‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 118 sur 403 · ARE · texte numérisé non relu

ARE

ses comme la chape de son dos, chateaub. Génie, i, v, e.

t ARDOISER (ar-doi-zé), c. o. || t* Couvrir d'ardoises. || 2° Donner la couleur de l'ardoise.

fARDOISEUX, EUSE (ar-doi-zeû, zeû-z'), adj. Qui est de la nature de l'ardoise.

t ARDOISIER (ar-doi-sié), ». m. Celui qui exploita une ardoisière, celui qui y travaille.

t ARDOISIER, 1ÈRE (ar-doi-zié, ziê-r"), adj. Terme de minéralogie. Quia de la tendance à se partager en feuillets comme l'ardoise.

ARDOISIERE (ar-doi-ziê-r'),'s. f. Carrière d'ardoises.

— hist. xvr* s. Après avoir campé la nuict aux ardoisières, d'aub. 7/ist. n, 448. Aians rempli les vignes et les ardoizieres de leur infanterie, id. t'6.

ARDRE, v. a. Voy. arder.

— REM. Ardre est une forme irrégulière comme si le latin était ardere; la forme régulière est ardoir de ardere; la conjugaison en est régulièrement, dans l'ancien français, je ards, tu ards, il ard, répondant à l'accentuation latine dans ardeo, ardes, ardet, comme il appert de apparoir. Le participe ars est le latin arsus.

t ARDS ou ARS, ARSE (ar, ar-s'), part, passé d'ardoir. Soit Anne Dubourg, soit tous ceux qui furent ards sous Philippe II, volt. Jenni, 2. Quant à cet amas de sornettes, Par vostre main ars il sera, chaulieu, A la duch. du Maine. |j Tombé en désuétude comme le verbe.

ARDU.UE (ar-du,due),ad7. || l"Aupropre, de difficile accès. Montagne ardue. || 2° Plus ordinairement au figuré. Matière ardue. C'est une des plus ardues questions que j'aie ouï faire, voit. Lett. 66. Esprits versés dans cette science ardue du pour et du contre, volt. Jenni, 8.

— ÉTYM. Arduus; grec, ôpSirv, adverbe signifiant en haut; celtique, ard, élevé.

t ARDUITÉ (ar-dui-té), s. f. Qualité de ce qui est ardu.

— REM. On a essayé aussi de faire arduosité. Ceux qui croiraient l'esprit de la nation française incompatible avec les arduusités de la plus subtile dialectique, auraient contre eux l'histoire de la philosophie pendant les cinq siècles qui suivirent le dixième, villers, iront, p. (3t. Un substantif de ordu serait certainement utile. De ces deux, arduilé et orduosité. le premier est incontestablement préférable, formé d'ordu, comme continuité de continu, et ayant été employé au xvr* siècle, tandis que arduosité suppose un adjectif ardueux, qui n'existe pas.

— HIST. xvi* s. L'empereur ayant considéré l'arduité de son entreprise dès son arrivée en France,

— ÉTYM. Ardu.

ARE (a-r"), *. m. Mesure agraire de superficie qui vaut cent mètres carrés.

— ÊTYM. Area, superficie (voy. aire).

AREC (a-rèk) , s. m. Terme de botanique. Genre de plantes de la famille des palmiers, dont une espèce, nommée par Linné Vareca catechu (quoiqu'elle ne produise pas le cachou), fournit une amande semblable à la noix muscade employée dans la composition du bétel, et une autre espèce donne le chou palmiste.

f AREPACTION (a-ré-fa-ksion) , s. f. Dessiccation qu'on fait subir aux médicaments qu'on veut réduire en poudre.

— ÊTYM. Arefactio, de arere, être sec (voy.ARiDE), et facere, faire.

{ AREIGNOL (a-rè-gnol) , s. m. Terme de pêche. Sorte de filet.

fARÉNACÉ, ÉE (a-ré-na-sé, sée), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui a la forme ou les propriétés du sable.

