DELL
— ÊTYM. A et poser.
[ APPOSITIF, IVE (a-pô-si-tir, ti-Y*), ad). Terme de grammaire. Construction appositive, construction par apposition (voy. ce root).
APPOSITION (a-pô-zi-sion), s. f. \\ !'• Action d'apposer. L'apposition d'un sceau, des scellés, d'une signature. j| 2' Adjonction de corps de môme nature. Les minéraux croissent par apposition. || En physiologie, génération par apposition, production, à la surface de tissus déjà existants, d'éléments anatomiqnes qui diffèrent de ceux qui constituent ces tissus. || 3° En termes de grammaire, apposition ou prosthèse, adjonction de quelque lettre. L'hébreu exprimant les nuances de la pensée par la seule apposition d'une lettre, chateaub. Génie, n, vi, 3. || On appelle aussi apposition l'état de deux substantifs se rapportant l'un à l'autre, et se suivant immédiatement, comme : une table, meuble utile, Pierre apôtre.
— HIST. xvi' s. Par le moyen de la bonne temperature se fait attraction, concoction, apposition et assimilation, pare, xi, b.
— ÊTYM. Apposition cm (voy. apposer); provenç. appozicio; espagn. aposicion; ital. apposisione.
fAPPRÉBENDER (a-pré-ban-dé) , v. a. S'est dit pour recevoir une chanoinesse, et lui donner droit à toucher prébende.
— ÊTYM. A et prébende.
f APPHECIAUILITÉ (a-pré-si-a-bi-li-té) , s. f. Qualité de ce qui est appréciable.
APPRÉCIABLE (a-pré-si-a-W), adj. Qui peut être apprécié. Quantité a peine appréciable aux sens. Un mérite appréciable à tous. || Dans l'acoustique, sons appréciables, sons compris entre l'ut produit par ime corde qui fait 32 vibrations par seconde, et la 8* ou o* octave ; au delà, les sons ne sont plus appréciables.
— ÊTYM. Apprécier.
APPRÉCIATEUR, TRICE (a-pré-si-a-teur, tri-s'), i. m. et f. Celui, celle qui apprécie. Cet homme est un juste appréciateur du mérite. Une philosophie appréciatrice de toutes choses.
— ÊTYM. Apprécier.
APPRÉCIATIF, IVE (a-pré-si-a-tif, ti-v'), adj. || 1" Qui marque l'appréciation. État appréciatif des marchandises. || 2" En termes de théologie, amour appréciatif de Dieu, amour fin préfèrent qui fait
mettre Dieu au-<lessus de tout ce qui n'est pas lui. Cette haine du péché que les théologiens, selon leur langage ordinaire, nomment appréciative, parce qu'elle maintient tous les droits de Dieu.... boord. Pensées, t. I, p. 295.
APPRÉCIATION (a-pré-si-a-sion), s. f. || 1" Action de déterminer le prix d'une chose. Appréciation d'une propriété. || 2" Fig. L'appréciation du mérite d'un homme. L'appréciation du vrai. Ce qui est soumis à l'appréciation de l'oreille. Grâce à une délicate appréciation des saveurs. Je laisse cela à votre appréciation.
— HIST. xvi* s. Toutes appretiations de bleds, vins, bois, et autres choses, se doivent faire sur le registre du rapport qui s'en fait en justice, et selon l'estimation commune de l'année qu'elles ostoient dues, LOYSEL. 68».
— êtym. Apprécier.
APPRÉCIÉ, ÉE (a-pré-si-,!, ée), part, passé. Une distance mal appréciée il l'œil. Un talent justement apprécié.
APPRÉCIER (a-pré-si-é), v. a. || 1* Déterminer le prix. Un jury apprécie les propriétés dans les indemnités pour expropriation. C'est son sang qu'a Syllatu prétendsque je vende; Pour acheter sa tête il faut l'apprécier, arnault, Marins à Mint. n,3. || 2° Kig. Les sons ne peuvent être appréciés que par l'oreille. On ne peut apprécier rigoureusement la grandeur du soleil. On peut apprécier le talent de cet avocat par les discours qu'il a laissés. Apprécier sainement les choses. Nous apprécierons en temps et lieu cette opinion. || 3° Faire cas de. On apprécie dignement sa libéralité. Où l'on sache t'apprécier. Se faire apprécier par les honnêtes gens.
— SYN. estimer, apprécier, pnisER. C'est faire cas de. Estimer un homme se dit quand on a pour lui le sentiment de l'estime, de la considération, de la confiance en ce qu'il vaut. L'apprécier se dit quand on en fait l'appréciation, quand on sait combien il vaut. Le priser se dit quand on rend hommage à ses mérites.
— HIST. xvi* s. Les raoisons, cens et rentes foncières en grain, dues à certain jour et lieu, seront appréciées au plus haut pris qu'elles ont valu en l'an, LOYSEL, «89.
