‹ Dictionnaire de la langue française (volume 2)Chapitre 66 sur 754 · RIF · texte numérisé non relu

RIF

rien moins que Grecz ou Latins, desprisent toutet choses escriptes en françois, du bell. i, 3, verso. Brief, en toutes formes et manières de vivre non moins louables que proufitables, nous ne sommes rien moins qu'eux [de rien inférieurs aux anciens], id. 1,4, t'erîo. La fortune amiable Est-ce pas moint que rien? id. 11,67, recto. Hé qu'est il rien que ce garçon [l'Amour] ne brûle ? hons. (16.11 estoit un grand fat d'aimer sans avoir rien, id. 424. Si je souhaite rien, vous estes mon souhait, id. (39 Et que nostre fangeuse masse Si tost s'esvanouyt en rien, Qu'i grand'peine avons-nous l'espace De gouster la douceur du bien, in. 409. Et si je faux, au destin soit la faute, Et non à moy de rien ambitieux, id. 614. ....Et si de mes labeurs qui honorent la Fiance, Je ne remporte rien qu'un rien pour recompense, ID.

703 Qui fait que nostre vie est seulement un

songe. Et que tous nos desseins se finissent en rien, id. 774. Il emporta en un rien le pris d'estre un très bon capitaine, brant. Médicis. Rien n'a, qu'assez n'a, coigrave. On ne fait de rien grasse poirée, ID. Qui rien ne porte, rien ne lui chet, id. Qui ne sçait rien, de rien ne doute, id.

— ÉTVM. Berry, rin; bourguig. et bressan, ran; wallon, rein; provenç. re; anc. catal. rcn; catal. mod. re, res; du lat. rem, chose. Dans l'ancienne langue, riens est le nominatif singulier et rien le régime singulier; au pluriel, riens est le régime.

RIEUR, EUSE (ri-eur, eû-z' ; du temps de Ménage, rieur se prononçait ri-eû, même devant une voyelle), s. m. et /". || 1* Celui, celle qui rit. Savezvous bien, monsieur le rieur, que je ne ris pas moi? mol. VAv. III, 6. On rit par occasion, mais on n'est pas rieur par état, dider. Essai sur la peint, ch. 5. Il Avoir les rieurs de son côté, faire rire aux dépens de son adversaire, et fig. avoir pour soi l'approbation du plus grand nombre. Si on ne peut avoir l'aréopage de son côté, il faut avoir les rieurs, et il me paraît qu'ils sont pour nous, volt. Lett. d'Alembert, 1 3 août ( 760. Je pris la plume, et j'en traitai quelques-uns de manière à ne pas laisser les rieurs de leur côté, J. J. rouss. Confess. viii. Ce n'est pas le tout que d'avoir pour soi les juges; il faut aussi avoir les rieurs de son côté, arnault. Loisirs d'un banni, t. i, p. 354, dans pougens. I! On dit de même : Les rieurs sont de son côté, sont pour lui. Les rieurs sont pour vous, madame, c'est tout dire, bol. Jfis. 11, 6. La faveur et les rieurs, comme l'on dit ordinairement, ne sont que rarement du côté de la vérité, maledr. Rech. vér. iv, 13. Un projet assez vain serait de vouloir tourner un homme fort sot et fort riche en ridicule : les rieurs sont de son côté, la bruy. vi. || i* Celui, celle qui aime à rire. Je me suis trouvée un jour avec de ces rieuses éternelles, qui m'inspirèrent si fort leur rire, que je ris presque jusqu'aux larmes, sans que je susse pourquoi je riais, m"* de scudRry, Con\:ersations, de la conversation. Ma foi, monsieur, Dit avec un ton de rieur Le gaillard savetier, ce n'est pas ma manière De compter de la sorte, LA FONT. fabl. viii, 2. Pour moi, qui suis une rieuse, je t'avouerai qu'un acteur parfaitement ridicule ne me divertit pas moins qu'un excellent, LE- SAGE, Gil Bl.vn, 7. \\Adj. La fête commencée, avec ses sœurs rieuses Elle accourait, v. hugo, Orient. 33. Il 3° Celui ou celle qui raille. Le sieur de la Rappinière était alors le rieur de la ville du Mans; il n'y a point de petite ville qui n'ait son rieur; la ville de Paris n'en a pas pour un, scarr. Jlom. com. I, 2. On cherche les rieurs et moi je les évite, la FONT. Falil. VIII, 8. N'allez point de nouveau faire courir aux armes Un athlète tout prêt à prendre son congé, Qui, par vos traits malins aucombat rengagé, Peut encore aux rieurs faire verser des larmes, BOiL. Épigr. xxxv. Les rieurs de Madrid en eurent pour longtemps à s'égayer, et les poètes satiriques ne perdirent pas une si belle occasion de faire couler le fiel de leur plume, lesage, Gil Bl. xii, 5. Il 4* Coucou du Mexique. || 5° S. f. Rieuse, espèce de mouette. || Colombe rieuse, ou tourterelle à collier, eoiumba risoria, L. ainsi nommée à cause d'un roucoulement qui ressemble au rire.

— HIST. XVI* s. Caton se prit à dire : Que nous avons un grand rieur et un grand mocquour de consul! AMïOT, Cicér. et Démosth. 2.

— ÊTYM. Rire; wallon, rycu; Berry, rteuas. t RIEUX (ri-eù), t. m. Terme de pêche. Filet du

genre des folles, que l'on tend par le travers de» courants d'eau.

t RIFLADE (ri-fla-d'), s. f. Coup, blessure qui ne fait que rifler.

— HIST. XVI* s. Monsieur faillit à estre tué; mais Vinsiejatta au devant de lui. si bien qu'ii n'eut

RIG

que quelques rifflades au col, à la main gauche et i la cuisse, d'aub. Ilist. u, H.

— ÊTYM. Ri/ler.

i. RIFLAHD(ri-nar], s. m. || 1° Rabot à deux poiiniées, qui sert à dresser le bois de charpente. Il S* Large ciseau dont les maçons se serrent pour èbarber les ouvrages de plAlre. {| 3' Grosse lime pour dégrossir les métaux. || 4* Laine la plus grosse et la plus longue d'une toison.

— ETYM. taper.

t a. RIFLAUD (ri-flar), f. m. Terme familier. Vieux parapluie.

— ETYM. Dû à la vogue d'une pièce de Picard [la Petite ville, isoO. où l'acteur chargé du rôle ridicule de Ri/lard parait armé d'un énorme parapluie.