— ÊTYM. Arenaceus, de arena (voy. arène).

t ARÉNA1RE (a-ré-nê-r'). || 1° Adj. Terme de botanique. Qui croit dans les terrains sablonneux. || 2° S. m. Titre d'un ouvrage d'Archimède.

— ÉTYM. Arenarius (voy. arène).

f ARÊNATION (a-ré-na-sion) , s. f. Terme de médecine. Opération qui consiste à couvrir de sabW chaud une partie du corps ou tout le corps d'un malade. L'arénation n'est guère employée aujourd'hui que pour entretenir la chaleur d'un membre dont on a lié l'artère principale.

— êtym. Arenatio, à'arena (voy. arène).

ARÈNE (a-rê-n'), t. f. || i* Sable, gravier. Les

brûlantes arènes de la Libye. [En Egypte] Des nopals épineux couvrent une petite partie de l'arène sans ^ bornes, chateaub. Jfart. 366. J'aime mieux un ruis- > qui , sur la molle aièue, Eu un pré plein de

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fleurs lentement se promène , boil. Art p. i. || 2° Dans un amphithéâtre, la partie sablée pour les jeux et les combats. Je le poussai avec tant de violence, que ses reins plièrent; il tomba sur l'arène et m'entraîna sur lui, pén. Tél. v. On ne descendit plus sur l'arène pour se former, mais pour se corrompre, montkso. Espr. vhi, <t. Le jeune inconnu, touché du péril d'un si brave prince, se jette dans l'arène, plus prompt que l'éclair, volt. Pr. de Babyl. I. || Descendre dans l'arène, accepter un défi; et, au figuré, s'engager dans une dispute, dans une controverse. || Fig. Notre pays fut l'arène do la guerre civile. Si l'État désorganisé ne présente aux Français que l'arène famélique et sanglante de l'anarchie.... Mirabeau, Collection, t u, p. <58. De quel droit viens-tu dans l'arène Juger sans avoir combattu? v. huoo, Odes, i, t. Qu'ils inondent nos bords, qu'ils changent cette terre En une arène ouverte où renaisse la guerre, c. delav. Paria, v, 2. || 3" Espèce de sable argileux ayant la propriété de former, par son mélange avec la chaux grasse, un mortier hydraulique. ||4°S. f. p'wr. Anciens amphithéâtres romains. Les arènes de Nîmes, d'Arles. Je m'ennuie au forum; je m'ennuie aux arènes, v. hugo, Odes, iv, 8.

— iust. xii* s. Et [ils ont] les murs crevantes de fortaraine bise, Sax. xxm. || xm* s. Lors s'en viegnent par une araine, lien. 19742. Chascuns est en aniaus et en buies là mis, Chascun jor portent pierre aus murs d'araine bis, Et traient aus carues [charrues] tote jor com roncis, Ch. d'Ànt. i, 670. || xiv's. Par chacun jour les araynes et gravois se accumulent au lieu où est le cours de l'eaue, du cange, arena. || xvi* s. Ils se pourmenoyent sus le théâtre aux arènes [à Arles], mont, i, 49. Arène mouvante, id. I, 232. Une mer infinie d'arènes désertes, amyot, Crass. 42. Une petite arène ou pierre, paré, xv, 35. Le patient jette avec l'urine des arènes rouges ou jaunastres, in. xv, 38.

— étym. Arena, sable; provenc. espagn. et ital. arena.

f ARÉNER (a-ré-né), v. n. Baisser; s'affaisser par trop de pesanteur. Ce plancher est aréné. On dit aussi s'aréner.

ARÉNEUX, EUSE (a-ré-neû, neù-z'), adj. Couvert de sable. Plages aréneuses. || Vieux.

— IUST. xvi' s. Aultres aroyent le rivaige areneux, et ne perdoyent leur semence, bab. Pant.

— ÉTYM. Arenosus (voy. arène).

t ARÉNICOLE (a-ré-ni-ko-V), adj. Terme d'histoire naturelle. Qui vit dans les endroits sablonneux.