— ÊTYM. Appretiare, de ad, à, et pretium (voy. prix) ; provenç. et espagn. apreciar; ital. apprexxart, appreqiare.
APPRÉHENDÉ, ÉE (a-pré-an-dé, dée), part, passé. || 1" Saisi. Craignant d'être appréhendé au corps. IJ 2* Craint. Tant d'autres malheurs que leur singularité rend plus terribles, et cependant moins appréhendés, mass. Carême, Sur la mort.
APPRÉHENDER (a-pré-an-dé), v. a. || 1* Terme de pratique. Saisir au corps. || 2* Craindre. J'apprépréhende un conflit. 11 appréhendait de le voir. Il appréhenda qu'on ne se saisît de lui. Qui n'appréhende rien, présume trop de soi , corn. Poly. n, 6. L'amitié le consent, si l'amour l'appréhende, id. Rodog. iv, 1. Et n'appréhendez point Rome ni sa vengeance, id. Nicom. iv, 2. La même justesse d'esprit qui nous fait écrire de bonnes choses, nous fait appréhender qu'elles ne le soient pas assez pour mériter d'être lues, la bruy. t. J'appréhende un peu qu'il ne vous retienne , rac. et boil. Lett. 13. N'appréhendez-vous point que tous vos domestiques Ne soient déjà gagnés par mes sourdes pratiques? corn. Nicom. v, 7. Mon Dieul qu'ils n'appréhendent rien; je leur garantis le succès de leurpièce, mol. Impr.3. Et si le ciel n'a rien que tu puisses appréhender, appréhende du moins la colère d'une femme offensée, id. Festin, i, i.
— REM. 1. On met le second verbe au subjonctif aveene.... pas, quand on désire que la chose arrive: j'appréhende qu'il ne vienne pas; parce que je désirerais qu'il vtnt. On met le second verbe au subjonctif avec ne seulement, quand, au contraire, on craint que la chose n'arrive, ou, ce qui est la même chose, quand on désire que la chose n'arrive pas; ainsi : j'appréhende qu'il ne vienne; parce que je voudrais qu'il ne vtnt pas. || 2. Appréhender ne se construit pas sans préposition avec un infinitif. C'est une locution vicieuse que : j'appréhende lui parler.
— HIST. xvi* s. Nostre parole le dict, mais nostre intelligence ne l'appréhende [comprend] point, mont, n, 267. 11 leur faudrait si peu de bon succès pour mettre en terreur toute la chrestienté, que desjà j'appréhende un tel inconvénient, lanoue, 388. Combien qu'appréhendions [saisir, comprendre] subitement et facilement, nous sommes légers et muables en nos appréhensions et opinions, paré, m, 6.
— ÊTYM. Apprehendere , saisir (voy. apprendre); provenç. apreheidre. Ce verbe est nouveau dans la langue; s'il était ancien, il aurait la forme apprihendie. Appréhender signifie proprement saisir des mains, puis saisir de l'esprit, puis prévoir, et, par le passage de la prévision à la crainte, redouter.
} APPRÉHENS1RILITE (a-pré-an-si-bi-li-té), s. f. Terme didactique. Qualité de ce qui peut être saisi par l'esprit.
t APPRÉTIENSTBLE(a-pré-an-si-hl'), adj. Terme didactique. Qui peut être saisi par l'esprit.
— ÊTYM. Voy. appréhension.
APPRÉIIENSTF, IVE (a-pré-an-sif, si-v'), adj.
Timide, craintif.
— HIST. xvi* s. La souvenance desquels maux a rendu les hommes si apprehensifs que les seules paroles leur font peur, lanoue, 92. La faculté motive est divisée en progressive ou ambulative, et apprehensive [qui saisit], paré, i, t.
— ÊTYM. Voy. appréhension ; provenç. aprehensiu; espagn. aprehensiro.
APPRÉHENSION (a-pré-an-sion ; en poésie, de cinq syllabes), t. f. \\ 1" Facilité à comprendre. Il avait l'appréhension vive, le discernement bon, une sagesse singulière, st-sim. 365, «7. L'extrême facilité de son appréhension et l'agilité ferme et forte de son élocution blessaient souvent le duc de Reauvilliers, id. 69, 4 43. || 2* En termes de logique, première idée qu'on prend d'une chose. Les idée» simples sont non-seulement les premières appréhensions qui nou3 viennent pnr les sens, mais encore les premières comparaisons que nous faisons de ces appréhensions, buff. Animaux. Reprod. L'évidence qui nous vient par les sens n'est qu'une appréhension nette d'objets ou d'images, id. Homme, arithmétique morale. || 3* Crainte. L'appréhension que vous avezeuedelajusticedes hommes, pasc. Prov.i3. Une guerre qui a donné tant d'appréhensions à David , boss. Polit. Cette appréhension fait naître mon souhait, corn. Cid, v, 5. J'en prends, quoi qu'il en soit, peu d'appréhension, id. Œdipe, i, 5. L'appréhension qu'ont les Numides de notre infanterie, perrot d'abl. Tac. 20».