I RIFLEAU (ri-fliJ), s. m. Veine de matières étrangères, inclinée au sud, dans un banc d'ardoise.

t RIFLF.H (ri-né), V. a. Terme vieilli. || !• Rgratigner, écorcher. || Fig, Piller, voler. Antoine des lointains climats, Ayant riflé jusqu'aux goujats.... Parait avec nombreuse troupe, Jacques moreau, la Suite du Virgile travesti, viii. Si la mèche était éventée, Qu'on feroil bonne picorée I Ou si corsaire était Turnus, Il vous rideroit rasibus, Ou brûleroit ribon ribene, Et vos vaisseaux et leur antenne, m. tJ). X. Il i' Terme de métier. Unir ou aplanir avec le riflard. || Limer dans des ciselures ou cannelures (voy. RIFLARD ( ). Les Gracques, fondus au sable, ont été ritlés outre mesure; sous prétexte d'effacer les bavures, on a donné au travail du sculpteur un accent uniforme qui ne pouvait se rencontrer ni dans la terre, ni dans le plâtre, G. planche, Revue des Deux-Mondes, t* sept. (8B5, p. <ib3.

— HIST. xi:" s. Si se trenchierent, si cume fud lur usages, de cultels, et riflerent la charn Jesque il furent sanglenz, iiois, p. 3(7. || xiv s. Vous estes bonnes gens, on vous doit bien loer: Vous avez bien à boire et très bien à rider, Guescl. v. 7192. ||xv*s. Tout le plat pays estoit rifdé, froiss. ii, ii, 40. Et les coups s'en vont à néant en ridant parmy les escus, Perceforest, t. i, f" *6. (Les femmes] X tous proDOS, Sans nul repos, Sont demandantes.... Mais ravissaivles, Rifdantes, Puis tournant le dos, guill. D'ALKxrs, Blason des faulses amours, édit. goth. de

RAULIN GAULTIER, f* IB, reCtO.

— ETYM. Autre forme de rafler.

f RIFI.OIU (ri-doir), t. m. Lime un peu courbée par le bout, qui permet d'agir dans les creux.

— ÉTYM. Ri/Ier.

f RIGACD (ri-gô), s. m. Terme de construction. Noyau qui se trouve dans une pierre à chaux mal calcinée.

RIGAUDON ou RIGODON (ri-godon), i. m.

Il !• Ancienne danse d'un mouvement vif sur un air à deux temps; elle se dansait à deux personnes, et faisait décrire des lignes assez compliquées, comme on le voit dans le Rigaudon de la Paix, qui ouvre le recueil des danses de Feuillet. Je vous prie de songer déjà à des remerciments pour elle [Mme Santa-Crux], et à la louer du rigodon où elle triomphe, sÉv. t. m, p. 186, éd. Régnier. Prologue : passe-pied pour les jeux et les plaisirs, gavotte pour les ris, et rigaudon pour les songes agréables, noverre, Lett, sur la danse, p. (68, dans poi.gens. Il 2* Air à deux temps, très-animé, sur lequel on dansait le rigaudon, et, par extension, tout air propre à une danse vive. || 3° Le pas : les pieds étant assemblés, on plie les genoux, on fait deux jetés successivement du pied droit et du pied gauche, puis on plie, on saute et on retombe en assemblé à la troisième position ; tout cela se fait sur place, sans avancer ni reculer, rahead, Maitre à danser, ln-8, (725.

— ETYM. « On trouve rigodon dans le Dictionnaire de l'Académie ; mais cette orthograihe n'est pas usitée ; j'ai ouï dire à un maître à danser que le nom de celte danse venait de celui de l'inventeur, lequel s'appelait Rigaud, » J. I. souss. Dict. de mus. art. rigaudon.

t RIGAUDONNER (ri-go-do-né), e. n. Populairement, danser le rigaudon, se livrer à une folle joie.

t RIGEL (ri-jèl), s. m. Étoile de la première grandeur, située dans le pied occidental dOrion.

RIGIDE (ri-ji-d'), adj.\\i' Terme d'histoire naturelle. Qui ne plie pas, dur, roide. Ce qu'il [Aristote] dit au sujet du cou du lion, qu'il prétend ne contenir qu'un seul os rigide, inflexible et sans divisiondesvertèbres.aété démenti par l'expérience, BDFP. Quadrup. t. m, p. ((7. Ce n'est point du tout mon rubia peregrina, plante beaucoup plus grande, plus rigide, plus âpre, et de la consislance tout au moins de la garance ordinaire, j. j. rou.ss. 3« lett. i M. de la Touretle. || 2" Fig. Dont la sévérité ne

RIG

/léchit jama. ). One ne fut juge plus rigide [que Rhadamanthe], scarr. Virg. vi. La mort a découvert le secret de ses affaires; et le public, rigide censeur des hommes de cette fortune et de ce rang, n'y a rien vu que de modéré, Boss. le Tellier. Il ( Luther] méprisait les frères de Bohême comme de» gens sérieux, rigides, d'un regard farouche, qui se martyrisaient avec la loi et les œuvres, et qui n'avaient pas la conscience joyeuse, m. Var. xi, (7». Vous étiez, contre le crime, si sévère dans vos décisions et si rigide dans vos arrêts, bourual. Jugem. dern. I" avent, p. 82. Ce rigide ennemi du pouvoir arbitraire, VOLT. If. de Ces. i, (. Plusieurs philosophes, rigides partisans de la morale sévère, me blâmaient hautement; je [Aristippe] ne leur répondais que par des plaisanteries, barthél. Anach. ch. 32. Je dompterai [moi Asiarté] les vierges rigides, et j'irai troubler, jusque dans leur désert, ces anachorètes qui pensent échapper à mes enchantements, cha- TEALBH. les Mart. viii. || Il se dit aussi des choses. Lorsque le juge veut s'agrandir, et qu'il change en une souplesse de cœur le rigide et inexorable ministère de la justice, Boss. le Tellier. Les mœurs des Romains avaient naturellement quelque chose, non-seulement de rude et de rigide, mais encore de sauvage et de farouche, m. Uist. m, 6, Mme de Longueville, M. le duc de Roannez, et un certain nombre de personnes dont l'esprit et les lumières n'ont pas été contestées, et dont Ie« mœurs ou les maximes n'ont été accusées que d'être trop rigides, FONTEN. des Billettes. Toi dont j'avais tant craint l'esprit ferme et rigide, volt. Adélaïde, v, 1. 1| 3° Se dit de ceux qui, étant d'une religion, ou d'une secte, ou d'une école, font profession d'en soutenir tous les dogmes, tous les sentiments. Catholique rigide. C'est comme citoyen vertueux, c'est comme stoïcien rigide qu'on révère Caton, volt. Triumv. Ifotes. 11 refusa tout : il ne buvait que de l'eau, et ne mangeait que des herbes ; l'Athénien me dit 4 l'oreille : c'est un rigide pythagoricien, barthél. Ànach. ch. 74.

