‹ Dictionnaire de la langue française (volume 2)Chapitre 717 sur 754 · BOR · texte numérisé non relu

BOR

guilnndine. C'est l'arabe i3»K*? lonâouq, qui pa:aît d'origine indienne. On le trouve en malais.

BoiiAX. Esj). borrax, borraj; itnl. horrnce. De l'arabe ^\y) batiroq ou boûraq, vo.ianl ''i persan «j^ boîiruh, même signification. 3^^ est dans Ha/i (nian. dc'jà cité, fol. U'] verso), et Gérard de Cri^monc transcrit W>«f/t. Il n'est pas inutile de remarquer que le borax nous vient surtout des pays asiatiques; Léman' dit que ce mot, emprunté aux Arabes, s'est introduit dans les langues européennes vers le ix" siècle.

Bordât. Sorte d'étoffe de laine égyptienne, qu'Ellious Boclhor traduit par itt^i berda.

BosAN. Boisson en usage en Orient. De l'arabe i)^^ iof(:rt( voy. Boctlior au mot Zyllntm), en Persan boûzah ^a beverage madc from rice, millet or barlcy. jj (Richardson.) «^A Loheya, dit Niebubr^, on nous offrit une espèce de busa qui nous causa des nausées. »

BosTANGi. Jardinier turc ou garde des jardins du sérail. C'est un mol turc ^^j^Lù^j bostfmiljî formé du persan ylx««j io«<'7H, jardin, et de la terminaison turque sdjï, qui sert à former les noms de métier. C'est à tort que l'autour d'Une visite au sérail en 1860^ écrit bastandji.

BouDJoc. Monnaie d'argent dans la Barbarie, valant l'^86^ En arabe algérien ys..^ boudjoû, qui vient du turc 1^^^ boûlchouq, moitié, demi. (Voy. Pilian, Dict.des mots dérivés de l'arabe.)

Bougie. Esp. biigia. On tire ce mot du nom de la ville africaine de Bougie, en arabe iùLs? bidjmja, qui fournissait jadis une grande quantité de cire. (Voy. Defrémery, Journ. asi'rti. janvier rSGa, p. g3.)

Bouracan. Esp. barrairan; portug. barregana; ital. bnra-

cane; bas lat. barracanus, baracanus. De l'arabe ^JéZ) ou yUj-j barrakân, barnakûn, même signification. M. A. de

CAB

Chcvallet cbercbe à bouracan une étymologie germanique*, mais tous les mots qu'il cite sont relativement modernes et ne sauraient infirmer l'origine orientale.

Boutarcue. Sorte de caviar fait avec des œufs de muge. Le Dict. d'Itist. nat. de Déterville écrit boutarque, poutarque. Esp. bolagra^, ilal. buttagra. C'est l'arabe i^^^^ boutarkha, môme sens, lequel paraît formé, d'après Et. Quatremère, de l'article copte bou et du grec jâpixos ou Tciptxov, poisson salé, fumé, sécbé. (/oHm. des Savants, janvier 18/18, p. 45.)

Bran. « Les bœufs sauvages qu'on appelle en Provence et Languedoc bœufs brans ou brunes. . . . Tels bœufs sont nourris aux marcts de la Camargue. » (^Agriculture et maison rustique de Cbarles Estienne et Jean Liebault, p. i3o.)

Ce mot doit probablement être mis à côté de l'espagnol

alharran, venant de l'arabe yL? barrân, avec le sens de

sauvage, étranger, soit qu'on le dérive dey barr, terre,

cbamp, soit qu'on le rattache à la racine ^^j baria, être libre. (Voy. Gloss. de Dozy, p. 69.)

BnoDEQOiN. Esp. borcegui, portug. borzegttim, ital. borzncchino. JI. Dozy a cherché à établir l'origine arabe de bcrcegui. On peut voir sa dissertation, p. a lit du Glossaire.

BuLCUL. Nom du rossignol en langue persane : jAf boulboul, qui est évidemment une onomatopée.

Burnous. Esp. albonwz, portug. albemos. De l'arabe jMyi boumous, sorte de bonnet ou de capuchon. M. D'Kscayrac s'est amusé a contester l'origine arabe de ce mot et a voulu y voir une corruption de mérinos. Mais (j-^t? est ancien dans la langue arabe. Chez Mafoudi et chez Ibn al-Athir, c'est un bonnet de forme haute : (j-Jj? x*'^ JkS Jj^ «il avait sur la tête un boumous allongé», dit le premier; <JUx]i cjbiU ^yj ^aXcrII portait un boumous 3i\ec des queues de renard», dit le second. J'emprunte ces deux citations à une intéressante note de M. Defrémery, dans son Mémoire sur les Sadjides, p. 6t, 64.

Caaba. Temple sacré de la Mecque. En arabe iU*^ ha'ba, c'est-à-dire carrée (ou plutôt cubique), à cause de la forme du bâtiment.

Cab. Mesure d'un litre environ, chez les Juifs; transcription de l'hébreu zp. qab.

Cabaie ou Kabbale. Originellement, ce mot désigne «ne tradition juive touchant l'inteiprétation de l'Ancien Testament, et vient de la racine sémitique Vap, qabal, c\ia\A. qchal, arabe Ja5 ^flfta/, recevoir. Plus tard, cabale

s'est dit d'une science mystérieuse permettant de se mettre en communication avec les êtres surnaturels; de là, le sens actuel, intrigues, menées secrètes.

Caban. Autrefois gaban; esp. gaban, portug. gabbâo, itaL gabbano. Le Dictionn. de M. Littré donne pour étymologie l'arabe pUa 'abâ, drap grossier dont on fait des capotes, et aussi manteau noir rayé des derviches. Vaba, dit M. Defrémery, est «une sorte de manteau court, ouvert sur le devant et dépourvu de manches. C'est l'hahit caractérisli(jue des Bédouins à toutes les époques *. » « Il

« D'rt.â'hi,t. mt. t. XXXI, p. 433.

' Viii/. eu Arabie, éd. Siuilli, p. afiC. Lolioya est dansle Y^men.

* Le Tour du mond», i^eem. i863, p. 3.

• Ongiiie de la lang.frnnç. 1. 1", p. 308.

• ftotitgra n'est pas noté dans le G7o«». de W. Doxy.

• Trad. dii GuU$laH, p. 153, noie i.

