonne que les pêches d'espalier les meilleures. Elle est bonne aussi en espalier. || 12° Reine-papillon, l'œil de paon ou le paon du jour. || 13» Reine des carpes, nom vulgaire et spécifique de la carpe reine des carpes, qui difl'ère de la carpe commune, appelée généralement carpe. 1| Reine des serpents, espèce de boa. || 14° Pain à la reine, espèce de petit pain au lait. || 15° Herbe à la reine, ancien nom du tabac. || 16° Ceinture de la reine, voy. ceiniure.

— HIST. XI* s. Atant i vint reïne Bramimonde, Ch. de Roi. \\ xm* s. La roïne ne fit pas que courloise. Qui me reprist, ele etsesfiexli rois, quesnes, Romane, p. 83. Après mourut sa famé la royne au vis clair, Berte, m. || xiv* s. Reine très excellons, la plus noble du monde, Girard de Ross. Au début. Puisque les roynes de France sont mariées, elles ne lisent jamais seules lettres closes, se elles ne sont escriptes de la propre main de leur mary, Ménagier, I, 4.I1XV1* s. Le danger est icy sy grant, que je n'ouse escripre au roy ny à la roine, marg. Lett. 98. La roine continue sa bonne santé, id. tb.... L'amour de la justice Et de la pieté, ces deux puissantes sœurs, Ces deux filles du ciel, les roynes des grands cœurs, déportes, Tombeau de Desportes. Elle se battoit avec une autre qui lui dit : Ha ! chienne, tu veux faire ici de la royne d'Egypte [égyptienne, bohémienne]. — Tu as menti, dit elle, je suis femme de bien. Moyen de parvenir, au chap. intitulé dielte. Pourquoi ha on laissé le mot régulier et uzité de royne pour dire reine? des autels, dans LivET, (o Gramm. franc, p. (26. Avecques raison l'appelle [la coutume] Pindarus, à ce qu'on m'a dict, royne et emperiere du monde, mont, i, 4 < 5.

— ÉTYM. Provenç. regina,reina, reyna; espagn. reina; ital. regina,reitxa, du lat. regina, féminin de rex (voy. roi). Dans l'ancien français, le mot était de trois syllabes, reïne dans l'Ouest, rotne dans le centre ; c'est de l'Ouest que vient la prononciation actuelle, comme c'est au xiv* siècle qu'il a commencé à être de deux syllabes.

REINE-CLAUDE (rê-n'-glô-d'; l'usage a prévalu

de donner ici au c le son du g, voy. claude; rô-neklo-d', que des puristes recommandent, est un« prononciation affectée et réglée sur l'écriture), i. f. Nom d'une prune qui est la meilleure de toutes pour son goût excellent et son parfum; l'arbre qui la produit est une variété du prunut insititia, L.

— REM. L'Académie écrit des reines-claude. Il n'y a qu'une reine Claude ; il faut écrire des reineclaude, génin. Récréât, t. 11, p. 88. On simplifierait beaucoup l'orthographe de ce mot en écrivant des reihes-claudes, comme on écrit des dames-jeanncs, des saints-germains, pautex. U faut en etfet opter entre l'avis de Génin et celui de Pautex; l'orthographe de l'Académie est irrationnelle.

— ÉTYM. La ret'ne Claude, de qui on donna le nom & ce fruit; il est probable qu'on prononçai Claude, comme Crillon écrivait son nom Grillon, voy. Lett. de Henri lY, édit. bercer de xivret, t. v, p. 49 et 278.

REINE-MARGUERITE (rê-ne-mar-ghe-ri-f) , *. /. Plante du genre des asters, que la culture a rendue très-double, très-grande et de couleurs diversifiées (aster chinensis , L).

— ÉTYM. Ret'ne, et marguerite, nom d'une fleur. REINETTE ou RAINETTE (rê-nè-f), s. f. Nom

générique d'un grand nombre du variétés de pommes à couteau, caractérisées en général par la peau tachetée, plus ou moins grise ou jaune au fond, et par l'absence de côtes saillantes; les principales reinettes sont la reinette franche, de Canada, de Caux, blanche, grise, etc. Les autres [fruits] lui sont à mépris. Fussent des pommes de reinettes, scarh. Yirg. vi.

— REM. Ne dites pas pomme reinette ; dites reinette ou pomme de reinette.

HIST. xvi* s. On peut faire quelque syrop magistral de pommes de reinette, ou court-pendu,

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