‹ Dictionnaire de la langue française (volume 2)Chapitre 733 sur 754 · LAM · texte numérisé non relu

LAM

Kabiw. Somme pay(5e par le mari musulman à la femme qu'il répudie. Le mot s'est dit aussi des mariages temporaires contractés par les marins provençaux avec des femmes grecques dans l'Archipel. (Lillré.) Du persan (jjajL^ kâbtn, même sens.

Kabvlb. Nom tiré de l'arabe *L^ qalnla, tribu.

Kadelée. Espèce de haricot de la Malaisie {Phaseolus maximus, cadelium de Rumpf). C'est le javanais »nj«î»jn.i

kadelé, en malais J«X5 kedeli. Nos dictionnaires de botanique donnent les variantes cadali, kadali, cadeli.

Kadine. «Mot qui signifie dame en turc et se dit des maîtresses en pied du sultan. » (Littré.) Le turc yiU qâdin est une altération de yyU». kh'ttoûn, dame, maîtresse de maison.

Kadoche. Grade élevé dans la franc-maçonnerie. De Vhéhreu r^'i'i'p^qadOch, saint, sacré (^^ip^qadach, être saint, en arabe ^«tXj qadas).

Kaïmac. Sorte de sorbet turc. Le mot turc ^4<i ou ^U qaïmaq signifie proprement crème du lait.

Kalpak. Bonnet à la tartare, est le même mot turc que le colback. (Voy. ce mot.)

Kanchil. Chevrotain des forêts de Sumatra. (Douillet, Scienc.) En malais J^o kanlchil, moschus Javanicus.

Kava. Boisson enivrante des Polynésiens. «Il y a identité entre ce mot et le mot kavoua, café des Arabes, qui se prononce de la même manière. Ces deux boissons sont servies chaudes.» (Rienzi'.) — Voy. Café.

Kazine. Trésor du Grand-Seigneur. De i'arabe iCÀîV^i. khazlna, venant de la même racine qui a donné magasin.

Kermès. Esp. carmes, alquermez, portug. kermès. De i'arabe-persan ■■./>-) qirmiz, même sens. Les botanistes écrivent en latin chermes.

Ketmib. Genre de plantes de la famille des malvacées, comprenant un assez grand nombre d'espèces exotiques (^Hibiscus). De î'arabe ^♦kr. kitatmî ou kliilml, qui est Vallhœa dans Frcytag, la mauve des marais (mari-hmallow) dans Richardson, la guimauve dans Boclhor. Celui-ci donne aussi A»»ta:^ khelmiya, ketmie.

Ketnice, que certains dictionnaires donnent comme le nom d'une maivacëe, est probablement une faute d'im» pression, pour ketmie.

KiiAHSiN ou Chamsin. Vent d'Egypte. Transcription de l'arabe (j^^Jf khamsin, mot qui signifie proprement ci'nquante (de ijjg- khams, cinq), et a été, dit-on, appliqué à ce vent parce qu'il souffle pendant cinquante jours. (Voy. J.-J. Marcel, Contes du cheykh El-Molidy, t. Ili, p. 3 18.)

Khan. Sorte d'hôtel pour les voyageurs, en Orient. C'est l'arabe yli. khân, même sens, dont l'origine est persane. (Comp. ajU.. khâneh, maison.) Dans le sens de prince, chef, le mot est aussi persan et a la même orthographe.

On trouve quelquefois khan écrit par un simple /», han.

Khandjar. — Voy. Alfanoe.

Khahbéga. «Nom d'un assemblage de trous que l'on creuse symétriquement sur une surface plane, et dans lesquels on pose des cailloux ou des noyaux de datte en guise de pions, comme pour le jeu de dames : -KÂjyi. kharbega.n (Cherbonneau, Dict. franc. -arab. pour la conversa' tien en Algérie.)

Khi^dive. Titre donné au vice-roi d'Egypte. Du persan ^»>si> khediw, roi, prince, souverain, mot adopté par les

Turcs.

Kibla ou Kidlat. Point vers lequel les Musulmans se tournent pour prier (direction du lemplo de la Mecque). En arabe aXaS qibla, dont le sens propre est chose placée en face.

KiMA. Tridacne géani[Chimagigas). Du malaisj^ kima,

3ui se retrouve dans les autres idiomes de rnrcnipel Inien. Néanmoins, le terme scientifique cluima et les mois français correspondants chame, came, qui désignent un genre de coquillages, ont été pris du grec x'/f*''-

Kiosque. Du persan et turc J^ji koûchk, belvédère, palais, villa. Le mot nous est venu par les Turcs qui font toujours sentir un t bref après le J k.

