NOR
fleur qu'on fait l'essence de roses; elle en contient une plus grande quantité que toutes les autres. . . On l'emploie aussi à fabriquer une excellente liqueur de table, le roasolis blanc. v (Du Tour'.)
NoBiA. Esp. noria, anoria, anorta; portug. nora^; dans l'ancien espagnol, naora, alnagora. On n'a pas de peine à reconnaître l'arabe i^^b nâ'ôra (avec l'article an-nâ'ôra), qui désigne la même machine élévatoire. Le verbe yti na'ar signifie laisser jaillir le sang par saccades, en parlant d'une veine; ce qui s'applique assez bien aux norias, formées d'une série de seaux en chapelet qui se remplissent au fond du réservoir et viennent se vider l'un après l'autre à l'extérieur.
Nuque. Esp. portug. ital. nuca; bas latin, nuclui. C'est
ORA
l'arabe jUt* noukhâ', proposé par Bochart et rappelé par M. Defrémery. (^Joum. asial. août 1867, p. 182.) Noukhif, ridiculement défini par Freyiag^, désigne la moelle épinière. Et c'est là précisément l'ancienne signification de nuque, ainsi que le montrent les passages suivants pris dans le Dict. de M. Liltré : «Spondille (vertèbre) est ung os percé au milieu, par lequel pertuis la nu^ue passe» (Lanfranc). «La nuque vient de la cervelle, ainsi comme le ruisseau de la fontaine*» i^lhid.). «La nucque ou medulle spinale» (Ambroise Paré). On peut joindre à ces exemples le tercet bien connu de Dante :
E corne '1 pan per famé se mandiica, Gosi '1 sovran ii denti ail' altro pose La 've '1 cervel s' aggiunge con la nuca.
{Itlfemo, canl. xxxii, turc. 43.)
OcQUB ou Oque. Poids usité en Turquie, en Egypte, etc. (i kilog. 260). Du turc *5j! oqa, qui est l'arabe iùjy ouqla, et ce dernier paraît identique, étymologiquement, avec le grec ovyxt'a, en latin uncin, bien que la valeur actuelle de l'oque soit très-différente de celle de Yoùyxt'a. des Siciliens et de l'uncia des Romains.
Odalisque. Femme attachée au service des dames du harem impérial. Boiste, Nodier et quelques autres lexicographes écrivent odalique, ce qui est plus conforme à i'étymologie : du turc j>J»ûj1 odaliq, venant de «àjl oda, chambre, logis '.
Oliban^. Encens. Esp. et portug. olibano; bas latin (xi* siècle), olibanum. On a proposé comme étymologie le grec à Xi'ëavos, et le latin oleum libaiii, où oleum désignerait une gomme, une résine solide, fait sans exemple dans la terminologie pharmaceutique. 11 est sans exemple aussi que l'article grec è se soit accolé à son substantif pour passer dans une langue étrangère. Si ce fait est extrêmement fréquent pour l'arabe, c'est que l'article arabe est invariable et fait pour ainsi dire corps avec son substantif, tandis que l'article grec prend des formes Irès-dilTérentes suivant les cas, ce qui ne permet pas à l'oreille d'un étranger de le considérer comme partie intégrante du nom.
Il me semble plus raisonnable de regarder oliban comme représentant l'arabe (jj+Ul al-louban, l'encens, dont l'article al ou el serait devenu ol. On a des exemples de chan-
gements pareils dans olifant pour éléphant, olmafi à côté de almajîl (voy. Marfil), oknde pour altnde, et orcanète pour alkanète, si du moins ces deux dernières assimilations que je propose plus loin sont exactes.
Du reste, louban est identique à Xt€avos, ainsi que nous l'avons dit au mot Benjoin.