— ÊTYM. Lat. rigidus, qui, ayant l'accent sur ri, a donné roide à l'origine de la formation. Rigide a été calqué sur le latin.

RIGIDEMENT (ri-ji-de-man), od;'. D'une manière rigide. Quand les lois n'étaient plu» rigidement observées, montbsq. ilom. m. La discipline militaire, l'âme du service, si rigidement soutenue par Louvois, tomba dans un relâchement funeste, volt. Louis XIV, (8. Les visites très-rigidement domiciliaires qui seront faites pendant l'insurrection, BABOStiF, Pièces, l, 422.

— ETYM. Rigide, et le suffixe ment.

RIGIDITÉ (ri-ji-di-té), s. f. || 1° Terme d'histoire

naturelle. F:tat de ce qui ne cède ni à la flexion, ni à la pression. || Rigidité cadavérique, durcissement considérable des muscles, qui survient après la mort, et d'où résultent le rapprochement des mâchoires, la flexion des doigts, l'impossibilité de faire mouvoir les articulations les unes sur le» autres. Il %• Terme de manège. I éfaut de souplesse, raideur. Des homme» continuellement exposés à toutes les injures des saisons, aux fatigues de la chasse, aux périls de la guerre, en contractent une rigidité de fibres, une habitude à souffrir, qui se change en une sorte d'impassibilité, raynal, Hist. phil. xv, ♦ . Il 3° Fig. Sévérité qui ne fléchit jamais. La raison, autrefois rude et grossière, s'est civilisée avec le temps, et ne conserve presque rien de son ancienne rigidité, ST-EVREMOND, dans richelet. Feu H. Patru, mon illustre ami, était non-seulement un critique, mais un très-violent hypercri tique, et en réputation de si grande rigidité, que.... boil. Lett. à Brossette, 30. \\Au plur. Actes de rigidité. Ces rigidités salutaires Que, pour ravir le ciel, saintement violents, Exercent sur leurs corps tant de chrétiens austères, boil. Épigr. xxxvit.

— ÊTYM. Lat. rigiditatem, de rigidus, rigide. RIGODON (ri-go-don), *. m. Voy. rigaudon.

t RIGOLAGE (ri-go-la-j'), s. m. Terme rural. Action de faire couler les eaux dans les rigoles.

— ÉTYM. Rigole.

RIGOLE (ri-go-r), s. f.\\i' Petit fossé creusé dans la terre, ou petit canal creusé dans des pierres de taille, pour amener l'eau dans un terrain. La nécessité avait enseigné aux Péruviens à pratiquer des rigoles au détour des montagnes, sur le penchant des collines.... pour féconder leurs champs que les pluies ne fertilisaient pas, batnal, Hist. phil. VII, 6. S'il [l'enfant] peut, il creuse une rigole, y met de l'eau, il l'y fait circuler, michelet, Nos fils, II. Il Terme de ponts et chaussées. Lit artificiel, creusé pour amener les eaux d'un ruisseau, d'un réservoir, d'une rivière, sur un point où elles

RIG

n'arrivent pas naturellement. || Terme de marine. Canal creusé obliquement, de chaque cAté de la caisse d'un mât de hune ou de perroquet, pour loger la guinderesse, pendant qu'on guindé et qu'on cale le mât. || 2* Il se dit du cours d'eau lui-mime. Entre deux coteaux assez élevés est un petit vallon nurd et sud, au fond duquel coule uno rigole entre des cailloux et des arbres, i. j. roi.'ss. Conf. v. Il [le fleuve] vient, il se partage en fertiles rigoles; Ses limpides filets sont autant de pactoles, delil. //ont. des eh. Var. et add. ii || Fig. On a mieux aimé se désaltérer dans les rigole» que dans les eaux pures des grands fleuves, LE p. cathou, Préf. de l histoire rom. dans desfontaines. || 8* Petite tranchée faits pour planter des bordures de buis, de thym, etc. Ii Petite tranchée pour faire écouler l'eau. || Terme de maçonnerie. Se dit des petites tranchée» de peu de profondeur faites pour fonder un mur de clôture.

— HIST. XIV* s. Quant il veulent peschier leur estant, il peuent escluser la rivière dessus le pont et faire rigoUas [sic] pour ladite rivière escouler, DU CANOE, rigola.

— ETYM. Origine incertaine. On trouve dans les anciens textes regort, mais c'est un tout autre mot (de re, et l'ancien gort, du lat. gurges). Diez pense que rigole est d'origine celtique : kyrnri, rhig, raie, rhigol, sillon. D'autres, et parmi eux Scheler, le rattachent au bas-latin rega, raie, qui vient de rigare, arroser. Mais du Cange a rigora, petit ruisseau, riguolcs, même sens, ainsi que rigus, rigulus, de sorte que la dérivation par rigare est fort vraisemblable.

f RIGOLER (SE) (ri-go-lé) v. rifl. Terme vieilli. Se divertir, faire une petite débauche. Puis maints amours de rire et de s'ébattre, Se rigolant, menant joyeux déduit. Et jusqu'au jour faisant le diable à quatre, J. B. Rouss. Poés. div. Œuv. t. ii, p. 32o, dans pougens. || F. n. Terme populaire. Rigoler, même sens.

— HIST. XIV" s. Et l'ung de l'autre se rigole [moque], Jfoduî, f* cvii. || xV s. Nonobstant que plusieurs qui l'oyoient se rigolassent de luy.... Bouciff. 1, 4. Il ivi' s. C'estoyt passe temps céleste les veoir ainsi soy rigouller, rab. Garg. i, 4. Se rigoler au soleil, cotgrave.

— ETYM. Ane. haut-ail. rigia/allem mod. reigen, danse en rond, d'après Scheler.

f RIGOLET (ri-go-lè) , ». m. Petite dérivation d'irrigation (dans la Drôme).

— ÊTYM. Dimin. de rigole,

t RIGOLETTE (ri-go-lè-f), s. f. Nom d'un personnage de roman {Mystères de Paris, d'KugèneSue), qui est devenu à peu près synonyme de grisette.

