‹ Dictionnaire de la langue française (volume 2)Chapitre 712 sur 754 · AVA · texte numérisé non relu

AVA

avantes; terme qu'on préfend tirer du nom (Tmwniy qui m donne en Perse aux courriers de la cour et qui veul dire «des gens (]ui prennent tout ce qu'ils trouvent», parce qu'effectivement ces courriers prennent sur leur route des chevaux à toute sorte de gens, quand ils en ont b<>soin ou qu'ils en rencontrent de meilleurs que celui qu'ils montent, sans s'informer qui l'on est. . . Ces avanieM ne sont pas toujours des impositions injustes. . . Les Marseillais disent que ce sont les avanies qui ont ainsi affaibli le commerce des Français au Levant; aussi en ont-ils payé pour des sommes immenses. »

Le P. Ange' dit aussi : Avani jty pro angari, angnria : quando cursores régis Persiœ equum vialorum vi armata manu exigunt. n II insinue que le mot persan est celui que les Grecs ont transcrit âyyapos (d'oii iyyapela. service des courriers, corvée, et plusieurs autres dérivés, dont une partie a passé tardivement en latin ; angaria, angariare, etc.).

J'ignore quel peut être ce mot persan que Chardin transcrit avany.

D'un autre côté, les chartes génoises des xnr* et xv* siècles nous donnent avaria, averia, avère dans le sens d'impôt, contribution, droit d'entrée*. Est-ce le même mot? On a vu que le P. Ange donne nwârî à côté de nwlni.

Ces avariœ étaient particulièrement payées pour réparer des pertes, ce qui suggère à l'esprit une assimilation avec notre avarie : riAvariis seu damnis reparandis,» dit le Gloss. de Du Cange. (Voy. ci-après Avabie.)

En résumé, avanie, porlug. avania, ital. nvania, bas grec dêavt'a, correspond à un terme du Levant jl^l aw'ni qui n'est pas dans les dictionnaires, et qui paraît se rattacher au vieux mot d'oii est venu le latin angaria, corvée, aujourd'hui en italien angheria, contrainte, violence. L'assimilation est d'autant plus permise que, dans celte dernière langue, avaniare est synonyme de anglieriare, surcharger d'impôts.

Avarie. Esp. arma, portug. avaria, ital. avaria. Malgré les diverses étymologies proposées par Brencmann, Adclung, Diez, Jal , etc., M . Dozy ne doute pas que le mot ne soit d'origine arabe, introduit d'abord en italien par le commerce, et passé de là aux autres langues européennes. Avaria viendrait de la racine;!* 'àr qui signifie proprement éhorgner, mais qui, à la 9° forme awouar, a aussi le sens de gâter, d'où;!,* awâr, défaut, déchirure. Bocthor traduit avarie par t-Oyi J-^^ ;tj* awâr hnsal li-merkeb, dommage qui arrive à un navire, et marchandises avariées par XcLa» i(;yM bedâ'a mo'awara.

Pour établir avec quelque certitude une étymologie aussi contestée, il faudrait des arguments plus sérieux que l'autorité d'Ellious Bocthor ou des passages trop modernes de Maccari. La lecture des articles avaria, averium, eU. dans Du Cange, n'éclaircit rien; mais le sens du mot pa-

' Voy. Dict. d'hitl. nat. de DtUcrvillc, t. XXXI , p. 554.

* Elle est indiquée dans le Dict. do Lillré au mot sparte.

' Le mot manque avpc ce sens dans la plupart dos dictioiinairos. Bescherclle le tire du latin ati/rej^e, croître.

• Comp. cependant ^!jî el »jljl, oppression, injustice, rui ic, calcul, etc.

• Foy. rfu Lwant, lettre iTiii, t. m, p. ifi6 de l'àl. de «717, Ljon.

• Voy. en Perse, p. 9 et lo, dd. Smilh. ' Gazoph. ling. l'ers, p. 5.

• On trouve dans Besrherelle • «Avariz, inipAt de 5oo aspre» que doit payer chaque quartier dans les villes de l'empire oUomiil.»

Ifi

AVÎ

raît être plutôt droit, mjiôt, que dommage, ce qui conviendrait mal à la conjecture de M. Dozy.

AviCENNE. Genre de plantes de la famille des gattiliers, tire son nom de celui de l'illustre philosophe arabe : ^J^ *i.fMi Ibn-Slna, nom dont les juifs arabisants avaient fait Aben-Sina, que nous avons transcrit par Avicenne.

Avives. Engorgement des glandes parotides chez le cheval. Ménage dit que ce mot vient de eau-^we, parce qu'on croyait que les chevaux contraclaient cette affection en buvant des eaux vives '. Ce qui est certain , c'est que les formes espagnoles adivas, alnvas n'ont aucun rapport avec eau vive. Aussi, viennent-elles de l'arabe xoJJl ad-dinba, qui est le nom de celte maladie. Le vieux français a aussi le mot sans l'article, vives, qui est resté en anglais. Boclhor ne traduit pas avives par dliîba; il applique ce terme à la morve qu'il appelle Jus=l aajî dltibat al~kliaïl, dliiba des chevaux. Resterait à expliquer pourquoi le français et l'espagnol ont donné à ce mot la marque du pluriel.

L'arabe <-*jS dhîb signifie loup, dhiba se traduirait donc littéralement par louve, loupe. Pris généralement en Algérie et au Maroc dans le sens de chacal, dhib (précédé de l'article adh pour aï) a donné en portugais adibe, en espagnol adive, qui a passé en français. Nos dictionnaires d'histoire naturelle donnent aussi adil. On peut voir, làdessus, Dozy {^Gloss. p. /i5) et Defrémery {Joum. asiat. janvier i86a, p. 87).