KuRTCHis. Corps de cavalerie persane composé de l'ancienne noblesse. La finale s est la marque du pluriel, cdf le mot est en persan ig^^y» qoûrlchl*.

Lampoujane. Espèce de gingembre. Du malais-javanais | ^yi. lampoûyang, qui se rattache peut-être an mot^

> Océame, t. I", p. 45.

» «Régis Persarum prœlorianus eijue» ; tuot numéro it,O0O.> (C«»l«ll.)

LAN

lampou, excessif, par allusion à la force de cette épice. Le mot nous est venu par les Hollandais, ce qui explique la substitution du j h Yy.

Langit. Nom attribué par quelques botanistes à Tarbre ])lus connu sous le nom d'atlante ou vernis du Japon. C'est le malais i^H y}^ Iclyoû lângliit, arbre du ciel. J'ignore l'origine de cette appellation.

Lantard. Espèce de palmier (^Borassus JlahelUformis) , lontarus de Rumpf '. Du malais JOÎ lontar. On tire en grande quantité de cet arbre la liqueur appelée toddi ou vin de palme.

Laque. Gomme laque. C'est un mot d'origine indienne,

qui nous est venu par l'arabe-persan dkj Iakk ou di) lâk^. La gomme laque, comme les autres gommes, est le suc épaissi d'un arbre, ou plutôt de diverses espèces d'arbres qui croissent aux Indes orientales. «Les Indiens de la côte de Malabar l'appellent caiulaccan, dit d'Hsrbelot'. Caitilacca n'est pas la substance elle-même, mais l'arbre qui la produit, car le mot signifie arbre de la laque, du malais ^o k'iyou, arbre. Les Arabes ont d'ailleurs appliqué le mot Iakk, loukk, likk, à des substances colorantes analogues à la gomme laqu'; *.

L'italien lacca signifie à la fois laque et cire à caclieter; dans ce dernier sens on dit en espagnol et en portugais lacre. La cire à cacbefer doit ce nom à la gomme laque employée pour la colorer '.

Lkzmu (Lapis-), — Voy. AznR.

Lascah. Matelot indien de la classe des parias. Du persan SmA lechker, armée , troupe.

Lebbeck. Espèce d'acacia asiatique et africain (connu à la Réunion sous le nom de bois voir). De l'arabe jisO hhkh. Le nom du genre lébeckie (^Lehcekia), qui comprend de." arbustes du cap de Bonne-Espérance, a sans doute la même origine étymologique.

Léviathan. Transcription, dans saint Jérôme, de l'hébreu în;i'? livyathan, qui désigne ua monstre aquatique ou terrestre mal défini. On peut voir ce qu'en dit Gesenius dans son Dictionnaire hébraïque. Le mot paraît se ratta-

MAC

cher à la racine ni"? lavah, replier, tordre, en arabe, i^^ lawa; le lévialhan serait un animal capable de «e recourber en replis tortueux, un serpent, un dragon.

LiLAS. Esj). lUac, portug. lilazaro. Les Arabes disent liUJ, liJsuJ, lîlac, Mac. (Meninski, Onomast. au mol Syrin^ra Persica.) Ces mots, qui ne sont point d'origine arabe, se rattachent au persan JjJ nll, indigo (voy. Anil); on trouve les diverses formes persanes: *Juj, ^-ù, AJ, ^AJ, 3jJUJ, nilah, nîladj , llladj , lïlmulj, lïhng, se rapportant toutes à l'inJigo; ce qui montre le changement de n initial en /. L'arabe lllak peut être pris dé l'un quelconque de ces mots, ou mieux encore, je pense, du diminutif JJU Mnk, bleuâtre, comme les doigts bleuis par le froid®, nuance qui caractérise parfaitement Ips fleurs du lilas de Perse, lesquelles sont d'un pourpre pâle ''.

Limon. Fruit. Esp. limon, portug. limâo, ital. limone. De l'arabe-persan (jj-ey' leïmoûn, même sens.

Plusieurs espèces de citronniers [)ortent aussi le nom de lime, c--^. et portug. lima; en arabe a.<J lîma. (Voy. Dozy, Gloss. p. 297.)