— ETYM. fli'goI<r.

] RIGOLEUK (ri-go-leur), s. m. Terme populaire. Homme qui se dérange de son travail pour aller boire ou s'amuser.

— ÉTYM. Rigoler.

RIGORISME (ri-go-ri-sm'),«. m. Attachement aux règles morales ou religieuses, poussé jusqu'à la rigueur. Du rigorisme embouche la trompette, Sois hypocrite, et ta fortune est faite, volt. Pauvre diable. Il fut ferme sans intolérance, vigilant sans rigorisme, d'alemb. Éloges, Vauréal. Une ville [Genève] où l'esprit de rigorisme et de pédantism» apporté par Calvin avait jeté des racines profondes, CONDORCET, Vie de Voltaire. Ce rigorisme qui rend l'homme dur i. lui-même, puis insociable, d'abord victime, ensuite tyran, se déchaîna contre les quakers, hatnal, Hist. phil. xvii, 20.- Une espèce de long parlement royal dura dix-sept années pour la corruption, l'impiété et la servitude, comme le long parlement républicain en avait existé vingt pour le rigorisme, le fanatisme et la liberté, chatkadbb. Stuarts, Charles IL

— ÊTYM. Lat. rigor, rigueur, et la terminaison isme qui signifie attachement spécial i.

RIGORISTE (ri-go-ri-sf) , t. m. et /. Celui ou celle qui pousse jusqu'à la rigueur la sévérité des principes. Si une secte affreuse de rigoristes [les jansénistes] ne succède pas aux jésuites, volt. Lett. Marmontel, 28 janvier (764. Les rigoristes le blâmèrent [Massillon, d'avoir assisté au sacre de Dubois], et les gens raisonnable» le plaignirent et l'excusèrent, duclos, Œuv. t. vi, p. 2o. Ehl ne nous jugez point d'après cette foule d'observances, la plupart ajoutées à la règle par des rigoristes qui voulaient réformer la réforme, barthél. Anach. chap. 76. Il Adj. Une secte rigoriste. Vous êtes bien rigoriste. . .

— ÊTYM. Lat. rt'gor, rigueur, et la terminaison l'île qui signifie attaché à.

RiaOUBEUSEMENT ( ri-gou-r«û-ze-man ) , <Wt>.

RIG

RIG

RIG

Il 1* Avec rigueur, loutes mes allées sont nettes rigoureusement, s«v. 22 juillet 1671. Elle parut les yeux baissés , couverte d'un grand voile ; et elle ne parla que pour modérer la colère d'Idoménée, qui voulait faire punir rigoureusement un de ses esclaves , fén. Tél. xxii. Dans un poSmc , on n'est oblige de se conformer rigoureusement à la vérité historique, ni pour l'ordre et les détails des faits, ni même pour le caractère des personnages, VOLT. Henr. i, notes. \\ t' X la rigueur, avec une exactitude parfaite. Cela est rigoureusement vrai. Cela est rigoureusement démontré. X parler rigoureusement. Jésus-Christ ne fut point un philosophe , ce fut un Dieu , didrr. Opin. des anc. phil. [Jésus-Christ). Ces résultats étant fondés sur le développement des quantités en séries infinies, on pourrait les regarder comme n'étant point rigoureusement prouvés, FouRiER, Instit. Mém. scienc.

1819 et (820, t. IV, p. 275.

— HIST. xiv* s. Li rois Piètres me mande si rigoreusement, Que [je] vous face partir hors de mon tenement, Guescl. 7097. J'ay voulu ceste ma loyale espouse curieusement et rigoreusement esprouver, Ménagier, i, 6. || xvi' s. Si tost que le terme qu'il leur avoit prefix estoit passé, il le redemandoit [le prêt] précisément et rigoureusement, AMYOT, Crass. *. Tant d'amours, tant d'attraits, rigoureusement doux, Ce teint, ce ris, ce front où la grâce est emprainte, desportes, Cleonice,

— f.TYM. Rigoureuse, et le suffixe ment. RIGOUREUX, EUSE (ri-gou-reû, reû-z'), adj.

Il 1° Qui a beaucoup de sévérité dans ses maximes et dans sa conduite. Rigoureuse vertu dont je suis la victime, corn. Ilor. ii, 5. Un sage ami, toujours rigoureux, innexible, Sur vos défauts jamais ne vous laisse paisible, boil. Art poét. i. Être doux pour tout autre et rigoureux pour soi , m. Sat. xi. [Lally] toujours fermement persuadé qu'il n'avait été que rigoureux, et non coupable, volt. Louis XV, S4. Il Substantivement. Ma chère enfant, que je suis fâchée de vous quitter encore I je sens cet éloignement; la raison dit Bretagne et l'amitié Paris : il faut quelquefois céder i cette rigoureuse, sÉv. S6 mars («89. ||S° En parlant des choses, rude, âpre, difficile i supporter. Et les coups violents d'un rigoureux ennui.... corn. Médée, ii , i. At-elle trouvé sa pénitence trop longue ou trop rigoureuse? FLÉCH. Duch. de Uont. Je ne puis qu'annoncer un ordre rigoureux, volt. Alx. iv, 7. Â quoi tiennent, mon Dieu, les vertus politiques! Combien doivent leur faute à leur sort rigoureux, Et combien semblent purs qui ne furent qu'heureux I V. HUGO, CromwelX, i, 1. 1| 3° Il se dit d'une température dure, âpre, d'un climat soumis à une température de cette espèce. Pour ne point s'en servir aux plus rigoureux mois , Dans le fond d'un grenier on séquestra le bois, boil. Sat. x. La même barre aimantée de la même manière n'acquiert pas dans l'été la même vertu que dans l'hiver, surtout pendant un froid très-rigoureux, buff. Jftn.t. IX, p. (97. Le climat [au Canada] n'avait point dévoré le» hommes qu'on y avait fait passer ; il était rigoureux, mais sain; et les Européens y fortifiaient leur tempérament sans risquer leur vie, raynal, hist. phil. XV, e.jIFig. Ciel rigoureux, la divinité qui punit. Craignez, seigneur, craignez que le ciel rigoureux Ne vous haïsse assez pour exaucer vos vœux, RAC. Phidre, v, s. || i" En pariant des choses, qui demande ou qui prouve une exactitude sévère. Maxime rigoureuse. Elle ne connut plus d'autres ennemis que ses péchés; aucun ne lui semblait léger; elle en faisait un rigoureux examen, boss. Reine d'Anglet. Un rigoureux devoir me condamne au silence , rac. Kithr. n, «. Au moyen de ces principes dont on est redevable à Newton, tous les phénomènes du mouvement de la lumière à travers un nombre quelconque de milieux transparents et dans l'atmosphère, ont été soumis à des calculs rigoureux, LA PLACE, Kxp. IV, (7. Il Dans le langage de l'mquisition, rigoureux examen. Dans ce code Infernal de l'inquisition que je viens d'étudier, le rigoureux examen est partout synonyme de torture, BDOAB QuiNET, l'Ultramontanisme, «• leçon. Il Une diète rigoureuse, une abstinence presque complète. || 6* Incontestable, évident. Démonstration rigoureuse. Preuves rigoureuses. El maintenant que nous connaissons la cause des petits mouvements de ces périhélies, nous devons regarder celle loi comme étant rigoureuse, laplace, Exp. iv (•. La solution rigoureuse de ce problème surpassé les moyens actuels de l'analyse, id. ib. iv, 3. m* Terme de peinture. Touche rigoureuse, touché