— étym. Arena, sable, et colère, habiter.

t ARÉNIFÈRE (a-ré-ni-fê-r'), adj. Terme didactique. Qui contient du sable.

— ÉTYM. Arena, sable, et ferre, porter.

t ARÉNIFORME (a-ré-ni-for-m'), adj. Semblable au sable.

— ÉTYM. Arène et forme.

t ARÉNULEUX, EUSE (a-ré-nu-leû, leû-z'), adj. Terme didactique. Plein de menu sable; semblable à du menu sable.

— HIST. xvi* s. Si on lave le sang des ladres, on le trouvera arenuleux, paré, xxii, io.

— étym. Arenula, petit grain de sable, diminutif à'arena.

t ARÉOLAIRE (a-ré-o-lê-r*), adj. Terme didactique. Qui est rempli d'aréoles.

t ARÉOLATION (a-ré-o-la-sion), *. f. Terme didactique. Disposition en aréoles.

ARÉOLE (a-ré-o-1'), s. f. Petite aire. ||Enanatomie, les petits espaces que les faisceaux de fibres, les lamelles ou les vaisseaux, dans certains tissus et dans quelques organes, laissent entre eux. || Cercle coloré qui entoure le mamelon de la femme. || Cercle qui se forme autour des boutons de la petite vérole, de la vaccine, etc. || Aréole inflammatoire, cercle plus ou moins étendu qui entoure le point enflammé. || En physique, cercle irisé qui entoure la lune.

— étym. Areola, diminutif de area (voy. aire).

t ARÉOLE, ÉE (a-ré-o-lé, lée), adj*. Terme didactique. Qui offre des aréoles.

ARÉOMÈTRE (a-ré-o-mè-tr'), s. m. Instrument qui sert à déterminer la pesanteur relative des liquides ; pèse-liqueur.

— ÉTYM. 'Açaioç, ténu, et (isxfov, mesure (voy. mètre) : mesure des choses ténues, liquides.

t AREOMÉTRIQEE(a-ré-o-mé-tri-k'), adj. Terme do physique. Qui se rapporte à l'aréomètre.

AREOPAGE (a-ré-o-pa-j'), t. m. ||1* Tribunal

d'Athènes qui siégeait dans un lieu consacré à Mars. || 2* Par extension, assemblée de sages, de savants, de magistrats, etc. Ce sage Que pleure des Français l'auguste aréopage [la cour de cassation], crouzet, Sur la mort de Tronchel. C'est à vous de donner le prix, Vous êtes mon aréopage, volt. Trois manières.

— ÉTYM. 'Apei67taYo;, de ôpeio?, martial, de "Apïi;, Mars, et de ihxy&;, colline; la colline de Mars, qui donna son nom au tribunal.

ARÉOPAGITE (a-ré-o-pa-ji-f), s. m. Membre de l'aréopage.

— ÉTYM. 'ApEioTtaY'Triç (voy. ARÉOPAGE).

f ARÉOPAGITIQUE (a-ré-o-pa-ji-ti-k'), adj. Qui se rapporte à l'aréopage.

ARÉOSTYLE (a-ré-o-sti-1') , s. m. Terme d'antiquité. Les architectes grecs, établissant que l'intervalle entre les colonnes devait être une fois et demie, ou deux fois, ou deux fois et un quart, ou trois fois égale au diamètre de la colonne, donnaient le nom d'aréostyle à un édifice dont les colonnes étaient à une plus grande distance les unes des autres.

— ÉTYM. 'Apoi6<rruAo; , de àpaiôç, qui n'est pas serré (voy. aréomètre), et de arjXo;, colonne (voy. style).

ARÉOTECTONIQUE (a-ré-o-tè-kto-ni-k') , *. f. Terme de génie militaire, art qui concerne l'attaque et la défense des places fortes.

— ÉTYM. 'Apïiç, "Apeo?, Mars, et téxtuv, constructeur (pour véxvwv, voy. architecte).

f ARER (a-ré) , v. n. Terme de marine. Se dit de l'ancre d'un vaisseau, lorsque, le fond étant mauvais, elle n'y tient point et laboure en quelque sorte la terre.

