‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 119 sur 403 · ARGENT · texte numérisé non relu

ARGENT

ARGENTIER (ar-jan-tié) , s. m. || i° Celui qui était préposé à la distribution de certains fonds chez les princes. Lefèvre était argentier de la maison du roi, st-sim. 474. 72. 'X mon retour chez moi, je trouvai l'argentier de la reine, retz, ii, 75. Philippe III anoblit Raoult son argentier, volt. Mœurs, 58. || 2" Anciennement, en France, le surintendant ou ministre des finances.

— HIST. xvi' s. Orfèvres, argentiers, receveurs, amyot, Crassus, 3.

— ÉTYM. Provenç. argentier; à'argentarius, A'argentum (voy. argent).

t ARGENTIFÈRE (ar-jan-ti-fê-r1), adj. Qui contient de l'argent. Veine de plomb argentifère.

— ÉTYM. Argentum, argent, et ferre, porter. ARGENTIN, INE (ar-jan-tin, tUn'), adj. || 1° Qui

résonne comme l'argent. Son argentin. Les cloches, dans les airs, de leurs voix argentines, Appelaient à grand bruit les chantres à matines, Bon.. Lutr. iv. N'ai-je pas entendu la clochette argsntine De la chèvre errant au hasard? millev. Élégies, liv. i. Les habitants nombreux des célestes vallons Font mollement jouer sous leurs doigts vagabonds Ou la flûte argentine ou la harpe éclatante, gilb. Mort d'Abel, vin. || 2° Qui a l'éclat de l'argent. Couleur argentine. || 3° En termes de peinture, ton argentin, effet de couleur qui imite le blanc de l'argent.

— HIST. xrv's. Veoiscestaultre à pomma argentine Mieulx odorante qu'aube-espine. Trait d'Alch. 883. || xvi' s. Les fons du temple estoit une fontaine, Où decouroit un ruisseau argentin, marot, i, 182. Mais toujours je te lou'ray Pour claire, pour argentine, Pour nette, pour crystalline, rons. 653. Sous le crystal d'une argentine rive , Au mois d'avril une perle je vy. Sa rondeur fut d'une blancheur nayve , Et ses rayons tresluisoyent à l'envy, ib. 60. Je voy les ondes encor De ces tresses blondelettes, Qui se crespent dessous l'or Des argentines perlettes, nu bellay, vil, 16, recfo. L'une après l'autre ont fait plus d'une fois Hault rechanter tout le courbé rivage Sous l'argentin de leurs célestes voix, id. m, 4, verso. L'argentin de ces ruisseaux Qui paisiblement murmurent, id. vn, 48, verso. Couvert d'un poil gris argentin, Ras et poly comme satin, id. vu, 3«, verso.

— ÉTYM. Argent. Chapelle, qui entendit lire par Boileau les vers du Lutrin cités plus haut, lui dit : «Je ne te passerai pas argentines; ce mot n'est pas français. » Le mot est très-français, comme on voit, et il aurait été fâcheux que le prétendu purisme de Chapelle prévalût.

ARGENTINE (ar-jan-ti-n'), s./-. || l°PIantede la famille des rosacées, qui a le dessous des feuilles d'un blanc luisant et comme argenté. C'est la potentille ansêrine. ||2" En minéralogie, spath schisteux, variété de carbonate de chaux.

ARG

— HIST. xvi« s. Argentine, les feuilles de cette herbe sont comme argentées à leurs renvers, d'où est venu le nom de la plante, o. de serres, 607,

— ÉTYM. Argentin.

f ARGENTON (ar-jan-ton), s. m. Alliage de cuivre, de nickel etd'étain.

ARGENTURE (ar-jan-tu-r') , t. f. ||1° Couche d'argent appliquée sur la superficie de quelques objets. || 2' Art de l'argenteur.

ARGILE (ar-ji-1'), s. f. || 1* Terre blanchâtre, douce au toucher, composée principalement de silice et d'alumine. On l'appelle communément glaise. Comme cet ancien philosophe ne permettait d'aller prendre de l'eau chez son voisin qu'après avoir fouillé sa terre jusqu'à l'argile, un esprit ne doit s'adonner à expliquer les autres que lorsqu'il se reconnaît incapable de produire quelque chose de luimême, godea-j, Discours sur Malherbe. || Poterie d'argile. Aux regards des héros le rivage est tranquille; Ils descendent : Hylas prend un vase d'argile, a. chénier, 65. Et l'argile et le bois se briser comme verre, rotr. St Gen. m, 6. || 2° Fig. Les parties matérielles du corps. Tous les hommes sont faits de la même argile. Que de créateurs d'idoles et de magots I que de gens adorent l'argile qu'ils ont pétrie ! bufp. Nature des anim. || 3* En termes de géologie, argile inflammable, roche composée d'argile ordinaire mélangée d'environ un tiers de bitume gris. || Argile de Kimmeridge, dépôt marneux le plus récent de l'étage oolithique. || Argile d'Oxford, grand dépôt de matières argileuses et arénacées appartenant à l'étage oolithique et placé immédiateau-dessous du calcaire à coraux.

— REM. 1. Voltaire a faitargile masculin, ce qui est une faute. L'argile par mes mains autrefois façonné A produit sur mon front l'or qui m'a couronné, Agathocle, v, 3. || 2. Quelques-uns écrivent argille (c'est une orthographe ancienne) et mouillent les II (c'est une prononciation condamnée par le bon usage).

— HIST. xiii* s. En l'ardille s'est touilliez, Tant que il estoit toz soilliez, Ren. 3957. || xvi* s. Les Latins et les François abusent du terme, en appellant la terre d'argile terre grasse, palissy, 344. Les vaisseaux premiers faits furent formez, comme auouns disent en Argis, et depuis tous les autres qui sont formez, on les appelle vaisseaux de terre d'argile, id. 350. L'enfleure sous la selle se résoudra, appliquant dessus, comme mortier, de l'ardille, qui est une terre forte, destrempée avec vinaigre, o. de serres, 983.

— ÉTYM. Berry, ardille; wallon, aniie; namurois, aurzêe; champ, arzile; provenç. argila; espagn. arcila; ital. argilla; du latin argilla; grec, âgyiWoi, deàpvèi;, blanc; mot à mot, la terre blanche (comp. argent).

ARGILEUX (ar-gi-leù , leû-z'), adj. Qui tient de l'argile. Couche argileuse. Non-seulement les terres noires et fertiles, mais les argileuses et les graveleuses récompensent l'homme de ses peines, fén. Exist. il.

— REM. Quelques-uns écrivent argilleux et mouillent les II ; ce qui est contre l'usage.

— HIST. xn* s. Si's [si les] getad en la champaigne del flum Jurdan e en terre argilluse, Rois, 257. || xiii* s. Deux maneres de terre semée à qarresmes, c'est assavoir terre argillose et terre perose [pierreuse], Traité d'agriculture, dans la Bibl. des Chartes, 4* série, t. n, p. 135. || xvi* s. Toutes terres peuvent devenir argilles; ceux qui disent que la terre argileuse est grasse et visqueuse ne l'entendent pas; la mesme matière qui cause argiler toutes terres, est cela mesme qui cause que la terre de marne fait produire et végéter les fruits es terres stériles, palissy, 375.

— ÉTYM. Berry, ardilleux, ardilloux; provenç. argillos ; espagn. arcilloso; ital. argilloso; d'argûlosus, à'argilla (voy. argile).

t ARGILIFÈRE (ar-ji-H-fê-r'), adj. Terme didactique. Qui contient de l'argile.

— ÉTYM. Argile, et (erre, porter.

f ARGILITE (ar-ji-li-f), *. f. Terme de minéralogie. Schiste argileux.

— ÉTYM. Argile.

+ ARGILLACÉ,ÉË (ar-ji-la-sé, sée), adj. Terme de géologie. Qui a l'aspect ou la consistance da l'argile.

— ÉTYM. Argillaceus, de argilla, argile.

f ARG1L0ÏDE (ar-ji-lo-i-d'), adj. Terme didactique. Qui ressemble à l'argile.

— t.TVKt. Argile, et e!5o;, forme (voy. idée).

t ARGILOLITHE (ar-ji-Io-Ii-f), s. m. Terme de géologie. Argile sédimentaire durcie.

— ÉTYM. Argile, et XiQos, pierre.

ARG

ARGO (ar-go) , *. m. Terme d'astronomie. Constellation de l'hémisphère austral.

— ËTYH. 'ApT<o, nom du vaisseau sur lequel Jalon alla conquérir la toison d'or.

t ARGON (ar-gon) , ». m. Terme de chasse. Bâton ou morceau de bois plié en arc, dont on so sert pour prendre des oiseaux.