Olindb. Sorte de lame d'épée, que les uns font venir d'Olinda (Brésil), les autres de Solingen (Allemagne). A mon sens, olinde n'est autre que l'espagnol alinde, alhinde, aljînde, qui signifiait autrefois acier, miroir métallique, et qui vient de l'arabe 0^\ al-hind, les Hindous. On peut voir, dans le Glossaire de M. Dozy (p. lAa), comment le nom des habitants de l'Inde est devenu synonyme d'acier. ,SJ^\ Uum seif al-hind, sabre indien, est une expression fréquente dans les Aventures d'Antar, pour marquer une arme de qualité supérieure; OO^ mohannad, indianisé, signii\e fabriqué avec du fer de l'Inde. Quant au changement de al en ol, voy. au mot Oliban.
Orange. Esp. naranja, portug. laranja, ital. arancia, arancio (dialecte milanais, naranz, vénit. nàranza^, bas grec v£pa.v7?,iov. Les formes qui ont perdu le n initial l'ont sans doute laissé tomber par suite d'une fausse assimilalion au n de une, una; une narange, una narancia, n'ont pas eu de peine à devenir une orange, una arancia. Tous ces mots viennent de l'arabe g'jb narandj, persan 3j;Li nareng, même signification.
Orange, autrefois oreiige, a dû subir l'influence de or.
' Dict. d'hitt. mt. l. XXIX, p. 470.
* Cette forme a été oubliée dans le Glostaire de M. Dozy.
* (tFilum album, quod decurrit a collo animalis, cxit a cerebro et inde per totura corpus deducilur in plures ramos.n dit l'nuteur du Le.xicon ara- Uco-lalinum. Il était si simple de dire medulla tpinalit, qu'on se demande à Freytag a bien compris le sens de ^jà. Voici un exemple du mot, pris dans Razi, qui ne lui aurait laissé aucun doute: o'<^l JU.»! i (>;Ql J-*^ f\jèJ\ ^> sUjJI ^J» Lfii Lf^ ST^'> W.*^ «Le créateur a placé au bas du crâne une ouverture par laquelle il a fait sortir une portion de cervelle, qui est la nuque.n (Man. déjà cité, fol. 7 recto.) Le médecin persan Al- Ûuceîni appelle la uu(}ue 2a ^ueu» d» la ctrvelh : ei.n.f U.> jLo^ ^J^
(Man. n" 889 du suppl. persan de la Bibliothèque nationale, fol. 6 verso).
' Celle phrase n'est que la traduclion de ce pas.sage de Razi : éUjJI yl **^ cSt!K )0^ 74J *^r*-f f'-*^'^ ■•■ (iTï* *Jj*<r, La cervelle est comme une fonlaitic. . . , et la nuque est comme un grand Heuve qui en coule.n {Ibid. q. ttipr fol. 7 verso.)
' Dans l'Asie Mineure, on appelle oja une construction grossière destines à servir d'abri aux voyageurs. (Voyage de M. Dautals dans l'Anatolie , Towr du Monde, i"scm. 1861, p. i55.)
• On trouve aussi olibane : «Prendre poix grecque, sculplire et olibanc.» {L'Agriculture et Maison ruitique, de M. Charles ËslieuDe el Jean Liebault, docteurs en médecine, 1601, p. 78.)
ORA
h cause de la couleur. (Voy. Liltid.) Onsait que le.maîum aweum de Virgile est le coiii[; et non l'orunge.
Obang-outan. C'est l'expression (j3j.A ^^y\ Orang-hoûtan, par laquelle les Malais désignent celte espèce de singe; de ôraiifr, homme, et hoUtan, bois, homme des bois. C'est à tort que quelques personnes écrivent outang.
Orcanète. Plante tinctoriale originairo de l'Orient. J. Bauhin écrit orcItaneO; on trouve aussi alkanet el alka-
na-. Enfin Bocthor traduit orcanèle par Jyill iL». hinna al-ghoul, ce que nous rendrions par le henné du diable. De tout cela résulte pour moi la conviction que orcanèle
PAR
est le ni^mo mot arabe que Iwnuf. (Voy. ce terme.) Ajoutons que Cliabré établit la synonytnie des deux ('X[)rc.ssions alkaiina, el-liaune'.
Pour le chaiigcmont de al en or, on remarquera que l'article a/ devient facilement ar dans les langues romanes, et quant au passage de ar h or, on peut comparer arcans(m=orcamon (voy. Littré), armoire et armoire, dans le langage du peuple, etc.