— étym. Arare, labourer (voy. araire).

ARÊTE (a-rê-f), *. f.\\l' Parties osseuses qui

composent le squelette des poissons. || 2" En botanique, arête, le filet grêle, sec et plus ou moins roide, qui naît des paillettes florales des graminées. || 3° En architecture, angle saillant formé par deux faces. || L'arête d'une voûte, l'angle qu'elle forme avec un mur ou avec une autre voûte. || 4* En charpente, poutre à vive arête, poutre bien équarrie. || 5* En géométrie, la ligne d'intersection des deux plans qui forment un angle dièdre. || En géographie, ligne courbe ou brisée séparant ordinairement les deux versants principaux d'une chaîne de montagnes. || En géologie, ligne formée par la réunion de deux surfaces inclinées l'une sur l'autre. || 6' En termes d'art militaire, arête de glacis, la rencontre des parties qui forment les saillants d'un chemin couvert. || 7° Angle continué de quelque corps, comme l'élévation angulaire qui règne au long d'une lame d'épée, et le fil qui est élevé sur le manche d'une cuillère. H Arête d'une baïonnette, carre d'une lama de baïonnette. || 8° Technologie. Extrémité d'un chapeau, où l'on coud le bord. || Extrémité du bordd'un plat ou d'une assiette, du côté du fond. || Bord de l'enclume. || Angle de toutes les faces qu'un diamant peut recevoir. || 9' Arête ou queue de rat, espèce de croûte écailleuse, plus ou moins dure, comme cornée, que l'on trouve quelquefois le long du tendon de la jambe du cheval, et qui fait tomber le poil ou l'empêche de revenir en cet endroit.

— HIST. xm* s. Une partie de cel courtil, si comme il se porte de l'areste dou murjusques à une bonde, du cange, aresta. Si vos di que si esperon Furent d'arestes de poisson, Fabli. édit. barbaz. t. iv, p. 89. || xiv* s. Quant les choulx sont trop mengiés de chenilles, qu'il n'y a point de fueille fors les arrestes.... iiénagier, i, 2. ||xvi* s. Aucuns fromens sont barbus, c'est à dire aians des arrestes en leurs espis, et les autres raz, n'en aians aucuns,

— ÉTYM.Wallon, arièse, riess; namurois, èrèse; provenç. arista, épi et arête; portug. aresta; ital. resta; du latin arista. Ce mot signifie proprement épi; puis, par une analogie qui se conçoit, il a pris la signification d'arête; on le trouve avec ce sens dans Ausone, llosella. De perça.

ARÊTIER (a-rê-tié), s. m. || 1* En charpente, les arêtiers sont des pièces de bois qui partent des angles d'un édifice, pour donner au toit la forme d'un pavillon. || 2° Arêtierde plomb, nappe de plomb qui couvre les angles saillants et de réunion sur la hauteur des pans de comble. || 3* Partie de pavé de forme triangulaire au droit d'un avant-corps, ayant un ruisseau de chaque côté. || Le pavé qui se trouve à la rencontre des deux ruisseaux.

— hist. xvi* s. Sera tenu le dit fermier bailler et livrer pour les maisons et édifices de la dite église, arestiers et venneaulx, du cange, aresta.

— ÉTYM. Arête.

t ARÊTIÈRE (a-rê-tiè-r'), s. f. Terme d'architeo ture. Supplément de mortier ou de plâtre qui sert, au lieu de tuile, à couvrir la partie où sont Ici arêtiers.

t ARGALI (ar-ga-li), s. m. Terme de zoologie. L'un des noms du mouflon.

ARGANEAU (ar-ga-nô), s. m. Voy. organeau.

— étym. Bas-latin, argana, espèce de corbeille, arganella, espèce de machine de guerre, arganum. espèce de grue pourlever les fardeaux, arganum, toute espèce d'engin, argata, gros anneau. Tous ces mots dérivent, par corruption, du mot grec ôpvïvov, instrument (voy. organeau).

t ARGÉMON (ar-jé-mon), s. ». Terme de médecine. Ulcère de la cornée arrondi et superficiel.