ARGONAUTE (ar-go-nô-f), ». m. || 1° Nom des héros grecs qui allèrent en Colchide conquérir la toison d'or. Le voyage des argonautes n'était en comparaison [avec un voyage de circumnavigation] que le passage d'une harque d'un bord de rivière à l'autre, volt. Louis XIV, 34.H2" En termes d'histoire naturelle, genre de mollusques céphalopodes, dans lequel on distingue l'argonaute argo. L'Académie fait, en ce sens, argonaute du masculin; avec raison sans doute. Pourtant les zoologistes le font féminin : argonaute papyracée.

— ÊTYM. 'ApyovxirK, de 4py(ù (voy. argo), et de vatOniç, nautonier (voy. ce mot).

4. ARGOT (ar-go), s. m. || 1* Langage particulier aux vagabonds, aux mendiants, aux voleurs, et intelligible pour eux seuls. || 2" Par extension, phraséologie particulière, plus ou moins technique, plus ou moins riche, plus ou moins pittoresque, dont se servent entre eux les gens exerçant le même art et la même profession. L'argot des coulisses. || 3" Par analogie. Il n'y a pas un paysan qui ne dise que Bonaparte vit et qu'il reviendra; c'est entre eux une espèce d'argot, de mot convenu pour narguer le gouvernement, P. t. cour, h, 268.

— ÊTYM. Origine fort obscure. La langue des voleurs a été appelée gergo en italien, et jargon en France. Argot, qui ne figure dans le Dictionnaire de l'Académie qu'à partir de 4 740, paraît être né vers le commencement du xvir* siècle. S'il avoit bien seu nostre argot, Vers du xvu* siècle, cité par fr. michel, Introduction, p. vi. Le jargon ou langage de l'argot reformé imprimé en 4 634. Mais à propos d'argot, dit alors Limousin, Ne m'apprendrez-vous pas, vous qui parlez latin, D'où cette belle langue a pris son origine? grandval, Poème de Cartouche,

ch. x, p. 74 je veux, en un mot, Employer

comme il faut le plus sublime argot, id. ib. Furetière le dérive d'argos, parce que la plus grande partie de ce langage est composée de mots tirés du grec. Le Duchat l'a tiré de Ragot, capitaine des Gueux, dans les Propos rustiques de Noël du Fail. D'autres ont dit que c'était une corruption de l'italien gergo. Dans ces difficultés, on pourrait proposer l'ancien français argu , querelle, arguer, quereller, argoter, argoteui; wallon, drgolé, rusé, malin: mots qui se rattachent sans doute au latin argutari, disputer, lequel vient d'arguere (voy. arguer). Ârguche, qui s'est dit aussi pour argot, ressemble beaucoup à arguce, ancienne forme d'argutie (voy. ce mot).

2. ARGOT (ar-go), s. m. Terme de jardinage. Partie du bois qui est au-dessus de l'oeil.

— ÊTYM. Le même que ergot (voy. cemot). ARGOTÊ, ÉE (ar-go-té, tée), part, passé. ARGOTER (ar-go-té), «. n. Terme de jardinage.

Couper la partie morts d'une branche.

— hist. xiv* s. Icellui se leva de la table et print le dit Gilet par la poitrine, et le dit Gilet lui semblablement, et tenoient et hargotoient l'un l'autre forment, du cange, argutio.

— ÊTYM. Voy. argot 2. Hargoter veut dire ici saisir , empoigner ; il n'est peut-être pas sans analogie avec argot ou ergot.

t ARGOTIQUE (ar-go-ti-k') , adj. Qui tient de l'argot ; qui concerne l'argot.

— ÊTYM. Argot 4.

t ARGOT1SER (ar-go-ti-sé) , v. n. Parler argot.

— ÊTYM. Argot 4.

ARGOULET (ar-gou-lè), s. m. On appelait argoulets des soldats à cheval armés d'arcs, les arquebuses n'étant pas encore en usage ; on les nomma dans la suite arquebusiers à cheval, et puis dragons.

— hist. xvi* s. Le prince part accompagné de mille gentilshommes, de cinq cents argoulets, comme on appeloit en ce temps-là, d'aub. Hist. I, 4 34. En ce temps-là, à chasque compaignie de gendarmes, il y avoit cinquante harquebuziers à cheval, qui servoient à faire les descouvertes et escarmouches çà et là, et les appeloit on argoulets, carl. vu, (7.

— ÊTYM. Mot d'origine ignorée. Ménage croit qu'il vient d'un mot, forgé par lui, arculetus, petit arc.

f ARGOUSIER (ar-gou-zié) , s. m. Nom vulgaire de l'hippophaé rhamnoïde , arbrisseau épineux dit aussi épine marante, épine marine et grise:.

ARG

ARGOUSIN (ar-gou-zin) , s. m, Bas officier des bagnes, chargé de la garde des forçats.

— HIST. xvi* s. Le chevalier d'Aux, pour n'estre empesché en son aiguade, alla à terre pour asseoir son guet, ne s'asseurant du tout en son argousin,

— ÊTYM. Algosans, bas officier des galères, dans Rabelais; ital. aguszino. Les mots français et italien paraissent être une corruption de l'espagnol alguacil (voy. alguazil).

ARGUE (ar-gh'), s. f. Machine de bois dont les tireurs d'or, d'argent, etc., se servent pour affermir la filière. Tirer à l'argue, c'est passer par la filière. || Bureau public où les tireurs d'or portent leurs lingots à dégrossir.

— ÊTYM. Ce mot tient sans doute au bas-latin arç/anum, qui signifie toute espèce d'engin, et qui est le grec opyavov.

ARGUÉ, ÉE (ar-gu-é, ée), part, passé. Pièce arguée de faux.

4. ARGUER (ar-gu-é. L'Académie ne conjugue pas ce verbe; mais il faut écrire avec tréma : j'arguë, tu arguës, il arguë; et même il serait bien d'écrire arguer, arguant, argué, pour indiquer la prononciation ; autrement on le confondrait avec le verbe arguer 2), v. a. \\ i° Contredire, accuser. Arguer une pièce de faux. ||2° Tirer une conséquence. Qu'arguez-vous décela? || Absolument. Je suis ce juge intègre Qui toujours parle, arguë et contredit, volt. Goût.

— hist. xi* s. Qui de bataille s'arguent et hasteient, Ch. de Roi. lxxvi. ||xii* s. Rolanz senti que la mort moût l'argue, Rone. p. 404. La nuit, quant s'amour m'argue, Coud, Dame de Faiel. Li altre l'arguent et reprenent et dient k'il soffrir ne puient la perece de sa tevor [tiédeur].... st bern. 587. || xin* s. Et tout fussent mort se ne fust la chevalerie.... qui soustintle fais des Sarrasins, qui moult les arguoient, Chr.de Rains, 93. Coart le lièvres moult s'argue De corten cort, de rue en rue, Ren. 44074. Mes cilmauvesement arguent, laRose, 6302. ||xiv*s. Et ne te dois nul temps mêler d'arguer ne de contredire chose que tu lui oies dire, bruyant dans Uénagier, t. n, p. 22. Et par ceste différence povons nous arguer à cest propos, oresme, Eth. 27. Qui dirait ou argueroit ainsy : la terre est entre le soleil et la lune, id. ib. 5. Maistres Thumas, dist il, vous parlés folement; J'arguerai à vous; car je sai bien comment : Uns mos de l'escripture vous desmontre et aprent, Raud. de Seb. xii, 321. || xv* s. Logique qui enseigne arguer, et entre le vray et fauls discerner, christ, de pisan, Charles V, m, ch. il. D'autre costé on le argueroit de sa promesse, comm. n , 4. Il ne me appartenoit pas de arguer ny parler contre son plaisir, id. v, 43. ]| xvi* s. Le régime des choses humaines argue si clairement de la providence de Dieu qu'on ne la sauroit nier, calv. /n»«.22. Ses mouvemens et ses contenances arguent et monstrent grande foiblesse et bassesse, amyot, Comment refréner la colère, 4 4.

— ÊTYM. Provenç. arguir; ital. arguire. Le provençal et l'italien viennent bien d'arguere, par un changement de la troisième conjugaison en la quatrième. Mais le français n'en vient pas ; s'il en était venu, quel qu'eût été l'infinitif, le présent eût été j'argue , prononcé j'arghe^ et non j'argue , prononcé j'arguë, comme lemontrent les vers. Il vient d'argutare, argutari, fréquentatif d'arguere, répéter sans cesse, caqueter, sautiller. Primitivement, arguer signifie quereller, tancer, attaquer, par un changement de sens semblable à celui qui decalumniari a fait chalenger, appeler en justice, provoquer au combat. Puis arguer, refait sans doute sur le latin arguere au xiv* siècle, prend le sens actuel d'orguer, sans étouffer pourtant le sens primitif qu'on trouve encore dans le dictionnaire de Furetière , mais qui maintenant est tout à fait tombé en désuétude.

1 2. ARGUER (ar-ghé ; il argue se prononce il argh'), v. a. Technologie. Passer un fil de métal par les trous de l'argue.