CAB

y avait là des Kurdes. . . dont l'abba est ray«î do bandes lunnes on Haiidics. n (D(dioussel '.)

(!n autre f(!rnie *Lï fibil est le nom d'une sorte de tunique dont Chardin et Tavernier ont donné la descri[)lion. Easlwick définit le fibâ na kind of liglit cloak willi lonjj sieeves, somewlial like a collège gown, but geiierally ir.ado of vvool -. n

Enfin le Gazopli. Itiig. Pers. traduit g-«ifln par ^JJ,■i loijMin et *iUj3 kapanck, qui pourraient bien être d'origine européenne.

Je ne vois là rien d'assuré pour, l'élymologie du mot qui nous occupe. Mais L« 'abû est \'aba, abat, que donne Bescherelle ^ : w Vaba sert à babiller en Turquie les matelots et les indigents. — Les abats n'ont presque plus de valeur. »

Cabas. Esp. capazo, capaza, capacho, portug. cabaz, bas lat. cabacus, cabacius, cabassio. D'après M. Defrénicry*, de l'arabe (jaiS qafas, cage^ qui a donné aussi l'espagnol alcahaz, même sens, d'où le languedocien cas, cage d'osier pour les poules. Le changement de/en p dans l'espagnol peut se justifier par l'exemple de alpicoz, concombre, à côté de alficoz, venant de ,jojJuJ! al-Jaqqoûs.

Cacatoès ou Cacatois. Perroquet de l'archipel Indien. En malais yiS^ kahatoua. Ce nom n'est d'ailleurs que la figuration du cri ordinaire de l'oiseau.

Cadi. Transcription de l'arabe ^^li qâdi, juge, qui, avec l'article, a donné alcade. Cadiivsker, magistrat turc, est formé de ce mot qâdï et du persan JuJ lechker, armée (ou, si l'on veut, àeqûdlei du persan arabisé JC«oJI al- 'asker, l'armée).

Cadie. Arbrisseau originaire d'Arabie, qu'on cultive chez nouj en serre chaude. De l'arabe (^JaS qadi, nom de cet arbuste.

Cafard. L'espagnol et portugais cafre, dur, cruel, vient certainement de l'arabe yl^ hlfii; infidèle, mécréant. Mais je n'oserais affirmer que cafard ait la même origine, soit sous l'influence des pluriels ^U^ kifh; hvjar, iiJ6 h'ifara , soit par l'adjonction de la particule péjorative ard [cnjurd pour cajrardy En tous cas, le mot Jo est employé aujourd'hui avec ce sens, comme on peut le voir dans les Dictionnaires de Boctbor et de Cherbonneau. Celui-ci prononce knfar.

Café. De l'arabe ii^ kahotia (prononcé à la turque kahvé), qui désigne la liqueur et non le fruité Calma, dans Du Cange, est «du vin blanc léger», d'après Mathœus Sylvalicus, m.'docin du X[v' siècle. Le sens primitif du mot arabe paraît aussi être vin, liqueur apcritive.

CAJ

Dans la première moitié du ivi* siècle, le café était encore si peu connu que le botaniste Dominique Chabré, dans son édition de Vllistoria ptanlarum unlcersnlis de Jean Bauhin (i65o), se demande si la liqueur préparée par les Turcs avec le bwia, bunnu ou buncho» (^ bounn), et qu'il nomme chatibc, est identique avec le coaua, décoction bien connue, dit-il, que les Arabes préparent avec le bon ou ban '.

Caftan. C'est le turc yU*ï qaftnn, vilement d'honneur, primitivement identi(|ue, sans doute, ù l'arabcpersan yUAi. khujuin, cotte de mailles, annure militaire.

Caïd. Esp. alcaidc, commandant de forteresse; purlug.

alcaide, e.xempt de police. De l'arabe OoU qi'nd, chef, ca- [titaine.

L'étoile qui est à l'extrémité de la queue de la Grande Ourse est quelquefois appelée kaïd^. C'est le même mol :

^jU t^iXli ij^ (J^ ^5<>Ji (j*«»jj «on nomme qâtd l'étoile qui est à l'extrémité de la queue.» (Man. n* 96a, sup. ar. de la Bibl. nat. fol. 19 recto.)

Caïmacan. Mot composé de deux termes arabes «SUçôhn et *Li« maqâin, signifiant ensemble lieutenant.

Caïque. Petite embarcation en usage dans l'Archipel et

ù Conslantinople. C'est le turc j^jU qâiq.

Cajei'Ut. Ternie de pharmacie, huile extraite d'un arbre des Moluques, très-employée en taxidermie, pour la conservation des objets d'histoire naturelle. C'est le malais Aïji ^li kâtjoU'pcûlih , littéralement arbre blanc, nom qu'on donne à l'espèce de myrte appelée par les naturalistes Melaleuca leucadeiulron. Lcucadcndron est, comme on voit, la traduction grecque du nom malais. Nos navigateurs appellent l'arbre cajeputier: «A l'ombre des cajeputiers, arbres reconnaissables à la blancheur de leur écorce. . . » (Rienzi, Océanie, 1. 1", p. a 1 1 .) Les Malais nomment le cajeput AjjS jjI^ (f.xj)A m'ignak hhjou-poûlih, huile du kayoupoutib.

Le terme malais^l^ kâyou, arbre, figure, sous la forme caju, dans le nom d'un grand nombre d'arbres originaires des Indes orientales. Le Dictionnaire ^histoire naturelle de Déterville en cite plus de quarante. Aussi suis-je porté à croire que notre mot acajou, qu'on trouve également écrit cajoîi et cadjou, est le même mot malais. Le bois d'acajou, il est vrai, vient d'Amérique; mais le véritable acajou croît dans les mômes parages que les arbres dont nous venons de parler. (V. l'article acajou et l'article nuiltogon, dans le Dict. de Déterville.)

' Les chaste» en Verie, dans le Tour du monde, a* sein. i86«, p. ia8.

* T!:e Cii/isMii, vocabul. — A^qahâa donné en porUi(;ai3 MOfl/,a.

' Diclionn. national. On trouve aussi dans les dictionnaires; abe, habit oriental ; habe, lialrit des Arabes. ( Noiiv. vocab. de l'.Acad.franç. Paris, « 83 1 . )

* Revue criti'jue, numéro du a8 décembre i868, p. AoS.

