‹ Dictionnaire de la langue française (volume 2)Chapitre 86 sur 754 · PARÉ, IV · texte numérisé non relu

PARÉ, IV

— ÉTYM. Sacrum, et lombaire.

t SACRO-SAINT, AINTE (sa-kro-sin, sin-t'), adj. Saint et sacré. Nous [Constantin] avons résolu de faire honorer la sacro-sainte Église romaine, volt. Mœurs, lo.

— HIST. XVI' s. Ce nom sacro-sainct de la Mère vierge de nostre Sauveur, mont, i, 345.

— ETYM. Lat. sacrosanctus, de sacer, sacré, et sanctus, saint.

t SACRO-SCIATIQUE (sa-kro-si-a-ti-k"), adj. Terme d'anatomie. Ligaments sacro-sciatiques, ligaments membraniformes qui concourent à affermir l'articulation sacro-iliaque.

— ÉTYM. Sacrum, et sciatique.

t SACRO-VERTÉBRAL, ALE (sa-kro-vèr-té-bral, bra-l'), adj. Terme d'anatomie. Qui appartient au sacrum et aux vertèbres. || Articulation sacro-vertébrale, celle du sacrum avec la face inférieure de la dernière vertèbre lombaire. || Angle sacro-vertébral, l'angle que le sacrum et la dernière veiliire lombaire forment à leur partie antérieure.

— ÉTYM Sacrum et vertèbre

SAF

SACRDM (»a-krom*), ». m. Terme d'anatomie. Os symétrique et triangulaire placé à la partie postérieure du bassin et faisant suite à la coleone vertébrale. Il On dit aussi l'os sacrum.

HIST. XVI* s. Les cinq vertèbres de» lombes

et tout l'os sacrum, paré, i, ï.

— ÉTYM. Lat. os sacrum, l'os sacré, ainsi dit parce que les anciens avaient coutume d'offrir aux dieux, dans les sacrifices, cette partie de la victime.

f SADDER (sa-ddèr), s. m. Livre contenant les dogmes des Parsis ou Guèbres ou zoroastriens.

—ÉTYM. Persan, sadder, cent (portes ou chapitres).

f SADE (sa-d'), adj. Terme vieilli. Agréable et gracieux. Ces femmes.... Qui, gentes en habits et sades en façons.... régnier, Sat. ix.

— HIST. xiii* s. Moult est garis qui tel flor bese. Oui est si sade et bien oient, la Rose, 3497. Bricment [brièvement] el fu jonete et blonde, Sade, plaisant, aperte etcointe, ib. <0)9. || xv* s. Après ce commanda le seigneur du chastel qu'on appareillast bonnes viandes sades pour le chevalier malade, Perceforest, t. ii, f" 53.

— ÉTYM. Lat. sapidus, qui a du goûtfvoy. sapide).

t SADINET, ETTE (sa-di-nè, nè-t'), adj. Diminutif vieilli de sade. Autant qu'une plus blanche il aime une brunette; Si l'une a plus d'éclat, l'autre est plus sadinette, régnier, Sat. vu.

— HIST. XVI* s. De sade,le composé duquel est mausade, longtemps y a qu'on a dictsadinet, h. EST. Précell. édit. feugère, p. <03.

t SADOT (sa-do), s. m. Coquille du Sénégal, qui est celle de la pourpre lapille, univalves.

SADUCÉEN (sa-du-sé-in), s. m. Secte de Juifs qui niafent l'immortalité de l'âme et la résurrection des corps. Les saducéens donnaient tout au libre arbitre, fleurt. Mœurs des Israël. TU. xxiii, part. III, p. 403, dans pougens. Les saducéens, uniquement attachés à l'Ecriture sainte, rejetaient la loi orale, dideh. Opin. des anciens phiCos. (Juifs). Il Adj. Saducéen, saducéenne, qui appartient à la secte des saducéens. Les opinions saducéennes.

— ÉTYM. Altération araméenne de l'hébreu xadukim, les fils de Zadok, ancêtre de la maison ponbflcale qui eut les fonctions de grand prêtre après le retour de l'exil.

SADUCf^ISME (sa-du-sé-i-sm'), ». m. Doctrine des saducéens.

SAETTE (sa-è-f), s. f. Voy. sagette.

t SAFLEUR (sa-fleur) ou SAFLOR (sa-flor),».»». Ancien synonyme de safran. Curcuma ou safleur, PEïSsoNNEL, Traité sur le comm. de la mer Noire,

4. SAFRAN (sa-fran), ». m. || I* Plante bulbeuse, qui porte une fleur bleue mêlée de rouge et de purpurin, crocus sativus, L, iridées; on y distingue deux variétés, le safran des fleuristes cultivé pour l'ornement, et le safran du Gâtinais ou d'automne, cultivé comme plante médicinale et économique. Le safran, culture importante dans le Gâtinais, était attaqué d'une maladie qui paraissait contagieuse : des oignons sains, placés à côté d'oignons infectés, éprouvaient bientôt le même dépérissement, CONDORCET, Duhamel. \\ 2° Stigmates de la fleur qui, réduits en poudre, donnent une couleur jaune à la liqueur ou on les met, et qui servent en médecine, dans la teinture et comme assaisonnement. Couleur de safran. Colorer du beurre avec du safran. || Être jaune comme du safran, avoir le teint jaune comme du safran, comme safran, être très-jaune, avoir la jaunisse. Il Fig. et familièrement. Accommoder au safran, faire une infidélité conjugale (par allusion à la couleur jaune, qui est celle des maris trompés). UJig. et familièrement. Il est allé au safran, il est mal en ses affaires (par allusion à la jaunisse que donne le chagrin), || Jaune safran, jaune comme le safran. || 3" Substantivement. Le jaune safran. Ce jaune safran ne peut guère appartenir à la femelle [du bruant], buff. Ois. t. viii, p. 02. Il 4' Poétiquement. Le safran, la couleur jaune et pourprée du jour qui se lève. Et déjà devant lui les campagnes se peignent Du safran que le jour apporte de la mer, malh. i, 2. L'aurore s'ornanl de safran et de roses, régnier, Sat. 11. Tu couvres.... les vastes campagnes.... de ton voile de safran et de vermillon, behn. de st-p. llarm. liv. :, Tableau général. || 5* Fig. Safran du Pérou, l'or, à cause de sa couleur et de son abondance dans les mines de ce pays. || 6* Il se dit abusivement de certaines plantes qui ont quelque rapport avec le safran. [| Safran bâtard ou carthame, nom commercial de la racine du carthame tinctorial, synanthértos. Safran bâtard, le cent pesant estimé 45 livres.

SAF

Déelar. du rot, nov. 4 640, Tarif. Le safran-bourg ou safran bâtard n'étant ni bon ni utile à la teinture des laines, Inslruct. génér. pour la teint, des laines, 18 mars 4 671, art. 4 43. || Safran bâtard est aussi un nom vulgaire par lequel on désigne le colchique d'automne, dit encore lis vert et safran des prés. |1 Safran des Indes, voy. curcuma. || 7" Safran se dit de quelques préparations faites avec du fer et de l'antimoine, à cause de leur couleur. || Safran des métaux, l'oxysulfure d'antimoine, lavé et réduit en poudre ; ainsi dit à cause de sa couleur d'un brun marron. |1 Safran de Mars apéritif, carbonate de fer. || Safran de Mars astringent, le tritoxyde de fer.

— HIST. XIII* s. Il devint vermaux et rouges comme saffranz, guil. de tyr. Continuation, p. 579. Il XIV* s. Mettre des herbes, de l'eau el du saffran en un plat avecques la fraze [fraize] , llénagier, u, 5. || xvi* s. Le saffran y peut estre mis, souffrant et le trepis en herbe, et le cueillir de son poil, sans autre déchet que gênerai, 0. de serres, 721. Il me fera tant de bien que je ne seray jamais réduit au safran, sully, Écon. royales, ch. lxxxiv. Avoir mangé du safran [rire trop souvent et à propos de rien], leroux de ltnxy, Prov. t. i, p. 84. Le pauvre homme [un tailleur] par justice fut condamné à payer les estoffes de tous ses challans, et de présent en est au safran, hab. iv. 5. Les gents de village de ce pays, & touts accidents, n'employent que du vin le plus fort qu'ils peuvent, meslé à force safran et espice, mont, m, 208.

— ÉTYM. Wallon, sofran; provenç. safran, safra; catal. ïo/"r(i ; espagn. azafrano; portug. açafrdo; ital. zafferano; de l'arabe az-xa'ferûn, qui vient du persan laafer.

t 2. SAFRAN (sa-fran), s. m. Terme de marine. Nom donné à la partie extérieure du gouvernail ; elle est en bois de sapin et se joint à la mèche. Il Safran de l'étrave, pièce de bois appliquée sur la face antérieure de l'étrave; on la nomme aussi taquet de gorgière.

SAFRANE, ÉE (sa-fra-né, née), part, passé de safraner. || 1* Teint avec du safran. Toile safranée. Il 2° Qui a la couleur du safran. Là-dessus le soleil luisit. Et de sa face safranée La forêt fut enluminée, scARR. yirg. 11. Le feuillage des arbres éclairés en dessous de ses rayons safranés [du soleil] brillait des feux de la topaze et de l'émeraudo, bbrn. de st-p. Paul et Virginie. \\ Avoir le teint, le visage safrané, avoir le visage jaune. Il 3° Assaisonné avec du safran. Riz safrané.

SAFRANER (sa-fra-né), ». o. Apprêter avec du safran, jaunir avec du safran.

— HIST. XVI* s. Certains hosteliers, qui pour levrauds donnoient à manger des connins chastrés, après leur avoir saffrané les pattes, 0. de serres, 44 4.

— ÉTYM. Safran 4 .

t SAFRANIER (sa-fra-nié), s. m. \\ 1* Celui qui cultive le safran. || 2° S'est dit d'un homme ruiné, d'un banqueroutier. On vit le beau nom de la haute noblesse flétri par un tas de safraniers, mais reçus parles nobles pour faire nombre, st-sim. 427, 4 75.

— HIST. XVI* s. Je me suis veu d'escolier conseiller; de conseiller, ambassadeur; d'ambassadeur, saffranier; de saffranier, matois, d'aub. Confess. i, 4 0.

— ÉTYM. Safran 4.

t SAFRANIÈBE (sa-fra-niè-r'), s. f. Plantation de safran. || Lieu où l'on serre le safran.

— HIST. XVI* s. Ne voulant l'herbe du saffran estre aucunement rongée, fait bannir de la saffraniere toutes sortes de bestes, 0. de serres, 729.

t SAFRANUM (sa-fra-nom'), s. m. Fleurs de carthame préparées pour la teinture.

4. SAFRE (sa-fr'), adj. Terme populaire. Oui se jette avidement sur le manger. Un enfant safre. Il faut prendre garde à ce chien, il est si safre qu'il emporte tout, Dict. de l'Àcad.

— HIST. XVI* s. Femme safre et yvrognesse, de son corps n'est pas maistresse, cotgrave.

— ÉTYM. Origine inconnue. Diez propose soit l'anc. haut-allem. seifar, l'eau à la bouche, soit le verbe gothique supposé par Grimm safjan, savQarer. Le Berry a le verbe chafjrer, détériorer, qrt paraît bien tenir à safre. Il n'en est pas de même du safre de l'ancienne langue qui signifie élégant, gentil, et qui se rattache sans doute au bas-latin saffium, orfroi, broderie, d'où l'adjectif safré, très-employé dans la description des armures; on ne sait d'où vient saffium (voy. safre 2)

2. SAFRE (sa-fr'), s. m. ||1° Oxyde de cobalt, noirâtre, pulvérulent, qui, mêlé avec deux ou trois fois son poids de cailloux rougis au feu et broyés, forme l'espèce de poudre i^ise qu'on vend dans le

SAG

commerce sous le nom de safre ; il sert à faire du verre bleu et à contrefaire le saphir. || 2* Terme de blason. Aiglette de mer, sorte de petit oiseau peint sur Técu les ailes éployées.

— ÉTYM. Ital. xaffera. On a dit que ce mot venait de safir, à cause que le safre donnait au verre la couleur bleue.

t SAFRE.MENT (sa-fre-man), adv. D'une manière safre. Nulle colombelle, ou, s'il est rien de plus safrement lascif.... bayle, art. Guarini, n. d.

I SAGA (sa-ga),». f. Tradition historique et mythologique des Scandinaves.

— ÉTYM. AUem. Sage, légende, dérivé de sagen, dire.

SAGACE (sa-ga-s'), adj. Doué de sagacité. Uo esprit sagace. Une critique sagace.

— ÉTYM. Lat. sàgacem, qui a l'odorat subtil, sfCgire, avoir les sens subtils.

t SAGACEMENT (sa-ga-se-man), adv. D'une manière sagace.