— HIST. xy* s. Es choses sensibles et es espèces, es apprehansions, es vertus et es aages.... christ, depisan, Charlet V, i, ch. t2. || m* s. Il y voyoit si clair, d'un» appréhension si prompte, d'un jugement si sain, que.... mont, i, 147. J'avois l'esprit lent, l'appréhension tardive, id. i, 195. Elle print une si vifve appréhension de la béatitude céleste, qu'elle solicita son mary [de demander à Dieu sa mort], id. i, 252. 11 en arrive de mesme aux bestes, hors de toute appréhension de dangier, id. iv, 2. La nature, m'ayantdesarmé de force, m'a armé d'insensibilité et d'une appréhension réglée ou mousse, id. iv, 4. Je vous prie, quelle correspondance y a-il des sens corporels avec cette appréhension si haute et si noble de savoir mesurer le ciel? calv. Instit. 16. Je suis pressé de digérer les dures amertumes d'une aprehension assez bien fondée de prison perpétuelle, lanoue, 306. Le bruit et la fumée des harquebusades les effraye, les blessures les arrestent, les appréhensions des hommes leur font tenir bride, id. 323. Toutes ces paroles, dites avec gracé et dextérité aux âmes qui sont simples, ont une merveilleuse force pour les reculer de toutes bonnes appréhensions [pensées], id. 497.
— ETYM. Apprehensio, de apprehendere (voy. appréhender), par l'intermédMire du participe passé apprehensus.
APPRENDRE (a-pran-dr"), j'apprends, ils apprennent, j'apprenais, j'appris, j'apprendrai, que j'apprenne, apprenant, appris, e.a.||l* Acquérirune connaissance, retenirdans samêmoire. Ilavaitappns tout ce qu'on peut apprendre. On croirait qu'il n'a jamais rien appris. Apprendre à jouer du piano. Apprendre à lire. Apprendre les danses les plus nouvelles. Apprendre à fond. Apprendre par cœur. Apprenez ces vers. Apprendre facilement. Si j'apprenais l'hébreu, les sciences, l'histoire, la font. Fab. vm, 25. Trois sceptresconquisFontvo;r à quelle école il en a tant appris, corn. Nie. ni, 2. || Absolument.il apprend continuellement. || 2*Contracter une disposition, une habitude. Ils avaient appris à ne point quitter leurs drapeaux. J'appris à supporter le malheur. Et que les pauvres apprennent à ne désirer pas avec tant d'ardeur ce qu'on peut quitter avec joie, boss. Le Tellier. N'apprendrat-il pas dans la cour au moins un peu de complaisance? fléch. n, 139. N'apprendras-tu jamais, Ame basse et grossière, X voir par d'autres yeux que les yeux du vulgaire? corn. Rodog. il, 2. L'ingrate, qui mettait son coeur à si baut prix, Apprend donc à
APP
«on tour à souffrir des mépris, bac. Andr. n, *. Qu'en vous aimant, vos fils apprennent a vous craindre, pir. Éc. des Pères, il, ». || 8" S'apercevoir, reconnaître. Il apprendra qui je suis. App; que rien n'a jamais été si honteux. || 4* Etre informé. J'ai appris par votre lettre.... J'apprends que votre ennemi est mort. Apprends le reste. Tu demandes d'où j'ai appris cela si bien. J'avais appris de fâcheuses nouvelles. J'ai tout appris de lui et par lui. Dès que César eut appris par ses éclaireurs.... De votre bouche, 6 ciel! puis-je l'apprendre? rac Brit. iv, 3. || 6" Enseigner. Apprendre à quelqu'un les belles-lettres. Il lui apprenait à monter à cheval. L'habitude apprend à supporter la fatigue. L'expérience nous a appris.... Mes exemples, un jour, ayant fait place aux vôtres, Ce que je vous apprends, vous l'apprendrez à d'autres, corn. Sertor. m, 2. On n'apprend pas aux hommes à être honnêtes gens, et on leur apprend tout le reste, pasc. dans BounotîRS. || S'apprendre, enseignera soi. Cette dame s'est appris à filer. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'ils méditent cedessein. ils se sont appris à tourmenter les gens sur la bulle et sur les brefs d'Innocent X, pasc. Prov. 49. || Faire savoir. On m'a^apprislamort de votre oncle. L'histoire ou là tradition nous apprend.... Des auteurs dignes de foi nous apprennent.... Quel est donc ce secret que tu me veux apprendre? rac. Esth. n, 1. 1| Familièrement Apprendre à vivre à quelqu'un, l'obliger à se conduire autrement. || Apprendre à parler à quelqu'un, le corriger de son peu de retenue dans ses discours. La Vauguyon dit a Mme Pelot qu'il ne savait ce qui le tenait qu'il ne lui mit la tête en compote pour lui apprendre à l'appeler poltron, st-sim. 44, 464. || 6 S'apprendre, être appris. Là où le droit civil s'apprend.