* Dans des relations de voyage, on trouve cafest employé pour désigner un" partie du séfail servant de pris^oii. Voy, par exemple le récit intitulé r Une

visite au «crail en 1860» (Le Tour du iHoiid» , i" aeta. i863, p. 1 1 ). C'est la forme turque et persane j-jU» qafet du même mol.

• Voy. SacVi Chrctt. ar. t l", p. iia. ' Tome l"', p. Aaa.

* Journal du ciel, numéro du sa mars 187S, p. S'jà, Voy. aussi le no* mërodu 3 mai sui\ant oij j'ai donné i'cxplicalioD de quelques autres noms d'e'loiles de la mi-me conslellalion (p. ôtg, 6»o).

CAK

Gakjle. Genre de plantes de la famille des crucifères. Le cakilc maritime abonde aux environs de Boulognc-sur- Mer, oh on ie brûle pour en retirer de la soude. C'est l'arabe JùiU qâqouUû, «species herbae salsae», dit Freytag d'après le Qamom, ou *Xïli qdqoulln, comme écrit l'Aviccnne de Rome (p. fl'i*'); Avicenne en mentionne deux espèces, l'une semblable au pois chicbe, l'autre à la lentille.

Galadion. Lat. botan. caladium, plante voisine du gouet, cullivëe en serre. C'est le malais (£:>^ kalâcïi, sorte d'arum à racine comestible.

Calam. Transcription de l'arabe iO» qnlam, roseau à ëcn're. Mais culame, terme d'archéologie pour désigner le roseau à écrire des anciens, est le latin calamus; calame est un terme de formation savante, c'est-à-dire calqué sur le latin sans égard à l'accent. La langue populaire disait chaume.

Calambac, Calambabt, Calambou, Calambouc, Calambocb, Calamboubg. Tous ces noms paraissent s'appliquer à un même arbre des Indes orientales, dont le bois à odeur aromatique est connu en Europe sous le nom d'agalloche ou bois d'aloês. C'est le malais (^^^ kalamhaq.

Le calambac porte aussi, chez nos auteurs, le nom de garo, qui est le malais ^l^ gahàrou ou ^^IS gdrou, mot d'origine hindoue. De celui-ci vient, peut-être, notre mot garou, appliqué à l'écorcc d'une espèce de laurier dont on se sert pour les vésicatoires. Le galiârou est ainsi défini dans le Dictionnaire de Marsden : k Sorte de bois résineux et en apparence pourri, qui en brûlant se fond et exhale un parfum dont on fait grand cas dans tout l'Orient. »

Calapite. Concrétion pierreuse qu'on trouve dans l'intérieur des noix de coco. Ce mot vient de c3^ kalâpa, nom malais et javanais du coco.

Calendeb. Sorte de moine ou de religieux musulman. Du persan ^«xàX* qalender, même sens. On peut voir dans la Chr. ar. de Sacy (t. I", p. a 63 à 966) des détails sur la secte des Kalendéris.

Calfates. Esp. calafatear, calafetar, porlug. calafetar, ital. ealafatare, grec mod. xa.\a.^aTeîv. Malgré l'opinion de Jal, adoptée par Engelmann, je ne crois guère à l'étymologie latine catefacere, calefactare, vainement appuyée sur des formes de vieux français calfaicter, calfacter, etc. que je n'ai, pour ma part, jamais rencontrées. Calfater ne signifie point mettre du goudron fondu dans les interstices des planches (et en fût-il ainsi que l'expression caîefacere serait encore d'un choix assez peu ingénieux), mais bien y insinuer desétoupes, des fibres végétales. Chacun sait que,

CAL

dans les mers de l'Inde, on se servait autrefois, notiwn nient à l'époque des voyages des Deux Musulmans', et plus tard au temps de Jlarco Polo, de navires dont les parties étaient reliées entre elles par des coutures faites avec des fibres de cocotier ou autre végétale Ces mêmes fibres oUï, HÀki qilf, qilfa, servaient aussi à garnir les joints et sont encore employées au même usage en guise d'étoupes^, d'où le verbe arabe U^ qallaf, «ferruminare, fibris palmaî vel musci tabularum commissures infarciendo et obducendo picem, stipare navim», c'est-à-dire calfater ou calfeutrer, comme traduit lui-même Meninski; d'où encore ilSiKi qihlfa ou qalâja, calfatage.

Quelle dilHculté voit-on à ce que ces mots aient pénétré dans les lan;;ues européennes pour y donner calfat, calfater, etcJ Et pourquoi y chercher une coïncidence fortuite de son et de sens? Et d'où viendrait d'ailleurs ce singulier accord des termes espagnols, portur;ais, italiens, grecs, à adopter un a pour la seconde voyelle au lieu de l'e qui est dans caîefacere, calefactare?

Bocthor traduit calfater parkiU onlfat, mot de formation moderne et que ne donnent pas les anciens dictionnaires; le P. Germain de Silésie (lôSg) a seulement o«Jl3 qallaf, USj,\ aqlaf {U' î.)\

Calfeutrer est sans doute le même mot que caljatcr, altéré sous l'influence de l'idée de feutre, tant il est vrai que la signification essentielle du mot est garnir d'étoupes et non goudronner.

Calibre. On a proposé, comme étymologie, l'arabe (Jl3 qâlah, qCilib , qûlouh, forme, moule, prototype^. M. Dozy n'en veut pas. Il a peut-être raison; mais est-il vrai que les significations de qâlib ne conviennent pas 3u sens de calibre? Le calibre est, ce semble, la mesure du diamètre intérieur d'un tuyau, ou, si l'on veut matérialiser cette idée abstraite, le cylindre qui entrerait exactement dans le tuyau. Y a-t-il donc là un tel désaccord avec les divers sens de qâlib? Et si <-Jlï vient du grec xaXi-novs, forme à soulier^ n'est-ce pas une analogie de plus? Reste la question de l'accent. <Jlj», avec l'accent sur la première syllabe aurait dû donner calbc (et peut-être est-ce bien là l'étymologie de notre galbe). Mais cette règle de la conservation de l'accent, sujette à plus d'une exception lorsqu'il s'agit du passage du latin aux langues romanes, n'est pas plus immuable dans le passage de l'arabe à l'espagnol.

Quelle que soit l'origine de calibre, on peut rapprocher de ce mot l'anglais caliver, petit mous(|uet dont on se servait autrefois et qui est cité dans Shakespeare.