LisME. Droit qu'on payait aux régences barbaresques pour la pêche du corail. De l'arabe ^il, ii^jil llzim, lâzima, chose obligatoire, dette, impôt. (Dcfrémery.)M. Cherbonneau donne la forme iU-^ leztna qui convient encore mieux pour l'étymologie. {^Diclionn. franç.-arab. au mot tribut.)

LoG. Mesure des liquides chez les Hébreux. Transcription de l'hébreu j"? log.

LoocH. Portug. hoch. Terme de pharmacie, pris de i'arabe (jjyO la'ôq, potion qu'on lèche, c'cst-à-dirc qu'on prend à petites gorgées; du verbe ^jJ /«'ag, lécher, lamper.

LoRi. Nom d'une espèce de perroquet. C'est le malais (^5y loûfi OU (£^y> noûri, qui désigne un perroquet dos Moluques. «Le /on, dont les teintes rouges si variées surpassent en splendeur celles de la plus belle tulipe, n (Rienzi, Océanie, 1, p. h^.)

LoTH. Esp. laud, portug. alaudn, ital. liuto. De l'arabe iyftl\ al-oûd, nom du même instrument.

Macabre. Quoi qu'en disent maints dictionnaires, la meilleure étyniologie qu'on ait encore proposée pour la danse macabre est celle qui interprète macabre par cimetière, de l'arabe yliù» maqâbir (plur. de «v+JU maqbara, tombe), mot qui est resté en portugais sous la forme almocavar,

et dans certaines régions de l'Espagne sous celle de micabes^, signifiant l'une et l'autre cimetière. Danse du cimetière ou des tombeaux est assurément une qualification des plus justes pour la danse macabre.

Quant à la danse des Macchabées^, chorea Macchabœorum ,

' Herbarium Amhoinente, ouvrage dcril dans la seconde moitié du XTii* giècle, publié en 1741.

* Le double k n'est dû, semble-l-il, qu'à la tendance des Arabes à trilitëriser tous leurs mots.

* D'Herbelot, Biblioth. orientale, au mot louk,

* Biblioth. orientale, au mot lotiU.

* \o}j. Doxy, Glou. p. 99^ «t ag6.

• KNilak, a liltle blue, blui.^b; blue as the Gngers wilh cold pinching.» (Richard son.)

' Dict. d'hiêt. nat. de Délervillc, t. XVIII, p. 3a. Les anciens botanistes, Matlliiole, Dodonée, Tournefort, elc, conservent la forme arabe ii/ac, d'où Ulacée, lilacine.

• Voy. Dozy, Gloss. p. i68.

• Voy. Littré , au mot macabn. •

MAC

ciVedans Du Gange, connue on n'y voit figurer ni tUazar, ni ses six frères, ni leur mère, mais seulement une série de personnages qui disparaissent à tour de rôle «pour exprimer que chacun de nous doit subir la mort», je liens pour assuré que Macchahœorum n'est là qu'un représentant de maqilbir ou macahes, cimetière; fantaisie interprétative dont il ne manque pas d'exemples en notre langue '.

Mâceie. Herbe qu'on mange en salade {ValeriarteUalocustay Probablement du verbe mâcher, dit M. Liltré. Cependant le mot est en arabe, (jiU mâcli, la mâche, dans Bocthor. Mais mâcli, d'après les dictionnaires de Freytag et de Richardson, est une espèce de légume du genre des pois. Et cette signification ressort évidemment du passage d'Avicenne sur ce mot, p. fie de l'édition de Rome. Je ne sais si Bocthor a fait quelque confusion ou si vraiment ^fil» se prend dans le sens de notre mâche.

Madragde. Pêcherie pour le thon. Esp. abnadraba, portug. almadrava. M. Dozy a fait voir dans son Glossaire sur Edrici (p. 3io) et dans le Glossaire d'Engelmann (p. tliS et suiv.) que le terme espagnol n'est autre que l'arabe iojdt al-mazraba, venant de cjj), entourer d'une haie^. La madrague est un grand parc formé avec des filets dans la mer, et divisé en compartiments où le poisson est successivement chassé.

Magasin. Esp. magacen, almagacen , almarcen, almaccn, portug. almazem, armazem, ital. magazziuo. De l'arabe yji^ makhzen, plur. y;l^ makhâzin, grenier, lieu de dépôt, venant du verbe yvi. mettre en magasin, serrer, conserver.