prononcée. || 7° S. f. Rigoureuse, temps de stage, pendant lequel un chanoine est rigoureusement astreint à l'assistance au choeur.

— HlST. XV' s. Quand ledit duc eut veu et apperceu la volonté de ceux de Gand , qui estoient ainsi rigoureux de vouloir conserver et maintenir leurs fascheux privilèges , math, de coucy , Ilist. de Charles VII, p. «20 , dans lacurne. || xvi* s. 0 devoir rigoureux I desportes, Diverses amours, xxi , Complainte en allant en Pologne. [Une flèche] Portant un fer forgé par desplaisance Au feu ardent de rigoureux refus, marot, i, (oo. Que diray plus du combat rigoureux [de Pavie] 7 m. i, 326. Ton cœur est droit, quoi qu'il soit rigoureux, ID. 1 , 366. La fortune luy ayant esté en toutes choses plus rigoureuse et plus dure qu'à ses ennemis, amyot. Strier. I. De quoy s'estant plaint assez modestement, encore luy feit on une fort rigoureuse response , id. C. d'Uliq. *9.

— ÉTYM. Provenç. rigoros; catal. riguros ; esp. rigoroso, riguroso; ital. rigoroso; du lat. rigorosus, de rigor, rigueur.

\ RIGRI (ri-gri), s. m. Ancien terme injurieux chez le petit peuple rie Paris. Un vilain , un ladre. Sire, me voilà dans Paris; C'est, je crois, votre capitale ; Tous les sots, tous les beaux esprits. Gens à rabat, gens à sandale. Petits-maîtres, pédants rigris, Parlent de vous sans Intervalle, volt. Lett. au roi de Prusse, juin 1742.

— ETY.M. Origine inconnue.

RIGUEUR (ri-gheur), s. f. || !• Dureté qui agit avec une sévérité inflexible, ô jeûnes, pauvreté, disciplines, cilioes. Amoureuses rigueurs et triomphants supplices, ô cloître, 0 saints travaux, qu'il vous faut souhaiterl corn. [mit. m, (O. Pourrezvous me haïr jusqu'à cette rigueur De souhaiter pour vous même haine en mon cœur? id. Œd. iv, 6. Les rigueurs des parents , la contrainte cruelle. Ne font que redoubler une amitié fidèle, mol. Pourc. 1, 2. Sans châtiment, sans rigueur, il couvrait l'injustice rie confusion, en lui faisant seulement sentir qu'il la connaissait, aoss. le Tellier. Il vous faudra, seigneur, courir de crime en crime. Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés, ID. Prit. IV, 3. Tu sais de nos sultans les rigueurs ordinaires : Le frère rarement laisse jouir ses frères De l'honneur dangereux.... id. Baj. 1, (. On se met en état d'être craint , sans user souvent de rigueur, fén. Tél. xii. Il fallut être esclave , et épuiser pour ainsi dire toutes les rigueurs de la fortune, id. Tél. 11. Il [Dracon] en publia [des lois] dont l'extrême rigueur, favorable par avance à la doctrine des stoïciens, punissait de mort I.1 plus légère faute, conime le plus énorme forfait, hollin, Ilist. anc. Œuv. t. 11, p. B66 , dans poucens. D'autres se dévouent aux saintes rigueurs et aux macérations continuelles de la pénitence, mass. Myst.

Ass comme un esclave et comme un meurtrier

Qu'à la rigueur des lois il faut sacrifier, volt. Jf^r. I, 4. Il Tenir rigueur, ne pas accéder, ne pas accorder, ne pas pardonner. Savoir sa maîtresse si près de soi et lui tenir rigueur, l'amour ne le put jamais permettre, st-sim. 164, (72. Le banquier ne peut pas tenir rigueur, ayant intérêt de faire sortir promptement l'argent vieux, montesq. Esp. xxii, (0. Donnez-moi donc la main , monsieur le comte, vous ne me tiendrez pas rigueur? imbert^ Jaloux sans amour, 11, 8. || 8° Ce qui est rude, âpre difficile à supporter. La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles, malh. vi, (8. Dans les justes rigueurs d'un sort si déplorable, cobn. Rod. v, 6. Je prévois la rigueur d'un long éloignement, rac. Iphig. 11, 2. Dans les longues rigueurs d'une prison cruelle, id. Phèdre, iv, 2. L'enfant prodigue ne pense à revenir dans la maison paternelle que lorsqu'il commence à sentir les rigueurs de la faim , mass. Carême, Prosp. Je l'assurai qu'elle [ma coquetterie] ne tenait qu'au besoin que j'avais de plaire, pour faire supporter les rigueurs de mon logement, staal, Hém. t. I, p. 290. Il 3° Dureté, âpreté de la température. La rigueur de l'hiver, qui était si violent qu'on était obligé de rompre à coups de hache le vin qu'on distribuait aux soldats, duclos, Œuv. t. 11, p. 363. Il n'y avait qu'eux [des étudiants qui chantaient] dans la rue; car la rigueur des frimas en écartait tout le monde, stael, Allem. i, 2. X l'instant même où Napoléon décidait son départ , l'hiver devenait terrible, comme si le ciel moscovite, le voyant près de lui échapper, eût redoublé de rigueur pour l'accabler et nous détruire, ségur, Ilist. de Nap. xi, (2. jj 4° Grande exactitude, grande sévérité dans l'application des règles. Il ne faut pas prendre cela dans un sens de rigueur, BOSs. For. xv.