SAGACITÉ (sa-ga-si-té), ». f. || 1* Au sens latin et propre, qui n'est plus usité, finesse de l'odorat. Ce qui avait trompé la sagacité des chiens ne trompa pas la vigilance des oies, le p. catrou, dans desfontaines. || 2° Subtilité de l'esprit, comparée à la subtilité de l'odorat. On lui voyait une sagacité de sentiment prompte, subite et naïve, MARiv. Marianne, part. v. Une sagacité qui lui découvrait mille différences où les autres hommes ne voient rien que d'uniforme, volt. Zadig, 3. La pénétration voit, et la sagacité va jusqu'à prévoir, duclos, Consid. mipurs, 4 3. Â la sagacité de l'esprit appartient la finesse ; à la sagacité de l'âme appartient la délicatesse des sentiments et de l'expression, MARM0NTEL, ŒuV. t. VI, p. 392. Les Sauvages ont une pénétration et une sagacité qui étonnent tout homme qui ne sait pas combien nos arts et nos méthodes ont rendu notre esprit paresseux, RAYNAL, Hist. phil. XV, 4.

— REM. Ce mot paraît s'être introduit dans la langue au xvii* siècle. Bouhours, en 4 686, le déclare encore pou usité.

— ÉTYM. Provenç. sagacitat ; espagn. sagacidad ; ital. sagacità ; du latin sagacitatem, de sagax, sagace.

t SA6AMITË (sa-ga-mi-té), s. f. Bouillie de farine de maïs dont se nourrissent diverses tribus sauvages de l'Amérique septentrionale. Elles m'apportaient de la crème de noix, du sucre d'érable, de la sagamité, chateaubr. Atala, le Récit.

t SAGAPÊNCM (saga-pé-nom'), ». m. Gommerésine provenant probablement du ferula persica, Wildenow, ombellifères; on la nomme aussi gomme séraphique et gomme sagapin. Gomme sagapenum ou sagapin, le cent pesant, payera 6 livres, 5 sous, Tarif, 4 8 sept. 4 864.

SAGE (sa-j'; prononcé saige au xvi* siècle, Palsgrave, p. 8), adj.\\ 1* Qui sait, entendu, habile (sens étymologique). Il était [Salomon] plus sage que tous les hommes, plus sage qu'Ethan Ezrahite, qu'Heman, Chacol et Dorda, enfants de Mahol, SACi, Rible, Rois, m, iv, 34 . N'affectez point de paraître sage devant le roi, ID. ib. Ecclésiaste, vn, 5. Tandis que ce nigaud, comme un évêque assis. Fait le veau sur son âne et pense être bien sage, la font. Fabl. III, 4. Des curieux qui, pour paraître plus sages qu'il ne convient à des hommes, voudront tout entendre, tout mesurer à leur sens, Boss. 4" instr. past. 4 4. Jeune, j'étais trop sage, et voulais tout savoir, fén. t. xxi, p. 298. || 2' Qui a une habileté mêlée de prudence et de bonne conduite. Les plus sages le sont dans les choses indifférentes ; mais ils ne le sont presque jamais dans leurs plus sérieuses affaires, la rochefouc. Prem. pens. n' 37. Tous les hommes me sont à tel point odieux, Que je serai» fâché d'être sage à leurs yeux, mol. Ifi». i, 4. Il est vrai que les projets des hommes les plus sages sont bien peu de chose, quand il plaît à Dieu de le» confondre ; et, quand il lui plaît aussi, les conduites folles ont d'heureux succès ; cependant il est toujours bon d'être sage; car, outre qu'on n'a rien i se reprocher quand on n'a pas réussi, c'est que d'ordinaire Dieu se met du côté des prudents, bussy, à Mme de Sév. 34 déc. 4678, dans sÉv. t. v, p. 644, édit. RÉGNIER. Le ton de voix impose aux plus sages, et change un discours et un poëme de face, pasc. Pens. m, 3, édit. kavet. Alors nous le vîmes s'oublier lui-même, et, comme un sage pilote, sans s'étonner ni des vagues, ni des orages, ni de son propre péril.... BOSS. le Tellier. ■Ce qu'il avait vu arriver à tant de sages vieillards, qui semblaient n'être plus rien que leur ombre propre, le rendait continuellement attentif à lui-même, id. ib. L'histoire qu'on appelle avec raison la sage conseillère des ]>riiic«s>

SAG

n>. Dutk. d'Orl. Ce n'est pas âtre sage D'itre plus sage qu'il ne faut, ouin. Àrm. ii, *. D'où vient, cher le Vayer, que l'homme le moins sage Croit toujours seul avoir la sagesse en partage? boil. Sal. iv. Je veux vous conter ce qui vient d'arriver dans la capitale d'une sage et puissante république, qui, toute 1 Mige qu'elle est, a le malheur d'avoir conservé quelues lois barbares de ces temps antiques et sauvages l'on appelle le temps des bonnes mœurs, volt. Hct. phil. Supplices, 3. |{ Par extension. Quand les malheurs nous ouvrent les yeux, nous repassons avec amertume sur tous nos faux pas.... nous voyons que Dieu seul est sage.... Boss. fletn« d'Anglel. Il 3* Réglé dans ses mœurs et sa conduite, modéré dans ses passions. Il est sage avant le temps. Il [le Tasse] n'eût point de son livre illustré l'Italie, Si son sage héros, toujours en oraison, N'eût fait que mettre enfin Satan à la raison, boil. Art p. m. Celui qui n'a point senti sa faiblesse et la violence de ses passions, n'est point encore sage ; car il ne se connaît point encore, et ne sait point se défier de soi, FÉN. r^î. Tii. Légiste», docteurs, médecins, quelle chute pour vous, si nous pouvions tous nous donner le mot de devenir sages I la brut. xh. || Cet enfant est sage, est bien sage, il est posé, il n'est pas turbulent. Il Familièrement. Sage comme une image, se dit d'un enfant qui se tient bien tranquille, qui ne fait aucune sottise. || Montrez-vous le plus sage, se dit i un homme qui a une querelle, pour l'engager à cesser le premier la dispute. || Soyez sage, soyez plus sage à l'avenir, se dit, par forme d'avertissement, à une personne qui a commis quelque faute. Il C'est pour vous apprendre à être sage, se dit i une personne à qui l'on vient d'infliger une correction. || 4° Qui a sa raison, qui a de la raison. Il se croit sage, et il est fou. Le temps et la raison pourront le rendre sage, corn. Nicom. ii, 3. Tel homme se croit sage, tandis que sa folie sommeille, DiDER. Claude et Sér. ii, 5. || Se rendre sage, devenir raisonnable, obéissant. Elle se rendra sage; allons, laissons-la faire, mol. Femm. sav. m, 6. 115* En parlant des femmes, modeste, chaste, pudique. Il sied mal de vouloir être plus sage que celles qui sont sages; Tsiffectalion en cette matière est pire qu'en toute autre, mol. Critique, 3. La fille qui m'enchante. Noble, sage, modeste.... boil. Sat. X. Il II est sage comme une fille, se dit d'un jeune homme timide, modeste, d'une bonne conduite. Il S" En parlant des animaux, qui a un naturel doux, obéissant. Ce cheval est sage, ne craignez rien. || Ce chien est sage, il est obéissant, il ne s'emporte pas à la chasse. || 7° Il se dit des paroles, des actions. De sages mesures. Une conduite sage. Notre religion est sage et folle : s»ge, parce qu'elle est la plus savante et la plus fondée en miracles et prophéties ; folle, parce que ce n'est point tout cela qui fait qu'on en est, pasc. Pens. xxv, 60, édit. HAVET. Mes paroles sont sages, comme vous voyez; mais très-souvent mes pensées ne le sont pas ; il y a un point que vous devinez aisément, où je ne puis me servir de la résignation que je prêche aux autres, sÉv. à Ifme de Grignan, 24 juill. 4675. Je parle d'une hardiesse sage et réglée, qui s'anime à la vue des ennemis, qui dans le péril même pourvoit à tout.... fléch. Turenne. Il y a des choses sages à dire sur les fous, volt. Lett. Panckoucke, 29 sept. 4769. || Kig. Un remède si doux et si sage [un purgatif innocent], sÉv. 4 6 oct. 4680. Il Terme de beaux-arts. Se dit d'une composition dans laquelle il règne beaucoup de convenance et de simplicité ; d'un artiste exempt de recherche et d'affectation. Mme Blinval : Je me sens inspirée. — Lucile : Et moi je perds courage. — Bernard : Moi, j'ai tous mes moyens, et mon jeu sera sage, c. delav. les Com., iv, 7. Ensuite vient un paysage Très-compliqué, Oii l'on voit qu'un monsieur très-sage S'est appliqué, a. de musset, le mie Prigioni.\ || i' S. m. Celui qui est sage. La mort ne surprend point le sage ; Il est toujours prêt à partir, la font. Fabl. viii, 4. Le sage est ménager du temps et des paroles, m. ib. viii, 26. [Il] vit en certains lieux Un sage assez semblable au vieillard de Virgile, Homme égalant les rois, homme approchant des dieux, Et, comme ces derniers, satisfait et tranquille, ID. ib. xu, 20. X tous événements le sage est préparé, mol. F. sav. y, 4. Tout ce qu'il y a de grand sur la terre s'unit [contre le christianisme], les savants, les sages, les rois, pasc. Pens. xviii, 4 2, édit. havet. Les sages qui ont dit qu'il y a un Dieu ont été persécutés, les Juifs haïs, les chrétiens encore plus, ID. ib. XXIV, 4» bis. Lorsque le roi Henri VIII.... commença d'ébranler l'autorité de l'Eglise,

SAG

les sages lui dénoncèrent qu'en remuant ce seul

point, il mettait tout en péril, et qu'il donnait, contre son dessein, une licence effrénée aux iges suivants, Boss. il«tn« d'Anglel. Laissons-lui [à l'Eoclésiaste] mépriser tous les états de cette vie.... laissons-lui égaler le fol et le sage, id. Duch. d'Orl. Les conseils des sages* sont partagés sur l'obligation où je suis de répandre à M. l'archevêque de Cambrai, ro. Rem. rép. avant-propos. Il est des contre-temps qu'il faut qu'un sage essuie, rac. Esth. ni, 4 . C'est un bonheur rare pour un sage moderne qu'une occasion d'être législateur de barbares, roNten. Leibniti. Les Francs étant sortis de leur pays, ils firent rédiger par les sages de leur nation les lois saliques, hontesq. Esp. xxviii, 4. Il plaint ces faux sages enchaînés i leur vaine réputation, j. j. rouss. Ém. IV. La condition de sage est bien dangereuse : il n'y a presqu '. pas une nation qui ne soit souillée du sang de quelques-uns de ceux qui l'ont professée, dider. Opin. des anc. phil. (Pythagorisme). Qu'était la France il y a peu de mois? les sages y invoquaient la liberté; et la liberté était sourde à la voix des sages, mirabeau, CoUect. t. V, p. 302. Un roi, je dirai plus, un sage. Écrit que tout est vanité, u. ). chénier, la Retraite. Ami, vous revenez d'un de ces longs voyages Qui nous font vieillir vite et nous changent en sages, Au sortir du berceau, v. .hugo, Feuilles d'automne, 6. Il Les sages du monde, les hommes qui consultent les intérêts, la politique. Les sages du monde représentèrent en vain à saint Louis que l'habileté n'était pas d'unir ses voisins.... pléch. Panég. St Louis. Il Les sages de la terre, les philosophes, les hommes qui consultent leur raison, et non la foi. Qu'un autre vous réponde, ô sages de la terre 1 Laissez-moi mon erreur : j'aime, il faut que j'espère, lamart. If^d. V. Il Au xviii* siècle, les sages, le groupe des philosophes libres penseurs. Les sages ne sont pas assez sages, ils ne sont pas assez unis, ils ne sont ni assez adroits, ni assez zélés, ni assez amis, volt. Lett. Damilaville, 4 4 déc. 4 767. Il 9° Absolument. Le Sage, Salomon, regardé comme l'auteur des Proverbes, dans la Bible (on met une majuscule). Madame m'a fait connaître la vérité de cette parole du Sage : Le patient vaut mieux que le fort, boss. Duch. d'Orl. \\ 10° Les sages de la Grèce, les hommes qui se distinguaient le plus par leurs connaissances et leurs principes de morale, vers le vu* siècle avant l'ère chrétienne. Solon, l'un de ces sept sages, donnait des lois aux Athéniens, et établissait la liberté sur la justice, BOSS. Ilist. 1, 7. La Grèce eut sept sages; on entendait alors par un sage, un homme capable d'en conduire d'autres, dider. Opin. des anc. philos. (Grecs). \\ 11° Titre de plusieurs dignitaires de l'ancienne république de Venise. || Sages de la mer, nom donné à des magistrats qui présidaient à la marine. || Proverbe. Un fou avise bien un sage.