— ÉTYM. *ApyE[iov, de àpyoîi blanc.

ARGÉMONE (ar-jé-mo-n'), s. f. Terme de botanique. Pavot épineux, plante armée d'épines et ressemblant au pavot [argemone mexicana, L.).

— étym. 'Apf6(i.wvY), sorte de pavot, ainsi dénommée parce qu'on la croyait utile contre l'argémon.

ARGENT (ar-jan), *. m. || 1* Métal précieux de couleurblanche. Argent en lingot. Argent travaillé. Argent monnayé. Blanc comme l'argent. || Argent vierge ou natif, argent à l'état pur. || 2* Monnaie faite de ce métal. Voulez-vous être payé en or, en argent, ou en billets de banque? Argent blanc se dit dans le même sens. Le comte d'Evreux encourut l'indignation des valets de la chambre : il paya en argent blanc; ils s'offensèrent; ils dirent qu'ils ne recevaient qu'en or, st-sim. (90, 38.||3" Toute espèce de valeur en argent, en cuivre, en or ou en papier. Ils portaient de l'argent sur eux. Tu feras tenir à mon fils tout l'argent que tu jugeras à propos. Payer argent comptant. Vendre pour faire de l'argent. Avoir de l'argent, être en argent. Embarras ou manque d'argent. 11 avait toute sa fortune en argent. Affaire ou discussion d'argent. Donner une forte somme d'argent. Prêter de l'argent. Acquérir à prix d'argent. Pour gagner de l'argent. Amour de l'argent. On y fait des amis, mais peu d'argent en bourse, bégnier, Sat. xm. Cet homme dont l'argent se rouille presque dans les coffres où il va croissant en se multipliant par les usures, fléch. Serm. n, 79. Delphes a pu vous faire une fausse réponse, L'argent peut inspirer la voix qui les prononce [les oracles], corn. Œdipe, m, 5. || Il a beaucoup d'argent, il a de la fortune. || L'argent du jeu, argent gagné ou consacré au jeu. || Argent mignon, celui qu'on destine à des achats ou à des dépenses de fantaisie. || Avoir de l'argent frais, se dit de l'argent qu'on, vient de gagner ou de recevoir. || Argent courant, espèces ayant cours. || Argent mort, argent qui dort, argent qui ne rapporte point d'intérêts. || Familièrement. Pour son argent; il en veut pour son argent; c'est-à-dire, puisqu'il a fait une dépense, puisqu'il a pris une peine, il veut en être récompensé. Je me veux réjouir pour mon argent, sêv. 404. || Faire argent de tout, utiliser tout. 11 ne vous fallait [Mazarin] que des trafiquants qui vou3 fissent argent de tout, fén. xtx, 420. Hél quel expédient trouver? Nousavonsfaitargent de tout ; les revenus sont touchés d'avance, regnard, Retour impr. se. 4. || Payer argent sec, argent bas, argent surtable; c'est-à-dire, payer argent comptant. || Fig. Prendre quelque chose pour argent comptant, pour bon argent; croire trop légèrement à une chose. Le stratagème Que le mari prit pour argent comptant, la font. Berc. Tu prends pourde bon argent ce que je viens de dire, mol. Fest.v, 2. || Fig. Aller bon jeu, bon aigent; c'est-à-dire, agir franchement, de bonnefoi, sans arrière-pensée. Jouer bonjeu, bonargent; jouer avec la condition de payer sur-le-champ. || Mettre argent sous corde , jouer argent comptant, locution tirée du jeu de paume , l'enjeu sedéposant sous la corde qui sépare les deux parties du jeu. || Point d'argent, point de Suisse ; rien pour rien. Point d'argent , point de suisse; et ma porte était close, rac. Plaid, i, «, Cette locution vient des troupes suisses que les gouvernements étrangers obtenaient à prix d'argent. || Avoir le drap et l'argent, garder la marchandise et le prix, locution tirée de la farce de Patelin. || Mettre de bon argent contre du mauvais, faire des avances, des frais dans une affaire qui ne promet guère de profit. || C'est de l'argent en barre, se dit d'une marchandise d'un débit prompt et facile. || Un bourreau d'argent, homme prodigue et dépensier. || Je ne sais de quelle couleur est son argent, je n'ai jamais reçu d'argent de lui. || L'argent est court chez lui, sa bourse est vide. Tu diras qu'aux coffres du roi L'argent est court, comme chez moi, boisrobert, t. i, Ep. (2.||11 est chargé d'argent