— ÊTYM. Argue.

t ARGUEUR (ar-gu-eur) , s. m. Celui qui arguë.

— HIST. xvi* s. On le tenoit pour un grand argueur et pour homme nompareil à subitement interroguer et cautement respondre, amyot, Cracques, 24.

— ÊTYM. Arguer 4 .

ARGUMENT (ar-gu-man), s. m.\\ 1* Raisonnement par lequel on tire une conséquence d'une ou de deux propositions. Argument solide, plein de force. Il plaçait ses arguments dans l'endroit où Us devaient produire le plus d'effet. Se laisser tromper par des arguments captieux. Réfuter les arguments

ARG

de son adversaire. Les arguments qu'il tire de cette suite , boss. Euch. 3. || Argument en forme, argument conforme aui règles de la logique. L'autre préparait un argument en forme, hamilt. Gramm. 4. || Argument ad hominem, argument qui oppose à l'opinion actuelle d'un homme ses paroles ou ses actions antérieures. Ce que vous nous donnez pour un argument ad hominem, boss. Théol. || Argument cornu (voy. dilemme). || 2° Conjecture , indice , preuve. C'est là un argument en notre faveur tout aussi bien qu'en faveur de nos adversaires. Les vents Étésiens dont on veut tirer un argument. || 3* Sommaire d'un ouvrage. ||4° En termes d'astronomie, argument de la latitude; le lieu de l'aphélie et celui du nœud d'une planète étant connus, et l'anomalie vraie de la planète étant donnée, on a sa distance au nœud, qu'on nomme autrement l'argument de la latitude.

— HIST. xiii* s. Or entent donc à l'argument :Gedi pain d'orge est de froment, Ge di pain de froment est d'orge, Ren. 24209. Bien l'entendras [la vérité], se bien répètes Les argumens as grans poètes, la Rose, 7206. Et tous les autres estrumens Qui sunt piliers et argumens  soustenir nature humaine, t'o. 6994. Tu iez pors de nostre espérance, Matière de nostre faconde, Argumens de nostre créance, ruteb. 11, 40. Il xiv* s. Après je respons as arguemens contraires,, oresme, Eth. 163. Qu'est-che?che dist li prestres. Argue vistement.. Qu'à mi voelt desputer et faire arguement ; Si vienge encontre mi monstreir son parlement, Raud. de Seb. xii, 3ib. Il propose la table dessus dite pardevant Appius, qui estoit auteur de cestui argument, bercheure, f* 65, recto. Il xvi* s. Dieu nous donne argument [sujet] continuel de le prier et louer, calv. lnst. 707.

— ÊTYM. Argumentum, de arguere (voy. arguer); provenç. argument; espagn. trgumenlo ; ital. argomento. Le vieux français arguement vient, non d'argumentum, mais directement d'arguer.

ARGUMENTANT (ar-gu-man-tan), t. m. Celui qui argumente dans un acte public contre le répondant. Les Carmes prouvèrent contre tout argumentant que Pythagore était un moine de leur ordre, volt. Phil. v, 26. L'empereur chinois ne paya jamais des argumentants, id. Phil. m, 29.

ARGUMENTATEUR (ar-gu-man-ta-teur) , ». m.

Celui qui argumente, qui se plaît à argumenter.

— ÊTYM. Argumentator , de argumentari ( voy. argumenter).

ARGUMENTATION (ar-gu-man-ta-sion; , s. /".Action, art d'argumenter. Exceller dans l'argumentation.

— HIST. xiv* s. Par une argumentacion appellée de proporcion transmuée, il convient que il ait tel proporcion de douze à quatre, comme il a de six à deux, oresme, Eth. 4 47.

— êtym. Argumentatio , de argumentari, argumenter.

ARGUMENTÉ, ÉE (ar-gu-man-té, tée), part, passé. Argumenté et pressé par un adversaire habile.

ARGUMENTER (ar-gu-man-té). || 1* Y. n. Faire des arguments. Argumenter selon les règles, en forme. Argumenter contre quelqu'un. || 2° Argumenter d'une chose, en tirer des conséquences. Cuvier, argumentant des formes des animaux actuels, détermine les conditions générales des animaux fossiles. Il 3* V. a. Argumenter quelqu'un , lui adresser des arguments, disputer contre le répondant. Il 4* S'argumenter, t'. réfl. II n'y a qu'à mettre ses mains sur ses oreilles et s'argumenter un peu [se faire une raison], 1. 1. rouss. Orig. 2.

— HIST. xvi" s. Quand les vignes gèlent en mon village, mon prebstre en argumente l'ire des dieux sur la race humaine, mont, i, 470.

— êtym. Argumentari, de argumentum, argument.

f ARGUMENTEUR (ar-gu-man-teur), s. m. Celui qui argumente. Il allait souvent disputer à des thèses dans les classes de philosophie, et il brillait fort par sa qualité de bon argumenteur, ponten. Varignon.

ARGUS (argus'), s. m. || 1* Personnage auquel la Fable donnaiteent yeux. ||Fig. etfamilièrement, avoir des yeux d'argus , être fort vigilant , fort difficile à tromper. || 2* Surveillant, espion. J'ai des argus aux coteaux d'alentour Qui feront leur devoir d'y veiller nuit et jour, rotr. Antig. iv, 4. Je serai, si je veux, l'argus de votre vie, id. Bëlis. m, 2. Saumery s'en acquitta [du soin de veiller à l'entrevue de Fénelon et du duc de Bourgogne] en argus, avec un air d'autorité qui scandalisa tout le monde, st- 61M. 408, 446. Damon Établit des argus à l'entour de sa femme, la pont. Coupe. Du préfet je crains les

ARI

argus, béhano. Trembl. || 8* En histoire naturelle, nom de plusieurs espèces d'animaux offrant des taches que l'on a comparées à des yeux.

— HIST. xiv* s. [Bon fromage doit être] Non argus, mais du tout avugle, IHénagier, II, 5. ||xvi*s. Mercure donc s'assit auprès d'Argus, Tint et passa •m proposet argus [disputes] Le jour coulant, parfont de plusieurs poinctz, marot, iv, 49.

— ÊTYM. Argus, fils d'Arestor.

ARGUTIE (ar-gu-sie),s. f. Raisonnement sur des vétilles, subtilité.

HIST. xvi* s. Voyans qu'ils ne pouvoient égaler la majesté de Virgile, se sont tournez à l'enflure, et à je ne scay quelle poincte et argutie monstrueuse, BONS. 684.

— ÊTYM. Argutia, d'arguere (voy. arguer). On disait aussi, dans le xvi* s. arguee, qui était la forme véritablement française : argutia avec l'accent sur gu donnant arguee, qui doit être plus ancien que le xvi* s. bien que l'on n'en ait point d'exemple.

t ÀRGYRANTHÈME (ar-ji-ran-tê-m'), adj. Terme de botanique. Qui a des fleurs d'un blanc éclatant.

— ÊTYM. "ApYupo;, argent, et âv8riu.a, fleur. ARGYRASPIDES (ar-ji-ra-spi-d') , s. m. plur.

Nom d'un corps d'élite de l'armée d'Alexandre, dont .es soldats portaient un bouclier argenté.

— ÊTYM. 'ApyvpairmSYic, de ipYuoo;, argent (voy. abgent), et de àoiriî, bouclier rond (voy. aspic, sorte de serpent).

t ARGYROCÉPHALE (ar-ji -ro-sé-fa-1'), adj. Terme didactique. Qui a la tête d'un blanc argentin.

— ÊTYM. "ApYupoç, argent, et xeçaX^, tête.

f ARGYROCOME (ar-ji-ro-ko-m'), adj. Terme d'astronomie. Qui a une chevelure argentine, en parlant d'une comète.

— ÊTYM. "Apvupoç, argent, et xôu.ri, chevelure.

t ARGYROPEE (ar-ji-ro-pée) , s. f. Terme d'alchimie. Art prétendu de faire de l'argent.

— ÊTYM. "Ap-yupoq, argent, et 7toteîv, faire.

t ARGYROPHYLLE(ar-ji-ro-fi-l'), adj. Terme de botanique. Qui a les feuilles d'un blanc d'argent.

— ÊTYM. "ApYupo;, argent, et œôX'/ov, feuille.

t ARGYROSE(ar-ji-rô-z'),s. f. Minéral argentifère d'une couleur gris d'acier (sulfure d'argent).

— ÊTYM. "ApYupoç, argent.

t ARIA (a-ri-aj, s. m. Terme populaire signifiant embarras. Quel aria! que d'arias!

— ÊTYM. Ital. aria, un grand air.

f ARIANISER (a-na-ni-zé), ». n. Avoir le caractère de l'arianisme. Il ne prétend pas avoir fait arianiser ces saints docteurs, boss. Avert. 6.

— ftvm. Arien.

ARIANIS*tLE(a-ria-ni-sm'),s. m. Hérésieùes ariens.