Mahaleb. Vulgairement bois de Sainte-Lucie. C'est l'arabe «U:^ mahlab, même signification. (Razi, man. déjà cité, folio h^ verso.) Sous ce nom, on exportait autrefois de Syrie en Europe un petit fruit employé en médecine et qu'on utilise encore dans la parfumerie. Ce fruit a quelque ressemblance avec un noyau de cerise; aussi nomme-t-on l'arbre qui le produit cerisier odorant ou cerisier mahaleb; Bclon écrit macalep, Lobel et Anguiliara macaleb, Gordus macholeb. Quant au nom vulgaire bois de Sainte-Lucie, on en peut voir l'origine dans Liltré au mot Lucie.

Mahari. Espèce de chameaux. Transcription de l'arabe

f£^\.^ mahân , plur. de iy»^ mahriya. Ce nom leur vient, dit-on, de y^ Mahr, père d'une Iribu. «C'est cette même race, dit le naturaliste Desmarest, que Diodore et Strabon ont nommée camelos dromas, et qui seule devrait porter le nom de dromadaire. » Cet auteur écrit maihari et donne pour synonyme rngunhil, qui représente J«>»ljj rawahil, plur. de aAj>..Ij rahila, monture.

MAN 47

MAHOMiÎTAJt. Rienzi, le voyageur géographe, veut qu'on

di.se mohnmmédan, le nom du Prophète étant J4r moluimmed, le loué, et non Mahomet.

Mahonnb. Sorte de galère turque. Esp. mahona. D'après Millier, c'est l'arabe yycL» ma'oûn, vast;. Ma'oûn signifie en effet vase, marmite, pot, et en général tous les ustensiles d'une maison, et bien d'autres choses encore. M. Dozy, à qui j'emprunte cette étymologie', ne dit pas sur quelle base s'appuie l'auteur pour passer de là à la galère turque.

Màimon. Singe du genre des macaques. C'est le persan yj^y» maimoûn, même sens, qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme arabe qui signifie heureux, comme l'a fait assez étourdiment l'auteur du catalogue des manuscrits malais de la Bibliothèque nationale; un de ces manuscrits porte en effet le titre de y^^çy» ^^ khodja maîmoûn, que le catalogue traduit maître singe. Si l'auteur de cette interprétation avait parcouru seulement le début du conte, il aurait compris qu'un père, joyeux de la naissance de son premier-né, ne le gratifie pas du nom de maître singe.

Mainate. Genre d'oiseaux de l'archipel Indien. Une des espèces porte le nom de mino ou mainou. Ces mots sont assurément malais. Mais Marsden ne donne que U*.» mina, et le Dictionnaire de l'abbé Favre rattache ce mot, qu'il écrit sans I â final, à l'hindoustani maïna.

Mamelock. Esp. et portug. mameluco, ital. mammalucco. De l'arabe ^^mamloûk, esclave, participe passif du verbe

wîlX» malak, posséder.

Malamoque, nom que les marins donnent à un albatros au bec noir, au plumage entièrement noirâtre, ne seraitil pas une altération de ce même mot, par allusion à la couleur des nègres mamelouks?

Manglier. Arbre des Indes orientales, aussi nommé palétuvier. En malais, f^^^ïu mangghi-mangghi, même sens.

Mangodstan. Fruit d'un arbre des Indes. «Le fruit le plus exquis de l'Orient, et peut-être du monde, est le mangoustan (^Garcinia mangostanaY-^ Du malais ^ja«..v<'»« manggîstan. Marsden ne donne que (j«>^>-^.«..« tminggis et c-^^^M^sTi»,* manggista; la forme manggistan est dans le Dictionnaire de l'abbé Favre (en javanais, «<^^> manggu).

Mangue. Fruit du manguier [Mar^fera Indica); du malais 3iÀ* mangga, même sens.

Manucodb. Oiseau de paradis. Du malais-javanais y^jU nj,^»g^x nulnouq, oiseau. L'oiseau de paradis est appelé ca|^:> i>jU nulnouq-dewdta , oiseau des dieux.

' C'est ainsi que d'anciens actes en latin interprètent par cenlumnuce», cent noix, le nom du village de Sannois, près Paris. Les Portugais, trouvant dans le royaume d'Adel une montagne nommée djebel al-fit, inonlagne de l'éléphant, l'appelèrent Monle-Felice. Le voyageur Poncet nomme le monastère de Bisan, en Abyssinie, monastère d» la Vition. (Voy. Bruce, ëdit. Panrlouke, 1. 1", Bog, et t. II, 160.)