— HIST. Il' s. Laissum les fois, as sages nus tenuns, Ch. de Roi. xv. Rolans est proz e Oliviers est sage, ib. Lxxxv. E de sa lei mult par [il] est salves hom, ib. ccxxviii. || xu' s. Dont parleront et li fol et li sage, Rone. p. 4 82. Sainz Thomas fu mult sages, sainz espriz en li fu. Th. le mart. 58. Ei mont [au monde] ne truis [je ne trouve] tant bêle ne si sage [que ma dame]", CoiMi, xix. Dites, amanz, qui vaut mieuz par raison, Loial folie ou sage traïsonî ib. XX. David se seeit en sa chaere oume prince, e fud très salves entre les treis forz, Rois, p. 24 4. Il xiii* s. Quesnes de Bethune, qui plus estoit sages et bien emparlés, villeu. xciii. Sachiés, se ge fusse ausinc sage [instruit], Quant g'estoie de vostre aage. Des geus d'amors, cum ge sui ores, la Rose, 42965. Du sien garder est chascuns sages, huteb. i, 3. Celsus qui fut sage hom de lois, du CANGB, lopientes. Il XI V s. Solon fut un des sept sages qui firent des lois à ceulx de Athènes, ores- ME, Elh. 22. Il XV* s. Si mirent leurs vaisseaux en bon estât, car ils estoient sages de mer et bons combattans [les Normands], froiss. i, i, 4 21. Les ducs de Berry et de Bretaigne, qui avoicnt en leur compaignie de sages et notables chevaliers, comm. I, 3. Et sachez que les Troyens anciennement qui arrivèrent au pays y trouvèrent une minière d'estain; car il y avoit entre eulx ung maistre qui estoit merveilleusement sage en tous metaulx, Per- Cêforest, t. I, f" 4 54. Certes plus grant bien n'est au monde que de ancien homme sage, christ, de PiSAN, Charles 7, i, 4 3. || xvi* s. En une estroite couche Le sage au milieu se couche, leroux de lincy, Prov. t. I, p. 274. Le plus sage se taist, id. tb. t. ii, p. 334. On est plus saige par mal avoir Qu'on n'est par joie et bien avoir, oinin, Bécréat. t. ii, p. 24«.

SAG

Quel sera le succès, le temps nous fera sagei [nous en instruira], pasquier, Lettres, t. ii, p. 70. Me plaist, en ce bas estre, la sentence du sage mondain Aristote : jouir de la vertu en affluence de biens, id. ib. t. i, p. »7. Bien dirai je que dedans sa religion il y avoit beaucoup du sage mondain et de l'homme d'esut, id. Rech. », 4. Noble homme et sage maistre Robert Thiboust, en son vivant conseiller du roy nostre sire en sa cour de parlement, Cotut. gén. t. i, p. 248. Cbascun est sage après le coup, cotorave. En défaut de sage monte fol en chaire, id. Fols sont sages quand ils se taisent, id. Quant seront heureuses provinces, Royaume», villes et villages? Quant l'on ftra sages les prince». Ou, qu'est plus court, princes les sar ges, BONivARD, Noblesse, p. 2B4.

— Etvm. Berry, temps saige, temps calme; bourguig. seige; provenç. sage, savi, sabi; espagn. et portug. labio ; ital. savio, sagio ; du lat. sapius, qui ne se trouve pas dans les auteurs; mais on trouve nesapiut dans Pétrone, Satyr. M. Sapius vient de sapere, goûter, apprécier (voy. savoir). Il a donné en français ou saive, ou, comme rage de rabies, sage. Sage, à la rigueur, pourrait venir de sapiens, au nominatif; mais les formes sabto, savio, saggio n'en peuvent pas venir, les autres langues romanes ne faisant pas de dérivatien du nominatif.

SAGE-FE.M.ME (sa-je-fa-m'), ». /. Celle dont la profession est de faire des accouchements. Par des vues d'un bon gouvernement, on avait créé pour lui une place de professeur ou maître des sages-femmes, qui souvent n'étaient pas assez instruites, pont. Ruysch. Une sage-femme est une femme qui est appelée pour assister les femmes qui sont en travail d'enfant ; une femme sage est une femme qui a de la vertu et de la conduite, du «arsais, (Eut), t. IV, p. 4 00. On la fit visiter [une fille accusée d'infanticide] par ce qu'on appelle si mal à propos des sages-femmes, des matrones; ces imbéciles attestent qu'elle n'est point enceinte, volt. Dict. phil. Supplices, 3. Nous autres sages-femmes, nous devons être comme les confesseurs, picard, Voy. interrompu, m, 2.

— HIST. XVI' s. Socrates disoit que les sages femmes, en prenant ce mestier de faire engendrer les autres, quittent le mestier d'engendrer, elles; que luy. par le tiltre de sage homme que les dieux luy ont déféré, s'est aussi dosfaict, en son amour virile et mentale, de la faculté d'enfanter, et se contente d'ayder et favoriser de son secours les engendrants, mont, ii, 240.

— ÊTYM. Sage, dans le sens d'habile, et femme; wallon, seg-damm.

SAGEMENT (sa-je-man), ode. D'une manière saga, prudente. Opposons sagement l'antidote au poison, TRISTAN, Marianrie, m, 4. Je n'ai pas un moment de fièvre, je suis tout comme un autre, je mange sagement, sÉv. 7 févr. 4685. Elle (Mme d'Omelas] pleure [de la mort de Vardes], mais sagement, ID. à Moulreau, S sept. 4688. L'admirable économie de ce corps [le corps humain], si sagement et si délicatement organisé, boss. Connaiss. II, 14. Les lois de Rome avaient sagement divisé la puissance publique en un grand nombre de magistratures, qui se soutenaient, s'arrêtaient et se tempéraient l'une et l'autre, hontesq. Rom. 44. Dira-t-on que la nature nous a fait un présent digne d'une marâtre, lorsqu'elle nous a donné les moyens de corriger sagement les opérations de notre âme? condill. Connaiss. hum. ii, 4 4. || Mener sagement un cheval, le mener sans le fatiguer ni le brusquer.

— HIST. XII' s. Et s'il i va tels hom qui sagement leur die, Tost auront perceù l'engin de félonie, Sax. zx. Il XIII* s. Et nos François la vont sagement saluer, Berte, ni. ||xv* s. Le lançoient de leurs glaives, mais il se couvroit si sagement de son escu qu'ilz ne l'avoient navré chose qui le grevast, Perceforest, t. i, f 66. || xvi* s. Le plus simplement se commettre à nature, c'est s'y soumettre le plus sagement, mont, iv, 244.

— ÉTYM. Sage, et le suffixe ment; bourguig saigeman; provenç. saviamens, savimen: cat. JObiament; espagn. sabiamente; ital. saDtamenle.

t SAGÈNE {sa-jè-n'), t. m. Mesure de longueu russe valant 2 mètres 4 33 millimètres.

f SAGÉNITK (sa-jé-ni-f), t. f. Nom donné par Saussure à la variété réticulée du titane rutile, parce que les aiguilles déliées en sont croisées comme les fils d'un réseau (aafAvri, filet)

SAGESSE (sa-jè-s'), ». f. || 1" Juste connaissance, naturelle ou acquise, des choses. Moïse alla s in-

SAG

•truire dans la sagesse des Egyptiens. J'ai tenté tout pour acquérir la sagesse ; j'ai dit en moimême : je deviendrai sage; et la sagesse s'est retirée loin de moi, saci, Bible, Ecclésiaste, vu, 24. Cette religion si grande en miracles.... si grande en science, après avoir étalé tous ses miracles et toute sa sagesse, réprouve tout cela, et dit qu'elle n'a ni sagesse ni signes, mais la croix et la folie, PASC. Pens.xxv, 185, cdit. havet. Je me suis, ditil [l'Ecclésiastc], appliqué à la sagesse, et j'ai vu que c'était encore une vanité, parce qu'il y a une fausse sagesse qui, se renfermant dans l'enceinte des choses mortelles, s'enseVelit avec elles dans le néant, boss. Duch. d'Orl. La sagesse dont il [l'Ecclésiaste] parle est cette sagesse insensée, ingénieuse à se tourmenter, habile à se tromper ellemême, qui se corrompt dans le présent, qui s'égare dans l'avenir, m. ib. Il n'est question que de calculer, et la sagesse doit toujours avoir les jetons à la main, fonten. Bonh. Œuv. t. m, p. 20(, dans POUGKNS. La sagesse n'est autre chose que la science du bonheur, dider. Opin. des anc. fhilos. {Leibnitzianisme). Nous voudrions converser avec les sages dont les travaux ont augmenté le pouvoir de la vertu et les trésors de la vérité; sans ce tribut, la sagesse accumulée des siècles serait un don gratuitement accordé à des ingrats, m. Claude et Nér. ii, 3. La sagesse est une raison éclairée, qui, dépouillant de leurs fausses couleurs les objets de nos craintes et de nos espérances, nous les montre tels qu'ils sont en eux-mêmes, barthél. Anach. ch. 67. || Au plur. D'autres siècles viendront, chargés d'autres promesses, Qui tromperont encor nos trompeuses sagesses, LAMART. Ep. à Cas. Delavigne. || La sagesse du siècle, la sagesse du monde, la sagesse de la chair, celle qui consulte les intérêts du monde, de la politique, de la chair. {{ La sagesse divine, la sagesse de Dieu, celle que les hommes reconnaissent en Dieu. Le ciel n'est pas plus élevé par-dessus la terre, que les conseils de la sagesse divine le sont par-dessus les opinions et les maximes de notre prudence, boss. 2" sermon pour une profession, (. Se soumettre à sa souveraine puissance [de Dieu], s'abandonner à sa haute et incompréhensible sagesse, se confier en sa bonté, craindre sa justice, espérer son éternité, ro. Duch. d'Orl. ô Dieu, par quelle roule inconnue aux mortels Ta sagesse conduit ses desseins éternels 1 bac. Esth. m, 8. Il 2' La connaissance inspirée des choses divines et humaines. Le don de sagesse est un des sept dons du Saint-Esprit. Toute sagesse vient de Dieu, le souverain Seigneur, saci. Bible, Ecclésiastique, I, t. Il a connu cette sagesse que le monde ne connaît pas; cette sagesse qui vient d'en haut, qui descend du père des lumières, et qui fait marcher les hommes dans les sentiers de la justice, boss. le Tellier. Daigne mettre, grand Dieu, ta sagesse en sa bouche I rac. Athal. ii, 7. Il Le livre de la Sagesse, ,ou, absolument, la Sagesse, un des livres de l'Ecriture sainte (on met une S majuscule). |1 3° La Sagesse éternelle, la Sagesse incréée, le Verbe; la Sagesse incarnée, le Verbe fait homme (on met une S majuscule). La Sagesse ne crie-t-elle pas? et l'intelligence ne faitelle pas ouïr sa voix? Bible, Prov. viii, t. Voyons ce que fera la Sagesse de Dieu; n'attendez pas, dit-elle, ni vérité, ni consolation des hommes, PASC. Pens. XII, t. De la Sagesse éternelle La voix tonne et nous instruit : Enfants des hommes, ditelle, De vos soins quel est le fruit? rac. Cantique. Il 4° Qualité de celui qui unit l'habileté à la prudence et à la bonne conduite. Je fus étonné qu'un homme nourri toute sa vie entre les bras de la fortune sût tous les secrets de la philosophie, et que vous eussiez appris de la sagesse en un lieu où tous les autres la perdent, voit. Lett. 34. Le commencement do la sagesse est le désir sincère de l'instruction, saq. Bible, Sagesse, vi, 48. Notre sagesse n'est pas moins à la merci de la fortune que nos biens, la rochef. ifax. 323. Dans les choses de la chair règne proprement la concupiscence; dans les spirituelles, la curiosité proprement; dans la sagesse, l'orgueil proprement, pasc. Pens. XXT, «8), Levez vos yeux vers Dieu, disent les uns [stoïciens] ; voyez celui auquel vous ressemblez et qui vous a fait pour l'adorer ; vous pouvez vous rendre semblable i lui ; la sagesse vous y égalera, si vous voulez la suivre, m. ib. xi, 4 bis. Ou'est-«e que la sagesse? une égalité d'âme Que rien ne peut troubler, qu'aucun désir n'enflamme, BOU.. Sol. vm. Quiconque est riche, est tout ; sans sagesse il est sage, id. ib. Je jouissais en paix

SAG

du fruit de ma sagesse, rac. Athal. ii, 6. La sagesse, comme un sceau, tient toujours ses lèvres fermées à toutes paroles inutiles, fén. Tél. xxiv. Il n'est pour les mortels que deux biens sans danger : L'un est le nécessaire, et l'autre la sagesse, p. LEBRUN, Poésies, Bonh. de l'étude. \\ 5° Il se dit des choses sages. La sagesse de sa conduite, de ses mesures, de sa politique. {| 6° Acte de sagesse. Ce ne serait pas une sagesse de partir avant que de voir ce qui arrivera de cet extrême désordre [les troubles de ia Bretagne], sÉv. 24 juill. (075. Nous ne saurions oublier ni vos folies, ni vos sagesses, m. à Moulceau, 24 nov. 4 085. Il 7" Modération, retenue inspirée par la raison. Conserver la sagesse dans la pro-spérité. Dans cet état j'eus la sagesse de me taire, sÉv. 630. La sagesse est grande, ce me semble, de souffrir la tempête avec résignation, et de jouir du calme, quand il lui [à Dieu] plaît de nous le redonner, id. à Bussy, 4 4 mai 4G85. On voyait et dans sa maison et dans sa conduite, avec des mœurs sans reproches, tout également éloigné des extrémités, tout enfin mesuré par la sagesse, boss. le Tellier. || Cet enfant a de la sagesse, il est posé, docile, studieux. Il Le prix de sagesse, prix que, dans les écoles, on donne à l'élève le plus sage. 118° En parlant des femmes, modestie, chasteté. Cette ieune fille est un exemple de sagesse. Si elle voulait après cela devenir folle et coquette, elle le serait plus d'un an avant qu'on le pût croire ; tant elle a donné bonne opinion de sa sagesse! sév. 2. Qu'elle est jolie, et qu'elle a les yeux doux ! Ce n'est pas tout, ma fille, il faut de la sagesse, rac. Plaid, m, 4. Il 9' Soin apporté, dans les ouvrages de l'esprit, à éviter ce qui est forcé, exagéré, outré. Son style a de la sagesse. Cette composition manque de sagesse. Travailler avec sagesse. Il 10° Sagesse des chirurgiens, nom vulgaire donné au sisymbrium sophia, L., plante sans vertu malgré son nom.