— REM. 1. Dans le sens d'acquérir des connaissances, on dit apprendre quelque chose de quelqu'un. Dans lesens d'enseigner, instruire : on apprend quelque chose à quelqu'un. Dans les deux sens, le verbe apprendre régit à devant les verbes. |l 8. Pourtant quelques auteurs ont dit apprendre de. Tous mes efforts ne m'ont de rien servi qu'à m'apprendre de ne plus tenter une chose impossible , voiture, u, 28. Une maxime qui nous apprendra d'estimer la vie, bossuet. 11 n'y a aucune faute de grammaire à mettre de après apprendre; mais l'usage actuel rejette cette tournure, qui reste un archaïsme. || 3. On entend parfois dire : je n'ai besoin de personne pour apprendre mon fils; il faut pour enseigner mon fils. Cette locution, aujourd'hui rejetée, n'est pourtant qu'un archaïsme. Apprendre avec le régime direct de la personne se trouve dans les auteurs du xvn# siècle. Oiseaux qu'ils ontapprisà chantertoutessortesderamages, vaugel. Q. C. 473. De cet emploi viennent les locutions, mal appris, bien appris. || 4. Des grammairiens ont prétendu qu'on ne devait pas employer apprendre dans le sens d'enseigner, par exemple : apprendre le latin à un enfant; et que cette tournure n'était fondée que sur l'autorité insuffisant» de quelques dictionnaires. C'est une erreur; apprendre en cet emploi est dans Corneille, et dans l'ancien français, comme on peut le voir a l'historique.
— SYN. 1. AHi-itENDRE, enseigner, instruire. Instruire, c'est donner l'instruction, rendre instruit. Enseigner, c'est donner des leçons d'un objet déterminé : on enseigne le latin, les mathématiques à un enfant. Apprendre a le même emploi qu'enseigner, mais d'une façon plus vague, et en ne portant pas l'espritaussi précisément sur la leçon qui se donne. On instruit quelqu'un de son devoir, en le lui exposant. On lui enseigne son devoir, en lui en faisant la leçon. On lui apprend son devoir, en le lui faisant connaître d'une façon quelconque. || 2. apprendre, faire savoir, informer. Je vous apprends une nouvelle d'une façon quelconque, soit qu'elle vous intéresse ou non, soit qu'elle soit sûre ou non. Je vous la fais savoir par une lettre ou un message. Je vous en informe, si elle vous importe, et si j'ai des renseignements fidèles.
— HIST. xi*s. Moût ad appris, qui bienconutahan, Ch. de Roi. clxxxi. || xir* s. Demande etaprenqui je sui et qui sont li prince qui me aident, ltachab. i, 40. Jà nel [ne le] deûst ne soufrir ne vouloir La douce riens qui tant est bien aprise , Couci, XVll. X moi [ pris de moi ] en peut li plus sages aprendre, Couci, V. Et les dames qui courtoises estaient [jadis], Ont tout laissé pourapenre à bourser , ouesnes, Romancera, p. 87. Se leur pesé de ce que [je] vous ai di, Si s'en prennent à mon tuaislred'Oiai, Qui m'a apris à chanter dès enfance, ib. p. 08. Bêle, nous nous •btraluior. s. Quant à l'es-
cole aprenions, ib. p. 62. Je m'occirai, s'autre que Garin m'ait [pour femme] ; Ou je ferai quanqu'amours m'aprendrait [m'apprendra], ib. p. 92. Ne cil ne sont bien appris ne courtois Qui m'ont repris, se j'ai dit mot d'Artois, ib. p. 83. [Un messager] Qui moult pesmes nouveles a as François aprises, Sax. xxiii. Merveille est de sage hummeedes letres apris, Qu'il la cremur de Deuasi ariere mis, Th. le mort. 85. || xin* s. l'our aprendre françois leur filles et leur fils, Berle 1. François savoit Aliste, car leans l'eut apris, ib. v. X enherher [empoisonner] m'aprist jadis une Juïse [juive], ib. lxxvi. Mlle, dist-il, de cortoisie Ne de sens ne m'aprenésmie, la Rose, 6626. Si que cil qui s'entremetront de l'office [de bailli] puissent aprendre aucun exemple, beaum. it. Et le roy li demanda où il avoit apris françois, et il dit queil avoit esté crestian, joinv. 26t.||xrv*s. Encor est-il vérité que toute science, quant est de soy, il semble qu'elle peut estre aprise, oresme, Eth. 4 73. Et cel aigle félon tenir et attraper Et mettre en ma geôle pour apprendre à parler, Guescl. 