' Cf. toutefois une remarque de M. Defrt'mery. {Journ. (uial. mai-juin, 1869, p. 538.) Le savant professeur aimerait mieux rattacher madrague » la racine vy^ d<u-ab, planter, enfoncer un pieu.

' Glois. p. a()<).

' Rienzi, Océanie, t. I", p. 106, {"coloime. Mangoiule, animal, n'« «u cuQ rapport avec le mangouitan.

MAR

Marabout. Religieux musulman. Esp. morabito (ermite^ , porlug. marabuto. De l'arabe lajty* morâbit, prononcé à peu près merâbot, à cause du ie> t emphatique.

Mabavédis. Ce mot, que nous .avons pris de l'espagnol maravcdi, est primitivement le nom d'une monnaie d'or frappée sous la dynastie des Alniora vides, appelés en arabe yJtiji-* morâbilin (du même mot qui a donné marabout). Marnvedi est une altération de l'adjectif morabifi, comme qui dirait almoravidien. Le portugais a maravedim et marabilino. La forme provençale maraboti vient directement de l'arabe et confirme la communauté d'origine de marabout et maravédis.

Marcassite. Pyrite de fer. Esp. marquesita, autrefois marcaxitn, portug. marquezitu, ital. marcassita, bas lat. marchiisita. De l'arabe UxAJy» marqachlilui , que Bocthor écrit Hix.*jy» marqachwi, en persan, xi-i-ij-* marqachlcha (Ricbardson). La première orthographe est celle de Razi (man. déjà cité, fol. 5o recto) et celle du traité d'alchimie de Djabir (Géber), man. n° 1080 du suppl. arabe de la Bibl. nat. folio 5 recto et passim, et en général la seule quej'aie rencontrée dans les manuscrits. Aussi je soupçonne fort le xàwi-i*j»-« marqacincha ci- dessus d'être une fausse lecture, causée par la facile confusion du iù» th avec le (ji ch.

Marfil ou MoRFiL. Ivoïre. Esp. marjîl, portug. marjîm. On trouve aussi les formes olmaji, almajil (x" siècle). Les Anibes appellent l'ivoire JaâJ! t>Li nâb al-jil, dent de l'éléphant, et c'est de là qu'on a voulu tirer marjil, étymologie acceptée des uns (Diez, Defrémery), repoussée par les autres (Engelmann, Dozy'). L'origine reste donc incertaine. La syllabe finale semble bien être l'arabe J*» fù, éléphant; mais peut-être la première partie est-elle un mot asiatique ou africain, étranger à l'arabe et ayant le même sens que nâb, dent.

Il y a, en vieux français, un terme qui n'est pas sans offrir quelque analogie avec la première syllabe de marfil. C'est le mot mire, défease de sanglier (d'où sanglier miré, sanglier de cinq ans, déjà muni de ses défenses), correspondant, comme sens, à l'italien sanna, zanna (qui est l'arabe ç^m smn, dent). L'origine de mire est inconnue.

Mabkab. Étoile a. de la constellation de Pégase. De l'arabe <-*^v« mai ':t:b, monture.

Mascarade. Esp. et portug. mascara, masque; ital. maschera, même sens. Il a été surabondamment démontré par divers étymologistes , contrairement à l'opinion de Diez, et notamment par MM. Mahn et Dozy, que mascara et maschera ne sont rien autre que l'arabe a-ifin^ mashhara signifiant bouffon, farceur, histrion ^ plaisanterie, drôlerie, mo-

MAT

querte. Je crois inutile de reproduire les arguments exposés en détail dans le Glossaire de MM. Engelmann et Dozy, (Voy. p. 3o/i et suiv.)

Il y a longtemps que Chardin écrivait , dans son Voyage en Perse : «Ils (les Persans) appellent ces sortes de divertissements mrtscar^, c'est-à-dire jeu, plaisanterie, raillerie , représentation , d'oij est venu notre mot de mascarade. » (Edit. Smith, p. 9 A 9.)

Massore. Travail critique fait par les docteurs juifs connus sous le nom de Massorètes, pour fixer le texte de la Bible. De l'hébreu nn'iDD masôrah, tradition, lecture traditionnelle.