Calife. Esp. portug. et ital. califa. De l'arabe ÀJuXà^ khalîfa, successeur (de Mahomet).

Calioun. Pipe persane. M. de Gobineau écrit kalian. « De

> Voy. redit, de M. Reinaud ou la trad. publiée dans les Voy. anc. et mod. t. II, p. i3oet 1&8.

' <r Leurs nefs sont cousues de fil que il font d'escorces iraibresdes

noix d'Inde ; car il font lialtre l'escorce et devient comme poil de crinfj de ciieval, de quoi il font fil et en cousent leur nef.Ji (Marco Polo, édil. l'autliicr, p. 87 et 88.)

* «Ces bateaux se nommeai chclingues Les coulures «ont ca fatées

avec de l'étoupe faite do la mémo écorce (coco) et enfoncées sans beaucoup de façons avec un mauvais couteau.» (Legentil, dans les Voy. anc. et mod. 1. 1", p. 5io.)

* Fahrka ling. arab. aux mots atsettare et rattettare la nace.

' M. Cberbonneau n'hésite pas à traduire calibre par ^^JU gàtet), a'y>ntant entre parenlliùses (e(ymo/.), Dict.fr.-ar. 187a.

• En persan, .x-Jlj /.â/ioud, forme, moule.

CAM

beaux kallans, à la carafe de crislal et à la tête d'or simple ou d'or éniaiilé'. » C'est le persan yj^ qaJiotin ou yUlï qaliàn.

Camocan. Sorte d'étofle précieuse, nommée kamoukas dans ce passage de Froissart :

D'un kamoukas ou d'un cadis.

Comment se lailloit un abis';

et ailleurs camocas : sVestus de veloux et de camocas'. » De l'arabe l=s\^ kamkhâ ou, comme prononce Richardson, kimkha. M. Dozy* note en espagnol camocan et camucan, qui manquent dans les dictionnaires, mais qui se trouvent plusieurs fois répétés dans Clavijo {Vida del ga-an Tanierlan).he mot paraît être d'origine chinoise et désigner une espèce de brocart. Dans le^U* Hj^ Cliadjaratmalûyou, chroniques malaises dont M. Dulaurier a publié le texte, on lit,

p. fpA : Àj^ jX-jM i^éttSi^} li)^ (j(«ojjM yy> (M^ ^h '^

r c-oj» ^. •>^ cjljfj (jêi «î^>!Îi '^ (j«w»!,«LeroideChinc

envoya à Malaka ses présents : de la soie, du fil

d'or, du kimka, des étoffes à tentures et une foule d'objets rares. » Je lis kimka et non kamka, parce qu'un manuscrit porte la variante tilfvS' kimka, où la voyelle est écrite.

On trouve dans les dictionnaires français : canque, toile de coton de la Chine, qui paraît être le même mot.

Campbre. Esp. alcanfor, portug. alcamphar, ital. canfora, bas grec xa(povpd. De l'arabe ^^\^ kâfoûr, morne sens. «Camphora, quam Aetius caphura nominavit», dit Hcrm. Barbaro, commentateur de Dioscoride au xv° siècle^.

Canang. Genre de plantes, comprenant des arbres des Indes orientales { Uvaria). En malais, èUS kenônga; en bougui, kananga, qui paraissent être le sanscrit kanaka, dont la dernière consonne s'est nasalisée.

Canari. Arbre de l'archipel Indien. Lat. botan. canarium. C'est le malais ts^U^ kanâri. Le canari oléifère produit une résine huileuse qui entre, dit Bosc^ dans la confection de la substance appelée damar ou dammar (en malais, -*!i dâmar, résine) employée dans l'Inde pour calfater les navires.

Candi (Sucre). Esp. cande, candi, portug. candil et ital. candito (dans un texte de iSio''). De l'adjectif i^o«.> qandi formé sur l'arabe-persan J^jJaand, sucre de canne, mot d'origine hindoue.

Caphar. Droit que payent les Chrétiens pour leurs marchandises depuis Alep jusqu'à Jérusalem. De l'arabe ii^Lià. khafâra, protection. (Littré.) Cette définition n'est pas d'une parfaite exactitude , ainsi que l'a fait observer M. Defrémery, dans un compte rendu d'un ouvrage de M. Ch. Nisard [Le Constitutionnel, numéro du 28 septembre 186 5, p. 9, col. 6); mais l'étymologie est exacte.

CAR 25

Capigi. Portier du sérail. C'est le turc 3^*» qapoFidjl, qaptdjî, portier, venant de y^ qapoâ, porte.

Capoc. Terme de commerce; espèce de coton soyeux des Indes orientales, qu'on ne file pa.s, mais qu'on emploie à la manière de la ouute. Le capoc se lire du fruit du cnpoquier, arbre du genre du cotonnier. C'est le malais ^l^ kâpoq, nom spécial de cette espèce d'ouate. En persan, on dit >^^l^ tchilpoût.

Carabe. Ambre jaune. Esp. carabe, portug. carabe, etiarabé, ital. carabe. De l'arabe Uj^i^ knhralm, qui est le persan l^yfcl5'/w//iro«è.((de »l^ kàh, paille, et \i^ roubi'i ,i^\x\ enlève), nom donné au succin à cause de la propriété qu'il possède d'attirer les corps légers après avoir été frotté avec du drap.

Carafe. Esp. et portug. g-^rro/Â, ital. caraffa, «vient certainement de la racine arabe l>^ gliaraf c^m signifie pu«serr), dit M. Dozy {Gloss. p. 27^1). Et le savant professeur en donne d'excellentes et solides raisons. Nous renvoyons à son article. M. Littré [Addit.) cite l'opinion de M. Mohl qui rapproche carafe du persan gJJi qarâbah, bouteille de verre à gros ventre, destinée à laisser reposer le vin pendant quarante jours.

Caragueuse. Personnage des marionnettes en Turquie. «Le héros de la pièce, dit M. Sévin, est un infâme nommé Caragueuse qui paraît sur la scène avec tout l'équipage du fameux dieu de Lampsaque. » (Pouqueville*.) En turc, ^Jiy*tJ» qarâghoûch, aujourd'hui jy^sy» qaragoûz.

Cabaïte. Secte juive qui rejette les traditions et les interprétations de l'Ecriture, pour s'attacher au texte. De l'hébreu N"ji? qarâ, lire, réciter. La même racine sémitique se retrouve dans l'arabe y?J» qorân. (Voy. Alcoran.)