20536. Nous ordonnons qu'il [y] ait un cler qui apprendra nos filles, du cange, apprehendere. Courtoys estoit et bien aprins, Liv. du bon Jeh. 4048. || xv' s. Us lui chauffèrent si fort et appreingnirent [serrèrent] les plantes des pies que les soles d'iceulx lui en sont cheutes, du cange, attridere. Ce vous veil [je veux] apenre, la Pas*, de Ar. S. J. C. On n'a pas sitost appris une terre ni un air où on ne fut oncques, froiss. H, m, 83. || xvr s. La douceur de sa grâce, quelque souefve qu'elle soit, apprend les hommes de s'esmerveiller avec crainte, calv. But. 44o. Les filles feurent bien apprises, et à tous présentèrent plains hanapz de vin, rab. Pant. iv, 64. .... Non : mais afin que si bien j'en apprinse Que toy, qui es des pastoureaux le prince, Prinsses plaisir à mon chant escouter, marot, i, 221. Que philosopher, c'est apprendre à mourir, mont, i, 6». Les Romains avoient apprius d'amollir ou d'estendre ce mot en périphrases, id. 1, 72. Qui appreudroit les hommes à mourir leur apprendrait à vivre , id. i , 8 1 . Il faut apprendre aux enfants de haïr les vices.... et leur en apprendre la naturelle difformité, id. i, his. U fault que ce soit une personne trop mal apprise, amyot, Solon, 38. Ayant composé quelques vers, il les apprit par cueur pour les prononcer en public, 1D. Solon, 4 4.11 ernployoit à tous propos ce qu'il avoit appris de Auaxagoras, id. Péric. (3. Et ensemble s'apprenoient et s'exercitoient à l'expérience de la marine, id. Péric. 22 maintenant
fautapprendre D'estre humbleetdouxet ne plus abboyer : Il faut apprendre à fléchir et ployer, kons.
— ÊTYM. Apprehendere , de ad, à, et prehendere, prendre, saisir par l'esprit (voy. prendre). Picard, bien apprins; bourguig. éprarre, éparre ; provenç. aprendre, apenre, aprener; catal. op«ider,espagn. aprender; ital. apprendere.
APPRENTI , IE (a-pran-ti , tie) , *. m. et f. || 1° Celui , celle qui est en apprentissage, qui travaille pour apprendre un métier. Un apprenti est docile, il écoute son maître, il profite de ses leçons, et il devient maître, la bruy. 4 5. || 3" Fig. Personne peu habile. Ronsard, en son métier, n'était qu'un apprenti, Régnier, Sat. îx. Le plus jeune apprenti Est vieux routier.... la font. Cuv. La république de Platon Ne serait rien que l'apprentie De cette famille amphibie, id. Eabl.x, 4. || 3° Adjectivement. Pour le rendre maître, soyez partout apprenti, j.j.rouss. Ém. m. Ils n'étaient plus apprentis à manier les armes, vaug. Q. C. 552. Quoi ! ce Fulcinius, apprenti sénateur, Descend par habitude au rang de délateurl h. 1. chén. Tibère, m, 3.
— REM. 1. L'orthographe ancienne était apprentif, et le féminiu apprentive, l'un et l'autre inusités aujourd'hui. Qui soit douce et nicette, apprentive au métier, Régnier, Épit. m. Vais-je épouser ici quelque apprentive auteur? boil. Sat. x. || 2. Au féminin, ne dites pas, ce que font quelques-uns, une apprentice : c'est un archaïsme aujourd'hui rejeté.
— HlST.xill' s. Aprentif jugleor et escrivain marri, Berte, l. Nulle fillaresse de soie à gratis fuiseaus ne puet ne ne doit avoir que trois apreutices tant seulement, Liv. des met. 8). Il peut avoir tant d'apprentis et de vallés corne il li plaist, ib. 4 8. i chanter furent ententi Li oisillon qui aprenti Ne furent pas ne non sachant, la Rose, 680. || xvi' s. Je ne sçais pas faire mes besongnes d'une puérile et apprentisse intelligence, mont, il, ioo. Les apprentifs et qui ne sont pas de si haulte leçon, s'enfarinent le visage, ID. u, 404. Cette gentille infante, qui n'etoit apprentive en telles pratiques, tver, p. aïo. 11 n'est apprenti en cela, uenhi est. Précell. p. 7».
APP
— ÊTYM. Apprendre, par un adjectif bis-lalin apprehendivus, d'où apprentif; bourguig. épranti; wallon , aprendice; namurois,a.purdice; provenç. a» prend' x; espagn. aprendis.