Mat. Terme du jeu des échecs. (Voy. Échec.) Mnt, adjectif, au sens de terne, vient du mat des échecs, «Dans les anciens auteurs, dit M. Littré, mat signifie las, humilié; c'est de ce sens qu'on est allé au sens de terne, qui paraît très-récent. » L'espagnol a mate, couche de blanc avant de dorer, qui est assurément le même mot. Il es' remarquable qu'en hindoustani le terme caL» mât, importé du persan, a aussi les deux sens : clieck-mate; astonished, confoumled. (Shakespear, Dict. Hindust. and Engl.)

Matamore. Silo pour le grain. «Les Maures et les Arabes, dit RaynaP, serrent leurs grains dans des matamores ou

magasins souterrains La forme des matamores ne

diffère que peu de celle de nos puits.» C'est l'arabe »jyUxo nifl/wôrrt , fosse souterraine, silo.

De ce mot vient l'espagnol ma^morra, cachot, fosse, prison. On peut voir, dans la Relation du sieur Mouette ^, qui fut captif au Maroc de 1670 à 1681, la description de la mazmorra où on le renfermait la nuit avec les autres esclaves : «C'étaient de vrais silos creusés sous terre . . . on faisait descendre les esclaves dans ce trou par une échelle de corde. »

Matassins. Esp. matachin, portug. muchachim, ital. mattacino. M. Dozy dérive ingimleusement ces mots de l'arabe A=».^ ouadjh, visage, employé dans le sens de masque, d'où

un verbe t^y tawadjdjah, se masquer, et enfin- le participe -i^yi^ moutawadjdjih , au pluriel ^<.(}->.j.x< moutawadjdjihîn, personnes masquées, matassins*. (Voy. Gloss. p. 3og, 3io.)

Matelas. Esp. et portug. almadraque, prov. almatrac, ital. matarazzo , materasso, bas lat. almatracum, materacium, mataricium, almatncium, vieux fr. materas, mathelas, malterat, matelot. De l'arabe jJ** matrah, lit, matelas, dans Boclhor. Ce mot vient de la racine ^Ja tarah, jeter, qui a

' M. Doiy dit que, dans l'oxpreision nab al-fil, le {fénio de la langue ne permet pas de supprimer l'article et de dire nab fil; cependant Boclhor traduit le mot dont il est ici question par Jç^ ^ linnfil, expression tout à fait pareille à la forme contestée. Et, en outre, il existe un certain nombre

de mots composes, tels que .>pU mâ-ouW, jjSUj benzeher (loupe, littcr. Jtla du poitnn) , etc. où l'article manque. II n'y a donc aucune impossibilité

ait dit nab-fl.

philoê. det Était barbaretque* , édit. Peuchét, 1. 1", p. U'j.

â ce qu'on ait dit nab-fl.

• HUt. " ' -'-

' Dans Je Tour du monde, 1. 1", p. siO.

* Citons pour mémoire l'explication suivante ; «11 y eut vers i384, en Provence, une sorte de Jacquerie dont les trop nombreux associés étaient connus sous le nom de tucliins ou coquins; et dans quelques parties du Midi, sur le territoire de Bormes, par exemple, on appelle encore niatoitrhim (mali tuchihi) les brigands et les filous.» [Magatin pittoresque , numéro de février 1876, p. 55, d'après M. Ph. Giraud, Note» chromlog. pour servir i l'bistoire de Bormes, i85g.)

MAT

donné un autre mot de sens analogue, iL*.tJi> tarôlm, coussin.

Pour comprendre comment le lieu où l'on jette, ou bion la chose jetée {tnatrah, motrah) a pu s'entendre d'un lit, d'un matelas, il sullit de se rappeler que les Orientaux n'ont ou n'avaient pas de lits proprement dits, à la façon des nôtres, avec un châlit, mais qu'une simple couverture, un matelas jeté à terre en tenait lieu. On peut comparer les expressions latines stratum, stragulum, rattachées à sternere.

Matraca. Roue garnie de marteaux de bois. (Bescherelie.) Ce mot est espagnol, et dans cette langue il désigne aussi la crécelle de bois qui remplace les cloches à certains jours de la semaine sainte. C'est l'arabe iiiJx» mitraqa, marteau, instrument pour frapper, de la racine (^Ja taraq, irapper. On connaît, bien que les dictionnaires français ne le donnent pas, le mot matraque, employé en Algérie dans le sens de bâton, trifjue; c'est la prononciation algérienne du même terme arabe (iM^ (Voy. Cherbonneau, Dict.Jr-ar. au mot trique^.)