Ottomane. Sorte de siège. De ottoman, nom de peuple, venant de jjU\« 'othmiin, nom arabe du fondateur de la dynastie des Turcs ottomans.
Pagode. Du persan »*>«J3j houtkedè ou poutkottdè , temple d'idoles, formé de oo bout ou potU, idole, et de ».x^ kcdè ou koudè, maison.
Pandanus. Arbre des Indes; type de la famille des pandanécs. Du malais (j-yjS pandan. Les Malais aiment à mettre dans leurs cheveux les fleurs odorantes du y>>v^ ^]jiyi êl^ pandan oiuhigi poûdaq, aussi nommé (^a^ rampei.
Pangolin. Mammifère des Indes et de l'Afrique. C'est le malais l^J^ penggoûling; et ce nom , qui signifie rouleau (de ^j^ goûling, rouler, enrouler), lui vient de l'habitude qu'il a, lorsqu'il est attaqué, de se rouler en boule, à la façon du hérisson. wSon corps se met en peloton, mais sa grosse et longue queue reste en dehors et entoure le corps roulé*.»
Pantoun. Genre de poésie chez les Malais. On écrit quelquefois pantoum par un m, mais à tort, car le mot malais est y*** panloun,
Papegai ou Papegabt. Perroquet. Esp. papagayo, portug. papagaio, ital. papagallo, pappagallo. On a donné de ce mot les élymologies les plus bizarres. Le célèbre raluraliste italien Aldrovande voyait dans papagallo une expression de la di;;nilé et de l'excellence de cet oiseau que ses talents et sa beauté faisaient regarder comme le pape des oiseaux. Génin, dans ses trop spirituelles Récréations philologiques (t. I"', p. 438), supposait que papegaut, orthographié papegault dans Amb. Paré, était formé d'un verbe paper, mâchonner, prendre avec la bouche, et de gault, bois, par allusion à l'habitude qu'a le perroquet de saisir les branches avec le bec pour monter ou descendre. M. Defrémery, écartant toutes ces imaginations singulières, a fait remarquer que papegai et ses congénères sont tout simplement l'arabe Ujj babnghâ ou babhaghâ, perroquet'. Meninski, dès le xvii° siècle, avait déjà suggéré indirec-
tement cette étymologie, quand il traduisait l'arabe babhaghâ ^ar papagallo en italien, papcj^ai en français, papagey en allemand, papugd en polonais. Du reste, Lx-«» babaghâ semble être une onomatopée faite sur le cri de l'oiseau, comme ara et cacatois.
Au lieu de Lio babagh'i, Bocthor (aux mots papegai, perroquet) donne ^J**J babaglûn, que je n'ai pas vu ailleurs.
Vieillot , dans l'article perroquet du Dicl. dthist. nat. de Déterville, dit qu'autrefois ^rt/;e^rtMt était le nom des perroquets, tandis que perroquet se disait seulement des perruches; cela tend à confirmer la conjecture qui dérive perroquet de perruque. Par une singulière anomalie, depuis BufTon, la famille de perroquets qui porte le nom scientifique de papegai ne contient plus que des espèces américaines.
Papou. Espèce de manchot (^Aptenodytes papua). Cet oiseau tire son nom du pays des Papous, d'oîi il est originaire. Papou est un mot malais «^ papoûah, contraction de rsji pouali-poûah, qui signifie yhW, crépu, et qui a été appliqué aux habitants de la Papouasie, ayi ^jl Orang papoûah, hommes crépus'.
Pâqoe. Le latin pascha est ia transcri|)tion de l'hébreu nos pesha, dont le sens primitif est;/<Msn^e, la Pàque juive se célébrant en mémoire de la sortie d'Egypte.
Para. Petite monnaie turque valant environ li centimes. En turc, »;Ij pârah, qui est un mot persan sigiiifiant pièce, morceau.
Parsis. Adorateurs du feu. En persan, ^^^lipârsi, persan, dont le pluriel yL;— ;Ij parsiyân s'emploie dans le même sens que notre parsis. Pârsi est l'adjectif de ^J-)lJ pars, la Perse. Aujourd'hui on écrit plus ordinairement U^^iifârs, par un/.