— ÊTYM. Arien.

ARIDE (a-ri-d'), adj.\\l° Dépourvu d'humidité, stérile. Terre aride. D'un aride rocher fit sortir des ruisseaux, rac. Athal. I, 4. Pour languir aux déserts de l'aride Arabie, volt. Zaïre, ni, \. Ordonnez encore une fois à ces ossements arides de se ranimer, mass. Car. Lazare. Son corps aride [de saint Benott] et exténué de mortifications et de souffrances, ne parait plusse soutenir que par la grandeur de sa foi. id. StBenoit. || Fig. Esprit aride. Sujet aride. Âme aride. Style aride. Mais quoi! toute beauté Se flétrit sous lesdoigtsde l'aridevieillesse, A. chén. Élég. 33. Il n'y a rien de plus aride que ses bonnes grâces, mol. Avare, H, 6. Il vientdes tempsde sécheresse et de langueur, où l'on fait d'arides réflexions, st-évbemont, in-4°, p. 633. || 2» Terme d'histoire naturelle. Se dit d'une surface qui présente une certame sécheresse et âpreté au doigt.

— hist. xm* s. Ce est ou désert qui est ares et ses [sec] , Psautier, f° 94. || xv" s. X boire, à boire vistement! Je vueil tenir ma gorge humide, De paour de mourir pauvrement, Comme nos choux, sec et aride, basselin, xvn. || xvi* s. Le pays de Champaigne est si ayre et infertile qu'à peine les trois parts des terres peuvent porter de l'herbe, Ane. proc. verb. des coutumes de Troyes, dans Nouv. Coût. gén. t. m, p. 293. Leurs viandes sont ares et aigres, et de peu de substance, dufouilloux, Vén. f° t», verso. Le vent de galerne est arre, froid, desséchant grandement, id. ib. f° 44, verso. La langue sera aride et sèche, paré, xviii, 65.

— ÊTYM. Aridus, de areo, être sec. L'ancien français disait are, qui est la forme véritable de drtdus, qui a l'accent sur a. Aride a été refait sur le latin au xv* et au xvi* siècle.

ARIDITÉ (a-ri-di-té) , *. f. || 1° Caractère de ce qui est aride. L'aridité de la terre. || 2" Stériliié. L'aridité do ces champs. || Fig. L'aridité de l'esprit, de l'âme, d'un sujet. Il En langage mystique, état

ARI

d'une âme insensible aux consolations que donnent les pratiques religieuses. S'il reçoit les consolations sensibles, sa joie redouble sa ferveur; s'il est dans les aridités, dam les sécheresses, sa crainte redouble son exactitude, flécii.ii, p. tm. L'âme fidèle, au milieu de ses dégoûts et de ses aridités, porte du moins une conscience qui ne lui reproche point de crime, mass. Car. Tiédeur. Les aridités de la vertu trouvent mille ressources clans la vertu même, id. ib. La première source et la plus commune des dégoûts et des aridités de nos prières, c'est la tiédeuret l'infidélitéde notre vie, id. Cor. Prier e1.Sa.nt voua avoir fait éprouver les aridités et les fatigues du désert, id. Prière l,

— ÊTYM. Provenç. ariditat; ital. ariditd; d'ariditatem. de aridus (voy. aride).

■)■ ARIDURE (a-ri-du-r'), s. f. Ancien terme de médecine. Synonyme d'atrophie.

— ÊTYM. Aride.

ARIEN, 1ENNE (a-ri-in, è-n'), s. m. et f. Hérétique niant la consubstantialité du Fils avec le Père danslaTrinité. || Adjectivement. Les Vandales étaient ariens.

— ET YM. Arius , célèbre hérésiarque , en grec ^ peto;. Ce nom signifie martial et vient de "Apniç, Mars.

ARIETTE (a-ri-è-f), s. f. Terme de musique. Air léger et court qui se chante avec paroles et accompagnement. Les vaudevilles se sont nommés longtemps et se nomment encore comédies à ariettes.

— ÊTYM. Ital. arietta, diminutif de aria, air (voy. air 2).

f ARILLE (a-ri-11'. II mouillées), s. m. Terme de botanique. Expansion du trophosperme, de forme et d'étendue fort diverses, qui recouvre tout ou partie de la graine dans certains fruits.

— ÊTYM. Bas-latin, arillus, grain de raisin. tARIMER(a-ri-mé), v. a. Terme d'épinglier. Ajuster le poinçon sur l'enclume.

fARlOSO (a-ri-o-so), ad i>. Terme de musique. Indique un chant soutenu et approprié aux airs.

— ÊTYM. Ital. arioso, de aria, air.

ARISTARQUE (a-ri-star-k'),«. m. Critique éclairé

et sévère.

— ÊTYM. ^piirrapxoç, Aristarque de Samothrace, grammairien grec résidant à Alexandrie, et célèbre surtout par ses travaux sur Homère ; son nom vient de àpi<rror, très-fort, et de âp-/.<o, commander: celui qui commande aux très-forts.

t ARISTÉ, ÉE (a-ri-sté, tée), adj. Terme de botanique. Qui est muni d'un appendice en forme d'arète.

— ÊTYM. Arista (voy. arête).

ARISTOCRATE (a-ri-sto-kra-f), t. m. et f.

|| 1° Membre d'une aristocratie. Un aristocrate ; une aristocrate. )| 2" Partisan de l'aristocratie. || 3" Adj. Qui a le caractère d'un aristocrate. Cet homme est très-aristocrate.

— ÉTYM. Voy. aristocratie.

ARISTOCRATIE (a-ri-sto-kra-sie) , s. f. || 1° Forme

de gouvernement où le pouvoir appartient à une classe composée des personnes les plus considérables et fermée à toutes les autres. || 2° Par extension, la classe noble. L'aristocratie est toute-puissante dans ce pays. || 3° L'aristocratie des talents, les hommes éminents, dans une société, par leurs talents.

— HIST. xiv" s. Aristocratie est une espèce de policie selon laquele un petit nombre de personnes ont princey et domination sus la communité, oresme, Thèse de meunier.

— ÊTYM. 'ApioToxpàteia, deàpurro;, excellent, et de xdcitéw, être fort : domination des meilleurs, des plus considérables.

ARISTOCRATIQUE (a-ri-sto-kra-ti-k') , adj. Qui appartient à l'aristocratie. Un gouvernement aristocratique.

— HIST. xiv* s. Et ceulx qui se gouvernent selonc police aristocratique dient que c'est vertu, oresme, Eth. <46.

— ÊTYM. 'Api<7TOxpaTix6î (voy. aristocratie). ARISTOCRATIQUEMENT (a-ri-sto-kra-ti-ke-man) ,

adv. D'une manière aristocratique.

— ÊTYM. Aristocratique, et le suffixe ment.

t ARISTOCRATISER (a-ri-sto-kra-ti-zé) , v. a. Rendre aristocratique.

— HIST. xiv* s. Aristocratizer est ouvrer et faire selon aristocratie, oresme, Thèse de meunier.

— ÊTYM. Aristocrate.

ARISTOLOCHE (a-ri-sto-lo-ch'), s. f. Terme de botanique. Genre de plantes qui sont employées comme toniques et emménagogues. L'aristoloche ronde, l'aristoloche longue, l'aristoloche clématite, l'aristoloche menue, l'aristoloche serpentaire,

ARI

— niST. xvi* s. Il ordonna de la sarraslne ou de l'aristoloche longue, paré, xxni. 44. Aristoloohle de deux sortes, longue et ronde, désire bonne terre

— ÊTYM. Aristolochia, deàpioTo>ox£a,dedpcoToç, excellent (voy. aristarque) , et de Xoyeia , lochies (voy. ce mot). Les gens qui, au xvi'siècle, disaient aristolochie , abandonnaient la forme ancienne, qui vient de aristolochia, avec l'accent sur lo.

t ARISTOPHANESQUE (a-ri-sto-fa-nè-sk') , adj. Qui a le caractère des comédies d'Aristophane, dans lesquelles règne la fantaisie la plus hardie.

— ÊTYM. Aristophane, célèbre poète athénien du v* siècle avant l'ère chrétienne.

t ARISTOPHANIEN (a-ri-sto-fa-niin), adj. m. Terme de métrique ancienne. Sorte de vers ainsi appelé du nom du poète Aristophane.

ARISTOTÉLICIEN, IENNE (a-ri-sto-té-li-siin, siè-n'). || 1° Ad}. Conforme à la doctrine d'Aristote. || 2° S. m. Aristotélicien, partisan de la doctrine d'Aristote. Les aristotéliciens.

— ÉTYM. VOY. AR1ST0TÉLISMB.

1- ARISTOTELIQUE (a-ri-sto-té-li-k'), adj. Terme !e philosophie. Qui se rapporte à Aristote ou à sa philosophie.

t ARISTOTÉLISER (a-ri-sto-té-li-zé), v. n. Être partisan de la doctrine d'Aristote.

