‹ Dictionnaire de la langue française (volume 2)Chapitre 735 sur 754 · MOD · texte numérisé non relu

MOD

excipitur vel sera », ce qui est tout à fait l'un des sens particuliers de mortaise , « ouverture pratiquée dans une gâche pour recevoir un pêne»; c'est la gâcne elle-même dans Bocthor et dans Cherbonneau, et M. Dozy tire de là l'espagnol iilguaza qui est certainement notre mot gàclieK .Mor. taise serait un participe de la huitième forme du verbe On trouve en effet y^* mourtazz avec le sens de planté, fixé, inséré, ce qui conviendrait mieux à tenon qu'à morlnise; mais il est à remarquer qu'on disait autrefois trou de mortaise, comme dans ce vers de Villon, cité par M. Littré:

Les vy tous deux par un tron de mortaise.

Ajoutons que la forme espagnole mortaja représente très-exactement le féminin arabe »y-« mourtazza; car le 3 z arabe devient un j en espagnol devant la voyelle a *.

Mortaja n'est pas dans le Glossaire de MM. Engelmann et Dozy.

MosQoéE. Esp. mezquita, portug. mesquita, ital. mcschita, mosca. De l'arabe .Xaî>v^ mesdjid, lieu de prière, où on se prosterne, du verbe >X:S£ sadjad, se prosterner.

MoccRE. Muletier, loueur de mules. Esp. almoereve, portug. almoqueire. De l'arabe «^jLC» mokàri, conducteur ou loueur de chameaux.

MoossELiN. Officier turc d'un rang secondaire, est le

lieutenant d'un pacha (Bouillct, Scienc.). C'est l'arabe hm.t mousellim, qui sauve (de la même racine que mtaulman), pris chez les Turcs pour désigner le lieutenant d'un nouveau pacha, chargé d'aller en avant prendre possession du

pachalik. (Voy. Meninski.) La forme régulière est KwV-.

MoDSSELiNE. Esp. muselina, portug. musselina, murselina, ital. mussolina. De l'arabe ^}M3y» mameli , adjectif formé sur le nom de la ville de Mossoul, Mosul ou Mosel, Juojll almausel (D'Herbelot écrit moussai). «Tous les draps de soie et d'or qu'on appelle mosulin se font en ce lieu (Mosul), dit Marco Polo *. Les plus forts marchands qu'on nomme mosulin, qui apportent de grandes quantités d'épices précieuses, sont de ce royaume. » L'éditeur, en note, dit que le second mosulin est probablement une corruption de muslimin, musulmans. Je croirais tout aussi bien qu'il est identique au premier et signifie gens de Mosul.

Mousson. On a dit aussi monson. Esp. monzon, portug. monçâo, ital. mussone. De l'arabe j^v^^ mausim, époque fixe, fête, foire, et aussi «saison favorable pour le voyage des Indes''.» Les habitants de l'archipel Indien prononcent moûsim et emploient le mot dans le sens de saison , comme dans cet exemple que je prends dans le Makola radja, un des ouvrages les plus estimés de la littérature malaise :

^j (j-jl* (j*i ^)l* f««^ 5^'* y'* *^^ (j^.>* f*^ *î>^ <^'*'

• Montesquieu (Lettr. pert.) écrit souvent mollak.

• Voy. en Perte, édit. Smith, p. 199.

» Dict. d'hit, nat. t. XXI, p. 3i 1.

• Pour expliquer le changement de j r en g', on peut conjecturer que cet r « été accidentellement grasseyé, et par suite conlondu avec le >f^, qiM

les Arabes occidenlaux prononcent r, mais que l'espagnol transcrit par g. (Cf. razzia =gazia.)

* Voy. Vlntroducl. du Glou. de Doty, p. 19.

* Yoyag. anc etmod. publiés par M. Chartoa, L II, p. t"}». ' Voy. Doiy, Glois. p. 3 1 7 et suiv.

MOZ

csbélw «Mais passe la saison des pluies [moûsim hoûdjan) et arrive la saison de la sécheresse (moûst'm kamârou) avec une chaleur extrême^ »

MozABABE. Esp. mozarabe, mustarahe, portug. mozarabe, musarabe. «Par ce nom on désignait les chrétiens qui vivaient au milieu des Maures, et en particulier ceux de Tolède, qui avaient dans cette ville six églises pour y exercer leur culte. Il dérive de oyt**** mosta'rib, arabisé, nom que les Arabes donnaient aux tribus étrangères qui vivaient au milieu d'eux.» (Engelmann, Glossaire, p. 3ai.)

Muezzin. Esp. almuedano. De l'arabe yiy* mouedlulhin ou mouezzin, celui qui appelle à la prière, dont la racine est yii oudhn, oreille.

Mufti ou Muphti. Esp. etporlug. mufli. De l'arabe (s^ mouftî, jurisconsulte, celui qui donne un i^yifeiwa, interprétation de la loi.