ARG

comme un crapaud de plumes; c'est-à-dire, il n'a pas le sou. || 4° D'argent, de couleur blanche. La lune jetaitun voile d'argent sur la campagne. Le temps, qui toujours marche, avait pendant deux nuits Echancré selon l'ordinaire De l'astre au front d'argent la face circulaire, la font. Fabl. xi, 6. || Adjectivement. Les arcades Étaient ornées de cinq cents girandoles vertes et argent, volt. Louis XIV, a. || En cet emploi argent est invariable. || 6* En chimie, argent vif ou vif-argent. Le mercure était autrefois appelé ainsi à cause de sa ressemblance avecl'argent, et de la vie que sa fluidité semble lui donner. || Argent corné ou lune cornée d'argent, chlorure d'argent, qui, chauffé, se fond, et par refroidissement se prend en masse cornée. Dans l'ancienne chimie l'argent so nommait lune. || Argent fulminant ou ammonium d'argent, produit qui a la propriété de faire explosion au moindre frottement. || 6* En termes de blason , un des métaux employés dans les armoiries; il est représenté par de l'argent ou simplement par du blanc. Cette maison porte d'argent au lion de sable. || Proverbes. Argent comptant porte médecine; c'est-à-dire avec l'argent comptant on lève bien des difficultés. ||Il en dit bien d'autres dont il ne prend point d'argent; c'est-à-dire il dit bien des choses avec peu de fondement. || Qui a de l'argent a des pirouettes; c'est-à-dire quiconque estricheatoutce qu'il désire. || Argent fait perdre les gens; c'est-à-dire il est la cause de mauvaises actions. || Argent faitrage, amour, mariage ;c'est-à-dire argent fait tout. |j Le terme vaut l'argent ; c'est-à-dire avoirdu temps pourpayeréquivautàavoirde l'argent.

— HtST. x' s. Ne por or, ned argent, ne paramenz [parures] , Eulalie. || xr* s. E il avérât demi marc en argent vailant, Lois de Guill. 18. D'or et d'argent quatre cenz muls chargez, Ch. de Itol. m.

|| xm* s. Je ne pris [prise] riens ne beauté ne jouvent, Or ne argent ne chose que je voie, Anonyme, dans Coud. Chevaus, or et argent leur fist on présenter. Berte, ni. Nus des mestres ne des ouvriers du mestier dessus dit ne puent ne ne doivent jouer aux dez à argent sec, Liv. des met. 361. || xiv* s. 11 superhabundent en despendant l'argent eu choses où il n'appartient, oresme, Elh. 413. A raençon est pris qui disoit ; j'ai argent; Car li poures tous dis fine mauvaisement, Guescl. 2)24). Mauvais est li argens, c'est legier à prouver, Qui ne poet au besoing son maistre rachater, Baud. deSeb. vm,604. || xv* s. [Les flatteurs des rois] En décevant pour leur argent attraire, Leur consentent ordure et lascheté, e. desch. Ce qui est nécessaire aux rois. Et quiconque la barguignoit, il avoit aussi bien à créance qu'à argent sec [comptant], louis xi, ffouv. xci. || xvi* s. Il fit argent de tout pour la rédemption et nourriture des poures, calv. Instit. 802. Il appauvrit et espuisa la ville de Rome d'or et «l'argent, amyot, Sylla et Lysand. 6. Quand on leur demandoit un si grand argent, ilz se courroussoient et se mutinoient, id. Anton. 76. Il y eut un de ses amis qui luy demanda de l'argent : il commanda tout aussi tost à son argentier qu'il luy en baillast, m. Alex. 83. Il est serf de l'argent [il est avare, avide]. H. est. Précell. p. 76.