Cahambolier. Arbre des Indes orientales(i4yerr/joa).Linné note , entre autres espèces , ['Averrhoa carambola et XAverrhoa bilimhi. Carambola est le malais Ju-«j5' karambil, quoique Marsdenet l'abbé Favre ne donnent à ce mol d'autre sens que celui de noix de coco; et bilimbi ou blimbing est le malais (XjJto balimbing, mot d'usage ordinaire pour désigner le fruit du carambolier.

Cliéramelle, chnrmelle, cherembellier, chéramellier (portug. cheramella) sont d'autres formes de carambolier.

Quant à la dénomination botanique averrhoa, elle est prise du nom du célèbre philosophe arabe Averrhoès, c'est-à-dire <y^^ ^i) Ibn-rouclid.

Caraque. Esp. carraca, caracoa, portug. coracora, eorocora, ital. caracca; on trouve aussi dans le français du xvi' siècle carragon et carraquon. Tous ces mots, anciens dans nos langues (du xiv° siècle au moins), viennent de

' Voy. en Perse, dans le Tour du monde, t. II, p. Hi. M. Dulioiissct <lit kaléan (Les ckaasea en Perse, mima recueil, a* sera. i86a, p. it3). ' Dict.de Litlrc, au mot cadi$.

' Ibid. au mot velours.

• Gloss. p. 3/1O.

5 Dioscoridœ. pharm. lib. Vlll, folio ai ver».

• Diet. d'hisl. nat. t. V, p. 18.').

' Lillré, Dict.

* Voyage en Grkt it ih-Coiiitaiilinoplt, dans la Collcrlinn Stnilh, t. XII, p. 3/1 5.

CAR

t'arabe jyM qorqoûr, grand vaisseau marchand, soit directement, soit pnr le pluriel yiiys qarâqir. Telle est l'opinion de M. Dozy' et de M. Defrémery^. M. Dozy, observant que ^yy qorqoûr, bien qu'ancien en arabe, n'a pas de racine dans cette langue, se demande si le mot ne viendrait pas du latin carricare, charger. Je ne le pense pas. En tout cas, les formes portugaises coracora, corocora et la forme espagnole caracoa ne viennent ni du latin ni même de l'arabe, mais bien du malais f;^^ {)^j^) ^orakôra, grande embarcation en usage parmi les habitants de l'archipel Indien, et dont on peut voir le dessin dans le Voyage de Forrestà la Nouvelle -Guinée^ . Kora-kora est, je pense, primitivement identique à un autre terme malais koura-koûra, nom de la tortue de mer qui fournit l'écaillé appelée caret (en malais, f^^ (>*»-*i s'isiq koura-koûra, d'où peut-être notre mot caret lui-même*).

Je suis porté à croire que l'arabe ^yui qorqôr vient pareillement du malais kora-kôra. Et , pour qu'on ne soit pas surpris de trouver un terme malais dans la langue arabe du moyen âge, je dirai que, dans un recueil d'anecdotes de voyages intitulé «XÀ^! <*jl;fe àdjâïb al-Hind, Merveilles de ^Inde^ j'ai pu' en noter plusieurs que l'auteur arabe emploie sans explication, ce qui fait supposer qu'il comptait être suffisamment compris de ses compatriotes. En voici un exemple : le mot ^Xs bilulj se rencontre dans deux histoires différentes (p. 26 et 108), et chaque fois répété de façon à ne laisser aucun doute sur sa signification, cabine d'un navire. Les dictionnaires arabes et persans ne donnent rien de pareil. Ce ne peut être que le malais (jAjo bîUq, cabinet, pièce d'un logis, pavillon, qu'on trouve, par exemple, dans le passage suivant : ca^j*» <xS (^;bi> os?ly'.*«'lj**â;>^,«illc fit placer dans un pavillon proche du palais''. » Je dois ajouter que tous les faits rapportés dans l'ouvrage arabe tendent à prouver qu'il a été rédigé vers le milieu du x" siècle de notre ère.

Carat. Esp. quilate, portug. qtiirate, ital. caralo; chez les alchimistes, karratm''. De l'arabe idL*S qîrât, tiré du grec xepaÎTiov, le tiers d'une obole.

Cabatch ou Kiiaradj. Capilation payée en Turquie par les sujets non musulmans. C'est l'arabe ^I^i. kharâdj, tribut, mot passé en turc. «Les rayas seuls payent le khnratch ou capilation.» (Tancoigne*.)

Caravane. Du persan y'j^j^ karwân, même sens. De là vient :

CAR

CaratansI^rail. En persan ^^\yé*j\)J> karvoûn-serSi , hôtel de la caravane.

Carmantine. Genre de plantes de l'Asie tropicale (une des espèces porte le nom de noyer des Indes). En malais (AaJU^ caramounting.

Caiime. Au jeu de tric-trac, le coup de dés qui amène le double quatre. On disait autrefois carne, et en espagnol ce même mot carne marque celui des quatre côtés de l'osselet qui présente une figure concave en forme de S. M. Dozy, remarquant l'analogie de cette figure avec une corne", tire le terme espagnol de l'arabe ^y» qam, corne. On sait que, chez les anciens, le jeu des osselets fut le prototype du jeu de dés. Il serait donc possible que notre carme ou carne dût être assimilé à l'espagnol came. Toutefois il semble plus naturel de le rattacher au latin qualernus, comme terne, double trois, se rattache à tcrnus. On sait qu'une voyelle brève atone précédant immédiatement la tonique latine disparaît presque toujours en français. La chute de l'a bref de quatcmus a entraîné celle du t; et nous trouvons en effet que l'expression querne ou quarne était usitée au xvi° siècle en Suisse et en Provence pour indiquer la réunion de quatre pièces de billon. Querne s'est dit aussi pour désigner les qualernaux ou quaternes, monnaie valant quatre deniers, frappée en Dauphiné dès le milieu du xi" siècle. (Voy. Ludovic Lalanne, Dict. hist. de la France.)

Caroure ou Carouge. Esp. garroba, garruhia, algnrroha;

portug. alfarroba; ital. carrubo. De l'arabe *jj|]^ kliarkharnoûb, même sens. Cette dernière

roûba ou

forme est celle qu'on trouve dans le manuscrit de Razi , fol. 34 verso.