APPRENTISSAGE (a-pran-ti-sa-j') , i. m. || 1« Action d'apprendre un métier. Nous nous mettons tous deux en apprentissage, i. i. rouss. Ém. ni. || Fig Vous n'en êtes pas à votre apprentissage, corn, le Ment. 1,4. Ces agonies lui servaient d'apprentissage à bien mourir, fléch. Jfont. || 2* Le temps qu'on met à apprendre un métier. 11 est à la fin de son apprentissage. || 3° Fig. Faire son apprentissage, eu être à son apprentissage, se dit des premiers essais que l'on fait. Et qui, sur son époux, fit son apprentissage, A bien pu, sur un fils, achever son ouvrage, corn. Rodog. v, 4. De quelque adresse.... Qu'il eût fait son apprentissage , malh. iv, 5. H fait son apprentissage de la pauvreté, boss. Fr. d'Ass. 4 . Il lui fit faire son apprentissage par une guerre contre les Arabes, id. But. m, 3. Et n'en étant qu'à son apprentissage, la font. Psaut. || Faire l'apprentissage de, s'instruire à, s'habituer à. Voudrais-tu qu'à mon fige Je fisse de l'amour le vil apprentissage? rac. Ihj. I, t. Mais moi, qui vois plus loin ; qui par un long usage. Des maximes du trône ai fait l'apprentissage, id. Raj. iv, 7. Ce héros. . Pour elle, de la crainte a fait l'apprentissage, id. Iphig. iv, t . Nous sommes sous un roi si vaillant et si sage, Et qui si dignement a fait l'apprentissage Do toutes les vertus propres à commander, malii. ii,5. Cette femme est une catéchumène qui fait l'apprentissage des pleurs que J.C. demande à ses servantes, chateaub. Ùart. u, ao5.
— HIST. xvi' s. Ils les approuvent aussi [les voyages] pour l'apprentissage des langues vulgaires, lanoue, 420. Heureux celui qui, pour devenir sage, Du mal d'autrui fait son apprentissage, srgelais, 4 71.11 fut nourry en cest apprentissage de la discipline militaire, amyot, Flamin. 1. Cleopatra devoit à ceste Fulvie l'apprentissage de l'obéissance que portoit Antonius aux femmes, amyot, Anton. 4 4.
— ETYM. Apprenti. D'après Palsgrave, p. 9, on prononçait, au xvi* siècle, apprentissaige.
t APPRÈS (a-prè), s. m. Voy. apprêt 2. fAPPRESSE, ÉE(a-prè-sé, sée), adj. Terme de botanique. Rapproché et appliqué.
— ETYM. À et pressé.
4.APPRËT(a-prê; le i se lie; l'apprêt et la recherche, dites : l'a-prê-t et la recherche; au pluriel, l'i se lie ; des apprêts infinis, dites : des a-prê-z infinis) , *. m. il 1° Action d'apprêter, d'arranger. L'apprêt do tout ce qui lui était nécessaire pour son voyage. Sans apprêt et dans toute leur grossièreté, j.j. ruuss. Êm. u. Ou reposer dans des grottes tranquilles, Sur le duvet de la mousse et des (leurs, Lits sans apprêts, véritables asiles Du doux sommeil et des songes flatteurs, malfil. Narcisse, i. || 2° Fig. Affectation dans les manières, le style, le langage. Apprêt dans le style. L'apprêt de ses manières. Un esprit plein d'apprêt. || 3" Préparation des mets. L'apprêt des viandes. Propreté toucha seule aux apprêts du régal, la font. Tabl. ||4*S. ni. plur. Préparatifs. Faire les apprêts de la noce. Faire de votre mort les funestes apprêts, RkC.Phèd. I, 3. D'un voyage important les soins et les apprêts, lu. Mith. il, 6. J'ai pu reprendre haleine; et, sous de faux apprêts.... corn. Rodog. u, 2. Des liens, des bourreaux.... ces apprêts d'infamie, volt. Xancr. H, 7. || 5* L'apprêt, manière d'apprêter les étoffes, les toiles, les cuirs. L'apprêt que l'on donne au drap. || 6° La matière même qui sert à l'apprêt. Toile sans apprêt. || Terme de drapier. Eau gommée qui lustre le drap et le rend plus ferme. || Terme de bonnetier. Sorte do lustre qu'on met dans la marchandise pour la rendre plus belle et pi^s brillante. || Terme de chapelier. Eau bouillie où il y a de la gomme, dont le chapelier se sert pour donner plus de corps et de lustre aux chapeaux. || 7" En termes de peinture, préparation, enduit que l'on étend sur la toile, le bois, la muraille avant de peindre. | j L'art de peindre le verre s'est nommé l'apprêt des couleurs. Vieux en ce sens.