— HIST. XV" s. S maint homme l'ay reffusé. Qui n'estoit à moy grand'saigesse. Pour l'amour d'ung garçon rusé Au quel j'en foiz grande largesse, Villon, Regrets de la belle fteautmt^re. || xvi" s. Sagesse et grant avoir sont rarement en un manoir, LEROUX DE lincy, Prov. t. Il, p. 444. Mieux vaut une once de fortune qu'une livre de sagesse, cotghave.

— ÉTYM. Sage; bourguig. saigesse; provenç. saviexa,saviza; espagn. sabie^ra; ital saviesza.

SAGETTE (sa-jè-f) ou SAETTE (sa-è-f), s. f. Termes vieillis. Flèche. Sagette, hors d'usage ; je n'en voudrais user qu'en bouffonnerie, malh. Sur une élégie de Bertaut, p. 352, t. iv, édit. lalanne. Un pasteur dans les bois de Crète A transpercé d'une sagette. Ou bien, si vous voulez, d'un dard. Une biche de part en part, scarr. Virg. iv. 11 [loup] se jette Sur l'arc qui se détend, et fait de la sagette Un nouveau mort : mon loup a les boyaux percés, la font. Fabl. viii, 27.

— HIST. xii* s. Que servir as feluns.... est ses saetes de sanc juste enivrer, Th. le mart. 89. E jo vendrai [viendrai], e treis saetes i trarrai, si cum en déduit m'aiisasse à traire à alcun merc, flots, 79. Il xin' s. Si comme aucun segneur voloient destourbier les sergans d'autres segneurs à ce qu'il n'alassent pas parmi lor justices, portant ars, ne sajetes, ne armes, ne espées, beaum. lviii, 13. Il XVI* s. Les dix mille Grecs, en leur longue et fameuse retraicte, rencontrèrent une nation qui les endommagea merveilleusement à coups de grands arcs et forts, et des sagettes si longues qu'à les reprendre à la main on les pouvoit rejecter à la mode d'un dard, mont, i, 304.

— ÉTYM. Provenç. sageta, saeta; espagn. ïae(o; ital. saetta; du lat. sagitta; comparez le gaélique saighead, flèche, de saigh, pointe.

t SAGINATION (sa-ji-na-sion), s. f. Action d'engraisser. Les Chinois pratiquent la sagination du poisson de mer.

— Êi'YM. Lat. saginationem , de saginare, qui vient de sagina (voy. saindoux).

4. SAGITTAIRE (sa-ji-tté-r'), t. m. || !• Au sens propre, peu usité, archer. Saùl fut grièvement blessé par les sagittaires, volt. Phil. Bible expl. Saùl. Cettechanson (sur Guillaume Tell] ne paraîtra qu'en 1033, cinquante ans après la mort del'historien Tschudi, qui avait achevé, arrêté, fixé l'histoire, avant lui douteuse et confuse, du hardi sagittaire, MARC MONNiER, Rev. des Deux-Mondes, janv. 4870, p. 220. Il 2° Terme d'astronomie. Constellation représentée sous la figure d'un centaure tendant un arc (on met une S majuscule). Le soleil était dans le Sagittaire. || Le neuvième signe du zodiaque.

SAl

celui qui, par suite de la révolution ite la terre, semble parcouru à peu près du 20 novembre au 20 décembre par le soleil.

— HIST. XIII' s. Ainsi court li solaus par Libra et par Scorpion et par Sagitaire, brun, latini, Trésor, p. 434. || xvi' s. Les Germains redoutez, les sagetaires Parthes, oabnier, Trag. de Marc-Antoine, II, 2.

— f.TY.M. Prov. sagiltari; espagn. sagitario ; ital. sagittario; du lat. sagiltarius, de sagitta, sagette.

2. SAGITTAIRE (sa-ji-ltê-r'), ». f. Genre de la famille des alismacées, où l'on distingue la sagittaire, ou néchière, ou flèche d'eau.

— ÈTYM. Lat. sagitta, flèche, à cause de la forme en flèche des feuilles.

SAGITTAL, ALE (sa-ji-ttal, tta-l'), adj. || l' Terme de botanique. Qui porte des espèces de flèches. 112° Terme d'anatomie. Qui ressemble à une flèci.i. Il Suture sagittale, suture du crâne qui, unissant les doux pariétaux, s'étend d'avant en arrière sur la ligne médiane. || Gouttière sagittale, sillon profond creusé sur la suture des pariétaux, à la partie interne de la voûte du crâne, depuis la crête coronale jusqu'à la protubérance occipitale interne, et dans lequel est logé le sinus longitudinal supérieur, aussi quelquefois sagittal.

— HIST. XIV' s. Une jointure qui va au long de la teste, de la commissure du coronal jusques darriere, et est appellée sagitelle, lanfhanc, ^ 24 verso.

— ÉTVM. Lat. sagitta, flèche.

SAGITTÉ, ftE (sa-ji-tté, ttéc), adj. Qui a la forme d'un fer de flèche. Feuilles sagittées.

— ÉTYM. Lat. sagitta, flèche.

t SAGNE (sa-gn'), ». m. Cercles ou sagnes à tamis, la charretée estimée à 42 livres, Déclarât, du roi, nov. 4C40, Tarif.

SAGOD (sa-gou), S. m. || 1° Substance amylacée qu'on retire de la moelle de plusieurs espèces de palmiers, particulièrement du sagus arenacea de Rumphius, qui croissent aux Moluques, aux Philippines et dans les autres îles de Indes orientales. IlSagou blanc ou tapioka, voy. tapioka. || Sagou indigène, imitation du sagou faite avec de la fécule de pomme de terre. || 2" 11 se dit pour sagoutier. Dans les bois, il [l'éléphant] préfère les cocotiers, les bananiers, les palmiers, les sagous; et, comme ces arbres sont moelleux et tendres, il en mange non-seulement les feuilles, les fruits, mais même les branches, le tronc et les racines, buff. Quadrup. t. iv, p. 257.

— ÉTYM. Sagou, nom du sagoutier dans les langues papoues.

t SAGOUIER (sa-gou-ié), s. m. Voy. sagoutier.

SAGOUIN (sa-gouin), s. m. || 1° Nom d'une espèce particulière de singes, qui ont la queue longue, quoiqu'ils soient fort petits. || 2° Fig. et familièrement. Homme malpropre. Débauchés de profession, sacs à vin, preneurs de tabac, diseurs de riens, sales, malpropres, sagouins, gherardi, Thédt. ital. Font, de ^apience, se. 4 . L'affaire est faite, notre homme est couché; savez-vous que c'est un sagouin ? legrand, ilétam. amour, se. 9. Il On dit aussi au féminin : C'est une sagouine.

— HIST. xvi' s. Or des bestes que j'ai sus dictes, Sagon, tu n'es des plus petites : Combien que sagon soit un mot. Et le nom d'un petit marmot, MAROT, II, 4 90. Zon dessus l'œil, zon sur le groin, Zon sur le dos du sagouyn, ID. ii, 204 .

— ÉTYM. Origine inconnue.

t SAGOUTIER (sa-gou-tié), s. m. Genre de la famille des palmiers, composé d'arbres de moyenne hauteur, croissant sous les tropiques, dans l'Afrique, dans l'Inde et dans le Nouveau Monde. Il Palmier qui produit le sagou.

f SAGRE (sa-gr'), s. m. Grand insecte coléoptère à corselet carré, à couleurs très-brillantes, qu'on trouve dans les régions tropicales.

SAGUM (sa-gom'), ». m. Terme d'antiquité. Vêtement de guerre, court et ne passant pas les genoux, que portaient les Romains.

— ÉTYM. Lat. sopum, qui était un mot gaulois; dans les langues néo-celtiques : kymri, segan, manteau; bas-bret. îa^, habit.

4. SAIE (se), ». f. Il 1* Espèce de manteau grossier. L'Épirote au front chauve, L'Elolien couvert d'une saie au poil fauve, lamart. Harold, 30. (I Bas de saie, partie inférieure de la saie, habit romain dont se paraient les acteurs tragiques quand ils représentaient Achille, Auguste, Pompée, etc. Le plaisir d'un roi qui mérite de l'être et de l'être moins quelquefois, de sortir du théâtre, de quitter le bas de saie et les brodequins, et de jouer avec une personne de confiance un rôle

SAl

plus familier, la brut. x. ||a° Etoffe légère de laine, qui est une espèce de serge.

— REM. Ce mot a été masculin dans le xvii' siècle comme il l'était au xvi' : Darius était vêtu d'un saie de pourpre mêlée de blanc, Vi.uo. Q. C. m, 3.

— HlST. un* s. Berte chay pasmée sur un drap noir com saie, Berte, viii. 1| ivi' s. Pour son sayc feurent levées isoo aulnes de velours bleu tainct en grene, rab. Garg. i, 8. Ils ne portoient avec leurs harnois que des bas de saye, et les nostres les sayes tout entiers, mais sans manches, cah- Loix, ly, 27. Il portoit toujours un saye teint en pourpre, amyot, Rom. U.

— ÊTYSi. Prov. saga, saya, taia; espagn. taya; ital. saia ; du lat. sagum (voy. sagum).

t 2. SAIE (se), s. f. Petite brosse de poil de porc, dont se servent les orfèvres pour nettoyer leur ouvrage.

— f.TVM. Prononciation normande de soie.

f SAIETTER (sè-iè-lé), V. a. Nettoyer avec la scie.

— ÊTYM. Saie 2.

t SAÏGA (sa-i-ga), s. m. Espèce d'antilope qui vit dans les steppes de la Pologpe et de la Russie méridionale.

SAIGNANT, ANTE (sè-gnan, gnan-f), adj.

Il 1° Oui dégoutte de sang. Une plaie toute saignante. Ma main , saignante encor du meurtre de Pélie, CORN. Jf^d. ii, 2. Il [l'autour] se jette avidement sur la chair saignante, et refuse assez constamment la viande cuite, bukf. Ois. t. i, p. 334.112° Viande saignante, encore toute saignante, viande rôtie qui n'est pas assez cuite. Il Proverbe. Bœuf saignant, mouton bêlant, il faut que le bœuf et le mouton rôtis ne soient pas trop cuits. Il 3° Fig. La plaie est encore saignante, la douleur, l'injure est toute récente. || On dit dans un sens analogue : un cœur saignant. Frapjie encore, 6 douleur, si tu trouves la place I Frappe I ce cœur saignant t'abhorre et te rend grâce, lamart. Harm. ii, 7. Partout où sous ces vastes cieui J'ai lassé mon cœur et mes yeux. Saignant d'une éternelle plaie, A. DE MUSSET, Poés. nouv. Nuit de déc.

SAIGNÉ, ÉE (sè-gné, gnée), port, fiasse de saigner. X qui on a fait une saignée. Saigné pour une pneumonie. || Fig. Saigné à blanc par les bourreaux, ce pays [la France].... chateaubr. Mél. p. 27, dans

POUGENS

SAIGNÉE (sè-gnée), î. {. \\ 1° Ouverture de la veine pour tirer du sang. Ce n'est pas que la saison ne soit contraire aux médecins ; le remède de l'Anglais [le quinquina], qui sera bientôt public, les rend fort méprisables avec leurs saignées et leurs médecines, sÉv. (" nov. <«79. Il avait fait de pareilles observations sur la saignée : que seize onces de sang, par exemple, se réparaient en moins de cinq jours dans un sujet qui n'était nullement affaibli, fonten. Dodart. Ma saignée s'était rouverte, et je souffrais beaucoup de la tête, chateaubr. Itin. part. 1. 1| Saignée artérielle, celle qui se fait par l'ouverture d'une artère; saignée veineuse, celle qui se fait par l'ouverture d'une veine ; saignée capillaire, celle qui se fait par l'ouverture des capillaires (sangsues, ventouses scarifiées). || On dit que l'on fait une saignée blanche, lorsqu'on a manqué la veine, qu'on ne l'a point ouverte. || Saignée de précaution, saignée que l'on se fait faire sans être malade, mais pour prévenir des incommodités que l'on redoute. Louis XIV n'évita l'apoplexie que par les saignéesde précaution ; Monsieur et son fils le régent, qui négligèrent ce moyen , moururent d'apoplexie, ainsi que Louvois et son frère l'archevêque de Reims, genlis. Maison rust. t. ii, p. < 79, dans pougens. || 2° Quantité de sang tirée par l'ouverture de la veine. Saignée abondante. Une saignée de trois poêlettes. îl 3° Lieu où l'on fait la saignée, pli du bras. Il a reçu un coup à la saignée. || 4° Fig. Il se dit de ce que l'on tire comme le sang qui vient de la veine ouverte. Je me trouve un peu incommodé 'de la veme poétique par la quantité de saignées que j'y ai faites ces jours passés, mol. Préc. (2. Il ne sort déjà que trop d'argent du royaume ; les saignées promptes épuisent bien plus que celles qui se font peu à peu, fén. t. xxii, p. 488. Cet ingénieux expédient fut do s'approprier, par forme d'emprunt, tout ce qui m'était revenu des saignées que j'avais laites au coffre-fort, lesage, Gil Bl. x, )1. Je trompai l'attente de ces dames, qui avaient compté qu'elles feraient à ma bourse une copieuse saignée, lo. Guztn. d^Alf. VI, 2. || C'est une grande saignée, une rude saignée qu'on lui a faite, qu'on a faite à sa bourse, se dit quand on a tiré de quelqu'un tme

DICT. I>B XJl LANGUK FRANÇAISE.