Carqcois. Esp. carcax, portug. carcas, ital. carcasso, provenç. carcais, tous mots fort voisins de notre carcasse; d'autre part, on a en italien turcasso, bas lat. turcasia, bas grec •ta.pxâ.aiov, correspondant au vieux français larquais(^%ni' siècle) , turqitois (^x\' siècle). La permutation des articulations t el k étant extrêmement fréquente dans nos langues, ainsi qu'en a fait la remarque M. Defrémery '*', on est porté à assimiler tous ces mots, et l'on ne peut manquer d'y reconnaître avec ce savant le persan ij^jy terkecli, qui signifie aussi carquois (do -y tir, flè he, et jjSo kech, portant). Le mot nous est venu par l'arabe qui a changé terkech en tarkâch.

' Glosi. p. a AS.

' Joum. asiat. août 1867, p. i83.

' Marsdcn, Dict. mal. Ricnzi écrit korokoro : «La scuIpUirc des korokoros malais. . . annonce autant d'intelligence que de goût, s (Oceaiiie, 1. 1", p. 8.'i.) M. Liltré donne la forme française caracore, sorte de navire en usage aux lies Philippines.

* D'après le Dict. de l'abhé Favre , Y^)J koura-koûra ne di'.sigiierait qu'une tortue terrestre. La tortue caret s'appellerait en malais t^^kârah, mot qui manque dans Marsdcn.

' Man. ar. de la collection de M. Scliofer.

' Man. malais de la Bibl. nal. n° aa, p. 107. Voy. aussi le Makolaraja, p. ir«, éd. Roorda.

' K d isle sol eit ad xxij vel xxiiij karratotn, et cet or est à aa ou a/i carats. Man. lat. de la Bibl. nat. anc. fonds, n°7i47, folio t8 verso (Opu» mirabil» super Mercurio).

' Voy. de Constantinople à Smymê et dans l'île de Candie , dans la collection Suiilli, t. M, p. 390, note a. Cet impôt, dit le même voyageur, est d'environ 10 piastres tunpies (moins de 10 francs). Les fcniuies el les enfants au-dessous de dix ans n'y .sont point assujettis (Ibid. p. 871, note 2 ),

' L'analogie est encore plus frappante dans le contour extérieur de celte face de l'osselet.

'" Mém. d'hisl. orient, p. a35 (reproduction d'un article publié en 1867 dans le Constitutionnel).

CAR

L'identité d'origine de carcasse et carquois est admise par M. Litirë.

Cabthame ou safran bâtard. Lntinbolan. carthamus. On tire ce mot de l'arabe Jôy» qorloum, même sens. J'ignore quelles sont les raisons, excellentes sans doute, qui ont empêché MM. Dozy et Engelmann de compter carlamo, carlama, parmi les mots espagnols et portugais dérivés de l'arabe.

Carvi ou Chervis. Esp. carvi, alcaravia, portug. cherivia, alcaravia, alquirivia, ital. carvi. De l'arabe kiy^^ karawîâ ou kanv'iâ, qui désigne la même plante, nommée en grec xolpov, xdptov (en latin carum, careum, dans Pline). L'arabe serait la transcription d'une forme grecque xapvia ou xxpev'ia qui manque dans les dictionnaires. Par quel singulier artifice M. À. de Chcvallet veut-il tirer chervis de siser ou sisarum, et carvi de careum ^ ?

Casauba, Casbah. Esp. alcazaba, portug. alcaçova, mof rcmcnt forteresse. De ïarsibe iU»^ qasaba, même signification. Y a-t-il eu quelque influence de ce mot dans la formation du bizarre terme italien casamatta, origine de notre casemate et de l'espagnol casamata? (m et b sont deux labiales sujettes à se substituer l'une à l'autre.)

Casoar. Cet oiseau, originaire de l'archipel Indien, tire son nom du malais ^^^Jj*.^ kasouâri.

Casse. Poêlon, chaudron, grande cuiller, coupe (dans le Midi). Esp. cazo, portug. caço, ital. cazza, bas lat. caza, cazia. On a proposé comme étymologic l'ancien haut allemand chezi. En arabe ,j«li kas, coupe à boire, date au moins du xiii" siècle, car il est souvent répété dans le ycift ïyfM stral antar, aventures d'Anfar, et on trouve luJ^ kÂsali danslc Gulistnn, ouvrage écrit en ia58: «Je veux, dit un marchand, porter en Chine du soufre de Perse et en rapporter pour la Grèce de la vaisselle de Chine» )!j -jjj ,^Ua»^l^ \jè\ (Edit. Eastwick, p. 1 1 1 ; liv. III, hisL 22, p. 179 de la traduct. de M. Dotrémcry.) ^l^, x«,l^, sont-ils difl'érents de casse? L'ancienneté de kas dans les langues sémitiques est constatée par l'hébreu did kôs, coupe, qui se rencontre dans le Lévitique, le Deutéronome et les Psaumes. Cazo, caço manquent dans Dozy.

Catiang. Plante exotique de la famille des légumineuses {^Dolichos catiang de Linné). C'est le malais ç^^ kûtchang, qui se dit de tous les légumes à gousse, pois, fève, haricot, vesce, etc. Le dolic /acara des naturalistes est en malais ^li^ é^^ kâtcliang-kakâra.

Cayan (^cajanus), genre de cytise, est étymologiquement le même mot que catiang (jav. »oiaj»v).

Cf.nsal. Courtier, dans les ports du Levant. Ital. sensale. C'est l'arabe jL*** simsâr, même sens. Bocthor donne

CHA

aussi l'orthographe ^La«^ simsâr. (Vov. à caualei à courtier.) On regarde le mot comme étant d'origine persane; à côté de simsâr, le persan a ^L>jUi sifsfir.

C^TltnACH. Plante vulgairement nommée scolopendre oa doradtlle. Esp. celeraque, ital. cetracca, citracca, bas grec xnapalx. «Mauritanis et oflicinis eelerach Arabum», dit Chabré'. C'est l'arabe viljkû chetrak'', auquel il faut identifier çjl**^ clùlaradj, «ilyùsj- tchitarak, nom d'un médicament tndien , dans Freytag.

Chaban. Huitième mois de l'année musulmane. En arabe yL>*.i cha'bân. Montesquieu écrit chnhban.

Chacal Boclhor traduit ce mot par JlCi>. tchakâl, (|ui est turc et vient du persan Jl*i chagluil, ou Jl^ cliagâl, même sens; en ar. JUs thou'al, en héb. Vvie? chou al, renard.