— HIST. xv* s. Eu la fin duquel mois, le dit duc de Bourgogne qui avoit fait grandes apprestes et préparations.... monstr. h, ch. 440. Cecy estoit comme ung appresle des maulx qui depuis advinrentauditduc deBourgongne, comm.iv, 42. || xvi's. Personne n'y avoit pensé, et les apprests des choses y nécessaires n'eussent pas esté faciles à faire. amyot, Lucul. 87. Estans les apprests du Turc si grands et si prochains pour invader la chrestienté,
—ETYM. Voy. apprêter : bourguig. cim.i; ou r pro.
ITG
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fî. APPRÊT (a-prê) ou AI'PRÊS, s. m. Terme de tonneliers. Petit coin de bois qui leur sert à serrer les parties d'un tonneau.
— ÊTYM. À et près.
t APPRÊTA GE (a-prê-ta-j'), *. m. Technologie. Emploi de l'apprêt, en parlant des étoffes.
— êtym. Apprêter.
APPRÊTE (a-prê-f), s. f. || 1° Mouillette. Il vieillit. || 2° Terme de marine (voy. apprêtée).
— êtym. Apprêter.
APPRÊTÉ. ÉE(a-prê-té,tée), part. passé. || 1-Rendu prêt. Armes apprêtées. || 2° Accommodé. Voilà un ragoût bien apprêté. || 3° Cartes apprêtées, arrangées pour tromper au jeu. || 4° Fig. Dépourvu de naturel. Exorde apprêté. Grâces apprêtées.
— HEM. On a dit jadis apprêtédans le sens de prêt. Les oiseaux.... Apprêtés à chanter dans les bois se réveillent, malh. i,4.
— SYN. APPRÊTÉ, COMPOSÉ, AFFECTÉ. Epithètes
qui désignent une certaine recherche dans les manières. Apprêté et affecté impliquent toujours une idée de blâme, laquelle n'est pas inhérente à composé. Un maintien composé est un maintien qu'on se fait, à la vérité, et qui n'est pas celui qu'on a d'habitude, mais qui peut être bienvenu pour la circonstance. Dans le vice de la recherche, apprêté signale particulièrement la raideur, et affecté la mignardise. M. Guizot a dit : « On est principalement apprêté dans le discours, composé dans l'air et la contenance, affecté dans le langage et les manières. La précieuse est apprêtée; la prude, composée; la minaudière, affectée. Le pédantisme est apprêté; l'hypocrisie est composée; la coquetterie est affectée. »
f APPRÊTÉE (a-prê- tée) ou APPRÊTE (a-prê-f), t. f. Terme de marine. Munitions préparées pour le combat.
APPRETER (a-prê-té), v. a.\\ 1" Rendre prêt. Apprêtez ce qu'il me faut. Apprêtez le dtner. Il apprêtait ses armes. Apprêter ses moyens de défense. Entrez et recevez l'honneur qu'on vous apprête, rac. Esth. m, 2. Revêtons-nous d'habillements Conformes àl'horrible fête Que l'impie Aman nousapprête, id. Esth. I, 6. || Fig. (Hommes cruels) qui mettez à profit les misères publiques, qui apprêtez les larmes et l'indigence de votre frère, et qui ne lui tendez la main que pour achever officieusement de le dépouiller, mass. Villars. || 2" Accommoder des mets. Comment le lièvre aura été apprêté. || 3° Fabriquer, façonner, travailler. Apprêter des drogues, des laines, des cuirs. || 4° En termes de jardinage, apprêter ou toucher la figue; c'est toucher l'œil de la figue avec une plume effilée , trempée dans de l'huile d'olive pour hâter la maturité du fruit. || 5* S'apprêter, apprêter à soi-même, s'attirer. Vous vous apprêtez de grands embarras. Je vous connais, je sais tout ce que je m'apprête, rac. Milhr. iv, 4. Je sais trop quels tourments je m'apprête à moi-même, id. ib. h, «. || 6° V. n. Apprêter à manger, faire la cuisine, préparer les mets. || Absolument. Ce cuisinier apprête bien, il prépare, il assaisonne bien lesmets. || 7° Technologie. Donner de l'apprêt, du lustre, de l'apparence, limer. || 8" Apprêter à rire, donner occasion de rire à ses dépens. M'apprêtons point à rire aux hommes, En nous disant nos vérités, mol. Amph. prol. N'apprêtez point à rire à ceux qui vous entendent, id. Critique.
s'apprêter, v. re'/l. || 1" Se préparer, se mettre en état de faire une chose. Il s'apprêtait à partir. À suivre ce grand chef, l'un et l'autre s'apprête, boil. Lutr. n. Bientôt il s'apprête À mériter son trône en marchant à leur tête, volt. Henr. i. Après ce rare exploit, je veux que l'on s'apprête X me peindre en héros.... mol. l'Étour. Il, 44. Ce grand pouvoir lui pèse, il s'apprête à le rendre, corn. Sertor. ni, 4. Laonice, vois-tu que le peuple s'apprête Au pompeux appareil de cette grande fête? id. Rodog. il, 2. Dieu s'apprête à te joindre à la race parjure, rac. Athal. m, 5. X combien de chagrins il faut que je m'apprête? id. Brit. a, 2. || 2° Être préparé. Le temple où leur hymen s'apprête. Un orage s'apprête.