SM

SÂI

grosse somma d'argent qu'il ne devait ou qu'il ne comptait pas payer. || 6" Par analogie. Rigole que l'on fait pour tirer de l'eau de quelque endroit. On a trouvé l'avant-fossé plein d'eau, comme Vauban l'avait remarqué; et on ne peut en venir i bout que par des saignées; ce qui est un grand travail, PELussON, Lett. hist. t. m, p. 388. Eumtne fit tant de diligence, qu'il gagna une éminence avec ses troupes ; et, le lendemain, il trouva le moyen de faire une saignée à l'inondation, qui fit couler l'eau, de manière qu'il en sortit presque sans aucune perte, bolun, Ilist. onc. Œuvr. t. vu, p. 126, dans F0U0ENS. Les Egyptiens fertilisèrent lo sol par les saignées du fleuve, volt. Mœurs, Introd. Mon. égypt. Si la pente était si rapide que les terres mises en valeur pussent être entraînées malgré les sillons, on ajouterait d'espace en espace, et dans lo mf'me sens, de petites saignées qui rompraient en partie la force et la vitesse que la roideur des collines ajoute à la chute des grosses pluies, RAYNAL, llist. phil. XI, 25. Il Proverbe. Selon le bras la saignée, se dit quand on fait une taxe, un emprunt proportionné aux biens de celui à qui on les demande.

— HiST. XIII* s. De Guion de Porcesse vous doi dire la vie ; Li bers so fist sainier, ce fut moult grant folie ; Car, si comme Diex volt, mors fu de la sainie, Ch. d'Ant. Ii, 885. || iiv" s. Icellui Bequemie tourna le coutel contre le bras dudit Mettoier, et li copa dudit bras bien avant par l'endroit de la saignée, du cange, sanguinare. Sans leur vie espargnier, ne doubler char navrée. Ne saignie de sang, ne sueur dégoûtée, Guescl. 8394. ||xvi* s. On pourra provoquer la saignée par le nez, si on voit que nature y tende, paré, xxiv, 28. Un pauvre homme estant condamné à mourir, et passant devant la boutique d'un chirurgien, requit la justice de permettre qu'il fust saigné, priant le barbier de luy ouvrir la veine : le prevost lors luy va respondre : Hé mon amy, je le veux; mais que te servira la saignée? Le pauvre patient luy respond : Si fera, bien me servira; ne dit-on pas que la première saignée sauve la vie à un homme? Je ne fus jamais saigné, bouchet, Serées, ii, p. 30, dansLACURNE. Les Romains.... ont à escient nourry des guerres.... pour servir de saignée à leur republique, et esventer un peu la chaleur trop véhémente de leur jeunesse, mont, m, 98.

— ÊTYM. Saigné ; wallon, sainaie ; prov. sangnia, sancnia, sagnia ; espagn. sangria.

SAIGNEMENT (sè-gne-man), s. m. Écoulement de sang. Le saignement d'une plaie. Le roi d'Angleterre [Jacques II] est revenu à Londres abandonné.... il avait im furieux saignement de nez, SÉv. *3 déc. <688.

— ÉTYM. Saigner.

SAIGNER (sè-gné), V. n. \\ 1° Rendre du sang, en

parlant soit de la personne ou de l'animal qui perd du sang, soit de la partie dont il s'écoule. Laisser saigner une plaie. Le nez lui saigne. Son doigt saigne. X peine sortions-nous pleins de trouble et d'horreur, Ou'Attila recommence à saigner de fureur, corn. Attila, V, 8. Ce pauvre doyen, pénétré de douleur, le cœur saisi, disant la messe pour ce frère que voilà dans l'église, tout vif encore, mais tout mort dans ce cercueil, qui saigne de tous côtés; ha, mon Dieu l quelle idée I le sang coule-t-il d'un corps mort? oui, puisque vous le dites, sÉv. 4 janv. 1690. Il Fig. Le coup dont on les tue [les princes] est longtemps à saigner, corn. Cinna, m, 4. |{ Saigner comme un bœuf, rendre beaucoup de sang par la partie qui a été blessée, coupée. || Fig. Elle saigne encore, se dit d'une pièce d'or récemment rognée. || Saigner du nez, avoir du sang qui coule du nez. Une autre fois, saignant du nez, il croyait que son âme allait sortir dans son mouchoir, fén. Dial. des morts anc. dial. i . S'il tombe, s'il saigne du nez, j. i. Rouss. Ém. ii. || Fig. Saigner du nez, manquer de courage dans l'occasion. Quand quelqu'un a l'âme poltronne, X tout bruit il tremble et s'étonne, X tout coup il saigne du nez, scarr. Virg. IV. Le porter [l'éléphant de pierre], d'une haleine, au sommet de ce mont Qui menace les cieux de son superbe front; L'un des deux chevaliers saigna du nez.... LA FONT. Fabl. X, u. Ce G"*, homme insolent et lâche, saigna du nez, et, pour se venger, accusa mon père d'avoir mis l'épée à la main dans la ville, J. J. ROUSs. Conf. i. H On dit dans le même sens : le nez lui saigne. Je crois que le nez a saigné au prince d'Orange, et il n'est tantôt plus fait mention de lui, raC. Lett. <7, à Boileau. Il Saigner du nez, manquer à une promesse donnée. I 11 avait promis de me vendre sa maison, mainte- I Se saigner, donner jusqu'au point de se gêner,

nant il saigne du nez. || En artillerie, saigner du nez, se dit d'une pièce dont la bouche s'abaisse dans le tir, par suite du poids insuffisant de la culasse. || 2° Fig. Ressentir un mal comparé à une plaie saignante. Est-ce ainsi que la mort amère vient rompre de si doux liens? le cœur saigne; dans la douleur de la plaie, on sent combien ces richesses y tenaient, boss. It Tellier. Par mon époux lui-même à Trézènc amenée. J'ai revu l'ennemi que j'avais éloigné; Ma blessure trop vive aussitôt a saigné, rac. Phèdre, i, 3. Non-seulement l'Allemagne, mais tous les Etats chrétiens saignaient encore des plaies qu'ils avaient reçues de tant de guerres de religion, volt. Louit XIV, ^i, Lo cœur doit saigner par degrés dans la tragédie, et toujours des mêmes coups redoublés et surtout variés, ro. Comm. Ccrrn. Rem. Uor. iv, 5. Aucune loi ne peut, sans que l'équité saigne. Faire expier à tous ce qu'a commis un seul, y. bugo. Voix, 2. Il C'est une plaie qui saigne encore, c'est une offense, un malheur dont le souvenir est encore vif. Il Le cœur me saigne, le cœur lui saigne, cela me blesse, m'afflige, le blesse, l'afflige profondément. Possible que, malgré la cure qu'elle essaie. Mon âme saignera longtemps de cette plaie, MOL. Dép. am. it, 3. Crois qu'il m'en a coûté, pour vaincre tant d'amour. Des combats dont mon cœur saignera plus d'un jour, rac. Bérén. n, 2. Le cœur me saigne de voir manger votre bien par mille gens qui croient encore vous faire trop d'honneur, DANCOURT, Mais, de campagne, se. 9. Elst-il possible que la plus grande consolation de la vie, celle d'envoyer des contes par la poste, soit interdite aux pauvres humains? cela fait saigner le cœur; VOLT. Lett. d'Argental, *s janv. <704. Je raillais les Français de leurs défaites, tandis que le cœur m'en saignait plus qu'à eux, j. j. rouss. Conf. t. Il 3° V. a. Tirer du sang en ouvrant une veine. Notre bon M. Baralis a été saigné onze fois depuis six jours, cela a empêché la suffocation.... une fièvre continue, quatre-vingts ans sont tous signes qui m'en laissent un soupçon fort funeste, oui patin, Lett. 27 mai 1669. || Je me fis saigner hier du pied dans la vue de vous plaire, sÉv. 191. De mon temps on ne savait ce que c'était que de saigner un enfant, id. 26 juin 4 676. Il y a ici un jeune fils du landgrave de Hesse qui est mort de la fièvre continue sans avoir été saigné; sa mère lui avait recommandé en partant de ne se point faire saigner à Paris ; il ne s'est point fait saigner. Il est mort, ID. 40 déc. «670. M. Cousinaut, qui fut depuis premier médecin du roi, fut, pour un violent rhumatisme, saigné soixante-quatre fois en huit mois, genlis. Maison rust. t. n, p. 4 78, dans pougens. || Saigner jusqu'au blanc, à blanc, tirer une telle quantité de sang , que le patient devienne blanc. || Absolument. Il saigne bien. Sache, mon ami, qu'il ne faut que saigner et faire boire de l'eau chaude; voilà le secret de guérir toutes les maladies du monde, lesage, Gil Bl. Il, 3. Ils [les Taîtiens] ont l'usage de saigner; mais ce n'est ni au bras ni au pied; un taoua, c'est-àdire un médecin ou prêtre inférieur, frappe avec un bois tranchant sur le crâne du malade; il ouvre par ce moyen la veine que nous nommons sagittale; et, lorsqu'il en a coulé suffisamment de sang, il ceint la tête d'un bandeau qui assujettit l'ouverture, bougainville, Voy. t. ii, p. 4 44. Il 4° Tuer, égorger un animal. Saigner un porc. Ij Par extension. Saigner quelqu'un, lui donner un coup d'épée, le tuer d'un coup d'épée. Monsieur, je veux toucher mes quatre cents pistoles. Ou, cadédis, je veux le saigner à l'instant, rsgnabd, le Bal, 44. Il Saigner la viande, la purger du s^ng grossier. On n'a pas assez saigné cette viande. Il 6° Fig. Exiger, tirer de quelqu'un, plus qu'il ne croyait payer. Autrefois le gouvernement saignait de temps en temps les traitants. || 6" Par analogie. Saigner un fossé, un marais, en faire écouler l'eau par des rigoles. Les nouvelles de Zutphen étaient ce matin, qu'il y avait deux logements de quarante hommes chacun sur la contrescarpe, qu'on saignait le fossé, pellisson, Lett. hist. t. i, p. 4 94. Il y eut un autre prodige [au siège de Leyde en 4 575], c'est que les assiégeants [les Espagnols] osèrent continuer le siège et entreprendre de saigner cette vaste inondation [pratiquée par les Hollandais], VOLT. Mœurs, 464. || Saigner une rivière, détourner une partie de son cours. || 7* Terme d'artillerie. Saigner une gargousse, en retirer de la poudre. || 8» Se saigner, v. réfl. Être saigné. Le porc se saigne d'une manière très-cruelle. || 9° Fig.

SAI

faire un sacrifice d'argent. Cet homme se saigne pour ses enfants. Mais, Krosine, as-tu enlretonu la mère touchant le bien qu'elle peut donner à sa fille? lui as-tu dit qu'il fallait qu'elle s'aidât un peu, qu'elle fît quelque effort, qu'elle se saignât pour une occasion comme celle-ci? mol. VAv. ii, 6. Pour les frères jésuites, on n'estime pas qu'ils doivent se saigner en cette occasion, attendu que la France va être incessamment purgée desdits frères, volt. Facéties, Gaz. de Londres.

— REM. Des grammairiens ont recommandé de dire saigner au nez pour exprimer l'écoulement du sang par le nez, et saigner du nez pour lâcher pied, reculer. Mais saigner au nez est une invention de ces grammairiens; saigner au nez ne se trouve nulle part, ni au propre, ni au figuré. Quant à l'origine de la locution, on a dit qu'elle provenait de la peste noire du xrv* siècle, où les saignements étaient de mauvais augure. Mais cela ne s'appuie ni sur la tradition ni sur le sens. L'interprétation en est donnée par un passage de Lanoue cité dans l'historique : saigner du nez est une excuse pour ne pas agir, pour ne pas marcher à l'instant même, et cela a été dit figurément pour les cas où un homme recule devant une difficulté ou un péril. On dit aussi : le nez lui saigne, et cela s'explique par l'émotion vive qui cause un saignement ; voyez le passage d'Amyot, cité après Lanoue.