Chachia. Transcription de l'arabe iUJiLi, châchla, «bonnets de laine fine, façon de Tunis ou de Fez, qui sont ordinairement de couleur écarlatc, et qui font la pièce essentielle de la coifl'ure des Arabes et des Turcs. » (S. de Sacy, Chresï. ar. I, p. t 99.) C'est un adjectif féminin formé de ^jiU; châch, mousseline.

Chagrin. « Préparation de la peau du cheval , de l'âna ou du mulet, qui se fait en Turquie et en Perse. On ne se sert pour le chagrin que de la ■peau du derrière de l'animal; après qu'elle est tannée et devenue souple et maniable, on l'étend sur un châssis au soleil, on en couvre le côté du poil avec la graine noire d'une espèce d'arroche, et non pas avec la graine de moutarde, comme on le pense assez généralement; cette graine, pressée par les pieds des ouvriers, se fixe dans le cuir et ne s'en détache [)lus que lorsqu'il est sec. Le chagrin est le sagri dos Turcs. » (Sonnini*.)

Le mot turc <<rj*l-o sâghri ou ^yUs saghri désigne en elTet la croupe du cheval et la peau préparée que nous nommons chagrin. Les mots que nous avons soulignés dans l'explication de Sonnini démontrent l'exactitude de son étymologie, indiquée d'ailleurs depuis deux siècles par Chardin ^

Chah. Du persan »Lû cliâh, roi, Padicliah est le persan sUiLj pâdichâh. On écrit quelquefois shah, d'après l'orlliographe anglaise, et schah d'après l'orthographe allemande.

Chaland. Sorte de bateau plat. Ce mot est très-ancien dans la langue française ; on le trouve sous la forme calant, dans la chanson de Roland (xi" siècle), ce qui n'est pas très-favorable à l'étymologie arabe (^«SJXî chalandi ', AjjyjJUi chalandia, genus navigii (dans Freytag). Un tfich peut difficilement devenir c dur. Cf. Letronne, Journ. de» 5«raHte, janvier i8/»8.

' Le mol est dans Razi, man. dojà cilé , fol. I{ i recto. ' Ortg. (le là tnn;^.fr. l. II, p. i4o

• Slvinum icoiie», appeiid. p. 657.

* Gatophyl. ling. Peit. p. 877, an mot scolopendruu

• Dict. d'hitt. nadir, t. VI, p. 6.

• Voy. en Perte, p. 394. Ed. Smith.

' Voy. Defréniery (Journ. atiat. août 1867, p. i83), qui renvoie à Ibi>- Alatbir, éà. Tornberg, t. XI, p. lOg.

28 criA

CiiÂr,E. Bien que le mot se trouve dans la langue arabe moderne (JU clidl, plur. JiKi^ii clûhln , dans Boclhor), ce n'est pas là que nous l'avons pris. D'introduction peu ancienne en Europe, il a été apporté de l'Orient par le commerce anglais. C'est le persan jUl clull, sorte de drap grossier en poil de chèvre ou de brebis que les derviches, dit Mcninski, jettent sur leurs épaules en guise de manteau. Le mot s'est ensuite spécialement appliqué au tissu de Cachemire : »>JiU v*«Ni*^ ^ *^ JU (^■Jfjej , dit le Bahâri afjom (cité par VuUers).

Chalef. Arbre à fleurs odorantes originaire de l'Orient. C'est l'arabe o5^ khalâf, saule d'Egypte, identique, semble-t-il, au yb bân, (Voy. \e Dict. de Bocthor, au mot saute. )

Champac ou Sampac. Arbre des Indes orientales, cultivé dans les jardins pour ses fleurs odoriférantes [Michelia cJwmpaca de Linné). C'est le malais dl.«.».a tchampâka, nom répandu dans tout l'archipel Indien, mais dont l'origine est hindoue.

Charabia. L'espagnol aJgarabia, algaravia, signifiant à la fois la langue arabe et bruit confus, baragouin, ne laisse aucun doute sur l'étymologie; c'est l'adjectif féminin iUj^ 'arahia, arabe (la langue').

CiiEBEc. Bâtiment à trois mâts de la Méditerranée. Ancien franc, cfiabek, esp. jabeque, xabequc, xaveque, portug. xabeco, enxabeque, chaveco, ital. sciabccco, zambccco , stambecco, «tous mots qui signifient chebec et dont l'origine est ignorée.» (Littré.) Jal, montrant que c'était autrefois une barque de pécheur, pense que le mot vient de l'arabe iSjMi cliabeka, filet. Ce qui est certain , c'est que le terme chébec existe dans l'arabe moderne sous la forme ii)L£; chabbâk ou chobbâk'^. Mais nous avons une forme plus ancienne, car on la trouve dans la première édition du Thésaurus de Meninski (1680) : (JifMi sounbekî, «genus navigii in Asia frcquentis. » La nasale de sounbeki se retrouve dans l'italien zambecco. Sounbekî est donné comme turc par Richardson, et ne parait guère pouvoir se rattacher à idijii chabeka, filet.

CnéBiLE. Espèce de myrobolan. Dans les ouvrages de botanique écrits en lalin^, on trouve kebulus, quebula, chepula, cepula. De l'arabe-persan Jol^ kâboulî, c'est-à-dire, je pense, du pays de Kaboul. On lit en effet dans Yakout* que le JjI^ kâboul est « une province et ville de la Perse qui produit le coco , le safran et le myrobolan. »

Cheikh, Cheik ou Scheik. Transcription de l'arabe ^m cheikh, qui, signifiant primitivement vieillard, a pris les mêmes sens que le latin senior devenu signore, senor, seigneur. «Les naturels (de Madeigascar), dit Marco Polo,

CHI

sont sarrazins et adorent Mahomet. Ils ont quatre escequcs, c'est-à-dire quatre vieux hommes aux mains desquels est la seigneurie du pays '. »

Le titre de cheik-ul-islam, -Uwill ^-« cheikiiou 'Uislam, signifie chef de l'islam ou de la religion.