Dans un roman frivole aisément tout s'excuse ; C'est assez qu'en courant la fiction amuse ;Trop de rigueur alors serait hors de saison, boil. Art poét. m. Contemplez mon devoir dans toute sa rigueur, rac. Bér. IV, B. Il On dit en littérature, dans un sens analogue : la rigueur des règles, la rigueur de la rime. Il Fig. Ma fille est à Aix, oii elle soufi're toute la rigueur du carnaval; vous savez comme elle est sur ces diverli-ssements qu'il faut prendre par commandement, SÉV. Mardi gras, («80. || Juges de rigueur, les juges qui doivent prononcer selon la rigueur de la loi, à la différence des arbitres qui peuvent décider d'après l'équité naturelle. L'arbitre choisi est un médiateur amiable, et non un juge de rigueur, fén. Tél. XXIII. Il Juges de rigueur, s'est dit aussi des juges subalternes , a la dilTérence des juges supérieurs, qui se permettent quelquefois d'adoucir la loi. Il La loi de rigueur, la loi de Moïse, par opoosition à la loi nouvelle ou loi de grâce. || Cette clause, cette règle est de rigueur, elle est indispensable. La noblesse n'est pas de rigueur pour entrer à l'Académie , P. L. cour. Leit. à -Àcad. des inscr. Il Jouer de rigueur, jouer suivant la règle exacte. |{ Mois de rigueur, les deux mois de l'année où le collateur d'un bénéfice ne pouvait pas le conférer à celui des gradués qu'il en voulait gratifier. Les mois de janvier et de juillet étaient des mois de rigueur. Il B° Insensibilité, indifférence de la part d'une femme. [Elle].... croit que, trop heureux de fléchir sa rigueur. Il la viendra presser de reprendre son cœur, rac. Andr. i, (.Tant que l'amour dure, il subsiste de soi-même, et quelquefois par les choses qui semblent le devoir éteindre, par les caprices, par les rigueurs, par l'éloignement , par la jalousie, la bruy. iv. || 6" Caractère d'un raisonnement auquel l'esprit ne peut résister. La rigueur d'une démonstration , d'un calcul. C'est Laplace et Monge qui ont essayé heureusement et qui ont réussi à soumettre la chimie à la rigueur mathématique, sennebier, Ess. art d'obs. t. m, p. 98, dans P0UGENS. || 7° i la rigueur, dans la dernière rigueur, à la dernière rigueur, à toute rigueur, en toute rigueur, dans la dernière exactitude, dans la dernière sévérité. Est-ce Saint-Etienne ou les carmélites qu'elle [Mlle de Grignan] choisit? son zèle est-il mitigé ou à la rigueur? sÉv. 25 sept. (680. Est-ce une marque de supposition ou de nouveauté que la langue de l'Écriture soit si ancienne qu'on en ait perdu les délicatesses, qu'on se trouve empêché à en rendre toute l'élégance ou toute la force dans la dernière rigueur "i" Boss. Hist. 11, (3. Il ne faut pas pousser à toute rigueur des gens dont les intentions ont été meilleures que leurs expressions n'ont été exactes, id. Et. d'orais. 1, e. S'informer de la conduite de Mme Guyon à la dernière rigueur, id. Rem. sur la réponse, vu, 4, 23. Nous jugeons les autres à la rigueur, et souvent plus qu'à la rigueur, bourdal. Car. i, Jug. dern. 242. Nous l'avons vue.... pratiquer à la rigueur toute l'austérité des jeûnes et des abstinences, fléch. Mar.-Thér. Le monde entier est occupé à observer un seul homme [le roi] à toute heure, et à le juger en toute rigueur, fén. Tél. xii. Si l'intention du bureau de la ville est d'en user à toute rigueur avec moi, I. J. Rouss. Lett. à U. de Sl-Florenlin, 1 1 févr. (769. Il Cela est prouvé en rigueur, cela est prouvé d'une manière incontestable. Deux congrégations de cardinaux le condamnèrent [Galilée] pour avoir soutenu le mouvement de la terre autour du soleil, tnouvement qui était presque déjà démontré en rigueur, VOLT. Sing. nat. xix. || i la rigueur, à la lettre, sans modification ni adoucissement. À le prendre à la rigueur, il est permis de presser les temps pour faire l'unité de jour, corn. Sertor. au lecteur. Vous avez bien fait de ne point prendre cette mode à la rigueur, sÉv. 42. Et tel qui n'admet point la probité chez lui. Souvent à la rigueur l'exige chez autrui, boil. Sat. xi.

— HIST. iiv* s. La rigour censuricnne qui celui ditlateur avoit non deuement autrefois grevé, bebcheuhe, f* 86. Combien que feust bons juge el pleins de grant honour. Par sa miséricorde attrempoit bien rigour, Girart de Ross. v. 2947. Car mieux affiert [convient] à roy ou empereur , Qu'il doint dou sien mil livres de messains [écus de Metz], Qu'on li tolist un denier par rigueur [malgré lui], MACHAUT, p. (31. Le suppliant doubtant rigueur de justice, DU GANGE, absentandus. || xv s. Et luy tint plusieurs grans rigueurs ledit de Meleun, Bibl. des chartes, *' série, t. I , p. 26&. Si fut très mal content de ceux qui avoient esmeu ceste rigueur [sédition], MONSTREL. t. I, chap. 6»,dans lacurne. Il XVI* s. Pour laquelle inconstance et inégalité de

RIM

faire faTeur aux uns et tenir rigueur aux autres, il fut à bon droit repris et blasmé , amyot, Pomp. 80. La rigueur [frisson inlensej n'est autre chose qu'une coucussion ou esbranlement inégal de tout le corps, et principalement de tous les muscles, avec un ressentiment de froid douloureui.... l'horreur est moindre que la rigueur.... paré, xx, 20. Je De leu [lus] jamais tant de rigueur, je ne dirai cruauté, comme celle qui fut exercée contre cette dame [Marie Stuart], ni de constance comme celle qui se trouva en elle, pasqoikr, Rech. vi, p. 502, dans LACtiRNE. Les rigueurs de quoy il [Julien] usa au commencement de son empire contre ceulx qui avoient suyvi le parti de Constantius son prédécesseur, MONT, m, 81.

— Etym. Provenç. riguor ; espagn. rigor; ital. tigore; du lat. rigorem, rigueur et aussi frisson.

t RILLETTES (ri-llè-f , U mouillées), s. f. pi. Viande de porc hachée très-menu et mSlée de graisse. Les rillelles de Tours.