Matras. Vase employé dans les opérations chimiques. Ambroise Paré écrit matelas; on trouve au xiv' siècle matheras par un th. Tournefort parle de «bouteilles en cuir faites en pyramide » , en usage dans l'île de Samos et appelées mataras ^. Ce dernier mot est assurément identique à l'arabe »-k« malara, outre de cuir. En est-il de même de notre matras et de l'espagnol matraz ? Silv. de Sacy, trouvant le mot ^lia-«l, vases, dans la traduction arabe de l'évangile de saint Jean (ch. ii, vers. 6), pense que c'est un terme d'origine grecque'.

Medjidieh. Décoration ottomane instituée en i85i par Je sultan Abd-ul-Medjid. Le nom <Xts?Ji *>yjt abdou 'l-medjlâ, signifie en arrbe serviteur du Glorieux, c'est-à-dire de Dieu. Medjidieh est un adjectif féminin *j«Xjçsî formé sur medjld, en tant que nom du sultan; il peut s'interpréter la medjidienne ou la glorieuse.

Medreça ou MéDRKSSEH. Établissement d'éducation. Transcription de l'arabe iù«j.x« medresa, qui vient de j«ja duras, enseigner, apprendre.

Méïdan ou Maïdan. Place dans les villes de l'Orient. Transcription de l'arabe ytOy^ mcïdân, place, hippodrome. Il paraît qu'on trouve en vieil espagnol almidana, avec ce dernier sens , hippodrome *.

Melchitb. «Le nom de melchites, qui veut dire royalistes, est celui que les eutychiens donnèrent aux orthodoxes, à cause que les empereurs, qui étoient catholiques.

MET

autorisoient la saine doctrine par leurs édits et au contraire proscrivoient les eutychiens.» (Bossuet.) De l'hébreu ij^D melek, roi.

MéLOcniE. Genre de plantes de la famille des malvacées. Lnt. botan. meJochia, De l'arabe Hj^^ metokhla, ou, comme écrit Richardson, Là-jX» mouloûkhh'i , espèce do mauve. Le mot arabe paraît être une altération du grec liaXolxn, mauve. C'est donc à tort que le manuscrit de Razi* écrit Xk^^ meloûkîa par un «il k, comme si le mot so rattachait à oU* melik, roi, et signifiait royale: Aaj.» iu5>jJHI v«AlaJiJ! y^ «la melokia est voisine de l'arroche», ce qu'il faut entendre non point sous le rapport botanique, mais au point de vue de l'usage médical, l'arroche ou bonnedame passant, comme la mauve, pour émoUiente , rafratchissante, laxative.

MERINOS. «Les traces du mérinos se rencontrent dans maintes tribus (de l'Algérie), et il n'est pas improbable que ce soit des environs de Tlemcen , où existe encore la tribu des Béni-Mérin, que soit partie la fameuse race des mérinos. » {Tisserand, cité par M. Littré dans les Additions au Dictionnaire.) M. Sanson, professeur de zootechnie à l'école de Grignon , n'est pas éloigné de croire à cette origine du mouton mérinos.

Mescal. Instrument de musique en usage chez les Turcs, n'est autre chose qu'une espèce de flûte de Pan qui ne compte pas moins de vingt-trois tuyaux. (Bouillet, Scienc.) Transcription de l'arabe Jlii» mithqâl, que lei Turcs prononcent mesqâl. Le mot JUi» désigne le plus ordinairement un poids bien connu, le miscal ou methcal (valant ai carats), en esp. mitical, portug. matical, melical, de la racine Jjù thaqal, peser. Mais c'est aussi , bien que Freytag n'en dise rien, le nom d'une espèce de flûte de Pan : « Aliquot fistulae simul junctœ, quaa flatu oris inflantur». dit Meninski.

Mesqdw. Esp. mezquino, portug. mesquinho, ital. me*chino. C'est l'arabe ^JCéé.* mesJân, pauvre, qui ne possède rien.

Metel, Mkthel ou Pomme mételle. Vulgairement nommée pomme épineuse, herbe au diable, herbe aux sorciers, en botanique Datura stramonium. «La stramoine métel, dit Bosc, croît en Asie et en Afrique. Elle est narcotique, et les charlatans de l'Inde en font usage pour guérir les maux de dents et occasionner des visions qu'ils expliquent ensuite conformément à leur intérêt*.» C'est l'arabe JjU mâthil, même sens, mot qui manque dans Meninski, Freytag, Richardson, mais que donne Bocthor', et qu« j'ai relevé aussi dans VAlmansouri de Razi *.