— HlST. XI* s. Tant ad seinet [que] 11 oil [les yèui] li sunl trublet, Ch. de Roi. cxlvii. || xii' s. Idoc [il] se fait ventouser et segner, itonc p. <69. Il XIII' s. Si [elle] saignoit com ce fust perceiire de clou, Berte, xxxii. Vous le m'afierés tout sour vostre loi, et ferés plus, car nous nous sainerons tout ensamble, et buvera li uns del sant à l'autre, Chr. de Rains, p. 23. Li cervoisier de Paris qui ont soixante ans de âge, et cil qui sont malade, cil qui sont sainnié, se il n'ont esté semons ains qu'il se

ârent sainier.... sont quite du gueil Liv. des

met. 31. Se cil qui est batus saine par le nez por le [la] bature, par tel sanc l'amende ne croist de riens, beaum. xxx, (7. || xvi' s. Le pape.... ne voulant aucunement contribuer du sien.... s'avisa d'assembler les plus notables bourgeois.... pour leur représenter le péril dont ils ne se pouvoient garantir qu'en se saignant tous, Mém. sur du Guescl. ch. le. Les autres qui n'ont gueres envie de mordre (qui feignent soigner du nez, avoir une estriïiere rompue, ou leur cheval desfené), demeurent derrière, lanoue, 291. Il receut force injures et reproche que le nez lui saignoit, d'aub. Ilist. i, 233. La teste luy tourna, par manière de dire, et le nez luy saigna quand il vint à considérer la grandeur du péril, amïot, Pilop. H. Quand ils sceurent que mondict sieur le mareschal y estoit, le cueur, non pas le nez leur saigna, et se retirèrent.... CARLOix, IX, 43. Il fut deux jours sans cesser de saigner par le nez, paré, xxrv, 28. Les bonnes gens de village appellent saigner la terre, quand on la remue hors temps, o. de serres, 87. Saint Paul et sainte Barbe, pource qu'ils estoient vierges, ne saignèrent que du lait quand on leur coupa la teste, h. est. Àpol. d'Hérod. p. B4(!, dans

LACURNE

— ÊTYM. Sang ; picard, sainer, taner ; wallon, saint, tôné; prov. sangnar, sancnar, sagnar ; espagn. et portug. sangrar ; ital. tanguinare.

SAIGNEUR (sè-gneur), s. m. Terme familier. Médecin qui a l'habitude d'ordonner la saignée.

— ÉTYM. Saigner ; provenç. sannador.

SAIGNEUX, EUSE (sè-gneù, gneû-z'), adj. Sanglant, taché de sang. Un mouchoir tout saigncux. U a le nez saigneux Sept ou huit de ces chiens d'Orient, maigres, saigneux, efflanqués, th. Gautier, Journ. of/iciel, Feuill. (9 mai <870 || Bout saigneux de veau, de mouton, le cou d'un veau ou d'un mouton tel qu'on le vend à la boucherie. Il Absolument. Bout saigneux, le cou d'un mouton.

— IIIST. xvi' s. Vous appinjucrés, sur les rougeurs du visage, des pièces déliées et minces de la chair saigne use do col de bœuf, o. de serres, »6a. Les soies du dos qu'on leur arrachera [aux porcs], aians saigneuses les racines, vous feront comme voir & l'œil la maladie astre ]a arrivée, m. 98». '

— ÊTïM. Sang; provenç. sanenos, languinos; espagn. et ital. sanguinoso.

SAILLANT, ANTK fsa-llan, llan-f, U mouillées et non sa-yan), adj. \\ 1- Qui saute ; sens propre conservé seulement dans le langage du blason : Qui est en pieds, en parlant i'une chèvre, d'un mouton, d'un bélier. || i' Qui avanse, qui sort en dehors. Une corniche taillante. La taille libre et

SAI

.es jeunes trésors S'arrondissant, «alitants sur Un licuu corps. Du temps d'aimer annoncent la naissance, HALFIL. Narcisse, ch. l. || Angles saillants, dans un polygone, ceux dont la pointe est en dehors, par opposition aux angles rentrants dont la pointe est en dedans. Les angles saillants d'une montagne à l'occident répondent aux angles rentrants d'une montagne à l'orient, volt. Singul. 4 ( . Il Terme de fortification. Angle saillant, celui dont la pointe est tournée vers la campagne, par opposition à l'angle rentrant qui esl celui dont la pointe regarde la place. || S. m. En termes de fortification, un saillant , le sommet d'un angle saillant. Le saillant d'un bastion, d'une demi-lune. ||3"Fig. Qui est en évidence, qui attire l'attention. Rendre la vertu aimable et le vice odieux, le ridicule saillant, voilà le projet de tout honnête homme qui prend la plume, le pinceau ou le ciseau, DiDER. Essai sur la peint, b. Qui est-ce qui a plus do pensées remarquables, qui est-ce qui a plus écrit par lignes saillantes que la Bruyère et la Rochefoucauld? m. Claude et Kér. ii, )0. ||4° Fig. Vif, brillant, remarquable. Kien ne s'oppose plus à la chaleur que le désir de mettre partout des traits saillants, buff Disc, de récep. M. l'abbé le Batteux, directeur [de l'Académie française], a ouvert la séance par une harangue à ce monarque [le roi de Danemark].... le fond ni la forme n'avaient rien de saillant, bacuaumont, Mém. secrets, t. IV, p. <60. Il S. m. Cet homme a du saillant dans l'esprit, Disc. fam. du café, dans desfontaines.

SAILLI, lE {sa-Ui, Uie, U mouillées), poW. pass^ de saillir. Une vache saillie par un taureau.

SAILLIE (sa-Uie, Il mouillées, et non sa-yie), s. f. Il 1° Mouvement qui se fait par sauts, par élans. Ce jet d'eau ne vient que par saillies. Un animal qui marche par bonds et par saillies. Semblable, dans ses sauts hardis et dans sa légère démarche, à ces animaux vigoureux et bondissants, il ne s'avance que par vives et impétueuses saillies, et n'est arrêté ni par montagnes ni par précipices, Boss. Louis de Bourbon. || Fig. Le style de ces cantiques [de David] hardi, extraordinaire, naturel toutefois, en ce qu'il est propre à représenter la nature dans ses transports, qui marche, pour cette raison, par de vives et impétueuses saillies, BOSS. Hist. n, 3. La même doctrine que dans le Cantique [livre des quiétistes] est établie dans le Moyen court ; et la différence qui se trouve entre ces deux livres, c'est que le Cantique va plus par saillies, et que l'autre va plus par principes, iD. Et. d'orais. m, 16. || 2° Fig. Il se dit des mouvements de l'âme, du caractère, de la passion, etc. comparés aux saillies d'un animal. Il n'est pas question ici de saillie, tout dépend de la conduite, VAUGEL. Q. C. vn, 4. Le fond de l'esprit du parlemenl est la paix; et vous pouvez avoir observé qu'il ne s'en éloigne jamais que par saillies, retz, Mém. t. I, liv. m, p. 442, dans pougens. Jeunes gens, vous vous glorifiez dans votre force, et, par vos vives saillies et vos fougues impétueuses, vous voulez tout emporter, BOSS. Concupisc. 3i . Je n'ai rien trouvé à redire aux pieuses saillies de votre billet, ID. Lett. Corn. <2. Qu'il vienne à leur proposer des moyens pour humilier leur esprit hautain, pour adoucir leur humeur aigre, pour modérer leurs saillies trop promptes.... bourdal. Pens. t. I, p. 373. Elle [Mme de Montausier la mère] réprima [chez son fils] par une sage sévérité les premières vivacités de son esprit et les saillies naturelles d'une fierté encore naissante, fléch. Duc de Mont. Croyez-vous qu'un grand peintre travaille assidûment depuis le matin jusqu'au soir...?non.... il faut que tout se fasse irrégulièrement et par saillies, suivant que son goût le mène et que son esprit l'excite, pén. Tél. xxii. Les grandes qualités du prince de Conti ne se bornaient pas à quelques actions louables, mais rares, qui sont plutôt des saillies que des vertus, mass. Orais. fun. Conti. On admira bien plus que ses concerts D'un tel amour la bizarre saillie [Orphée descendant aux enfers pour sa femme], j. b. bouss. Èpigr. ii, (. Alexandre, dans la rapidité de ses actions, dans le feu de ses passions même, avait, si j'ose me servir de ce terme, une saillie de raison qui le conduisait, uontesq. Etp. x, <3. Parlant sans suite et par saillies, i. j. bouss. Ilél. r, c. US" Fig. Trait d'esprit brillant et imprévu. Rose, secrétaire du cabinet du roi, avait des saillies et des réparties admirables, st-siu. 86, 4 08. Je ne sais ce que c'est, mais tout se tourne contre moi.... j'avais préparé quelques saillies pour relever mon discours ; jamais on n'a voulu souffrir que je les fisse venir,

SAI

montesq. Lett. pers. 64. Martyr de sa justesse, il

[un géomètre] était offensé d'une saillie comme une vue délicate est offensée par une lumière trop vive, ID. ib. «28. C'est là qu'avec grâce on allie Le vrai savoir à l'enjouement. Et la justesse à la saillie, volt. Temple du Goût. Louis XIV avait dans l'esprit plus de justesse et de dignité que de saillies, ro. Louis XIV, 28. U est singulier qu'un homme [Montesquieu] qui écrit sur les lois dise dans sa préface qu'on ne trouvera point de saillie» dans son ouvrage; et il est encore plus étrange que son livre soit un recueil de saillies, id. Uial. XXIV, t. Le mot de saillie vient de sauter: avoir des saillies c'est passer sans gradation d'une idée à une autre qui peut s'y allier, vauven. Saillie. Ces saillies vives, ces traits légers, ce badinage élégant, qui sont l'âme aujourd'hui de nos fêtes de tous les jours, furent constamment inconnus aux peuples jadis les plus polis et les mieux instruits de la terre, cahusac. Dons. one. et mod. i, III, 3. Comme il se penchait sur son lit [de Mme de Pompadour] pour lui baiser la main, le roi parut : Ah I madame, s'écria Crébillon, le roi nous a surpris; je suis perdu. Cette saillie d'un vieillard de quatre-vingts ans plut au roi, marmontel, Mém. iv. Il i' Éminence à la surface de certains objets. M. de Monaco avait un gros ventre en pointe qui faisait peur, tant il avançait en saillie, st-sim. 44, 2. Les orbites des yeux ont beaucoup de saillie; ce qui fait paraître l'œil enfoncé, buff. Quadrup. t. xn, p. (06. Sur une saillie de ce rocher j'observai deux figures que l'art n'aurait pas mieux placées pour l'effet, dider. (Eu», t. xiv, p. 4 75, dans pougens. Il y porta la main [sur un tableau], et fut bien étonné de n'y rencontrer qu'un plan uni et sans aucune saillie, m. Lett. sur les aveug. || Fig. Pour peu qu'on voie les choses avec une certaine étendue, les saillies s'évanouissent, elles ne naissent d'ordinaire que parce que l'esprit se jette tout d'un côté, et abandonne tous les autres, montesq. Esp. Préface. US" Terme d'architecture. Avance formée par une corniche, un balcon, etc. ou une partie de l'édifice sur une autre, dite aussi et plus exactement par les architectes projecture. Ce balcon n'a pas assez de saillie. Une aile en saillie. Il [Salomon] fit tailler des chérubins, des palmes et d'autres ornements avec beaucoup de saillie, saci, Bible, Rois, III, VI, 35. Une espèce de petit balcon vers le haut, en saillie et soutenu en dessous par deux chevrons et deux poutres debout, dider. Salon de 1767, Œuv. p. 300, dans pougens. Ce qui est riche en architecture, c'est le mélange harmonieux des formes, des saillies et des contours, c'est une symétrie en grand, mêlée de variété, maemontel, Œuv. t. V, p. 347. On ne peut avoir des vues droites ou fenêtres d'aspect, ni balcons, ou autres semblables saillies sur l'héritage clos ou non clos de son voisin, s'il n'y a 2",<9 [six pieds] de distance entre le mur où on les pratique et ledit héritage. Code Nap. art. 678. || 6" Terme de peinture. Relief apparent des objets représentés sur un tableau. Cette figure a peu de saillie. || 7° Action d'une bête qui saillit une femelle ; accouplement.

— HiST. xm' s. Li Grieu [les Grecs] leur faisoient si sovent saillies, que ils ne les laissoient reposer, villeh. lxxv. Li bons dus de Buillon fu en la praeiie, El val où il gaitoit por la gent de Persie, Que il ne facent à l'ost aus crestiens saillie, Ch. dWnt. VI, Su». Uius fist la forterece double [les dents et les lèvres]. Pour çou c'en ne mente ne double. Et c'on ne die de saillie Parole qui soit soursaillie, Baudouin de condé, t. i, p. 66. || xv* s. Cil faisoit mainte saillie et mainte envaîe sur ceux de Cambray, froiss. i, i, 99. || xvi* s. Le patient se doibt, à saillies et divers temps, essayer.... mont, I, 97. Les saillies poétiques qui ravissent leur au leur hors de soy, id. i, 43). Si c'estoil une habitude de vertu et non une saillie, m. i, 7. Quant i ces saillies stoïques.... m. l, 22. Il feit encores une autre ordonnance, par laquelle il limita les saillies des dames aux champs, amïot, Solon, H. Faisant démolir et abatre toutes les saillies de» édifices privez qui s'avançoient sur les rues et places publiques, m. Caton, 38. Voilà comme Paris fut réduit; mais je vous supplie me permettre de faire icy une saillie [digression].... pasquier, Recherches, VI, p. 470, dans LACURNE.

— ÊTYM. Saillir; Berry, saillie, sortie : à {a saillie de la messe ; provenç. salhia.