ARISTOTÉLISME (a-ri-sto-té-li-sm') , g. m. Philosophie d'Aristote.

— ÉTYM. 'AptffTOTSAïiç, nom qui vient deipiuto;, excellent, et de Té>,o«, fin, accomplissement.

ARITHMETICIEN (a-ri-tmé-ti-siin), s. n». Celui qui sait, qui cultive l'arithmétique. Il est à croire que les arithméticiens s'y opposèrent, volt. PMI. in, 209. || Arithméticien politique, celui qui s'occupe d'arithmétique politique.

— HIST. xv* s. Ettouteffoiz à astrologie nul ne peut parvenir, s'ainçoiz n'est philosophe, géomètre et arismetien, christ, de pisan, Charles V, m, ch. ♦.

— ÊTYM. Arithmétique.

i . ARITHMÉTIQUE (a-ri-tmé-ti-k') , s. f. Science des nombres; art de calculer. Il s'étoit rencontré avec M. Leibnitz, car les preuves de la rencontre ont été bien faites, sur l'idée singulière d'une arithmétique qui n'auroit que deux chiffres, au lieu que la nôtre en a dix, fonten. Lagny. M. Wallis, célèbre mathématicien anglais, a composé sur ces suites [de nombres] son arithmétique des infinis, et, après lui, MM. Leibnitz et Bernoulli poussèrent encore cette théorie beaucoup plus loin, m. Bernoulli. || Arithmétique politique , mot créé en Angleterre, où il se trouve comme titre d'ouvrages dès la fin du xvu* siècle, et qui signifie : )• ensemble de considérations sur l'économie sociale ou sur l'une de ses branches, agriculture, population, consommations; 2° sorte de statistique raisonnée expliquant les causes et les résultats des faits de statistique; 3° calculs et procédés de calcul à l'aide desquels on tire, de faits constatés directement, d'autres faits admis par voie d'analogie, de proportionnalité, de probabilité. De l'arithmétique politique ; titre d'un chapitre de l'Essai sur le commerce, par melon, <ï3«.

— HIST. xm* s. Car ainsinc le dist Athalus, Qui des eschez controval'us, Quant il traitoit d'arismetique, la Rose, 67i3.

— ÊTYM. Provenç. arismelica; ital. aritmeliea; du latin, arithmetica, du grec àoi6|xï|Tix^, de àpiQ- (iô;, nombre. 'ApiOitô? a pour radical la syllabe or, qui forme directement le verbe ôpto, préparer, disposer, arranger, et qui se trouve dans plusieurs autres mots soit grecs soit latins. 'Api0|i6« signifie donc ce qui est disposé, arrangé.

2. ARITHMÉTIQUE (a-ri-tmé-ti-k') , adj. Qui est fondé sur l'arithmétique. Rapport arithmétique de deux quantités , différence entre deux quantités. Proportion arithmétique, égalité de deux rapports arithmétiques, c'est-à-dire de deux différences, par exemple : 7 est à 5 comme (0 est à 8. || Progression arithmétique, celle où la différence entre deux termes consécutifs est constamment la même, par exemple : 2, 4, 6, 8, io, etc.

— HIST. xiv* s. Proportion arismetique est quant le grant seurmonte ou excède le moien autant comme le moien seurmonte le petit, oresme, Thèse de meunier.

— ÉTYM. Voy. abjthmétiqde; provenç. «ni* tic; espagn. arismetico; ital. aritmetico.

ARITHMÉTIQUEMENT (a-ri-tmé-ti-ke-man) , udv. D'une manière arithmétique.

— ÊTYM. Arithmétique, et le suffixe ment.

f ARITHMOGRAPUE (a-ri-tmo-gra-r ), s. m. Technologie. Sorte de règle à calcul, qui est courbée en cercle.

ARM

— étym. 'Api9u.4i;, nombre, et vpréçeiv, écrire.

t ARITHMOGRAI'HIE (a-ri-tmo-gra-fie) , s. f. Technologie. Art d'écrire les nombres.

— ÉTYM. Arithmographe.

t ARlTOMOLOGiR (a-ri-tmo-lo-jie) , s. f. Terme de mathématiques. Science des nombres.

— ÊTYM. 'Api8|/.ii;, nombre, et ).6yoi;, doctrine.

+ ARITHMOMANCIE (a-ri-tmo-man-sie),'./-. Sorte de divination dans laquelle on prétend connaître l'avenir par les nombres.

— ÊTYM. "Api^fj-èi:, nombre, et le suffixe mande. ARLEQUIN (ar-le-kin), s. m. || 1" Personnage

de la comédie italienne, dont lecostume est fait de pièces de toutes couleurs. || Par extension , un habit d'arlequin, un tout formé de parties disparates. || 2" Familièrement, c'est un arlequin, se dit d'un homme qui n'a pas de principes arrêtés, qui change d'opinion à tout moment. Nos arlequins de toute espèce imitent le beau pour le dégrader, J.». rouss. km. H. || 3° Populairement, débris de repas, et surtout débris de viandes, ainsi dit parce que ce plat , que l'on vend pour la nourriture des animaux domestiques et que les pauvres ne dédaignent pas, est composé de morceaux assemblés au hasard. || 4" En termes de zoologie, se dit de plusieurs animaux remarquables par la bigarrure de leurs couleurs.

— HIST. xin* s. X sa siele et à ses lorains Ot cinc cent cloketes au mains [moins] , Ki demenoient tel tintin Con li maisnie hierlekin, Ren. t.iv, p. H6. Je cuids que c'estoit Hellequin Et tuit li autre sa mesnie 0"i le suivent toute enragie, Roman de Fauvel. Avec eux avoient hellequines, Qui avoient cointises fines, ib. Par eux [les avocats] ont perdu héritage Et desfait maint bon mariage Et mal fait por un pot de vin ; Il s'entrepoilent com mastin ; C est la mesnie hellequin , Le mariage des filles au diable. Il vit que c'estoit ung roi qui avoit avec lui grant compaignie de toutes gens, et les apeloit en la mesgnie hennequin en commun langage, Chronique de Normandie, n, p. 337.

— étym. Ital. arleechino; espagn. arlequin. Ménage dit : « Sous le régne de Henri III, il vint à Paris une troupe de comédiens italiens, parmi lesquels il y avoit un jeune homme fort dispos, qui hautoit chez M. de Harlay de Chanvalon, d'où il fut appelé par ses compagnons Harlequino , à la mode des Italiens qui donnent souvent le nom des maîtres aux valets, et celui des patrons aux clients. J'ai ouï dire cette particularité à M. Guyet, qui m'a dit l'avoir apprise de Harlequin même au second voyage qu'il fit en France au commencement du règne de Louis XIII. » Génin, au contraire, pense que hellequin ,. herlequin et même arlequin (car un auteur du xvi" siècle qui a écrit en latin et que cite Ménage, dit Harlequini familiam,ce qui est la maisnie Hellequin) est le même que l'arlequin italien ; que le diable Alichino dans l'Enfer de Dante , chant xxx, tire son nom de là; et que ce personnage infernal, hantant les campagnes à grand bruit avec sa bande ou maisnie, entra assez avant dans le langage familier pour devenir aussi un personnage de théâtre. L'opinion de Génin est la plus probable; mais, pour qu'elle fût sûre, il faudrait des textes italiens qui servissent d'intermédiaires. Le dictionnaire de la Crusca ne cite pour arleechino qu'un texte de la fin du xvn* siècle. On trouve arlequin (écrit harlequin) dans Duverdier, auteur français de la fin du xvi" siècle.

ARLEQCINADE (ar-le-ki-na-d'), *. f. || 1* Bouffonnerie d'arlequin. || Par extension, action ridicule, inconséquence choquante. Je ne m'attendais pas a une pareille arlequinade. || 2° Pièce de théâtre où Arlequin joue le principal rôle. || Fig. Toute composition ridicule. Cette arlequinade a été écrite par Abdias, volt. Phil. m, 375.

— ÉTYM. Arlequin.

t ARMADA (ar-ma-da) , s. f. Grande flotte que le roi d'Espagne Philippe II, au xvi" siècle, envoya contre l'Angleterre. || Par extension, toute grande flotte. Où sont tes mille antennes, Et tes hunes hautaines, et tes fiers capitaines, Armada du sultan? v. hugo, Orient. 6.

— étym. Espagn. armada, armée (voy. armée). *. ARMADILLE (ar-ma-di-Il' , Il mouillées), s.f.

|| 1° Flotte qu'entretenait le roi d'Espagne pour fermer aux étrangers l'accès de ses possessions dans le nouveau monde. || 2° Frégates légères qui faisaient partie de cette flotte.

— ÊTYM. Espagn. armadilla, diminutif d'armada (voy. ce mot).

t a. ARMAIHLLE (ar-ma-di-11'), s.m. Terme d'histoire naturelle. Crustacé neu différent du cloporte, dont on faisait autrefois usage en médecine sous le

ARM

nom de cloporte préparé, et qui venait particulièrement d'Italie.