— ÉTYM. Picard, ergeint; génev. ergent; provenç. trgent; ital. argento; de argentum; osque, aragetud, à l'ablatif; grec, âpYvpo;; zend , ériïafa. Burrtouf pense que ces mots supposent un radical arj, signifiant blanc et se trouvant aussi dans le sanscrit, arjuna, qui a le sens de blanc, et dans le grec àoyoç, blanc.

ARGENTÉ, ÉE(ar-jen-té,tée), pari. p<md.|| 1° Revêtu d'une couche d'argent. Bouton argenté. || 2° Blanc comme l'argent. Le plumage argenté des cygnes. Je n'ai ni lourd bâton ni lance redoutée, Point de longs cheveux noirs ni de barbe argentée, v. hcgo, Bail. 2. Ainsi que l'araignée entre deux chênes verts Jette sn fil argenté qui flotte dans les airs, id. F. d'automne, 20. L'émail des gazons frais, les ruisseaux argentés, st-lambert, Saisons, printemps.

ARGENTER (ar-jan-té),r. a. \\ i°Couvrir de feuilles d'argent ou d'une couche d'argent. Argenter un vase. Je suis un sou de bon aloi, Mais en secret argentez-moi, Et me voilà fausse monnaie, iiérang. Befus. Il 2° Donner l'aspect, l'éclat de l'argent. .... sur son char, Diane, ouvrant les cieux, Argenté mollement les flots silencieux, LEBRUNdans oiraultduvivier. Ce grand front chauve et cette barbe épaisse Que tous les jours argenté la vieillesse , malfil. Narcisse, m.

— HIST. xiii* s. Pennes de colomb seur-argentées vous aparront, ce est la biautez des anges, Psautier, f" 78. Et que nus orfèvres ne face ou-

ARG

vrage de keuvre [cuivre] ki soit dorés ne argentés, se ce n'est ouvrage d'église, taili.iar , Recueil, p. 24). || xvi* s. Le roy auré estoit sus le carreau blanc; le roy argenté sus le carreau jaulne, rab. l'ant. v, 24. Une barbelette argentée, dubell. vu, 39, verso. [Le corbeau] Estoit jadis si blanc et argenté Qu'égal estoit aux colombelles coyes, marot, t. iv, p. 84. Hz avoient les pouppes de leurs galères toutes dorées, les rames argentées, amyot, Pomp. 3«. Ces dents, ainçois deux rempars argentez, rons. 74. Et lors que vos cheveux deviendront argentez, m. 301.

— ÉTYM. Argent; provenç. argentar.

ARGENTERIE (ar-jan-te-rie), s. f. || i" Vaisselle

et autres ustensiles d'argent. || 2" Tous les vases d'argent qui servent aux cérémonies du culte. || 3° Anciennement, fonds qui se faisait tous les ans pour certaines dépenses extraordinaires chez le roi. Trésorier et contrôleur de l'argenterie.

— ÉTYM. Argent; provenç. argentaria.

ARGENTEUR (ar-jan-teur) , s. m. Ouvrier qui

argenté.

— HIST. xm* s. Nus seliers ne puet faire marchié à argenteur du chief de euvre couvrir, Liv. des met. 210.

— ÉTYM. Argenter.

ARC.ENTEUX, EUSE (ar-jan-teû, teû-z'), adj. Qui a beaucoup d'argent. || Populaire.

— HIST. xvi" s. Quand du Roy Franc servant fidèle estoit, Et gênerai des argenteuses sommes, marot, m, 307. Encore que tous les jours il ne feist autre chose que confisquer et soubhaster les plus riches maisons et plus argenteuses qui fussent en laville, amyot, Sylla et Lysand. 6. Une argenteuse rive,

— ÉTYM. Argentosus, à'argentum, argent (voy.

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