— IIIST. XIV s. L'en peut frire les fèves à la gresse de la rihelette [lardon], Ménagier, ii, 6.

■f RILLONS (ri-llon, U mouillées), s. m. pi. Menus résidus de porc ou d'oie qu'on a fait fondre pour en avoir la graisse; cela fait un mets fort agréable.

— lllST. XVI' s. Un riche faquin.... qui bruloit ses pourceaux en sa cheminée, de peur d'en bailler des rillées, bouchet, Serées, m, p. I8i, dans lacurne.

— ETYM. Rillelles, rÙlons, dimin. de l'anc. franc. rille, qui signifiait morceau de porc : Rilles et oreilles de pourceaux (H80) , du cange , rielle. On trouve dans du Cange rielle, jeune porc; mot du reste inconnu.

t IILMAILLE (ri-mâ-11'. Il mouillées), s. f. Terme de dénigrement. Poésie, vers de peu de valeur. Voici ce que dit par un trou En rimaille assez mal tournée La déité questionnée, scarh. Yirg. vu. Le prélat défendit, sous peine d'excommunication, de continuer cet usage, et ordonna de lire, à la place de ces mauvaises rimailles, la vie de saint Cyr en bonne prose, saint-foix , Ess. Paris, t. m, p. 375 , dans POUGENs. Voilà de la rimaille qui m'a échappé; venons à la raison, volt. Lett. en vers et en prose, C9.

— HIST. XVI' S. Rimaille, cotgbave.

— ÉTYM. Rime, avec la Dnale préjorative aille. RIMAILLER (ri-mâ-llé,. Il mouillées, et non ri-

mâ-yé), V. n. Terme familier. Faire de mauvais vers. Mais j'ai peur de vous ennuyer. Depuis le temps que je rimaille, scarh. Pues. div. Œuv. t. vu, p. 250, dans pougf.ns Je t'ai vu rimailler et traduire sous moi, Chapelain décoiffé, i, dans les Œu- «rej de BOiLEAU. X demain, maître foui si jamais tu rimailles. Ce ne sera, morbleu, qu'entre quatre murailles, piron, Uétrom. m, ». || 11 se conjugue avec l'auxiliaire orofr.

— ÉTYM. Rimaille.

RIMAILLEUR (ri-mâ-Ileur, {2 mouillées, et non ri-mâ-yeui), s. m. Celui qui rimaille, qui fait de mauvais vers. Devant combien de juges n'est-il pas condamné [Malherbe] ? et quel petit rimailleur ne croit en conscience qu'il écrit beaucoup plus noblement que lui? godeau. Discours sur Ualherbe. Mais les rimailleurs de bibus, Nommés poètes par abus, SCARR. Ép. à M. d'Aumale. Avez-vous la tragédie de Mirame, dont les trois quarts sont du cardinal de Richelieu? c'était un détestable rimailleur que ce grand homme, volt. Lett. la Vallière, mai t75». On a autre chose à faire à la cour que de persécuter un vieux rimailleur [Voltaire lui-même] pour des sottises dont personne ne se soucie, in. Lett. d'Argenlal, I6 déc. (770.

— ÊTYM. Rimailler.

t RIMANT, ANTE (ri-man, man-t'), adj. Propre i rimer. Syllabes rimantes.

f RIMASSER (ri-ma-sé), V. n. Synonyme inusité de rimailler. Avant que de rimasser. Bannissons de notre penser Tout souvenir qui le travaille, scarbon, dans richelet.

— HlST. XV' s. Passe avant, passe, vielle vache; Va rimachier en celle escole, Mart. de St Denis.

— ÈTYM. Rime, et la finale péjorative asse.

tRIMASSEUR (ri-ma-seur), s. m. Synonyme inusité de rimailleur. Et que ces rimasseurs.... n'approuvent... RÉGNIER, Sat. n.

t UIMAYE (ri-ma-ye), s. f. Nom donné par les montagnards savoisiens aux crevasses qui se sont formées dans les glaciers.

— ETYM. Lat. rima, fente, de ritigor, s'ouvrir ïoy. BiCTis).

t RIMDEKGE (rin-bcr-j'), t. f. Mercuriale, plante, t KU1B0.UC0 (rim'-bon-bo), t. m. Mot iulien

RIM

qui signifie retentissement et qui a éU quelquefois employé. Vous me dites avoir reçu ma lettre où je vous avais parlé de la prétendue histoire [affaire scandaleuse où l'on impliquait l'abbé Bossuet, alors à Rome]; cela tombe ici tout à fait [k la cour]; il faut pourtant s'attendre au rimboinbo de toute la France, et à la Gazette de Hollande où les amis de M. de Cambrai font dire tout ce qu'ils veulent, Boss. Lett. à l'abbé Bossuet, lo mars (698. Il me semble qu'il y a là un rimbombo de paroles et une variété sur laquelle tous les caractères de la musique peuvent s'exercer, volt. Lett. en vers et en prose, 44.

— ETYM. Ital. rimbombo, der«..., et lat. bombus, bruit.