Cheiuanthe. Le latin clieiranthus est un mot forgé par les botanistes pour désigner les giroflées. «Il tire son origine, dit Léman '', soit de deux mots grecs qui signifieraienty?eur en forme de main [ysip, âvûos), ou bien du mot grec anthos, fleur, et de chetrt, nom arabe de plusieurs espèces de ce genre. » Nos dictionnaires de botanique donnent en effet chéri, keiri, alcheiri, comme noms de diverses

kh

ïirt

variétés de giroflées, ce qui représente l'arabe t^j*^ et le persan sy*^ klnroû. (£j*i^ est dans Razi (man. déjà cité, fol. lib recto). Il y a longtemps que nos botanistes connaissent le terme arabe. Hermolao Barbare, qui écrivait au xv* siècle, commentant le terme îov de Dioscoride, dit: «Lcucoia intelligo quas Mauritania c/iejn appellaf.» C'est assurément sur ce cheiri qu'a été fait chciranthus. En espagnol, alhaili, alheli, aleli, giroflée, viennent du même terme arabe.

Chérif. Transcription de l'arabe uà>«û charîf, proprement illustre, noble, puis «descendant de Mahomet par sa fille Fathima, épouse d'Ali. » Le même mot est devenu en espagnol xarifo, paré, bien mis. Sur ce que sont aujourd'hui les chérifs, on peut voir J. J. Marcel, Contes du cheykh el-Mohdy, t. III, p. 49 9.

Chérobin. Mot emprunté au latin biblique; en hébreu, D-'anp keroûbîm, plur. de ans keroûb.

Chewal. Dixième mois de l'année musulmane; en

arabe J5î*i chawouàL Les éditeurs de Montesquieu écrivent chalval.

Chiaodx ou Chaodx. Dans Bocthor (jJS«jjI=»- djâoulch; mais le mot est pris du turc ij^j^ Ichâouch, en persan J^a^ tchâwoûch, chef, conducteur. «Proprie est vox Turcica, dit Vullers, significans apparitor, famulus auiicus. » M. Pavet de Courtellle, dans son Dict. du turc oriental, a noté (jijl^ avec le sens de huissier, conducteur de caravane.

Chibouqce. Pipe orientale. Dans Bocthor ^Ajyi> choubouk , qui est le turc (jj^j^ tchouboûq, tchiboûq, proprement bâton, tuyau, et puis pipe. (Cf. t>j^ tchoûb, bâton, baguette.)

Chicane. Ce mot, aujourd'hui passablement détourné de son sens, a dû désigner primitivement le jeu du mail. D'après Bescherelle, il se dit encore d'une certaine manière de jouer au billard, au mail, à la paume'. D:ins certains appareils de chaufTage et de ventilation, on appelle chicanes des pièces de diverses formes disposées de

* Voj. Dozy, Glossaire, p. 119, el Defrémcry, Joum. asiat. août 1867, p. «83, note 4; voy. aussi Correspondance liUeraire, numc'ro du aS août »86o.

' Voy. Dozy, Gloss. p. 35a. ,

' Vtiy. par exemple VHist. plantarum untversaUt , Ae Jean Paiiliin, t. l", p. 30a.

' Dicl. géogr. de la Perse, par M. Barbier de Meynard, au mot Jok" kâboul.

' Voy. anciens et mod. t. 1", p. /il a.

• jDiVI. d'Iiist. nat. t. VI , p. a 1 3.

' Didscondx pharma'corum lib. VIII. Strasb. iSag, fol. 354 recto.

• Voy. Dofi'éiuery, Mém. d'hist. orient, p. a35. Le savant professeur cita

CHl

manière à contrarier, à diriger successivement en divers sens un courant d'air chaud ou froid; à quoi on peut comparer l'expression des marins chicaner le vent. De plus, on trouve, en bas grec, T^vxarjor, jeu de mail; tlvKavî- Zsiv, jouer au mail. Tout cela ne laisse aucun doute sur l'étymologie : c'est le persan (J^y^ khaugfm, bâton recourbé, maillet pour jouer au mail. Aussi comprend-on dillicilement que Diez et Génin aient voulu, après Ménage, chercher l'origine de chicane dans l'espagnol chico, petit, qui n'explique ni la forme, ni les sens de ce terme. De (jl^j-a- djôkân, forme arabe de ^J^y^, dérive le portugais choca. ( Voy. Dozy, Gloss. p. 2 5i.) Le changement de j u, ou, ou en t est si fréquent qu'il est à peine besoin de s'y arrêter.

Chiffon. Ital. chiffone, arabe chijfoun, étoffe mince et transparente. (Defrémery '.) L'étymologie est bonne, mais il faut dire que chijfon vient de chiffe, vieux mot français qui désigne une étoffe légère et de mauvaise qualité^, et

chifle est l'arabe olû chijf, «vestis tenuis et pellucida. » La terminaison oun dans le chijfoun de M. Defrémery est la nunnation arabe, marque du nominatif des noms indéterminés, laquelle n'a jamais joué aucun rôle dans la transmission des mots arabes aux autres langues. Cf. cependant zédaron, terme, il est vrai, purement scientifique.

Chiffre. Esp. et portug. cijra, ital. cifera. De l'arabe yXj£> sifr, vide, mot employé pour désigner le zéro, qui n'est que la traduction du sanscrit çounya, par lequel ce caractère est désigné dans les anciens traités d'arithmétique indiens. En effet, chiffre, ciffre, cyfre, cyffre, employé tantôt au masculin , tantôt au féminin , a marqué primitivement le zéro seuP; encore aujourd'hui, le portugais cijra et l'anglais cipher s'appliquent spécialement à ce caractère. Le même sens est resté assez longtemps au terme français; car on lit, dans un traité d'arithmétique du xvii* siècle : «La dernière figure, qui s'appelle nulle ou zéro, ne vaut rien. . . En autre langage, elle s'appelle chijre; toutefois ce mot abusivement prins en françois signifie toutes les figures et l'art d'arithmétique *. »

Zéro est une autre forme du même mot -io sifr, que les anciens traités de ca.lcul écrits en latin transcrivent zephyrum, en italien zeffro, et enfin zéro^. Si l'on songe que l'invention du zéro et de son rôle est le trait caractéristique de la numération écrite moderne, on comprendra que le nom de ce caractère ait fini par s'appliquer à toutes les figures, longtemps nommées Jîgures de chiffre.

Chiper. Tanner les peaux d'une certaine façon différente de la manière ordinaire. En turc, 4-**i sep est le tan ou le réservoir oiî se fait le tannage, ou la trempe destinée à l'apprêt des cuirs; d'oiî le verbe yà-e^ sepmek, J.^.^*-

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