ÉTYM. Espagn. armadillo, diminutif de ar-

mado, armé, à cause que l'enveloppe de ce crustacé est comparé a une armure.

ARMATEUR (ar-ma-teur), ». m. || 1° Celui qui arme et équipe à ses frais un ou plusieurs navires pour le commerce ou pour la course. || 2° Capitaine d'un navire armé en course. || 3" Vaisseau armé pour la course. Les deux derniers sens ne sont plus usités. Six armateurs de Saint-Malo ont pris dix-sept vaisseaux d'une Hotte marchande des ennemis, rac. et eoil. lettres, 43.

— étym. Armer.

| ARMATOLE (ar-ma-to-r) , s. m. Terme d'histoire de la Grèce moderne. Soldat appartenant à une sorte de milice chargée de maintenir l'ordre.

— ÊTYM. Grec mod. àpuattiûè:, terme tiré de l'italien armato, homme armé (voy. armer).

ARMATURE (ar-ma-tu-r'), s. f. || 1° Assemblage de pièces ou de liens de métal pour soutenir ou contenir un ouvrage de maçonnerie , de charpenterie, etc. || Armature de pompe, les diverses pièces qui serventà faire monter l'eau. |j Armature de poêle , les deux plaques de fonte formant le plancher haut et bas d'un poêle. || 2" Terme de physique. Piaque métallique qui fait partie de condensateurs électriques, et notamment de la bouteille de Leyde. || Plaque de cuivre ou de fer mou qu'on applique aux aimants naturels. || 3" En géologie, espèce de croûte qui entoure quelques fossiles organiques, et qui n'appartient ni au fossile ni à la roche. || 4° En termes de musique, réunion des dièses ou des bémols qui se trouvent à la clef, et qui caractérisent le ton et le mode.

— étym. Armatura, de armare, armer.

ARME (ar-m'), s. f. || 1° Instrument d'attaque ou

de défense. Arme offensive, défensive. Armes de trait, de jet. Arme à feu. Arme blanche, épée, sabre ou baïonnette. Dans un duel, le choix des armes. || Anciennement, homme d'armes, cavalier armé de toutes pièces. || Place d'armes, lieu où l'on exerce les soldats, dans une ville forte. || Salle d'armes, lieu où les armes sont déposées. || Port d'armes, position du soldat qui porte les armes. || Port d'armes, licence qu'on paye pour droit de chasse. || Porter les armes, présenter les armes ; c'est-à-dire exécuter certains maniementsde l'arme, poursaluer quand on estsous les armes. || Capitaine d'armes, sous-officier ou caporal de marine chargé de la garde des menues armes du vaisseau. || Arme à percussion (voy. percussion). || 2" Ordinairement au pluriel. Les armes différentes de l'infanterie et de la cavalerie. Mourir les armes à la main. Appeler le peuple aux armes. || Porter les armes, faire la guerre. Il a longtemps porté les armes, fén. Tél. vi, Il n'a jamais porté les armes contre les Troyens, m. ib. I. Citoyens capables de porteries armes, boss. Ifist. m, e. || Prendre les armes, s'armer pour l'attaque ou pour la défense. Porsenna prit les armes contre Rome, boss. Hist. I, 8. Quand un voisin injuste l'attaquerait [le sage roi], tous les autres intéressés à sa conservation prennent aussitôt les armes pour le défendre, fén. Tél. x. Les Egyptiens couraient aux armes, id. ib. m. || Aux armes! cri d'attaque, appel aux armes. || Poser les armes, mettre les armes bas, se rendre, faire la paix. On mit les armes bas, anquet. Ligue, n, 225. Je n'ai pas cru devoir mettre les armes bas, corn. Serlor. iv. H Rendre les armes, remettre ses armes au vainqueur; et au figuré, s'avouer vaincu. Au mont Ida, l'heureux berger Paris, De la beauté vous accordant le prix, Força Junon de vous rendre les armes, malfil. Narcisse, ch. in. Là-dessus, je rends les armes, sév. <40. Vous remettez les armes, et vous demandez grâce, mass. Impén. Leur haine à nos douleurs aurait rendu les armes, corn. Rod. m, &. Attaqué par vos yeux je leur rendis les armes, id. le Menteur, 1,3. Sitôt que jela vis, je lui rendis les armes, malh. vi, 3). A ses premiers regards les cœurs rendentles armes, mol. Psy. 1, * . Et ses tendrespropos me font rendre les armes, id. Mélic.n , b. Qui vous rend les armes [qui vous aime], id. Mis. n, <. X voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l'innocente pudeur d'une âme qui a peine à rendre les armes, id. Fest. 1, 2. || Faire tomber les armes des mains de quelqu'un, le fléchir, l'apaiser. Le flux de mes larmes De leur main insolente a fait tomberles armes, malh. v, 24. Un espoir.... Qui lui fasse tomber les armes de la main, rac. Rnj. 11, 5. Il Être sous les armes, en armes, être tout disposé à un service militaire, à une expédition. Mettez vos peuples sous les armes, fén. Tél. 1. Le peuple est

ARM

aux autels, vos soldats sont en armes, voi.t. Semir v, 1. Que ce soir chacun soit en armes, la pont. Fianc. || Fig. Être préparé à une chose. L'Apôtre nous exhorte à être toujours sous les armes, boss. Cnrg. 4 . H En parlant des dames, être très-parée. Le roi mena l'électeur de Bavière dans le salon; toutes les dames y étaient sous les armes, st-sim. 249, 68. Les travées de la tribune étaient remplies de toutes les dames de la cour en déshabillé, mais sous les armes, id. 390, 26. || Faire passer par les armes, faire fusiller. || Les armes célestes, la foudre, l'ouragan, etc. Tout avait dû tomber sous les célestes armes, LA font. Phil. et Jlaucis. ||3° Guerre, combat, entreprise militaire, exploits, troupes. Les lois sont muettes au milieu des armes. Affermir l'État par les armes. Si la querelle se vide par les armes. Nos armes ont été heureuses. Par la gloire de ses armes. De mon heureux rival j'accompagnai les armes, rac. Rérén.i, 4. Il doit au sang d'Hector tout l'éclat de ses armes, id. And. 1, 4. Un bonheur si constant de nos armes décide.... corn. Sertor. 11, «• Le Dieu de Mahomet protecteur de nos armes, m. Fanât, n, 1. 1| Suspension d'armes, cessation momentanée des hostilités entre deux armées, deux nations. || Faire ses premières armes, faire sa première campagne. Ils faisaient ainsi leurs premières armes : leur apprentissage était un chef-d'œuvre, bai.z. le Romain. || Un fait d'armes, un trait de bravoure. H Les armes sont journalières, on est tantôt vainqueur, tantôt vaincu; et figurément, tantôt on réussit et tantôt on échoue. || 4* Arme, chacune des différentes espèces de troupes qui composent une armée. Troupes de toutes armes. Chacun choisit l'arme qu'il voulut; il entra dans l'arme de la cavalerie. H 5° Armes, au pluriel, armure. Endosser, revêtir ses armes. || 6" Armes, 'au pluriel, terme d'escrime. Salle d'armes. Maître d'armes. Faire, tirer des armes. Tout le secretdesarmesneconsistequ'en deux choses: à donner et à ne point recevoir, mol. Rourg. Et, 3. || Tirer dans ou horsles armes, allonger un coup d'épée entre ou hors les bras de son adversaire. Il Tirer surou sous les armes, porter une botte en faisant passer la lame par-dessus ou par-dessous le bras de l'adversaire. H 7" En histoire naturelle, arme, nom collectif de tous les moyens de défense des végétaux et des animaux. || 8* Fig. Moyen d'attaque ou de défense. Les armes de la prudence, de l'éloquence. Cette loi leur mettait à la main une arme terrible. Ils ont fourni des armes contre euxmêmes. Il vit qu'on tournait contre lui ses propres armes. Vous donnerez des armes au démon contre vous, boss. Lett. Corn. «49. Je ne veux point encore, enlui manquant de foi, Donner à sa vertu des armes contre moi, rac. Rril. iv, 4. Plus nous en prodiguons.... Plus d'armes nous donnons à qui nous veut trahir, corn. Cinna, 1, 2. Tout prête des armes à la volupté, mass. Exemp. Contre un pareil malheurma constance est sans armes, mol. Psy. 1, t. L'Hespérie n'a-t-elle point d'autres armes contre la perfidie que la perfidie? fén. Tél. xx. || Faire arme de tout, se servir de toute espèce de moyens. Eusèbe, qui fait armes de tout, eût cité ce passage avec emphase, volt. Phil. m, 63. ||9°En termes de blason, signes héraldiques, armoiries. Les armes de France. Sceller du sceau de ses armes. Quelles sont vos armes? Gentilhomme de nom et d'armes. On a perdu l'habitude de faire peindre ses armes aux portières de son carrosse, volt. Jeannot. Les chevaliers portaient les armes de leurs maîtresses, hamilt. Gramm. 4. || Armes parlantes. Ce sont celles qui consistent en un ou plusieurs objets naturels, dont le nom rappelle celui de la personne. Ainsi la famille de Racine avait pour armes un rat et un cygne (alors prononcé cyne).Blasonner les armes, les expliquer ; porter dans ses armes telle outeliechose, avoir dans ses armes telle chose; déchiffrer, décrire, connaître les armes, graver les armes. || Armes fausses ou armes à enquerre [à enquérir] , armes qui ne sont pas selon les règles du blason. || Juge d'armes, celui qui était établi pour juger des armoiries et des titres de noblesse. || Armes d'une pièce ou d'un tenant de blason, celles qui ne sont parties ni en long ni en large. H 10" Technologie. Feuillet de scie mince et fort large à l'usage des facteurs de piano. On dit aussi scie à main.