RIME (ri-m'), s. f.\H' Uniformité de son dans la terminaison de deux ou de plusieurs mots. Il faut avoir un grand soin d'éviter les rimes en prose, où elles ne sont pas un moindre défaut (]u'elles sont un des principaux ornements de notre poésie, VAUGF.LAS, Rem. t. i, p. 398. De grAce, enseigne-moi l'art de trouver la rime; Ou, puisque enfin tes soins y seraient superflus, Molière, enseigne-moi l'art de ne rimer plus, boil. Sat. II. Maudit soit le premier dont la verve insensée.... Voulut avec la rime enchaîner la raison 1 ID. ib. Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime; L'un l'autre vainement ils semblent se haïr; La rime est une esclave et ne doit qu'obéir, id. Art p. i. Si je pense exprimer un auteur sans défaut, La raison dit Virgile et la rime Quinault, id. Sol. ii. Peu de gens font réflexion pourquoi les rimes, qui font une partie de l'agrément des vers, sont insupportables dans la prose, fonten. Réfl. poét. Œuv. t. m, p. 200, dans POUOE.NS. On a osé faire des tragédies depuis Racine ; mais ce sont des tragédies en rimes, et non pas en vers, VOLT. Lett. Si-Lambert, 7 mars (709. 11 est indubitable que la rime n'a été inventée que pour l'oreille; c'est le retour des mêmes sons, ou des sons à peu près semblables qu'on demande, et non pas le retour des mêmes lettres, id. Comm. Corn. Rem. Uédée, i, 5. 11 est vrai que la rime ajoute un mortel ennui aux vers médiocres ; le poète alors est un mauvais mécanicien qui fait entendre le bruit choquant de ses poulies et de ses cordes, id. Dict. phil. Rime. Nous avons remarqué que l'Arioste a fait quarante-huit mille rimes de suite dans son Orlando, sans ennuyer personne, m. ib. Je ne puis souffrir qu'on sacrifie à la richesse de la rime toutes les autres beautés de la poésie, m. Œdipe, 5' lelt. Les Anglais ont un autre avantage sur nous, c'est de se passer de rime; le mérite de nos grands postes est souvent dans les difficultés de la rime surmontées, et le mérite des poètes anglais est souvent dans l'expression de la nature, id. Lett. Saurin, 28 févr. (764. Je ne sais ce qui arrivera des vers sans rime; mais je ne désespère pas que, s'ils s'établissent jamais, l'usage ne commence par nos vers lyriques, par ceux qui sont faits pour être chantés, d'ali MB. Œuv. L IV, p. ((2. Quand la rime qu'on emploie est trop abondante, comme celle des mots en ant, on regarde comme une négligence la rime qui n'est que dans le son, et qui n'est pas dans la consonne, marmontel, Œuv. t. x, p. (i(. Boileau appelait rimes de bouts rimes, celle de Sphinx tt de Syrinx, et la reprochait à Lamotte, id. t6. p. (20. Il Familièrement et par plaisanterie. Mettre en rimes, mettre en rime, mettre en vers. Vais-je d'un pape illustre [Innocent X], armé contre tes crimes [de l'équivoque], A. tes yeux mettre ici toute la bulle en rimes? boil. Sat. xii. Là des Turcs amoureux, soupirant des maximes, Débitent galamment Sénèque mis en rimes, gilb. le XVIII' siècle. || Rime pleine, ou, plus ordinairement, rime riche, celle où nonseulement le son, mais l'articulation est la même, comme vertu et abbattu, étude et solitude. || Rime suffisante, celle où le môme son est suivi de la même articulation, comme plaisir et saphir, timide et rapide. || Rime pauvre, celle qui n'est que dans le son, et non dans l'articulation, comme vertu cl vaincu, jardin et destin. || Fausse rime, celle qui n'est pas juste pour l'oreille, quoique admise par la coutume, comme vertus et Brutus. |1 Rime féminine, rime qui se termine par un e muet. Les rimes féminines qui donnent une grâce singulière à notre poésie, BOUHOUns, Entret. d'Aristeet d'Eug. u. \\ Rime masculine, celle qui ne se termine pas par un e muet. Quinault a grand soin de finir, autant qu'il le peut, ses couplets par des rimes masculines; et c'est ce que recommandait le grand musicien Rameau à tous les poêles qui composaient pour lui, volt. ilél. litt. à l'abbé d'Olivet,sur laprosodie. || La rime masculine est double, lorsque non-seulement la finale

RIM

sonore, mais la pénultième, a le mtme ion, comme attirer, respirer, haruontel, Œuvr. t. x, p. ((«. On dit mieux aujourd'hui rime superflue. || Dictionnaire de rimes, dictionnaire où l'on trouve, i chaque finale rangée alphabétiquement, tous les mots qui se terminent par cette finale. Il (Richelet] est le premier auteur Jes dictionnaires de rimes, volt. Louis Iir, Écrivains, Richelet. \\1' Rime parlante, s'est dit de vers qui sur une même rime font un sens complet, comme dans ces rer» : Bon génie. On envie Ton industrie, Iffrc. Calant, sept. («82, l. u, p. 273. Il Rimes croisées, rimes masciUines et féminines qui se succèdent alternativement. || Rimes plates, rimes qui se suivent deux i deux, comme le Lutrin. Les poèmes d'aventures, dans le moyen âge, sont en vers de huit syllabes à rimes plates, à la différence des chansons de geste qui sont par couplets monorimes plus ou moins longs. || Rimes mêlées, celles qui se succèdent sans aucun ordre, en observant seulement de faire alterner les masculines et les féminines. || Rimes normandes, rimes dans lesquelles on fait rimer er fermé avec er ouvert, comme vanter et Jupiter, ainsi dites pirce que les normands donnent à er ouvert le son de er fermé. Il Rimes annexées, concaténécs, enchaînées, fraternisées, suite de vers dont chacun commençait \ac le dernier mot ou par la dernière syllabe du vers précédent. Il Rimes batelécs, celles d'une pièce de vers dans laquelle on répétait, à la fin du premier hémistiche de chaque vers, le dernierson du vers précédenL || Rime couronnée, celle qui se répétait deux fois à la fin de chaque vers. || 3' Fig. 11 n'y a ni rime ni raison dans..., il n'y a pas de bon sens dans. U avait observé que, de tout temps, en France la rime avait plus de crédit que la raison, balz. le Barbon. Il n'y a ni rime ni raison avec ces gens-ci [le parlement], RETZ, m, 292. Remettons ce discouss pour une autre saison ; Monsieur n'y trouverait ni rime ni raison, mol. Femm. sav. iv, 3. Le paquet est venu fort doucement, nous ne (-avons pourquoi; il n'y a ni rime ni raison à la conduite des postes, SÉV. (0 avr. (091. Je me porte très-bien ; mais, pour mes mains, il n'y a ni rime ni raison, lu. 22 mars (076. Il On dit de même : cet homme, cette chose n'a ni rime, ni raison. Ceux qui n'ont ni rime ni raison, sÉv. 240. Une petite évaporée dont les manières ri'avaient ni rime ni raison, iiamilt. Gramm. 10. Il N'entendre ni rime ni raison, ne rien entendre, no vouloir pas écouter, soit par sottise, soit par emportement. Je porte des livres; je m'en vais, comme une furie, pour me faire payer; je ne veux entendre ni rime ni raison : c'est une chose étrange que la quantité d'argent qu'on me doit, sËv. 3 mai (G80. || S'il n'y a de la raison, il 7 a de la rime, se dit de méchants vers. ||4' Au plur. Vers. Les rimes légères et spirituelles de Voltaire. Et si, du son hardi de ses rimes cyniques, Il [Régnier] n'alarmait souvent les oreilles pudiques, BOIL. Art p. 11. Il On le dit aussi au singulier en ce sens. Les officiers du roi Ne devraient exiger de moi Que de la rime et de la prose, hainard, dans

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