Atan. Magistrat turc chargé de veiller à la sûreté publique. C'est l'arabe yL»*! a'yân, pluriel de ç^ 'aïn, œil. Les Turcs, à l'imitation des Persans, disent: iJ^i yLsl a'yân-idevlet, les yeux du royaume, c'est-à-dire les grands, les ministres. Ici, on pourrait supposer que ayân est pris dans un sens plus particulier pour marquer celui qui observe, surveille, de même qu'en malais, fcaL« mala-mâta, qui signifie aussi les yeux, se dit d'un surveillant, d'un agent de police.

Axibnacb. Terme de médecine. Tumeur graisseuse de la paupière, qui se manifeste surtout chez les enfants. {^Dict. de Bescherelle.) De l'arabe i^j-ûJ! ach-chimâq, même sens.

Ayer. Arbuste des Moluques. «Lorsqu'on fait des incisions à ses rameaux, il en découle un suc limpide propre à désaltérer les voyageurs.» [Dict. de Dét. III, 129.) C'est assurément le malais ->! âyer, eau, bien que la dénomination yt ^l^ kâyou-âyer, arbre d'eau, s'applique d'ordinaire au ginseng chinois.

AZI

AzAMOGLAw. Jeune serviteur chargé, dans le sérail, df» fonctions les plus basses. C'est le turc y5^JÎ*^ 'adjemogtililn, formé de oghlân, page, jeune garçon, et de l'arabe 'adjem^ qui se dit de tout peuple étranger, non arabe, et particulièrement des Persans. Azamoglan, qui est vraisemblablement une transcription grecque (ou peut-être vénitienne'), signifie donc enfant d'origine étrangère.

AzÉDARAC. Esp. acedaraque. Arbre originaire de l'Orient, dont le nom,cxà..j5 it)! azâd-dirakht^ qui nous est venu par les Arabes, est d'origine persane et formé des deux mots, iijt auld, libre, et c:\i-ji dirakht, arbre. D'après la légende, ce nom vient de ce que Medjnoun, le célèbre amant de Léila, sauva un arbre de cette espèce de la hache d'un jardinier, auquel il en paya le prix, à cause de la ressemblance qu'il y trouvait avec la taille de sa bienaimée. D'après d'Herbelot [Bibliolh. orient.), Yazédérach serait nommé en Perse y-y») ,^6) zehr-i zcrnin, poison de la terre, à cause des qualités vénéneuses de ses fruits; et de là viendrait son nom Marbre libre, «parce que personne n'y touche pour en manger le fruit*. »

AzERBE. Muscade sauvage. On pourrait être tenté d'assimiler ce mot au portugais azevre, azebre, azevar, suc d'aloès, lequel vient de l'arabe ^U-x»^! as-sibâr'^, «fructus arboris acidi saporis», dit Freytag, ce qui convient parfaitement à la muscade, dont la chair a une saveur si acre et si aslringente qu'on ne saurait la manger crue et sans apprêt®. Mais il est plus probable que notre azerbe représente «**» dabr, noix sauvage, muscade, prononcé à la manière persane zabr, az-zabr.

Azerolle. Esp. acerola, azarolla; portug. azerolo; ital. azzeruolo, lazzeruola, lazzarolo, lazarino. Tournefort écrit azarole, azarolier. De l'arabe j^yv" az-zo'roûr, même sens. L'azerolier est très-répandu dans le Levant, où il pousse spontanément. L'azerolle est mentionnée dans Razi comme un fruit astringent : (Jt^M JiU j^ydl «l'azerolle resserre le ventre'. »

AziMECH. Étode aussi nommée l'Epi de la Vierge; en arabe JUwJl as-simâk. Les cosmographes orientaux appliquent ce nom à deux étoiles différentes ; l'une appelée Jlfv«JI 4\J\ as-simâk ar-rclmih, azimech armé d'une lance, est Arcturus, du Bouvier, et la lance est une petite étoile voisine ; l'épithète ar-rûmih devient chez nos anciens astronomes, aramech, alramech, noms qu'on donne encore quelquefois à cette étoile. L'autre se nomme J^il! iiiU\»Jt, azimech désarmé; c'est noire Azimech ou a de la Vierge, la onzième des quinze étoiles de première grandeur que compte Alfergani*.

AziMUTH. Terme d'aslronomie : arc du cercle de l'ho-

' «Le cheval forl-beu ou trop tosl abbreuvé après 8'cslre eschauffé et Iraraillé, puis se refroidir sans eslre pourmené et délassé, engendre les avive». ti {Agi-icuUure et maiton rustique, de Jean Liebault, 1601, p. i65.)

' Et non de »Uic 'atâm, pluriel de jciàf 'ajitm, grand, qui formerait ici une singulière antiphrase.

' On sait que le dialecte vénitien remplace le son g (dj) par z.

* tOo di| que la pulpe dos fruits est mortelle oour les bomnius elles chiens.

ce que j'ai de la peine à croire, car elle est pen désagréable au goùl, ainsi que je m'en suis assuré, et elle est fort recherchée par un grand nombre d'oiseaux.n (Rose, Dicl. d'hist. nat. t. III, p. 126.) ' Engehnann, Gl/iss. p. 35.

• Dict. de Dolcrvillc, t. XXII, p. 71. ' Man. arabe déjà cité, p. 44 recto.

• Kdil. de Gnlius, p. 76. Je n'ai pu découvrir le sens de $imâk

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