—HIST. xi* s. E s'il fust desapereilé que il ne out ne chival ne les armes, Lois de Gut7!.24.Mout [il] se fait fierdesesarmes porter, Ch.de Roi. lxx. Barons franceis, as chevalset as armes! tii.ccxn. ||xn*s. Lassés de lor armes, Ronc. p. t4. As belles armes et au cheval courant, ib. p. 77. Tuit garni de leur armes si com pour hostoier [faire la guerre], Sax. VI. Et courageus as armes et fier corne liepart, ib. xix. A

ARM

lacurt s'en alasainz Thomas li bons prestres, Eprist les armes Deu, que seUrspeust estre, Th. lemart.as. || xiii» s. Et quant il virent la route Itroupe] venir, si corurent as armes moût isnelement villeh. cxlvi. Les armes [blason] qu'il portèrent, li rois les devisa [composa], Berte, cxxxi. Sire, je me claim à vos de tel qui à tel fist tel cop d'arme esmolue et de tel armeure, Ass. de Jér. 154. D'arme molue, ne doit cascun avoir que deus espées et son glaive, beaum. lxi, 7. Le roi Hichart fist tant d'armes outremer à celle foys que il y fu, que quant les chevaus aus Sarrazins avoient paour d'aucun bisson.... joinv. 274. Et me conta le saint roy que il ne sa mère qui estoient à Montleri, ne osèrent revenir à Paris jusques à tant que ceulz de Paris les vindrent querre à armes, id. 202. Armes li donne et un riche destrier, Et de sa paume li donne un coup plenier, Que Dex li doint estre bon chevalier, du cange, arma dura. H xiv s. Et si vous pri qu'en guerdon de mon service me doigniés armes et me fêtes chevalier m. ib. H xv» s. Et fut le comte d'Artois armé en ses pleines armes, id. arma plena. Se aucun est atteint de teles querelles contre chevaliers, il leur doit amender par ploines armes, ce est par le cheval et par le hauberc , par l'escu et par l'espée et parlehaume, id. ib. Et tout le dernier qui y fut pris, et qui ce jour y fit moult d'armes, ce fut messire Eustache de Ribeumont, froiss. 1, 1, 328. On cria à l'arme, id. u, u, 186. ||xvi» s. Et si doit avoir [l'aîné] le nom, le cri et les armes pleines, loysel, 615. Il endurcit et exercita son corps, comme unes armes nées avec luy, amyot, Fab. 3. Or estoient les femmes et les vieillards de l'autre costê de la trenchée, qui voyoient clairementà l'œil les grandes armes [exploits] qu'il faisoit, id. Pyrrh. 64. 11 tourna du tout son estudeet son ambition aux armes et à la guerre, id. Sertor. 2. Je n'estois pas sur mes armes, je n'avois qu'une petite foi de gentilhomme, d'aob. Fœn. 11, 13. La salle où la jeunesse de la cour tiroit les armes, id. Vie, lxxiv. Condamné à estre passé parles armes, la sentence fut modérée à estre degradé des armes et cassé, id. ib. lxxxiii. Cela le fit remettre sur ses armes, prendre Vaupierre.... id. Hist. I, 9». Bien qu'il fist ses premières armes sous de grands capitaines, Brantôme, Uomrnes illustres.

— ÊTYM. Bourguig. airme; provenç. et espagn. armas; ital. arme; du latin arma, pluriel neutre qui a été pris, dans toutes les langues romanes, pour un nom féminin, à cause de sa désinence en a ; ce qui est arrivé pour plusieurs autres noms neutres.

ARMÉ, ÊE (ar-mé, mée), part, passé. || 1° Pourvu d'armes. Hommes armés. Mal armé, à moitié armé. Soldats armés à la légère. Soldat pesamment armé. Armé d'un couteau. || Familièrement, être armé jusqu'aux dents, être pourvu de toutes les armes nécessaires à l'attaque ou à la défense. || À main armée, avec la force des armes. Il envahit la maison de son voisin à main armée. || 2° Fig. Armé d'audace. Sa colère est armée contre toi, boss. Conv. 2. Il 3" Garni, pourvu de. L'épi est armé de piquants. Insectes qui sont armés d'aiguillons. Bâtons armés de fer. Chars armés de faux. || En botanique, se dit, par opposition à inerme, d'un végétal pourvu de défenses, épines ou aiguillons. || En termes de zoologie, se dit des poissons dont le corps est couvert d'une épaisse cuirasse ou hérissé d'épines. || En termes de physique, se dit d'un aimant garni de plaques de métal qui en augmentent la force. Il 4» Équipé , gréé. Vaisseau armé en guerre. Il 5* En termes de blason, armé s'emploie pour les ongles, les cornes, les dents, les griffes, etc. des bêtes et des oiseaux de proie.

ARMÉE (ar-mée) , s. f.\\ 1° Corps de troupes prêtes à faire la guerre. Armée de terre. Armée de mer. || Le Dieu des armées, Dieu dans l'Écriture. Il 2° L'ensemble des troupes régulières d'un État. Armée permanente, régulière, soldée. Mettre l'armée sur le pied de guerre. || Armée de ligne, s'est dit par opposition, en 1789, à la garde nationale; plus tard, aux corps sédentaires; et depuis tsoo,àla garde impériale ou royale. || 3° En termes de constructions, jouée de lucarne, que l'on couvre d'ardoises attachées sur un enduit en plâtre.

— HIST. xiv" s.... toute l'armée Que l'église avoit ordenée, hachault, dans Hist. de Chypre, 1. 1, p. 239.

Il xv» s. En ce temps là que le duc de Bourgogne fit son armée en Picardie, froiss., ii, ii, 1. De la force et puissance que le roy Charles avoit en pluseurs grans armées sur les ennemis, christ, de pisan, Charl. F, 11, 30. ||xvi»s. Barberousse arriva à Marseille avec son armée, qui estoit de cent douze galères,

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carl.i, 39. Caracalla alloit par pais à pied, armé de toutes pièces, conduisant son armée, mont, 11, 96.

— ETYM. Provenç. et espagn. armada; ital. armala; bas-lat. annota; du latin armatus, armé, de armare (voy. armes). Armée est un nouveau mot, l'ancien était ost.

ARMELINE (ar-me-li-n') , s. f. Peau très-fine et fort blanche, qui appartient à l'hermine.

— ÉTYM. Bas-lat. armelinus, armerinx pelles. C'est une forme du mot hermine (voy. ce mot).

ARMEMENT (ar-me-man), s. m. || 1" Action de pourvoir des armes nécessaires pour l'attaque ou la défense. || 2° Ensemble des objets qui servent à armer. L'armement d'une place, d'une troupe. Fonseca, évêque de Burgos, intendant des armements, volt. Mœurs, U5. ||3° Préparatifs de guerre. Faire un armement formidable. || 4° Terme de marine. Action d'équiper un vaisseau et de le mettre en état de prendre la mer. Entrer en armement. Il S'est dit autrefois d'une flotte tout équipée pour la guerre. L'armement est parti. || Réunion de bâtiments de guerre moindre qu'une armée. || 5" Terme de construction. Ardoises placées sur les murs pour les garantir de la pluie.

— HIST. xvi" s. Le but du susdit armement tendoit à surprendre la Rochelle, d'aub. Vie, lxui.

— êtym. Bas-lat. armamentum, à'armare (voy. armer).

t ARMÉNIEN (ar-mé-niin), s. m. || i» Langue qui se parle en Arménie. || 2° Chrétien d'Arménie, qui croit qu'il n'y a qu'une nature en J. C. et que le St-Esprit ne procède que du Père ; qui nie le purgatoire et la primauté du pape. || 3° Moines arméniens, religieux qui suivaient la règle de St- Basile.etqui, chassés par les infidèles, se rangèrent sous l'ordre de St Augustin et prirent les constitutions de St Dominique.