Mdlâtre. « On appelle oJy» mouallad, celui qui est né d'un père arabe et d'une mère étrangère, ou d'un père esclave et d'une mère libre. C'est, je pense, do là et non de mulus que vient en espagnol et en portugais mulato, en italien mulalto, et en français mulâtre, n Ainsi s'exprimait Silvestre de Sacy dans sa Clirestomathie arabe (t. II, p. i55). M. Defrémery ^ et M. Engelmann avaient adopté cette dérivation. Elle a été combattue par M. Dozy, dont on peut voir les raisons, p. 384 du Glossaire.

MusACÉES. Famille de plantes dont le bananier est le type. Les botanistes, prenant le nom arabe de la banane j^ maux, Sj^ mauza, l'ont latinisé sous la forme musa;

NAC

de là le nom de musacéos. La feuille du bananier était connue chez nous avant le fruit, parce qu'on s'en servait en Orient pour envelopper les pains de sucre expédiés en Europe: if^Musa vulgo dicta inter palmas videtur recenseri posse», écrit Jean Bauhin au commencement du xvii* siècle; «oritur in iîlgypto et Cypro; cujus folia in Italia visuntur sacchari panes convestientia '. »

Il est à peine besoin de dire que l'opinion mentionnée par M. Littré*, d'après laquelle ce mot serait une allusion au nom de Musa, l'ami de Virgile et d'Horace, médecin de l'empereur Auguste, n'a aucun fondement. Musa, qu'on trouve aussi sous la forme amusa, ne remonte guère, comme nom du bananier, au delà du xvi' siècle ou de la fin du xv'. « Mauz seu muza dicta yEgyptiis » , dit Prosper Alpin.

Muse, nom donné à quelques figues d'Egypte plus douces que les autres (Litlré), est évidemment le même mot mauz.

Musc. L'espagnol almisque, almizcle et le portugais almiscar viennent assurément de l'arabe JwwJLl al-misk, mémo signification; mais notre musc et l'italien mîisco, muschio, sont le latin muscum (qui est dans saint Jérôme). Celui-ci et le grec ixôaxos viennent d'ailleurs de l'Orient. L'arabe liLfc* misk est d'origine persane.

Musulman. Esp. musulman, portug. musulmano. De l'arabe ^.Mtj» mouslim , pluriel j^jaV»*».* mouslimïn, qui fait profession de Yislam. (Voy. ce mot.) L'espagnol moslemila, par contraction mollita, renégat, a la même origine, d'après M. Dozy*; mais M. Defrémery aime mieux rattacher ce mot à moslimy, plur. m£salima, qui, d'après Et. Quatreinère (^Sult. Mamel. t. Il, 2° partie, p. 66), désignait, en Egypte, les chrétiens ou les juifs convertis à l'islam^.

Nabab. Esp. nabab, portug. nababo. C'est l'arabe iJy

nowab, pluriel de «-ôlj nâïb, lieutenant, vice-roi. Le mot nous vient de l'Inde. Le pluriel a été employé pour le singulier, ainsi que cela arrive souvent en hindoustani, pour les mots d'origine arabe. (Voy. Defrémery, Revue critique, décembre 1868, p. 4 10.)

Nabathéen. Adjectif formé de \a^ nabat, plur. loLj! anbât, nom que les Arabes donnaient aux Nabalhéens.

Nabca. Fruit d'une espèce de jujubier. Chez nos botanistes, le mot s'écrit aussi nebca, nahqah, nabach, napeca, nabeca, nebbek. C'est l'arabe *Ju» nabiqa, nibqa, Rhamnus nabeca, dans Freytag.

Nacairb. Ancien instrument de musique militaire, sorte de tambour ou de timbale, liai, gnaccare (qui est le gna~ care de Molière, dans la Pastorale comiqu^y, bas latin, nacara; bas grec, dvclxxpa. Ce n'est point, comme on Ta dit, l'arabe -jjù naqir oujjyïb nâqôr, qui signifient trompette, clairon, mais le persan «jUi, en arabe «jUj naqâra, timbale'. Arabe ou persan, le mot a pénétré, en conservant sa signification, non-seulement en Europe, mais aussi dans une partie de l'Afrique, notamment en Abyssinie et chex les Latoukas des bords du Nil Blanc, au sud de Gondokoro , comme on peut le voir par les passages suivants : r Cependant la grande tymbale ou nagareet, qu'on appelle le Lion , fut portée devant le palais. » (Bruce, Voyage en Nubie, édit. Panckouke, t. III, p. ^19). —

' Éd. de Roorda van Isijnga, p. n .

* Mém. d'hitt. orient, p. 334.

' lliator, plantariim univerialit, t. I",p. i5o. Ccl ouvrage n'a été publié (l65o) que Irenle-sept ans après la mort de l'auteur.

* Diction», au mot mutacéet.

* Glou. p. 3ao. M. Dozy dte encore (p. 3a3), comme dérivé de moiu-

lim, un mot muzlemo donné par Bcrgania avec ie sens de barbaro, ru$tico; mtiza signifiant «sarraconon est probablement une altération du même mot

' fiel), crit. décembre 1868, p. 610.

' Bocthor, aux mots tambour el timbale, écrit ï.Uj par un double 3 q, naqqàra. Pauthier, dans son édition de Marco Polo (t. I", p. a&5} comprc naqâva au sanscrit anakah.

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