' L'ongine de ce dernier terme , trique, n'est pas bien établie. H ne serait •as impossible qu'elle se rattacliAt au même verbe arabe taraq, frapper. Le iangiiodocien a triica, cogner, frapper; mais la forme trinca, casser en frappant, porte à rapprocher ces deux mois dn latin truncare. Troquer, échanger, pourrait se ratlacher à un mot signilianiyrop/jer, si l'usage de se frapper réaproquemcnt dans la main pour conclure un marché e<t ancien.

* Voi/age du Levant , l. H, p. i3i.

' AbdaUatif, p. a86. Le latin a matula, vase, qui Aurait donné mailre.

* Gayangos, trad. de Maccari, II, ItSb; dans Doiy, Glosi. p. i6i. ' N° loof) du «up. ar. de la Bibl. oat. fol. Itt recto.

• Dicl. d'hUt. nat. t. XXXII, p. aïo.

' Aux mots ilramoine, noix métel , pomme épineHie.

' Man. ar. déjà cité (Traité III, cb. iitiii , fol. k-j veno et /i8) ^^^ Joi l«]j i.xà: JjU (lia non méthel provoque la stupeur et quel(|iiefoii tue.» Le mot est aussi dans l'Avicenne imprimé de Rome, p. rv-. Avireonc comp.iie la noix méthel ila noix vomique.

50 MÉZ

Une variVté de stramoine porte le nom de tatule, qui est l'arabe MslLs lâtila (dans Bocthor). Peut-être est-ce le môme mot que datura, lequel serait, d'après d'Orbigny, une corruption d'un terme arabe. (Cf. les formas arabespersanes «j^'b, tiyh Uitoûra, taloûla, qui montrent la correspondance de r et /.)

MiîzÉRéoN, Mi^zi?RioN ou Anfiîzf'nioN. Esp. mozercoTi (mot qui manque dans le Gloss. de M. Dozy)." C'est primitivement la camélée; le nom s'est appliqué plus tard, chez Gesner et les botanistes allemands, à l'espèce de laurier dit bois-gentil ou garou, dont le port et les qualités caustiques sont assez semblables. De l'arabe-persan ;j>jjiU ou ^^jj^U mâzriyoûn, donné par Castell, que Freytag n'a pas noté, mais qu'on lit dans YAlmansouri de Razi (fol. 5o ver. •) du manuscrit déjà cité). Bocthor écrit y^;V*« (au mot ca7nélée).

Mils. «Nom que les Persans modernes donnent aux exercices de gymnastique faits avec des espèces de massues. Les mils ont été introduits par M. Harriot en Europe et dans nos gymnases.» (Littré.) Je suppose que miU est un pluriel et que le singulier mil (sans doute prononcé maîl) représente le persan J^ mail, marteau , massue. Le mot ne se trouve pas en ce sens dans les dictionnaires persans; mais il est dans le Gazophyl. ling. Pars, qui traduit martello di porta par j* Jju», et martello di campana (battant de cloche) par ^J«y^G Juy* et u»^ J^^. C'est sans doulc étymologiquement le même mot que notre mail, maillet, qu'on tire du latin maliens, marteau.

Minaret. Esp. minarete. De l'arabe »^li« menâra (prononcé à la turque), signifiant lieu où il y a une lampe (de la racine ;U nâr, briller), puis lampe, fanal, phare, et enfin minaret. Minarete n'est pas dans le Glossaire de M. Dozy, mais on y trouve almenarn, candélabre, fanal, et almenar, « pied de fer sur lequel on mettait des torches de résine ou de bois résineux pour s'éclairer. »

MiRAMOLiN. Esp. miramolin. Corruption de l'arabe ^î

(ji^p.^ amïr al-mouminîn, chef des croyants. C'est la même expression, non moins altérée, qu'on trouve dans la relation de Willibald : ts-Mirmummis, roi des Sarrazins. » ( Voyag. anc. et mod. t. II, p. nq.)

MiRZA. Prince. Transcription du persan K y« mlrzâ, pour »àlj^x*! cmïr-zâdeh, fils d'émir. Emir est arabe, zâdeh est persan ^. De ce dernier mot et de »Lû cliàli, roi, est formé le titre de chahzadeh, fils de roi, donné à l'héritier présomptif du trône, chez les Turcs.

MiscHNA. Recueil de traditions rabbiniques. Transcription de l'hébreu niÇ/p michnah, répétition (seconde loi),

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