SAILLIR [sa-llir; Il mouillées, et non sa-yir), je saillis, tu saillis, il saillit, nous saillissons, vous saillissez, ils saillissent; je saillissais; j'ai sailli, je saillis, nous saillîmes; je saillirai; je saillirais;

SAI

que je saillisse, qu'il saillit; saillissant, sailli, V. n. Il 1" Sortir avec impétuosité, en parlant d'un liquide. Quand Moïse frappa le rocher, il en saillit une source d'eau. Saillir s'emploie au participe sailli, et quelquefois aux troisifcmes personnes : Us eaui saillissent, conuil. Gromin. Œuv. t. v, p. 373. Il En ce sens, on dit aujourd'hui plutôt jaillir. Il a° V. a. Il se dit en parlant de quelques animaux qu'on accouple (conjugué comme le précédent). Quand un taureau saillit une vache. L'élalun saillissait la jument. L'écuyor de Darius lit aller et venir le cheval au long de cette cavale.... et enfin lui permit de saillir la cavale, p. L. cour. Trad. d'Ilérod. || 3° V. n. Être en saillie, s'avancer au dehors, déborder. Dans ce sens il se conjugue ainsi : il saille, ils saillent; il saillait, ils saillaient; il saillit, ils saillirent; il saillera, ils sailleront; il saillerait, ils sailleraient; qu'il saille, qu'ils saillent; qu'il saillit, qu'ils saillissent; saillant, sailli, le. Ce balcon saille de trois pieds sur le mur. Le bras du Jupiter foudroyant d'Apelle saillait hors de la toile, menaçait l'impie, dider. Essai sur la peint. 3. || Avoir beaucoup de relief. Les premiers plans ne saillent pas assez dans ce tableau. || Faire saillir, représenter en relief. Il 4° Terme de marine. Saille 1 saille, oh I cri d'ei- (îitalion et d'encouragement, pour faire agir plusieurs hommes simultanément. || C'est l'impératif archaïque du verbe saillir dans le sens de sauter, s'avancer. || On dit aussi : saille la bouline, dans le commandement qu'on fait aux matelots qui voni roidir avec force une bouline.

— HIST. XI* s. Parmi la huche en sait fors 11 cler sans, Ch. de Roi. cxxxji. || xu* s. De plene terre [il] est sailliz en l'arzon, Ronc. p. 52. Demain les ferai pendre [les messagers] par dessus cest rivage. Ou saillir de la tour du plus hautain estage, Sax. xxvi. Si tost cum 11 ber fu sur un cheval sailluz. Th. le mart. 47. Micol.... vit le rei saillant [sautant] et juant devant nostre Seignur, Jlois, I4l.(|xin' s. Et quant nos François les virent venir, si saillirent as armes de toutes parts, viLLEH. Lxxx. L'en doit bien reculer pour le plus loin saillir, Berte, xm. Cuidiés que dame à cuer vaillant Aint [aime] ung garçon fol et saillant Qui s'en ira par nuit resver.... la Rose, 7776. || xV s. Si l'eschaufTa tellement que le coursier, outre sa volonté, l'emporta; si que, à saillir un fossé, le coursier trébucha et rompit à son maislre le col, FROiss. I, I, 326. Je ne sçay de quel pié saillir, CH. d'orl. Chanson, 43. Au saillir de mon enfance, COMM. I, 1. Leur père.... estoit de la maison de Sainct-Severin, sailly d'une fille bastarde, id. vu, 2. Il XVI* s. Du sacré costé de Jésus Christ pendant en la croix, est sailli sang et eau, calv. Inslit. 4 044. J'ay ung reume sy grant, que je n'en ouse saillir de la chambre, marg. Lett. 57. Comme Pallas saillit de la teste de son père pour se communiquer au monde, mont, n, 288. Leur hantise avec les femelles n'est jamais profitable, que lorsqu'ils les saillent, o. de serres, 305.

— ÊTYM. Bcrry, saillir, sortir: jen'ai pas sailli de la journée; provenç. salir, salhir, sallir; esp. salir; portug. sahir ; ital. salire ; du lat. sa lire , sauter ; grec, à),-)o|jiai ; radical sanscr. sar, aller, couler. Le français et le provençal viennent du bas-latin sallire, qu'on trouve dans la Loi salique, et qui est altéré de salire. L'ancienne conjugaison était: je saul, tu saus, il saut, parfaitement régulière, puisque ces formes représentent sdjio, salis, sdlit. La conjugaison moderne s'est égarée entre le souvenir de l'ancienne conjugaison qui lui a donné saille et saillant, et la tendance à le confondre avec un verbe inchoatif en tr qui lui a donné : je saillis, tu saillis, saillissant.

SAIN, AINK (sin, sè-n'), adj. \\ l» Qui est de bonne constitution, d'une constitution qui n'est lésée en rien. Je crois que vous n'êtes pas sain; Vous avez le visage blême, régnier. Contre un amoureux transi. Quoique je n'aie point dormi (chose de considération) depuis trois mois, Je suis ici arrivé plus fort et plus sain que jamais, voit. Lett. 42. Mais à quoi sert Bacchus, qu'à causer des querelles, Affaiblir les plus sains, enlaidir les plus belles? n font. Filles de Min. Qu'ils [les médecins] règlent ceux qui sont malades. Sans vouloir gouverner les gens qui sont bien sains, mol. Amph. ii, 3. Je viens, dit Jésus- Christ, comme un voleur; il a fait selon sa parole: il est venu surprendre la reine dans le temps que nous la croyions la plus saine, bosS. Mar.-Thér. Des hommes si endurcis étaient ordinaiSrement jains, HONTESQ. Rom. a. || Familièrement. Sain

SAI

comme une cloche, très-sain, très-bien portant, intact. Il Substantivement. Que le malade au sain présente le remède.... mol. Dip. ii, 8. Tout est sain aux sains, comme vous dites, sÉv. 698. Admirez les plantes qui naissent de la terre ; elles fournissent des aliments aux sains et des remèdes aux malades, fén. Exisl. i. 11. || Les maquignons disent qu'un animal est sain et net, quand il est exempt de vices rédhibitoires. || 2° En parlant des parties du corps. Qui est en bon état, qui n'éprouve aucune altération. Ce cheval a les jambes saines. 113' 11 se dit des fruits, des plantes et du bois. Voilà des poires encore fort saines pour la saison. Un arbre sain. Le bois de cette charpente est fort sain. Il Par extension. Les fondements de cet édifice ont été trouvés fort sains. || 4" Fig. 11 se dit de la santé de l'àme, de l'esprit. Une tète saine. Ce vieillard, malgré l'âge, a le jugement sain. Son esprit toujours sain ne fut point altéré, rotrou, Uerc. m. v, ). Nulle créature n'est heureuse, si elle n'est saine ; et c'est la même chose à l'égard de l'âme : qu'elle soit heureuse et qu'elle soit saine, Boss. Sermons, Providence, 2. || Il se dit, dans le même sens, des opinions, des idées, etc. Je connus alors que vous aviez de si saines opinions de tout ce qui a accoutumé de tromper les hommes, que les choses qu'ils considéraient le plus étaient celles que vous estimiez le moins, voir. Lett. 34. Suis, suis dorénavant de plus saines raisons, corn. PI. Roy. IV, 8. La règle de la vraie et saine politique, id. Aïcom. II, (. Et faire, par des choix judicieux et sains. Tomber le ministère en de fidèles mains, ROTROU, Vencesl. i, i. Les étoiles, dit-il [Aristole].... sont la cause de la chaleur et de la lumière sur la terre, en frottant l'air avec rapidité.... ce n'est pas là, comme vous voyez, une physique bien saine, volt. Dial. xxix, 6. || La saine raison, la droite raison. || La saine critique, la critique judicieuse. Il Saine doctrine, doctrine conforme à la morale, à la raison, au bon goût. Sur ce grand sacrement de l'indissoluble union de Jésus-Christ avec son Eglise, les opinions sont plus saines dans le barreau éclairé et parmi les magistrats intelligents, que dans les livres de quelques auteurs qui se disent ecclésiastiques et théologiens, boss. Je Tellier. \\ Particulièrement. Saine doctrine, celle qui est orthodoxe et conforme aux décisions de l'Église. Il n'y a nul doute que l'opinion ne soit très-saine, boss. Lett. <49. ||5* Qui contribue à la santé. Les lieux marécageux ne sont pas sains. L'exercice est sain. Plus de larmes, je vous en conjure; elles ne vous sont pas si saines qu'à moi, sÉv. à Éme de Crignan, ts févr. (87i. Là, sans s'assujettir aux dogmes du Broussain [fameux dans l'art de la bonne chère] , Tout ce qu'on boit est bon, tout ce qu'on mange est sain, boil. Ép. vi. Qu'il trouve de saveur aux mets simples et sains Qu'une épouse attentive apprêta de ses mains I st-lamb. Sais. ii. || Fig. Le pain de la charité est plus sain que celui de la prostitution, chateaubr. Génie, iv, m, 6. || Cette année les maladies ne sont pas saines, se dit en se moquant de ceux qui s'efforcent de prouver une chose manifeste. || 6" Sain et sauf, sans accident, sans blessures, sans dommage, en parlant des personnes et des choses. Revenir sain et sauf. Ils sont revenus sains et saufs. Ces marchandises sont arrivées saines et sauves. Il Au sing. on prononce sin et sauf, sans lier l'n, et au plur. sin-z et saufs, en liant l's. || 7° Terme de marine. Câte saine, côte dont les abords ne présentent ni écueil, ni bancs, ni roches.

— HIST. xir s. Qu'il revenroit [reviendrait] à lui sans detrier [retardj. Se il pooit sains et saus rcpairier. Bat. d'Alesch. v. 7768. Dont ewe bêle e clere, nete e sane coroit, flou, v. 988. E 11 reis cumandad à Joab e Abisai e à Elhaï, qu'il li guardassent sein et salf Absalon, Bois, p. (86. Mulz malades [beaucoup de malades] guari de sun relief demaine [par son secours capital] ; La fille à un riche humme en devint tute saine. Qui out esté fievrose mainte lunge semaine, Th. le mart. 96. || xm* s. Se tu as la voix clere et saine. Tu ne dois mie querre essoine [excuse] De chanter, se l'en t'en semont [prie], la Rose, 224 3. Si est aussi comme s'on me prestoit un ceval de vingt livres, sain de toz membres.... beaum. XXXIV, 15. Et demanda lessacremcns de sainte esglise, et les ot en sainne pensée et en droit entendement, jomv. 302. || xiv* s. Sanité est bonne, et dit l'en que un homme est sain, et que la viande est saine, et que la medicine est saine, et tout est bon, oresme, Elh. vi (12). || xv* s. Par le conseil de la plus saine partie de la ville, frqiss. I, I, 302. Il ne fait pas ici trop sain demeurer, m.

SAI

n, n, lis L» duc n'eut mie sia devant U forteresse six jours, quand elle lui fut rendue saine et entière, id. i, i, (12. ||xvi* s. Ce ne peut estre chose douteuse i gens de sain entendement, calv. Inslit. 292. Se faire arracher des dents vifves et saines, mont, i, 308. Ce qui est plaisant n'est pu tousjours nutritif et sain, lo. i, 242. Le vin semble amer au malade et gracieux au sain, lo. ii, 362. Les seicberesses sont sans comparaison plus saines, que les humidités continuées par longue succession de temps, paré, ii, 2* dise. L'huile que .es médecins disent estre très saine au corps humain, amïot, Àrist. et Cal. comp. ». Une vie et une maison saine et nette s'entretient de peu de chose, ID. ib. 8. Il luy prit soudainement une douleur véhémente i sa jambe saine, lo. Agés. 46. Qui veut vivre sain Disne peu et soupe moins, leroux di LiNCï, Proo. t. II, p. 4)0. Hardiment parle teste saine, cotghave.

— ÉTYM. Prov. tan; espagn. lono; port, tâo; ital. sano ; du lat. sanus ; comparez le grec aio^.

SAINBOIS (sin-boî), t. m. || 1* Un des noms vulgaires du daphné gnidium, thyméices, appelé aussi garou. jj J" Terme do pharmacie. Écorce du garou, employée à faire une pommade à vésicatoire.

— Etvm. Sain, et boit; à cause de l'emploi médical qu'on en fait. Le sanctum lignum est le galac.

SAINDOUX (sin-doû), ». m. Graisse de porc fondue, employée pour les fritures. La graisse des intestins et de l'épiploon, qui est différente du lard, fait le saindoux et le vieux oing, buff. Quadr, t. I, p. 306.

— ETYM. La première partie du mot est l'ancien français tain, graisse (wallon, sarjen, seyen; prov. sagin; espag. sain; ital. saime), qui vient du baslatin saglmen, altéré du lat. sag'ina, graisse. Quant à doux, il parait être l'adjectif doux : le saindoux étant une; graisse blanche, fondue, sans âpreté ni amertume. D'autres y voient d'oue : graisse d'oie; mais rien n'appuie cet interprétation.