— syn. apprêter, préparer, disposer. 11 y a dans le mot apprêter, une idée d'industrie et de recherche ; dans le mot préparer, une idée de prévoyance et de diligence; dans le mot disposer, une idée d'intelligence etd'ordre, guizot.
— H1ST. xi* s. Ses granz dromonds il a fait aprester, Ch. de Roi. clxxxv. || xii« s. Des douze pers i ot setaprestez, Roncisv. p. 53. Pour bien feririloques pi] s'apresta, ib. p. 80. [Il] Met soi es rans, de ferir aprestez, ib. p. 1 43. L'apostole s'apreste pour la messe chanter, Sax. xin. [Soyez] Aprestéd'ostoyer, chascuns selon sa guise, ib. xxiii. [Que chaque baron
aille] Pour aprester ses homes, son cors et son afaire, ib. xxxi. Li malices qui dune ert aprestez, Th. le mart. 43. Li Philistien apresterent ireiscunreis pur curre par la terre, Rois, 44. || xni" s. Plus tost qu'il onques purent, font leur vivre aprester, Berte, LU. Et je irai la chose tout à point aprester, ib. xvii. Et il i sont venu, de l'aler apresté [disposé» à marcher], t'ô.cxxv. Et litrahislres mande àl'cmpereour que il estaprestés de jurer sor sains que jamais ne sera contraires à lui, H. de val. xxxvm. Pardurable maleîçons leur estaprestée , Psautier, f° 146. Ciaus ou celui por qui il portent la garentie deivent aveir un home apresté qui die por eaus [eux] leur parole, As*, de Jér. 424. ||xrv*s. Si fut commandé et ordené que chascun se aprestast, bercheure, 1* 37. recto. || xv" s. En me disant : Tu dors trop longuement; Esveille toy, et aprestes briefment, ch. b'orl. (0. |j xvi* s. Apprester à rire à ses compaignons, mont, i, 49. Philosopher, c'est s'aprester àmourir, id. i, 68. Ils les cuisent et apprestent à iliverses saulces, id. I, 106. Il ne se counoucea jamais pour chose qu'il [son serviteur] luy eust apprestée à son disner, amyot, Coton, 3.
— ÊTYM. Bourguig. aiprùtai; provenç. et espagn. aprestar; ital. apprestare; de à et prêt , adj.
APPRËTECR (a-prê- teur), s. m. Terme d'arts. Celui qui donne l'apprêt, qui fait les préparations. || Celui qui sait peindre le verre. Vieux en ce sens.
— ÊTYM. Apprêter.
f APPRÊT01R (a-prê-toir), *. m. Selle de bois à l'usage du potier d'étain.
f APPRIMÉ, EE(a-pri-mé, mée), adj. En botanique, poils apprîmes, poils couchés et appliqués sur l'organe qui les porte.
— ÊTYM. Apprimere, de ad, à, et premere, presser.
APPRIS, SE (a-pri, pri-z'), part, passé du verbe apprendre. || 1* Qu'on a étudié et retenu. Leçon apprise par cœur. j| 2" Dont on est informé. Nouvelle apprise. || 3" Instruit. Xtoi, qui dès jeunesse, appris en soc école, Régnier, Sat. vi. Dès l'enfance appris à cela [mendier], p. L. cour, i, 311. || 4* Familièrement. Homme mal appris, homme sans éducation, sans usage. Les enfants indociles ou mal appris, boss. Hist. n, 2. Ou soit belle ou soit laide, ou sage, ou mal apprise, Régnier, Sat. vu. Allez, langue maudite, et des plus mal apprises, mol. Éc. des mar. i, 3. Et que l'audace est mal apprise De ceux qui.... malh. vi, 4 7. || Dans un sens opposé , bien appris. Et fait.... Son compliment comme homme bien appris, la font. Orais. || Substantivement. C'est un mal appris.
f APPRISE (a-pri-z'), s. f. Ancien terme de palais. Une sommaire apprise était l'estimation d'un fonds, pour en connaître l'état et la valeur.
— hist. xiii* s. Et li juge, de son office, doit apenre du cas qui li est denonciés; et s'il trueve le cas parl'aprise.... beaum. xxi, 4 7. Le [la] différence qui est entre aprise et enqueste esttelequeenqueste porte fin de querele, et aprise n'en porte point, id.