• Hitt. plantar. unti'er». t. III, p. 584.
* Dict. d'hUt. nat. de Déterville.
• Slirpium icônes , p. 4 1 .
* Dict. d'Kitt. nat. de Dëlerville, t. XXIV, p. 458.
• Vourn. a*ia(. janvier 1 86a, p. 93.
• «En malais poua-poua signifie cheveux boucl^$ ou frtth. \^i Mal»» nommcnl pour relie raison la NoiivollcGiiinée Tmma- l'apoua , c'csl A-<lir« Terre de» homiue» aux cheveux rri»és.ii (A. Maury, La terre et l'Iumnif,
PAS
Pastèqoe. Esp. albudeca, portug. albudieca, pateca. Les ternies allniikca, alhtulieca représentent assurément l'arabe iiàïviaJi al-hitjjliha^, qui a le môme sens, ou son diminutif nWouteiVi/w. (Voy. Engelmann, Gloss. p. 7 6.) Mais il y a quelque dilTicullé à tirer noire pastèque du même mot, à moins qu'on ne veuille voir dans st la représentation du double ia t emphatique qui est dans l'arabe. (Compar. estragon ==a<-/ar/:/iOMn.) Remarquez cependant plus loin j)aslar =palard,
Patache. Esp. patache, portug. pataxo, patacko, itaî. patagio, patacchia, patachio, patascia, patiissa. Il y a apparemment identité entre ces mots et l'arabe iCJLsj balsa ou «Uwkj baicha, «navis bellica»; et l'espagnol albatoza (portug. aîbetoça), sorte de navire, ne laisse guère de doute sur cette identification. Mais le mot est-il venu d'Asie en Europe, ou a-t-il été porté d'Europe en Asie? Il n'existe pas dans l'arabe ancien, et sans doute M. Dozy a raison d'en chercher l'origine dans le hastasia des Dalmates, cité par Du Gange. (Voy. Gloss. p. 70.)
Patard. Ancienne monnaie dont on trouve aussi le nom <5crit patart, pastar; bas latin palarus, patardus. A côté de ces formes, on trouve les suivantes où le r est remplacé par c, q : fr, paclac, patnque, esp. palaca, patacon (d'où notre palagon au sens de monnaie), portug. pataca, patac3o, ilal. pataceo, patacca, bas lat. palacus. Les formes en c sont celles qui conviennent le mieux à l'étymologie proposée par Mùller, et d'après laquelle pataca est l'arabe iCiiUôlj bâ-tâqa pour aboû-tâqa, littéralement le père de la fenâlre. C'est ainsi en effet que les Arabes ont appelé les piastres espagnoles sur lesquelles étaient figurées les colonnes d'Hercule, ces colonnes représentant pour eux une ienélre, tâqa. Dans Bocthor, ialb^! Si^ rîâl aboû-tâqa est )a «piastre (réal) avec une couronne de fleurs.»
Nous avons un exemple de dénomination analogue dans abouquel (mot qui n'est pas dans les dictionnaires) : «En 1700, dit Tournefort^, les huiles après la récolle ne valaient que 36 ou lio parais la mesure, ou tout au plus un abouquel, qui vaut àlx parais à la Canée, et fia seulement à Retimo. » L'auteur ajoute en note : Abouquel, ëcu de Hollande qui répond à celui de France. L'abouquel s'appelle aussi aslani à cause de la figure du lion que les Turcs appellent aslan. L'étymologie d'abouquel a été donnée, voilà deux cents ans, par Chardin : «Les écus et les demi-écus sont la plupart au coin de Hollande. Les Turcs les appellent asani (lisez arslani ou as/flm", jU»»;!), comme qui diroit des lions, à cause que de chaque côté il y a un lion marqué dessus. Les Arabes, par sottise ou autrement*, ont pris ce lion pour un chien et ont nommé ces pièces abou-kelb, comme qui diroit des chiens*.» Âboû- Icelb t-^^l signifie littéralement père du chien.