SALNEMENT (sè-ne-man), adv. || 1' D'un manière saine. Être logé sainement. Vivez tous sainement et gaiement ; il n'y a que cela de bon, volt. Lett. Florian, 3 avril (767. || 2* Fig. D'une manière raisonnable. Parlez plus sainement de vos maux et des miçns, corn. Ilor. m, *. M. Scarron, qui juge très-sainement des choses quand il veut bien les considérer sérieusement, maintenon, Lett. à Mme de Palaiseau, (654, t. i, p. 23, dans polgens. Il était du nombre de ces philosophes obscurs dont Paris est plein, qui jugent sainement de tout, qui vivent entre eux dans la paix et la communication delà raison.... volt. Louis IIY,écriv. Dumartait.

— HIST. xiii* S. Et une autre partie s'en emhia par terre, qui bien s'en quida aler sainement par Esclavonie, villeii. liv. Et se tu m'cntens sainement, la Rose, C90(. || xv* s. De ceste navreure ne fut il onques puis guari sainement, froiss. i, p. 235, dans LACURNE. Il XVI* s. Le sainement et gayement vivre, mont, iv, (6(. Un jugement roide et haultain, et qui juge sainement et seurement, id. IV, 63.

— ÊTYM. Saine, et le suffixe menl; prov. tanamens; espagn. et ital. sonamenle ; port. «amcnl«.

SAINFOIN (sin-foin), t. m. Nom d'un genre de la famille des légumineuses dans lequel on distingue le sainfoin cultivé, dit vulgairement sainfoin et esparcelte. Onohrychit vient des mots grecs 6vo;, âne, et Ppuyû, je crie; on dit que le sainfoin fait braire les ânes qui en mangent, tournkfoht, Elém. de botan. t. il, p. 327, dans pougens. Un sillon de vigne qui est le long d'un champ de sainfoin ou de pois est souvent tout perdu de la gelée, lorsque le reste de la vigne est très-sain, bufp. Lxpér. sur les végét. 4* mém. || Le sainfoin d'Espagne, hedysarum coronarium, L.

— HIST. XVI* s. L'herbe appellée en Franc* sain-foin, en Italie herba medica, en Provence et Languedoc luzerne. De l'excessive louange qu'on a donné à ceste plante, à cause de sa vertu medecinale et engraissante le bestail qui s'en paist, vient ce mot de sain, o. de serres, 270. Les racines pourries par abondance d'eau produiront une luzerne bastarde, que la plus part tient estre le vrai treffie ou triollet des prés : dont à telle occasion le sain-foin est par aucuns appelle grand-trefle, et par autres, foin-de-Bourgongne, pour ce qu'en ceste province-là telle plante a esté cogneue dès long-temps, iD. 274.

— f.TYM. Sain, et foin, d'après 0. de Serres; ce qui paraît véritable. Cependant Scheler y voit saint foin, à cause que les Allemands le nomment Heilig-heu; et Cotgrave écrit tairut-foin.

SAI

SAINT, AINTEfsin, sin-t'), adj. || !• Oui appartient à la religion, qui est dédié à des usages sacrés (sens le plus voisin du sens étymologique, le mot étant le participede soncire, consacrer). La sainte messe. Les églises sont deslieui saints. La sainte hostie. La sainte Bible. L'Écriture sainte. L'extrême-onction, annoncée i ce philosophe chrétien, excite autant sa piété qu'avait fait le saint viatique; les saintes prières des agonisants réveillent sa foi, Boss. le Teliier. Les pratiques extérieures de la piété dans les saintes observances de l'Église, et la fréquentation des saints sacrements, m. Mar.- Thér. Tout ce que la religion a de plus saint a été en proie [lors de l'hérésie et de la révolution d'Angleterre], id. Reine d'Anglet. Venez, de l'huile sainte il faut vous consacrer, rac. Alh. iv, 3. Je l'observais hier [Athalie], et je voyais ses yeux Lancer sur le lieu saint des regards furieux, id. ib. I, t. Entrer, généreux chefs des familles sacrées, Du ministère saint tour à tour honorées, ID. ib. IV, 2. Ne pouvant la sauver, seigneur, j'allais moi-même Répandre sur son front l'eau sainte du baptême, volt. Zaïre, ii, 3. |{ Le peuple saint, le peuple juif. Du temple, orné partout de festons magnifiques, Le peuple saint en foule inondait les portiques, rac. Àth. i, 4. || La tribu sainte, la tribu de Lévi. Et Dieu n'est plus servi que dans la tribu sainte, rac. Àth. ni, 7. |{ La cité sainte, Jérusalem. Tous chantent de David le fils ressuscité; Baalest en horreur dans la sainte cité, rac. Ath. V, 6. ||Fig. La cité sainte, la Jérusalem céleste, le paradis. Qu'ils pleurent, 6 mon Dieu, qu'ils frémissent de crainte. Ces malheureux qui de ta cité sainte Ne verront point l'éternelle splendeur, rac. Athal. ii, 9. Loin d'ici, monuments de la terre, vous n'approchez point de ces monuments de la cité sainte I chateaubr. Mart. m. Il Le saint-père, voy. père, n° 4 3. || Le saintsiége, voy. siège. || Le saint-office, voy. office i, a° 9. Il Le saint-empire romain, ou, absolument, le saint-empire, l'empire d'Allemagne autrefois. Il Saint sépulcre, voy. sépulcre. || Les lieux saints, les saints lieux, voy. lieu 4, n° 3. || Terre sainte, voy. TERRE. Il Villes saintes, voy. ville. || Semaine sainte, voy. semaine. || L'année sainte, l'année du grand jubilé qui est la dernière année de chaque siècle ; et aussi l'année de chaque jubilé, qui arrive de vingt-cinq ans en vingt-cinq ans. || 2" Qui vit selon la loi de Dieu, qui observe ses commandements. Une âme sainte. Louis XI y est enterré [à Cléry] ; on le voit à genoux sur son tombeau.... le bon apôtre de roi fait là le saint homme, et est bien mieux pris que quand le Bourguignon le mena à Liège, la font. Lett. vii. Le lendemain [de l'exécution de la Brinvilliers] on cherchait ses os, parce que le peuple disait qu'elle était sainte, 8ÉV. 297. Nous avons les mêmes amis, nous pensons les mêmes choses : c'est un saint; mais je ne suis pas sainte, voilà le malheur, id. 7 mars 1 685. Comme, dans la gloire éternelle, les fautes des saints pénitents, couvertes de ce qu'ils ont fait pour les réparer, et de l'éclat infini de la divine miséricorde, ne paraissent plus, boss. Louis de Bourbon. Le saint moine Augustin, son disciple [du pape saint Grégoire] et le premier apôtre de la nation anglaise, id. Reine d'Anglet. Dieu, qui rapporte tous ses conseils à la conservation de sa sainte Eglise.... s'est servi autrefois des chastes attraits de deux saintes héroïnes [Judith et Esther] pour délivrer ses fidèles des mains de leurs ennemis, ID. ib. On n'est saint qu'à proportion qu'on est humble, FLÉCH. Panég. St Fr. de Poule. Pensezvous être saint et juste impunément? rac. Ath. i, 4 . Ils (les grands] ne seront grands.... qu'autant qu'ils seront saints, mass. Petit carême, Grand, de J. C. Il Saint à Dieu, saint à l'égard de Dieu. U [Jésus- Christ] a été humble, patient, saint à Dieu, terrible aux démons, sans aucun péché, pasc. Pens. xvii, 4, édit. havet. Il II se dit des choses en un sens analogue. Mener une vie fort sainte. Par la sainte horreur que vous fait l'infamie, Par ce Dieu que j'ignore, et pour qui vous vivez, corn. Théod. m, 3. Et comme tous mes feux n'avaient rien que de saint, L'honneur les alluma, le devoir les éteint, œ. Héracl. m, 4. U [chez les oratoriens] une sainte liberté fait un saint engagement; on obéit sans dépendre, on gouverne sans commander, boss. Bourgotng. Si quelque chose les empêche de répier sur nous, ces saintes et salutaires vérités c'est que le monde nous occupe, c'est que les sens nous enchantent, id. Duch. d'Orl. || S° Il se dit des esprits bienheureux et descréatures les-plus parfaites. La sainte ATierge. Les saints martyrs. I^s saints pa-

SAI

triarches. Les apôtres saint Pierre et saint Paul. Les saints Pères. Ange saint, qui présidiez à l'oraison de cotte sainte princesse, boss. Mar.-Thér. Il fut enterré à Milan; on grava sur son tombeau: Ci-gît Bernard de sainte mémoire; il semble que le nom de saint en ce temps-là ne fut qu'un titre honorifique, volt. Moeurs, 23. || Par abréviation on écrit : S. Jean ou St Jean, Ste Geneviève, les SS. Pères, etc. || La sainte Famille, voy. famille, n° 4. ||Fig. Découvrir saint Pierre pour couvrir saint Paul, remédier "à un inconvénient par un autre. Il Fig. La prison de saint Crépin, voy. crépin. || Saint Roch, voy. ROCH. || Fig. et par plaisanterie. Sainte liberté, l'absence de toute contrainte, de toute gêne. Ma belle-fille vous fait ses compliments; elle a bien du soin de moi, sans contrainte, et toujours sainte lilierté,sÉv. 26 juin 4 689. || Par imitation, saint s'est dit de personnages soit païens, soit autres, dont on voulait relever le haut caractère. Je trouve qu'on a eu raison de reprendre Érasme d'avoir osé écrire dans un de ses dialogues, qu'autant de fois qu'il lisait la belle fin de Socrate, il avait bien de la peine à s'empêcher de dire : ô saint Socrate, priez Dieu pour nous, la motiip, le vayer. Vertu des païens, ii, Socrate. Adressons nos communes prières à saint Zenon, saint Épicure, saint Marc-Antonin, saint Épictète, saint Bayle et tous les saints de notre paradis, volt. Lett. Marmontel, 24 mai 4 764. J'aime fort sainte Geneviève; mais je voudrais qu'on bâtit une belle salle pour saint Racine, saint Corneille et saint Molière, id. Lett. de la Lande, 49 dée. 4774. || i- Souverainement pur; il ne se dit en ce sens que de Dieu. La sainte Trinité. L'Esprit-Saint. Le Saint-Esprit. Avec le saint nom de Dieu et avec le nom de la cité sainte, la nouvelle Jérusalem, boss. Mar.-Thér. || L'ordre du Saint-Esprit, voy. esprit, n° 4. ||Un Saint-Esprit^ l'insigne de cet ordre. U veut vous envoyer votre cordon bleu avec deux Saint-Esprit, sÉv. 494. La reine ne put résoudre M. de Metz à porter un Saint- Esprit sur sa soutanelle comme les autres, st-siu. 46, 27. Il 6' Digne d'un grand respect, qui ne peut être violé sans une sorte d'impiété. L'auguste et saint ministère de la justice, boss. le Teliier. D'ailleurs vous le savez, en bannissant ses rois, Rome à ce nom, si noble et si saint autrefois, Attacha pour jamais une haine puissante, rac Bérén. II, 2. Et ne connais-tu pas l'implacable Agrippine ? Mon amour inquiet déjà se l'imagine Qui m'amène Octavie, et d'un œil enflammé Atteste les saints droits d'un nœud qu'elle a formé, m. Brit. II, 2. La plus sainte des lois, ah I c'est de vous sauver, id. Bajaz. ii, 3. Ma fille.... ce nom seul, dont les droits sont si spints, id. Iphig. i, 4. || 6° S. m. et f. Un saint, une sainte, personne qui vit ou qui est morte en état de sainteté. Ces faux saints ne servent pas Jésus-Christ, mais ils se servent de lui ; ils sollicitent leurs affaires en son nom, et recommandent sa cause bien que ce soit leur procès, balz. Lett. II, liv. vi On nous ruine en

fêtes; L'une fait tort à l'autre, et monsieur le curé De quelque nouveau saint charge toujours son prône, la font. Fabl. vm, 2. Les saints ont leur empire, leur éclat, leur victoire, leur lustre, et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles ou spirituelles, pasc. Pens. xvii, 4, éd. havet. La vie ordinaire des hommes est semblable à celle des saints : ils recherchent tous leur satisfaction, et ne diflTèrent qu'en l'objet où ils la placent, ID. ib. XV, 2. Pour faire d'un homme un saint, il faut bien que ce soit la grâce ; et qui en doute ne sait ce que c'est que saint et qu'homme, id. ib. xxiv, 74. Au lieu qu'en parlant des choses humaines on dit qu'il faut les connaître avant que de les aimer, les saints, au contraire, disent en parlant des choses divines, qu'il faut les aimer pour les connaître, ID. Géomét. II. Est-il possible que vous [protestants] croyiez que nous invoquions les saints comme Dieu, et n'avons-nous pas dit assez haut et assez clair que nous ne les appelions à notre secours que comme nos conservateurs? boss. Proj. de réun. des protest. Lett. nt. L'Église aura toujours des saints, et la charité n'y mourra jamais, id. 4" instr. past. 7. Il y a cette différence à remarquer entre le ciel et la terre : la terre fait les saints, mais elle ne fait pas les bienheureux, et, au contraire, le ciel fait les bienheureux, mais il ne fait pas les saints, BOURD. Pensées, t. i, p. 402. Suivant la remarque de saint Augustin, un saint n'est saint que pour lui-même, m. ib. t. n, p. 476. Je le vois bien, tu vas

épouser une sainte, boil. Sat. x Dieu ne vous

a pas choisie Pour être un vain spectacle aux peuples de l'Asie, Ni pour charmer les yeux des profanes

Page 1