ARMER (ar-mé), ». a. || 1" Munir d'armes. Il y a dans cet arsenal de quoi armer cinquante mille hommes. H Revêtir d'armes défensives. Armer quelqu'un de toutes pièces, de pied en cap. || Par analogie. Ma sœur du fil fatal eût armé votre main. rac. Andr. u, 5. || Armer quelqu'un chevalier, le recevoir dans l'ordre de la chevalerie avec le cérémonial d'usage. || Armer une place, garnir ses remparts de canons. || Armer une batterie, y établir le nombre de canons nécessaires. || Armer un canon, y mettre le boulet. || 2» Faire une armée; mettre dans l'armée. Les Romains ont quelquefois armé des esclaves. Cet État peut armer cent mille hommes. || Absolument. Les circonstances devenant menaçantes, la France arma. Si vous étiez crue, L'Egypte pour Pompée armerait à sa vue, corn. Pomp. u , t . Après avoir armé pour venger cet outrage, D'une paix mal conçue on m'a faite le gage, id. llodog. m, 3. En Irlande où l'on veut armer pour le roi, sêv. 6H. Les esclaves armèrent encore dans la Sicile, boss. Hist. 1, 9. Il 3° Exciter à prendre les armes, soulever, irriter. La cause des Stuarts arma longtemps une partie de l'Ecosse contre le gouvernement anglais. Ma mère en sa faveur arma la Grèce entière, rac. Andr. v, 2. Quelle aveugle fureur pourrait l'armer contre elle? id. lphig. m, 5. Je pourrais contre Achille armer Agamemnon , id. ib. IV , * . Je sais que descendu de ce sang malheureux , Une éternelle haine a dû m'armer contre eux, id. Esth. u, 1. Avantage Qui dut à sa ruine armer votre courage, corn. San. u, 2. Il Fortifier, munir. Il faut d'un noble orgueil armer votre courage , rac. Iphig. 11, 4. Il n'est pas moins nécessaire d'armer votre vigilance, mass. Prof. 2. Il 4° Armer un fusil, un pistolet, tendre le ressort qui fait partir le coup. || En termes de fauconnerie, armer l'oiseau, lui attacher des sonnettes. || En termes de musique, armer la clef, indiquer le ton par un certain nombre de dièses et de bémols. || En termes de manège, un cheval arme ses lèvres, c'est-adire qu'il couvre les barres avec ses lèvres, ce qui rend l'appui du mors trop ferme. || En termes de marine, armer les avirons, les mettre sur le bord de la chaloupe, prêts pour l'usage. || Enfermes de forges, aciérer, acérer. || 5° Garnir, munir. Armer une poutre de bandes de fer. Armer un arbre, l'entourer d'épines. Armer un jeune arbre, en garnir la tige d'épines pour le protéger. || 6° En termes de blason, armer un écusson, en composer les armes. Il 7° Armer un bâtiment, l'équiper, le pourvoir de tout ce qui est nécessaire pour prendre et tenir mer. Il 8" V. n. En termes de marine, armer sur un vaisseau, s'y embarquer pour faire partie de l'équipage. Cette expression a vieilli; on dit maintenant embarquer ou s'embarquer. || 9° S'armer, t). réfl. Se munir d'armes. S'arrnant aussitôt. Il s'arma d'une épée. Chacun s'arme au hasard du livre qu'il rencon-

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tre, BOiL.Iwtr. v. || Fig. Le ciel s'arma d'éclairs etde feux, fén. Tél. xvm. Il Prendre les armes'. Il s'arma contre sa patrie. De ta gloire animé, lui seul de tant de rois S'arme pour ta querelle et combat pour teu droits, rac. Esth. Prol. Mais s'arma-t-elle toute en faveur d'un proscrit? corn. Sertor. u, 2. Toutes les familles s'armeraient les unes contre les autres, fénel. Tél. xiii. H 10» Fig. S'armer de constance. S'armer contre la douleur. Le peuple s'était armé de résolution. J'ai pris soin de m'armer contre tous les poisons, rac Milhr. rv, 5. Armez-vous d'un courage et d'une foi nouvelle, id. Alhal. iv, t. Si de tous ses efforts mon cœur a dû s'armer, m. Milhr. m, 6. Tout fuit, et sans s'armer d'un courage inutile, id. Phèd. v, 6. Arme-toi de courage contre toimême, fén. Tél. xix. Oubliant les injures.... Ils s'arment de philosophie , Régnier , Êptt. ni. S'armer d'un généreux mépris, mol. Mis. iv,3. S'arrnant de toute son effronterie, hamilt. Grarnm. H. Armez-vous de courage, et montrez-vous ma sœur, corn. llor. 11, 4. Il s'arme en ce besoin de générosité, id. ib. m, 5. Armons-nous de courage, et nous ferons trembler Ceux dont les lâchetés pensent nous accabler, id. Nicom. 1, I. S'arrnant à regret de générosité , id. Pomp. i , 1 . Il 11° En termes de manège , ce cheval s'arme contre le mors, il place sa langue de manière à empêcher l'effet du mors. || Ce cheval s'arme contre son cavalier, lorsqu'il n'obéit pas à la main, et lorsqu'il baisse la tète vers son poitrail pour résister à la bride.

— hist. xi" s. Car à mes ieux [je] vi quatre cenz armez, Ch. de Roi. lui. || xu» s. Mil chevalier me remanront armé, Ronc. p. 35. Et vit Franzois qui s'arment par la prée , ib. p. 48. S'il voit cheoir un armé chevalier, ib. p. <89. Endementres s'armèrent là fors li chevalier, E osterentles cotes, ceinstrentles brans d'acier, Th. le mart. 144. ||xhi»s. Et l'endemain par matin s'armèrent li François et firent cinq escieies de lorgens, Chr. de Rains,p. 63. Et s'il surit gentil home, il se doivent présenter sor cevax armés de toutes armes, beaum. lxiv, 4. Nous nous armasmes à l'anuitier, joinv. 276. || xv" s. Si le roi est bien conseillé, il ne se mettra jà entre tel peuple qui vient contre lui à main armée, froiss. u, H, 205. Et s'armoit d'argent à trois oreilles d'or fRob. Bruce], id.i, 1, 47. || xvi's.La lanterne provinciale du bas Poictou feut servye d'une chandelle armée [armoriée], rab. Pont, v, 34. Ils ont, par complot, armé le monde à l'encontre de lui, mont. i , 97. Les mains armées de fouets , id. i , 1 83. La nature eust armé d'une peau plus espesse ce qu'elle eust abandonné à la batterie des saisons, id. i, 269. Alexandre, le plus hazardeux capitaine qui feut jamais, s'armoit fort rarement, id. u, 94. Certains hommes d'armes, poisamment et malayséeuicnt armez, id. ib. Il obtint que le public luy armerait 500 vaisseaux, amyot, Pomp. 40. 11 allongea un coup d'espée au cavalier qui se trouvaarmé, de sorte qu'il lui en fournit un second au deflaut de la cuirasse, d'aub. Vie, xxvi. Il porte de gueule à un lion d'argent rampant, armé etlampassé d'or, id. ib. lxxi. En approchant de la contr'escarpe, ils plongèrent plus bas et armèrent les claies de dessus eux de madriers et de sacs de laine, id. Hist. 11, 94.

— ÉTYM. Provenç. et espagn. armar; ital. armare; du latin armare (voy. arme).

ARMET (ar-mè), s. m. Armure de tête. [Il] Ne trouve armet si fort ni lame si bien jointe Qu'il ne fasse passage au fer qu'il a poussé, rotr. Antig. ï 4. Je vis de votre armet la visière baissée, mair. Sophon. iv, t. Et ses yeux qui brillaient sous un front assuré Eclataient à l'envi de son armet doré, Tristan , M. de Chrispe, 1 , 3. Un Guesclin , un Clisson , unFoix, un Boucicaut, qui tous ont porté l'armet et endossé la cuirasse, labruy. 14. || Fig. La tète, le cerveau. Quand l'humeur ouïe vin lui barbouillent l'armet.... Régnier, Sat. xi. Hors d'usage en ce sens.

— hist. xiv» s. Li ars [l'air] resplendit touz des splendissours des armes, Des armez, desaubers, des* lances, des jusarmes, Des escus et des targes, des espées d'acier, Girard de Ross. 3767 || xvi» s. Ce que nos anciens appellent heaume, on l'appela sous François I" armet; nous le nommons maintenant habiliement de teste, pasquier, Rech. vm, 3.

— ÊTYM. Diminutif de arme, d'après Ménage, qui pourtant propose aussi, et avec préférence, d'y voir une altération de hclmet, petit heaume, en espagnol almete; préférence vers laquelle Diez incline de son côté. Mais ce qui rend cette dérivation impossible, c'est l'existence de armet dès le xiv» siècle, époque où l'on trouverait des traces de la transformation, s'il y avait eu transformation da helmet en armet.

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